Quel avenir pour l’université ?

Grégoire Collet | Le Délit

Le 29 septembre dernier, McGill annonçait que la session d’hiver 2021 se tiendrait essentiellement en ligne. Bien qu’il soit impossible de prévoir quand surviendra un « retour à la normale », la pandémie représente peut-être une occasion de repenser notre rapport à l’université et les déclinaisons de son rôle dans une société (hyper)modernisée.

En mars dernier, nous avons toutes et tous été confiné·e·s. Ont alors été remis en question des aspects devenus banals de notre quotidien : se rendre à l’école, être en classe, écouter un cours. S’il va sans dire que la tenue des cours en ligne requiert une panoplie de ressources qui ne sont pas accessibles à toutes et à tous – une connexion Internet stable, un endroit calme pour se concentrer, un environnement de travail adéquat, pour ne nommer que celles-là – il semble toutefois évident que ce tournant virtuel s’inscrit dans le propre même de notre ère ; la jeune génération étant constamment connectée. Que chacun·e puisse assister, dans le confort ou le chaos de leur chez-soi, à cette université globalisée, n’est-ce pas là une invitation à la repenser ?

Une mission essentielle

Repenser l’université requiert de s’intéresser à ses fonctions premières : la transmission et la conservation de la connaissance, qui serviraient à l’enseignement et à la recherche désintéressée. Mais alors que « le savoir » est aujourd’hui accessible car internetéisé, en quoi l’université peut-elle représenter une plus-value, si ce n’est que pour la quête ultime du diplôme, garant, dans beaucoup de cas, de plus grandes possibilités d’emploi ? Car force est d’admettre que nombre d’étudiant·e·s sont bien indifférent·e·s au « pèlerinage du savoir » que représentait initialement l’éducation supérieure – ils et elles assimilent plutôt un certain nombre de connaissances afin d’obtenir sans trop d’efforts un diplôme. Que les étudiant·e·s subissent leurs études plutôt que de s’investir et de s’émanciper à travers celles-ci, voilà peut-être la plus grande menace pour les universités d’aujourd’hui.

Un savoir instrumentalisé

Si l’éducation universitaire devrait être émancipatrice, celle-ci peut-elle être réduite à une seule dimension : celle de l’institution ? McGill n’est-elle qu’un nom ? Qu’une marque ? Si l’université devient une fin en soi, elle en perd alors son essence : une possibilité de changement, individuel et social, grâce à la connaissance. En investissant des fonds dans la construction de bâtiments, dans « l’espace universitaire », sommes-nous en train de nous éloigner du but premier d’un savoir, qui devrait représenter en lui-même une finalité ?

L’instrumentalisation du savoir s’inscrit d’ailleurs dans le cadre même de notre système éducationnel : cette idée qu’il faut atteindre le A à tout prix renforce la culture de la performance qui gangrène déjà nos sociétés. Cette idée que la réussite puisse être quantifiée, comptabilisée et surtout, notée, devient alors symptomatique d’un mode de vie qui ne se satisfait plus de l’instant, de la recherche, mais qui préfère la finalité au processus. La dimension d’une connaissance émancipatrice se perd, et avec elle l’idée d’une exploration des possibles.

Décentraliser pour mieux globaliser

Réfléchir, remettre en question, être en mesure d’exercer nos connaissances dans un monde changeant requiert un engagement certain avec notre propre apprentissage. Peut-être alors que seul·e·s devant nos écrans, nous nous rapprochons davantage d’un pèlerinage éducatif où ne compte plus que notre propre apprentissage, connecté·e·s à Zoom et à ceux et celles qui veulent bien s’y intéresser ?

La pandémie, parce qu’elle est un temps d’exception, nous offre l’opportunité de remettre en question ce que nous espérons pour l’avenir des universités. Bien plus que de simples bâtiments, ce sont des institutions qui peuvent permettre la création de réseaux globalisés, où l’échange de compétences et de connaissances doit demeurer central. Le savoir se doit d’être universel, accessible et échangeable dans un contexte où sont érigées le moins de barrières possibles. Cultivons‑y nos esprits, investissons-nous dans nos apprentissages, et tentons, par la connaissance, de trouver des solutions créatives aux grands problèmes de notre ère.


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