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	<title>Mélina Nantel - Le Délit</title>
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	<description>Le seul journal francophone de l&#039;Université McGill</description>
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	<item>
		<title>Alain Deneault est-il un sonneur d’alarme?</title>
		<link>https://www.delitfrancais.com/2023/09/13/alain-deneault-est-il-un-sonneur-dalarme/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Mélina Nantel]]></dc:creator>
		<pubDate>Wed, 13 Sep 2023 11:00:00 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Culture]]></category>
		<category><![CDATA[Théâtre]]></category>
		<category><![CDATA[Montréal]]></category>
		<category><![CDATA[théâtre prospero]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>Hidden Paradise au Théâtre Prospero : dénoncer l’évasion fiscale. </p>
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										<content:encoded><![CDATA[
<p class="has-drop-cap"><em>Hidden Paradise</em>, pièce imaginée par Alix Dufresne et Marc Béland, a été jouée, dansée, criée, plusieurs fois déjà, au Canada, en Belgique et en France. Son texte est le verbatim d’une entrevue radiophonique d’Alain Deneault accordée en février 2015 à Marie- France Bazzo au sujet des paradis fiscaux. Elle fait son retour au Prospero pour quelques dates seulement. C’est un message qui doit être écouté, compris, et mis en action.</p>



<p><strong>Mettre en scène une « escroquerie légalisée »</strong></p>



<p>Philosophe, professeur d’université et essayiste, Alain Deneault, l’auteur de l’essai <em>Paradis Fiscaux : la filière canadienne </em>(2014) dénonce depuis près de deux décennies le coût social de l’évasion fiscale, soit la pratique qui consiste au détournement délibéré de la loi fiscale par des entreprises et des citoyens souhaitant « payer moins d’impôts ». Lors de l’entrevue, le philosophe dénonce avec passion et éloquence ce qu’il qualifie<br>« d’escroquerie légalisée ».</p>



<p>L’actrice, Alix Dufresne, et l’acteur, Frédéric Boivin, entrent sur une scène nue. Ils déroulent un tapis, allument une radio qu’ils ont fait rouler jusqu’au centre de la scène et restent silencieux tandis que l’audience écoute l’entrevue, peuplée des questions en apparence anodines de Marie- France Bazzo : « Qu’apprend-on de nouveau sur la manière dont les banques contribuent à l’évasion fiscale? », et des réponses tranchantes, alarmantes, sortant de la bouche radiophonique du philosophe Deneault. </p>



<p><strong>Intensifier la portée d’un message</strong></p>



<p>Nous entendons l’entrevue une première fois. La deuxième fois, Dufresne et Boivin incarnent Bazzo et Deneault, reprenant jusqu’au moindre tic de langage, à la moindre hésitation, et se prêtent à une danse étrange qui n’affecte en rien leur performance vocale. Les troisième, quatrième, cinquième, sixième fois tordent de plus en plus le texte, et les corps, eux aussi, se prêtent à des torsions de plus en plus déroutantes, presque inquiétantes. Les lumières s’éteignent graduellement dans la salle. Une intensité d’abord drôle, puis de plus en plus dérangeante, découle lentement de l’absurdité de ces paroles répétées tant de fois, de ces réalités odieuses que nous connaissons, que nous entendons, et qui pourtant ne parviennent pas à ébranler le cours des choses : les ultra-riches dissimulent leurs fortunes et les banques en tirent profit. Cette répétition, comme un martèlement du message aux oreilles et aux yeux de l’auditoire, rend compte de l’importance qu’il soit. « Cela n’est pas un problème lointain, réservé aux plus aisés. L’évasion fiscale est un problème qui nous touche au quotidien. […] En temps de politiques d’austérité, on nous dit que nous avons un problème de dépenses, mais […] c’est un problème de revenus. L’argent qui est détourné chaque année représente une dette sociale non payée par les plus fortunés, ceux-là mêmes qui ont utilisé les fonds des contribuables via les financements gouvernementaux pour démarrer leurs entreprises. »</p>



<p class="has-text-align-center">« Une intensité d’abord drôle, puis de plus en plus dérangeante, découle lentement de l’absurdité »</p>



<p>À la fin, l’entrevue joue au ralenti — on entend la moindre subtilité de l’enregistrement sonore, ça grince, ça agresse l’oreille — les acteurs font de la synchronisation labiale et le texte a perdu toute signification. L’effet est absurde, effrayant et génial : ce spectacle, où texte et corps sont littéralement matériau, matière plastique à façonner, à tendre et à compresser, pointe à merveille vers la troublante réalité des paradis fiscaux.</p>



<p><em>Hidden Paradise </em>aura eu l’ingéniosité de transférer ce message radiophonique, depuis la sphère de l’information, vers un registre artistique, pour d’autres audiences. Avant la pièce, Philippe Cyr et Vincent de Repentigny, codirecteurs généraux du Théâtre Prospero, appellent à célébrer les reprises, à faire jouer plus longtemps les bons spectacles. Ici, non seulement s’agit-il d’un bon spectacle qu’il a été judicieux de vouloir refaire, mais c’est également un message à transmettre impérativement. C’est un appel à l’action qu’il faut crier sur tous les toits.</p>
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		<title>Votez OUI !</title>
		<link>https://www.delitfrancais.com/2022/11/16/votez-oui/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Mélina Nantel]]></dc:creator>
		<pubDate>Wed, 16 Nov 2022 12:00:00 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Actualités]]></category>
		<category><![CDATA[Campus]]></category>
		<category><![CDATA[journalisme]]></category>
		<category><![CDATA[Le délit]]></category>
		<category><![CDATA[McGill]]></category>
		<category><![CDATA[référendum de la DPS]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>Témoignages de nos ancien·ne·s.</p>
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										<content:encoded><![CDATA[
<p class="has-drop-cap">La Société des publications du Daily (SPD) organise un référendum d’existence cette semaine, entre le lundi 14 novembre et le vendredi 18 novembre, qui permettra de déterminer le sort du <em>Délit </em>et du <em>McGill Daily</em>. Les médias étudiants indépendants sont une source importante de journalisme critique et de travail créatif sur n’importe quel campus – votez oui pour la liberté de presse, et sauvez <em>Le Délit</em>!</p>



<p><em><strong>Rafael Miró, Société – Enquêtes</strong></em></p>



<p><em>Le Délit </em>donne vie à la communauté francophone en écrivant sur les enjeux qui lui tiennent à cœur, sur ses revendications et sur sa production culturelle. Même si on est moins lus que les «vrais» journaux, on a joué un rôle de chien de garde dans les dernières années en mettant en lumière des violations des droits étudiants, des inconduites sexuelles et les limites de la liberté académique. Quand on parle de journaux qui sont l’âme de leur communauté, <em>Le Délit </em>est un exemple parfait.</p>



<p>En 2022, c’est absolument impossible pour un journal étudiant de fonctionner sans une forme ou une autre de financement. À cause de la concurrence des réseaux sociaux, nos revenus publicitaires ont été divisés par 10 dans les 10 dernières années, alors qu’il en coûte toujours aussi cher de payer l’impression, le local, les logiciels, les frais d’avocat, etc. Bref, si <em>Le Délit </em>n’a plus de financement, les carottes sont cuites.</p>



<p>L’enjeu dépasse les frontières locales: il y a beaucoup, beaucoup moins de journaux étudiants dans les universités et dans les cégeps depuis une trentaine d’années. Justement, <em>Le Délit </em>est l’un des derniers au Québec à publier une édition chaque semaine, et son lectorat s’étend bien au-delà des francophones de McGill.</p>



<p>La disparition des journaux étudiants, c’est dommage pour les étudiants.</p>



<p><em><strong>Philippe Bédard-Gagnon, Rédacteur en chef</strong></em></p>



<p>Travailler au <em>Délit </em>est sans aucun doute l’expérience la plus marquante et valorisante que j’ai vécue à McGill. Non seulement <em>Le Délit </em>informe-t-il et permet-il l’expression des francophones de McGill, mais il est aussi un espace extraordinaire pour développer ses talents artistiques et journalistiques. En sus, ce journal tient l’AÉUM et McGill responsables en enquêtant sur leurs activités. Une presse libre et transparente est un nécessaire contre-pouvoir pour garantir la santé de la vie démocratique et la qualité des services rendus. Dans votre propre intérêt ainsi que dans celui des cohortes futures, je vous encourage fortement à soutenir <em>Le Délit </em>lors du prochain référendum de l’AÉUM.</p>



<p><em><strong>Audrey Bourdon, Philosophie</strong></em></p>



<p><em>Le Délit </em>est un lieu unique à McGill où la communauté étudiante francophone peut se réunir dans un esprit de camaraderie, de communication et de préservation de la langue française. Y ayant occupé un poste éditorial pendant deux ans, j’ai pu constater de prime abord la fonction particulière – la mission essentielle – qui est la sienne: <em>Le Délit </em>rassemble les voix de la francophonie mcgilloise, permettant un accès à de l’information universitaire francophone tout en formant sérieusement les personnes qui s’impliquent dans sa production. Mon expérience à McGill aurait été fortement appauvrie si je n’avais pas eu l’opportunité de m’impliquer au sein du seul journal francophone de mon université.</p>



<p><em><strong>Aymeric Tardif, Société – Opinion</strong></em></p>



<p>Mon implication au <em>Délit </em>fut sans doute l’un des éléments les plus mémorables de mon parcours à McGill. Ayant commencé à contribuer au seul journal francophone sur le campus au cours de ma deuxième année à McGill, j’ai rejoint l’équipe éditoriale en tant qu’éditeur lors de ma troisième année, tâche exigeante, mais ô combien gratifiante et motivante! Être plongé dans l’actualité étudiante toutes les semaines a fortement solidifié mes liens avec la communauté mcgilloise, en plus de me permettre de développer des compétences journalistiques de base. Aussi, on ne se cachera pas qu’il a été agréable d’être au service de la population francophone d’une université principalement anglophone et d’y faire vivre le fait français au sein d’une équipe compétente et dévouée! En ce sens, je demeure convaincu du caractère essentiel du <em>Délit </em>sur le campus mcgillois et je lui souhaite de tout mon cœur longue vie!</p>



<p><em><strong>Louise Toutée, Société – Enquêtes</strong></em></p>



<p>Mon implication en tant qu’éditrice pour <em>Le Délit </em>a été l’une des expériences les plus marquantes de mes années à McGill. La petite taille de l’équipe, la liberté dont on disposait à l’intérieur de notre section et le fait de pouvoir voir chaque semaine le produit de nos efforts rendaient le travail extrêmement motivant et me poussaient à vouloir y dédier toujours plus de temps.</p>



<p>Au travers des différentes enquêtes, entrevues et reportages auxquels j’ai participé, mon implication au <em>Délit </em>m’a aussi fait découvrir plein d’aspects de la vie étudiante de McGill dont j’aurais autrement complètement ignoré l’existence. Finalement, un journal étudiant comme <em>Le Délit </em>est un endroit parfait pour permettre aux étudiant·e·s indécis·es de s’essayer au métier de journaliste: en plus des habiletés que j’ai développées au cours de l’année, j’en ressors avec une connaissance concrète du milieu journalistique québécois – ainsi qu’une forte tentation de revenir y travailler un jour…</p>



<p><em><strong>Simon Tardif-Loiselle, Président de la DPS</strong></em></p>



<p>Derrière chacune des éditions de nos journaux, ce sont des heures incalculables passées à couvrir des enjeux et des thèmes de première importance – entre le journalisme d’investigation, les couvertures artistiques et les réflexions sociétales, nos pages n’ont cessé de montrer la pertinence de notre existence.</p>



<p>En tant que lieu d’apprentissage, et en dépit de l’absence d’une école de journalisme à l’Université McGill, la DPS permet de participer à la formation de la relève journalistique de demain. C’est pourquoi, je vous appelle sans réserve à voter «Oui» lors du référendum d’existence (2022), seule garantie d’une presse étudiante libre et forte.</p>



<p><em><strong>Mélina Nantel, Rédactrice en chef</strong></em></p>



<p>Je suis arrivée à McGill en 2018. J’ai grandi au Québec dans une famille francophone: en arrivant sur le campus, je prononçais mal environ 50% des mots de la langue anglaise. Mon envie de m’impliquer à l’Université était donc radicalement limitée par ma timidité linguistique.</p>



<p>J’ai alors rencontré ce petit groupe qui m’apparaissait à l’époque presque extraterrestre puisque je les croyais si rares à McGill: des francophones et francophiles, issu·e·s des quatre coins du globe. Au cœur de leurs activités, une même mission: faire exister le fait français au sein du campus.</p>



<p>En arrivant au <em>Délit</em>, je n’avais aucune expérience ni intérêt en journalisme. J’y ai pourtant passé trois ans. Au-delà d’un journal ou d’une implication étudiante, <em>Le Délit </em>est une manière incroyable de fouiller le campus, de mieux le comprendre, de s’intéresser aux enjeux étudiants et de s’impliquer, de corps et de tête, au sein de l’Université.</p>



<p><em>Le Délit </em>m’a apporté un bagage professionnel énorme: je travaille maintenant comme journaliste indépendante, chose que je n’aurais jamais considérée avant de m’y impliquer. Le journal m’a également offert une expérience humaine et identitaire: j’y ai vu passer des centaines de contributeurs et contributrices au fil des années, dont plusieurs sont devenu·e·s des ami·e·s.</p>



<p><em>Le Délit </em>m’a offert cet espace si précieux pour grandir, apprendre et transmettre. Son existence au sein de l’Université McGill est d’une importance sans borne pour la santé étudiante, identitaire et culturelle du Québec. Les gens qui s’y impliquent sont passionnés, et ont à cœur de servir la communauté étudiante. Cette flamme est contagieuse, et elle continue de se transmettre année après année, depuis 1977. Longue vie au <em>Délit</em>!</p>
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		<item>
		<title>« Partir, c’est mourir un peu »</title>
		<link>https://www.delitfrancais.com/2021/11/30/partir-cest-mourir-un-peu/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Mélina Nantel]]></dc:creator>
		<pubDate>Wed, 01 Dec 2021 03:32:57 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Philosophie]]></category>
		<category><![CDATA[Prose d'idée]]></category>
		<category><![CDATA[Slider]]></category>
		<category><![CDATA[altérité]]></category>
		<category><![CDATA[géopolitique]]></category>
		<category><![CDATA[Marc Augé]]></category>
		<category><![CDATA[mondialisation]]></category>
		<category><![CDATA[philosophie]]></category>
		<category><![CDATA[voyage]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>L’exotisme comme poétique de la conscience.</p>
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										<content:encoded><![CDATA[
<blockquote class="wp-block-quote has-text-align-center is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow"><p>«Peut-être une de nos tâches les plus urgentes est-elle de voyager, éventuellement au plus proche de chez nous, pour réapprendre à voir»</p><cite>Marc Augé, <em>L’impossible voyage</em></cite></blockquote>



<p class="has-drop-cap">La mondialisation étend désormais ses tentacules aux quatre coins du monde. Si les derniers siècles ont été ceux de grands voyages et d’explorations, où piller des territoires habités était le propre de « découvertes&nbsp;», motif suffisant pour prendre la route vers l’ailleurs, les temps modernes se sont dotés de moyens toujours plus efficaces afin de dépasser les frontières et pénétrer l’étendue du monde.&nbsp;</p>



<p>Qui voyage aujourd’hui n’a rien de l’explorateur d’antan. Le déplacement est devenu praticable par le plus grand nombre : on en a limité les aléas, les dangers, et la bonne circulation des individus est aseptisée par l’industrie touristique qui a pris d’assaut les espaces, veillant à les sécuriser et à les rendre plus accessibles que jamais. La mise en ordre touristique de la réalité offre à voir un « ailleurs&nbsp;» dorénavant construit. Pour le sociologue Rodolphe Christin, qui s’est intéressé à la tentation du voyage et aux ravages du tourisme dans son plus récent essai <em>La vraie vie est ici</em>, la « mise en production des paysages&nbsp;» orchestrée par le loisir touristique est un antivoyage qui décolore le monde en lui donnant des airs de parc d’attraction.</p>



<p>Mais le voyage et le tourisme sont-ils dissociables? Est-il encore possible de se défaire de l’emprise touristique – et de l’impératif capitaliste qui le gangrène – pour faire l’expérience d’un ailleurs? Pour le sociologue et essayiste, le voyage transcende le tourisme puisqu’au-delà du déplacement physique, il s’agit d’un acte de l’esprit, d’une certaine expérience du monde portée à la fois par la pensée et par le corps. Si l’industrie touristique met à mal cette expérience, il serait impératif de chercher à la sauver.</p>



<p><strong>Aux racines du voyage</strong></p>



<blockquote class="wp-block-quote has-text-align-center is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow"><p>«La tentation du voyage est enracinée en nous»</p><cite>Rodolphe Christin</cite></blockquote>



<p>Au-delà du déplacement physique, le voyage serait, selon Rodolphe Christin, une « mise à l’isolement volontaire », sorte «&nbsp;d’exil temporaire ». Cette distance subjective serait nécessaire pour aborder l’ailleurs en opposition à l’ici. « Partir, c’est mourir un peu », défend-il. Le voyage renfermerait cette inéluctable cassure entre le connu et l’inconnu, où l’on doit se défaire de l’un pour s’imprégner de l’autre. La logique de différenciation qui s’opère est inhérente au voyageur – alors que le touriste cherche à réaliser ses espérances, à expérimenter un ailleurs tel qu’il se l’imagine, le voyageur, lui, doit expérimenter la rupture et s’y adapter, forme d’intelligence permise à celui qui porte attention à l’existence.&nbsp;</p>



<p><strong>La géopoétique comme mouvement&nbsp;</strong></p>



<p>Pour comprendre la sensibilité comme fondement du voyage, Rodolphe Christin invoque le concept de géopoétique, néologisme créé par le poète et penseur Kenneth White. Ce terme désigne une théorie-pratique qui vise à renouveler notre rapport avec le monde. Il s’agit de porter une sensibilité nouvelle et de développer la faculté à « jouir du cosmos », c’est-à-dire de s’exposer plus intrinsèquement à la grandeur du monde. Par la géopoétique, les horizons se multiplient, à l’intérieur autant qu’à l’extérieur de l’être. Henry David Thoreau, philosophe américain, explore lui aussi cette dimension. « L’homme n’est que le point où je suis placé et, de là, la vue est infinie », écrivait-il au 19<em>e</em> siècle. Pour mettre à l’épreuve son propre rapport au connu et sa capacité à s’imprégner de l’ailleurs, Thoreau s’isole, se mettant littéralement <em>à nu</em> dans les bois. Il souhaite ainsi « prendre ses distances sans s’éclipser », afin de se défaire des conditionnements culturels qui limitent selon lui l’évasion. Ces conditionnements étant inculqués dès la naissance, ils dominent l’espace psychique des individus et limitent les potentialités. Pour jouir de l’ampleur de l’existence, il conviendrait, selon Thoreau, «&nbsp;d’outrepasser le cercle fermé des codes sociaux » afin d’explorer le «&nbsp;champ des possibles de l’expérience humaine ». Cette transcendance est possible par la conscience pleine et entière du monde. Le dépouillement des contraintes morales, sociales ou religieuses s’accompagne pour le philosophe d’un dépouillement matériel et d’une réduction des désirs. Cet épurement rendrait alors possible la « recherche d’une vie plus ample ». L’expérience de la pensée qu’incarne Thoreau demande donc de transcender les cadres du connu pour faire l’expérience d’un ailleurs. L’exotisme, ici entendu comme le lieu lointain et distancié du connu, devient alors atteignable par la «&nbsp;poétique de la conscience provoquée par la rupture des cadres perceptifs habituels ».&nbsp;</p>



<blockquote class="wp-block-quote has-text-align-center is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow"><p>«Le voyage transcende le tourisme&nbsp;puisqu’au-delà du déplacement physique,&nbsp;il s’agit d’une certaine expérience du monde portée à la fois par la pensée et par le corps»</p></blockquote>



<p><strong>Penser l’altérité</strong></p>



<p>Mais pourquoi chercher cet exotisme ?, questionne Rodolphe Christin. Pour comprendre l’incitatif même du voyage, l’auteur s’intéresse aux écrits du philosophe Jean Duvignaud, pour qui le voyage est avant tout manière d’extase. L’« ex-tase », étymologiquement, demande à se tenir en dehors. Il y a là figure paradoxale : il faut sortir de soi pour atteindre, par le voyage, une forme d’initiation, une « possibilité de renaissance » tel que l’entend Duvignaud. « Pénétrons dans le voyage comme dans une matrice », car il y aurait, par la transposition des repères du quotidien, une conquête possible de l’humain que l’on devrait être. Sortir de soi pour devenir davantage ce que l’on est. « L’existence précède l’essence », nous disait l’existentialiste Jean-Paul Sartre, qui croyait que par l’expérience du monde, l’être se définit. Mais le voyage ne serait pas exclusivement une expérience existentielle, puisque l’individu approche l’inconnu à la fois en soi et au-dehors, défend Christin. Le voyage réconcilierait alors existentialisme et essentialisme, puisque la construction nouvelle de l’être, immergé dans le monde, s’additionne avec la conscientisation de son essence, préalable à son expérience dans le monde.</p>



<blockquote class="wp-block-quote has-text-align-center is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow"><p>«Alors que le touriste cherche à réaliser ses espérances, à expérimenter un ailleurs tel qu’il se l’imagine, le voyageur, lui, doit expérimenter la rupture et s’y adapter»</p></blockquote>



<p>Pour réussir ce parcours initiatique, il conviendrait donc de sortir de chez soi, de pénétrer dans l’ailleurs. Mais dans une planète mondialisée, rares sont les espaces où l’altérité radicale perdure. On peut perpétuer nos habitudes aussi bien à Pékin qu’à Bali : les multinationales pullulent dorénavant aux endroits que l’on voudrait croire reculés. Le tourisme fait également pression sur les minces filets sociaux et écologiques des lieux qu’il accule. Le visiteur devient alors ce tout-puissant symptôme des temps modernes où les écarts entre riches et pauvres se creusent, les uns profitant goulument des espaces bientôt précarisés des autres.&nbsp;</p>



<p><strong>Apprivoiser la connaissance&nbsp;du monde</strong></p>



<p>Si l’ailleurs devient mondialisé, que reste-t-il de l’exotisme aujourd’hui? Rodolphe Christin aborde les écrits de Victor Segalen pour clarifier cette notion d’exotisme. Médecin de marine, archéologue et poète, Segalen considérait le rapport à l’ailleurs comme une expérience non seulement géographique, mais davantage intellectuelle et sensible. « L’exotisme est à la fois tributaire d’un état du réel, mais il dépend aussi de la sensibilité à saisir le caractère unique d’une existence ». Ce qu’il nomme « esthétique de la découverte » serait ainsi davantage une capacité qu’un lieu. Il faut savoir développer la notion du différent par la capacité à concevoir <em>autre</em>, qui résulterait en la connaissance du monde. L’exotisme, dès lors compris, englobe « ce qui échappe au connu, au déjà vécu », et demande une sensibilité originale capable de faire empreinte de cet ailleurs.</p>



<p>Pour percevoir, sentir et penser l’altérité, Segalen prend appui dans l’écriture, qui l’aide à connaître et à cultiver son rapport au monde. Le voyage, comme l’écriture, devient pour lui un « art de connaître le monde ». C’est là que s’immiscent les soucis du détail, la pleine conscience des événements et la curiosité – ceux-là mêmes qui animent certains voyageurs à saisir le jour, dans ses plus grandes banalités, qui pour eux n’en demeurent pas puisque figées dans un cadre extérieur au connu. L’écriture permet alors d’approcher la différence par ce regard nouveau et renouvelé au monde, où la sensibilité est affinée. Nul besoin d’aller bien loin – cette expérience peut se vivre au pas de la porte.</p>



<p><strong>Voyager encore?&nbsp;</strong></p>



<blockquote class="wp-block-quote has-text-align-center is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow"><p>«Hors de son lieu, le voyageur se relocalise ailleurs, autrement»</p></blockquote>



<p>Pour sortir de l’accaparant lobby du tourisme et des ravages de celui-ci sur les sociétés, les environnements et les lieux qu’il prétend valoriser (l’étendue de la littérature scientifique publiée à ce sujet suffira à nous en convaincre), le voyageur moderne doit repenser son rapport à l’espace et à son propre environnement. Christin en appelle à la mise en œuvre d’une géopoétique qui marie contemplation et évasion – un renouveau de la perception du déplacement qui s’affirme comme « acte de la conscience » plutôt que comme mouvance physique. Un gage qui permettrait de prendre racine sans laisser de traces. De renouveler notre curiosité de découverte sans la corrompre par l’envie maladive de la piller. «&nbsp;Face aux déséquilibres qui nous menacent, réapprendre la vertu harmonieuse de la contemplation paraît salutaire. »</p>



<blockquote class="wp-block-quote has-text-align-center is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow"><p>«Face aux déséquilibres qui nous menacent, réapprendre la vertu harmonieuse de la contemplation paraît salutaire»</p></blockquote>



<p></p>
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			</item>
		<item>
		<title>La politique municipale au féminin</title>
		<link>https://www.delitfrancais.com/2021/09/14/la-politique-municipale-au-feminin/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Mélina Nantel]]></dc:creator>
		<pubDate>Tue, 14 Sep 2021 13:54:16 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Actualités]]></category>
		<category><![CDATA[Montréal]]></category>
		<category><![CDATA[Andrée Laforest]]></category>
		<category><![CDATA[féminisme]]></category>
		<category><![CDATA[Isabelle Charest]]></category>
		<category><![CDATA[Politique municipale]]></category>
		<guid isPermaLink="false">https://www.delitfrancais.com/?p=44439</guid>

					<description><![CDATA[<p>Panel sur la participation des femmes aux prochaines élections municipales.</p>
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										<content:encoded><![CDATA[
<p class="has-drop-cap">Les élections municipales auront lieu le 7 novembre prochain. Au dernier scrutin de 2017, une proportion de 32,4% des postes ont été remportés par des femmes. Pour en inspirer davantage à occuper le rôle d’élue municipale, la Fédération québécoise des municipalités et le Comité femmes et politique municipale ont organisé le 1<em>er</em> septembre dernier une table ronde sur le leadership au féminin. L’événement était l’occasion d’engager une discussion sur les freins et les défis inhérents à la participation des femmes en politique.&nbsp;</p>



<p>Animée par la journaliste féministe Judith Lussier, la table ronde rassemblait un panel de femmes d’influence, qui ont partagé leurs réflexions sur la place des femmes en politique, en plus de témoigner de leur propre implication et expériences. Un message d’ouverture a d’abord été présenté par Mme Isabelle Charest, ministre responsable de la Condition féminine, ainsi que par Mme Andrée Laforest, ministre des Affaires municipales et de l’Habitation. Toutes deux impliquées au niveau provincial, elles se sont dites convaincues que voir plus de femmes en politique représente un atout non seulement pour les femmes, mais pour l’étendue de la population. «&nbsp;Une meilleure représentativité de la population engendre des décisions qui se collent davantage aux défis et besoins des individus. C’est le principe de la démocratie: il faut une représentation juste et claire de la population&nbsp;», a affirmé Mme Charest. &nbsp;</p>



<blockquote class="wp-block-quote has-text-align-center is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow"><p>«La beauté de la démocratie, c’est que tout le monde peut s’impliquer. Tout le monde peut faire la différence, il n’y a pas de candidat·e parfait·e»</p><cite><meta charset="utf-8">Chantale Lavoie</cite></blockquote>



<p><strong>Valoriser le leadership</strong></p>



<p>Selon la conférencière Cloé Caron, une des limites inhérentes à la participation féminine en politique est l’idée reçue que les femmes, au contraire des hommes, doivent « tout » faire. Ces hautes attentes pousseraient les femmes à vouloir et à devoir, parfois malgré elles, tout prendre en charge. Cette norme culturelle limiterait donc les femmes dans l’expression de leur leadership, car en plus de s’en mettre énormément sur les épaules, les femmes auraient tendance à vouloir exceller dans tout ce qu’elles entreprennent. Ce désir de perfection serait un frein significatif à l’expression du leadership féminin, selon Mme Caron. Parmi la centaine de femmes présentes lors de la table ronde, 31% d’entre elles se limiteraient dans leur implication par peur de ne pas être suffisamment qualifiées, 20% croiraient ne pas en faire assez, puis 15% craindraient ne pas être appréciées par leurs semblables.</p>



<p>« Souvent, comme femme, on regarde ce qu’on n’a <em>pas</em> plutôt que ce qu’on a. On attend un diplôme plutôt que de vraiment considérer nos compétences&nbsp;», a affirmé Marie-Claude Barrette, invitée comme panéliste. D’après l’animatrice et personnalité publique, les femmes devraient se faire davantage confiance et plonger en politique, car avant toute forme de diplôme, il faut des convictions.&nbsp;</p>



<p>D’après la panéliste Pauline D’Amboise, secrétaire générale et vice-présidente au sein du Mouvement Desjardins, il n’existe pas de leadership typiquement féminin ou typiquement masculin. Il y a plutôt, selon elle, des perceptions, des attentes et des idées reçues qui créent des barrières dans l’implication féminine ou masculine. Mme D’Amboise invite donc les femmes à prendre davantage leur place et à s’affirmer en tant que leaders. «&nbsp;La clé, c’est qu’il y ait de l’hétérogénéité. Il y a autant de types de leadership que de types d’individus&nbsp;», a souligné Pauline d’Amboise.&nbsp;</p>



<p><strong>Des freins à surmonter</strong></p>



<p>De nombreux freins et obstacles attendent les femmes qui veulent s’impliquer, a affirmé la préfète de la MRC de La Matapédia, Chantale Lavoie. Cependant, ayant été à de nombreuses reprises la cible de critiques depuis son élection en 2009, l’important selon Mme Lavoie est de savoir s’auto-réfléchir et faire fi des critiques non constructives. « La critique fait partie de la politique quotidiennement. La divergence d’opinion, il faut l’utiliser pour avancer », a‑t-elle défendu.</p>



<p>Le poids de ces critiques fait pourtant des ravages importants, s’est indignée Marie-Claude Barrette.&nbsp; Tout au long de sa carrière, Mme Barrette a vu de nombreuses élues quitter la politique parce qu’elles trouvaient trop acerbes les commentaires déferlant sur les réseaux sociaux. Dans bien des cas, ces critiques ne concernaient pas leurs engagements politiques, mais plutôt des aspects complètement hors sujet, comme l’apparence physique. « On est en train d’aseptiser le droit de parole des femmes par le fait d’individus qui créent la zizanie sur les réseaux sociaux. On ne peut pas se permettre de perdre des femmes en politique&nbsp;», s’est désolée Mme Barrette.&nbsp;</p>



<blockquote class="wp-block-quote has-text-align-center is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow"><p>«Quand les femmes décident de s’impliquer en politique, elles sont énormément engagées dans leur leadership. Elles sont extrêmement travaillantes»</p><cite><meta charset="utf-8">Marie-Claude Barrette</cite></blockquote>



<p><strong>Diversité et modes de pensée</strong></p>



<p>Si la participation des femmes en politique municipale est largement inférieure à celle des hommes, la participation des femmes non blanches est d’autant plus marginale. La composition de la table ronde en était effectivement un exemple, a noté l’animatrice Judith Lussier, forcée d’admettre que les invitées du panel étaient issues de milieux socioculturels considérablement homogènes. Selon Pauline D’Amboise, l’implication municipale de toutes et de tous est toutefois souhaitable pour couvrir l’ensemble des besoins de la population, mais aussi pour amener de nouveaux modes de pensée. « Les jeunes, par exemple, nous permettent d’apporter de nouvelles solutions à la question environnementale, et de redéfinir les priorités. La politique doit être le miroir des besoins réels et actualisés », a renchéri la femme d’affaires.</p>



<p>La période de dépôt des candidatures des élections municipales a lieu du 17 septembre au 1<em>er</em> octobre 2021. Pour plus d’informations, visitez <a href="http://www.electionsmunicipales.gouv.qc.ca" target="_blank" rel="noreferrer noopener external" data-wpel-link="external">www.electionsmunicipales.gouv.qc.ca</a>.</p>
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		<title>«Je ne peux plus mourir»</title>
		<link>https://www.delitfrancais.com/2021/04/05/je-ne-peux-plus-mourir/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Mélina Nantel]]></dc:creator>
		<pubDate>Tue, 06 Apr 2021 01:51:00 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Culture]]></category>
		<category><![CDATA[Entrevues]]></category>
		<category><![CDATA[Musique]]></category>
		<category><![CDATA[artiste]]></category>
		<category><![CDATA[culture québécoise]]></category>
		<category><![CDATA[klô pelgag]]></category>
		<category><![CDATA[notre-dame-des-sept-douleurs]]></category>
		<category><![CDATA[pandémie]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>Le Délit s’entretient avec l'auteure-compositrice interprète Klô Pelgag.</p>
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<p class="has-drop-cap">Klô Pelgag colore le paysage artistique québécois depuis près de 10 ans. Artiste multidisciplinaire, l’auteure-compositrice fait résonner sa musique comme une poésie incarnée. <em>Notre-Dame-des-Sept-Douleurs</em> est le titre de son plus récent album sorti le 26 juin dernier; c’est aussi le nom d’un village. Dans la <a href="https://www.youtube.com/watch?v=dChx-O9YbIc" target="_blank" rel="noreferrer noopener external" data-wpel-link="external">genèse</a> de l’album, l’artiste raconte que petite, elle passait souvent sur la route qui menait au village avec ses parents. En voyant la pancarte qui en affichait le nom, elle en était horrifiée, imaginant un endroit traumatisant, douloureux. Klô décide de s’y rendre dans les dernières années, pour se rendre compte qu’il s’agit en fait d’une île magnifique, avec à peine 35 habitants, où la nature est à son état le plus pur.&nbsp;Son troisième album <em>Notre-Dame-des-Sept-Douleurs</em> offre un langage imagé, des arrangements orchestraux ambitieux et un récit viscéral de sa propre traversée.&nbsp; </p>



<p><strong><em>Le Délit</em> (LD): </strong><em>Tu <span class="has-inline-color has-grisfonce-color">es passée</span> à travers une période assez creuse dans les dernières années, et la genèse de ton album rapporte un peu ce chemin que tu as parcouru pour te rendre où tu es aujourd’hui : un état plus heureux et serein. </em>Notre-Dame-des-Sept-Douleurs<em>, c’est donc le parcours dans cet univers terrifiant, très sombre, comme l’épisode dépressif que tu as vécu. En replongeant dans l’album, trouves-tu cela difficile de parcourir à nouveau ces zones d’ombre?</em></p>



<p><strong>Klô Pelgag (KP):</strong> Je ne l’ai pas encore tourné pendant deux ans, cet album. Ma réponse serait peut-être différente à ce moment-là, mais pour l’instant, quand j’entends ces chansons et que je les joue, elles me rappellent la traversée et la force que je pense avoir acquise lors de ce passage. Cette force est fragile et je crois que cet album représentera pour moi ce point d’ancrage et cette démonstration qu’il est possible pour moi de me relever. J’ose espérer que je saurai m’en souvenir dans le futur. On n’est pas au bout de nos peines et c’est <span class="has-inline-color has-grisfonce-color">un</span> bon signe, dans le fond, de ressentir des choses. C’est un signe de cœur et de vie.&nbsp;</p>



<blockquote class="wp-block-quote has-text-align-center is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow"><p>«Je crois que cet album représentera pour moi ce point d’ancrage et cette démonstration qu’il est possible pour moi de me relever. J’ose espérer que je saurai m’en souvenir dans le futur. On n’est pas au bout de nos peines et c’est <span class="has-inline-color has-grisfonce-color">un </span>bon signe, dans le fond, de ressentir des choses. C’est un signe de cœur et de vie»</p><cite>Klô Pelgag</cite></blockquote>



<p><strong>LD: </strong><em>Ton album était censé sortir avant la pandémie. Il a été retardé et <span class="has-inline-color has-grisfonce-color">est </span>finalement paru le 26 juin dernier. As-tu eu de la difficulté à faire de la musique et à être créative en étant confinée chez toi?</em></p>



<p><strong>KP:</strong> Entre-temps, j’ai fait quelques projets de composition. Je n’ai pas eu de grandes difficultés au niveau de mon travail pour le disque. Généralement, après un album, ça me prend un petit bout avant de commencer à en imaginer un autre: je ne veux pas me répéter. Je pense que cette période est bénéfique pour la suite.</p>



<p><strong>LD:</strong> <em>Tu as fait l’annonce d’un </em><a href="https://www.klopelgag.com/#spectacles" target="_blank" rel="noreferrer noopener external" data-wpel-link="external"><em>spectacle virtuel</em></a><em>, les 23 et 24 avril prochain. Tu présentes le spectacle comme un « univers ponctué d’effets spéciaux et d’expériences bizarroïdes ». Peux-tu nous en dire un peu plus sur ce spectacle?</em></p>



<p><strong>KP:</strong> C’est un spectacle qui est à mi-chemin entre le bug de l’an 3000 et un sandwich aux œufs. C’est un peu comme un spectacle <em>live</em> dans lequel il arrive quelques péripéties. Un prétexte pour réaliser quelques fantasmes scéniques. Quelque chose qui n’aurait jamais existé sans pandémie. Ultra<strong><span class="has-inline-color has-actu-color">-</span></strong>sécurisé.&nbsp;</p>



<p><strong>LD:</strong> <em>Est-ce que ça a été difficile de repenser un processus de spectacle «virtuel»?</em></p>



<p><strong>KP:</strong> Ç’a été difficile, étant donné la pandémie, de travailler à distance avec tout le monde et de devoir s’adapter aux va-et-vient des mesures sanitaires. En même temps, je crois que c’est parfait de faire quelque chose qui soit affecté par son époque et sa réalité. Je ne veux pas faire semblant qu’il ne se passe rien, je veux utiliser la situation de façon à ce qu’elle ponctue cette création et qu’on sente l’influence que le contexte pandémique a sur le résultat final. C’est la base de la création que de transfigurer le mauvais vers quelque chose de nouveau et de plus positif.&nbsp;J’aimerais que le spectacle soit à l’image de notre soif de vivre, ce désir d’exploser exacerbé par cet isolement forcé.</p>



<blockquote class="wp-block-quote has-text-align-center is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow"><p>«J’aimerais que le spectacle soit à l’image de notre soif de vivre, ce désir d’exploser exacerbé par cet isolement forcé»</p><cite>Klô Pelgag</cite></blockquote>



<p><strong>LD: </strong><em>Tu as expérimenté en studio des synthétiseurs et des logiciels d’enregistrement. Qu’est-ce que ces outils t’ont apporté dans la pratique musicale? Toi qui as normalement un style musical un peu plus « naturel », pourquoi as-tu été tentée par ce genre d’outils?&nbsp;&nbsp;</em></p>



<p><strong>KP: </strong>J’ai toujours écrit de façon impulsive et instinctive. Ces outils me permettent d’écrire en même temps que les éléments évoluent au rythme (autant qu’il est possible de le faire) de ce que j’entends dans ma tête. Ils m’aident à attraper ces avalanches d’idées pour ne plus qu’elles m’échappent, et à être plus autonome. Je préfère me rendre le plus loin possible toute seule avant d’amener quelqu’un d’autre dans la<em> toune</em>, comme ça, on se comprend toujours mieux.</p>



<p><strong>LD:</strong> <em>Tu es devenue maman assez récemment. Comment s’inscrit cette facette de ta vie dans ta pratique artistique?</em></p>



<p><strong>KP:</strong> La plus grande différence, c’est que je ne peux plus mourir. Ce n’est plus vraiment une possibilité. Sinon, mon désir de créer et de faire des nouvelles choses demeure le même. J’aurai probablement un autre discours si les tournées reprennent. Je devrai faire des choix et être bien organisée, ce qui n’est pas ma plus grande force.</p>


<div class="wp-block-ultimate-post-image ultp-block-01c4b0"><div class="ultp-block-wrapper"><figure class="ultp-image-block-wrapper"><div class="ultp-image-block ultp-image-block-none"><img decoding="async" class="ultp-image" alt="Image" src="https://www.delitfrancais.com/wp-content/uploads/2021/04/Klo-SpectacleSpectrale-DICE.jpg"></div></figure></div></div>


<p><strong>LD:</strong> <em>Tu as vécu une dernière année extrêmement mouvementée : <span class="has-inline-color has-grisfonce-color">ta grossesse, la</span> maladie dégénérative de ton père puis son décès. Les émotions vives ont-elles tendance à bonifier ta pratique artistique? Est-ce plus inspirant pour toi de créer par grands vents ou quand la vie est plus calme?</em></p>



<p><strong>KP:</strong> Chaque moment est susceptible d’en inspirer d’autres. Pour moi, la musique, c’est tout ce qu’on porte en soi. C’est toute notre vie. C’est le calme après la tempête et puis la tempête par-dessus la tempête et puis la neige qui statufie tout ça et puis le soleil au dégel. Ce sont tous les moments de pause et de réflexion… puis il faut apprivoiser l’ennui pour créer. Je n’ai jamais écrit dans d’autres moments que ceux-là, personnellement.&nbsp;</p>



<p><strong>LD:</strong> <em>La symbolique de la chanson </em>La maison jaune<em> est empruntée à Vincent Van Gogh, artiste que tu admires beaucoup. Cette maison jaune où tu ne veux plus retourner, c’est aussi une référence à l’état dépressif et de surmenage dans lequel tu étais confinée. Crois-tu que revisiter cette maison jaune, de temps à autre, est inévitable?</em></p>



<p><strong>KP:</strong> Je vais la revisiter de près ou de loin toute ma vie, mais je vais juste tout faire pour ne pas entrer dedans complètement. Si j’entre dedans, j’espère que je trouverai<span class="has-inline-color has-grisfonce-color">s</span> le moyen d’ouvrir une fenêtre pour me rappeler que la vie est <span class="has-inline-color has-grisfonce-color">au‑d</span>ehors.&nbsp;</p>



<p><strong>LD: </strong><em>Dirais-tu que tu es une artiste disciplinée? Te forces-tu à faire des séances créatives, ou bien prends-tu l’inspiration comme elle vient?</em></p>



<p><strong>KP:</strong> Je pense que je fonctionne par phases. J’accumule, j’ai besoin de vivre et de penser pour qu’ensuite, je puisse faire quelque chose qui a du sens pour moi. Je suis mon instinct mais parfois, il m’arrive de me provoquer.&nbsp;</p>



<blockquote class="wp-block-quote has-text-align-center is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow"><p>«Pour moi, la musique, c’est tout ce qu’on porte en soi. C’est toute notre vie. C’est le calme après la tempête et puis la tempête par-dessus la tempête et puis la neige qui statufie tout ça et puis le soleil au dégel»</p><cite>Klô Pelgag</cite></blockquote>



<p><strong>LD:</strong> <em>Tu dis que la création demande beaucoup d’abandon. Comment s’inscrit le retravail dans cet abandon?</em></p>



<p><strong>KP: </strong>Je pense que le travail, c’est tout ce qui vient avant l’état créatif. Il sert à atteindre l’état, à se prédisposer pour y entrer. Ensuite, quand je suis dedans, dans l’instinct, je ne vois pas ça comme un <em>travail </em>et il ne faut pas que ça le soit. Le travail c’est apprendre comment fonctionne le logiciel ou un instrument pour qu’ensuite ils soient au service de la création.&nbsp;</p>



<p><strong>LD:</strong> <em>J’ai l’impression que l’aspect </em>showbiz<em> est parfois en décalage avec l’univers poétique et créatif que tu portes. Comment navigues-tu dans ce milieu-là?&nbsp;</em></p>



<p><strong>KP:</strong> Je me suis habituée à tout ça parce que j’ai envie que ma musique trouve les bonnes personnes, où qu’elles soient, peu importe le milieu. Et pour ce faire, il faut en parler un peu. Bien sûr, il y a parfois un décalage, mais je crois que si on peut insuffler ne serait-ce qu’1% de poésie au quotidien de quelqu’un pour qui ce serait la porte d’entrée vers un monde différent, je suis prête à me prêter à l’exercice.&nbsp;</p>



<p><strong>LD:</strong> <em>Quel est ton rapport aux prix et récompenses? Qu’apportent ces reconnaissances à ton travail?</em></p>



<p><strong>KP: </strong>Je crois que ces reconnaissances donnent de l’importance et du prestige à mon travail dans les yeux des autres. Ils me permettent d’exister pour ceux qui y accordent de l’importance. Ça facilite le chemin entre mon œuvre et le grand public, c’est presque un «outil promotionnel». Autrement, c’est quelque chose de flatteur qui est agréable et difficile à recevoir. Je tente de ne pas trop m’y attacher, mais j’essaie aussi de plus en plus d’apprécier ces moments et d’être en mesure d’accepter. Comme un compliment.</p>



<p><em>En plus du spectacle virtuel annoncé les 23–24 avril prochain, vous pourrez également retrouver Klô Pelgag sur scène, un peu partout à travers la province. Tous les détails à </em><a href="http://www.klopelgag.com/#spectacles" target="_blank" rel="noreferrer noopener external" data-wpel-link="external">www.klopelgag.com/#spectacles</a></p>



<p></p>
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		<title>Mettre à mal l’hégémonie</title>
		<link>https://www.delitfrancais.com/2021/03/22/mettre-a-mal-lhegemonie/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Mélina Nantel]]></dc:creator>
		<pubDate>Tue, 23 Mar 2021 01:56:22 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Philosophie]]></category>
		<category><![CDATA[Portraits de philosophe]]></category>
		<category><![CDATA[Slider]]></category>
		<category><![CDATA[Antonio Gramsci]]></category>
		<category><![CDATA[capitalisme]]></category>
		<category><![CDATA[contre-culture]]></category>
		<category><![CDATA[Gramsci]]></category>
		<category><![CDATA[hégémonie]]></category>
		<category><![CDATA[philosophie]]></category>
		<guid isPermaLink="false">https://www.delitfrancais.com/?p=43207</guid>

					<description><![CDATA[<p>Antonio Gramsci contre le danger des chambres d'écho.</p>
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<p class="has-drop-cap">Au début du 20<em>e</em> siècle<em>, </em>les discussions entourant le communisme étaient bien différentes de celles d’aujourd’hui: ce projet politique a depuis lors été éprouvé et, diront plusieurs, invalidé. Pour Antonio Gramsci, qui, en 1921, fondait le Parti communiste italien, l’Histoire n’avait pas encore été écrite et le communisme s’inscrivait encore comme une solution possible aux grands défis politiques de son époque. Alors que l’Italie était sous l’emprise du régime mussolinien, les antifascistes et autres révolutionnaires cherchaient à repenser la philosophie politique de sorte à lui donner de vraies allures démocratiques. Le défi qui s’imposait était celui d’offrir un régime alternatif, qui ne verrait pas une poignée d’individus en position de contrôle sur la majorité de la population, afin de préserver l’essence de la démocratie, ce «gouvernement par le plus grand nombre». Le communisme s’érigeait alors comme une alternative incontestable.</p>



<p>Né en 1891, Antonio Gramsci a été de son vivant un influent écrivain et théoricien politique. Le régime fasciste a d’ailleurs cherché à confiner la pensée du philosophe en le faisant emprisonner pendant plus de dix ans. Paradoxalement, ces années auront vu naître la grande majorité des travaux du penseur, qui écrivait à la fois pour échapper à la solitude carcérale et pour exercer une influence politique malgré l’oppression du régime. Son héritage est tel qu’il offre, encore aujourd’hui, une lecture tout à fait contemporaine des dangers politiques à l’horizon. </p>



<p><strong>L’hégémonie culturelle</strong></p>



<p>Karl Marx prétendait que le prolétariat briserait ses chaînes et, dans sa révolte, renverserait la bourgeoisie afin de mettre en place un nouvel ordre économique. Mais, au début du 20<em style="user-select: auto;">e</em> siècle, cette révolution se faisait attendre et les chaînes demeuraient. Les penseurs néo-marxistes n’ont eu d’autre choix que de remettre en question le fondement même de cette pensée: pourquoi la prophétie marxiste ne se réalisait-elle pas? Pourquoi des gens vivant dans des conditions abjectes, dont les emplois étaient bien souvent aliénants, acceptaient-ils de réélire un gouvernement qui les brutalisait?&nbsp;</p>



<blockquote class="wp-block-quote has-text-align-center is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow"><p>«Si un individu ou un groupe d’individus est en mesure de contrôler le récit, et s’il réussit à convaincre le citoyen moyen que l’ensemble actuel de normes culturelles constitue l’état permanent et immuable des choses, le peuple n’aura pas l’idée de se révolter»</p></blockquote>



<p>Le discours néo-marxiste de l’époque affirmait que le contrôle de la population s’étendait bien au-delà des urnes. Selon Gramsci, le contrôle politique serait dicté par le contrôle culturel; une classe sociale réussirait à être assignée au pouvoir et à maintenir son statut privilégié grâce à ce que le philosophe nomme «l’hégémonie culturelle». Du grec ancien <em>hêgemôn</em>, ce terme peut se traduire comme «chef militaire», ou encore «guide». Dans l’Antiquité grecque, l’hégémonie référait à la suprématie militaire d’un État sur un autre: si un État plus faible ne se conformait pas aux demandes de l’<em>hêgemôn</em>, l’armée de ce dernier l’annexait ou le dominait, voire le brûlait complètement. En d’autres termes, l’hégémonie impliquait la domination physique sur une population.&nbsp;</p>



<p>Gramsci, à son époque, affirmait que l’hégémonie ne s’exerçait plus de cette manière en Occident. L’avancée des médias de masse ayant été un tournant significatif à cet égard, les gens en position de pouvoir avaient alors compris que le contrôle de la population pouvait s’effectuer en manipulant les paramètres culturels dans lesquels les citoyens naviguaient. Cette «culture» se manifeste dans un ensemble élaboré de normes, de règles, de structures, de morales et de tabous – rituels qui se réunissent pour former un tout et une société cohésive. Pour le penseur italien, si un individu ou un groupe d’individus est en mesure de contrôler le récit, et s’il réussit à convaincre le citoyen moyen que l’ensemble actuel de normes culturelles constitue l’état permanent et immuable des choses, le peuple n’aura pas l’idée de se révolter.</p>



<p>Afin d’éclaircir ce concept, il est possible de se référer à <a href="https://www.delitfrancais.com/2019/11/19/penser-la-liberte-avec-ambiguite/" target="_blank" rel="noreferrer noopener" data-wpel-link="internal">l’éthique de l’ambiguïté</a> telle qu’entendue par Simone de Beauvoir. Pour la philosophe française, une distinction existe entre l’ordre culturel et l’ordre naturel. Un exemple évocateur de cette différence est celui de l’ouragan. Lorsque survient un ouragan, celui-ci dévaste des villes, détruit des maisons, décime des vies humaines. Évidemment, les gens en sont mécontents, et un ouragan dévastateur est une tragédie, l’on en conviendra. Toutefois, en tant qu’êtres humains, que pouvons-nous faire? Nous ne pouvons que l’accepter. Nous n’avons d’autre choix, puisqu’il n’y a ni intention ni volonté humaine derrière une telle tempête; personne ne peut être tenu moralement responsable des dommages qui en découlent. Nous considérons donc l’ouragan comme rien de plus qu’un événement malheureux, qui fait partie de la nature.&nbsp;</p>



<p>Gramsci nous dira que les classes sociales dominantes ont la capacité de dicter des normes culturelles, lesquelles servent à se renforcer elles-mêmes. Ainsi, les personnes nées dans ces cultures considéreraient souvent l’état de normalisation du monde qui les entoure comme la nature plutôt que la culture. Comme l’ouragan, les dommages causés par l’état naturel du monde – par le système qui porte cette culture – sont incritiquables. Aucune issue n’est possible, aucune alternative n’existe; l’individu doit, tout simplement, accepter les conséquences. Pour Gramsci, la prophétie marxiste n’aurait pas été accomplie&nbsp;précisément de ce fait: le prolétariat continue de vivre avec ses chaînes puisqu’il en est venu à les percevoir comme l’état naturel du monde.&nbsp;</p>



<div class="wp-block-image"><figure class="aligncenter size-large"><img fetchpriority="high" decoding="async" width="1000" height="912" src="https://www.delitfrancais.com/wp-content/uploads/2021/03/image_6487327-1-2-1000x912.jpg" alt class="wp-image-43217" srcset="https://www.delitfrancais.com/wp-content/uploads/2021/03/image_6487327-1-2-1000x912.jpg 1000w, https://www.delitfrancais.com/wp-content/uploads/2021/03/image_6487327-1-2-330x301.jpg 330w, https://www.delitfrancais.com/wp-content/uploads/2021/03/image_6487327-1-2-768x701.jpg 768w, https://www.delitfrancais.com/wp-content/uploads/2021/03/image_6487327-1-2-1536x1401.jpg 1536w, https://www.delitfrancais.com/wp-content/uploads/2021/03/image_6487327-1-2.jpg 1641w" sizes="(max-width: 1000px) 100vw, 1000px"><figcaption><span class="media-credit"><a href="https://www.delitfrancais.com/author/meynardadelia/?media=1" data-wpel-link="internal">Adélia Meynard</a> | Le Délit</span></figcaption></figure></div>



<p><strong>Le sens commun&nbsp;</strong></p>



<p>Les normes culturelles représentent pour le citoyen ce que Gramsci nomme «sens commun», soit le signifié que donne l’individu à toute chose, afin de donner un sens à sa propre place dans le monde. Ce sens commun permettrait de légitimer la domination d’une classe sur une autre. Des personnes qui, sans ce sens commun, ne se conformeraient pas à un discours dominant, consentent à contribuer au système qui les dirige; elles acceptent leur place dans le monde comme une partie nécessaire au fonctionnement de celui-ci. Leur existence rend donc possible le renforcement de l’hégémonie culturelle, et par le fait même, du statu quo politique.</p>



<blockquote class="wp-block-quote has-text-align-center is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow"><p>«La prophétie marxiste n’aurait pas été accomplie&nbsp;précisément de ce fait: le prolétariat continue de vivre avec ses chaînes puisqu’il en est venu à les percevoir comme l’état naturel du monde»</p></blockquote>



<p>Ainsi, même les personnes souhaitant lutter au sein d’un système capitaliste évolueront leur vie durant à même ce système: leur identité, leur place dans le monde et leur rapport à celui-ci ne pourront exister qu’en relation aux idéologies capitalistes. Gramsci affirme que leur existence se composera d’angles morts, leur vision étant restreinte par l’hégémonie culturelle qui les domine. L’hégémonie contribue ainsi à l’aveuglement volontaire des citoyens, ces derniers demeurant inaptes à considérer les autres options à leur disposition. L’unique manière de participer aux discours publics étant en effet de concourir à la culture existante, les individus prenant part à ce dialogue social évolueront dans cette culture qui se renforcit d’elle-même et n’auront connu d’autre discours que celui qu’ils livreront à leur tour.</p>



<p><strong>Les intellectuels dominants </strong></p>



<p>De cette transmission du discours, Gramsci identifie les intellectuels publics comme étant les premiers responsables. Deux types d’intellectuels publics se distinguent: les intellectuels dominants et les intellectuels organiques. La première catégorie réfère à ces individus en situation de pouvoir dans la société, qui commentent le monde et qui, de ce commentaire, renforcent le statu quo. Majoritairement issus du cercle universitaire, ces intellectuels sont ceux qui écrivent les articles, publient dans les revues, mènent les études et écrivent les manuels. Par leur position sociale, ils ont mainmise sur l’éducation de la prochaine génération de citoyens. Pour Gramsci, il y a là problème évident: le statut «d’intellectuel» leur est octroyé précisément grâce à leur conformité au système: leurs <em style="user-select: auto;">qualités</em> intellectuelles sont celles correspondant à l’ordre social existant.&nbsp;</p>



<p>Or, l’hégémonie culturelle s’édifie par le contrôle de trois sphères: (1) l’intellectuel de la société, (2) l’éducation au sein de la société, (3) la philosophie qui pousse les gens à l’action politique. En d’autres termes, un intellectuel formé par le système éducatif d’une société capitaliste aura forcément une compréhension lacunaire du capitalisme puisque moulée par les influences sociales qui contribuent à la perpétuité de ce système.&nbsp;</p>



<blockquote class="wp-block-quote has-text-align-center is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow"><p>«Pour Gramsci, il y a là problème évident: le statut «d’intellectuel» leur est octroyé précisément grâce à leur conformité au système: leurs <em>qualités</em> intellectuelles sont celles correspondant à l’ordre social existant»</p></blockquote>



<p>Concrètement, l’Université McGill n’a pas été pensée par des moines indépendants au sommet d’une montagne. De la logique de Gramsci, les cours qui y sont offerts et les professeurs émérites le sont par leur capacité à s’inscrire dans le discours capitaliste et à le renforcer; un étudiant mcgillois est donc plus susceptible, dans son parcours, d’être exposé aux mérites d’un tel système plutôt que d’en entendre les inconvénients. Toutefois, Gramsci apporte ici une nuance importante: ce système dominant pourrait, somme toute, être le «bon»; le capitalisme pourrait être politiquement et économiquement plus viable que le socialisme, par exemple. Seulement, une société cloisonnée dans un système qui se renforcit lui-même ne peut pas en être critique; impossible alors d’assurer la supériorité de ce système sur un autre.</p>



<p><strong>Pour une véritable contre-culture</strong></p>



<p>Gramsci affirme que l’hégémonie culturelle n’est toutefois pas exclusive aux sociétés capitalistes; une société pourrait se réclamer du socialisme, prôner ses avantages, et engendrer le même type de chambre d’écho. Davantage que le capitalisme, c’est le caractère hégémonique que problématise le philosophe: son objectif politique n’est pas de substituer l’idéologie marxiste à l’idéologie capitaliste dans le monde occidental, mais plutôt de repenser ces approches étroites où règnerait un niveau de scepticisme élevé quant au statu quo.&nbsp;</p>



<p>Rappelons que l’hégémonie culturelle a contrôle sur trois choses: les intellectuels, l’éducation et la philosophie d’une société. Ainsi, quiconque aspire à un changement social fondamental doit proposer un changement alternatif dans ces trois domaines, pense Gramsci. La création d’une contre-culture s’affirmerait alors substantielle; celle-ci figurerait comme un ensemble alternatif de normes culturelles et de tabous, et serait renforcée par des intellectuels qui œuvreraient à la remise en question constante et continue du statu quo. Gramsci nomme cet autre type d’intellectuels les «intellectuels organiques»: leur travail consisterait à douter de l’ordre existant des choses, à fournir un moyen d’éducation alternatif, et à aider le citoyen à prendre des mesures politiques par la transmission d’une vision philosophique en marge. Sans ces intellectuels organiques, de réels changements sociaux ne pourront germer; c’est ce qui expliquerait les nombreuses tentatives de révolutions échouées par le passé. Les marxistes orthodoxes qui avaient essayé d’organiser la révolte n’avaient pas compris le «sens commun» des travailleurs: ces derniers voyaient de fait leur place dans le monde en relation aux idéologies capitalistes. Pour les entraîner dans la désobéissance civile, un changement fondamental dans leur vision philosophique du monde aurait été impératif.</p>



<blockquote class="wp-block-quote has-text-align-center is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow"><p>«Davantage que le capitalisme, c’est le caractère hégémonique que problématise le philosophe: son objectif politique n’est pas de substituer l’idéologie marxiste à l’idéologie capitaliste dans le monde occidental, mais plutôt de repenser ces approches étroites où règnerait un niveau de scepticisme élevé quant au statu quo»</p></blockquote>



<p>La lecture contemporaine de Gramsci n’exhorte ni à la révolte ni à la critique d’un système précis: elle invite plutôt à la remise en question de tout système, de toute révolte. Le penseur nous demande d’être sceptique, de douter, et d’offrir une place aux cultures et aux contre-cultures qui déséquilibrent l’ordre existant. S’il est chose certaine que les chambres d’écho sont dangereuses, les voix dissidentes sont alors peut-être à même de nous choquer, justement parce qu’elles s’inscrivent viscéralement en marge des discours dominants. Ce n’est alors que le juste mélange des cultures et des contre-cultures qui permettrait à l’individu de véritablement <em>penser </em>la société dans laquelle il évolue.</p>
<p>L’article <a href="https://www.delitfrancais.com/2021/03/22/mettre-a-mal-lhegemonie/" data-wpel-link="internal">Mettre à mal l’hégémonie</a> est apparu en premier sur <a href="https://www.delitfrancais.com" data-wpel-link="internal">Le Délit</a>.</p>
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		<title>Une rentrée masquée à McGill</title>
		<link>https://www.delitfrancais.com/2021/03/09/une-rentree-masquee-a-mcgill/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Mélina Nantel]]></dc:creator>
		<pubDate>Tue, 09 Mar 2021 14:17:21 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Actualités]]></category>
		<category><![CDATA[Campus]]></category>
		<category><![CDATA[Christopher Buddle]]></category>
		<category><![CDATA[COVID-19]]></category>
		<category><![CDATA[distanciation]]></category>
		<category><![CDATA[échanges]]></category>
		<category><![CDATA[enseignement]]></category>
		<category><![CDATA[étudiants internationaux]]></category>
		<category><![CDATA[Fabrice Labeau]]></category>
		<category><![CDATA[McGill]]></category>
		<category><![CDATA[présentiel]]></category>
		<category><![CDATA[université mcgill]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>L’Université annonce le retour à l’enseignement en présentiel pour l’automne 2021.</p>
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										<content:encoded><![CDATA[
<p class="has-drop-cap">Le<strong><span class="has-inline-color has-societe-color"> </span></strong>23 février dernier, l’Université McGill a annoncé le retour à l’enseignement en présentiel dès l’automne 2021. Dans un <a href="https://www.mcgill.ca/provost/reprise-des-activites-sur-le-campus-lautomne-2021" target="_blank" rel="noreferrer noopener external" data-wpel-link="external">communiqué officiel</a>, l’on pouvait lire que «les étudiants et le personnel enseignant doivent se préparer à se rendre plus régulièrement sur les campus d’ici septembre».&nbsp; </p>



<p>L’administration mcgilloise travaille depuis des mois en étroite collaboration avec le ministère de la Santé et des Services sociaux et la Direction de la santé publique, autant au niveau provincial qu’au niveau régional. La décision du retour en présentiel a été motivée notamment par l’évolution de la campagne de vaccination déjà entamée au Québec. D’ici septembre, la majorité de la population à risque sera vaccinée. Pour le vice-principal exécutif adjoint (enseignement et programmes d’études) Christopher Buddle, la progression <span class="has-inline-color has-grisfonce-color">de la campagne de vaccination diminuera les risques de contagion, ce qui rendra plus sécuritaire l’enseignement en présentiel. Le Pr Buddle a toutefois déclaré que la communauté mcgilloise ne serait pas contrainte à être vaccinée pou</span>r se présenter sur le campus, bien que le masque sera<strong><span class="has-inline-color has-edito-color"> </span></strong>obligatoire.&nbsp;</p>



<p><strong>Offrir un «degré de certitude»</strong></p>



<p>McGill a été l’une des premières universités québécoises à faire l’annonce du retour en présentiel, suivie de près par l’Université de Montréal, le 24 février dernier. Pour le premier vice-principal exécutif adjoint (études et vie étudiante) Fabrice Labeau, cette annonce permet de donner à la communauté mcgilloise un «degré de certitude» quant à l’automne 2021, d’autant plus important pour les étudiants qui entameront une première année à McGill. Pour beaucoup d’entre eux, cette information les aidera à guider la planification du logement et du transport, qui doit se faire aussitôt que possible. Le Pr Labeau a tenu à souligner qu’un retour en présentiel permettra à McGill d’offrir à ses étudiants «<em>un niveau académique fidèle à ce pour quoi [ils] se sont engagés au départ</em>».</p>



<p><strong>Une garantie pour les étudiants internationaux</strong></p>



<p>Pour les étudiants internationaux, les frontières canadiennes sont actuellement ouvertes. En date du 21 février, le gouvernement fédéral a ajouté de nouvelles <a href="https://voyage.gc.ca/voyage-covid/voyage-restrictions/liste-verification-avion-canada" target="_blank" rel="noreferrer noopener external" data-wpel-link="external">exigences</a> pour entrer au pays, notamment une quarantaine obligatoire à l’hôtel. Pour pallier certains de ces frais supplémentaires engendrés par la COVID-19, un programme de bourses sera mis à la disposition des étudiants internationaux. Ceux qui prévoient étudier à McGill en septembre doivent donc planifier leur voyagement et leur quarantaine, car McGill s’attend à ce qu’ils soient sur le campus dès septembre. Les résidences universitaires ouvriront également leurs portes à tous les étudiants admissibles qui en feront la demande.&nbsp;</p>



<p><strong>La tenue des activités parascolaires&nbsp;</strong></p>



<p>L’année pandémique aura apporté un creux dans l’implication étudiante, selon le Pr Buddle. Dès septembre, les activités académiques (enseignement, apprentissage et recherche) seront prioritaires, mais certaines activités parascolaires pourront également être permises en présentiel. L’Université considère la possibilité d’offrir une semaine d’orientation double ainsi qu’une Soirée d’activités double (<em>Activities Night</em>, <em>ndlr</em>), à la fois pour les étudiants ayant débuté à McGill en 2020 et pour la nouvelle cohorte de septembre 2021. Cet effort viserait à augmenter l’implication étudiante et le sentiment d’appartenance à l’Université, qui ont été affectés négativement par la pandémie selon le Pr Buddle. Les clubs et les associations étudiantes ont notamment eu beaucoup de difficulté à recruter de nouveaux étudiants cette année, a affirmé le Pr Labeau.</p>



<p><strong>Des échanges étudiants&nbsp;encore incertains</strong></p>



<p>Les échanges étudiants ainsi que les programmes d’études à l’étranger demeurent incertains pour septembre. «<em>Pour que les échanges à l’automne soient possibles, une stabilité sanitaire doit avoir lieu non seulement au Québec, mais aussi à l’international. Cette stabilité est beaucoup plus difficile à atteindre et à planifier</em>», a souligné le Pr Labeau. Comme il n’est pas possible de prévoir les limitations particulières qui seront celles de chaque pays, il est encore trop tôt pour offrir des lignes directrices claires à ce sujet, a‑t-il ajouté. L’administration mcgilloise, en accord avec les prévisions de la Santé publique, prévoit un retour à la normale à l’hiver 2022 pour les programmes d’échanges étudiants.&nbsp;</p>



<blockquote class="wp-block-quote has-text-align-center is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow"><p>«<em>Pour que les échanges à l’automne soient possibles, une stabilité sanitaire doit avoir lieu non seulement au Québec, mais aussi à l’international. Cette stabilité est beaucoup plus difficile à atteindre et à planifier</em>»</p><cite>Fabrice Labeau</cite></blockquote>



<p><strong>Une session d’été en ligne</strong></p>



<p>À moins de changements majeurs dans la situation sanitaire, McGill a confirmé que la session d’été 2021 se tiendrait quant à elle en ligne. Des activités en présentiel seront toutefois possibles pour certaines facultés. De plus amples détails sont à venir.</p>



<p><em>Pour lire le communiqué officiel envoyé à la communauté étudiante le 23 février dernier: </em><a href="https://www.mcgill.ca/provost/reprise-des-activites-sur-le-campus-lautomne-2021" target="_blank" rel="noreferrer noopener external" data-wpel-link="external"><em>Reprise des activités sur le campus à l’automne 2021</em></a><em>.</em></p>



<p></p>
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		<title>Célébrer les individus qui constellent les communautés noires</title>
		<link>https://www.delitfrancais.com/2021/02/16/celebrer-les-individus-qui-constellent-les-communautes-noires/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Mélina Nantel]]></dc:creator>
		<pubDate>Tue, 16 Feb 2021 13:51:57 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Éditorial]]></category>
		<category><![CDATA[mois de l&#039;histoire des noirs]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>Cet été, les mobilisations du mouvement #BlackLivesMatter (La vies des Noir·e·s compte, ndlr) rappelaient au monde entier l’actualité de ses luttes et la persistance contemporaine des injustices qu’il dénonce. Chaque année, le mois de février vise à célébrer les personnes noires; célébrer des communautés aux capacités, identités et réalités des plus diverses; célébrer une «histoire»&#8230;&#160;<a href="https://www.delitfrancais.com/2021/02/16/celebrer-les-individus-qui-constellent-les-communautes-noires/" rel="bookmark" data-wpel-link="internal">Lire la suite &#187;<span class="screen-reader-text">Célébrer les individus qui constellent les communautés noires</span></a></p>
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]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[
<p class="has-drop-cap">Cet été, les mobilisations du mouvement #<em>BlackLivesMatter </em>(La vies des Noir·e·s compte, <em>ndlr</em>) rappelaient au monde entier l’actualité de ses luttes et la persistance contemporaine des injustices qu’il dénonce. Chaque année, le mois de février vise à célébrer les personnes noires; célébrer des communautés aux capacités, identités et réalités des plus diverses; célébrer une «histoire» qui est tout sauf homogène, mais que l’on s’entête pourtant à écrire au singulier.</p>



<p>Le mois de l’Histoire des Noir·e·s résulte d’une initiative de <a href="https://www.britannica.com/biography/Carter-G-Woodson" data-wpel-link="external" target="_blank" rel="external noopener noreferrer">Carter G. Woodson</a>, fondateur de l’Association pour l’étude de la vie et de l’Histoire des Noir·e·s (<a href="https://www.britannica.com/story/why-is-black-history-month-celebrated-in-february" data-wpel-link="external" target="_blank" rel="external noopener noreferrer">ASNLH</a>), une organisation dont le but premier était de faire avancer la recherche académique sur la culture et l’Histoire des Noir·e·s. Les célébrations débutent au milieu du 20<em>e</em> siècle aux États-Unis et cherchent à valoriser les figures importantes issues des communautés noires. Mais s’il s’agit de célébrer la résilience, l’innovation et la détermination des personnes noires, l’individu ne peut pas représenter la collectivité.&nbsp;</p>



<p>Au cours de ce mois de février, qui est célébré? Pour qui? Par qui? Qu’en est-il des individus noirs qui ne sont pas acclamés par les médias, mais qui naviguent pourtant un monde pensé et conçu par et pour l’individu blanc? Ce mois de célébration n’appartient-il qu’à une certaine part des communautés noires? Comment l’individu noir peut-il s’y faire représenter? Car si l’on ne célèbre que les grands apports, quels standards démesurés offrent-t-ils aux membres de ces communautés?</p>



<blockquote class="wp-block-quote has-text-align-center is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow"><p><em>«Je ne suis pas une statistique, ni seulement une couleur de peau ou la langue de mes ancêtres»</em></p></blockquote>



<p>Un double standard s’applique en effet pour la personne noire, double dans sa portée et dans son poids. Une personne noire n’est pas responsable de ses seules actions: si celle-ci porte des locks, par exemple, elle sera bien souvent associée à la culture du rap, au mieux, ou aux gangs de rue, au pire. Dans l’imaginaire collectif, l’individu noir doit représenter <em>sa</em> collectivité, et ce, davantage lorsqu’il essaie de s’en affranchir. Émerge alors la pression sous-jacente de renvoyer une bonne image de ses semblables, parfois en vertu d’une appartenance infondée. À cela s’ajoute le double standard, notamment dans le milieu du travail où la discrimination positive doit encore bien souvent être employée. Si cette discrimination est bien sûr souhaitable et légitime, elle met la personne noire dans la position inconfortable d’être confrontée à cette dualité: méritais-je le poste pour mes compétences, ou m’utilise-t-on pour prouver une ouverture à la diversité?&nbsp;</p>



<blockquote class="wp-block-quote has-text-align-center is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow"><p><em>«Je suis une femme noire allophone. Dans le formulaire d’emploi, j’ai envie de cocher “autre”. Je suis d’abord un individu, pas le groupe que je représente ni les stéréotypes qui l’accompagnent»</em></p></blockquote>



<p>La diversité dépasse l’espace interethnique et interculturel. Elle s’implémente à l’intérieur même de ces groupes distincts de sorte à créer une pluralité identitaire qui caractérise la richesse de l’espèce humaine dans son ensemble. Présenter au mois de février une série de personnalités publiques et montrer les éléments flamboyants des cultures africaines-américaines ne saurait englober l’entièreté de la richesse noire. Célébrer les personnes noires n’est évidemment pas le fait d’un seul mois par année. Pour permettre un dialogue collectif qui est inclusif et représentatif de la diversité de nos communautés, il faut inscrire chacun et chacune dans ce discours. Pas seulement les Rosa Parks, les Martin Luther King ou les Malcom X. Il faut faire place dans les espaces sur le campus de l’Université, faire place dans les œuvres étudiées, faire place dans les médias de cette même université, et impliquer, l’année durant, les communautés noires dans tous les secteurs de la vie communautaire.&nbsp;</p>



<p><em>Le Délit</em> fait partie de ce discours communautaire, et si nos efforts de diversité et d’inclusion sont encore trop minces face à tout le chemin qu’il reste à parcourir, notre plateforme souhaite offrir à son lectorat la possibilité de s’enrichir, à travers l’édition de cette semaine, de la diversité que porte ce Mois de l’Histoire des Noir·e·s. <em>Le Délit </em>souhaite vous présenter quelques-unes des déclinaisons nombreuses de ces contributions, des plus énormes aux plus modestes. Car peu importe l’apport de l’individu dans la collectivité, la vie des Noir·e·s compte.</p>



<blockquote class="wp-block-quote has-text-align-center is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow"><p><em>«J’aimerais reconnaître chaque personne noire, séparément, en dehors de son ethnicité, sa langue natale, sa religion, sa classe sociale. Je salue la personne noire <a href="https://www.delitfrancais.com/2021/02/16/face-a-face-avec-lhistoire-elles-ces-revolutionnaires-2e-partie/" target="_blank" rel="noreferrer noopener" data-wpel-link="internal">soldat</a>, la personne noire <a href="https://www.delitfrancais.com/2021/02/16/amen/" target="_blank" rel="noreferrer noopener" data-wpel-link="internal">poète</a>, la personne noire <a href="https://www.delitfrancais.com/2021/02/16/reinventer-le-ballet-blanc/" target="_blank" rel="noreferrer noopener" data-wpel-link="internal">danseuse</a>, la personne noire <a href="https://www.delitfrancais.com/2021/02/16/cornel-west-et-le-nihilisme-en-amerique-noire/" target="_blank" rel="noreferrer noopener" data-wpel-link="internal">engagée</a>, et toutes les autres»</em> </p></blockquote>
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		<title>Ça concerne aussi l’administration de McGill</title>
		<link>https://www.delitfrancais.com/2021/02/09/ca-concerne-aussi-ladministration-de-mcgill/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Mélina Nantel]]></dc:creator>
		<pubDate>Tue, 09 Feb 2021 13:52:13 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Éditorial]]></category>
		<category><![CDATA[administration mcgill]]></category>
		<category><![CDATA[dénonciation]]></category>
		<category><![CDATA[it takes all of us]]></category>
		<category><![CDATA[McGill]]></category>
		<category><![CDATA[violence sexuelle]]></category>
		<guid isPermaLink="false">https://www.delitfrancais.com/?p=41765</guid>

					<description><![CDATA[<p>À l’automne 2019, McGill mettait en place un programme éducatif obligatoire sur le consentement. «Ça nous concerne toutes et tous» (It takes all of us, en anglais) s’inscrivait dans un effort de l’administration, confrontée à un flot de dénonciations de violences sexuelles survenues sur le campus, et faisait également suite à l’adoption du projet de&#8230;&#160;<a href="https://www.delitfrancais.com/2021/02/09/ca-concerne-aussi-ladministration-de-mcgill/" rel="bookmark" data-wpel-link="internal">Lire la suite &#187;<span class="screen-reader-text">Ça concerne aussi l’administration de McGill</span></a></p>
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]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[
<p class="has-drop-cap">À l’automne 2019, McGill mettait en place un programme éducatif obligatoire sur le consentement. «<a href="https://www.mcgill.ca/sv-education/fr" target="_blank" rel="noreferrer noopener external" data-wpel-link="external">Ça nous concerne toutes et tous</a>» (<em>It takes all of us</em>, en anglais) s’inscrivait dans un effort de l’administration, confrontée à un flot de dénonciations de violences sexuelles survenues sur le campus, et faisait également suite à l’adoption du projet de <a href="http://www.assnat.qc.ca/fr/travaux-parlementaires/projets-loi/projet-loi-151-41-1.html" target="_blank" rel="noreferrer noopener external" data-wpel-link="external">loi 151</a>, qui visait à «prévenir et à combattre les violences à caractère sexuel dans les établissements d’enseignement supérieur».</p>



<blockquote class="wp-block-quote has-text-align-center is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow"><p>«Tandis que les violences sexuelles continuent de faire des ravages sur le campus, le soutien promis par McGill aux victimes laisse dangereusement place à un professionnalisme de façade»</p></blockquote>



<p>Si le programme obligatoire a servi à éduquer la communauté mcgilloise sur la violence sexuelle, l’Université s’est rapidement complue dans cet effort de sensibilisation. Plusieurs médias étudiants en avaient brossé un portrait critique (voir les articles du <a style="user-select: auto;" href="http://www.mcgilltribune.com/opinion/it-takes-all-of-us-especially-mcgill-01102019/" target="_blank" rel="noreferrer noopener external" data-wpel-link="external"><em style="user-select: auto;">Tribune</em></a> et du <a style="user-select: auto;" href="https://www.mcgilldaily.com/2019/10/it-takes-all-of-us-is-not-enough/#close-modal" target="_blank" rel="noreferrer noopener external" data-wpel-link="external"><em style="user-select: auto;">Daily</em></a>), mais aucun changement majeur n’a été opéré. Près d’un an et demi après la mise en place du programme, l’administration mcgilloise n’a toujours pas ajusté son agenda. Tandis que les violences sexuelles continuent de faire des ravages sur le campus, le soutien promis par McGill aux victimes laisse dangereusement place à un professionnalisme de façade.</p>



<p>Le 14 décembre dernier, une <a href="https://www.delitfrancais.com/2021/01/12/un-etudiant-de-mcgill-vise-par-des-allegations-de-violence-sexuelle/" target="_blank" rel="noreferrer noopener" data-wpel-link="internal">pétition</a> récoltait plus de 50 000 signatures. Un étudiant mcgillois de première année y était accusé de chefs d’agression sexuelle, qui auraient été commis sur le campus et dans les résidences universitaires. La pétition réclamait à l’administration mcgilloise d’agir afin de « rétablir la confiance et la sécurité des jeunes femmes et des gens dans les résidences ». Le lendemain, McGill affirmait dans un <a href="https://www.mcgill.ca/newsroom/article/sexual-violence-support-soutien-en-matiere-de-violence-sexuelle" data-wpel-link="external" target="_blank" rel="external noopener noreferrer">communiqué</a> qu’une investigation serait lancée. Depuis, la communauté mcgilloise est sans nouvelle.</p>



<p>Selon sa <a href="https://www.mcgill.ca/secretariat/files/secretariat/policy_against_sexual_violence.pdf" target="_blank" rel="noreferrer noopener external" data-wpel-link="external">politique</a> contre la violence sexuelle, l’Université dispose de 90 jours pour mener et compléter une investigation d’une plainte formelle. Si la diligence doit prôner, la lourdeur administrative ne devrait en aucun cas mener à des délais déraisonnables qui ne font qu’augmenter l’anxiété et l’inconfort des présumées victimes; à ce jour, l’étudiant sous investigation est encore en mesure d’assister aux <a href="https://www.cbc.ca/news/canada/montreal/mcgill-sexual-misconduct-petition-1.5877854" target="_blank" rel="noreferrer noopener external" data-wpel-link="external">cours en ligne</a>. L’échec du système judiciaire à offrir un soutien efficace et adéquat aux victimes n’est plus à prouver;&nbsp;la présomption d’innocence, un concept de justice pourtant fondamental, dévoile un consternant <a href="https://ici.radio-canada.ca/premiere/emissions/les-faits-dabord/segments/panel/193450/vague-denonciations-harcelement-sexuel-victimes-presomption-innocence-justice" target="_blank" rel="noreferrer noopener external" data-wpel-link="external">double tranchant</a> lorsque brandie dans des affaires de violence sexuelle. McGill a une responsabilité d’agir. Dans son effort de sensibilisation de la communauté étudiante, l’Université doit être elle-même sensible à la lourdeur procédurale dont la charge et l’impact reposent encore trop souvent sur les épaules des victimes.&nbsp;</p>



<blockquote class="wp-block-quote has-text-align-center is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow"><p>«[…] dans la lutte contre les violences sexuelles, la communauté étudiante ne peut pas faire cavalier seul. Si la rigueur exigée par le processus légal d’une plainte peut occasionner des délais, l’administration mcgilloise se doit néanmoins d’être plus réactive et surtout, responsable, dans son traitement des dossiers sur les violences sexuelles» </p></blockquote>



<p>McGill bénéficie de services gérés par les étudiant·e·s qui font un travail de sensibilisation important au sein de la communauté étudiante. C’est le cas notamment du Centre d’intervention en matière d’agression sexuelle de l’Association étudiante de l’Université McGill (<a href="http://www.sacomss.org/wp/" target="_blank" rel="noreferrer noopener external" data-wpel-link="external">SACOMSS</a>), qui organisait la semaine dernière la Semaine de Sensibilisation sur la violence sexuelle. Mais dans la lutte contre les violences sexuelles, la communauté étudiante ne peut pas faire cavalier seul. Si la rigueur exigée par le processus légal d’une plainte peut occasionner des délais, l’administration mcgilloise se doit néanmoins d’être plus réactive et surtout, responsable, dans son traitement des dossiers sur les violences sexuelles. McGill doit être plus transparente et communiquer davantage avec la communauté étudiante. Autrement, comment pouvons-nous croire que <em>ça nous concerne toutes et tous</em>?</p>



<p><strong>Quelques ressources:&nbsp;</strong></p>



<ul class="wp-block-list"><li><a href="http://sacomss.org/wp/" target="_blank" rel="noreferrer noopener external" data-wpel-link="external">Centre d’intervention en matière d’agression sexuelle de l’Association étudiante de l’Université McGill (SACOMSS)</a></li><li><a href="http://mcgill.ca/osvrse/" target="_blank" rel="noreferrer noopener external" data-wpel-link="external">Bureau d’intervention, de prévention et d’éducation en matière de violence sexuelle</a></li><li><a href="http://cvasm.org" target="_blank" rel="noreferrer noopener external" data-wpel-link="external">Centre pour les victimes d’agression sexuelle de Montréal</a></li></ul>
<p>L’article <a href="https://www.delitfrancais.com/2021/02/09/ca-concerne-aussi-ladministration-de-mcgill/" data-wpel-link="internal">Ça concerne aussi l’administration de McGill</a> est apparu en premier sur <a href="https://www.delitfrancais.com" data-wpel-link="internal">Le Délit</a>.</p>
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		<title>À l’ombre du marché culturel, un art de la distinction</title>
		<link>https://www.delitfrancais.com/2021/01/26/a-lombre-du-marche-culturel-un-art-de-la-distinction/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Mélina Nantel]]></dc:creator>
		<pubDate>Tue, 26 Jan 2021 13:52:12 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Éditorial]]></category>
		<category><![CDATA[alternatif]]></category>
		<category><![CDATA[Art de rue]]></category>
		<category><![CDATA[Art mural]]></category>
		<category><![CDATA[contre-culture]]></category>
		<category><![CDATA[culture]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>Plateforme d’expression, Le Délit a au cœur de sa mission la représentation et l’expression variée de formes d’arts et de cultures qui peuplent les bulles mcgilloise, montréalaise et québécoise. En tant que journal étudiant, Le Délit est un média alternatif, en ce sens qu’il s’imprime hors champ, en marge du contenu de masse. Cette semaine,&#8230;&#160;<a href="https://www.delitfrancais.com/2021/01/26/a-lombre-du-marche-culturel-un-art-de-la-distinction/" rel="bookmark" data-wpel-link="internal">Lire la suite &#187;<span class="screen-reader-text">À l’ombre du marché culturel, un art de la distinction</span></a></p>
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<p class="has-drop-cap">Plateforme d’expression, <em>Le Délit</em> a au cœur de sa mission la représentation et l’expression variée de formes d’arts et de cultures qui peuplent les bulles mcgilloise, montréalaise et québécoise. En tant que journal étudiant, <em>Le Délit</em> est un média alternatif, en ce sens qu’il s’imprime hors champ, en marge du contenu de masse. Cette semaine, la section Culture vous propose une édition spéciale sur la contre-culture, celle trop souvent oubliée.</p>



<p>La contre-culture se définit par rapport à la culture dominante dans le fait même qu’elle y est opposée. Elle remet en question les limites du normatif et de l’acceptable en inversant les valeurs sociétales majoritaires ou en proposant de nouvelles avenues de pensée. De par sa nature traditionnellement <em>underground</em>, c’est-à-dire subversive, secrète, voire invisible, il est parfois difficile de la découvrir, d’y accéder ou encore de la prédire. De ce fait, son cercle demeure assez fermé. La contre-culture, étant une culture de distinction, a ainsi besoin d’un courant dominant, non seulement pour se définir par rapport à celui-ci, mais de plus en plus pour se faire connaître. Si l’art subversif porte souvent en lui-même un message engagé, ses dénonciations et revendications finiront par se manifester d’autant plus ouvertement.</p>



<blockquote class="wp-block-quote has-text-align-center is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow"><p>«L’art de rue et l’art mural sont de ces arts qui s’offrent d’eux-mêmes: ils peuplent les espaces et accompagnent ainsi le quotidien. Ils permettent une démocratisation de la culture, où il n’est plus nécessaire d’acheter un accès particulier: exister dans la ville devient une expérience artistique en soi»</p></blockquote>



<p>L’art de rue et l’<a href="https://www.delitfrancais.com/2021/01/26/lire-la-ville-marcher-la-poesie/" target="_blank" rel="noreferrer noopener" data-wpel-link="internal">art mural</a> sont de ces arts qui s’offrent d’eux-mêmes: ils peuplent les espaces et accompagnent ainsi le quotidien. Ils permettent une démocratisation de la culture, où il n’est plus nécessaire d’acheter un accès particulier: exister dans la ville devient une expérience artistique en soi. Pour la philosophe Hannah Arendt, qui affirme le lien étroit entre politique et culture, les deux «s’entr’appartiennent alors, parce que ce n’est pas le savoir ou la vérité qui est en jeu, mais plutôt le jugement et la décision, l’échange judicieux d’opinions portant sur la sphère de la vie publique et le monde commun». Dans le cas de la contre-culture, cette façon alternative de voir le monde, cette propension à penser, à dire et à faire <em>autrement</em> invoque une vision radicalement constructive. L’art n’est pas en recherche de savoir ou de vérité. Comme la politique, il donne à voir ce que le monde pourrait être, en faisant apparaître un ordre second, autre et distinct.</p>



<p>Dans une vision alternative de l’art, l’idée de <em>productivité </em>est à même de détonner. Produire, vendre, marchander, termes pourtant bien au goût du jour, sont loin de faire l’unanimité. La contre-culture préconise la marge, préférant se terrer dans l’oubli plutôt que d’exister au sein d’un système imposé. Pour un mouvement artistique traditionnellement anti-institutionnel, s’incruster dans le <em>marché</em> culturel, vivre au sein de ce système, permet toutefois un lot de possibilités. Les subventions gouvernementales, les ventes d’œuvres ou encore les dividendes d’exposition peuvent être à la fois une manière de vivre plus aisément pour un artiste, ainsi défait du poids financier d’une vie forcément capitalisée – à cela, aucune alternative possible – tout en ouvrant les portes de nouvelles opportunités artistiques.</p>



<blockquote class="wp-block-quote has-text-align-center is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow"><p>«La société aura toujours besoin d’un art échappant à la commercialisation et à la réglementation: c’est l’avant-garde libre et subversive, vectrice de nouveaux courants»</p></blockquote>



<p>Même si l’art alternatif se fond éventuellement dans un art plus commercial, une forme de contre-culture continuera toujours d’exister puisque l’art ne peut être contenu à l’intérieur d’une institution, aussi hétéroclite soit-elle. La société aura toujours besoin d’un art échappant à la commercialisation et à la réglementation: c’est l’avant-garde libre et subversive, vectrice de nouveaux courants. Car, l’usurpation de la contre-culture par la culture de masse signifie que son excentricité initiale est enfin jugée acceptable. En d’autres mots, l’institutionnalisation de la contre-culture est signe que la société évolue, que le monde continue d’avancer et de fleurir sous de nouvelles formes. Toutefois, si l’institution est vue comme un filet capturant et permettant ces nouvelles formes, le mouvement subversif ne peut pas toujours se faire dans son cadre, puisqu’il doit, par sa nature, s’épanouir hors des normes sociales, administratives et parfois même légales. C’est pour cette raison, par exemple, que les graffitis et les «vandalismes engagés» coexistent encore avec les murales subventionnées. En ce sens, la lourdeur du système et son souci de cohésion ne rivalisent pas avec la spontanéité et l’audace de l’avant-garde.&nbsp;</p>



<p><br>L’importance d’espaces alternatifs s’affirme donc, indéniablement. La contre-culture n’est pas au monde simplement pour offrir <em>autre chose</em>. Elle existe aussi pour réfléchir à cette culture dominante, la critiquer, oser la remettre en question. Un journal étudiant existe en marge des médias traditionnels; la contre-culture se constitue en marge de la culture dominante. Bien qu’aucun ne puisse prétendre les substituer, l’intérêt du journal étudiant et de la contre-culture réside précisément dans cette altérité.</p>
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		<title>Ceux que ne couve pas le couvre-feu</title>
		<link>https://www.delitfrancais.com/2021/01/19/ceux-que-ne-couve-pas-le-couvre-feu/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Mélina Nantel]]></dc:creator>
		<pubDate>Tue, 19 Jan 2021 14:00:38 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Éditorial]]></category>
		<category><![CDATA[COVID-19]]></category>
		<category><![CDATA[itinérance]]></category>
		<category><![CDATA[précarité]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>Dans à peine deux mois, cela fera un an que le Québec est confiné. Un an distancés les uns des autres, à vivre dans nos petites bulles, anxieux à la simple idée de sortir faire l’épicerie. Puis voilà qu’à partir du 8 janvier, impossible de quitter son foyer après 20h00, exception faite des travailleurs essentiels&#8230;&#160;<a href="https://www.delitfrancais.com/2021/01/19/ceux-que-ne-couve-pas-le-couvre-feu/" rel="bookmark" data-wpel-link="internal">Lire la suite &#187;<span class="screen-reader-text">Ceux que ne couve pas le couvre-feu</span></a></p>
<p>L’article <a href="https://www.delitfrancais.com/2021/01/19/ceux-que-ne-couve-pas-le-couvre-feu/" data-wpel-link="internal">Ceux que ne couve pas le couvre-feu</a> est apparu en premier sur <a href="https://www.delitfrancais.com" data-wpel-link="internal">Le Délit</a>.</p>
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										<content:encoded><![CDATA[
<p class="has-drop-cap">Dans à peine deux mois, cela fera un an que le Québec est confiné. Un an distancés les uns des autres, à vivre dans nos petites bulles, anxieux à la simple idée de sortir faire l’épicerie. Puis voilà qu’à partir du 8 janvier, impossible de quitter son foyer après 20h00, exception faite des travailleurs essentiels et autres cas de force majeure. Dans l’angle mort du couvre-feu s’abritent pourtant les gens qui n’ont pas de «chez-soi», ceux qui ne font pas partie des «exceptions» entendues par le gouvernement. Dans le communiqué du 6 janvier, le premier ministre affirmait qu’il y a suffisamment de places dans les refuges pour les personnes en situation d’itinérance. Cet a priori est non seulement faux, mais également inexorablement néfaste pour ceux qui n’ont que la rue pour domicile.</p>



<p>Monsieur Legault échoue d’abord à considérer que le nombre de places disponibles en refuge s’est vu diminué de moitié pour respecter les mesures sanitaires, tandis que la population itinérante aurait quant à elle <a href="https://www.lapresse.ca/actualites/grand-montreal/2020-09-18/deux-fois-plus-de-sans-abri-a-montreal-selon-valerie-plante-tres-inquiete.php" target="_blank" rel="noreferrer noopener external" data-wpel-link="external">doublé</a> depuis le début de la pandémie. Des éclosions majeures sont d’ailleurs survenues dans plusieurs refuges, notamment au centre d’accueil La Porte ouverte Montréal, qui a alors dû fermer ses portes pendant plusieurs semaines. Dimanche dernier, l’horreur s’est produite: un homme en situation d’itinérance a été retrouvé mort devant le <a href="https://ici.radio-canada.ca/nouvelle/1763930/itinerant-montreal-mort-toilettes-nuit-dehors-refuge-ferme?fbclid=IwAR2GmF71jvBf4BDQCkq988J8Ycg3VudfDUUetf4slbhiUII2vjJ1FpR8Loo" target="_blank" rel="noreferrer noopener external" data-wpel-link="external">refuge</a>, qui est contraint de fermer de soir depuis sa réouverture le 11 janvier. Au sein de la communauté autochtone itinérante à Montréal, deux refuges d’urgence, mis sur pied pour répondre aux besoins grandissants, ont quant à eux un taux de positivité à la COVID-19 qui dépasse les <a href="https://ici.radio-canada.ca/espaces-autochtones/1763349/covid-itinerance-montreal-refuge-autochtone" target="_blank" rel="noreferrer noopener external" data-wpel-link="external">50%</a>.</p>



<p>Au-delà de la capacité d’accueil, les refuges ne représentent pas toujours un domicile viable pour les individus en situation d’itinérance. Beaucoup en sont exclus ou s’en excluent; certains établissements n’acceptent pas les personnes intoxiquées<strong><span class="has-inline-color has-philo-color"> </span></strong>ou qui sont accompagnées d’animaux de compagnie. Des problèmes de santé mentale, des traumatismes et un éventail d’autres raisons peuvent également freiner certaines personnes à y élire domicile pour une nuit.&nbsp;</p>



<blockquote class="wp-block-quote has-text-align-center is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow"><p>«La pandémie est un enjeu sanitaire<em>.</em> N’en faisons pas un prétexte pour punir les plus démunis du simple fait qu’ils vivent dans la rue»</p></blockquote>



<p>La ministre Guilbault affirme qu’il faut «aider ces personnes, plutôt que les inonder de constats d’infraction». Elle dit compter sur le discernement et la tolérance <span class="has-inline-color has-grisfonce-color">des corps policiers. </span>Mais cette confiance naïve fait <span class="has-inline-color has-grisfonce-color">dépendre</span><strong><span class="has-inline-color has-philo-color"> </span></strong>un enjeu social – &nbsp;l’itinérance – sur le bon vouloir d’êtres humains en position de pouvoir. Et les erreurs de jugement commencent déjà à se multiplier. À Montréal, un constat d’infraction de 1500$ a été remis à un itinérant pour avoir brisé le couvre-feu. À Val‑d’Or, deux constats d’infraction de 1550$ ont été remis à deux itinérants dès la deuxième nuit du couvre-feu. Les amendes prévues par la loi peuvent s’élever jusqu’à 6000$, et ces montants faramineux ne sont que très rarement à la portée des gens en situation d’itinérance.</p>



<p>Si l’on peut espérer compter sur «le bon jugement» des forces de l’ordre pour faire preuve de compréhension, la considération de l’itinérance en tant qu’exception permise au couvre-feu freinerait les débordements possibles, notamment lors de confrontations avec le corps policier. En s’opposant à une telle exception, le gouvernement se déresponsabilise face à un enjeu incontestable et manifeste, alors que le soutien offert aux personnes vivant en situation d’itinérance était déjà carencé avant la crise. Ces gens sont des citoyens à part entière, peu importe leur marginalité, ils ont des droits et méritent d’être traités dans la dignité. La pandémie est un enjeu sanitaire<em>.</em> N’en faisons pas un prétexte pour punir les plus démunis du simple fait qu’ils vivent dans la rue.</p>



<p><em>Une pétition circule actuellement sur le site de l’Assemblée nationale, demandant au gouvernement du Québec d’ajouter les personnes vivant en situation d’itinérance à la liste d’exceptions au couvre-feu. Pour signer la pétition:&nbsp;</em><a href="https://www.assnat.qc.ca/fr/exprimez-votre-opinion/petition/Petition-8831/index.html?fbclid=IwAR3UWzRvgv7bBDrYkkxD9KzszsPTldOFTpJlvugPDvnqvpCgN8JxcOswM3k" target="_blank" rel="noreferrer noopener external" data-wpel-link="external">Pétition: Exemption de l’application du couvre-feu pour les personnes en situation d’itinérance (assnat.qc.ca)</a> </p>
<p>L’article <a href="https://www.delitfrancais.com/2021/01/19/ceux-que-ne-couve-pas-le-couvre-feu/" data-wpel-link="internal">Ceux que ne couve pas le couvre-feu</a> est apparu en premier sur <a href="https://www.delitfrancais.com" data-wpel-link="internal">Le Délit</a>.</p>
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		<title>Réponse au McGill Tribune: Non, les francophones ne sont pas des alarmistes</title>
		<link>https://www.delitfrancais.com/2020/12/01/non-les-francophones-ne-sont-pas-des-alarmistes/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Mélina Nantel]]></dc:creator>
		<pubDate>Tue, 01 Dec 2020 15:20:51 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Éditorial]]></category>
		<category><![CDATA[francophonie]]></category>
		<category><![CDATA[langue]]></category>
		<category><![CDATA[langue française]]></category>
		<category><![CDATA[loi 101]]></category>
		<category><![CDATA[Montréal]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>Le 24 novembre dernier, le McGill Tribune publiait un article qui traitait d’une récente enquête parue au Journal de Montréal, témoignant de la situation du français au Québec et de son déclin dans la métropole. Si l’article du McGill Tribune a brutalement remis en question les méthodes employées pour cette enquête, il n’a pas cru&#8230;&#160;<a href="https://www.delitfrancais.com/2020/12/01/non-les-francophones-ne-sont-pas-des-alarmistes/" rel="bookmark" data-wpel-link="internal">Lire la suite &#187;<span class="screen-reader-text">Réponse au McGill Tribune: Non, les francophones ne sont pas des alarmistes</span></a></p>
<p>L’article <a href="https://www.delitfrancais.com/2020/12/01/non-les-francophones-ne-sont-pas-des-alarmistes/" data-wpel-link="internal">Réponse au McGill Tribune: Non, les francophones ne sont pas des alarmistes</a> est apparu en premier sur <a href="https://www.delitfrancais.com" data-wpel-link="internal">Le Délit</a>.</p>
]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[
<p class="has-drop-cap">Le 24 novembre dernier, le <em>McGill Tribune </em>publiait un <a href="http://www.mcgilltribune.com/opinion/alarmism-about-the-extinction-of-french-is-alive-and-well11242020/" data-wpel-link="external" target="_blank" rel="external noopener noreferrer">article</a> qui traitait d’une récente <a href="https://www.journaldemontreal.com/2020/11/14/etre-servi-en-anglais-ca-fait-dur" data-wpel-link="external" target="_blank" rel="external noopener noreferrer">enquête </a>parue au <em>Journal de Montréal</em>, témoignant de la situation du français au Québec et de son déclin dans la métropole. Si l’article du <em>McGill Tribune</em> a brutalement remis en question les méthodes employées pour cette enquête, il n’a pas cru bon d’analyser en profondeur le fait français, qui ne saurait se résumer à un simple rapport jugé erroné.</p>



<p>Les discours incriminant les francophones sont nombreux au Canada: on les accuse tantôt de «victimisation», tantôt de «xénophobie» dans leur défense de la langue. Je mets ici ces termes entre guillemets, puisqu’il s’agit de la même rengaine qu’utilise l’article du <em>McGill Tribune</em> pour son argumentaire de façade. La langue est un acte politique, elle est parfois écrite, chantée, gueulée, et elle s’imbriquera toujours dans la structure identitaire des collectivités qui la font vivre. Pierre Bourgault écrivait à ce propos que la défense du français s’inscrit dans une défense contre un unilinguisme, une hégémonie langagière qu’il faut à tout prix éviter. </p>



<blockquote class="wp-block-quote has-text-align-center is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow"><p>«Plutôt qu’une posture xénophobique ou victimaire, la défense de la langue française s’affirme comme une volonté d’un faire-valoir singulier, un marqueur identitaire fondamental et surtout, une potentialité à une hétérogénéité et que l’on souhaite toujours plurielle. L’interculturalisme est le fait de cultures qui s’enrichissent, qui savent dialoguer»</p></blockquote>



<p>Notre métropole est un berceau touristique important – les quartiers culturels, les nombreux restaurants, la mosaïque de drapeaux qui peuplent les rues sont autant de choses qui lui octroient un caractère hétéroclite. Mais pour que Montréal demeure une terre accueillante, encore faut-il pouvoir mettre en commun ces différences – l’uniformité et la conformité n’ont rien à voir avec l’inclusivité, c’est plutôt lorsqu’un tout devient homogène qu’il est dangereux d’en perdre les nuances de diversité.</p>



<p>L’identité est liée à la permanence, cette capacité à défier les aléas de l’histoire. La mémoire, la langue et l’identité sont intrinsèquement liées à la volonté collective qui permet à un peuple d’avoir des luttes communes, de s’émanciper et de s’affirmer. Ce qui est aussi important que la langue, c’est la conscience de l’importance d’une langue pour la pensée d’une société – le sentiment que la langue est en mesure de nommer nos vérités, d’exprimer nos réalités.</p>



<p>Dans les années 1970, le Québec s’est imposé sur la scène internationale en faisant du français la langue législative, instructive et économique. Plus d’un demi-siècle après la Révolution tranquille, la francophonie est mise à mal par l’avènement d’une nouvelle ère, celle de la société numérique globalement anglicisée. Le faux dilemme qui oppose l’anglais au français est toutefois à déconstruire. L’anglais s’impose à l’international comme une langue maîtresse – c’est celle des affaires, du commerce, des industries. Être plurilingue est une richesse inestimable, et les étudiant·e·s francophones bénéficieront certainement de leur maîtrise de l’anglais. Mais le visage français que revêt Montréal demeure une singularité nord-américaine à préserver, et sa chute est de plus en plus inquiétante.</p>



<p>Au Canada, les francophones hors Québec représentaient en 2011 <a href="https://www.erudit.org/fr/revues/lecture/2019-v13-n3-lecture04689/91139ac/" data-wpel-link="external" target="_blank" rel="external noopener noreferrer">3,8%</a> de la population. Selon les prévisions, cette proportion diminuerait à 2,7% en 2036.</p>



<p>Au Québec, <a href="https://journalmetro.com/actualites/montreal/2581807/declin-francais-encore-plus-rapide-montreal/" data-wpel-link="external" target="_blank" rel="external noopener noreferrer">24%</a> des personnes immigrantes, toutes langues maternelles confondues, utilisent l’anglais au travail.</p>



<p>À Montréal, <a href="https://www12.statcan.gc.ca/census-recensement/2016/dp-pd/prof/details/page.cfm?Lang=F&amp;Geo1=CSD&amp;Code1=2466023&amp;Geo2=PR&amp;Code2=24&amp;SearchText=Montreal&amp;SearchType=Begins&amp;SearchPR=01&amp;B1=All&amp;TABID=1&amp;type=1" data-wpel-link="external" target="_blank" rel="external noopener noreferrer">49,6%</a> des résident·e·s déclarent le français comme langue maternelle, contre 78% pour la moyenne provinciale.</p>



<p>La bilinguisme des institutions et des services donne à voir Montréal comme un endroit où la francophonie n’est qu’optionnelle. Quel avantage à apprendre une deuxième ou une troisième langue si l’anglais suffit pour s’ancrer en société? C’est en reléguant le français à ce second plan que s’effrite tranquillement le fil historique qui nous relie les uns aux autres.&nbsp;</p>



<p>On peut laisser notre culture s’essouffler, attendre qu’elle disparaisse avant de s’en inquiéter. Pour ma part, je préférerai toujours me faire traiter d’alarmiste que déclarer forfait à un combat à peine mené. Si l’article du <em>McGill Tribune </em>nomme victimes ceux et celles qui daignent sonner l’alarme, l’éducation a certainement un rôle bien important à jouer dans la compréhension des enjeux francophones au Canada, au Québec et à Montréal. Notre langue se doit d’être ouverte, de changer, d’évoluer. Cela ne sera pas le fait de quelques anglicismes qui servent à étouffer des mots dont l’on peine à se rappeler. Il faudra investiguer nos propres manquements, notre propre vocabulaire, et c’est à force d’éducation et de transmission que nous saurons renouveler cette culture.&nbsp;</p>



<p>&nbsp;Si l’on souhaite qu’elle inspire, nous devons d’abord faire le devoir de se souvenir.</p>
<p>L’article <a href="https://www.delitfrancais.com/2020/12/01/non-les-francophones-ne-sont-pas-des-alarmistes/" data-wpel-link="internal">Réponse au McGill Tribune: Non, les francophones ne sont pas des alarmistes</a> est apparu en premier sur <a href="https://www.delitfrancais.com" data-wpel-link="internal">Le Délit</a>.</p>
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		<title>Creusons-nous la tombe de l’enseignement?</title>
		<link>https://www.delitfrancais.com/2020/11/24/creusons-nous-la-tombe-de-lenseignement/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Mélina Nantel]]></dc:creator>
		<pubDate>Tue, 24 Nov 2020 13:44:37 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Éditorial]]></category>
		<category><![CDATA[épuisement]]></category>
		<category><![CDATA[professeur]]></category>
		<category><![CDATA[santé mentale]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>Le mois de décembre marque dans les cercles universitaires une période bien souvent exigeante, voire carrément drainante. À l’approche de la fin de session, nombreux·ses sont ceux et celles dont le sommeil se fait rarissime, les bonnes habitudes laissant place aux longues nuits d’études. Dans ce tourbillon estudiantin, difficile de préserver une bonne santé mentale&#8230;&#160;<a href="https://www.delitfrancais.com/2020/11/24/creusons-nous-la-tombe-de-lenseignement/" rel="bookmark" data-wpel-link="internal">Lire la suite &#187;<span class="screen-reader-text">Creusons-nous la tombe de l’enseignement?</span></a></p>
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<p class="has-drop-cap">Le mois de décembre marque dans les cercles universitaires une période bien souvent exigeante, voire carrément drainante. À l’approche de la fin de session, nombreux·ses sont ceux et celles dont le sommeil se fait rarissime, les bonnes habitudes laissant place aux longues nuits d’études. Dans ce tourbillon estudiantin, difficile de préserver une bonne <a href="https://www.delitfrancais.com/2020/11/17/la-communaute-mcgilloise-a-bout-de-souffle/" target="_blank" rel="noreferrer noopener" data-wpel-link="internal">santé mentale</a> et de jongler — sans rien échapper — avec les examens, les travaux finaux et les nombreux projets. Mais à l’ombre de notre quotidien étudiant travaillent d’arrache-pied ceux et celles dont l’importance est trop souvent minimisée: les professeur·e·s et chargé·e·s de cours qui ont, depuis le début de la pandémie, effectué un virage à 180 degrés pour réussir à se «renouveler».</p>



<p>La suspension des cours universitaires en mars dernier ne pouvant pas durer, le passage au numérique s’est effectué en l’espace de quelques semaines. On a alors demandé à la communauté universitaire d’apprendre à maîtriser Zoom, les<em> breakout rooms </em>et toutes sortes de fonctionnalités connexes. Nos professeur·e·s ont dû porter le fardeau d’un enseignement à réinventer, en plus d’apprivoiser dans un nouveau format une profession apprise pour la plupart il y a des années. Impuissant·e·s face aux restrictions qui nuisent à l’apprentissage de leurs étudiant·e·s et à leur propre enseignement, de nombreux·es professeur·e·s ont ajusté leurs plans de cours et répondu à des courriels d’étudiant·e·s inquiet·ète·s, en plus d’offrir du soutien émotionnel à celles et ceux dans le besoin. Mais qu’en est-il de leur propre santé? La charge mentale des professeur·e·s générée par la gestion du corps étudiant ajoute à leur stress et s’accumule dangereusement, les mettant à risque d’un épuisement professionnel qu’il faut à tout prix éviter. Où sont les mesures gouvernementales pour appuyer celles et ceux qui portent sur leurs épaules le poids de la qualité de l’enseignement et de la recherche universitaire?</p>



<p>Le taux d’épuisement professionnel serait d’ailleurs plus élevé chez les universitaires que dans la population en général. Les conditions de travail des professeur·e·s se sont détériorées de par le travail à domicile, et la pandémie n’a fait que renforcer les inégalités déjà présentes. Plusieurs <a href="https://policyoptions.irpp.org/magazines/october-2020/la-pandemie-a-aggrave-le-stress-chez-les-professeures-duniversite/" target="_blank" rel="noreferrer noopener external" data-wpel-link="external">études</a> démontrent notamment que la responsabilité des enfants et des aîné·e·s qui incombe généralement aux femmes a un impact particulièrement néfaste sur leur productivité et leur santé mentale.&nbsp;</p>



<p>Les cours de premier cycle étant majoritairement enseignés par des chargé·e·s de cours – principalement des femmes et des personnes racisées – leurs conditions d’emploi sont bien souvent précaires et leur salaire, relativement minime. Dans une lettre ouverte adressée à l’administration de la Dalla Lana School of Public Health, une partie du corps professoral dénonçait entre autres les inégalités et le manque de sécurité d’emploi pour les employé·e·s au statut précaire. Cette lettre ne relève pas d’un cas isolé, en démontre l’émergence de plusieurs cercles universitaires qui dénoncent l’inefficacité et l’insuffisance des services offerts au corps professoral.</p>



<blockquote class="wp-block-quote has-text-align-center is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow"><p>«Les universités doivent ouvrir la porte à des mesures plus ciblées, comme des services de garde gratuits et un ajustement plus flexible des exigences en matière d’enseignement et de recherche»</p></blockquote>



<p>Les professeur·e·s permettent l’apprentissage en occasionnant des élans de créativité et ce sont celles et ceux qui sont garants d’un savoir qui se doit d’évoluer. Puisque leur travail est si précieux, tâchons d’en prendre soin: les universités doivent ouvrir la porte à des mesures plus ciblées, comme des services de garde gratuits et un ajustement plus flexible des exigences en matière d’enseignement et de recherche. Ces mesures permettraient entre autres de pallier certaines des nombreuses inégalités. Briser les plafonds de verre qui existent au sein des universités nous demande d’oser investiguer le problème de l’épuisement professionnel, et, pour cela, il requiert d’agir sur la manière dont celui-ci est réparti inégalement en société.</p>
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		<title>Enrayer l’oubli</title>
		<link>https://www.delitfrancais.com/2020/11/17/enrayer-loubli/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Mélina Nantel]]></dc:creator>
		<pubDate>Tue, 17 Nov 2020 13:46:58 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Éditorial]]></category>
		<category><![CDATA[aîné]]></category>
		<category><![CDATA[vieillesse]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>Parmi les personnes décédées de la COVID-19 au cours de la première vague, «le tiers seraient très probablement [mortes] d’autres causes dans les semaines suivantes», démontrait une étude du HEC, publiée le 11 novembre dernier. Il n’en a pas fallu davantage pour que nombre d’internautes s’indignent contre les mesures de confinement émises par le gouvernement,&#8230;&#160;<a href="https://www.delitfrancais.com/2020/11/17/enrayer-loubli/" rel="bookmark" data-wpel-link="internal">Lire la suite &#187;<span class="screen-reader-text">Enrayer l’oubli</span></a></p>
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<p class="has-drop-cap">Parmi les personnes décédées de la COVID-19 au cours de la première vague, «le tiers seraient très probablement [mortes] d’autres causes dans les semaines suivantes», démontrait une <a href="https://www.lapresse.ca/covid-19/2020-11-11/etude-de-hec-montreal/le-tiers-des-defunts-seraient-morts-dans-les-semaines-suivantes.php" data-wpel-link="external" target="_blank" rel="external noopener noreferrer">étude</a> du HEC, publiée le 11 novembre dernier. Il n’en a pas fallu davantage pour que nombre d’internautes s’indignent contre les mesures de confinement émises par le gouvernement, fréquemment justifiées par la protection des aîné·e·s, pourtant absent·e·s de la conversation. Comment expliquer que l’un des groupes les plus concernés par ce débat virtuel soit ignoré de la sorte?</p>



<p>Si les aîné·e·s en société sont trop souvent oublié·e·s, c’est d’abord parce que cette partie de la population peine à se faire entendre. Alors qu’une majorité des voix contestataires utilisent maintenant des plateformes comme Facebook, Twitter ou Instagram, nombreuses sont les personnes âgées qui ne savent toujours pas ce que veut dire être <em style="user-select: auto;">connecté</em>. Difficile alors d’inscrire leurs enjeux dans cette agora qui se dessine au fil des commentaires internetéisés.&nbsp;</p>



<p>Bien que le tournant numérique n’exclut pas les moyens de pression conventionnels, comme les grèves, le piquetage ou les manifestations, comment pouvons-nous attendre de ces personnes qu’elles aient encore la force et l’énergie de s’organiser et de militer, comme le peut aisément la grande majorité?&nbsp;</p>



<p><strong>Jeu à somme nulle</strong></p>



<p>Inutile de pointer du doigt le personnel soignant ou encore les petits-enfants qui ne visitent que trop peu leurs grands-parents; nous avons une responsabilité collective face au traitement actuel des aîné·e·s en société. Cette responsabilité s’affirme à même les Chartes des droits et libertés canadienne et québécoise, qui reconnaissent le droit à l’égalité de tous et toutes, indépendamment de leur âge. Mais au-delà de la contrainte légale, il en relève surtout d’un devoir moral et sociétal: ce sont les valeurs qu’un peuple souhaite porter.&nbsp;</p>



<p>Nous qui plaidons à l’égalité, lorsque vient le temps de cas qui suscitent la réflexion – comme l’autonomie des aîné·e·s et leur rôle continu dans la société –, plutôt que de regarder ce problème en face, voilà des années que nous l’enfermons dans des CHSLD, étirant trop longuement ce problème de société.</p>



<p><strong>Une valeur hiérarchisée&nbsp;</strong></p>



<p>Dans une société où le capital mène, où la valeur marchande surpasse toutes les autres, à quel endroit peut alors s’inscrire cette notion fondamentale du droit égal à la vie? Si l’on se trouve constamment dans des rapports calculés avec les autres, à quel endroit s’imbrique, dans cette logique d’investissement et de productivité, celles et ceux qui n’ont plus la jeunesse et toutes ses possibilités? On relègue alors aux oubliettes ces êtres en attente d’être «expirés». À défaut de pouvoir les utiliser, on les confine dans des milieux à peine salubres et l’on provoque presque leur décrépitude.&nbsp;</p>



<p>Si l’empathie laisse dorénavant place à l’individualisme, notre société consumériste, qui préfère toujours le neuf au vieux, abrite sans gêne un capacitisme et un âgisme qui devraient pourtant faire rougir. Hiérarchiser la valeur humaine, en offrant davantage de droits à certaines personnes, est une faute à la fois légale et morale. C’en est une aussi que de se priver de la sagesse et du savoir que peuvent porter ceux et celles dont la vie est déjà bien avancée.&nbsp;</p>



<p>Les aîné·e·s ont encore une voix à porter et des intérêts à défendre. Il en va de notre responsabilité collective de démocratiser l’espace public pour qu’ils et elles puissent s’y faire entendre malgré les enjeux propres à leur âge. Il en relève également de notre responsabilité d’agrandir nos sphères de validité: toute vie humaine mérite d’être défendue et vécue dans la dignité. La surdité ou la mémoire atténuée, pas plus que le genre, l’appartenance ethnique ou l’orientation sexuelle, ne devraient servir de prétexte pour qu’un être soit maltraité. Fermer les yeux face à une situation d’injustice afin de dormir tranquille n’est pas un moyen légitime d’y réagir; et lorsque tout le monde le fait, la pratique devient justifiée.&nbsp;</p>



<p>Nous, étudiant·e·s qui nous sentons parfois <a href="https://www.delitfrancais.com/2020/11/17/la-communaute-mcgilloise-a-bout-de-souffle/" target="_blank" rel="noreferrer noopener" data-wpel-link="internal">oublié·e·s</a> à l’ère de cette pandémie, nos santés physique, mentale et sociale mises à mal afin de protéger les personnes vulnérables, nous choisissons d’ignorer que notre situation actuelle est celle de nos aîné·e·s depuis des décennies. La pandémie a d’ailleurs accentué cet isolement: l’âge d’or est devenu une entité abstraite, une justification pour et contre les mesures de confinement. Mais la triste réalité du sort que nous réservons aux personnes âgées n’a rien d’abstrait. Elle se voit aux murs blancs décrépis de certains CHSLD, au téléphone qui sonne trop peu, aux repas réchauffés mangés seul·e devant la télé. Ce délaissement est une affliction sociétale d’un mal intrinsèque. Soignons-la.</p>
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		<title>La curiosité à renouveler</title>
		<link>https://www.delitfrancais.com/2020/11/10/la-curiosite-a-renouveler/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Mélina Nantel]]></dc:creator>
		<pubDate>Tue, 10 Nov 2020 14:08:00 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Éditorial]]></category>
		<category><![CDATA[enfance]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>«Nul de nous n’est assez philosophe pour savoir se mettre à la place d’un enfant», nous disait Rousseau en 1762 dans son Émile ou De l’éducation. Pourtant, les trois siècles qui ont suivi ont vu fleurir maints essais et thèses sur le sujet, en plus de livres de la littérature jeunesse. Ces adultes qui enfilent&#8230;&#160;<a href="https://www.delitfrancais.com/2020/11/10/la-curiosite-a-renouveler/" rel="bookmark" data-wpel-link="internal">Lire la suite &#187;<span class="screen-reader-text">La curiosité à renouveler</span></a></p>
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<p>«Nul de nous n’est assez philosophe pour savoir se mettre à la place d’un enfant», nous disait Rousseau en 1762 dans son <em>Émile ou De l’éducation</em>. Pourtant, les trois siècles qui ont suivi ont vu fleurir maints essais et thèses sur le sujet, en plus de livres de la littérature jeunesse. Ces adultes qui enfilent leurs chaussures d’enfant peuvent-ils avoir, en toute confrontation avec les propos de Rousseau, une vision juste de l’enfance? La nostalgie ne fait-elle pas voir une réalité idéalisée? Pourquoi les œuvres racontées du point de vue d’enfants offrent-elles une aussi puissante portée?</p>



<p><em>Le Délit</em>, en dépit de ses 44 ans et de son équipe éditoriale dans la vingtaine, a choisi de se tourner, pour cette édition spéciale, vers cette période haute en couleurs et en rêves. L’enfance, dans toute sa beauté et son innocence, offre à voir une dimension trop oubliée à la vie adulte: la créativité. Dans leurs manies parfois impulsives, audacieuses ou même excentriques, les enfants ont bien souvent l’œil constructif, celui qui permet de penser et bâtir au-delà des cadres stricts d’une réalité donnée. Pour repenser le monde avec imagination et envisager des solutions aux grands problèmes de celui-ci, faut-il alors garder cet esprit créatif, celui-là même fondamentalement opposé à nos fonctionnements sociaux d’efficacité programmée? En ce sens, la créativité est synonyme d’espoir; elle est essence, énergie vitale (<a href="https://www.delitfrancais.com/2020/11/10/limaginaire-au-service-du-bien-commun/" target="_blank" rel="noreferrer noopener" data-wpel-link="internal">L’imaginaire au service du bien commun).</a></p>



<p>Pour permettre cette quête d’imaginaire, les récits s’inscrivent dans leur capacité à (re)construire des univers de possibles – réécrire son enfance demande de s’y replonger, de réhabiter ces instants dont la mémoire perd tranquillement le fil. L’écriture, en ce sens, n’est pas très loin de l’enfance – c’est une porte ouverte vers l’imagination et la construction. Qu’elle soit réaliste ou non, elle permet de repenser le monde, celui qui nous habite ou celui qui nous entoure (<a href="https://www.delitfrancais.com/2020/11/10/la-fissure/" target="_blank" rel="noreferrer noopener" data-wpel-link="internal">La Fissure</a>).</p>



<p>À l’enfance ne sont pas seulement rattachés le beau et le créatif. Cette période marque aussi l’époque des grandes crises, des grandes douleurs, et à cela l’apprentissage de cadres propres à la société dans laquelle évolueront les adultes de demain. Si le terrain de jeu est inégal au premier jour, les enfants ont vite fait d’être confrontés aux grandes inégalités qui régissent le monde (<a href="https://www.delitfrancais.com/2020/11/10/raciste_a_treize_ans/" target="_blank" rel="noreferrer noopener" data-wpel-link="internal">À 13 ans, on m’a appris à être raciste</a>, <a href="https://www.delitfrancais.com/2020/11/10/noir_a_six_ans/" target="_blank" rel="noreferrer noopener" data-wpel-link="internal">À 6 ans, on m’a appris à être Noir)</a>. Si elles provoquent des incompréhensions, certaines inégalités peuvent mener à des enfances plus bouleversées que d’autres, en témoignent les multiples cas médiatisés de la DPJ (<a href="https://www.delitfrancais.com/2020/11/10/la-dpj-sous-le-feu-des-projecteurs/" target="_blank" rel="noreferrer noopener" data-wpel-link="internal">La DPJ sous le feu des projecteurs</a>). En ce sens, le rôle de l’éducation est fondamental en ce qui à trait à ces futurs adultes; néanmoins, les enfants ne saisissent-ils pas davantage que la plupart des adultes certaines réalités fondamentales? Par exemple, la liberté semble correspondre à l’une de ces évidences que l’on s’efforce d’enseigner à la relève, alors que le concept peut échapper à plusieurs adultes (<a href="https://www.delitfrancais.com/2020/11/10/enseigner-la-liberte/" target="_blank" rel="noreferrer noopener" data-wpel-link="internal">Enseigner la liberté</a>).&nbsp;</p>



<p>L’éducation, comme pilier sociétal, est ainsi essentielle non seulement dans la construction identitaire, mais aussi dans l’ouverture qu’elle offre aux enfants et aux grandes personnes. Que ce soit à travers l’institution scolaire, l’enseignement parental ou encore l’objet culturel (<a href="https://www.delitfrancais.com/2020/11/10/enki-le-renard-gardien-de-la-culture/" target="_blank" rel="noreferrer noopener" data-wpel-link="internal">Enki le renard, gardien de la culture</a>), l’apprentissage et la curiosité pour ce dernier se doivent de nourrir ces esprits, que l’on espère d’abord suffisamment critiques pour remettre en question la société, puis suffisamment féconds pour résoudre les grands problèmes de notre ère.</p>



<p><em>Le Délit</em> vous invite à renouveler votre propre curiosité et vous souhaite une douce lecture de cette édition spéciale sur l’enfance.</p>
<p>L’article <a href="https://www.delitfrancais.com/2020/11/10/la-curiosite-a-renouveler/" data-wpel-link="internal">La curiosité à renouveler</a> est apparu en premier sur <a href="https://www.delitfrancais.com" data-wpel-link="internal">Le Délit</a>.</p>
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		<title>L’imaginaire au service du bien commun</title>
		<link>https://www.delitfrancais.com/2020/11/10/limaginaire-au-service-du-bien-commun/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Mélina Nantel]]></dc:creator>
		<pubDate>Tue, 10 Nov 2020 14:03:42 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Culture]]></category>
		<category><![CDATA[Entrevues]]></category>
		<category><![CDATA[Littérature]]></category>
		<category><![CDATA[Slider]]></category>
		<category><![CDATA[Annick Davignon]]></category>
		<category><![CDATA[Bufanda]]></category>
		<category><![CDATA[clown]]></category>
		<category><![CDATA[Entrevue]]></category>
		<category><![CDATA[littérature jeunesse]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>Le Délit s’entretient avec Annick Davignon, clown diffuseuse de bonheur et autrice jeunesse.</p>
<p>L’article <a href="https://www.delitfrancais.com/2020/11/10/limaginaire-au-service-du-bien-commun/" data-wpel-link="internal">L’imaginaire au service du bien commun</a> est apparu en premier sur <a href="https://www.delitfrancais.com" data-wpel-link="internal">Le Délit</a>.</p>
]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[
<p class="has-drop-cap">Annick Davignon œuvre dans le monde de la coopération internationale depuis de nombreuses années. À travers sa clown Bufanda, elle a répandu le bonheur dans plusieurs pays du monde. Aujourd’hui consultante, elle continue d’émerveiller et de s’émerveiller, en gardant l’imaginaire et la créativité au cœur de son approche. C’est avec sa bonne humeur contagieuse que l’autrice du livre jeunesse <em>Bufanda</em> a accepté de partager au <em>Délit </em>quelques bribes de son parcours unique<em>.</em></p>



<p><strong><em>Le Délit</em> (LD):</strong> <em>Annick, tu es originaire de la Côte-Nord, tu as fait un baccalauréat en Études internationales et langues modernes, tu as fait plusieurs voyages qui t’ont ouverte au domaine de la solidarité internationale. Peux-tu me parler un peu de ton parcours?&nbsp;</em></p>



<p><strong>Annick Davignon (AD): </strong>Ç’a commencé quand j’avais 4 ans. Ça sortait de nulle part, mais je voulais devenir clown. Je ne viens pas d’une famille de clowns ou d’artistes, j’avais vu des <em>shows</em> de cirque à la télé, mais c’est à peu près tout. Quand je voyais des clowns quelque part, j’étais vraiment fascinée. Le clown a été dans mon ADN avant même que je ne comprenne pourquoi! À 17 ans, j’ai rencontré le fondateur de Clown Sans Frontières Canada dans un congrès de tourisme jeunesse. Le fondateur, Jacko, donnait une conférence. C’est comme si en une seule personne, je trouvais mes deux passions: ma passion d’enfance du clown et celle de l’humanitaire qui m’intéressait de plus en plus à l’époque. Rencontrer Jacquot, c’était comme rencontrer le Père Noël! (rires, <em>ndlr</em>)&nbsp;</p>



<p>Suite à ça, j’ai fait mon cégep, puis j’ai étudié en études internationales et langues modernes, j’ai voyagé beaucoup, j’ai participé à Jeunesse Canada Monde, je me suis lancée dans la coopération internationale. En finissant mon bac, j’ai commencé à travailler pour l’organisme l’<a href="https://www.amie.ca/" data-wpel-link="external" target="_blank" rel="external noopener noreferrer">AMIE</a> (Aide Internationale à l’Enfance, <em>ndlr</em>). J’avais mon bac, j’avais une <em>job</em>, mais j’avais encore l’impression que quelque chose me manquait. Je n’envisageais pas forcément le clown<strong><span class="has-inline-color has-noir-color">;</span></strong> je ne me suis jamais perçue comme une artiste! On m’avait déjà dit: «Choisis ce que tu veux faire et trouve un <em>qui </em>qui incarne ce que tu veux devenir.» Ça avait fait écho en moi! À l’époque, je m’intéressais beaucoup à «changer le monde», au clown, à la santé, et je m’étais demandé qui incarnait tout ça. Pour moi, c’était Patch Adams! Je suis allée le rejoindre aux États-Unis [pour] suivre l’une des formations qu’il offrait, où il expliquait comment le clown peut aider à mieux vivre. C’est comme ça que j’ai rencontré la communauté internationale de clowns; il y en avait d’Argentine, d’Italie, et de plein d’endroits dans le monde. C’étaient des gens qui faisaient du clown pas nécessairement pour le spectacle, mais plus pour faire du bien, comme Patch, mais sans la médecine. Donc j’ai commencé à comprendre que je pourrais jumeler mon intérêt pour la coopération internationale et mon côté social qui voulait rendre le monde meilleur avec le clown. </p>



<p>Quand je suis revenue, j’ai eu envie de voyager, mais avec ma clown. Je suis allée au Pérou rejoindre Patch et d’autres clowns de je ne sais plus combien de pays dans le monde. Je devais donner mon nom pour m’inscrire, et Bufanda est née. L’année d’après, j’ai été au Costa Rica, puis j’ai commencé à faire des ateliers sur comment le clown peut nous aider à devenir de meilleurs humains. J’ai co-initié la communauté à Montréal «Clowns: Diffuseurs de Bonheur», un collectif de clowns qui s’implique auprès des groupes marginalisés, comme les aînés en perte cognitive ou encore les personnes vivant avec une déficience intellectuelle. Ma capacité artistique à rassembler les gens est devenue ma façon d’être en lien avec les clowns, avec ma mission de vie. C’est beau, non?&nbsp;</p>



<figure class="wp-block-image size-large"><img decoding="async" width="668" height="1000" src="https://www.delitfrancais.com/wp-content/uploads/2020/11/DSC_2952-Edit-2-1-1-668x1000.jpg" alt class="wp-image-39428" srcset="https://www.delitfrancais.com/wp-content/uploads/2020/11/DSC_2952-Edit-2-1-1-668x1000.jpg 668w, https://www.delitfrancais.com/wp-content/uploads/2020/11/DSC_2952-Edit-2-1-1-330x494.jpg 330w, https://www.delitfrancais.com/wp-content/uploads/2020/11/DSC_2952-Edit-2-1-1-768x1151.jpg 768w, https://www.delitfrancais.com/wp-content/uploads/2020/11/DSC_2952-Edit-2-1-1-1025x1536.jpg 1025w, https://www.delitfrancais.com/wp-content/uploads/2020/11/DSC_2952-Edit-2-1-1.jpg 1335w" sizes="(max-width: 668px) 100vw, 668px"><figcaption><span class="media-credit">HanaBenveniste</span></figcaption></figure>



<p><strong>LD:</strong> <em>Qu’est-ce que ta clown, Bufanda, apporte à la communauté? Et qu’est-ce qu’elle t’apporte à toi, Annick?&nbsp;</em></p>



<p><strong>AD: </strong>C’est drôle, parce que ça me rend émotive tout ça! Tu sais, je me rends compte que Bufanda a apporté beaucoup de bonheur aux gens, mais elle a surtout eu un impact sur moi! Elle m’a permis de m’aimer en tant que personne, d’assumer ce que je suis et de m’accueillir là-dedans. J’ai réalisé que Bufanda, ce n’est pas tant ce qu’elle <em>fait</em> qui fait du bien aux gens, c’est ce qu’elle <em>est</em>. Moi, c’est ça que le clown m’a apporté: apprendre à aimer qui je suis. Maintenant, j’ai l’impression d’avoir un impact sur les gens de façon consciente et de manière très humble. J’ai l’impression d’en faire moins et d’avoir un plus grand impact sur le monde. Avant, avec la coopération internationale, je le faisais pour sortir de moi-même, pour aider les autres. Mais Bufanda m’a appris à être moi-même. J’ai l’impression que quand j’amène de la couleur, je <em>fais</em> finalement pas grand chose, mais je <em>suis</em> beaucoup. C’est là, réellement, que ç’a un impact sur les gens.</p>



<blockquote class="wp-block-quote has-text-align-center is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow"><p>«Moi, c’est ça que le clown m’a apporté: apprendre à aimer qui je suis»</p></blockquote>



<p><strong>LD:</strong> <em>Dirais-tu qu’il existe des distinctions entre ce qu’est Bufanda et ce qu’est Annick?</em></p>



<p><strong>AD: </strong>En fait, quand j’ai rencontré Bufanda, il y avait une distance entre elle et moi. Plus ça allait, j’ai compris qu’être clown, c’est être <em>toujours</em> dans ton clown, t’es tout le temps les deux parce que t’es la même personne. Autant, pendant un temps, Bufanda me permettait de m’habiller en couleurs, de vivre des émotions intenses, maintenant, je me permets de vivre ces émotions-là. J’ai réussi à créer un alignement entre elle et moi. Bufanda m’a permis de comprendre qu’il y avait une facette de moi que je ne laissais pas exister en dehors d’elle, et elle m’a permis d’accepter cette partie-là, pour mieux m’exprimer, moi, Annick. Il y avait une partie de ce que j’étais que je ne laissais pas émerger, qui prend maintenant sa place. Il y a quelque chose de vraiment puissant dans le clown, qui permet ça.</p>



<p><strong>LD: </strong><em>Dirais-tu que dans ton approche en intervention, il y a toujours une part d’imaginaire et de création, même si tu n’es pas en train de </em>performer <em>ta clown?&nbsp;</em></p>



<p><strong>AD: </strong>En fait, je considère que peu importe si je suis habillée en rose, en bleu, en vert, en mauve, en noir, ou en rien, c’est ma créativité, ma capacité à voir le potentiel, à oser l’imaginaire, qui me caractérise. J’ai grandi avec l’imaginaire, en essayant toujours d’être dans le beau et dans la magie. C’est toujours ça qui m’a suivi. Maintenant, je fais de la consultation pour des organismes communautaires, et en ce moment, dans le monde, on le sait, c’est <em>tough</em>. Je vois que ma capacité à oser imaginer ce qu’on pourrait être, malgré les contraintes et le blocage de la réalité, ça inspire les gens. Ma <em>job</em> est sérieuse, mais je reste dans cette magie-là, celle de la créativité et de l’humanité. Pour moi, le clown est ancré dans ces deux aspects-là. Je crois vraiment que la créativité a sa place partout, dans tous les domaines.&nbsp;</p>



<blockquote class="wp-block-quote has-text-align-center is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow"><p>«Ma capacité à oser imaginer ce qu’on pourrait être, malgré les contraintes et le blocage de la réalité, ça inspire les gens»</p></blockquote>



<p><strong>LD:</strong> <em>Tu as publié en octobre 2019 un premier livre jeunesse qui porte le nom de ta clown, </em>Bufanda. <em>Pourquoi en es-tu venue à t’intéresser à l’enfance et à la littérature jeunesse?&nbsp;</em></p>



<p><strong>AD: </strong>Je n’étais pas une grande lectrice quand j’étais plus jeune. J’étais assez paresseuse. Je n’ai pas grandi dans une famille de grands lecteurs non plus, c’était présent, mais pas tant que ça. Le déclencheur a été pendant mon bac. Je suis tombée sur une prof qui m’a complètement inspirée, tu sais, le genre de prof qui te donne le goût d’assister à son cours, même si c’est le vendredi après-midi! Une prof extraordinaire, super exigeante, mais passionnée. J’ai découvert la littérature pour enfants et les classiques de la littérature anglophone jeunesse. C’est ce cours-là qui m’a permis de découvrir le pouvoir de la littérature pour enfants, et l’impact que ça peut avoir sur les enfants et sur les adultes aussi. Je m’étais dit que j’aimerais ça, un jour, écrire un livre pour enfants. À la même époque, j’ai commencé à m’intéresser à la philosophie pour enfants. Ça m’avait fait trippé de voir que des livres jeunesse peuvent être des amorces à développer des discussions en profondeur avec les enfants. J’avais un ami qui avait une maison d’édition, et il m’avait dit: «Si tu fais un livre sur Bufanda un jour, je te publie.» Même si j’avais déjà l’idée de faire un livre un jour, c’est un peu ça qui a déclenché le processus.&nbsp;</p>



<figure class="wp-block-image size-large"><img decoding="async" width="1000" height="731" src="https://www.delitfrancais.com/wp-content/uploads/2020/11/sans-titre-0027-1-1000x731.jpg" alt class="wp-image-39432" srcset="https://www.delitfrancais.com/wp-content/uploads/2020/11/sans-titre-0027-1-1000x731.jpg 1000w, https://www.delitfrancais.com/wp-content/uploads/2020/11/sans-titre-0027-1-330x241.jpg 330w, https://www.delitfrancais.com/wp-content/uploads/2020/11/sans-titre-0027-1-768x561.jpg 768w, https://www.delitfrancais.com/wp-content/uploads/2020/11/sans-titre-0027-1.jpg 1425w" sizes="(max-width: 1000px) 100vw, 1000px"><figcaption><span class="media-credit">Mona Eliceiry</span></figcaption></figure>



<blockquote class="wp-block-quote has-text-align-center is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow"><p>«Je crois que la créativité, c’est notre essence propre, notre énergie vitale. Si on ne la laisse pas exister, on ne se laisse pas vivre. Particulièrement dans le monde en ce moment, la créativité est nécessaire. Elle est synonyme d’espoir»</p></blockquote>



<p><strong>LD:</strong> <em>Peux-tu me parler un peu de ta vision de la philosophie pour enfants?&nbsp;</em></p>



<p><strong>AD: </strong>Pour moi, la philosophie est un élément clef dans la société. Chez les enfants, ç’a un rôle fondamental, parce que ça permet de développer l’esprit critique, la pensée morale et la capacité de penser ensemble. Ce que je vois en ce moment dans mon travail, c’est que les gens ne savent pas dialoguer. On est constamment en train de débattre, d’argumenter, plutôt que de chercher à penser ensemble et à construire quelque chose. On a besoin de plus de dialogues, de plus de collaboration.&nbsp;</p>



<p><strong>LD:</strong> <em>Comment aborder la vie légèrement quand on est confronté aux grands enjeux de notre monde? Quelle est la place de l’art et de la culture pour adoucir l’existence et harmoniser la société, selon toi?&nbsp;</em></p>



<p><strong>AD: </strong>Je crois que la créativité, c’est notre essence propre, notre énergie vitale. Si on ne la laisse pas exister, on ne se laisse pas vivre. Particulièrement dans le monde en ce moment, la créativité est nécessaire. Elle est synonyme d’espoir. La culture, l’art, oui, mais dans son essence première, pas forcément dans son aspect <em>business</em>. Si on enlève la créativité au monde, on se met à fonctionner dans des cellules très précises, puis les gens se mettent à mourir de l’intérieur. On doit garder la créativité, animer cet espoir. C’est vital.&nbsp;</p>



<pre class="wp-block-verse"></pre>



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		<title>L’avortement à l’agenda politique</title>
		<link>https://www.delitfrancais.com/2020/11/03/lavortement-a-lagenda-politique/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Mélina Nantel]]></dc:creator>
		<pubDate>Tue, 03 Nov 2020 14:06:38 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Éditorial]]></category>
		<category><![CDATA[avortement]]></category>
		<category><![CDATA[féminisme]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>Simone de Beauvoir nous avait bien averties: «il suffira d’une crise politique, économique ou religieuse pour que les droits des femmes soient remis en question. Ces droits ne sont jamais acquis. Vous devez rester vigilantes votre vie durant». Pensons à l’exemple frappant de la Pologne, où un arrêt du Tribunal constitutionnel émis le 22 octobre&#8230;&#160;<a href="https://www.delitfrancais.com/2020/11/03/lavortement-a-lagenda-politique/" rel="bookmark" data-wpel-link="internal">Lire la suite &#187;<span class="screen-reader-text">L’avortement à l’agenda politique</span></a></p>
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<p class="has-drop-cap">Simone de Beauvoir nous avait bien averties: «il suffira d’une crise politique, économique ou religieuse pour que les droits des femmes soient remis en question. Ces droits ne sont jamais acquis. Vous devez rester vigilantes votre vie durant». Pensons à l’exemple frappant de la Pologne, où un arrêt du Tribunal constitutionnel émis le 22 octobre dernier rend illégal l’avortement en cas de malformation du fœtus, soit pour 98% des avortements légaux au pays. De notre côté de l’océan, la nomination de la magistrate conservatrice anti-avortement Amy Coney Barret à la Cour Suprême des États-Unis, ou encore les positions pro-vie d’anciens candidats aux élections fédérales canadiennes Andrew Scheer et Maxime Bernier, démontrent la précarité dans laquelle peut se retrouver la situation d’accessibilité à l’interruption volontaire de grossesse. Ce discours, qui tend à remettre ce droit primaire à l’agenda politique, menace d’effacer des décennies de progrès féministes.&nbsp;</p>



<p>Le droit à l’avortement entendu comme enjeu «social» est d’ailleurs foncièrement problématique, puisqu’il fait fi d’une notion fondamentale: la question de l’avortement ne relève pas du débat public, ni de l’ordre moral, à savoir s’il est juste ou non d’être «pro-vie». Ces questions n’en sont pas moins importantes, mais elles contribuent à détourner le discours de l’enjeu central. Celui-ci concerne le corps de la femme et sa liberté de conscience — sa capacité individuelle à disposer de son propre corps, à réfléchir et agir sur et pour celui-ci. Si l’impératif du droit à la vie dépasse pour certaines le droit à disposer de son propre corps, cette position tend à balayer<strong> </strong>de la main la notion de libre-arbitre au coeur de nombreux discours féministes. La question sociale qu’il convient alors de se poser est la suivante: jugeons-nous les femmes aptes, oui ou non, à décider d’elles-mêmes lorsque leur corps et leurs capacités reproductrices sont mis en jeu?</p>



<p>Cette image de la femme, perçue comme un être incapable de décider pour elle-même, est ancrée si profondément dans le système qu’est constamment remis à l’agenda politique le droit à l’avortement. Le Québec n’est d’ailleurs pas tout à fait distancé de son héritage judéo-chrétien<strong> </strong>qui a, des années durant, surbordonné la femme au rôle de simple ménagère (notons qu’il faut attendre en 1964 pour qu’une femme puisse posséder son propre compte bancaire au Québec). De ce système toujours patriarcal découle un discours qui l’est tout autant, où ces bons moralistes «pro-vie» avancent des positions qui réduisent à la «bonne conscience» un choix qui concerne finalement le droit primaire de disposer de son propre corps. Donner la vie est un privilège, et l’implication de la femme dans le processus reproductif ne saurait se limiter à celui de simple corps porteur. Sa subordination à même ce processus, en lui refusant le choix de recourir à l’avortement si elle le désire, contribue au discours infantilisant qui continue de dominer et de soumettre le corps et la conscience des femmes.&nbsp;</p>



<p>Si l’avortement est dorénavant un choix libre au Canada (mentionnons tout de même qu’en 1991, le Sénat n’était qu’à une seule voix de le criminaliser à nouveau), il est impératif de continuer d’offrir aux femmes l’aide et le soutien nécessaire pour que ce droit en reste un. L’acceptation publique de l’avortement doit dépasser le processus en lui-même, et plutôt que de remettre en question la capacité des femmes à disposer de leur propre corps, permettons plutôt un discours constructif sur l’avortement, qui questionnerait notamment l’aide et le soutien psychologique aux femmes qui y ont recours. Voilà un bien large dossier à ajouter à l’agenda politique.&nbsp;</p>
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		<title>Quel avenir pour l’université?</title>
		<link>https://www.delitfrancais.com/2020/10/20/quel-avenir-pour-luniversite/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Mélina Nantel]]></dc:creator>
		<pubDate>Tue, 20 Oct 2020 13:21:30 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Éditorial]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>Le 29 septembre dernier, McGill annonçait que la session d’hiver 2021 se tiendrait essentiellement en ligne. Bien qu’il soit impossible de prévoir quand surviendra un «retour à la normale», la pandémie représente peut-être une occasion de repenser notre rapport à l’université et les déclinaisons de son rôle dans une société (hyper)modernisée. En mars dernier, nous&#8230;&#160;<a href="https://www.delitfrancais.com/2020/10/20/quel-avenir-pour-luniversite/" rel="bookmark" data-wpel-link="internal">Lire la suite &#187;<span class="screen-reader-text">Quel avenir pour l’université?</span></a></p>
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<p class="has-drop-cap">Le 29 septembre dernier, McGill annonçait que la session d’hiver 2021 se tiendrait essentiellement en ligne. Bien qu’il soit impossible de prévoir quand surviendra un «retour à la normale», la pandémie représente peut-être une occasion de repenser notre rapport à l’université et les déclinaisons de son rôle dans une société (hyper)modernisée.</p>



<p>En mars dernier, nous avons toutes et tous été confiné·e·s. Ont alors été remis en question des aspects devenus banals de notre quotidien: se <em>rendre</em> à l’école,<em> être</em> en classe, <em>écouter</em> un cours. S’il va sans dire que la tenue des cours en ligne requiert une panoplie de ressources qui ne sont pas accessibles à toutes et à tous – une connexion Internet stable, un endroit calme pour se concentrer, un environnement de travail adéquat, pour ne nommer que celles-là – il semble toutefois évident que ce tournant virtuel s’inscrit dans le propre même de notre ère; la jeune génération étant constamment connectée. Que chacun·e puisse assister, dans le confort ou le chaos de leur chez-soi, à cette université globalisée, n’est-ce pas là une invitation à la repenser?</p>



<p><strong>Une mission essentielle</strong></p>



<p>Repenser l’université requiert de s’intéresser à ses fonctions premières: la transmission et la conservation de la connaissance, qui serviraient à l’enseignement et à la recherche désintéressée. Mais alors que «le savoir» est aujourd’hui accessible car <em>internetéisé</em>, en quoi l’université peut-elle représenter une plus-value, si ce n’est que pour la quête ultime du diplôme, garant, dans beaucoup de cas, de plus grandes possibilités d’emploi? Car force est d’admettre que nombre d’étudiant·e·s sont bien indifférent·e·s au «pèlerinage du savoir» que représentait initialement l’éducation supérieure – ils et elles assimilent plutôt un certain nombre de connaissances afin d’obtenir sans trop d’efforts un diplôme. Que les étudiant·e·s subissent leurs études plutôt que de s’investir et de s’émanciper à travers celles-ci, voilà peut-être la plus grande menace pour les universités d’aujourd’hui.</p>



<p><strong>Un savoir instrumentalisé</strong></p>



<p>Si l’éducation universitaire devrait être émancipatrice, celle-ci peut-elle être réduite à une seule dimension: celle de l’institution? McGill n’est-elle qu’un nom? Qu’une marque? Si l’université devient une fin en soi, elle en perd alors son essence: une possibilité de changement, individuel et social, grâce à la connaissance. En investissant des fonds dans la construction de bâtiments, dans «l’espace universitaire», sommes-nous en train de nous éloigner du but premier d’un savoir, qui devrait représenter en lui-même une finalité?</p>



<p>L’instrumentalisation du savoir s’inscrit d’ailleurs dans le cadre même de notre système éducationnel: cette idée qu’il faut atteindre le A à tout prix renforce la culture de la performance qui gangrène déjà nos sociétés. Cette idée que la réussite puisse être quantifiée, comptabilisée et surtout, notée, devient alors symptomatique d’un mode de vie qui ne se satisfait plus de l’instant, de la recherche, mais qui préfère la finalité au processus. La dimension d’une connaissance émancipatrice se perd, et avec elle l’idée d’une exploration des possibles.</p>



<p><strong>Décentraliser pour mieux globaliser</strong></p>



<p>Réfléchir, remettre en question, être en mesure d’exercer nos connaissances dans un monde changeant requiert un engagement certain avec notre propre apprentissage. Peut-être alors que seul·e·s devant nos écrans, nous nous rapprochons davantage d’un pèlerinage éducatif où ne compte plus que notre propre apprentissage, connecté·e·s à Zoom et à ceux et celles qui veulent bien s’y intéresser?</p>



<p>La pandémie, parce qu’elle est un temps d’exception, nous offre l’opportunité de remettre en question ce que nous espérons pour l’avenir des universités. Bien plus que de simples bâtiments, ce sont des institutions qui peuvent permettre la création de réseaux globalisés, où l’échange de compétences et de connaissances doit demeurer central. Le savoir se doit d’être universel, accessible et échangeable dans un contexte où sont érigées le moins de barrières possibles. Cultivons‑y nos esprits, investissons-nous dans nos apprentissages, et tentons, par la connaissance, de trouver des solutions créatives aux grands problèmes de notre ère.</p>
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		<title>Se défaire de l’invisibilité</title>
		<link>https://www.delitfrancais.com/2020/10/13/se-defaire-de-linvisibilite/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Mélina Nantel]]></dc:creator>
		<pubDate>Tue, 13 Oct 2020 13:18:36 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Éditorial]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>La langue, comme outil d’expression, donne à voir certaines choses, en délaisse d’autres. La langue, comme outil de représentation, offre un espace à certaines personnes, en invisibilise d’autres. Elle est jolie en bouche, cette langue française, si complexe, compliquée et diversifiée. Elle accroche sur les sons, son écriture est parfois sans le sens, mais sa&#8230;&#160;<a href="https://www.delitfrancais.com/2020/10/13/se-defaire-de-linvisibilite/" rel="bookmark" data-wpel-link="internal">Lire la suite &#187;<span class="screen-reader-text">Se défaire de l’invisibilité</span></a></p>
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]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[
<p class="has-drop-cap">La langue, comme outil d’expression, donne à voir certaines choses, en délaisse d’autres. La langue, comme outil de représentation, offre un espace à certaines personnes, en invisibilise d’autres. Elle est jolie en bouche, cette langue française, si complexe, compliquée et diversifiée. Elle accroche sur les sons, son écriture est parfois sans le sens, mais sa construction n’est pas le fruit d’un simple adon. Elle relève, comme toute langue, des idéaux, des valeurs et des biais de la société qui l’articule. J’aime la langue française mais je me bute parfois en l’utilisant. Je suis freinée par son aspect genré, par cette construction grammaticale qui m’oblige à m’ajouter si je veux m’y affirmer.</p>



<p>J’aime la langue française et <em>je </em>veut y exister.&nbsp;</p>



<p class="has-text-align-right"><em>Je </em>est constamment représentée à travers <em>il lui eux</em>.&nbsp;</p>



<p class="has-text-align-right"><em>Je </em>est nommée sans jamais l’être.&nbsp;</p>



<p class="has-text-align-right"><em>Je </em>est un dérangeant point médian, un <em>e</em> qui représente une écrasante collectivité.&nbsp;</p>



<p class="has-text-align-right"><em>Je </em>est ce nous, exclues par souci de concision.&nbsp;</p>



<p class="has-text-align-right"><em>Je</em> doit être incluse.</p>



<blockquote class="wp-block-quote has-text-align-center is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow"><p><em>J’écoute d’une oreille distraite l’enseignante parler de pompiers et de mères à la maison, de premiers ministres et de gardiennes d’enfants, de patrons d’entreprise et d’infirmières auxiliaires. J’absorbe.&nbsp;</em></p></blockquote>



<p>Le langage permet une compréhension de l’existence. Ce qui est nommé, ce qui ne l’est pas, peut forger les esprits et leur offrir une représentation biaisée de la réalité. Quand le masculin l’emporte, <em>je</em> est invisible. À force de se répéter la règle, l’on prend collectivement l’habitude de l’invisibilité.&nbsp;</p>



<p class="has-text-align-center">Cette absence devient insidieusement la norme.&nbsp;</p>



<blockquote class="wp-block-quote has-text-align-center is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow"><p><em>J’écris avec minutie dans mon cahier les règles d’accords pour les groupes nominaux: si un groupe de personnes est composé de plusieurs femmes et d’un homme, il faut mettre au masculin. C’est le genre neutre, celui qui l’emporte et englobe tout. J’en prends note.</em></p></blockquote>



<p>L’Académie française a décidé il y a 400 ans que le masculin est le genre noble. Derrière cette noblesse, <em>je </em>disparaît. <em>Je </em>est bâillonnée, sa représentation étouffée. On lui dit de se taire, que <em>je </em>est incluse dans <em>les docteurs</em>, <em>les écrivains</em>, <em>les étudiants</em>. Mais le langage est un outil à faire évoluer. <em>Je </em>insiste.&nbsp;</p>



<p class="has-text-align-right">Je ne me vois pas.</p>



<p class="has-text-align-right">Je ne m’entends pas.&nbsp;</p>



<p class="has-text-align-right">Je n’existe pas.&nbsp;</p>



<blockquote class="wp-block-quote has-text-align-center is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow"><p><em>Je me fais gentiment expliquer par des hommes que l’écriture inclusive dans un texte dérange la lecture, rend le tout moins attrayant, moins fluide. Ils me répètent que le masculin, c’est tout le monde.</em></p></blockquote>



<p><em>Je </em>est une femme cisgenre; qui d’autre s’efface quand le masculin l’emporte? L’écriture inclusive peut représenter certaines identités, mais la réappropriation doit avoir lieu de tous les côtés. <em>Je</em> veut ouvrir la porte à une plus grande représentativité, une langue accueillante pour tous, toutes et tout ce qui existe entre ces deux pôles et au-delà. Le point médian n’est pas la seule manière de rendre la langue française plus inclusive. Est-ce une si grande douleur, de s’habituer à la lecture et à l’usage de nouvelles alternatives? À l’accord en fonction de la majorité, de la proximité, de manière alternée?&nbsp;&nbsp;</p>



<p>Le langage et le pouvoir sont directement liés. </p>



<p class="has-text-align-right"><em>Je</em> veut reprendre ce pouvoir. </p>
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		<title>Naviguer les eaux des systèmes coloniaux</title>
		<link>https://www.delitfrancais.com/2020/10/06/naviguer-les-eaux-des-systemes-coloniaux/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Mélina Nantel]]></dc:creator>
		<pubDate>Tue, 06 Oct 2020 13:59:06 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Éditorial]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>À l’école secondaire, j’entends pour la première fois le mot «autochtone», suivi de «reconnaissance» puis de «réconciliation». On m’enseigne qu’il existe plusieurs langues autochtones, sans jamais qu’un seul de leurs mots ne soit prononcé. J’apprends à identifier sur une carte où habitent les différentes communautés – on parle toujours de Montréal, jamais de Tohtià:ke ou&#8230;&#160;<a href="https://www.delitfrancais.com/2020/10/06/naviguer-les-eaux-des-systemes-coloniaux/" rel="bookmark" data-wpel-link="internal">Lire la suite &#187;<span class="screen-reader-text">Naviguer les eaux des systèmes coloniaux</span></a></p>
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]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[
<p class="has-drop-cap">À l’école secondaire, j’entends pour la première fois le mot «autochtone», suivi de «reconnaissance» puis de «réconciliation». On m’enseigne qu’il existe plusieurs langues autochtones, sans jamais qu’un seul de leurs mots ne soit prononcé. J’apprends à identifier sur une carte où habitent les différentes communautés – on parle toujours de <em>Montréal</em>, jamais de <em>Tohtià:ke</em> ou de <em>Mooniyaangi</em>.</p>



<p>On ne me parle pas de pensionnats, de stérilisations forcées ou même d’accès limité à l’eau potable et à l’électricité. On me dit que la population du Canada compte plus de 4,3% d’autochtones qui <a href="https://www.canada.ca/fr/services/culture/identite-canadienne-societe/peuples-cultures-autochtones.html" data-wpel-link="external" target="_blank" rel="external noopener noreferrer">«font partie de l’identité de notre pays»</a>. J’ai plutôt l’impression de solitudes qui ne s’écoutent pas, le droit de parole appartenant aux privilégiés.&nbsp;</p>



<p>Le Canada a été le fait de génocide, a provoqué l’invisibilisation des peuples autochtones et perpétue un colonialisme moderne. On peut fermer les yeux sur ce pan sombre de notre histoire collective, mais les effets pervers des violences systémiques continueront de se faire sentir. Combien faudra-t-il de femmes enlevées, violées, assassinées? Combien de Joyce laisserons-nous mourir, sous l’oeil cruel d’une société viciée?&nbsp;</p>



<p>Le décès de Joyce Echaquan a secoué le Québec. Eh non, monsieur Legault, votre <em>belle province </em>n’est pas dépourvue de ce racisme systémique. Elle en est plutôt gangrénée, et ce, au fondement même de sa civilisation. On ne peut plus parler d’un fossé entre nations, c’est désormais d’un véritable gouffre dont il est question.</p>



<p>Le Canada cache dans son placard un squelette qui pourrit depuis trop longtemps. Une loi vieille de deux cents ans qui exempte si gentiment de taxes ceux dont le sang est suffisamment «indien». Une loi qui a arraché des enfants à leur famille pour les faire devenir plus «blancs». Une loi qui justifie le pillage de terres ancestrales pour y puiser des ressources économiques. Une loi périmée qui garde sous sa tutelle des peuples dont l’on préfère ne pas s’occuper. </p>



<p>On peut s’opposer au racisme systémique, en dénoncer les déclinaisons les plus décomplexées, mais il faut frontalement questionner nos propres choix de société. </p>



<p>Il faut décoloniser nos lois, nos institutions et nos livres d’histoire. Sortir de l’hypocrisie collective afin, peut-être, de se «réconcilier».</p>
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