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Ça concerne aussi l’administration de McGill

Mahaut Engérant | Le Délit

À l’automne 2019, McGill mettait en place un programme éducatif obligatoire sur le consentement. « Ça nous concerne toutes et tous » (It takes all of us, en anglais) s’inscrivait dans un effort de l’administration, confrontée à un flot de dénonciations de violences sexuelles survenues sur le campus, et faisait également suite à l’adoption du projet de loi 151, qui visait à « prévenir et à combattre les violences à caractère sexuel dans les établissements d’enseignement supérieur ».

« Tandis que les violences sexuelles continuent de faire des ravages sur le campus, le soutien promis par McGill aux victimes laisse dangereusement place à un professionnalisme de façade »

Si le programme obligatoire a servi à éduquer la communauté mcgilloise sur la violence sexuelle, l’Université s’est rapidement complue dans cet effort de sensibilisation. Plusieurs médias étudiants en avaient brossé un portrait critique (voir les articles du Tribune et du Daily), mais aucun changement majeur n’a été opéré. Près d’un an et demi après la mise en place du programme, l’administration mcgilloise n’a toujours pas ajusté son agenda. Tandis que les violences sexuelles continuent de faire des ravages sur le campus, le soutien promis par McGill aux victimes laisse dangereusement place à un professionnalisme de façade.

Le 14 décembre dernier, une pétition récoltait plus de 50 000 signatures. Un étudiant mcgillois de première année y était accusé de chefs d’agression sexuelle, qui auraient été commis sur le campus et dans les résidences universitaires. La pétition réclamait à l’administration mcgilloise d’agir afin de « rétablir la confiance et la sécurité des jeunes femmes et des gens dans les résidences ». Le lendemain, McGill affirmait dans un communiqué qu’une investigation serait lancée. Depuis, la communauté mcgilloise est sans nouvelle.

Selon sa politique contre la violence sexuelle, l’Université dispose de 90 jours pour mener et compléter une investigation d’une plainte formelle. Si la diligence doit prôner, la lourdeur administrative ne devrait en aucun cas mener à des délais déraisonnables qui ne font qu’augmenter l’anxiété et l’inconfort des présumées victimes ; à ce jour, l’étudiant sous investigation est encore en mesure d’assister aux cours en ligne. L’échec du système judiciaire à offrir un soutien efficace et adéquat aux victimes n’est plus à prouver ; la présomption d’innocence, un concept de justice pourtant fondamental, dévoile un consternant double tranchant lorsque brandie dans des affaires de violence sexuelle. McGill a une responsabilité d’agir. Dans son effort de sensibilisation de la communauté étudiante, l’Université doit être elle-même sensible à la lourdeur procédurale dont la charge et l’impact reposent encore trop souvent sur les épaules des victimes. 

«[…] dans la lutte contre les violences sexuelles, la communauté étudiante ne peut pas faire cavalier seul. Si la rigueur exigée par le processus légal d’une plainte peut occasionner des délais, l’administration mcgilloise se doit néanmoins d’être plus réactive et surtout, responsable, dans son traitement des dossiers sur les violences sexuelles » 

McGill bénéficie de services gérés par les étudiant·e·s qui font un travail de sensibilisation important au sein de la communauté étudiante. C’est le cas notamment du Centre d’intervention en matière d’agression sexuelle de l’Association étudiante de l’Université McGill (SACOMSS), qui organisait la semaine dernière la Semaine de Sensibilisation sur la violence sexuelle. Mais dans la lutte contre les violences sexuelles, la communauté étudiante ne peut pas faire cavalier seul. Si la rigueur exigée par le processus légal d’une plainte peut occasionner des délais, l’administration mcgilloise se doit néanmoins d’être plus réactive et surtout, responsable, dans son traitement des dossiers sur les violences sexuelles. McGill doit être plus transparente et communiquer davantage avec la communauté étudiante. Autrement, comment pouvons-nous croire que ça nous concerne toutes et tous ?

Quelques ressources : 


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