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	<title>Aymeric Tardif - Le Délit</title>
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	<description>Le seul journal francophone de l&#039;Université McGill</description>
	<lastBuildDate>Wed, 16 Nov 2022 20:31:39 +0000</lastBuildDate>
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		<title>Votez OUI !</title>
		<link>https://www.delitfrancais.com/2022/11/16/votez-oui/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Aymeric Tardif]]></dc:creator>
		<pubDate>Wed, 16 Nov 2022 12:00:00 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Actualités]]></category>
		<category><![CDATA[Campus]]></category>
		<category><![CDATA[journalisme]]></category>
		<category><![CDATA[Le délit]]></category>
		<category><![CDATA[McGill]]></category>
		<category><![CDATA[référendum de la DPS]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>Témoignages de nos ancien·ne·s.</p>
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										<content:encoded><![CDATA[
<p class="has-drop-cap">La Société des publications du Daily (SPD) organise un référendum d’existence cette semaine, entre le lundi 14 novembre et le vendredi 18 novembre, qui permettra de déterminer le sort du <em>Délit </em>et du <em>McGill Daily</em>. Les médias étudiants indépendants sont une source importante de journalisme critique et de travail créatif sur n’importe quel campus – votez oui pour la liberté de presse, et sauvez <em>Le Délit</em>!</p>



<p><em><strong>Rafael Miró, Société – Enquêtes</strong></em></p>



<p><em>Le Délit </em>donne vie à la communauté francophone en écrivant sur les enjeux qui lui tiennent à cœur, sur ses revendications et sur sa production culturelle. Même si on est moins lus que les «vrais» journaux, on a joué un rôle de chien de garde dans les dernières années en mettant en lumière des violations des droits étudiants, des inconduites sexuelles et les limites de la liberté académique. Quand on parle de journaux qui sont l’âme de leur communauté, <em>Le Délit </em>est un exemple parfait.</p>



<p>En 2022, c’est absolument impossible pour un journal étudiant de fonctionner sans une forme ou une autre de financement. À cause de la concurrence des réseaux sociaux, nos revenus publicitaires ont été divisés par 10 dans les 10 dernières années, alors qu’il en coûte toujours aussi cher de payer l’impression, le local, les logiciels, les frais d’avocat, etc. Bref, si <em>Le Délit </em>n’a plus de financement, les carottes sont cuites.</p>



<p>L’enjeu dépasse les frontières locales: il y a beaucoup, beaucoup moins de journaux étudiants dans les universités et dans les cégeps depuis une trentaine d’années. Justement, <em>Le Délit </em>est l’un des derniers au Québec à publier une édition chaque semaine, et son lectorat s’étend bien au-delà des francophones de McGill.</p>



<p>La disparition des journaux étudiants, c’est dommage pour les étudiants.</p>



<p><em><strong>Philippe Bédard-Gagnon, Rédacteur en chef</strong></em></p>



<p>Travailler au <em>Délit </em>est sans aucun doute l’expérience la plus marquante et valorisante que j’ai vécue à McGill. Non seulement <em>Le Délit </em>informe-t-il et permet-il l’expression des francophones de McGill, mais il est aussi un espace extraordinaire pour développer ses talents artistiques et journalistiques. En sus, ce journal tient l’AÉUM et McGill responsables en enquêtant sur leurs activités. Une presse libre et transparente est un nécessaire contre-pouvoir pour garantir la santé de la vie démocratique et la qualité des services rendus. Dans votre propre intérêt ainsi que dans celui des cohortes futures, je vous encourage fortement à soutenir <em>Le Délit </em>lors du prochain référendum de l’AÉUM.</p>



<p><em><strong>Audrey Bourdon, Philosophie</strong></em></p>



<p><em>Le Délit </em>est un lieu unique à McGill où la communauté étudiante francophone peut se réunir dans un esprit de camaraderie, de communication et de préservation de la langue française. Y ayant occupé un poste éditorial pendant deux ans, j’ai pu constater de prime abord la fonction particulière – la mission essentielle – qui est la sienne: <em>Le Délit </em>rassemble les voix de la francophonie mcgilloise, permettant un accès à de l’information universitaire francophone tout en formant sérieusement les personnes qui s’impliquent dans sa production. Mon expérience à McGill aurait été fortement appauvrie si je n’avais pas eu l’opportunité de m’impliquer au sein du seul journal francophone de mon université.</p>



<p><em><strong>Aymeric Tardif, Société – Opinion</strong></em></p>



<p>Mon implication au <em>Délit </em>fut sans doute l’un des éléments les plus mémorables de mon parcours à McGill. Ayant commencé à contribuer au seul journal francophone sur le campus au cours de ma deuxième année à McGill, j’ai rejoint l’équipe éditoriale en tant qu’éditeur lors de ma troisième année, tâche exigeante, mais ô combien gratifiante et motivante! Être plongé dans l’actualité étudiante toutes les semaines a fortement solidifié mes liens avec la communauté mcgilloise, en plus de me permettre de développer des compétences journalistiques de base. Aussi, on ne se cachera pas qu’il a été agréable d’être au service de la population francophone d’une université principalement anglophone et d’y faire vivre le fait français au sein d’une équipe compétente et dévouée! En ce sens, je demeure convaincu du caractère essentiel du <em>Délit </em>sur le campus mcgillois et je lui souhaite de tout mon cœur longue vie!</p>



<p><em><strong>Louise Toutée, Société – Enquêtes</strong></em></p>



<p>Mon implication en tant qu’éditrice pour <em>Le Délit </em>a été l’une des expériences les plus marquantes de mes années à McGill. La petite taille de l’équipe, la liberté dont on disposait à l’intérieur de notre section et le fait de pouvoir voir chaque semaine le produit de nos efforts rendaient le travail extrêmement motivant et me poussaient à vouloir y dédier toujours plus de temps.</p>



<p>Au travers des différentes enquêtes, entrevues et reportages auxquels j’ai participé, mon implication au <em>Délit </em>m’a aussi fait découvrir plein d’aspects de la vie étudiante de McGill dont j’aurais autrement complètement ignoré l’existence. Finalement, un journal étudiant comme <em>Le Délit </em>est un endroit parfait pour permettre aux étudiant·e·s indécis·es de s’essayer au métier de journaliste: en plus des habiletés que j’ai développées au cours de l’année, j’en ressors avec une connaissance concrète du milieu journalistique québécois – ainsi qu’une forte tentation de revenir y travailler un jour…</p>



<p><em><strong>Simon Tardif-Loiselle, Président de la DPS</strong></em></p>



<p>Derrière chacune des éditions de nos journaux, ce sont des heures incalculables passées à couvrir des enjeux et des thèmes de première importance – entre le journalisme d’investigation, les couvertures artistiques et les réflexions sociétales, nos pages n’ont cessé de montrer la pertinence de notre existence.</p>



<p>En tant que lieu d’apprentissage, et en dépit de l’absence d’une école de journalisme à l’Université McGill, la DPS permet de participer à la formation de la relève journalistique de demain. C’est pourquoi, je vous appelle sans réserve à voter «Oui» lors du référendum d’existence (2022), seule garantie d’une presse étudiante libre et forte.</p>



<p><em><strong>Mélina Nantel, Rédactrice en chef</strong></em></p>



<p>Je suis arrivée à McGill en 2018. J’ai grandi au Québec dans une famille francophone: en arrivant sur le campus, je prononçais mal environ 50% des mots de la langue anglaise. Mon envie de m’impliquer à l’Université était donc radicalement limitée par ma timidité linguistique.</p>



<p>J’ai alors rencontré ce petit groupe qui m’apparaissait à l’époque presque extraterrestre puisque je les croyais si rares à McGill: des francophones et francophiles, issu·e·s des quatre coins du globe. Au cœur de leurs activités, une même mission: faire exister le fait français au sein du campus.</p>



<p>En arrivant au <em>Délit</em>, je n’avais aucune expérience ni intérêt en journalisme. J’y ai pourtant passé trois ans. Au-delà d’un journal ou d’une implication étudiante, <em>Le Délit </em>est une manière incroyable de fouiller le campus, de mieux le comprendre, de s’intéresser aux enjeux étudiants et de s’impliquer, de corps et de tête, au sein de l’Université.</p>



<p><em>Le Délit </em>m’a apporté un bagage professionnel énorme: je travaille maintenant comme journaliste indépendante, chose que je n’aurais jamais considérée avant de m’y impliquer. Le journal m’a également offert une expérience humaine et identitaire: j’y ai vu passer des centaines de contributeurs et contributrices au fil des années, dont plusieurs sont devenu·e·s des ami·e·s.</p>



<p><em>Le Délit </em>m’a offert cet espace si précieux pour grandir, apprendre et transmettre. Son existence au sein de l’Université McGill est d’une importance sans borne pour la santé étudiante, identitaire et culturelle du Québec. Les gens qui s’y impliquent sont passionnés, et ont à cœur de servir la communauté étudiante. Cette flamme est contagieuse, et elle continue de se transmettre année après année, depuis 1977. Longue vie au <em>Délit</em>!</p>
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		<item>
		<title>Engagez-vous, qu’ils disaient</title>
		<link>https://www.delitfrancais.com/2022/04/06/engagez-vous-quils-disaient/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Aymeric Tardif]]></dc:creator>
		<pubDate>Wed, 06 Apr 2022 13:00:00 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Enquêtes]]></category>
		<category><![CDATA[Slider]]></category>
		<category><![CDATA[Société]]></category>
		<category><![CDATA[Campus]]></category>
		<category><![CDATA[clubs]]></category>
		<category><![CDATA[COVID-19]]></category>
		<category><![CDATA[engagement]]></category>
		<category><![CDATA[McGill]]></category>
		<category><![CDATA[pandémie]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>Enquête sur l’engagement étudiant en temps de pandémie.</p>
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										<content:encoded><![CDATA[
<p class="has-drop-cap">Le 12 mars 2020, le premier ministre François Legault annonce en conférence de presse que toutes les écoles, cégeps et universités devront fermer pour une période de deux semaines à compter du lundi suivant. Le même soir, un courriel de MRO Communications annonce que les cours du lendemain, le vendredi 13 mars, seront aussi annulés. Mais ce ne sont pas que les cours qui sont touchés par ces annonces: d’autres activités sur le campus sont aussi suspendues, dont celles des clubs et groupes étudiants.</p>



<p>Basile Guichard, le président du <em>Player’s Theater</em>, une des troupes de théâtre les plus actives sur le campus, se rappelle bien de ce moment. En mars 2020, la troupe était en train de se préparer pour le <em>McGill Drama Festival</em>, un événement annuel où sont présentées six pièces écrites et montées par des étudiant·e·s. L’annonce du gouvernement est cependant tombée la semaine précédant le festival. «Les pièces étaient toutes prêtes, explique Basile en entrevue au <em>Délit</em>. On était en répétition générale, avec le son, les lumières, les costumes. Il manquait juste des spectateurs en fait.» Cette annulation a pris par surprise une trentaine d’acteur·rice·s, six metteur·se·s en scène, et six régisseur·se·s. «C’était un peu dur. C’étaient plusieurs mois de travail qui ne servaient plus à rien.»</p>



<p>Pour la <em>McGill Rocket Team</em> (MRT), un groupe pour étudiant·e·s en génie dont l’objectif est de concevoir et lancer des fusées, la suspension des cours est aussi arrivée à un moment critique. «Quand c’est arrivé, on était à la fin de notre processus de fabrication, alors on était vraiment en train de finir de construire la fusée, raconte Alexandre Fahmy, capitaine de l’équipe Aérostructure du MRT. Elle était quasiment prête: on était en train de tout assembler, et puis tout à coup, tout a été annulé.» Habituellement, la MRT passe la session d’automne et d’hiver à concevoir et construire une fusée (dont les plans sont souvent commencés l’année précédente) pour la présenter dans une compétition annuelle se déroulant en juin au Nouveau-Mexique. Avec les restrictions sanitaires, la compétition a évidemment été annulée.</p>



<p>Les compétitions sportives ont aussi dû être reportées. Emma Melis, présidente de l’équipe de Quidditch de McGill, se rappelle que le championnat national qui se déroule souvent en avril a été annulé. L’équipe de Quidditch, un sport de contact mixte mélangeant handball et dodgeball et inspiré de l’univers d’Harry Potter, regroupait un cinquantaine de membres actif·ve·s qui s’entraînaient trois fois par semaine sur le campus. «<em>On a arrêté d’avoir des pratiques, et on a mis fin à toutes nos activités. Il restait tellement de choses à faire dans la session, mais tout a été annulé</em>, raconte Emma au <em>Délit</em>. <em>Je me souviens que tout le monde s’est simplement dispersé, et on s’est rassemblé sur Zoom pour notre réunion générale à la fin de l’année</em>.»</p>



<p>En mars 2020, plusieurs ont le sentiment que le confinement est une affaire de semaines, sinon de mois. En ligne, les membres de clubs commencent à recruter leur équipe exécutive pour l’année suivante. «Les membres de l’exécutif recrutaient leur remplacement en disant “Pour l’année prochaine, vous pourrez être en personne et avoir vos spectacles en personne, tout va bien” », se rappelle Basile Guichard. Mais petit à petit, la communauté étudiante réalise que la pandémie est là pour rester. Alexandre Fahmy se souvient du moment où McGill a annoncé que le semestre d’automne 2020 serait aussi en ligne. «Là, c’était vraiment une question de “comment est-ce qu’on empêche l’équipe de mourir?” »&nbsp;</p>



<p><strong>2020–2021, une année scolaire en ligne</strong></p>



<p>L’année 2020–2021, avec des cours en ligne, des confinements, et des étudiant·e·s dispersé·e·s à travers la planète, a forcé les clubs à se réinventer. Pour nombre d’entre eux, l’essentiel de leurs activités n’étaient tout simplement pas réalisables en ligne. L’enjeu était alors de maintenir les membres intéressé·e·s et impliqué·e·s dans la communauté, alors que l’isolement et les longues périodes de Zoom menaçaient le moral de bien des étudiant·e·s. «On a fait beaucoup de soirées de jeux en ligne, parce que c’est surtout quand tu passes beaucoup de temps avec l’équipe que tout le monde devient amis», explique Alexandre Fahmy. Même son de cloche pour le <em>Player’s Theater</em>, qui a organisé des événements sur Zoom, des<em> trivias </em>et des «&nbsp;jeux avec des bières&nbsp;», raconte Basile Guichard : «c’est un petit peu pour nous distraire du confinement et de sortir un peu de son monde, même si c’était virtuel». Emma Melis raconte que les événements sur Zoom de l’équipe de Quidditch ont réussi à recruter quelques étudiant·e·s intéressé·e·s de rejoindre la communauté, même s’il·elle·s devraient attendre l’année suivante pour essayer le sport.</p>



<p>Néanmoins, ce moment de pause forcée s’est aussi révélé utile pour certains clubs. Sans accès à leur atelier sur le campus et sans compétition au Nouveau-Mexique à la fin de l’année, la MRT a utilisé l’année en ligne pour faire de la recherche et revoir certaines façons de gérer l’équipe. «L’année dernière, les capitaines ont vraiment pris le temps de solidifier notre présence, par exemple sur les médias sociaux, raconte Alexandre Fahmy. On a aussi changé notre style de recrutement.» En effet, leur méthode précédente – inviter les nouveaux·lles membres à venir visiter l’équipe et rejoindre par eux·lles-mêmes les projets qui les intéressent – ne fonctionnait pas en ligne et a laissé place à un système plus formel afin de mieux retenir les nouvelles recrues. Cela dit, Alexandre ne cache pas qu’il était difficile de garder les membres motivé·e·s en l’absence de projet concret sur lequel travailler.&nbsp;</p>



<p>Le <em>Player’s Theater</em> a de son côté décidé de tenter le théâtre sur Zoom. Durant l’année en ligne, le club a monté trois pièces: deux se sont déroulées en temps réel sur Zoom et l’autre était une pièce uniquement audio. Le fait de jouer sur Zoom n’était évidemment par leur premier choix&nbsp;: Basile Guichard explique que le plan initial était de tenir des répétitions dans des parcs, en respectant la distanciation sociale, avant que McGill interdise aussi les événements à l’extérieur. Néanmoins, il considère que ces pièces virtuelles ont été un succès. «On a eu énormément de spectateurs, surtout parce que les parents ou les amis de l’autre bout du monde qui ne peuvent pas typiquement venir voir des pièces à Montréal pouvaient juste se mettre sur leur ordinateur et participer», explique-t-il.&nbsp;Après la pièce, plusieurs personnes restaient sur le Zoom pour pouvoir parler aux acteur·rice·s et les féliciter. «Pour moi, en tant que producteur, c’était vraiment un bon moment. On pouvait quitter l’appartement et rêver un peu.»</p>



<p><strong>2021–2022 : une année scolaire pleine d’incertitude</strong></p>



<p>Le retour en présentiel à l’automne dernier a été chaleureusement accueilli par bien des clubs, leur permettant de refaire du recrutement en personne. Au <em>Player’s Theater</em>, les gens se sont bousculés pour passer des auditions: une centaine de personnes ont postulé pour les 15 rôles disponibles. «On a eu énormément de personnes qui sont venues nous voir, témoigne Basile Guichard. Comme on ne pouvait pas faire de théâtre pendant un an, ils se sont dit ‘‘on va mettre le temps, on va mettre notre énergie’’. »</p>



<p>Cependant, l’euphorie est pour plusieurs retombée en décembre, lors du nouveau confinement lié à la vague Omicron. Pour plusieurs clubs, c’est ce moment qui a été le plus dur sur le moral, plus que l’année précédente en ligne. Basile Guichard explique que les acteur·rice·s avaient reçu leur rôle avant le confinement et s’attendaient à tout faire en personne: il y a donc eu une baisse de moral lorsque les répétitions ont dû avoir lieu en ligne en janvier. C’était aux membres de l’exécutif de motiver les troupes. Malgré tout, le résultat a été satisfaisant : «c’était compliqué, c’était stressant, mais ça a fonctionné», affirme Basile Guichard.</p>



<blockquote class="wp-block-quote has-text-align-center is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow"><p>« Quand on est déjà en retard, et que McGill nous dit que l’on a pas accès à notre atelier pendant un mois pour aucune bonne raison, là on se dit vraiment : “OK. Est ce qu’on va y arriver? Est-ce que ça en vaut la peine?” »</p><cite>Alexandre Fahmy, co-capitaine Aérostructure de la MRT</cite></blockquote>



<p>Pour la MRT, le retour en ligne en janvier ne pouvait pas plus mal tomber: c’est à ce moment que le gros de la fabrication commence. «Quand on ne sait pas ce qu’on doit faire et qu’on est déjà en retard, témoigne Alexandre Fahmy, et qu’ensuite McGill nous dit que l’on a pas accès à notre atelier pendant un mois pour aucune bonne raison, là on se dit vraiment : “OK. Est ce qu’on va y arriver? Est-ce que ça en vaut la peine?” » Heureusement, l’équipe a réussi à rattraper son retard et pourra terminer sa fusée à temps – si aucun autre imprévu ne survient.</p>



<p>Emma Melis explique que l’équipe de Quidditch a été chanceuse cette année car les activités de la saison étaient par hasard coordonnées avec l’absence de vague de COVID-19. Cependant, le recrutement de l’automne n’a pas suffi à ramener l’équipe à son niveau pré-pandémique. «<em>Par le passé, nous avions trois p</em>r<em>atiques par semaine et au moins 30 personnes se présentaient à chacune d’entre elles. Aujourd’hui, nous avons à peine environ 7 membres actifs dans l’équipe et nous devons parfois annuler des pratiques car le taux d’absence est trop important</em>. »</p>



<p>Asiyah Siddique, présidente de l’Association des étudiant·e·s en droit (AÉD) explique quant à elle que le retour en personne a amené son lot de complications pour l’organisation des événements en raison des restrictions sanitaires. Chaque événement nécessite beaucoup plus de travail, car le conseil exécutif doit s’assurer que toutes les mesures sont respectées. Pour Asiyah, c’est l’une des raisons pour lesquelles beaucoup d’étudiant·e·s hésitent à se présenter pour des postes. «On ne sait pas ce que l’avenir nous réserve. Il risque d’y avoir plusieurs autres variants. Ça fait en sorte qu’il y a beaucoup plus de travail et beaucoup d’incertitudes; ça rend le travail beaucoup plus difficile. Le moral des gens a diminué.» L’AÉD n’a pas tenu d’élections cette année en vue de l’an prochain, car aucun poste n’était contesté. Quatre postes sur 10 doivent encore être pourvus pour l’année prochaine.&nbsp;</p>



<p><strong>Mémoire institutionnelle</strong></p>



<p>À cause du renouvellement constant de leurs membres, les clubs universitaires comptent continuellement sur les membres en poste pour former les équipes exécutives suivantes et transmettre le savoir-faire. La réduction, voire la suspension, des activités de certains clubs et associations étudiantes durant la pandémie a pour plusieurs mis en péril la transmission de cette mémoire institutionnelle, fondamentale pour assurer le bon fonctionnement des organisations étudiantes.</p>



<p>L’<em>African Studies Student’s Association (</em>ASSA) a pour mission de représenter tous·tes les étudiant·e·s en études africaines et de favoriser la vie académique autour des réalités africaines sur le campus. Lorsque Leïla Ahouman a commencé à assumer les fonctions de co-présidente de l’association en octobre dernier, elle s’est heurtée à plusieurs obstacles, faute d’un bon encadrement. Par exemple, lorsqu’elle a tenté d’ouvrir la boîte courriel de l’association, un code de sécurité a été envoyé à un numéro de téléphone dont le·a propriétaire lui était inconnu·e. Une fois ce problème réglé, elle est tombée sur des courriels datant de six semaines qui indiquaient qu’il ne restait qu’une semaine pour soumettre le budget de l’association à l’Association étudiante de la Faculté des Arts de l’Université McGill (AUS). En plus de négocier avec l’AUS pour obtenir un accommodement, elle a dû rapidement se familiariser avec les modalités de soumission d’un budget. Heureusement, l’ancienne v.-p. Événements, qui avait gradué, s’est rendue disponible pour répondre à ses questions. «Tous les membres de l’ancien conseil exécutif étaient diligents et motivés, mais la pandémie a compliqué leur travail», affirme-t-elle.&nbsp;</p>



<p>Pour les clubs nécessitant des connaissances précises, le problème de la mémoire institutionnelle est critique. «Ça a été difficile cette année, parce que l’année dernière, beaucoup de nos membres seniors ont gradués, raconte Alexandre Fahmy. Il y a beaucoup d’expertise qui est partie parce que ces personnes n’ont pas pu transmettre leur savoir-faire pendant l’année en ligne.» Par conséquent, beaucoup d’avancées cette année doivent se faire sur une base d’essai-erreur, et tout prend plus de temps. Pour remédier à ce problème, Alexandre s’est mis à travailler sur un guide qui pourrait être légué aux étudiant·e·s qui suivront, pour donner une idée d’une façon dont les choses peuvent être faites. Le club essaie toujours d’améliorer et de modifier ses <em>design</em> avec le temps, mais il faut pour cela maîtriser les bases. «C’est vraiment difficile de faire ça de manière à continuer de s’améliorer, mais pas trop rapidement non plus pour ne pas perdre le fil.»</p>



<p>Pour l’équipe de Quidditch, le problème est de pouvoir continuer à entraîner une bonne équipe. Comme bien des sports, le Quidditch est un jeu complexe avec plusieurs positions, un grand nombre de règles et un côté stratégique important. Il est crucial d’avoir l’aide de joueur·se·s expérimenté·e·s, surtout puisqu’il s’agit d’un sport plutôt insolite que peu de gens connaissent en arrivant à l’université. «<em>Le Quidditch est un sport qu’il faut apprendre de personnes qui le jouent depuis longtemps,</em> explique Emma Melis.<em> À un moment donné, McGill était l’une des meilleures équipes du Canada, avec tellement de stratégies et de mémoire institutionnelle. Mais après deux saisons de graduations sans recrutement, notre savoir a été très sévèrement affecté.</em> » Pour remédier à ce problème, l’équipe de Quidditch a temporairement rejoint une équipe communautaire de Montréal, composée d’ancien·ne·s étudiant·e·s d’universités. Certain·e·s d’entre eux·lles ont joué dans l’équipe nationale de Quidditch et ont même jusqu’à 10 ans d’expérience.</p>



<p><strong>Équipes réduites, surcharge&nbsp;de travail</strong></p>



<p>L’exode des membres des clubs durant la pandémie a mis beaucoup de poids sur les épaules de ceux·lles qui sont resté·e·s ou qui sont arrivé·e·s dans ces organisations durant les deux dernières années. En effet, les postes vacants ainsi que la perte de la mémoire institutionnelle, juxtaposés aux difficultés liées aux restrictions sanitaires, ont décuplé le travail des gestionnaires. L’an passé, seuls 50% des postes du conseil exécutif de l’équipe de Quidditch de McGill étaient occupés. «<em>Je n’ai en quelque sorte pas choisi d’être présidente. J’ai été forcée de jouer ce rôle sinon nous n’aurions pas pu exister en tant que club de l’AÉUM</em>», raconte Emma Melis. Grâce aux efforts de recrutement, le conseil exécutif de l’équipe est maintenant presque complet, mais pour elle, il sera primordial de continuer à recruter des membres. «<em>Il fut un temps où le Quidditch était le plus petit dénominateur commun sur le campus, car tout le monde connaissait quelqu’un dans l’équipe: ça regroupe les gens qui veulent jouer à un sport mixte sans être dans une équipe universitaire, et nos entraînements sur le </em>lower field<em> avaient beaucoup de visibilité</em>», explique Emma. Le recrutement était donc assuré par le bouche à oreille, ce que la pandémie a particulièrement compliqué.</p>



<blockquote class="wp-block-quote has-text-align-center is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow"><p>« Avec la pandémie, il est facile d’oublier à quel point il y a de la valeur à s’engager dans des associations étudiantes »</p><cite>Leïla Ahouman, co-présidente de l’ASSA&nbsp;</cite></blockquote>



<p>En raison du passage en ligne de la vie universitaire, il a également été difficile pour l’ASSA d’assurer le recrutement de la relève de son conseil exécutif l’an passé. Leïla Ahouman, à qui on a demandé de prendre les rênes de l’association en septembre passé, a dû composer avec une équipe réduite depuis le début de l’année. À l’aide de sa collègue Félicia Kunkwa Cá, co-présidente de l’association, elle a dû passer les premières semaines de la session d’automne 2021 à essayer de combler les postes vacants, réduisant ainsi le temps qu’elle avait pour organiser plusieurs événements.&nbsp;</p>



<p><strong>Séquelles et héritage</strong></p>



<p>Avant une année qui s’annonce <a href="https://www.mcgill.ca/newsroom/article/campus-updates/return-full-person-activities-fall-2022-reprise-de-toutes-les-activites-en-personne-lautomne-2022" target="_blank" rel="noreferrer noopener external" data-wpel-link="external">entièrement en personne</a>, le monde universitaire semble de plus en plus près de pouvoir mettre les restrictions sanitaires derrière lui. Néanmoins, l’année 2020–2021 en ligne et l’année 2021–2022 partiellement en ligne auront laissé des traces qui, pour plusieurs, demeureront présentes pendant des années ou encore auront changé la façon dont fonctionnent les clubs.&nbsp;</p>



<p>Pour le <em>Player’s Theater</em>, par exemple, la pandémie aura encouragé les membres à mettre l’accent sur des productions à plus court terme. Auparavant, une pièce pouvait être choisie en avril, les auditions se tenaient en novembre et le spectacle en mars. Dorénavant, on favorise des spectacles se faisant de A à Z entre septembre et fin novembre. «Avec la COVID-19, on a appris que le monde change tout le temps et que c’est mieux d’avoir des événements courts, où les gens sont intéressés, ici et maintenant, explique Basile Guichard. Le théâtre, c’est quelque chose de vivant, alors il faut être avec les gens.»</p>



<p>Pour l’équipe de Quidditch, le défi sera de reconstruire un noyau solide de joueur·se·s issu·e·s de McGill et une réputation sur la campus. «<em>Avant, c’était facile de réfuter ceux qui disaient que c’était que pour les nerds. Tout le monde connaissait quelqu’un dans l’équipe, donc ils savaient que c’était un groupe de personnes dynamiques, très portées sur la fête</em>, affirme Emma Melis. <em>Le Quidditch est un sport mixte intense: ce n’est pas que pour les </em>fans <em>d’</em>Harry Potter<em>. </em>»&nbsp;</p>



<p>Du côté de la MRT, le bilan est mitigé. Pour Alexandre, l’année en ligne leur aura permis de travailler sur la partie ressources humaines de l’équipe, qui est souvent négligée. Cependant, la COVID-19 a aussi causé une perte d’expertise qui prendra plusieurs années à récupérer, ainsi que des retards sur leur plan à long terme. Le modèle de fusée conçu cette année, par exemple, qui comportait pour la première fois une moteur fait par les étudiant·e·s, devait initialement être lancé l’année dernière. «L’année prochaine, et l’année d’après, il y aura des trous qu’il faudra remplir. Ma co-dirigeante de l’aérostructure et moi avons beaucoup appris par nous-même en essayant des choses, en parlant aux anciens membres.»</p>



<p><strong>L’engagement étudiant, essentiel au campus</strong></p>



<p>L’engagement étudiant peut donner lieu aux expériences les plus significatives d’un parcours universitaire. Alexandre Fahmy a décidé de faire son baccalauréat en génie en cinq ans plutôt que quatre afin de s’impliquer dans la vie étudiante. «J’aime beaucoup le génie et j’aime mes cours, mais la Rocket Team, puis les clubs en général, c’est ce qui en vaut vraiment la peine. Même si c’est difficile et que c’est beaucoup de travail, tu gagnes beaucoup au final», affirme-t-il. De son côté, Leïla Ahouman croit qu’après deux ans de pandémie, où il était facile de tomber dans l’isolement, il est important de reconnecter avec les gens et avec nos intérêts sur le campus. «Avec la pandémie, il est facile d’oublier à quel point il y a de la valeur à s’engager dans des associations étudiantes», dit-elle. Cet engagement n’a pas à se traduire par une implication au niveau d’un conseil exécutif, mais peut également se faire simplement en participant aux événements organisés par les diverses associations mcgilloises. Il faut faire un effort et reprendre l’habitude de participer aux activités sur le campus. «Ce sont des choses essentielles à la vie étudiante. Sans ça, on va à nos cours, on rentre chez nous, on fait nos devoirs, on paie nos frais de scolarité et c’est fini. Ce n’est pas juste ça, aller à l’université», ajoute-t-elle.</p>



<p><em>Les clubs mentionnés dans l’article vous intéressent? Voici les moyens d’en apprendre plus : <a href="https://www.facebook.com/McGillQuidditch" target="_blank" rel="noreferrer noopener external" data-wpel-link="external">McGill Quidditch</a>, la plus vieille équipe de Quidditch du Canada; </em><a href="https://www.facebook.com/PlayersTheatreMcGill" target="_blank" rel="noreferrer noopener external" data-wpel-link="external">Player’s Theater</a><em>, théâtre étudiant qui vient de fêter son 100</em>e<em> anniversaire (la dernière pièce de la troupe, nommée </em>4.48 Psychosis<em>, est présentée jusqu’au 8 avril) ; <a href="https://www.facebook.com/McGillRocketTeam" target="_blank" rel="noreferrer noopener external" data-wpel-link="external">McGill Rocket Team</a>, une équipe d’ingénierie gérée par des étudiant·e·s; l’Association des étudiant·e·s en droit, qui représente près de 600 étudiant·e·s; l’</em><a href="https://www.facebook.com/assamcgill" target="_blank" rel="noreferrer noopener external" data-wpel-link="external">African Studies Student’s Association</a><em>, qui représente tous·tes les étudiant·e·s en études africaines</em>.</p>
<p>L’article <a href="https://www.delitfrancais.com/2022/04/06/engagez-vous-quils-disaient/" data-wpel-link="internal">Engagez-vous, qu’ils disaient</a> est apparu en premier sur <a href="https://www.delitfrancais.com" data-wpel-link="internal">Le Délit</a>.</p>
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		<title>Les textes d’opinion sont-ils utiles?</title>
		<link>https://www.delitfrancais.com/2022/03/30/les-textes-dopinion-sont-ils-utiles/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Aymeric Tardif]]></dc:creator>
		<pubDate>Wed, 30 Mar 2022 13:00:00 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Opinion]]></category>
		<category><![CDATA[Société]]></category>
		<category><![CDATA[Le délit]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>Lettre à mon·a successeur·e.</p>
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										<content:encoded><![CDATA[
<p class="has-drop-cap">Alors que mon mandat à titre d’Éditeur Opinion du&nbsp;<em>Délit</em> tire à sa fin, je prends quelques lignes de l’édition de cette semaine pour réfléchir à l’utilité de ma section, dont je laisserai prochainement les rênes à mon·a successeur·e.</p>



<p>Les opinions ont la cote dans les médias ; elles attirent des clics et malheureusement, il s’agit parfois de leur principale fonction. Tandis que le financement des journaux est en crise, les opinions sont souvent formulées dans une logique de marché, et leur qualité argumentative en pâtit quelque peu.</p>



<p>Dans sa <em>République</em>, Platon nous enseignait que l’opinion est une chose distincte de la connaissance (ne vous inquiétez point, j’ai d’abord reçu l’approbation de notre Éditeur Philosophie avant de me lancer dans cette digression platonicienne). Il existe donc également une distinction entre ceux·lles qui opinent, c’est-à-dire les individus qui ne voient pas les choses en elles-mêmes, mais qui voient plutôt les manifestations de ces choses dans le monde visible (par exemple, il·elle·s voient les choses belles, mais ne reconnaissent pas la beauté en elle-même), et ceux·lles qui connaissent, c’est-à-dire qui voient les choses en elles-mêmes. Ces dernier·ère·s peuvent être qualifié·e·s de philosophes: il·elle·s éprouvent de l’affection « pour ces choses dont il y a connaissance ». Platon établit donc une hiérarchie entre ce qui est opinable et ce qui est connaissable, la première catégorie étant inférieure à la deuxième. Or, Platon n’émet-il pas une opinion en classant l’opinion comme étant inférieure à la connaissance?&nbsp;</p>



<blockquote class="wp-block-quote has-text-align-center is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow"><p>« Certain·e·s&nbsp;affirment que&nbsp;toutes les&nbsp;opinions se valent. C’est faux&nbsp;» &nbsp;</p></blockquote>



<p>Pour moi, il ne fait aucun doute que oui. Il s’agit certes d’une opinion argumentée sur des dizaines de pages, mais il n’en demeure pas moins qu’il s’agit d’une opinion, aussi métaphysique soit-elle. Surtout, elle fait encore réfléchir, plus de 2&nbsp;400 ans plus tard.</p>



<p>Les opinions ont la particularité de soulever les passions et de susciter le débat. C’est entre autres de la confrontation des idées que le changement naît. Mais pour qu’une opinion soit bonne, il faut qu’elle corresponde à un certain nombre de critères.</p>



<p><strong>Catégories d’opinions</strong></p>



<p>Certain·e·s affirment que toutes les opinions se valent. C’est faux: certaines opinions valent plus que d’autres. D’abord, certaines d’entre elles sont tout simplement irrecevables, car elles ne peuvent pas être soutenues. On peut penser au négationnisme, à la prétention que la terre est plate ou même, à mon humble avis, à la prétention selon laquelle les changements climatiques actuels ne sont pas d’origine anthropique. Face à ce type d’opinion, la fermeture d’esprit est de mise. Sur ce sujet, je vous réfère à un texte écrit récemment par mon collègue Philippe Bédard-Gagnon, rédacteur en chef du <em>Délit</em>, intitulé « <a href="https://www.delitfrancais.com/2022/03/16/quand-faut-il-se-boucher-les-oreilles/" target="_blank" rel="noreferrer noopener" data-wpel-link="internal">Quand faut-il se boucher les oreilles?</a> ».</p>



<p>Pour ce qui est des opinions plausibles, qui méritent que l’on s’y attarde, leur valeur sera toujours déterminée par la qualité de l’argumentation qui les sous-tend. Vous comprendrez donc que par «&nbsp;valeur&nbsp;»,&nbsp; je n’entends pas «mérite idéologique ». On peut par exemple avoir plus d’affinités avec des opinions s’inscrivant davantage dans la gauche économique et sociale que dans la droite, mais cela ne veut pas dire qu’on doit considérer que les opinions de gauche ont toujours plus de valeur argumentative.</p>



<blockquote class="wp-block-quote has-text-align-center is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow"><p>« L’affirmation que la terre se réchauffe pouvait être considérée à une certaine époque comme une opinion alors qu’aujourd’hui, c’est un fait incontestable » &nbsp;</p></blockquote>



<p><strong>Valeur argumentative</strong></p>



<p>On oppose souvent fait et opinion. Le fait est une réalité que personne ne peut mettre en doute, car il est empiriquement vérifiable, alors que l’opinion implique un jugement sur un fait. Mais la ligne entre les deux n’est pas toujours aussi claire. Elle se déplace en fonction des croyances et des époques. Ainsi, l’affirmation que la terre se réchauffe pouvait être considérée à une certaine époque comme une opinion alors qu’aujourd’hui, c’est un fait incontestable. C’est cet aspect incontestable du fait qui fait dire à plusieurs qu’il est supérieur à l’opinion. Or, l’opinion est nécessaire au progrès, et si l’on veut qu’elle fasse changer les mentalités, elle doit être complémentaire au fait&nbsp;: une opinion ne vaut rien sans faits. C’est à partir de prémisses factuelles que l’on bâtit un argumentaire. Il est facile de discourir sur un sujet et de simplement dire ce que l’on en pense. C’est une autre paire de manches si l’on souhaite convaincre son lectorat d’adhérer à une position donnée. Chaque affirmation devrait être réfléchie et soutenue autant que possible par un élément factuel. Il faut montrer pourquoi notre thèse est la bonne. Il faut être expert·e de notre sujet. Par exemple, l’opinion d’un·e épidémiologiste sur la COVID-19 aura sans doute plus de valeur argumentative que celle d’un quidam. Cela n’empêche cependant pas n’importe qui d’avoir une opinion possédant une certaine valeur argumentative sur la COVID-19, mais cette personne devra entourer ses propos d’une expertise, en invoquant par exemple des études réalisées par des spécialistes. Le bon texte d’opinion est celui rempli d’expertise. Une fois cette expertise mobilisée, il faut que l’argument lui-même soit logique et intelligemment construit. On évitera donc évidemment les sophismes.</p>



<blockquote class="wp-block-quote has-text-align-center is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow"><p>« Une opinion sans valeur argumentative peut très bien avoir plus d’impact qu’une opinion solidement argumentée, au grand plaisir des polémistes » &nbsp;</p></blockquote>



<p>Malheureusement, une opinion sans valeur argumentative peut très bien avoir plus d’impact qu’une opinion solidement argumentée, au grand plaisir des polémistes qui font de ce type de vacuités argumentatives leur pain et leur beurre. Cependant, cela ne veut pas dire qu’il faille se contenter de textes chocs remplis de sophismes. Si l’on veut que l’opinion ait une utilité sociale bénéfique, il faut la promouvoir dans sa forme la plus noble, car ce sont les opinions les mieux argumentées qui s’inscriront dans la postérité.</p>



<p>Pour en revenir à Platon, celui-ci croyait que la plus haute forme de connaissance n’était atteignable que par l’art du dialogue : la dialectique. C’est précisément le rôle que doivent revêtir les textes d’opinion. Ils doivent se répondre entre eux, se déconstruire mutuellement pour que de meilleures versions d’eux-mêmes apparaissent dans nos pages, jusqu’à ce qu’une idée triomphe et gagne la faveur populaire. Et si cette idée ne vous plaît pas, vous pouvez toujours défendre la vôtre dans un texte d’opinion.</p>
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		<title>S’alimenter de manière responsable</title>
		<link>https://www.delitfrancais.com/2022/03/30/__trashed-6/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Aymeric Tardif]]></dc:creator>
		<pubDate>Wed, 30 Mar 2022 13:00:00 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Opinion]]></category>
		<category><![CDATA[Slider]]></category>
		<category><![CDATA[Société]]></category>
		<category><![CDATA[alimentation]]></category>
		<category><![CDATA[dumpster diving]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>Le dumpster diving, pourquoi ne pas l’essayer?</p>
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										<content:encoded><![CDATA[
<p class="has-drop-cap">L’humain, avant d’être un animal politique, est un animal. Nous sommes des organismes hétérotrophes dont la vie est rendue possible par l’ingestion de matières organiques. Il nous est donc impossible de vivre sans consommer, et manger est la forme la plus élémentaire de consommation. Lorsque l’on parle de consumérisme, on imagine souvent ces montagnes de cellulaires obsolètes après deux ans d’utilisation ou encore aux garde-robes occidentales renouvelées chaque année afin de suivre les dernières tendances éphémères de la mode. Mais à l’instar de tous nos gadgets, les éléments organiques que nous n’ingérons pas deviennent également déchets. Que se passe-t-il lorsque les aliments destinés à la consommation humaine dépérissent avant même d’avoir été consommés, et ce, à très grande échelle? Et, surtout, comment remédier à cette destruction préconsommation?</p>



<p>Selon le rapport de 2019 sur l’indice du gaspillage alimentaire du Programme des Nations Unies pour l’environnement (PNUE), après sa commercialisation, pas moins de 17% de la production alimentaire mondiale finirait aux poubelles avant même d’avoir été consommée. L’ensemble de cette nourriture gaspillée pourrait nourrir sept fois les individus souffrant de malnutrition. Par ailleurs, les ménages canadiens sont ceux qui gaspillent le plus en Amérique du Nord, loin devant les États-Unis. En effet, 63% de la nourriture jetée au Canada aurait pu être consommée.&nbsp;</p>



<p>Combattre le gaspillage alimentaire a plusieurs vertus. Assurément, vous sauverez de l’argent – particulièrement en période d’inflation&nbsp;– mais surtout, vous réduirez votre empreinte écologique. Considérant qu’environ 30% des émissions de CO2 dans le monde sont liées au secteur de l’alimentation, réduire le gaspillage alimentaire a le potentiel de diminuer ces émissions.</p>



<p>Il existe de nombreuses solutions au problème du gaspillage alimentaire, dont une meilleure gestion de son réfrigérateur. Mais il n’y a pas que les ménages qui jettent de la nourriture, il y a aussi les restaurants et les épiceries. Le <em>dumpster diving</em>, parfois nommé déchétarisme, glanage alimentaire ou <em>trésordure</em> en français, s’avère une excellente façon de combattre le gaspillage alimentaire des fournisseurs de nourriture. On trouve effectivement dans les bennes à ordures des épiceries montréalaises des quantités impressionnantes d’aliments. Beaucoup des produits que l’on peut y dénicher viennent tout juste de périmer et, parfois, leur date de péremption n’est même pas encore dépassée. Souvent, ils n’ont pas trouvé preneur·se car leur emballage était légèrement endommagé : une boîte de carton était froissée, une boîte de conserve était cabossée, etc. Néanmoins, la plupart des aliments sont bons bien plus longtemps que ce que leur étiquette laisse présager, croyez-moi.</p>



<blockquote class="wp-block-quote has-text-align-center is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow"><p>« 63% de la nourriture jetée au Canada aurait pu être consommée »</p></blockquote>



<p>Si vous souhaitez intégrer le <em>dumpster diving</em> dans votre quotidien, repérez les épiceries de votre quartier et prenez l’habitude d’aller jeter un coup d’œil dans leurs bennes à ordures lorsque vous sortez faire une marche ou lorsque vous rentrez de l’université. Il y a de fortes chances que vous tombiez sur des légumes frais, des conserves ou des céréales. Pour ceux·lles qui ne souhaitent pas s’y risquer, vous pouvez télécharger l’application <em><a href="https://toogoodtogo.ca/en-ca" target="_blank" rel="noreferrer noopener external" data-wpel-link="external">Too good to go</a></em>, qui offre un service vous permettant d’acheter des paniers de produits invendus à très bas prix chez les commerçants participants.</p>



<p>Bien que plusieurs pratiquent le <em>dumpster diving</em> par conscience environnementale, beaucoup le font aussi par nécessité. Certain·e·s avancent donc qu’il vaut mieux ne pas toucher au contenu des poubelles pour le laisser à ceux·lles qui en ont le plus besoin. Certains endroits sont en effet davantage fréquentés par des sans-abris qui peuvent dépendre du <em>dumpster diving</em> pour se nourrir. Si c’est le cas, il est préférable d’éviter de se servir et de trouver un autre endroit. Restez sensibles à votre environnement et à la population de votre quartier et adaptez-vous en conséquence. Toutefois, dire qu’il ne faudrait jamais pratiquer le déchétarisme si l’on en a pas absolument besoin, c’est mal connaître la quantité de nourriture jetée quotidiennement. Certes, il vaut mieux ne pas tout prendre et en laisser, mais dans le monde actuel où la production alimentaire surpasse la demande afin d’assurer le fonctionnement de sa logique consumériste, je suis d’avis qu’il nous faut être un plus grand nombre de glaneur·se·s alimentaires pour mettre de la pression sur les épiceries. Un nombre grandissant d’entre elles ont désormais des partenariats avec des banques alimentaires, et il faut en inciter davantage à se joindre au mouvement.</p>
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		<title>Chronologie du printemps érable</title>
		<link>https://www.delitfrancais.com/2022/03/23/chronologie-du-printemps-erable/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Aymeric Tardif]]></dc:creator>
		<pubDate>Wed, 23 Mar 2022 13:00:00 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Enquêtes]]></category>
		<category><![CDATA[Société]]></category>
		<guid isPermaLink="false">https://www.delitfrancais.com/?p=48078</guid>

					<description><![CDATA[<p>Complément de notre dossier « 10 ans plus tard ».</p>
<p>L’article <a href="https://www.delitfrancais.com/2022/03/23/chronologie-du-printemps-erable/" data-wpel-link="internal">Chronologie du printemps érable</a> est apparu en premier sur <a href="https://www.delitfrancais.com" data-wpel-link="internal">Le Délit</a>.</p>
]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[
<p class="has-drop-cap">Le 11 mars 2011, le ministre des Finances du Québec Raymond Bachand, membre du cabinet du gouvernement libéral de Jean Charest, dépose son budget annuel et annonce une augmentation des frais de scolarité de 325$ par année jusqu’en 2017. Résultat&nbsp;: les frais devaient pratiquement doubler en seulement cinq ans. Dès novembre 2011, les étudiant·e·s se mobilisent à travers la province. L’Université McGill suit le mouvement…</p>



<p>→ Voir le dossier principal&nbsp;: <a href="https://www.delitfrancais.com/2022/03/23/dix-ans-plus-tard/" target="_blank" rel="noreferrer noopener" data-wpel-link="internal">Dix ans plus tard</a></p>



<p><strong>10 novembre 2011 : Occupation du Pavillon James et répression policière sur le campus</strong></p>



<p>Des étudiant·e·s de McGill manifestent devant le bureau du premier ministre du Québec, devant le portail Roddick. Au même moment, 14 étudiant·e·s entrent dans le Pavillon James, siège de l’administration de l’Université, et occupent le bureau de la principale. Une foule d’environ 200 personnes se rassemble en soutien autour du bâtiment. Peu de temps après, plus d’une centaine de policier·ère·s anti-émeutes arrivent sur le campus et <a href="https://www.mcgilldaily.com/2011/11/mcgill-students-violently-forced-off-campus/" target="_blank" rel="noreferrer noopener external" data-wpel-link="external">dispersent</a> violemment la foule et les témoins à l’aide de coups de bâtons, de gaz lacrymogènes et de poivre de cayenne.</p>



<p><strong>7 février 2012 : Deuxième occupation du Pavillon James</strong></p>



<p>Les élèves du collège de Salaberry-de-Valleyfield sont les premier·ère·s à se prononcer en faveur d’une grève générale illimitée, par une majorité de seulement 12 voix. Le même jour, des <a href="https://www.mcgilldaily.com/2012/02/20-students-occupy-mendelsons-office/" target="_blank" rel="noreferrer noopener external" data-wpel-link="external">dizaines</a> d’étudiant·e·s mcgillois·es occupent de nouveau le sixième étage du Pavillon James. Cette fois-ci, l’occupation s’étend sur <a href="https://reporter.mcgill.ca/protest-shuts-james-admin/" target="_blank" rel="noreferrer noopener external" data-wpel-link="external">cinq</a> jours et est relative à un enjeu plus local : le refus de l’administration de reconnaître le résultat d’un référendum sur la survie de QPIRG McGill (<em>Quebec Public Interest Research Group at McGill</em>) et de la radio étudiante CKUT.</p>



<blockquote class="wp-block-quote has-text-align-center is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow"><p>«Ils fermaient l’électricité pour que les gens aient froid»</p><cite>Joël Pedneault, vice-président de l’AÉUM en 2012</cite></blockquote>



<p>Joël Pedneault, vice-président externe de l’Association étudiante de l’Université McGill (AÉUM) en 2012, se souvient des événements. « Les occupations ont vraiment été <em>hard</em>, confie-t-il au <em>Délit</em>. Ils fermaient l’électricité pour que les gens aient froid. » Selon lui, on peut voir dans cette tactique d’occupation l’influence des mouvements étudiants américains, qui se sont fait connaître à McGill par l’engagement d’étudiant·e·s internationaux·les. Des occupations similaires avaient notamment été organisées en Californie quelques années plus tôt pour contester une hausse fulgurante des frais de scolarité.</p>



<p><strong>Mars 2012 : Votes de grève à Concordia et McGill</strong></p>



<p>Le <a href="https://theconcordian.com/2012/03/conu-kicks-off-strike-with-a-protest/" target="_blank" rel="noreferrer noopener external" data-wpel-link="external">7 mars</a>, les étudiant·e·s de l’Université Concordia se prononcent en faveur d’une grève et descendent dans les rues. Des pamphlets traduits en anglais, notamment grâce aux efforts de la Coalition large de l’Association pour une solidarité syndicale étudiante (CLASSE) et aux initiatives «<em>grassroots</em>» de l’Union des étudiants et étudiantes de Concordia (CSU), sont distribués sur le campus.</p>



<p>Dans le courant du mois, de plus en plus d’associations étudiantes votent en faveur de jours de grève et d’une grève illimitée. À McGill, des membres de la Faculté des Arts, avec l’aide de Joël Pedneault, organisent une assemblée générale pour effectuer un vote de grève. « C’est devenu tout simplement chaotique, se rappelle-t-il. Les plus grands locaux du campus peuvent accueillir environ 800 personnes, mais des milliers de personnes se sont pointées à la porte du Centre universitaire. » Une file d’attente commençant devant le bâtiment s’étirait jusqu’au bâtiment de génie.</p>



<p>En urgence, on réserve toutes les grandes salles disponibles. Au final, près de 2 000 étudiant·e·s étaient dispersé·e·s dans différents bâtiments du campus, dont Leacock 132 et la salle de bal. Afin de procéder à un vote, des outils comme la visioconférence ont été utilisés. Finalement, la foule a voté non, de façon claire, à la grève pour la Faculté des Arts.</p>



<blockquote class="wp-block-quote has-text-align-center is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow"><p>«[D]es milliers de personnes se sont pointées à la porte du Centre universitaire»</p><cite>Joël Pedneault, vice-président de l’AÉUM en 2012</cite></blockquote>



<p>Cet échec, loin de démoraliser les associations étudiantes, a plutôt encouragé ses membres à tenir des votes à plus petite échelle. Plusieurs programmes ont ainsi voté des <a href="https://ssmu.ca/blog/2012/03/student-strike-faq/" target="_blank" rel="noreferrer noopener external" data-wpel-link="external">grèves</a> d’un à trois jours, comme l’École de musique ou l’Association étudiante du campus de McDonald (AÉCM) ; certains ont même voté pour une grève illimitée, comme l’École de travail social ou le Département de géographie. Néanmoins, les votes de grève ont connu aussi de nombreux échecs, comme dans la Faculté de droit, d’architecture et de médecine.</p>



<p>Selon Joël Pedneault, il y avait quand même un bon niveau d’hostilité à l’échelle du campus. Le mouvement des carrés verts, qu’il décrit comme une affaire « assez québéco-québécoise&nbsp;», n’était pas présent sur le campus. Toutefois, un mouvement des gens de droite, affiliés aux partis conservateurs canadien – qui venait d’être réélu en 2011 – et ontarien, mettaient leur coordination et leur expérience politique au service du camp anti-grève : « On était la seule université où on avait carrément des gens du parti conservateur qui étaient contre nous ».&nbsp; Plusieurs personnes n’étaient par ailleurs pas antipathiques à la cause des carrés rouges, mais leur situation précaire – de par leur statut légal, dépendant d’un visa étudiant, ou de leur situation financière&nbsp;– les amenait à voter contre la grève. Il y avait finalement une déconnexion qui régnait dans certains cercles du campus : Joël Pedneault cite notamment un professeur de sociologie qui, vers la fin du printemps, alors que les manifestations dans les rues étaient impossibles à ignorer, avait demandé à l’un de ses collègues ce que signifiait le carré rouge que celui-ci portait.</p>



<blockquote class="wp-block-quote has-text-align-center is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow"><p>« On était la seule université où on avait carrément des gens du parti conservateur qui étaient contre nous »</p><cite>Joël Pedneault, vice-président de l’AÉUM en 2012</cite></blockquote>



<p>Il y avait malgré tout une diversité au sein des personnes mobilisés pour la grève : francophones, anglophones, étudiant·e·s internationaux·les. McGill et Concordia ont fait l’effort d’inclure tous·tes les étudiant·e·s dans la mobilisation pour faire en sorte que la lutte relative aux frais de scolarité ne se limite pas au contexte québécois, mais revendique aussi des gains à l’international. « On a essayé de tirer le mouvement étudiant vers cette analyse-là aussi, alors que ça aurait pu rester très “il faut que les gens du Québec qui paient des taxes aient accès à l’éducation sans frais de scolarité”.&nbsp;»&nbsp; Joël Pedneault remarque par ailleurs que parmi les gens impliqués, une majorité provenait bien sûr du Québec, mais certaines personnes étaient aussi issues des États-Unis, ayant eu vent d’autres causes ailleurs dans le monde. C’était une rencontre entre plusieurs interprétations qui se mélangeaient et qui s’opposaient à un « gouvernement néolibéral qui voulait faire en sorte que la vie soit chère, qui voulait privatiser».</p>



<p><strong>22 mars 2012 : Manifestation monstre dans les rues de Montréal</strong></p>



<p>Le 22 mars, entre 100 000 et 200 000 personnes sillonnent les rues de Montréal, de la Place du Canada vers le Vieux-Montréal. En entrevue avec <em>Le Délit</em>, Martine Desjardins, présidente de la Fédération étudiante universitaire du Québec (FEUQ) en 2012, décrit cette journée chaude et ensoleillée comme un moment marquant de la mobilisation : « C’est comme si la météo s’était mise dans l’idée qu’il fallait que tout soit parfait – il devait bien faire 20 degrés à l’extérieur! »</p>



<blockquote class="wp-block-quote has-text-align-center is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow"><p>« J’ai un souvenir assez vif de ce moment-là (du 22 mars), un moment rempli d’espoir et de fierté. On avait l’espoir que le gouvernement allait entendre la voix de la rue. Sa réponse a été : “Il n’y a pas eu de grabuge. Bravo” »</p><cite>Martine Desjardins, présidente de la FEUQ en 2012</cite></blockquote>



<p>David Deault-Picard, manifestant, alors étudiant de troisième année à l’Université de Montréal, se rappelle avec émotion de la mobilisation&nbsp;: « Pour un étudiant en science politique, c’est quand même le rêve suprême de vivre un moment politique, de faire partie de quelque chose de plus grand que soi ». Le nombre d’étudiant·e·s réuni·e·s cette journée-là était impressionnant. Même à la fin du parcours, Martine Desjardins continuait de voir des gens arriver : « Pour le discours que j’ai dû donner à la fin – on était en bas de la place Jacques-Cartier, je voyais juste des gens; il n’y avait plus de pavé nulle part. Ça n’arrêtait pas d’arriver, c’était assez fascinant. »</p>



<p><strong>Avril : Ne te démobilise pas d’un fil</strong></p>



<p>Après l’adrénaline et la mobilisation du 22 mars, le plus gros défi est de maintenir le moral des troupes, alors que les étudiant·e·s commencent à voir des impacts sur leurs études. « On commençait tranquillement à prévoir qu’on allait perdre énormément de votes de grève alors que le gouvernement refusait toujours de nous rencontrer. Je dois dire que ç’a été un moment où on s’est dit : “Ça y est, c’est terminé.” »</p>



<p>Parallèlement, les demandes d’injonctions d’étudiant·e·s qui souhaitent retourner en classe malgré la grève commencent à fuser de toute part. <a href="https://ici.radio-canada.ca/nouvelle/1864934/etudiants-manifestation-greve-politique-archives" target="_blank" rel="noreferrer noopener external" data-wpel-link="external">25 injonctions</a> auraient été demandées aux tribunaux durant le conflit. Les injonctions à l’Université de Montréal se reflétaient particulièrement sur les campus selon David Deault-Picard. Il se souvient d’« avoir vu des chargés de cours qui avaient des agents de sécurité pour s’assurer qu’ils dépasseraient la ligne de piquetage et iraient donner leur cours ».</p>



<blockquote class="wp-block-quote has-text-align-center is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow"><p>«On commençait tranquillement à prévoir qu’on allait perdre énormément de votes de grève alors que le gouvernement refusait toujours de nous rencontrer. Je dois dire que ç’a été un moment où on s’est dit : “Ça y est, c’est terminé”»</p><cite>Martine Desjardins, présidente de la FEUQ en 2012</cite></blockquote>



<p>Le 20 avril, lors d’un discours au Salon Plan Nord, Jean Charest blague sur les manifestations. En faisant référence aux manifestant·e·s, il <a href="https://www.youtube.com/watch?v=xcVMe5HLF_Q&amp;ab_channel=Radio-CanadaInfo" target="_blank" rel="noreferrer noopener external" data-wpel-link="external">déclare</a> : « On pourrait leur offrir un emploi… dans le Nord, autant que possible. » La pilule ne passe pas auprès des étudiant·e·s : les votes de grève sont maintenus et la mobilisation continue. Martine Desjardins remercie presque le premier ministre de l’époque : « Le gouvernement nous a donné une boîte de secours en se moquant des étudiants de la sorte. Le mépris gouvernemental nous a beaucoup aidés à remobiliser les campus ». </p>



<p>Quatre jours plus tard, les manifestations de nuit commencent, en marge de la stratégie des grandes associations étudiantes. Ces rassemblements se déroulaient tous les soirs, une initiative «<em>grassroots</em>» que la CLASSE et la FEUQ ne contrôlaient pas, souligne Martine Desjardins. Le souvenir de ces manifestations est particulièrement poignant pour Joël Pedneault. « On était quand même toutes les nuits à manifester, vraiment toutes les nuits, des manifs de 20 000 personnes ou plus. »</p>



<p><strong>4 mai 2012 : De violents affrontements à Victoriaville marquent l’esprit des Québécois·es</strong></p>



<p>À Victoriaville, une manifestation à l’occasion du Congrès du Parti libéral tourne à l’affrontement et à l’émeute. Des manifestant·e·s sont blessé·e·s : blessures aux yeux, commotions cérébrales, fractures de la mâchoire. Un policier de la Sûreté du Québec est <a href="https://www.journaldemontreal.com/2018/04/17/emeute-de-victoriaville-en-2012-35-jours-de-suspension-pour-un-policier-de-la-sq" target="_blank" rel="noreferrer noopener external" data-wpel-link="external">suspendu</a> pendant plus d’un mois. Les événements de Victoriaville font aussi échos à de précédents incidents, notamment où un étudiant a <a href="https://liguedesdroits.ca/5421/" target="_blank" rel="noreferrer noopener external" data-wpel-link="external">perdu l’usage d’un œil</a> après qu’une grenade assourdissante lui ait explosé au visage.</p>



<p>En entrevue avec <em>Le Délit</em>, Joël Pedneault raconte ces événements comme un des moments les plus épeurants : « On s’est fait vraiment taper dessus. Ils larguaient des lacrymogènes sur la foule avec les hélicoptères qui volaient bas pour pousser les gaz vers la foule, c’était militaire. Il y a des moments comme ça où j’ai craint pour ma sécurité. J’ai perdu mes lunettes dans cette manif-là, à cause d’un lacrymo qui m’a explosé aux pieds, parce qu’ils en larguaient tellement ». Ce n’était pourtant pas sa première manifestation où le corps policier présent a utilisé des moyens non ciblés pour disperser la foule. Cette fois-ci, cependant, la Sûreté du Québec – qui était « vachement plus brutale » que le Service de Police de la Ville de Montréal (SPVM) selon lui – est appelée pour maintenir la paix. « C’est sûr qu’après ça, on finit par craindre la police, quand même. »</p>



<blockquote class="wp-block-quote has-text-align-center is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow"><p>«&nbsp;[Les corps policiers] larguaient des lacrymogènes sur la foule avec les hélicoptères qui volaient bas pour pousser les gaz vers la foule, c’était militaire&nbsp;»&nbsp;</p><cite>Joël Pedneault, vice-président de l’AÉUM en 2012</cite></blockquote>



<p>Bien que les événements de Victoriaville soient exceptionnels, l’utilisation de la force par les corps de police est chose commune dans les autres manifestations de la province. Même s’il dit avoir toujours su quitter avant que la répression policière ne commence, David Deault-Picard se rappelle avoir vu « des scènes un peu traumatisantes» liées à&nbsp;l’utilisation de la force. « Je respecte beaucoup les individus derrière, mais ça, l’utilisation de la violence, c’est quand même quelque chose qu’on ne voit pas souvent au Québec. » Même son de cloche du côté de Joël Pedneault : « C’est choquant, ça fait peur pour la démocratie de se faire encercler par la police». Il se rappelle très clairement avoir été menotté, mis dans un bus, amené dans l’est de la ville, puis mis à la rue à deux heures du matin. « Ça serait faux de dire qu’on s’y habitue.» Un groupe d’avocats en entretien avec <em>Le Délit</em> confirme aussi ce type d’expériences chez les manifestant·e·s dans la Ville de Québec : « Ils avaient été privés de leur liberté, menottés, transportés en autobus en pleine nuit, puis ils ont été relocalisés avant d’être relâchés ».</p>



<p><strong>18 mai 2012: Adoption de la Loi 78</strong></p>



<p>Pour calmer les manifestations, une loi spéciale est adoptée par le gouvernement Charest : les organisateur·rice·s de manifestations doivent désormais divulguer leur itinéraire aux policier·ère·s et ne peuvent bloquer l’accès aux cégeps et universités. Des amendes importantes sont données à tout·e contrevenant·e.</p>



<p>Pour Martine Desjardins, l’adoption de la Loi 78 a été l’un des moments les moins porteurs d’espoir : « On était à l’Assemblée nationale, au Salon bleu, quand ça a été voté. Les gens pleuraient autour de moi. On se demandait si le mouvement allait se poursuivre. On avait l’impression que tout était fini ». Pour David Deault-Picard, l’adoption de la loi spéciale a été le coup le plus dur qu’il ait eu à encaisser durant le mouvement. « C’était quand même la première fois que je vivais la coercition de l’État », raconte-t-il. Il est convaincu que la judiciarisation n’est pas la bonne façon de gérer un conflit politique. « On mettait en conflit le droit individuel d’accéder à ta salle de classe avec le droit collectif d’avoir accès à l’éducation. Il y avait une certaine lâcheté, je pense, dans cette façon de faire. »</p>



<figure class="wp-block-image size-large"><img fetchpriority="high" decoding="async" width="1000" height="727" src="https://www.delitfrancais.com/wp-content/uploads/2022/01/Grève-1000x727.jpg" alt="grève-d'éducation" class="wp-image-46961" srcset="https://www.delitfrancais.com/wp-content/uploads/2022/01/Grève-1000x727.jpg 1000w, https://www.delitfrancais.com/wp-content/uploads/2022/01/Grève-330x240.jpg 330w, https://www.delitfrancais.com/wp-content/uploads/2022/01/Grève-768x558.jpg 768w, https://www.delitfrancais.com/wp-content/uploads/2022/01/Grève-1536x1117.jpg 1536w, https://www.delitfrancais.com/wp-content/uploads/2022/01/Grève-2048x1489.jpg 2048w" sizes="(max-width: 1000px) 100vw, 1000px"><figcaption><span class="media-credit"><a href="https://www.delitfrancais.com/author/gontieralexandre/?media=1" data-wpel-link="internal">Alexandre Gontier</a> | Le Délit</span></figcaption></figure>



<p>Les casseroles ont alors commencé à se faire entendre en protestation contre la loi spéciale et sont devenues le symbole du mouvement populaire. Pour Joël Pedneault, c’est à ce moment que les gens ont réalisé que la grève était en train de donner les résultats escomptés. « Quand le mouvement s’est rendu là, on sentait qu’on était vraiment en train de faire du chemin, que notre petite grève qui portait sur des frais de scolarité était devenue le mouvement de masse qu’on avait prévu. »</p>



<p><strong>4 septembre 2012 : Pauline Marois, cheffe du Parti Québécois, est élue première ministre</strong></p>



<p>Les élections déclenchées le 1<em>er</em> août 2012 par Jean Charest, dans l’espoir de mettre fin à la crise et d’être réélu, ont vu Pauline Marois, cheffe du Parti Québécois, accéder au poste de première ministre. Rapidement, cette dernière annule la hausse des droits de scolarité et abroge la loi 78. Pour David Deault-Picard, l’élection du Parti Québécois était la dernière chance du mouvement étudiant : « Honnêtement, si le PQ n’avait pas gagné, je ne suis pas sûr qu’il y aurait finalement eu le résultat qu’on connaît ».</p>



<p>L’un des député·e·s élu·e·s au sein du gouvernement minoritaire de Pauline Marois de 2012 à 2014 est Léo Bureau-Blouin, leader étudiant et président de la Fédération étudiante collégiale du Québec (FECQ) durant le printemps érable. Ce dernier qui, à 20 ans, est devenu le plus jeune parlementaire de l’histoire du Québec, a affirmé dans un courriel envoyé au <em>Délit</em> « garder un souvenir extrêmement positif des événements du printemps 2012, qui ont eu une grande influence sur [sa] trajectoire de vie, tant personnelle que professionnelle ».&nbsp;</p>



<p>Jean Charest et Line Beauchamp, quant à eux·lles, ont décliné nos demandes d’entrevue.</p>
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		<title>Dix ans plus tard</title>
		<link>https://www.delitfrancais.com/2022/03/23/dix-ans-plus-tard/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Aymeric Tardif]]></dc:creator>
		<pubDate>Wed, 23 Mar 2022 13:00:00 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Enquêtes]]></category>
		<category><![CDATA[Slider]]></category>
		<category><![CDATA[Société]]></category>
		<category><![CDATA[2012]]></category>
		<category><![CDATA[droits de scolarité]]></category>
		<category><![CDATA[manifestations]]></category>
		<category><![CDATA[Printemps érable]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>Le printemps érable raconté par ceux et celles qui l’ont vécu.</p>
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<p class="has-drop-cap">Dix ans plus tard, le Québec se souvient et le souffle du printemps érable se fait de nouveau sentir. Alors que de nombreuses associations étudiantes ont voté des grèves cette semaine pour la gratuité scolaire et la justice climatique en commémoration de la plus grande manifestation du printemps érable qui comptait, le 22 mars 2012, entre 100 000 et 200 000 participant·e·s, <em>Le Délit</em> vous raconte la crise étudiante à travers les témoignages de ceux·lles qui l’ont vécue, de près ou de loin.</p>



<p>→ En complément&nbsp;: <a href="https://www.delitfrancais.com/2022/03/23/chronologie-du-printemps-erable/" target="_blank" rel="noreferrer noopener" data-wpel-link="internal">Chronologie du printemps érable</a></p>



<blockquote class="wp-block-quote is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow"><p>«Il y a bientôt 10 ans jour pour jour, alors que le printemps érable battait son plein, mon école secondaire votait une grève de trois jours à majorité de 91% en soutien au mouvement étudiant. Cela faisait plusieurs semaines que j’arborais fièrement le carré rouge, du haut de mes 13 ans, comme nombre de mes collègues de classe. Nous envisagions déjà notre arrivée sur les bancs d’universités qui allait se faire, pour certain·e·s, plus vieux·illes, quelques années plus tard, et nous avions compris l’importance de nous battre contre la hausse des droits de scolarité. Il en allait de l’avenir de notre éducation. Durant ces trois jours de grève, autour du 22 avril 2012, nous étions des centaines à nous lever à 5h30 et à nous diriger vers les lignes de piquetage, peinture rouge au visage. Toute la matinée durant, nous gardions vaillamment les portes de notre école, avant de nous diriger au centre-ville afin de participer aux manifestations en après-midi. 10 ans plus tard, les souvenirs de ce printemps mouvementé et le son des casseroles sont encore gravés dans ma mémoire»</p><cite>Aymeric L. Tardif, Éditeur Société (Opinion)</cite></blockquote>



<blockquote class="wp-block-quote has-text-align-left is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow"><p>&nbsp;«Le printemps érable était super inspirant pour moi. J’étais encore au primaire à l’époque. Je voyais le mouvement des casseroles et je me disais : « Moi aussi, je veux faire du bruit ». C’est peut-être ça, dans le fond, qui m’a encouragée à m’impliquer dans la mobilisation étudiante pour la justice climatique. Les manifs, c’est bien sûr des revendications, mais c’est aussi toute une ambiance. Crier à l’unisson, être en ligne de front, marcher aux côtés de milliers de personnes, c’est assez indescriptible comme sentiment. Tout autour de toi, c’est effervescent, uni et beau. Tu deviens émotionnelle assez rapidement. 2012, c’était aussi ça, et il·elle·s nous ont montré le chemin. Je me souviens d’avoir découpé des ronds verts dans les locaux de Greenpeace en préparation à la manif du 27 septembre 2019, et je me dis que ce ne devait pas être si différent de découper des carrés rouges! Je le vois un peu comme l’héritage du printemps érable pour les jeunes d’aujourd’hui et sur les générations à venir. Une sorte d’appel à la mobilisation, à la défense de nos droits collectifs, à un monde plus inclusif»</p><cite>Natacha Papieau, Coordonnatrice de la correction</cite></blockquote>



<blockquote class="wp-block-quote is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow"><p>«Dans ma banlieue de la Rive-Sud, le printemps érable se faisait moins remarquer : le bruit des casseroles et des grosses manifestations de Montréal ne se rendait pas jusqu’à nous. Ce qui n’est pas pour dire qu’on ne vivait le mouvement qu’à travers la télévision. Pour moi, le printemps érable, c’était des débats échauffés à table entre mon frère, à l’époque étudiant à l’université, et mes parents, qui soutenaient le mouvement, mais s’inquiétaient de l’intransigeance de certains groupes étudiants; c’était aller en famille dans une manifestation dans notre ville rassemblant une cinquantaine de personnes; c’était voir dans <em>Le Devoir</em> une photo de mon frère en train de se faire arrêter; c’était mettre un carré rouge sur mon sac d’école. C’était aussi convaincre une amie de sortir dans la rue taper sur des casseroles, seulement nous deux; par conviction, mais aussi pour le sentiment de contribuer à un mouvement plus grand, même s’il était bien loin de nous»</p><cite>Louise Toutée, Éditrice Société (Enquête)</cite></blockquote>



<p><strong>Les coulisses du mouvement</strong></p>



<p>Le succès de la grève de 2012 a ce qu’il faut pour redonner confiance aux mouvements de contestations étudiants. Cela peut cependant mener à oublier les nombreuses grèves au Québec, étudiantes ou non, qui n’aboutissent à aucun gain concret. On peut penser notamment à la grève du printemps 2015, ou même aux grèves plus récentes pour la justice climatique. Quel a donc été le secret de la grève de 2012?</p>



<p>Pour Martine Desjardins et Joël Pedneault, les raisons de ce succès se trouvent en partie dans une préparation solide qui s’est échelonnée sur les années précédant la grève. «&nbsp;On parle beaucoup de 2012, mais ça a quand même commencé plus tôt », explique Martine Desjardins. Au cours des années précédentes, la FEUQ avait déjà réalisé une étude sur les conditions de vie étudiante à travers les universités, en passant en entrevue des étudiant·e·s de plusieurs&nbsp;universités, tous niveaux d’études confondus. « On a réalisé que ce n’était pas vraiment rose&nbsp;: les étudiants s’endettaient plus que la moyenne canadienne, ils travaillaient plus aussi – 19 heures par semaine, ça n’a aucun sens. Dans ces conditions, on voyait mal comment ils pouvaient faire face à une hausse de 75%. » Le spectre d’une hausse des frais de scolarité planait sur le milieu étudiant bien avant l’annonce officielle du gouvernement en 2011. Joël Pedneault se rappelle une tentative de grève à l’automne 2007 : le gouvernement Charest avait à l’époque annoncé un dégel des frais de scolarité pour une augmentation de 50$ par session pendant cinq ans. Cela soulevait une question évidente&nbsp;: qu’allait faire le gouvernement en 2012, à la fin de la période de cinq ans? « On se doutait bien qu’il n’allait pas regeler les frais de scolarité, raconte Joël. Ça a fait en sorte qu’en 2007, on savait déjà qu’en 2012, il y aurait probablement un autre conflit, une occasion de mettre de la pression sur le gouvernement. Ça nous a donné du temps. »</p>



<blockquote class="wp-block-quote has-text-align-center is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow"><p>«&nbsp;On parle beaucoup de 2012, mais ça a quand même commencé plus tôt »</p><cite>Martine Desjardins, présidente de la FEUQ en 2012</cite></blockquote>



<p>Ce temps de préparation, les associations l’ont utilisé pour faire tout le travail préalable nécessaire à une mobilisation : faire connaître les associations ; dénicher des leaders étudiant·e·s en regardant au-delà des milieux traditionnels, comme dans les équipes sportives; organiser de petites grèves d’une demi-journée ou d’une journée. «L’idée, c’était de tester nos assemblées générales, de voir quels étaient les bons arguments, les bonnes questions et les bonnes réponses qu’il fallait proposer&nbsp;», explique Martine Desjardins. En effet, il était crucial pour le mouvement étudiant d’adapter le discours aux différents milieux. La mobilisation de l’Association étudiante des cycles supérieurs de l’Université McGill (AÉCSUM), qui était affiliée à la FEUQ, en était un bon exemple. «Encore aujourd’hui, je pense, traiter l’éducation comme un bien commun est quelque chose qui n’est pas très bien compris du côté anglophone. Il fallait donc y aller avec l’enjeu de l’endettement et parler d’accessibilité aux études, et là ça répondait », raconte Martine Desjardins. Finalement, plusieurs actions symboliques ont été organisées pour faire connaître l’enjeu de la hausse des frais de scolarité. À Concordia, une association avait lâché dans un hall de neuf étages <a href="https://thelinknewspaper.ca/article/1000-red-balloons-floating-in-the-hall-building" target="_blank" rel="noreferrer noopener external" data-wpel-link="external">1000 ballons</a> qui avaient flotté jusqu’en haut, pour représenter la hausse des frais. « Ça avait enragé les gens de la sécurité là-bas », se rappelle Martine Desjardins.</p>



<p>Cette planification s’est révélée&nbsp;encore plus précieuse alors que la grève étudiante se mettait en branle. Pour Joël Pedneault, une des raisons du succès de la grève est l’approche méthodique de la mobilisation, approche qui avait pour but d’éviter des moments de démobilisation – comme un gros cégep qui aurait voté contre la grève et qui aurait brisé le momentum. « Il y avait tout le temps un genre de système de calcul, de paliers&nbsp;; c’était cybernétique leur affaire.&nbsp;» Le plan de la FEUQ, explique Martine Desjardins, était de s’assurer d’avoir le plus de facultés en grève le 22 mars. «&nbsp;Il fallait cibler à quel moment les gens partaient en grève. Ceux qui étaient les plus réticents, il fallait les prendre à la fin, pour avoir la force du nombre, raconte-t-elle. L’idée était de préparer le terrain de façon assez cartésienne. Il n’y avait pas grand-chose qui était laissé au hasard. »</p>



<blockquote class="wp-block-quote has-text-align-center is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow"><p>«On a <em>rebrandé</em> toutes les affaires pour éviter qu’on soit pris dans nos discours idéologiques, parce qu’on ne s’en serait pas sorti autrement»</p><cite>Martine Desjardins, présidente de la FEUQ en 2012</cite></blockquote>



<p>Au-delà de la planification, un des éléments clés, selon Martine Desjardins, a été le pragmatisme du mouvement, qui avait un objectif clair et réaliste. Selon elle, c’est ce qui a manqué au mouvement du printemps 2015, dont les demandes étaient nombreuses et éparpillées. « En 2012, rappelle-t-elle, chacune des associations avait des positions sur la gratuité scolaire, le gel des frais, les indexations&nbsp;; mais elles ont toutes laissé tomber leur positionnement idéologique pour être juste contre la hausse. » Cette alliance entre différentes associations étudiantes n’allait pourtant pas de soi. L’ASSÉ, mouvement à l’origine de la CLASSE, s’était formé en 2005 « pour tuer la FEUQ&nbsp;», qu’elle considérait traître du mouvement étudiant en négociant avec le gouvernement sur l’enjeu des aides financières aux études. Il a donc fallu unifier ces associations aux visions totalement différentes. « Aucun groupe étudiant ne tenait de discours sur la gratuité scolaire, explique Martine Desjardins. C’était un choix réfléchi et stratégique&nbsp;; c’est la même raison pour laquelle on a <em>rebrandé</em> toutes les affaires pour éviter qu’on soit pris dans nos discours idéologiques, parce qu’on ne s’en serait pas sorti autrement.&nbsp;»</p>



<p>Pour Joël Pedneault, le succès de la grève s’explique aussi par le <em>timing</em> de celle-ci, tout autant sur le plan du contexte québécois que du contexte global. « On sentait que la soupe était chaude, que le peuple était prêt à ça. Il y avait comme un genre d’“écoeurantite” par rapport à ce gouvernement libéral. » D’une manière plus large, il juge que la grève des carrés rouges s’inscrivait dans un mouvement mondial. « C’était un peu l’aboutissement d’un cycle, du mouvement altermondialiste, avec la mobilisation de 1999 à Seattle, puis contre la zone de libre-échange des Amériques en 2001, explique-t-il. Ça a fait en sorte qu’il y avait une génération de gens qui, en 2012, avaient à peu près l’âge que j’ai aujourd’hui et qui étaient en mesure de transmettre des connaissances militantes ainsi que l’énergie et la détermination nécessaires à des gens plus jeunes.&nbsp;»&nbsp;</p>



<p><strong>Que reste-t-il du printemps érable?</strong></p>



<p>Pour David Deault-Picard, le fait&nbsp;qu’on n’entende plus parler de hausse de frais de scolarité depuis 10 ans est sans doute la plus grande victoire du mouvement de 2012. «Pour moi, affirme-t-il, c’est le signe qu’on a peut-être un certain consensus autour de ça. Je ne pense pas que l’éducation sera un jour gratuite, mais on a tout de même gardé des frais de scolarité bas dans le contexte nord-américain. En soi, le fait qu’on n’en parle pas, c’est une bonne nouvelle. »</p>



<p>À la suite de l’élection du gouvernement péquiste de Pauline Marois, une entente relative aux droits de scolarité est rendue début 2013 à l’occasion du Sommet de l’enseignement supérieur. Cette entente, toujours en vigueur, prévoit une indexation annuelle des droits de scolarité des résident·e·s du Québec en fonction de la croissance du revenu disponible des ménages par habitant·e. Selon un <a href="https://cdn-contenu.quebec.ca/cdn-contenu/adm/min/education/publications-adm/enseignement-superieur/organismes-lies/CCAFE/CCAFE_avis-droits-sco-univ.pdf?1636474517" target="_blank" rel="noreferrer noopener external" data-wpel-link="external">rapport</a> gouvernemental du Comité consultatif sur l’accessibilité financière aux études, l’augmentation des droits de scolarité des résident·e·s du Québec a été de 25,71% sur neuf ans, soit une hausse totale de 557,40$ pour 30 crédits universitaires.</p>



<blockquote class="wp-block-quote has-text-align-center is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow"><p>« On sentait que la soupe était chaude, que le peuple était prêt à ça. Il y avait comme un genre d’“écoeurantite” par rapport à ce gouvernement libéral »&nbsp;</p><cite>Joël Pedneault, vice-président de l’AÉUM en 2012</cite></blockquote>



<p>En moyenne, l’indexation des droits de scolarité en fonction des revenus des Québécois·es représente une hausse d’environ 2,3% par année, alors que l’inflation subit une augmentation d’environ 1,5% par an. Si on ajoute les frais afférents relatifs notamment aux services étudiants, les étudiant·e·s du Québec paient 875$ de plus aujourd’hui qu’en 2013 pour 30 crédits universitaires, comme le rapportait récemment Francis Vailles dans <em><a href="https://www.lapresse.ca/affaires/chroniques/2022-02-14/le-printemps-erable-dix-ans-plus-tard/le-gagnant-partie-nulle.php#:~:text=Tout%20compte%20fait%2C%20depuis%20le,des%20prix%20%C3%A0%20la%20consommation." target="_blank" rel="noreferrer noopener external" data-wpel-link="external">La Presse</a></em>. Cela peut paraître beaucoup, mais la facture aurait été largement plus salée sans la victoire du mouvement étudiant. En effet, toujours selon le même article de <em>La Presse</em>, les droits de scolarité auraient subi une hausse de 2&nbsp;300$ sur 10 ans en incluant les frais afférents si la hausse libérale avait été adoptée. Sans le printemps érable, les étudiant·e·s québécois·e·s paieraient donc aujourd’hui 1425$ de plus par année pour aller à l’université.</p>



<p>Pour David Deault-Picard, le printemps érable a montré à quel point les mouvements étudiants peuvent avoir de réels impacts dans la société. « À un moment donné, on a commencé à dire que la jeunesse d’aujourd’hui était plus individualiste qu’autrefois. Je crois qu’on a su prouver le contraire avec ce mouvement-là, affirme-t-il. Ultimement, ça a démontré que la démocratie, ce n’est pas juste de voter une fois aux quatre ans, elle peut être plus vivante que ça. »</p>



<p><strong>Les associations étudiantes</strong></p>



<p>Les événements de 2012, bien qu’ayant donné une visibilité sans précédent aux associations étudiantes, n’ont pas eu que des retombées positives sur ces dernières. Parmi les trois principales organisations, seule la FECQ, représentant des étudiant·e·s du cégep, a survécu à 2012. La FEUQ, elle, a été dissoute en 2015, et l’ASSÉ, qui avait créé le collectif la CLASSE, a cessé d’exister en 2019; même la TaCEQ, dont faisait partie l’AÉUM, s’est dissoute en 2014. Selon Martine Desjardins, l’échelle du mouvement de 2012 a peut-être été à double tranchant. « C’est difficile de revenir de ça, parce que ça a épuisé beaucoup de monde, physiquement, mentalement et monétairement aussi. » Selon elle, certaines personnes ont par la suite romantisé la grève, en oubliant les côtés négatifs qu’elle comportait au jour le jour, mais aussi à l’échelle des organisations. « Je pense qu’il y a encore des gens qui s’en vont dans les associations en espérant qu’il y ait quelque chose qui bouge, qu’il y ait des actions, puis ils sont déçus que ce soit en fait du travail de base, comme représenter les étudiants sur les différents comités, conseils académiques, etc. Ils doivent être un peu désillusionnés par cette réalité. » Le bilan de la grève a surtout créé un précédent préoccupant, non seulement pour les associations étudiantes, mais aussi pour les associations syndicales. Martine Desjardins affirme se souvenir d’avoir discuté avec des président·e·s de grandes centrales syndicales, comme la CSN, la FTC ou encore la CSQ. « Ils me disaient : “Ça va être difficile pour nous, on s’en va en négociation de convention collective. Si vous (les associations étudiantes, <em>ndlr</em>) vous écrasez après sept mois, et que ça a dû être réglé par des élections, qu’est-ce qui nous reste? Si une grève de sept mois, ce n’est pas assez pour faire reculer le gouvernement, qu’est-ce qui va rester pour les syndicats par la suite?” »</p>



<blockquote class="wp-block-quote has-text-align-center is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow"><p>« Les étudiants s’endettaient plus que la moyenne canadienne, ils travaillaient plus aussi – 19 heures par semaine, ça n’a aucun sens. Dans ces conditions, on voyait mal comment ils pouvaient faire face à une hausse de 75% »</p><cite>Martine Desjardins, présidente de la FEUQ en 2012</cite></blockquote>



<p>Martine Desjardins ne regrette pas pour autant les choix de 2012, et affirme ne pas être particulièrement triste que la FEUQ se soit éteinte. « Quand on s’est rencontré en mai 2011 pour planifier ce qui s’en venait, on s’était dit qu’on était prêts à tuer l’organisation pour atteindre nos objectifs. » La FEUQ ne s’est par conséquent pas mise de l’avant durant les événements : elle a enlevé son logo des pancartes lors des manifestations et n’a pas fait de <em>branding</em> – contrairement à la CLASSE. Martine Desjardins ne pense pas non plus que les associations étudiantes sont aujourd’hui moins bien placées qu’elles ne l’étaient en 2012. «&nbsp;La grande différence avec ce qu’on a vécu en 2012, c’est qu’il y a quand même un respect de la part des gouvernements pour les associations étudiantes. » Dans le cadre de la gestion de la pandémie, note-t-elle, la ministre McCann parlait avec les associations nationales – ce qui, selon l’ex-leader étudiante, n’aurait jamais pu se produire sans le printemps érable. « Les gens ont vu jusqu’où ça menait, le mépris. »</p>



<p><strong>La répression policière du côté des tribunaux</strong></p>



<p>Plusieurs manifestant·e·s victimes d’arrestations arbitraires lors de manifestations en 2012 ont par la suite pris la voie des tribunaux pour obtenir des dédommagements. En 2017, par exemple, un juge a condamné la Ville de Montréal a verser 175 000$ à un manifestant blessé à l’œil par un fragment d’une grenade assourdissante lors d’une manifestation. Le Service de police de la Ville de Montréal (SPVM) n’utilise plus ce type de grenade dans le but de réprimer des manifestations.</p>



<p>Le 28 mai 2012, à Québec, les participant·e·s d’une manifestation nocturne se font encercler par des policiers du Service de police de la Ville de Québec (SPVQ) et se font arrêter massivement en vertu de l’article 500.1 du Code de la sécurité routière (déclaré inconstitutionnel en 2015), qui interdisait aux manifestants·e·s d’occuper la chaussée de manière à y entraver la circulation. 84 personnes sont menottées à l’aide de bandes de plastique et sont ensuite déplacées à bord d’autobus qui quittent dans diverses directions. À la suite de ces événements, l’un des manifestants intente une poursuite contre la Ville de Québec et la Cour déclare que ses droits de nature constitutionnelle ont été violés. 4 000$ lui sont octroyés en guise de dédommagement.</p>



<p>Les manifestant·e·s ayant participé à la manifestation du 28 mai, ainsi que d’autres autour de cette date, n’ont jamais été appelés en cour, malgré qu’il·elle·s s’étaient vu remettre des constats d’infraction. Même s’il·elle·s n’ont jamais été déclaré·e·s coupables, ces dernier·ère·s ont lancé une action collective contre la Ville de Québec. En entrevue avec <em>Le Délit</em>, Me Enrico Théberge, l’un·e des avocat·e·s au dossier, explique que les manifestant·e·s cherchaient à savoir s’il·elle·s avaient réellement commis des actions illégales. Selon Me Florence Boucher-Cossette, une collègue de Me Théberge, l’essence de l’action collective était de faire valoir que les actions des policier·ère·s qui ont procédé à l’arrestation et à la détention des manifestant·e·s étaient illégales, car ils avaient bafoué leurs droits constitutionnels. L’ennui, c’est que, selon la Loi sur les cités et villes, on dispose de six mois après un événement préjudiciable pour poursuivre une ville. Une fois ce délai de prescription écoulé, on n’a plus aucun recours. Or, l’action collective a été lancée des années après les manifestations. Me Gabriel Michaud-Brière, qui travaille aussi sur l’action collective, explique que le succès de cette dernière dépend du succès de l’argument des avocat·e·s selon lequel le délai de prescription aurait en fait été suspendu ou, subsidiairement, qu’il est inconstitutionnel. Le procès a eu lieu en 2019 et la décision se fait toujours attendre.</p>



<blockquote class="wp-block-quote has-text-align-center is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow"><p>« Quand ce sont des étudiant·e·s qui manifestent de manière pacifique, on les arrête, car il·elle·s sont faciles à gérer. Par contre, quand il s’agit de larges foules lors des manifestations contre les mesures sanitaires, il n’y a pas d’arrestations de masse. C’est inquiétant »</p><cite>Me Enrico Théberge, avocat de manifestant·e·s</cite></blockquote>



<p>Toutefois, les avocat·e·s sont optimistes. « J’ai rarement été autant convaincue d’une cause que j’ai plaidée », affirme Me Boucher-Cossette. Elle croit cependant que les actions collectives ne sont pas de réels moteurs de changement&nbsp;: « C’est tellement lent et complexe. On parle d’événements qui se sont passés il y a 10 ans et on n’a toujours pas de réponse. » Me Michaud-Brière précise que peu importe le résultat, l’affaire a de bonnes chances de se retrouver devant la Cour d’appel du Québec et même devant la Cour suprême, ce qui veut dire qu’on ne risque pas d’avoir de réponse définitive avant plusieurs années.</p>



<p>En 2014, le rapport de la Commission spéciale d’examen des événements du printemps 2012 blâme le gouvernement Charest et la police pour leur gestion de la crise étudiante. Le rapport critique notamment les stratégies d’encerclement et d’arrestations de masse. Malgré cela, Me Boucher Cossette ne croit pas que beaucoup de choses ont changé dans les corps policiers. Pour Me Théberge, il semble y avoir un double standard : « Quand ce sont des étudiant·e·s qui manifestent de manière pacifique, on les arrête, car il·elle·s sont faciles à gérer. Par contre, quand il s’agit de larges foules comme on a vu à Ottawa et à Québec lors des manifestations contre les mesures sanitaires, il n’y a pas d’arrestations de masse. C’est inquiétant ».</p>



<p><strong>Aller de l’avant</strong></p>



<p>Aujourd’hui, l’héritage du mouvement des carrés rouges est toujours d’actualité, et pas seulement en raison des nombreux articles d’anniversaire sortis ce printemps dans les médias. Gabriel Nadeau-Dubois, que le printemps érable avait catapulté dans l’œil du public, est aujourd’hui solidement campé comme chef du deuxième groupe d’opposition et tentera de se faire élire comme premier ministre en automne prochain. D’un autre côté, Jean Charest effectue un retour en politique exactement 10 ans après avoir perdu le pouvoir, montrant que les conséquences du mouvement des carrés rouges ne sont pas permanentes.</p>



<p>Au-delà des personnalités médiatiques, l’influence du printemps érable se fait toujours sentir dans les mobilisations populaires, étudiantes ou non. Lors des grèves étudiantes et des manifestations pour la justice climatique, dont la plus importante a eu lieu le 27 septembre 2019, les sympathisant·e·s arboraient un cercle vert en feutre pour montrer leur soutien au mouvement, rappelant le carré rouge. Plus localement, l’occupation du bâtiment des arts par Désinvestissement McGill a choisi comme symbole un cercle rouge, mélange des symboles des luttes contre la hausse et de celles pour l’environnement. Le 22 mars, une manifestation pour la gratuité scolaire était aussi prévue à Montréal, à la date symbolique de la plus grande manifestation du printemps 2012.</p>



<p>10 ans plus tard, le défi pour les militant·e·s étudiant·e·s n’est pas seulement de préserver les acquis de 2012, mais aussi de sortir de l’ombre laissée par le mouvement. « Il faut réinventer la manière de se mobiliser », affirme Joël Pedneault, alors qu’on lui demande s’il a des conseils pour les nouvelles générations d’associations étudiantes. « Se dire qu’il faut essayer de reproduire 2012, je ne suis pas sûr que ça fonctionnerait. On est probablement au début d’un nouveau cycle, qui va réinventer ses propres manières de faire. » Pour Martine, il est aussi important de ne pas idéaliser le mouvement de 2012 et de ne pas voir la grève comme seul moteur de changements sociaux. Elle devrait plutôt être le dernier recours après l’échec des négociations et de toutes les autres méthodes. Et surtout, il faut encore et toujours planifier, et avoir des objectifs atteignables. « Ce n’est pas un discours qui est très amusant à entendre quand on a 20 ans », concède en riant celle qui, alors étudiante au doctorat, était déjà trentenaire durant le printemps érable. « Si à 20 ans on n’est pas un peu idéaliste, c’est un peu triste rendu à 40. »</p>
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		<title>La parité dans le journalisme? Et au Délit?</title>
		<link>https://www.delitfrancais.com/2022/03/16/la-parite-dans-le-journalisme-et-au-delit/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Aymeric Tardif]]></dc:creator>
		<pubDate>Wed, 16 Mar 2022 13:00:00 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Opinion]]></category>
		<category><![CDATA[Slider]]></category>
		<category><![CDATA[Société]]></category>
		<category><![CDATA[égalité]]></category>
		<category><![CDATA[égalité des sexes]]></category>
		<category><![CDATA[équité]]></category>
		<category><![CDATA[femmes]]></category>
		<category><![CDATA[inégalité]]></category>
		<category><![CDATA[journalisme]]></category>
		<category><![CDATA[journalisme étudiant]]></category>
		<category><![CDATA[Journée internationale des droits des femmes]]></category>
		<category><![CDATA[Le délit]]></category>
		<category><![CDATA[Médias]]></category>
		<category><![CDATA[minorités]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>Les inégalités de genres sont toujours probantes dans les médias.</p>
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										<content:encoded><![CDATA[
<p class="has-drop-cap">La Journée internationale des droits des femmes, qui se déroulait le 8 mars, est l’occasion pour nombre d’organisations œuvrant dans divers domaines de s’interroger sur la présence des femmes dans leurs rangs, mettre en lumière des inégalités persistantes ou, au contraire, célébrer une représentation paritaire. Le monde du journalisme n’y fait pas exception: plusieurs ont saisi cette occasion pour souligner la place disproportionnée qu’occupent toujours les hommes dans les médias, que ce soit en tant que journalistes ou en tant que sujets couverts par les médias d’information. En effet, le Projet mondial de monitorage des médias <a href="https://whomakesthenews.org/wp-content/uploads/2021/08/GMMP-2020.Highlights.fre_.FINAL_.pdf" target="_blank" rel="noreferrer noopener external" data-wpel-link="external">rapportait en 2020</a> que le pourcentage de sources et de sujets<strong><mark style="background-color:rgba(0, 0, 0, 0)" class="has-inline-color has-societe-color"> </mark></strong>féminins à la radio, dans les journaux et à la télévision s’élevait à seulement 25%. De plus, seuls 40% des reportages étaient réalisés par des femmes. Notre propre journal, <em>Le Délit</em>, échappe à première vue à cette tendance: notre conseil de rédaction est pratiquement paritaire, et nous publions dans nos pages un mélange apparemment équilibré de textes écrits par des femmes et des hommes. Mais que découvre-t-on lorsque l’on pousse l’analyse un peu plus loin?</p>



<blockquote class="wp-block-quote has-text-align-center is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow"><p>«Dans la section Opinion du <em>Délit</em>, environ 80% des articles dans les deux dernières années ont été écrit par des hommes, et aucun texte écrit par une femme n’a été publié depuis plus d’un an»</p></blockquote>



<p>C’est en s’intéressant à la différence entre les différentes sections du <em>Délit</em> que des inégalités préoccupantes se révèlent. Dans la section Philosophie, environ 70% des articles ont été écrits par des hommes depuis la création de la section – proportion qui perd quelques points lorsque l’on exclut les contributions des éditeur·rice·s de la section (dont deux sur trois étaient des hommes). De façon similaire, environ 80% des articles dans la section Opinion ont été écrit par des hommes lors des deux dernières années. De plus, aucun texte écrit par une femme n’y a été publié depuis plus d’un an. Dans les articles écrits par des femmes, une portion non négligeable porte sur des thèmes genrés comme le féminisme, la place des femmes dans l’histoire, l’équité menstruelle ou les agressions sexuelles. Ainsi, bien peu de femmes écrivent sur les thèmes autrement dominants au sein de la section Opinion comme la politique, l’histoire, l’environnement ou le droit. Dans la section Actualités, le constat est similaire: environ les deux-tiers des articles des deux dernières années ont été écrits par des hommes – bien que ce chiffre soit encore une fois fortement influencé par le genre des éditeur·rice·s, qui écrivent beaucoup de ces articles. Un tout autre portrait se dessine dans la section Culture: les articles écrits par des femmes (dans les deux dernières années) y sont en faible majorité (environ 55%), et les proportions deviennent pratiquement égales en excluant les articles des éditeur·rice·s.</p>



<blockquote class="wp-block-quote has-text-align-center is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow"><p>«En 2020, à l’échelle mondiale,&nbsp;seuls 20% du contenu médiatique relatif à la politique avait pour sujet ou comme source une femme»</p><cite>Projet mondial de monitorage des médias</cite></blockquote>



<p>Cette tendance est loin d’être exclusive au <em>Délit</em>. Un <a href="https://womensmediacenter.com/assets/site/reports/2014-statistics/2e85f9517dc2bf164e_htm62xgan.pdf" target="_blank" rel="noreferrer noopener external" data-wpel-link="external">rapport</a> de 2014 traitant de la parité médiatique aux États-Unis rédigé par le<em> Women’s Media Center </em>(WMC) (Centre médiatique pour les femmes) révélait que les femmes, bien que minoritaires dans tous les domaines de journalisme, étaient plus nombreuses à écrire en culture, santé et mode de vie, alors que leur présence était nettement inférieure dans les sujets liés à la politique, la justice et l’économie. Par exemple, seuls<strong><mark style="background-color:rgba(0, 0, 0, 0)" class="has-inline-color has-edito-color"> </mark></strong>32% de la couverture relative à la politique internationale était faite par des femmes, alors que ce chiffre s’élevait à 49% en culture. À l’échelle mondiale, les chiffres du rapport du Projet mondial de monitorage des médias datant de 2020 et mentionné précédemment sont encore plus alarmants. Seuls 20% du contenu médiatique relatif à la politique avait pour sujet ou comme source une femme. L’opinion est un domaine où cette inégalité est également très saillante. Comme l’affirme le rapport du WMC qui s’est concentré sur certains grands médias américains, les chroniqueurs étaient plus nombreux dans une proportion de deux contre une au<em> Wall Street Journal</em>, de plus de trois contre une au <em>Washington Post</em> et de cinq contre une au <em>New York Times</em>. Pour ce qui est de la philosophie, bien que ce sujet soit moins présent dans les médias traditionnels, les chiffres du <em>Délit</em> reflètent encore une fois une réalité plus large: selon <a href="https://www.princeton.edu/~sjleslie/expectations%20of%20brilliance.pdf" target="_blank" rel="noreferrer noopener external" data-wpel-link="external">une étude</a> de 2011, seulement 31% des doctorant·e·s en philosophie aux États-Unis étaient des femmes, faisant de la philosophie (pour cette mesure) le champ académique le moins paritaire, sciences naturelles et humaines confondues.</p>



<p>Les médias, dont <em>Le Délit</em>, doivent mettre la main à la pâte pour augmenter la présence de femmes dans les rangs de leurs contributeur·rice·s ainsi que la présence de voix féminines dans leur contenu journalistique, en particulier dans les sujets dominés par les hommes. Les journalistes peuvent par exemple tenter de diversifier les sources citées dans leurs articles en faisant un effort conscient pour privilégier les voix féminines lorsque vient le temps d’interroger des expert·e·s. Il est également important de comptabiliser le nombre d’articles écrits par des femmes ou mettant de l’avant des femmes afin de déceler de possibles débalancements. Depuis 2017, à travers le <em>50:50 Project</em>, des journalistes et des producteur·rice·s de la BBC (British Broadcasting Corporation) s’attaquent à ce problème en contrôlant méticuleusement les personnes qu’il·elle·s mettent devant la caméra, dans le but d’atteindre une représentation des sexes paritaire chaque mois. Les <a href="https://hbr.org/2019/06/tackling-the-underrepresentation-of-women-in-media" target="_blank" rel="noreferrer noopener external" data-wpel-link="external">résultats</a> impressionnants démontrent qu’une recherche active de contributrices peut faire la différence: 74% des 500 émissions et équipes participantes mettaient de l’avant autant d’intervenantes que d’intervenants, deux ans après le début du programme.&nbsp;</p>



<blockquote class="wp-block-quote has-text-align-center is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow"><p>«<em>Le Délit</em> encourage vivement toutes les femmes et les autres membres de communautés sous-représentées dans les médias à contribuer dans ses pages»</p></blockquote>



<p>Ainsi, les pistes de solutions commencent souvent par une prise de conscience de la part des employé·e·s de médias d’information et par le fait de porter une attention particulière à l’enjeu de la parité. Cet enjeu se présente évidemment de façon différente dans les médias étudiants, où nos ressources, notamment en termes de bassin de contributeur·rice·s potentiel·le·s, sont plus limitées. Néanmoins, il demeure qu’un effort ciblé en ce qui concerne la parité pourrait contribuer à réduire ces inégalités dans le futur. <em>Le Délit</em> poursuit cet objectif et encourage vivement toutes les femmes et les autres membres de communautés sous-représentées dans les médias à contribuer dans ses pages, au sein desquelles nous espérons que vous trouverez un porte-voix.</p>
<p>L’article <a href="https://www.delitfrancais.com/2022/03/16/la-parite-dans-le-journalisme-et-au-delit/" data-wpel-link="internal">La parité dans le journalisme? Et au Délit?</a> est apparu en premier sur <a href="https://www.delitfrancais.com" data-wpel-link="internal">Le Délit</a>.</p>
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		<title>Mélangez paresse, colère et avarice et vous obtiendrez la preuve que Justin Trudeau est le fils illégitime de Fidel Castro</title>
		<link>https://www.delitfrancais.com/2022/02/23/melangez-paresse-colere-et-avarice-et-vous-obtiendrez-la-preuve-que-justin-trudeau-est-le-fils-illegitime-de-fidel-castro/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Aymeric Tardif]]></dc:creator>
		<pubDate>Wed, 23 Feb 2022 13:26:30 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Opinion]]></category>
		<category><![CDATA[Slider]]></category>
		<category><![CDATA[Société]]></category>
		<category><![CDATA[désinformation]]></category>
		<category><![CDATA[Esprit critique]]></category>
		<category><![CDATA[Justin Trudeau]]></category>
		<category><![CDATA[Littératie]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>La liberté d'expression à l’ère post-factuelle.</p>
<p>L’article <a href="https://www.delitfrancais.com/2022/02/23/melangez-paresse-colere-et-avarice-et-vous-obtiendrez-la-preuve-que-justin-trudeau-est-le-fils-illegitime-de-fidel-castro/" data-wpel-link="internal">Mélangez paresse, colère et avarice et vous obtiendrez la preuve que Justin Trudeau est le fils illégitime de Fidel Castro</a> est apparu en premier sur <a href="https://www.delitfrancais.com" data-wpel-link="internal">Le Délit</a>.</p>
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										<content:encoded><![CDATA[
<p class="has-drop-cap">Justin Trudeau est-il le rejeton de Fidel Castro? À en croire de nombreux internautes et certaines figures médiatiques proéminentes, oui. Ces dernières semaines, les manifestations du «Convoi de la liberté» ont déclenché une avalanche de <a href="https://www.ledevoir.com/societe/674136/raz-de-maree-de-desinformation-sur-le-theme-du-canada" target="_blank" rel="noreferrer noopener external" data-wpel-link="external">désinformation</a> à saveur canadienne, particulièrement aux États-Unis. On a prétendu que Trudeau avait fui aux États-Unis à l’arrivée des camionneurs à Ottawa alors qu’il était en réalité isolé dans sa résidence du lac Mousseau. D’autres ont affirmé que la moitié des policiers de la Ville d’Ottawa avaient démissionné alors qu’aucun d’entre eux n’a, dans les faits, quitté son poste. Un intervenant sur Fox News indiquait que 1,4 million de manifestants déferlaient sur Ottawa alors que les chiffres officiels parlent plutôt de 15&nbsp;000, au plus fort de la manifestation. Et bien sûr comme l’a <a href="https://www.foxnews.com/transcript/tucker-justin-trudeau-is-using-power-to-crush-all-political-opposition" target="_blank" rel="noreferrer noopener external" data-wpel-link="external">affirmé</a> Tucker Carlson, coqueluche – dans les deux sens du terme, ai-je envie de dire – des médias de droite américains, Justin Trudeau a décrété la «dictature au Canada» et a «annulé la démocratie». Le commentateur a également entre-temps glissé un mot sur la <a href="https://www.lapresse.ca/actualites/chroniques/2022-02-19/la-fin-d-un-chapitre-absurde.php" target="_blank" rel="noreferrer noopener external" data-wpel-link="external">filiation</a> alléguée du premier ministre canadien avec Fidel Castro.</p>



<p><strong>Les fausses nouvelles dans les médias et sur les réseaux sociaux</strong></p>



<p>Les fausses nouvelles (<em>fake news</em>) reçoivent une attention internationale constante depuis l’élection de Donald Trump en 2016, ce dernier ayant d’ailleurs popularisé l’expression. On s’aperçoit de plus en plus qu’elles ont un effet négatif sur la cohésion sociale, la démocratie, la science, etc. On peut citer en exemple l’assaut du Capitole à Washington le 6 janvier 2021, alimenté par un brasier de faussetés sur une fraude électorale généralisée en faveur des démocrates. Ce brasier, il était aussi alimenté par des individus – et non les moindres – sur les réseaux sociaux certes, mais aussi par de grandes chaînes de nouvelles comme <a href="https://www.bbc.com/news/world-us-canada-56542550" target="_blank" rel="noreferrer noopener external" data-wpel-link="external">Fox News</a> ou <a href="https://www.nytimes.com/2021/05/01/us/politics/newsmax-dominion-apology.html" target="_blank" rel="noreferrer noopener external" data-wpel-link="external">Newsmax</a> qui, sans discernement, ont accordé des tribunes au président Trump et à ses acolytes, martelant sans cesse les mêmes mensonges.</p>



<blockquote class="wp-block-quote has-text-align-center is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow"><p>«On fait de plus en plus de rapprochements entre crise climatique et désinformation»</p></blockquote>



<p>La pandémie de la COVID-19 – théâtre d’une abondance de désinformation scientifique et de la résurgence de conspirationnistes de tout genre – a une fois de plus mis de l’avant les dérives des fausses nouvelles. Les plus récentes <a href="https://www150.statcan.gc.ca/n1/pub/45-28-0001/2021001/article/00003-fra.htm" target="_blank" rel="noreferrer noopener external" data-wpel-link="external">données</a> de Statistique Canada révèlent qu’au cours de la crise sanitaire, « 96% des Canadiens ayant utilisé Internet pour s’informer ont vu des informations sur la COVID-19 qu’ils ont soupçonnées être trompeuses, fausses ou inexactes ».  40% des Canadiens rapportaient également avoir déjà cru à l’une de ces informations avant de réaliser qu’elle était erronée. Bien qu’une partie de ces informations se classerait probablement <mark style="background-color:rgba(0, 0, 0, 0)" class="has-inline-color has-grisfonce-color">davantage</mark> dans la catégorie de la <a href="https://www.thecanadianencyclopedia.ca/fr/article/fausses-nouvelles-au-canada?gclid=CjwKCAiArOqOBhBmEiwAsgeLmSTQwSNu_YE_K1NjANNsDFlOAbdmCJDndpvUN8VxMWhoy-dy4EY_-hoC1O8QAvD_BwE" target="_blank" rel="noreferrer noopener external" data-wpel-link="external">mésinformation</a> (information fausse mais qui ne l’est pas intentionnellement), les faits sur la COVID-19 ont été tout de même intentionnellement malmenés par certaines mouvances complotistes. Ainsi, les efforts des gouvernements pour mettre fin à la crise sanitaire ont été minés par toutes sortes de faussetés véhiculées sur les réseaux sociaux et par certains <a href="https://www.washingtonpost.com/politics/2021/11/08/unique-role-fox-news-misinformation-universe/" target="_blank" rel="noreferrer noopener external" data-wpel-link="external">médias de droite</a>. Et la<strong><mark style="background-color:rgba(0, 0, 0, 0)" class="has-inline-color has-edito-color"> </mark></strong>santé publique n’est certainement pas la seule à être affectée par les fausses nouvelles. On fait par exemple de plus en plus de rapprochements entre crise climatique et désinformation. Certes, les plateformes comme Facebook ou Twitter se sont munies de mécanismes de contrôle de la désinformation – dont l’efficacité peut par ailleurs être sujette à débat, ne serait-ce qu’en raison du manifeste conflit d’intérêts qui afflige ces plateformes, la fausseté pouvant être une grande source de profit –,  mais les chantres de la vérité alternative finissent toujours par trouver une nouvelle tribune pour déverser leur flot de faussetés parfois dangereuses.</p>



<p>Difficile de dire ce qui motive les colporteurs de fausses nouvelles. Sans doute est-ce un mélange de paresse intellectuelle, de colère envers les institutions en place et peut-être même d’avarice, car il y a clairement un filon d’or dans l’exploitation de la crédulité. Une question se pose: l’ère post-factuelle est-elle synonyme d’un nouveau paradigme en matière de liberté d’expression? Devant l’apparente dangerosité de la désinformation, que font les États pour la limiter?</p>



<figure class="wp-block-image size-large"><img decoding="async" width="1000" height="750" src="https://www.delitfrancais.com/wp-content/uploads/2022/02/QAnon-1000x750.jpg" alt class="wp-image-47521" srcset="https://www.delitfrancais.com/wp-content/uploads/2022/02/QAnon-1000x750.jpg 1000w, https://www.delitfrancais.com/wp-content/uploads/2022/02/QAnon-330x248.jpg 330w, https://www.delitfrancais.com/wp-content/uploads/2022/02/QAnon-768x576.jpg 768w, https://www.delitfrancais.com/wp-content/uploads/2022/02/QAnon-1536x1152.jpg 1536w, https://www.delitfrancais.com/wp-content/uploads/2022/02/QAnon.jpg 2048w" sizes="(max-width: 1000px) 100vw, 1000px"><figcaption><span class="media-credit"><a href="https://www.delitfrancais.com/author/manon-fillon-ashida/?media=1" data-wpel-link="internal">Manon Fillon-Ashida</a> | Le Délit</span></figcaption></figure>



<p><strong>Limiter la désinformation: quelles mesures à l’international?</strong></p>



<p>En recensant les approches préconisées à l’international pour contrôler la désinformation, une première tendance se dessine: celle des lois visant à forcer les plateformes de diffusion comme les réseaux sociaux à exercer un contrôle diligent de leur contenu. Au troisième trimestre de 2021, le <a href="https://www.statista.com/statistics/264810/number-of-monthly-active-facebook-users-worldwide/#:~:text=How%20many%20users%20does%20Facebook,the%20biggest%20social%20network%20worldwide." target="_blank" rel="noreferrer noopener external" data-wpel-link="external">nombre d’utilisateurs</a> actifs tous les mois sur Facebook frôlait les trois milliards. Considérant le pouvoir et la portée de telles plateformes, il n’est pas étonnant que certains gouvernements tentent de mettre en place des mécanismes visant à forcer les réseaux sociaux à mobiliser leurs immenses ressources dans le but de contrôler le contenu qu’elles permettent de partager.</p>



<p>L’Allemagne se place en de tête de file en la matière. En 2017, le Bundestag adoptait la&nbsp;Loi sur l’amélioration de l’application de la loi dans les réseaux sociaux<em> </em>(NetzDG), une mesure législative phare visant à raffermir l’application de 22 lois concernant le discours en ligne, de l’incitation à la haine à la menace de commettre un crime en passant par la diffamation religieuse. La loi s’applique uniquement aux réseaux sociaux comptant plus de deux millions d’utilisateurs sur le territoire allemand. Ces plateformes ont l’obligation de mettre en place des mécanismes permettant à leurs usagers de soumettre des plaintes relatives à du contenu illégal. Une fois une plainte reçue, la plateforme doit mener une enquête pour en déterminer le mérite et si le contenu faisant l’objet de la plainte est «manifestement» illégal, il doit être retiré dans les 24 heures. Aussi, les réseaux sociaux visés par la loi ont l’obligation de fournir au gouvernement allemand des rapports semestriels concernant les plaintes reçues et leur traitement. Une plateforme ne se pliant pas à ces règlements s’expose à des amendes pouvant grimper jusqu’à cinq millions d’euros. La justice allemande a d’ailleurs infligé une amende de deux millions d’euros à Facebook en <a href="https://www.lemonde.fr/pixels/article/2019/07/02/l-allemagne-inflige-a-facebook-une-amende-de-2-millions-d-euros-en-vertu-de-sa-loi-sur-les-reseaux-sociaux_5484451_4408996.html" target="_blank" rel="noreferrer noopener external" data-wpel-link="external">2019</a> puisque les rapports communiqués par le géant du web étaient incomplets.</p>



<blockquote class="wp-block-quote has-text-align-center is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow"><p>«Au troisième trimestre de 2021, le nombre d’utilisateurs actifs tous les mois sur Facebook frôlait les trois milliards»</p></blockquote>



<p>La solution allemande présente cependant une faille. Elle donne l’autorité de déterminer la véracité des affirmations en ligne à des compagnies privées, leur accordant une influence considérable sur la liberté d’expression. Notons également que retirer du contenu trompeur après sa publication ne l’empêche pas d’imprégner les esprits le temps de sa présence en ligne. De plus, il est démontré que la censure en ligne exacerbe involontairement la circulation et la popularité du matériel supprimé et augmente la méfiance envers le gouvernement. Il s’agit d’un biais cognitif connu sous le nom <a href="https://www.journaldunet.com/ebusiness/marques-sites/1084686-qu-est-ce-que-l-effet-streisand/1084688-definition" target="_blank" rel="noreferrer noopener external" data-wpel-link="external">d’<em>effet Streisand</em></a>.</p>



<p>Certains États ont décidé de s’attaquer eux-mêmes à l’examen du contenu sur les diverses plateformes de communication plutôt que de laisser cette tâche entre les mains des entreprises privées. Le plus souvent, cet interventionnisme se traduit par la mise en place d’organes gouvernementaux dont la raison d’être consiste à limiter la désinformation.</p>



<p>Par exemple, dans le but de protéger l’intégrité de son processus électoral, la France permet depuis 2018 à l’Autorité de régulation de la communication audiovisuelle et numérique d’ordonner la suspension de la diffusion d’un service qui serait sous l’influence d’une puissance étrangère et qui diffuserait, de façon délibérée, de fausses informations de nature à altérer la sincérité d’un scrutin. Il est impossible de vérifier l’efficacité de cette loi, qui aura l’occasion d’être appliquée pour la première fois dans le cadre du scrutin présidentiel d’avril 2022. De l’autre côté de la Méditerranée, l’Égypte s’est dotée en 2016 d’un Conseil suprême de la presse et des médias, habilité depuis 2018 à suspendre tout site web personnel, blogue ou compte de médias sociaux comptant au moins 5&nbsp;000 abonnés s’il diffuse des fausses nouvelles, encourage la violence ou propage des opinions haineuses.</p>



<blockquote class="wp-block-quote has-text-align-center is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow"><p>«La solution allemande donne l’autorité de déterminer la véracité des affirmations en ligne à des compagnies privées, leur accordant une influence considérable sur la liberté d’expression»</p></blockquote>



<p>D’autres États vont plus loin dans leurs efforts visant à empêcher la diffusion de fausses nouvelles en la criminalisant de manière générale. C’est le cas par exemple de la Côte d’Ivoire dont le Code pénal interdit «la publication, la diffusion, la divulgation ou la reproduction de nouvelles fausses si ces dernières ont le potentiel d’entraîner une désobéissance aux lois, une atteinte au moral de la population, ou le discrédit sur les institutions». Le Cameroun est muni d’une infraction similaire. Certains États adoptent une approche de criminalisation beaucoup plus ciblée, limitée à des discours précis durant des périodes tout aussi précises. On pense notamment au Texas qui interdit, dans les 30 jours précédant une élection, la publication, dans le but de nuire à un candidat ou d’influencer les résultats des élections, de vidéos <em>deepfakes –</em><mark style="background-color:rgba(0, 0, 0, 0)" class="has-inline-color has-grisfonce-color">ces vidéos trompeuses</mark> représentant <mark style="background-color:rgba(0, 0, 0, 0)" class="has-inline-color has-grisfonce-color">quelqu’un en train d’exécuter</mark><mark style="background-color:rgba(0, 0, 0, 0)" class="has-inline-color has-culture-color"><strong> </strong></mark>une action qu’il n’a en réalité jamais effectuée grâce à l’intelligence artificielle.</p>



<p><strong>Le contrôle de la désinformation au Canada</strong></p>



<p>Au Canada, la diffusion de fausses nouvelles était criminelle jusqu’en 1992. En effet, quiconque publiait volontairement une déclaration, une histoire ou une nouvelle qu’il savait fausse et qui causait, ou était de nature à causer, une atteinte ou un tort à quelque intérêt public, était passible d’un emprisonnement maximal de deux ans (ancien article 181 du Code criminel canadien).</p>



<p>Dans les années 1970 et 1980, un dénommé Ernst Zundel publia une brochure  négationniste intitulée <em>Did Six Million Really Die? The Truth at Last Exposed</em> (Six millions de personnes sont-elles vraiment mortes? La vérité enfin dévoilée)<em>. </em>La brochure, qui revêtait la forme d’une publication scientifique, remettait en question la véracité de l’Holocauste en feignant un examen critique de certains textes traitant du sujet. On y concluait qu’il n’était pas prouvé que six millions de juifs avaient péri durant la Seconde Guerre mondiale et que l’Holocauste était un mythe issu d’un complot juif. Devant une diffusion de faussetés d’une telle magnitude, Zundel fut accusé en vertu de l’article 181 du Code criminel et l’affaire se rendit devant la Cour suprême.</p>



<p>Dans un jugement fort divisé, le plus haut tribunal du pays déclara inconstitutionnel l’article 181 au motif qu’il violait la liberté d’expression garantie par la Charte canadienne de droits et libertés, violation qui ne pouvait se justifier dans le cadre d’une société libre et démocratique<em>.</em></p>



<blockquote class="wp-block-quote has-text-align-center is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow"><p>«Au Canada, la diffusion de fausses nouvelles était criminelle jusqu’en 1992»</p></blockquote>



<p>Il existe encore une forme d’interdiction de diffusion de fausses nouvelles dans un cadre électoral au Canada. L’une des dispositions de la Loi électorale du Canada prévoit notamment qu’il est interdit de faire certaines fausses déclarations sur un candidat durant une période électorale dans le but d’influencer les résultats des élections. Cependant, la <em>Canadian Constitution Foundation </em>entreprit en 2019 un recours constitutionnel pour faire invalider cette disposition. Le recours fut couronné de succès par un jugement de la Cour supérieure de l’Ontario: il s’agissait d’une entorse trop grave à la liberté d’expression. En théorie, ce jugement n’a pas d’effet sur les autres provinces. On pourrait donc toujours voir une condamnation pour diffusion de fausses nouvelles en vertu de la Loi électorale du Canada ailleurs qu’en Ontario. Or, dans les faits, aucune poursuite n’a été intentée en ce sens dans l’histoire du pays, et ajoutons que de tels jugements constitutionnels ont tendance à infiltrer de manière informelle la jurisprudence de l’ensemble des provinces canadiennes. Il ne serait donc pas étonnant que l’article en question soit abrogé ou fortement modifié dans les prochaines années.</p>



<p><strong>Quel avenir pour la régulation des fausses nouvelles au Canada?</strong></p>



<p>Pour l’instant, le Canada semble se tourner vers une approche centrée sur les initiatives de littératie numérique. Entre 2019 et 2020, le gouvernement canadien a accordé sept millions de dollars à 23 projets livrés par des intervenants de la société civile canadienne qui visaient entre autres à renforcer la pensée critique des citoyens par rapport à la désinformation en ligne. Le gouvernement <a href="https://www.canada.ca/fr/patrimoine-canadien/services/desinformation-en-ligne.html" target="_blank" rel="noreferrer noopener external" data-wpel-link="external">prétend</a> ainsi avoir pu sensibiliser 12 millions de Canadiens. </p>



<p>Toutefois, il ne serait pas étonnant de voir de nouvelles tentatives de légiférer sur la question de la désinformation dans les prochaines années. En 2020, Dominic Leblanc – à l’époque président du conseil privé et maintenant ministre des Affaires intergouvernementales, de l’Infrastructure et des Collectivités – rapportait qu’il était dans les <a href="https://www.cbc.ca/news/politics/covid-misinformation-disinformation-law-1.5532325" target="_blank" rel="noreferrer noopener external" data-wpel-link="external">plans</a> du gouvernement libéral canadien d’ériger en infraction le fait de diffuser sciemment des informations erronées susceptibles de causer préjudice à des personnes.</p>
<p>L’article <a href="https://www.delitfrancais.com/2022/02/23/melangez-paresse-colere-et-avarice-et-vous-obtiendrez-la-preuve-que-justin-trudeau-est-le-fils-illegitime-de-fidel-castro/" data-wpel-link="internal">Mélangez paresse, colère et avarice et vous obtiendrez la preuve que Justin Trudeau est le fils illégitime de Fidel Castro</a> est apparu en premier sur <a href="https://www.delitfrancais.com" data-wpel-link="internal">Le Délit</a>.</p>
]]></content:encoded>
					
		
		
			</item>
		<item>
		<title>Derrière la façade d’excellence</title>
		<link>https://www.delitfrancais.com/2022/02/16/derriere-la-facade-dexcellence/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Aymeric Tardif]]></dc:creator>
		<pubDate>Wed, 16 Feb 2022 13:00:12 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Enquêtes]]></category>
		<category><![CDATA[Slider]]></category>
		<category><![CDATA[Société]]></category>
		<category><![CDATA[condition de stage]]></category>
		<category><![CDATA[faculté]]></category>
		<category><![CDATA[McGill]]></category>
		<category><![CDATA[médecine]]></category>
		<category><![CDATA[santé mentale]]></category>
		<category><![CDATA[SUICIDE]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>Enquête sur la santé mentale des étudiant·e·s de la Faculté de médecine.</p>
<p>L’article <a href="https://www.delitfrancais.com/2022/02/16/derriere-la-facade-dexcellence/" data-wpel-link="internal">Derrière la façade d’excellence</a> est apparu en premier sur <a href="https://www.delitfrancais.com" data-wpel-link="internal">Le Délit</a>.</p>
]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[
<p class="has-drop-cap">Le 14 janvier dernier, la Faculté de médecine de l’Université McGill annonçait dans un courriel à ses membres le décès d’une de ses étudiant·e·s de quatrième année. Trois jours plus tard, avec l’autorisation de la famille de l’étudiante, un second courriel communiquait que celle-ci s’était enlevé la vie. Cette nouvelle a plongé la communauté médicale de McGill «dans une période de deuil», a déclaré au <em>Délit</em> la Dre Mélanie Mondou, responsable des études de premier cycle en médecine. Sur Facebook, plusieurs associations étudiantes dont l’étudiante avait fait partie ont publié des lettres de condoléances.&nbsp;</p>



<p>Cet événement funeste vient s’inscrire dans une tendance qui préoccupe depuis bien des années: celle de la prévalence particulièrement élevée de suicides et de détresse psychologique chez les étudiant·e·s en médecine. La défunte, une militante active, avait notamment à cœur la question des conditions de travail des membres de la Faculté. Plusieurs de ses ami·e·s, qui se sont confié·e·s au <em>Délit</em>, souhaiteraient reprendre ses revendications et remettre en lumière les conditions difficiles avec lesquelles doivent composer les étudiant·e·s de ce programme à la réputation redoutable. <em>Le Délit </em>a enquêté.</p>



<p><strong>Les conditions de stages</strong></p>



<p>À McGill, le programme de médecine se divise en deux étapes. Au cours de la première, dite préclinique, les étudiant·e·s suivent des cours théoriques sur les différentes pathologies et sur la pratique de la médecine qui s’échelonnent sur un an et demi. Par la suite, c’est l’externat: les étudiant·e·s vont travailler deux ans en milieu hospitalier en suivant des «rotations», des périodes de deux mois passées dans une seule spécialité à la fois.&nbsp;</p>



<p>Lors de la préclinique, le rythme de l’apprentissage peut être effréné, selon Jeanne*, une étudiante en première année. En effet, les étudiant·e·s couvrent en un an et demi un cursus que ceux·lles d’autres universités québécoises peuvent prendre jusqu’à trois ans pour compléter. «La relation au temps est complètement malsaine», témoigne-t-elle. Tout son temps est organisé dans l’optique de passer ses cours. Même ses moments de repos sont pris dans l’objectif de pouvoir étudier de manière plus efficace par la suite. «C’est sincèrement un sentiment qui fait physiquement mal. Tu es tellement écœurée que tu le ressens dans ton corps.»&nbsp;</p>



<blockquote class="wp-block-quote has-text-align-center is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow"><p>«Les étudiant·e·s de médecine en externat sont plus de deux fois plus susceptibles d’avoir des idéations suicidaires depuis leur arrivée dans le programme que leurs collègues en phase préclinique. Cette proportion s’élève à 25% des étudiant·e·s en externat»</p><cite>Sondage de la FMEQ, 2020</cite></blockquote>



<p>Malgré l’intensité académique de ces premières années, pour plusieurs, c’est l’entrée à l’externat qui est l’étape la plus difficile. «On arrive avec notre bagage de cours théoriques, tout excité·e·s d’enfin aller sur le terrain, et on se fait ramasser par le tsunami qu’est l’externat, témoigne Geneviève Peel, étudiante en quatrième année. Moi, je n’avais jamais vu ça venir.» Un <a href="https://fmeq.ca/documents/" target="_blank" rel="noreferrer noopener external" data-wpel-link="external">récent sondage</a> de la Fédération médicale étudiante du Québec (FMEQ) paru en 2020 a révélé que les étudiant·e·s de médecine en externat sont plus de deux fois plus susceptibles d’avoir des idéations suicidaires depuis leur arrivée dans le programme que leurs collègues en phase préclinique. Cette proportion s’élève à 25% des étudiant·e·s en externat.</p>



<p>La première chose qui frappe les étudiant·e·s est le nombre d’heures exigées par ces stages. La <a href="https://www.mcgill.ca/ugme/fr/politiques-et-procedures/politique-sur-la-charge-de-travail" target="_blank" rel="noreferrer noopener external" data-wpel-link="external">Politique sur la charge de travail</a> (<em>Workload policy</em>) de McGill, le document qui encadre les conditions de travail des externes, fixe le maximum d’heures de travail permis à 16 heures par jour et 72 heures par semaine. Cela inclut les gardes, ces quarts de travail de soirée ou de fin de semaine servant à assurer une permanence du service, mais n’inclut pas les déplacements ou pauses dîner, et c’est aussi sans compter les travaux scolaires toujours exigés des étudiant·e·s en externat. Ces limites sont rarement atteintes, mais cela peut arriver à plusieurs reprises au cours d’une rotation. Élise Girouard-Chantal, une étudiante de quatrième année, affirme faire plusieurs fois par mois des journées de 12 heures de travail et se considère malgré tout chanceuse. «16 heures par jour plus les gardes, c’est malsain», tranche-t-elle. Même son de cloche chez Élisabeth*, étudiante de troisième année, qui raconte avoir dû faire des quarts de travail de 14 à 16 heures plusieurs fois par mois durant certaines rotations.</p>



<p>En plus d’être surchargé, cet horaire de travail est aussi très imprévisible et est hors du contrôle des étudiant·e·s. «Tu ne sais jamais à quelle heure tu vas finir», témoigne Lexi*, une étudiante de troisième<em> </em>année, qui mentionne que les médecins décident parfois de les retenir en donnant des cours ou les libèrent tôt dans la journée. Les médecins arrivent aussi parfois plusieurs heures après le début du quart des externes. Il est déjà arrivé à Frédérique*, une étudiante de troisième année, de se déplacer et d’arriver à l’hôpital pour apprendre que le médecin avait annulé ses cliniques sans l’avertir. «Notre temps n’est pas apprécié et respecté», affirme–t‑elle. Lexi considère de son côté que les médecins sont généralement compréhensif·ve·s et font attention à ne pas briser le moral des externes, bien que cela varie entre les rotations et entre les médecins – un avis que partage Élisabeth.</p>



<blockquote class="wp-block-quote has-text-align-center is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow"><p>«Le but, c’est de détourner l’objectif d’apprentissage des externes pour faire d’eux une main-d’œuvre gratuite»</p><cite>Samuel, étudiant en quatrième année</cite></blockquote>



<p>Plusieurs affirment que ces longues périodes de travail ne sont pas utilisées de la meilleure manière du point de vue de l’apprentissage. Les étudiant·e·s se voient attribuer diverses tâches administratives pour soutenir les médecins, comme prendre des notes ou aller chercher des objets. «On se sent comme des secrétaires», témoigne Frédérique. À l’inverse, il arrive que les étudiant·e·s mènent les consultations seul·e·s alors que leurs superviseur·e·s travaillent dans leur bureau, explique-t-elle. Ceux·lles-ci sont alors payé·e·s pour la consultation en plus d’obtenir un bonus d’enseignement. Plutôt que de se soucier de leur apprentissage, certain·e·s médecins semblent ainsi considérer les externes uniquement comme des employé·e·s supplémentaires, qui devraient être capables de travailler avec peu ou pas d’explications. Plusieurs étudiant·e·s ont en effet l’impression de ne pas avoir droit à l’erreur. «Dès que tu arrives dans un milieu, c’est attendu de toi qu’après les premières 30 minutes où on t’explique où sont les choses, tu fonctionnes normalement, explique Geneviève. Je suis encore à l’école! Je ne suis pas encore médecin, je suis ici pour apprendre.» </p>



<p>Pour Samuel, cela ne fait pas de doute: les externes sont utilisé·e·s pour pallier au problème du manque de main-d’œuvre dans le système de santé. «Le but, explique-t-il, c’est de détourner l’objectif d’apprentissage des externes pour faire d’eux une main-d’œuvre gratuite». Frédérique abonde dans le même sens: dans certains stages, selon elle, les étudiant·e·s «payent pour faire des semaines de 60 heures». Malgré cela, plusieurs se sentent forcé·e·s de faire davantage que ce qui leur est demandé. Après l’obtention de leur diplôme universitaire, les étudiant·e·s doivent appliquer pour la résidence, un processus extrêmement compétitif. La majorité de leurs notes durant la deuxième moitié de leur diplôme proviennent des évaluations par leurs superviseur·e·s de stage. «On est évalué·e·s littéralement chaque minute de nos deux ans d’externat», témoigne Élise. Selon elle, cela mène non seulement à un climat compétitif toxique, mais également à une culture de la performance où les étudiant·e·s n’osent pas faire part de leur épuisement par crainte de recevoir une mauvaise évaluation. «Il y a une culture du don de soi, explique Samuel, qui est vraiment incompatible avec le fait de mentionner ses limites.» Geneviève, quant à elle, raconte que l’un de ses amis a été surpris par une évaluation très négative après un stage qui semblait s’être bien passé. Il y était inscrit que son ami «manquait fortement de motivation et d’initiative». Le superviseur a justifié son évaluation en disant que l’étudiant ne s’était pas porté volontaire pour faire des gardes les fins de semaines, hors de ses horaires de stage. Pourtant, personne ne lui avait indiqué que cela était attendu de lui. «Pour certains superviseurs, c’est ça la motivation: c’est d’indiquer que tu n’as pas de limites, et que des congés, t’en a pas besoin», conclut Geneviève.</p>



<p>Malgré ces hautes attentes, les externes ne sont pas toujours traité·e·s avec respect. «Souvent, je suis l’étudiante en médecine de service, raconte Frédérique. On n’apprend même pas mon nom.» Plusieurs employé·e·s feraient preuve d’insensibilité envers les étudiant·e·s: certain·e·s médecins leur crieraient après, les insulteraient, ou feraient des remarques sexistes sans que qui que ce soit ne se porte à la défense des étudiant·e·s, raconte-t-elle. Des résident·e·s lui ont aussi déjà dit qu’elle ne devrait pas parler en leur présence, car elle ne «connaît pas les <em>affaires</em>».</p>



<p><strong><strong>Une logistique qui manque de flexibilité</strong></strong></p>



<p>Alors que la charge de travail des étudiant·e·s en médecine est considérable, ceux·lles-ci peine à planifier leurs moments de repos. Beaucoup dénoncent les barrières logistiques lorsque vient le temps de faire des demandes de congés ou d’absences motivées. Les modalités d’absence de la Faculté de médecine, prévues dans la <a href="https://www.mcgill.ca/ugme/files/ugme/2020-01-31_absences_and_leaves_policy_fr.pdf" target="_blank" rel="noreferrer noopener external" data-wpel-link="external">Politique des études médicales de premier cycle sur les absences et congés</a>, sont pour le moins complexes. Toutes les requêtes doivent être justifiées à l’aide de la documentation pertinente, sauf les congés pour raisons personnelles (<em>personal days</em>). Ceux-ci doivent toutefois être demandés au moins 42 jours à l’avance et ne sont pas accordés s’ils tombent le jour d’une activité obligatoire évaluée.</p>



<p>Tous·tes les étudiant·e·s interrogé·e·s par <em>Le Délit </em>dénoncent le manque de flexibilité et la sévérité de la politique d’absentéisme. Frédérique raconte avoir dû prouver qu’elle avait des rendez-vous médicaux à plusieurs reprises cette année. «On nous fait confiance comme on ferait confiance à des enfants», dit-elle. L’étudiante de troisième année a récemment vu sa demande de congé personnel pour deux jours de juin 2022 refusée, en raison d’une conférence obligatoire qui se tiendra à ce moment-là. Une autre demande de congé, qu’elle avait faite 40 jours à l’avance pour pouvoir assister au mariage de son ami dont la date avait été déplacée, a aussi été refusée. Pour Allison*, étudiante de troisième année, l’exigence de préavis de 42 jours pour les demandes de congés personnels est tout simplement incompatible avec le discours sur la santé mentale de la Faculté. «<em>Cette politique est incroyablement rigide et ne laisse aucune place aux problèmes de santé mentale.</em>» De l’autre côté, souligne Jeanne, la Faculté peut annuler une activité le jour même de son déroulement si le médecin responsable n’est pas disponible. L’étudiante reconnaît que les patient·e·s de ce·tte médecin sont prioritaires, mais elle considère que la Faculté devrait s’assurer que ses professeur·e·s soient en mesure de s’acquitter de leurs obligations envers les étudiant·e·s.</p>



<blockquote class="wp-block-quote has-text-align-center is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow"><p>«Une autre demande de congé, qu’elle avait faite 40 jours à l’avance pour pouvoir assister au mariage de son ami dont la date avait été déplacée, a aussi été refusée»</p></blockquote>



<p>Pour Élise, ces politiques inflexibles inculquent aux étudiant·e·s qu’il·elle·s n’ont pas droit à l’erreur, une mentalité qui serait toujours très présente dans le monde médical. «Si tu veux un congé maladie, mais que tu soumets la demande une minute en retard, c’est automatiquement un <em>red flag</em> de professionnalisme, et tu dois rencontrer un officier disciplinaire pour expliquer ta faute». Allison raconte que la Faculté envoie souvent des courriels au ton très dur décrivant les conséquences graves liées à des absences non approuvées ou des devoirs incomplets, sans chercher à comprendre ce qui entraîne ces manquements. «<em>Mes collègues et moi avons souvent reçu des courriels indiquant que nous allions échouer un cours ou recevoir un red flag. C’est souvent dû à un malentendu, et ça demande beaucoup d’efforts inutiles de notre part pour rectifier la situation.</em>» Selon Élise, toutes ces réprimandes font que les étudiant·e·s ne se sentent pas soutenu·e·s par la Faculté, mais plutôt «guetté·e·s, pour le moment où on fait un faux pas». </p>



<p><strong>Qui soigne nos futur·e·s médecins?</strong></p>



<p>Selon le <a href="https://www.macleans.ca/education/canadas-best-medical-doctoral-universities-rankings-2022/" target="_blank" rel="noreferrer noopener external" data-wpel-link="external">classement Maclean’s</a> de 2022, qui compare les universités canadiennes dotées de facultés de médecine, McGill se trouve au 13<em>e</em> rang sur 15 en ce qui a trait aux services aux étudiant·e·s (à égalité avec l’Université de Montréal), alors qu’elle se classe au premier rang<strong><span class="has-inline-color has-actu-color"> </span></strong>du classement général. Depuis 2011, la Faculté de médecine et des sciences de la santé de McGill dispose pourtant d’un bureau de soutien aux étudiant·e·s connu sous le nom de Bureau SOURCES (Soutien et ressources-conseils aux études en santé). Le Bureau offre divers services comme des ateliers de bien-être et des consultations avec des professionnel·le·s de la santé mentale. Les étudiant·e·s contacté·e·s par <em>Le Délit</em> s’entendent tous·tes pour dire que les employé·e·s du Bureau SOURCES font un excellent travail. Frédérique raconte qu’elle a pu prendre un rendez-vous très rapidement dans une plage horaire réservée aux urgences une semaine où elle n’allait vraiment pas bien. La thérapeute lui a cependant indiqué qu’elle ne pouvait la voir que cinq à dix fois par année et que le prochain rendez-vous disponible était un mois et demi plus tard. Selon l’étudiante, le nombre de rendez-vous et les disponibilités sont insuffisants pour traiter un problème de santé mentale. Lexi, quant à elle, a pensé prendre un rendez-vous avec le Bureau SOURCES pour un problème personnel, mais le délai pour obtenir une consultation était de plus d’un mois. Elle a laissé tomber, doutant que le problème la préoccuperait encore au moment du rendez-vous. Elle n’a pas osé prendre un rendez-vous d’urgence, confiant ne jamais s’être sentie «comme si c’était [elle], l’urgence».&nbsp;</p>



<p>Pour plusieurs, ces longs délais s’expliquent entre autres par le manque de ressources allouées au Bureau SOURCES. En effet, une seule psychothérapeute est attitrée aux quatre cohortes d’étudiant·e·s de premier cycle en médecine évoluant sur le campus du centre-ville, qui représentent un corps étudiant de plus de 700 individus. De son côté, Jeanne raconte qu’elle a pu obtenir une consultation rapidement avec la conseillère en bien-être du Campus de l’Outaouais, Melina Kanaan, <a href="https://www.mcgill.ca/thewelloffice/contactus" target="_blank" rel="noreferrer noopener external" data-wpel-link="external">dorénavant disponible</a> pour les étudiant·e·s du campus de Montréal, une information qu’elle juge méconnue.</p>



<blockquote class="wp-block-quote has-text-align-center is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow"><p>«Je peux parler aussi longtemps que je veux du rythme de vie malsain en médecine [à un·e thérapeute], mais ça n’aura pas pour effet de changer ce rythme de vie»</p><cite>Jeanne, étudiante en première année</cite></blockquote>



<p>Malgré la qualité des consultations offertes par le Bureau SOURCES, des étudiant·e·s sont d’avis qu’il s’agit d’une solution partielle. «C’est un pansement, explique Élise, une béquille pour un problème systémique qui est dans la culture du monde médical, ancré dans nos conditions de travail.» La rapidité avec laquelle les étudiant·e·s en préclinique doivent compléter leur cours doit aussi être remise en question, selon Jeanne. «Je peux parler aussi longtemps que je veux du rythme de vie malsain en médecine [à un·e thérapeute], mais ça n’aura pas pour effet de changer ce rythme de vie», explique-t-elle. Frédérique souligne par ailleurs que le Bureau SOURCES n’a pas le pouvoir d’accorder des pauses aux étudiant·e·s, sans que cela les menacent de couler leurs rotations. Le bureau manque aussi de pouvoir pour donner des accommodements. Lorsqu’Élisabeth, qui vit avec une maladie chronique, a commencé son externat, les accommodements qu’elle avait en préclinique n’ont pas pu être renouvelés, malgré un mot de son médecin.</p>



<p>En entrevue avec <em>Le Délit</em>, la Dre Mélanie Mondou a déclaré que le Bureau SOURCES a comme objectif de prendre en charge les étudiant·e·s à court et à moyen terme pour les enjeux de santé mentale. Dans les cas où un suivi à long terme est nécessaire, la Dre Mondou conseille plutôt de faire appel au système de santé hors McGill. La directrice de programme a aussi affirmé que les membres de la Faculté sont «très soucieux·euses du bien-être» des étudiant·e·s en raison des liens tissés au cours du programme.&nbsp;</p>



<p>Plusieurs initiatives ont été organisées, tant par la Faculté que par l’Association des Étudiant(e)s en Médecine (<em>Medical Students Society, </em>MSS) pour soutenir la santé mentale des étudiant·e·s. Mais ces initiatives sont insuffisantes ou inadéquates, selon les personnes interrogées. Jeanne raconte qu’à chaque bloc du préclinique, un après-midi bien-être est organisé avec diverses conférences. «La dernière chose que j’ai envie de faire pour ma santé mentale, raconte-t-elle, c’est de m’asseoir devant mon écran un après-midi complet. Ce que je veux, c’est avoir du temps libre.» Lexi qualifie le curriculum bien-être du programme, qui contient des cours de nutrition et de méditation, de «bien-être imposé». «En préclinique, c’était une pause de cerveau. Maintenant, [les formations] se font sentir très forcées.» L’ancien vice-président Bien-être de MSS, Charles Lepage, a apporté quelques modifications à ces cours durant son mandat. La même année, le MSS a créé le Réseau de soutien des pairs. Cette initiative visait à offrir une oreille attentive de la part de quelques étudiant·e·s formé·e·s en écoute active et en prévention du suicide.</p>



<p>Les diverses associations étudiantes militent aussi depuis un certain temps pour l’amélioration des conditions des étudiant·e·s en médecine. En 2011, la FMEQ, qui représente les quatre facultés de médecine de la province, a publié une <a href="https://fmeq.ca/charte-du-bien/" target="_blank" rel="noreferrer noopener external" data-wpel-link="external">Charte de bien-être des externes</a>, visant à encadrer leurs conditions de travail. Celle-ci recommande notamment de limiter le temps de travail quotidien des externes à dix heures; la moitié des facultés ne respectent toujours pas cette demande.</p>



<p>«C’est difficile de faire un front commun efficace, raconte Samuel, à cause de la variabilité des conditions de travail.» Selon Élise et lui, deux ancien·e·s membres de la FMEQ, les campus québécois se sont en quelque sorte divisés les torts. Par exemple, les étudiant·e·s de McGill bénéficient de «journées personnelles», contrairement à Sherbrooke et Laval, mais ont «incontestablement les pires limites d’heures» pour les externats. «Ça leur permet de toujours avoir un levier contre les critiques, explique Samuel, en disant: “Oui mais vous, vous avez le droit à ça, est-ce que vous comprenez votre chance?”».</p>



<p><strong>À deux doigts du <em>burnout</em></strong></p>



<p>Les conditions de travail exigeantes ainsi que les hautes attentes académiques semblent affecter la santé mentale des étudiant·e·s. Le sondage de la FMEQ, réalisé auprès de 497 étudiant·e·s de premier cycle en médecine (dont 70% en préclinique) révélait que 20% d’entre eux·lles considéraient que leur santé mentale s’était dégradée depuis le début de leurs études en médecine. 21% d’entre eux·lles qualifiaient plutôt leur santé mentale de passable. Une majorité des étudiant·e·s (58%) a toutefois révélé avoir une bonne santé mentale.&nbsp;</p>



<p>Frédérique révèle qu’elle est médicamentée contre l’anxiété depuis son entrée en<strong><span class="has-inline-color has-actu-color"> </span></strong>préclinique, il y a trois ans. Toujours selon le sondage de la FMEQ, 17% de ses collègues québécois·es seraient également aux prises avec des troubles anxieux. «Souvent, je me demande ce que je fais là, ça ne me tente pas d’être là – surtout que c’est long, la médecine. Ça représente beaucoup d’années sans salaire à me faire traiter comme une moins que rien», raconte l’étudiante. Elle a cependant développé des mécanismes de protection: elle a renoncé à atteindre la perfection et souligne aussi l’importance du soutien de ses proches, sans lequel elle aurait probablement abandonné.&nbsp;«Je n’aime pas vivre en ce moment, confie Jeanne de son côté. Ce n’est pas normal que tout le monde soit à bout, qu’il y ait un haut taux de suicide dans le programme.»&nbsp;&nbsp;</p>



<blockquote class="wp-block-quote has-text-align-center is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow"><p>«On peine à supporter nos amis quand ça ne va pas, parce qu’on est trop occupés nous-même à garder la tête au-dessus de l’eau»</p><cite>Élise, étudiante en quatrième année</cite></blockquote>



<p>L’annonce du décès d’une étudiante a ramené le sujet de la santé mentale dans les discussions de certain·e·s étudiant·e·s, brisant quelque peu les façades d’excellence et de contrôle. «Les dernières semaines, on a réalisé en se parlant les uns avec les autres – malheureusement à cause de ce qui s’est passé – qu’on est vraiment tous·tes à deux doigts du <em>burn out</em>», raconte Geneviève, qui était proche de l’étudiante décédée. «On peine à supporter nos ami·e·s quand ça ne va pas, raconte Élise, parce qu’on est trop occupés nous-même à garder la tête au-dessus de l’eau.»</p>



<p>Pourtant, de nombreuses pistes de solution existent, selon les étudiant·e·s interrogé·e·s par <em>Le Délit</em>. Il·elle·s ont entre autres proposé de donner plus de ressources et de pouvoirs au Bureau SOURCES; assouplir les processus bureaucratiques autour des demandes de congés et faire davantage confiance aux étudiant·e·s. Certain·e·s aimeraient également avoir la possibilité de compléter l’étape préclinique en plus d’un an et demi si désiré. Cela est par exemple possible à l’Université Laval, où les étudiant·e·s peuvent faire leurs cours théoriques avant l’externat en deux ans, deux ans et demi ou trois ans. Un étudiant de l’Université Laval contacté par <em>Le Délit </em>raconte avoir choisi de compléter ses cours précliniques en deux ans et demi, ce qui lui a permis de prendre une session de congé pour partir voyager avant de commencer l’externat.&nbsp;</p>



<blockquote class="wp-block-quote has-text-align-center is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow"><p>«Les conditions dans le programme de médecine ne découragent pas la majorité des étudiant·e·s de poursuivre cette vocation: selon le sondage de la FMEQ, 92% des étudiant·e·s choisiraient encore de devenir médecin s’il·elle·s pouvaient revenir en arrière»</p></blockquote>



<p>Mais plusieurs de ces changements, notamment ceux concernant les conditions de stage, impliquent un changement de culture plus profond. «Chez certain·e·s médecins, il y a une culture de “Moi j’ai mordu la poussière, j’ai travaillé 100 heures par semaine quand j’étais en résidence, c’est à ton tour”», affirme Geneviève. Les conditions difficiles de l’externat seraient donc vues par certain·e·s comme un rite de passage. Il y aussi, selon elle, une certaine complaisance de la part du personnel médical. «Le système d’éducation médical fonctionne en ce moment: il produit des médecins. Selon nous, on ne devient pas les meilleur·e·s médecins qu’on pourrait être, parce qu’on sort de l’école complètement brûlé·e·s, mais [le système] fonctionne.» Lors d’une conférence donnée par des médecins, réunissant toute sa cohorte pour parler entre autres de bien-être, Frédérique raconte que l’un des médecins a partagé sa pire expérience en tant qu’étudiant – lorsqu’un médecin lui a dit qu’il n’avait pas sa place en médecine et qu’il allait devenir un mauvais médecin – avant d’affirmer avoir un collègue ayant des discours similaires. «Je lui ai demandé pourquoi il ne dénonçait pas ces comportements. Ça a créé un froid, et ils ont mis fin à la conférence plus tôt que prévu», raconte-t-elle. Lors d’un autre événement virtuel, Jeanne raconte qu’un médecin a présenté ses condoléances par rapport au récent suicide, partageant qu’il y a en avait eu deux dans sa propre cohorte d’étude. «Combien de suicides, demande Frédérique, va-t-il falloir pour que les choses changent?»</p>



<p>Ultimement, les conditions dans le programme de médecine ne découragent pas la majorité des étudiant·e·s de poursuivre cette vocation: selon le sondage de la FMEQ, 92% des étudiant·e·s choisiraient encore de devenir médecin s’il·elle·s pouvaient revenir en arrière. «On est tous des étudiant·e·s motivé·e·s qui veulent fondamentalement, profondément devenir médecin, insiste Élise, mais on veut qu’il y ait un changement qui s’instaure dans la culture.» Geneviève ajoute qu’il·elle·s veulent surtout être de bon·ne·s médecins. «On veut que les soins donnés à nos patient·e·s soient optimaux. Mais on n’est pas à notre meilleur quand on est brûlé·e·s comme ça. Personne n’est à son meilleur quand on est à deux doigts de l’écroulement total.»</p>



<p><em>Si vous avez besoin de soutien, si vous avez des idées suicidaires ou si vous êtes inquiet·ète pour un·e de vos proches, appelez le 1 866-APPELLE (1 866 277‑3553) pour parler à un·e intervenant·e en prévention du suicide. D’autres ressources sont aussi disponibles pour les étudiant·e·s de l’Université McGill: </em></p>



<p><em>Bureau SOURCES: <a href="https://www.mcgill.ca/thewelloffice/fr" data-wpel-link="external" target="_blank" rel="external noopener noreferrer">https://www.mcgill.ca/thewelloffice/fr</a></em></p>



<p><em>Peer-support center: <a href="https://psc.ssmu.ca/about-us/" data-wpel-link="external" target="_blank" rel="external noopener noreferrer">https://psc.ssmu.ca/about-us/</a></em></p>



<p><em>Keep.me SAFE: <a href="https://ssmu.ca/blog/2020/03/mental-health-resource-available-keep-mesafe/" data-wpel-link="external" target="_blank" rel="external noopener noreferrer">https://ssmu.ca/blog/2020/03/mental-health-resource-available-keep-mesafe/</a></em></p>



<p>*Nom fictif</p>



<p></p>



<p><em>Une version antérieure de cet article affirmait que le type de services offert par le Bureau SOURCES était unique dans la province. Or, certaines ressources similaires sont offertes ailleurs au Québec, par exemple par la Direction des affaires étudiantes de la Faculté de médecine de l’Université Laval. Il était aussi affirmé que le maximum d’heures de travail fixé à 16 heures par jour par la Politique sur la charge de travail n’incluait pas les gardes. </em>Après vérification, les gardes sont incluses dans le calcul des heures de travail permises par la Politique.</p>
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			</item>
		<item>
		<title>Doses de rappel: une solution aveugle</title>
		<link>https://www.delitfrancais.com/2022/01/19/doses-de-rappel-une-solution-aveugle/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Aymeric Tardif]]></dc:creator>
		<pubDate>Wed, 19 Jan 2022 13:00:00 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Opinion]]></category>
		<category><![CDATA[Société]]></category>
		<category><![CDATA[3e dose]]></category>
		<category><![CDATA[4e dose]]></category>
		<category><![CDATA[COVID-19]]></category>
		<category><![CDATA[dose de rappel]]></category>
		<category><![CDATA[équité vaccinale]]></category>
		<category><![CDATA[omicron]]></category>
		<category><![CDATA[OMS]]></category>
		<category><![CDATA[pandémie]]></category>
		<category><![CDATA[vaccin]]></category>
		<category><![CDATA[vaccination]]></category>
		<category><![CDATA[variant]]></category>
		<guid isPermaLink="false">https://www.delitfrancais.com/?p=46270</guid>

					<description><![CDATA[<p>Immoralité et contre-productivité du protectionnisme vaccinal.</p>
<p>L’article <a href="https://www.delitfrancais.com/2022/01/19/doses-de-rappel-une-solution-aveugle/" data-wpel-link="internal">Doses de rappel: une solution aveugle</a> est apparu en premier sur <a href="https://www.delitfrancais.com" data-wpel-link="internal">Le Délit</a>.</p>
]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[
<p class="has-drop-cap">Le 11 mars prochain, deux ans se seront écoulés depuis le moment où l’Organisation mondiale de la santé (OMS) annonçait au monde que le nouveau coronavirus avait pris l’ampleur d’une pandémie. Deux ans maintenant que nous attendons, sans doute plus à tort qu’à raison, le retour très anticipé «à la normale» – normale que l’on croyait apercevoir au bout du tunnel, jusqu’à ce que ce dernier soit de nouveau obstrué, cette fois-ci par le variant Omicron. Alors que la vaccination était censée régler tous nos problèmes, voilà qu’on apprend que deux doses de certains vaccins offrent une <a href="https://www.bbc.com/news/health-59639973" target="_blank" rel="noreferrer noopener external" data-wpel-link="external">protection presque nulle</a> contre une infection à ce nouveau variant, réduisant tout de même le risque de tomber gravement malade au point de devoir avoir recours à une hospitalisation. Une dose de rappel permet cependant de retrouver une <a href="https://www.ledevoir.com/societe/sante/654411/pour-faire-face-a-omicron-une-troisieme-dose-est-la-meilleure-arme" target="_blank" rel="noreferrer noopener external" data-wpel-link="external">protection</a> contre les infections à peu près égale à celle qui était conférée aux doublement vaccinés avant l’apparition d’Omicron.</p>



<p><strong>Une fausse solution?</strong></p>



<p>Or, la troisième dose n’est pas une panacée. Israël est actuellement en pleine campagne de vaccination pour une quatrième dose, et <a href="https://www.24heures.ca/2021/12/22/ces-trois-pays-vont-offrir-une-4e-dose-de-vaccin-a-leur-population" target="_blank" rel="noreferrer noopener external" data-wpel-link="external">plusieurs pays</a> comme le Chili et l’Allemagne emboîteront le pas. Stéphane Bancel, le PDG de Moderna, croit par ailleurs qu’une troisième dose devrait être suffisante pour passer à travers l’hiver, mais qu’une quatrième dose sera <a href="https://www.capital.fr/entreprises-marches/le-patron-de-moderna-estime-quune-4e-dose-de-vaccin-pourrait-etre-necessaire-1424829" target="_blank" rel="noreferrer noopener external" data-wpel-link="external">sans doute nécessaire</a> pour maintenir l’immunité collective à l’automne 2022. Même son de cloche chez le PDG de Pfizer, Albert Bourla. Il appert que l’efficacité de la dose de rappel diminue après quelques mois, tout comme celle des deux doses initiales. Le Canada a d’ailleurs déjà commencé à administrer une quatrième dose aux <a href="https://ici.radio-canada.ca/nouvelle/1851828/quatrieme-dose-vacciantion-covid-poplations-risque" target="_blank" rel="noreferrer noopener external" data-wpel-link="external">populations à risque</a>.</p>



<p>Si c’est ce que ça prend pour contrer la pandémie et protéger les plus vulnérables, qu’on nous vaccine autant de fois que nécessaire. Toute personne devrait raisonner ainsi en ces temps incertains. Il serait peut-être utile de rappeler à ceux qui s’opposent à la vaccination que leur liberté s’arrête là où commence celle des autres. Si cela ne leur plaît pas, ils peuvent toujours aller vivre en autarcie complète, question d’être conséquents avec leurs idéaux; on verra alors s’ils pensent toujours de la même manière. Mais ne digressons pas davantage sur ce sujet et revenons-en à la question des doses de rappel.</p>



<blockquote class="wp-block-quote has-text-align-center is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow"><p>«Aucun pays ne s’en sortira à coups de doses de rappel»</p><cite>Tedros Adhanom Ghebreysus, Directeur général de l’OMS</cite></blockquote>



<p><strong>Solidarité nationale, solidarité internationale</strong></p>



<p>Depuis le début de cette pandémie, nos dirigeants nous ensevelissent de messages à saveur de solidarité <span class="has-inline-color has-actu-color">nationale</span>. On nous dit que c’est «ensemble» que nous passerons à travers cette épreuve, mais qu’en est-il de la solidarité internationale? «Aucun pays ne s’en sortira à coups de doses de rappel.» Ce sont les mots de Tedros Adhanom Ghebreyesus, le directeur général de l’OMS. Certes, les pays les plus riches pourraient sans doute tirer leur épingle du jeu à coup de doses de rappel dans les prochaines années, en autant que les vaccins demeurent efficaces contre les nouveaux variants. Mais si l’on part de la prémisse selon laquelle la vaccination doit d’abord et avant tout servir à sauver des vies, alors on ne peut se résoudre à continuer à administrer des doses de rappel indéfiniment. Rappelons que, bien que deux doses soient largement inefficaces à freiner la transmission d’Omicron, elles le sont néanmoins pour empêcher des formes graves de la maladie de se développer. Dans ses dernières conférences de presse, le premier ministre François Legault a mis l’accent sur le fait que les non-vaccinés, représentant 10% de la population québécoise, comptent toutefois pour 50% des hospitalisations. Ce petit échantillon nous permet de voir chez nous ce qui se passe dans les populations non-vaccinées du monde, qui ne le sont pas par choix égocentrique, mais en raison de l’inaccessibilité du vaccin.&nbsp;</p>



<blockquote class="wp-block-quote has-text-align-center is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow"><p>«En décembre dernier, 20% des vaccins administrés quotidiennement dans le monde étaient des doses de rappel, selon l’OMS»</p></blockquote>



<p>En administrant des doses de rappel, les pays riches accaparent une partie non négligeable des stocks de vaccins: en décembre dernier, <a href="https://news.un.org/fr/story/2021/12/1111232" target="_blank" rel="noreferrer noopener external" data-wpel-link="external">20%</a> des vaccins administrés quotidiennement dans le monde étaient des doses de rappel, selon l’OMS. Pendant ce temps, d’autres pays, particulièrement en Afrique, ont <a href="https://graphics.reuters.com/world-coronavirus-tracker-and-maps/vaccination-rollout-and-access/" target="_blank" rel="noreferrer noopener external" data-wpel-link="external">un taux de vaccination</a> de première dose infime. À titre d’exemples, seuls 3,2% de la population camerounaise ont reçu une première dose, alors que ce chiffre est de 0,3% pour la République démocratique du Congo. Selon l’Institut national de santé publique du Québec (INSPQ), une personne non-vaccinée est <a href="https://www.lapresse.ca/contexte/2021-12-05/que-nous-reserve-encore-la-covid.php" target="_blank" rel="noreferrer noopener external" data-wpel-link="external">20 fois plus à risque</a> de mourir de la COVID-19 qu’une personne vaccinée.</p>



<p>D’un point de vue d’équité mondiale, il est donc possible de formuler un argument altruiste contre la quatrième dose ou même la troisième dose en avançant qu’il est plus important de doublement vacciner tout le monde avant de commencer à administrer des doses de rappels. Toutefois, ce type d’argument moral est rarement efficace. Il serait donc utile de rappeler aux pays riches – qui le savent d’ailleurs pertinemment – que les programmes de rappel ont pour conséquence probable de <a href="https://news.un.org/fr/story/2021/12/1111232" target="_blank" rel="noreferrer noopener external" data-wpel-link="external">prolonger la pandémie</a> pour tout le monde, sans égard aux frontières. L’immunité collective n’est pas une question nationale: plus la population mondiale est vaccinée, moins le virus se propage et mute. En effet, plus le virus se transmet, plus il a de chance de muter, et c’est ainsi qu’apparaissent de nouveaux variants potentiellement résistants aux vaccins. Il n’y aura pas de fameux retour «à la normale» sans vaccination mondiale, rapide qui plus est: le temps presse lorsqu’il est question de mutations virales.</p>



<p><strong>Repenser notre approche</strong></p>



<p>Les populations des pays riches étant toutes doublement vaccinées, l’heure n’est plus au protectionnisme vaccinal. En 2022, il est non seulement immoral et irrationnel que l’accès à la vaccination soit encore dicté par des considérations d’intérêt national aussi fortes, mais cette manière de voir les choses est aussi contre-productive. En fait, il faut simplement projeter l’intérêt national un peu plus loin dans le futur pour s’apercevoir que céder une partie de nos vaccins aux pays où la couverture vaccinale est pratiquement nulle est la chose logique à faire pour se sortir de la pandémie. Par ce texte, je ne veux pas minimiser l’impact du variant Omicron sur le système de santé québécois et ses travailleurs. La dose de rappel demeure actuellement la meilleure façon de protéger l’intégrité de notre système de santé. Cependant, avant de se lancer dans l’administration d’une quatrième dose, l’Occident doit fonder une réflexion sur l’épisode Omicron et planifier minutieusement sa stratégie vaccinale – une stratégie qui devra inclure le monde entier.</p>



<p></p>
<p>L’article <a href="https://www.delitfrancais.com/2022/01/19/doses-de-rappel-une-solution-aveugle/" data-wpel-link="internal">Doses de rappel: une solution aveugle</a> est apparu en premier sur <a href="https://www.delitfrancais.com" data-wpel-link="internal">Le Délit</a>.</p>
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		<title>Entre prestige et précarité</title>
		<link>https://www.delitfrancais.com/2021/11/30/entre-prestige-et-precarite/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Aymeric Tardif]]></dc:creator>
		<pubDate>Tue, 30 Nov 2021 17:14:02 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Enquêtes]]></category>
		<category><![CDATA[Slider]]></category>
		<category><![CDATA[Société]]></category>
		<category><![CDATA[apprentissage]]></category>
		<category><![CDATA[assistants de recherches]]></category>
		<category><![CDATA[Association des étudiant·e·s diplômé·e·s employé·e·s de McGill (AÉÉDEM)]]></category>
		<category><![CDATA[auxiliaire d&#039;enseignement]]></category>
		<category><![CDATA[flexibilité]]></category>
		<category><![CDATA[horraire]]></category>
		<category><![CDATA[manque de reconnaissance]]></category>
		<category><![CDATA[McGill]]></category>
		<category><![CDATA[précarité]]></category>
		<category><![CDATA[Salaires]]></category>
		<category><![CDATA[travail stimulant]]></category>
		<guid isPermaLink="false">https://www.delitfrancais.com/?p=45778</guid>

					<description><![CDATA[<p>Portrait du travail étudiant en milieu universitaire.</p>
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]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[
<p class="has-drop-cap">Le milieu de la recherche et de l’enseignement universitaires grouille d’employés qui sont également étudiants. Ils assistent les professeurs dans leur recherche, dans la préparation de leurs cours ou dans la correction d’examens, en plus de faire du tutorat ou de surveiller les évaluations. Ils sont bien souvent indispensables au bon fonctionnement de plusieurs volets de la vie académique, et, ce faisant, travaillent à rendre le savoir plus accessible. <em>Le Délit </em>a voulu savoir si leur importance se reflète dans leurs conditions de travail et leur salaire. Portrait d’un milieu formateur pour les étudiants, mais qui cache cependant de nombreuses failles.</p>



<p><strong>L’assistanat de recherche&nbsp;</strong></p>



<p>Les emplois d’assistants de recherche sont nombreux à McGill, tant pour les étudiants de premier cycle que pour ceux des cycles supérieurs. Ils permettent aux étudiants de mettre un pied dans l’univers de la recherche académique et de travailler avec des sommités dans leurs domaines. Toutefois, c’est un travail peu encadré par l’Université.&nbsp;</p>



<p><strong>Des salaires qui manquent&nbsp;de régularité</strong></p>



<p>Selon Alexe*, étudiante de troisième année de baccalauréat, le salaire de 16$/heure qu’elle touche comme assistante de recherche ne reflète pas le travail accompli ni son niveau d’étude. « On m’a dit que c’était le salaire minimum pour le poste que j’occupe. Considérant la pénurie de main‑d’œuvre et la complexité de la tâche que j’accomplis, je trouve que, comparativement à certains de mes amis qui occupent un poste de premier échelon qui ne requiert pas d’expertise particulière, mon travail n’est pas bien rémunéré », nous raconte-t-elle.&nbsp;</p>



<p>Même son de cloche pour Félix*, finissant au premier cycle qui travaille depuis deux ans dans un centre de recherche universitaire mcgillois. « J’aime mon travail, mais je n’ai eu droit qu’à une augmentation de salaire de 0,50$/heure depuis que j’ai commencé. À l’heure actuelle, je suis rémunéré à un taux horaire de 16$.&nbsp;» L’étudiant occupe également depuis deux ans un poste très similaire dans une université ontarienne. Cependant, il y touche un salaire de 25$/heure, soit 56% plus élevé que son salaire mcgillois. Selon lui, « l’assistanat de recherche est un travail valorisant, mais disons qu’un salaire qui reflète mieux tes compétences et ton expérience est une source de motivation et de valorisation supplémentaire ».</p>



<p>Ces écarts de salaire ne surprennent pas Sean Cory, président de l’Association des employés de recherche de l’Université McGill (AERUM). En effet, le salaire minimum des assistants de recherche de McGill est beaucoup plus bas que dans d’autres établissements. À Concordia, par exemple, le minimum est de près de 28$/heure. « C’est en partie dû au fait que notre syndicat est relativement jeune, explique-t-il. On fait des gains avec le temps, et nous avons encore beaucoup de retard à rattraper. »</p>



<blockquote class="wp-block-quote has-text-align-center is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow"><p>«L’étudiant occupe également depuis deux ans un poste très similaire dans une université ontarienne. Cependant, il y touche un salaire de 25$/heure, soit 56% plus élevé que son salaire mcgillois»</p></blockquote>



<p>Pour Alexe, le faible salaire est en partie justifié par l’opportunité qu’offre l’emploi de pouvoir travailler dans le monde universitaire et de se faire des contacts. «&nbsp;La réflexion que j’ai, c’est que le prestige de la tâche ainsi que le privilège de travailler avec un professeur et de l’indiquer sur ton CV sont une partie implicite de la rémunération. Le contrat de travail sous-entend que si tu as besoin d’une lettre de recommandation, le professeur pour qui tu travailles va pouvoir t’en écrire une. » Selon elle, ces avantages hypothétiques ne compensent cependant pas le fait d’être mal payé.&nbsp;</p>



<p>Cet aspect implicite du salaire d’assistant de recherche, Olivia*, étudiante de troisième année en médecine, y connait quelque chose. Depuis le début de ses études dans ce programme, elle a occupé trois postes d’assistante de recherche différents, dont deux n’étaient pas rémunérés. « En médecine universitaire, la majorité des postes de recherche pour étudiants ne sont pas payés. Les gens s’impliquent certes par intérêt, mais aussi pour se faire des contacts dans le milieu et pour avoir une chance de publier. Si tu veux pouvoir poursuivre tes études dans une spécialité, il est préférable d’avoir publié dans ce domaine. Les chercheurs ne manquent donc pas de bénévoles pour les assister », explique-t-elle. L’étudiante affirme être d’avis que tout travail mérite salaire ; cependant, elle estime que le bénévolat en recherche est une pratique bien ancrée dans les mœurs qui a peu de chances de changer. « C’est comme ça que le système est fait.&nbsp;» &nbsp;</p>



<p>Ariane*, une assistante de recherche également étudiante au baccalauréat, juge juste son salaire de 19$/heure. « Chaque professeur détermine comme il le veut le salaire de ses assistants de recherche, mais celui pour qui je travaille le fait de manière très claire en fonction de l’ancienneté et du niveau d’études de l’étudiant. » L’étudiante mentionne avoir la chance d’avoir un employeur qui fait la promotion de la santé mentale et respecte les limites de ses étudiants. Cependant, en l’absence de normes claires de McGill, elle ignore si ses collègues sont protégés si leur employeur est moins conciliant. «&nbsp;J’ai des amis qui sont moins payés que moi alors qu’ils ont plus d’années d’éducation. C’est sûr que les salaires sont tributaires du financement que les divers projets de recherche reçoivent, mais ça demeure injuste qu’à travail égal, les assistants de recherche soient payés différemment en fonction du professeur pour qui ils travaillent », explique-t-elle.</p>



<p>Pour Alexe et Ariane, un plus grand encadrement des salaires serait nécessaire de la part de McGill afin d’assurer une plus grande équité entre les assistants de recherche. Cette constatation est partagée par Élisabeth*, qui en est à son deuxième baccalauréat et qui œuvre dans le milieu académique depuis plusieurs années. « On ne sait jamais quel salaire nos collègues touchent, dit-elle. Il faudrait que des critères soient établis pour que tous soient payés équitablement en fonction de divers facteurs, comme le niveau d’études et l’expérience. »</p>



<blockquote class="wp-block-quote has-text-align-center is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow"><p>«[Ç]a demeure injuste qu’à travail égal, les assistants de recherche soient payés différemment en fonction du professeur pour qui ils travaillent&nbsp;»</p><cite><meta charset="utf-8">Ariane*, assistante de recherche</cite></blockquote>



<p>Pour Sean Cory de l’AERUM, la lutte contre ce manque d’encadrement est ardue. À McGill, à part le minimum défini par le syndicat, le salaire des assistants de recherche dépend entièrement du professeur. « <em>Sous la Charte québécoise des droits de la personne, si deux personnes faisaient le même travail et avaient la même expérience mais étaient payées différemment, il y aurait des motifs de plainte au niveau des droits de la personne. Mais il faudrait qu’elles travaillent vraiment côte à côte.</em> » Quand on compare des assistants issus de différents laboratoires ou départements, explique-t-il, réclamer une équivalence de salaire est compliqué, puisqu’ils n’accomplissent pas exactement le même travail.</p>



<p><strong>Un nombre d’heures flexible, mais difficile à prédire</strong></p>



<p>Malgré son salaire qu’elle juge insuffisant, Alexe est généralement satisfaite des conditions de travail liées à son emploi d’assistante de recherche. « C’est sûr que certaines semaines sont plus occupées, notamment quand il faut faire des révisions de dernière minute après qu’un article ait été sélectionné pour la publication. Mais généralement, je peux travailler de la maison, je peux choisir mes horaires, et je peux limiter mon nombre d’heures de travail par semaine.&nbsp;» L’étudiante raconte néanmoins que, bien que son employeur respecte sa limite d’heures, les tâches requises prennent parfois plus de temps à accomplir que le nombre d’heures hebdomadaires prévues à son contrat. « Je me trouve parfois à me poser la question à savoir si c’est moi qui ne travaille pas assez vite ou si on m’a imposé trop de travail. J’ai alors le réflexe de revoir à la baisse le nombre d’heures que je vais facturer à mon employeur. Je ressens une sorte de syndrome de l’imposteur », nous explique-t-elle.&nbsp;</p>



<p>Ariane reconnaît aussi avoir parfois revu à la baisse le nombre d’heures facturées à son employeur de peur de ne pas avoir été assez efficace. «&nbsp;C’est le problème qui vient avec la rémunération à l’heure » dit-elle. Toutefois, c’est un problème qui se présente rarement. En effet, alors qu’Alexe dépasse souvent le nombre d’heures hebdomadaires minimales prévu à son contrat, Ariane fait parfois face au problème inverse. On lui a offert un contrat avec un nombre préétabli d’heures de travail par semaine, mais il lui arrive de ne pas avoir assez de travail pour les compléter. « Ce n’est pas nécessairement facile d’évaluer le nombre d’heures que tu devras travailler par semaine ainsi que le nombre d’heures que la tâche te prendra. Lors de ma première année comme assistante de recherche, j’ai trouvé ça difficile parce que j’ai établi mon budget en fonction du nombre d’heures hebdomadaires prévues à mon contrat, mais en réalité, ce nombre d’heures fluctue beaucoup. Ça vient avec un bon côté : je peux ne pas travailler lors des fins de session ou lorsque j’ai un gros travail à remettre. Financièrement, je m’en sors en travaillant l’été, mais pendant l’année, si j’avais juste la recherche comme source de revenu, ça ne fonctionnerait pas pour payer le loyer. »&nbsp;</p>



<blockquote class="wp-block-quote has-text-align-center is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow"><p>«Beaucoup d’étudiants diplômés ainsi qu’un tiers des chercheurs postdoctoraux ont des contrats de moins de six mois, bien qu’ils s’attendent à passer plusieurs années à McGill»</p></blockquote>



<p>Les assistants de recherche sont nombreux à être dans cette situation. Selon Sean Cory, c’est un des problèmes qui vient avec le fait d’avoir un nombre d’heures variable plutôt que fixe. «&nbsp;<em>Un étudiant peut compter sur ce revenu, puis le professeur perd de l’intérêt envers le projet ou n’est pas capable de lui donner assez de travail. Imaginez si l’étudiant avait refusé un autre emploi pour prendre celui-là ; il pourrait se retrouver coincé sans salaire au milieu du semestre, quand il y a beaucoup moins d’opportunités de trouver un nouveau poste. Tout cela contribue à la précarité de ce poste</em>&nbsp;» conclut-il.</p>



<p>Un autre aspect de cette précarité, surtout pour les étudiants des cycles supérieurs, est la courte durée des contrats. Beaucoup d’étudiants diplômés ainsi qu’un tiers des chercheurs postdoctoraux ont des contrats de moins de six mois, bien qu’ils s’attendent à passer plusieurs années à McGill. Selon Sean Cory, beaucoup de professeurs donnent initialement des contrats très courts qu’ils utilisent comme sorte de période probatoire. «&nbsp;<em>Ils </em><em>se disent, “Je veux voir comment cette personne travaille, et si elle ne se donne pas à 110 %, je ne renouvellerai simplement pas le contrat”.</em>&nbsp;» Cela signifie que plusieurs assistants de recherche voient leur emploi se terminer de façon inattendue et qu’il leur est difficile de prévoir leurs revenus futurs. «&nbsp;<em>Vivre dans l’incertitude, ça pèse sur les gens</em>, témoigne Sean Cory. <em>La durée du contrat devrait être le reflet du travail à accomplir pour un projet particulier, plutôt que d’être raccourcie artificiellement dans le seul but de donner aux </em><em>professeurs la possibilité de ne pas le renouveler</em>.&nbsp;»</p>



<p><strong>Un travail stimulant, mais qui manque de reconnaissance</strong></p>



<p>Alexe aime l’univers des possibles qu’offre la recherche universitaire. Elle peut choisir avec quel professeur elle veut travailler en fonction des champs de recherche. Cela lui permet de travailler des sujets auxquels elle ne toucherait pas nécessairement dans ses classes ou auprès d’un employeur situé hors du monde universitaire. Elle aimerait cependant obtenir plus de reconnaissance pour son travail. « Certains professeurs vont vraiment travailler de pair avec leur étudiant et lui accorder le titre de coauteur lors de la publication de la recherche. Ça donne vraiment des outils de carrière intéressants. » Dans son cas, cependant, Alexe raconte qu’elle est une note de bas de page. Elle peut le mentionner dans son CV, explique-t-elle, mais cela ne lui donne pas la même reconnaissance. « Ça peut être correct si ta tâche consiste juste à faire des notes de bas de page, ou encore des mandats de recherche simples où on ne fait que résumer les publications scientifiques sur une question particulière. Dans mon cas, on me demande de proposer des réformes, d’élaborer la structure des articles publiés&nbsp;; je contribue à l’essence de l’article. Parfois, je me dis que je pourrais être en train de faire cette recherche pour moi-même.&nbsp;» Selon elle, la reconnaissance de cet aspect créatif de la recherche n’est pas suffisant, ce qui limite les possibilités d’avancement.</p>



<p>Il y a bel et bien une politique sur les droits d’auteur dans la convention collective de l’AERUM. Elle stipule que le statut de coauteur doit être donné à tous ceux qui ont fait « d’importantes contributions académiques » à un article. Cependant, Cory explique que cela laisse beaucoup de liberté d’interprétation aux professeurs. Certains professeurs sont plus généreux que d’autres avec la mention d’auteur. D’autres mettent plutôt les contributeurs dans la section des remerciements&nbsp;; mais « personne ne devrait être automatiquement relégué à cette section parce qu’ils sont étudiants. »</p>



<figure class="wp-block-image size-large"><img decoding="async" width="1000" height="667" src="https://www.delitfrancais.com/wp-content/uploads/2021/11/ENQUETE@LeaBourget-1000x667.jpg" alt class="wp-image-45838" srcset="https://www.delitfrancais.com/wp-content/uploads/2021/11/ENQUETE@LeaBourget-1000x667.jpg 1000w, https://www.delitfrancais.com/wp-content/uploads/2021/11/ENQUETE@LeaBourget-330x220.jpg 330w, https://www.delitfrancais.com/wp-content/uploads/2021/11/ENQUETE@LeaBourget-768x512.jpg 768w, https://www.delitfrancais.com/wp-content/uploads/2021/11/ENQUETE@LeaBourget-1536x1024.jpg 1536w, https://www.delitfrancais.com/wp-content/uploads/2021/11/ENQUETE@LeaBourget-2048x1365.jpg 2048w, https://www.delitfrancais.com/wp-content/uploads/2021/11/ENQUETE@LeaBourget-1200x800.jpg 1200w, https://www.delitfrancais.com/wp-content/uploads/2021/11/ENQUETE@LeaBourget-930x620.jpg 930w" sizes="(max-width: 1000px) 100vw, 1000px"><figcaption><span class="media-credit"><a href="https://www.delitfrancais.com/author/lea-bourget/?media=1" data-wpel-link="internal">Léa Bourget</a> | Le Délit</span></figcaption></figure>



<p><strong>Le travail d’auxiliaire d’enseignement</strong></p>



<p>Le manque de régulation salariale n’affecte pas que les postes d’assistant de recherche : selon Mario Roy, président du syndicat de l’Association des étudiant·e·s diplômé·e·s employé·e·s de McGill (AÉÉDEM), le financement du travail étudiant aux cycles supérieurs présente le même problème. « Il n’y a aucune régularité dans le financement. Personne ne sait si son financement est bon comparé aux autres&nbsp;: il n’y a pas de documents disponibles, sauf si on fait des sondages,&nbsp;» explique-t-il en entrevue avec <em>Le Délit</em>.&nbsp;</p>



<p>Lorsque les étudiants aux cycles supérieurs acceptent leur offre d’admission à McGill, ceux-ci se font offrir du financement selon le budget de la faculté ou de McGill, mais ils n’ont pas leur mot à dire sur le montant. De plus, l’offre inclut un mélange de financement direct et de salaire, la plupart du temps pour des postes d’auxiliaires d’enseignement. Pour l’AÉÉDEM, dont le deux-tiers des membres occupent ce poste, cette situation est problématique. « Lorsqu’on négocie en tant que syndicat pour augmenter le salaire des auxiliaires d’enseignement, les gains faits à ce niveau vont souvent être annulés par une diminution du financement, explique Mario Roy. Donc si un étudiant diplômé est supposé recevoir 20&nbsp;000$ au total, lorsqu’on négocie pour augmenter son salaire, son financement direct sera réduit et son financement total va rester le même. »</p>



<p>Le salaire des auxiliaires d’enseignement à McGill est d’environ 30$/heure. Dans les 15 meilleures universités du Canada du classement Maclean’s, huit d’entre elles rémunèrent mieux leur auxiliaires d’enseignement que McGill, qui se situe pourtant en tête du classement académique. De plus, ce salaire ne reflète souvent pas fidèlement l’ampleur du travail effectué. La plupart des auxiliaires d’enseignement sont payés par contrat pour un nombre d’heures fixe par semestre. Des données de l’AÉÉDEM révèlent cependant qu’en 2018, près de la moitié des auxiliaires d’enseignement ont travaillé plus d’heures que ce qui était prévu à leur contrat.&nbsp;</p>



<blockquote class="wp-block-quote has-text-align-center is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow"><p>«Le salaire des auxiliaires d’enseignement à McGill est d’environ 30$/heure. Dans les 15 meilleures universités du Canada du classement Maclean’s, huit d’entre elles rémunèrent mieux leur auxiliaires d’enseignement que McGill, qui se situe pourtant en tête du classement académique»</p></blockquote>



<p>Dongliang Sheng, un étudiant de troisième année de doctorat de la Faculté de gestion Desautels, a été très souvent témoin de ce genre de situation. «&nbsp;<em>C’est extrêmement irritant, </em>témoigne-t-il<em>. Non seulement cela nous donne le sentiment de ne pas être payé pour notre travail, mais en plus cela peut causer des conflits entre les différents auxiliaires.</em>&nbsp;»&nbsp; Il raconte par exemple que dans un des cours qu’il supervise actuellement, ils ne sont que deux auxiliaires pour 300 étudiants. Dans ce genre de cas, les auxiliaires essayent d’habitude de séparer la surcharge de travail de façon équitable – mais cela oblige chaque auxiliaire à travailler davantage que ce que stipule son contrat. &nbsp;</p>



<p>Pour plusieurs, la pandémie a aggravé cette situation. Steven*, un auxiliaire d’enseignement dans un cours de psychologie, explique que la taille du cours qu’il supervise a augmenté avec le passage en ligne, et le nombre d’auxiliaires d’enseignement est souvent insuffisant pour la charge de travail. «<em>&nbsp;Quand il y a quatre ou cinq travaux dans la session et que chaque auxiliaire doit corriger une centaine de copies, tout en devant assurer la remise de leurs propres travaux académiques, cela devient intense</em>&nbsp;», témoigne-t-il. Dans un certain cours, un travail prévu dans le plan de cours a même été annulé : en effet, si les auxiliaires avaient dû le corriger, cela les aurait amenés à dépasser la limite d’heures dans leur contrat, et ils n’auraient pas pu corriger l’examen final.</p>



<blockquote class="wp-block-quote has-text-align-center is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow"><p>«En 2018, 86% des auxiliaires n’avaient pas été payés pour le travail supplémentaire qu’ils avaient effectué»</p></blockquote>



<p>Pour Dongliang Sheng, ce problème est dû en partie au fait que ce n’est pas le professeur qui détermine le nombre d’heures indiqué dans le contrat des auxiliaires d’enseignement. «&nbsp;<em>Mon expérience, c’est qu’à partir du moment où un professeur décide d’embaucher, tout le processus administratif est pris en charge par le département des ressources humaines, et le professeur est indifférent à tout ça.</em>&nbsp;» Ce semestre, par exemple, Dongliang Sheng est auxiliaire dans deux cours. Le nombre d’heures prévu à l’un de ses contrats est deux fois plus petit que pour l’autre ; pourtant, il constate une charge de travail similaire pour les deux cours.</p>



<p>En 2018, 86% des auxiliaires n’avaient pas été payés pour le travail supplémentaire qu’ils avaient effectué. Selon Mario Roy de l’AÉÉDEM, la situation n’a pas changé depuis : la plupart des auxiliaires d’enseignement hésitent toujours à réclamer leurs heures supplémentaires. Il pense que cela est dû à la crainte de déplaire à leur employeur. « Les étudiants postulent généralement pour être auxiliaire d’enseignement dans leur faculté parce qu’ils ont les connaissances nécessaires, mais ce qui arrive assez souvent, c’est qu’ils sont les employés de leur superviseur de thèse. Lorsqu’il y a cette relation-là, il y a toujours une crainte de déplaire à son superviseur parce qu’ils travaillent constamment ensemble. » Selon lui, ces étudiants auront donc tendance à se faire demander plus d’heures de travail et à être moins enclins à signaler lorsqu’ils dépassent leurs heures ou à déposer un grief. « Ils ont peur de déplaire à la faculté ou au superviseur parce qu’ils se disent qu’ils seront étudiants ici pendant cinq ans et qu’ils veulent obtenir leur diplôme. »</p>



<p>En plus des auxiliaires d’enseignement, l’AÉÉDEM est aussi le syndicat des surveillants d’examen, dont la convention collective est en cours de renégociation. Ce poste, qui est comblé en priorité par des étudiants aux cycles supérieurs, a un salaire proche du salaire minimum. L’une des priorités de l’organisation est donc d’en augmenter la rémunération. Son autre priorité est de syndiquer tous les étudiants diplômés travaillant à temps partiel à McGill. « En ce moment, explique Mario Roy, il y a des postes de travail qui sont créés, appelés correcteurs, “<em>markers</em>” ou tuteurs, pour employer des étudiants diplômés et les payer la moitié du salaire des auxiliaires d’enseignement.&nbsp;» Pourtant, les responsabilités de ces postes seraient souvent à peu près identiques à celles des auxiliaires d’enseignement. Dongliang Sheng raconte avoir déjà fait l’expérience de cette situation : lors du premier semestre de son doctorat, il a été embauché en tant que «&nbsp;<em>grader</em>&nbsp;», avec un salaire d’environ 15$/heure. Dans le plan de cours, il était pourtant désigné comme auxiliaire d’enseignement, avec les responsabilités correspondantes. Selon Mario Roy, l’administration de McGill se montre très réticente à l’idée de permettre à ces postes d’être syndiqués et ne coopère pas du tout avec l’AÉÉDEM dans le cadre des négociations. Depuis un an et demi, l’affaire est même devant le Tribunal Administratif du Travail (TAT).</p>



<blockquote class="wp-block-quote has-text-align-center is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow"><p>«&nbsp;<em>Ce que nous faisons, ce n’est habituellement pas un travail heureux</em>&nbsp;»</p><cite>Dongliang Sheng</cite></blockquote>



<p>Pour Dongliang Sheng et Steven, l’un des aspects les plus difficiles du travail d’auxiliaire d’enseignement est d’être soumis à la pression à la fois des étudiants et des professeurs.&nbsp;</p>



<p>« L<em>es professeurs ne savent en fait rien de l’étendue de notre travail. Ils supposent simplement qu’on peut accomplir tout ce qu’ils veulent que l’on fasse, et ils ont tendance à nous laisser faire le sale boulot.</em>&nbsp;» Une tâche d’auxiliaire d’enseignement, explique Dongliang Sheng, inclut un grand nombre de tâches connexes répétitives – comme prendre les présences des étudiants en examen – ou laborieuses – comme superviser des employés surnuméraires embauchés pour corriger des copies. Les professeurs ignorent tout de ce processus, selon Dongliang Sheng, et ne peuvent donc pas aider leurs employés en cas de problème. Les étudiants, de leur côté, ne se montrent parfois pas plus compréhensifs. «&nbsp;<em>Certains ne savent pas comment écrire de façon respectueuse aux auxiliaires d’enseignement, et j’ai l’impression que cela nous rajoute un stress supplémentaire</em>&nbsp;», témoigne Steven. «&nbsp;<em>Si on reçoit un courriel furieux à deux heures du matin et qu’on le voit en se levant, ce n’est pas une bonne façon de commencer la&nbsp; journée.</em>&nbsp;» L’un de ses collègues a déjà reçu un message entièrement écrit en majuscules, raconte-t-il.</p>



<p>« <em>J’aimerais que les étudiants puissent nous comprendre, en tant qu’auxiliaires. Certains auxiliaires sont des enfoirés, c’est sûr, mais en général, on travaille fort, parfois sans être payés et en subissant énormément de pression, </em>conclut Dongliang Sheng<em>. Ce que nous faisons, ce n’est habituellement pas un travail heureux.</em> ». </p>



<p>*Prénoms fictifs</p>
<p>L’article <a href="https://www.delitfrancais.com/2021/11/30/entre-prestige-et-precarite/" data-wpel-link="internal">Entre prestige et précarité</a> est apparu en premier sur <a href="https://www.delitfrancais.com" data-wpel-link="internal">Le Délit</a>.</p>
]]></content:encoded>
					
		
		
			</item>
		<item>
		<title>Le retrait non consenti du condom examiné par la Cour suprême</title>
		<link>https://www.delitfrancais.com/2021/11/23/le-retrait-non-consenti-du-condom-examine-par-la-cour-supreme/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Aymeric Tardif]]></dc:creator>
		<pubDate>Tue, 23 Nov 2021 15:48:52 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Opinion]]></category>
		<category><![CDATA[Slider]]></category>
		<category><![CDATA[Société]]></category>
		<category><![CDATA[affaire Kirkpatrick]]></category>
		<category><![CDATA[agressions sexuelles]]></category>
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		<category><![CDATA[préservatif]]></category>
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		<category><![CDATA[relation sexuelle]]></category>
		<guid isPermaLink="false">https://www.delitfrancais.com/?p=45631</guid>

					<description><![CDATA[<p>En matière d’agressions sexuelles, le droit fait-il une différence entre une relation sexuelle avec ou sans préservatif?</p>
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]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[
<p class="has-drop-cap">En 2017, en Colombie-Britannique, une femme, dont l’identité est protégée par une ordonnance de non-publication, rencontre en ligne Ross McKenzie Kirkpatrick. Après s’être échangé·e·s des messages durant plusieurs jours, il et elle organisent une rencontre en personne, à l’occasion de laquelle il et elle conviennent que dans l’éventualité de relations sexuelles, celles-ci devraient être protégées. Quelques jours plus tard, le 16 mars 2017, la femme revoit Kirkpatrick peu après minuit. Celui-ci l’emmène chez lui et les deux partenaires ont des relations sexuelles à deux occasions dans la même nuit, à la condition que Kirkpatrick porte un condom.&nbsp;</p>



<p>Avant leur premier rapport, Kirkpatrick se tourne vers sa table de chevet et met un condom à la demande explicite de sa partenaire. Plus tard dans la nuit, juste avant leur deuxième relation sexuelle, il fait le même geste, lui laissant croire qu’il met un préservatif. Ce n’est toutefois pas le cas. La femme s’aperçoit de l’absence de protection seulement au moment de l’éjaculation. Une confrontation s’ensuit durant laquelle Kirkpatrick affirme qu’il aurait été « <em>trop excité pour porter un condom</em> » (<em>tdlr</em>). Une plainte est alors formulée à la police et des accusations d’agression sexuelle sont portées contre lui. &nbsp;</p>



<blockquote class="wp-block-quote has-text-align-center is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow"><p>«Lorsqu’une personne consent à avoir des rapports sexuels à la condition que soit porté un préservatif par son·a partenaire, ce·tte dernier·ère peut-il·elle ignorer cette condition sans encourir de responsabilité pénale?»</p></blockquote>



<p>Onze ans plus tôt, en Nouvelle-Écosse, un certain Craig Jaret Hutchinson souhaite ardemment avoir un enfant avec sa compagne, Mme C. Elle, cependant, n’en veut pas et insiste pour qu’un préservatif soit porté lors de chacune de leurs relations sexuelles. Pourtant, elle tombe enceinte. Le couple décide finalement de garder l’enfant, mais leur relation prend fin trois mois plus tard. Hutchinson confesse alors avoir percé des trous dans tous les condoms utilisés par le couple. Mme C. réitère alors qu’elle n’aurait jamais consenti à avoir des relations sexuelles avec son partenaire si elle avait su que les condoms étaient défectueux. Des accusations pour agressions sexuelles sont portées contre Hutchinson et l’affaire se rend jusqu’en Cour suprême, en 2014.</p>



<p><strong>Le cadre juridique du consentement</strong></p>



<p>Les cas décrits plus haut mettent en lumière une question fondamentale : ​​lorsqu’une personne consent à avoir des rapports sexuels à la condition que soit porté un préservatif par son·sa partenaire, ce·tte dernier·ère peut-il·elle ignorer cette condition sans encourir de responsabilité pénale? Autrement dit, le non-respect de la volonté de son·a partenaire d’avoir une relation sexuelle protégée entraîne-t-il un bris du consentement de ce·tte dernier·ère, exposant le·a contrevenant·e à des accusations d’agression sexuelle?</p>



<p>Le Code criminel prévoit une analyse en deux étapes permettant de déterminer s’il y a eu consentement à une activité sexuelle. D’abord, il faut se demander si le·a plaignant·e a donné son accord volontaire à l’activité sexuelle. Une absence de volonté peut porter sur les contacts physiques, sur leur nature sexuelle ou encore sur l’identité du ou de la partenaire. S’il est démontré que le·a plaignant·e n’a pas consenti à l’un ou l’autre de ces aspects, on ne peut pas conclure à un accord volontaire à l’activité sexuelle. Cependant, si l’on arrive à la conclusion que le·a plaignant·e a consenti à l’activité sexuelle, il faut se demander s’il existe des circonstances qui ont pu vicier son consentement apparent. Le consentement donné sous l’empire de la crainte, de la contrainte ou d’une quelconque fraude n’est donc pas valable. Par exemple, une personne qui utilise sa position de pouvoir pour avoir une relation sexuelle avec un·e subalterne dans un milieu de travail peut être trouvée coupable d’agression sexuelle même si la preuve ne démontre pas explicitement que la victime n’a pas consenti à l’acte, mais qu’elle démontre cependant que ce consentement apparent était vicié par la crainte suscitée par des menaces sur les potentielles conséquences d’un refus.</p>



<p>La Cour suprême, dans l’affaire <em>Hutchinson</em>, s’est donc penchée sur la question afin de déterminer si percer des condoms à l’insu de sa partenaire emportait une absence de consentement à la relation sexuelle, ou équivalait plutôt à une fraude ayant vicié ce consentement. La distinction est d’une importance capitale. Dans un premier cas, la Cour peut conclure à une agression sexuelle s’il est démontré que Mme C. ne consentait pas à avoir une relation sexuelle non protégée, alors que dans le deuxième, il faut plutôt démontrer que le consentement&nbsp;de la plaignante a été donné en réponse à une fraude intentionnelle de son partenaire. La distinction pratique réside dans le fait que la démonstration d’une fraude plutôt que d’une simple absence de consentement constitue un fardeau de preuve plus important pour la plaignante, comme nous le verrons plus bas.</p>



<blockquote class="wp-block-quote has-text-align-center is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow"><p>«Si le port du condom est conditionnel à l’acte, alors il devrait faire partie de l’analyse du consentement»</p></blockquote>



<p>La majorité des juges dans <em>Hutchinson</em> concluent qu’il faut adopter l’approche du vice de consentement. Pour eux·lles, le consentement à l’activité sexuelle « ne vise pas les conditions ou les caractéristiques de l’acte physique, telles les mesures contraceptives qui sont prises ou la présence de maladies transmissibles sexuellement. » La plaignante ayant consenti à des rapports sexuels complets, on ne peut dire que le fait que les condoms aient été troués emporte une absence de consentement. Elle était en accord avec le fait d’avoir des contacts physiques de nature sexuelle avec un partenaire déterminé, ce qui correspond à la définition du consentement à une activité sexuelle du Code criminel décrite plus haut. Cependant, les juges arrivent à la conclusion selon laquelle ce consentement a été vicié par la fraude, ce qui leur permet de maintenir le verdict de culpabilité de M. Hutchinson.</p>



<p>On pourrait ainsi croire que ce débat est sans importance puisqu’en fin de compte, l’accusé a été trouvé coupable. Or, il n’est pas toujours aisé de faire la preuve d’une fraude. Il faut non seulement montrer que le·a plaigant·e a été victime d’une tromperie, mais également qu’il·elle a subi un préjudice, autrement dit, une conséquence négative physique ou psychologique. Dans l’affaire <em>Hutchinson</em>, la tromperie était facilement démontrable, puisque percer des condoms constitue un acte malhonnête clair et, Mme C. étant tombée enceinte à la suite de cette malhonnêteté, il est possible de plaider un certain préjudice physique. Qu’arrive-t-il, cependant, lorsque les critères de la fraude ne sont pas remplis, comme dans le cas où un·e plaignant·e n’arrive pas à prouver qu’il·elle a subi un préjudice découlant d’un retrait non consenti du condom? En appliquant l’approche établie dans <em>Hutchinson</em>, l’accusé·e serait sans doute acquitté.</p>



<figure class="wp-block-image size-large"><img loading="lazy" decoding="async" width="750" height="1000" src="https://www.delitfrancais.com/wp-content/uploads/2021/11/6_retrait.condom-1-750x1000.jpg" alt class="wp-image-45633" srcset="https://www.delitfrancais.com/wp-content/uploads/2021/11/6_retrait.condom-1-750x1000.jpg 750w, https://www.delitfrancais.com/wp-content/uploads/2021/11/6_retrait.condom-1-330x440.jpg 330w, https://www.delitfrancais.com/wp-content/uploads/2021/11/6_retrait.condom-1-768x1024.jpg 768w, https://www.delitfrancais.com/wp-content/uploads/2021/11/6_retrait.condom-1-1152x1536.jpg 1152w, https://www.delitfrancais.com/wp-content/uploads/2021/11/6_retrait.condom-1-1536x2048.jpg 1536w, https://www.delitfrancais.com/wp-content/uploads/2021/11/6_retrait.condom-1-scaled.jpg 1920w" sizes="auto, (max-width: 750px) 100vw, 750px"><figcaption><span class="media-credit"><a href="https://www.delitfrancais.com/author/gontieralexandre/?media=1" data-wpel-link="internal">Alexandre Gontier</a> | Le Délit</span></figcaption></figure>



<p><strong>Furtivage et consentement</strong></p>



<p>Revenons-en à l’affaire <em>Kirkpatrick</em> dans laquelle l’accusé a usé d’une stratégie de furtivage (traduction de <em>stealthing</em>) pour avoir une relation sexuelle avec la plaignante sans préservatif. Au procès, l’accusé a été déclaré non coupable. En appliquant les enseignement du cas <em>Hutchinson</em>, il n’était pas possible de conclure à l’absence de consentement de la plaignante, car elle était consentante à l’acte sexuel en tant que tel, peu importe les conditions dans lesquelles celui-ci devait se dérouler. De plus, la Cour n’a pas été convaincue de la présence d’une fraude qui aurait pu vicier le consentement de la plaignante. La décision s’est rendue à la Cour d’appel de la Colombie-Britannique qui a conclu a contrario qu’une relation sexuelle avec condom est résolument différente d’une relation sexuelle sans condom&nbsp;: il ne s’agit pas du même acte. C’est donc dire que consentir à une relation sexuelle protégée est si différent de consentir à une relation non protégée qu’on ne peut prétendre en droit qu’une personne qui viole la volonté de son·a partenaire de se protéger a tout de même son consentement à l’acte sexuel. Soulignons que cette interprétation semble s’éloigner de celle de la Cour suprême dans <em>Hutchinson</em>. Au regard de cette conclusion, la Cour d’appel a donc ordonné un nouveau procès.</p>



<blockquote class="wp-block-quote has-text-align-center is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow"><p>«Pour les juges de la Cour suprême, le consentement à l’activité sexuelle ‘‘ne vise pas les conditions ou les caractéristiques de l’acte physique, telles les mesures contraceptives qui sont prises ou la présence de maladies transmissibles sexuellement’’ »</p></blockquote>



<p>Cependant, il est primordial de noter que l’un des trois juges de la Cour d’appel n’a pas conclu à la présence de fraude dans les agissements de Kirkpatrick. Le fait de ne pas respecter sa promesse et de mettre un préservatif ne constituait pas, selon lui, un acte frauduleux. Cela reviendrait à dire qu’une partie à un contrat qui ne respecte pas sa promesse commettrait automatiquement une fraude, soit un acte criminel, si l’autre partie en subit un préjudice. De plus, Kirkpatrick n’aurait pas essayé de cacher à la plaignante qu’il ne portait pas de condom et celle-ci ne lui a pas spécifiquement demandé, croyant qu’il en portait un. Même si le juge avait conclu à un acte malhonnête de la part de Kirkpatrick, la victime aurait par la suite dû démontrer, en plus, qu’elle avait subi un préjudice découlant de cet acte, ce qui aurait alourdi son fardeau de preuve.</p>



<p>La décision de ce juge de la Cour d’appel de la Colombie-Britannique qui a déclaré l’accusé coupable malgré l’absence de fraude – ce qu’une application stricte d’<em>Hutchinson</em> n’aurait pas permis – démontre que la Cour suprême doit s’éloigner de ses propres enseignements issus d’<em>Hutchinson</em> pour permettre une meilleure protection des victimes de furtivage. Elle aura l’occasion de le faire, car l’affaire <em>Kirkpatrick</em> s’est rendue devant elle le 3 novembre dernier. La décision devrait être rendue dans les prochains mois.</p>



<p>Les trois juges minoritaires dans <em>Hutchinson </em>– c’est-à-dire ceux·lles qui sont arrivé·e·s au même verdict que la majorité des juges, mais par un raisonnement différent – ont d’ailleurs défendu cette position selon laquelle le consentement ne porte pas uniquement sur l’acte sexuel, mais également sur la manière dont celui-ci se déroule. Si le port du condom est conditionnel à l’acte, alors il devrait faire partie de l’analyse du consentement. La Cour suprême devrait s’inspirer de cette position.</p>



<p><strong>Une objection mal fondée</strong></p>



<p>Certain·e·s ont soulevé que conclure à une agression sexuelle dès lors que la relation sexuelle se fait sans préservatif, alors que l’un·e des partenaires avait exigé le port du condom comme condition de son consentement à l’acte, sans avoir à démontrer la fraude, reviendrait à criminaliser une relation sexuelle lors de laquelle un condom se briserait. Je suggère que cette position est intenable. Au Canada, pour être reconnu coupable d’une infraction criminelle, deux éléments doivent être prouvés : l’<em>actus reus</em>, l’acte criminel en tant que tel, et la <em>mens rea</em>, l’intention criminelle de commettre l’acte. Certes, on pourrait effectivement croire que le fait de reconnaître le port du condom comme une condition du consentement d’une personne à avoir des relations sexuelles reviendrait à conclure que ce consentement peut être brisé par le simple bris du condom. Autrement dit, une personne ayant une relation non protégée en raison du bris du condom qu’elle porte pourrait effectivement commettre l’<em>actus reus</em> d’une agression sexuelle. Mais jamais on ne pourrait conclure à la présence de la <em>mens rea</em>, autrement dit, de l’intention criminelle, car le bris du condom est un événement contingent qui n’a rien à voir avec une faute morale qui pourrait se qualifier de <em>mens rea</em>. Si ce bris n’est pas intentionnel ni dû à une négligence, je vois mal comment une cour pourrait reconnaître la culpabilité de la personne qui portait le condom défectueux.</p>



<blockquote class="wp-block-quote has-text-align-center is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow"><p>«Le furtivage est un acte grave qui peut avoir de lourdes conséquences sur la santé mentale et physique de ceux·lles qui en sont victimes. Le droit se doit de mieux encadrer ce phénomène pour assurer une meilleure protection des victimes et pour tenir ceux·lles qui le pratiquent responsables de leur acte»</p></blockquote>



<p><strong>Une occasion de réforme</strong></p>



<p>Le furtivage est un acte grave qui peut avoir de lourdes conséquences sur la santé mentale et physique de ceux·lles qui en sont victimes. Le droit se doit de mieux encadrer ce phénomène pour assurer une meilleure protection des victimes et pour tenir ceux·lles qui le pratiquent responsables de leur acte. Il doit être clair que le furtivage est une pratique criminelle. L’affaire <em>Kirkpatrick</em> est une occasion en or pour la Cour suprême de clore le débat une bonne fois pour toutes.</p>
<p>L’article <a href="https://www.delitfrancais.com/2021/11/23/le-retrait-non-consenti-du-condom-examine-par-la-cour-supreme/" data-wpel-link="internal">Le retrait non consenti du condom examiné par la Cour suprême</a> est apparu en premier sur <a href="https://www.delitfrancais.com" data-wpel-link="internal">Le Délit</a>.</p>
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		<title>Que proposent Projet Montréal et Ensemble Montréal?</title>
		<link>https://www.delitfrancais.com/2021/11/03/que-proposent-projet-montreal-et-ensemble-montreal/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Aymeric Tardif]]></dc:creator>
		<pubDate>Wed, 03 Nov 2021 12:47:59 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Politique]]></category>
		<category><![CDATA[Société]]></category>
		<category><![CDATA[Denis Coderre]]></category>
		<category><![CDATA[Élections municipales]]></category>
		<category><![CDATA[Ensemble Montréal]]></category>
		<category><![CDATA[Montréal]]></category>
		<category><![CDATA[Projet Montréal]]></category>
		<category><![CDATA[Valérie Plante]]></category>
		<guid isPermaLink="false">https://www.delitfrancais.com/?p=45235</guid>

					<description><![CDATA[<p>Valérie Plante et Denis Coderre n’ont pas donné suite à nos nombreuses demandes d’entrevue. Les sommaires des plateformes de Projet Montréal et d’Ensemble Montréal ne sont pas exhaustifs. Nous vous encourageons à vous rendre sur leurs sites Internet respectifs – à partir desquels nous avons créé ces résumés –&#160; pour en apprendre davantage.&#160;</p>
<p>L’article <a href="https://www.delitfrancais.com/2021/11/03/que-proposent-projet-montreal-et-ensemble-montreal/" data-wpel-link="internal">Que proposent Projet Montréal et Ensemble Montréal?</a> est apparu en premier sur <a href="https://www.delitfrancais.com" data-wpel-link="internal">Le Délit</a>.</p>
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										<content:encoded><![CDATA[
<figure class="wp-block-image size-large"><img loading="lazy" decoding="async" width="734" height="1000" src="https://www.delitfrancais.com/wp-content/uploads/2021/11/BON-FORMAT-734x1000.png" alt class="wp-image-45236" srcset="https://www.delitfrancais.com/wp-content/uploads/2021/11/BON-FORMAT-734x1000.png 734w, https://www.delitfrancais.com/wp-content/uploads/2021/11/BON-FORMAT-330x450.png 330w, https://www.delitfrancais.com/wp-content/uploads/2021/11/BON-FORMAT-768x1047.png 768w, https://www.delitfrancais.com/wp-content/uploads/2021/11/BON-FORMAT-1127x1536.png 1127w, https://www.delitfrancais.com/wp-content/uploads/2021/11/BON-FORMAT.png 1467w" sizes="auto, (max-width: 734px) 100vw, 734px"><figcaption><span class="media-credit"> </span></figcaption></figure>



<p>Valérie Plante et Denis Coderre n’ont pas donné suite à nos nombreuses demandes d’entrevue. Les sommaires des plateformes de Projet Montréal et d’Ensemble Montréal ne sont pas exhaustifs. Nous vous encourageons à vous rendre sur leurs sites Internet respectifs – à partir desquels nous avons créé ces résumés –&nbsp; pour en apprendre davantage.&nbsp;</p>
<p>L’article <a href="https://www.delitfrancais.com/2021/11/03/que-proposent-projet-montreal-et-ensemble-montreal/" data-wpel-link="internal">Que proposent Projet Montréal et Ensemble Montréal?</a> est apparu en premier sur <a href="https://www.delitfrancais.com" data-wpel-link="internal">Le Délit</a>.</p>
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		<title>Montréal en mouvement</title>
		<link>https://www.delitfrancais.com/2021/11/02/montreal-en-mouvement/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Aymeric Tardif]]></dc:creator>
		<pubDate>Wed, 03 Nov 2021 00:07:59 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Politique]]></category>
		<category><![CDATA[Slider]]></category>
		<category><![CDATA[Société]]></category>
		<category><![CDATA[Balarama Holness]]></category>
		<category><![CDATA[Élections municipales]]></category>
		<category><![CDATA[Montréal]]></category>
		<category><![CDATA[Mouvement Montréal]]></category>
		<guid isPermaLink="false">https://www.delitfrancais.com/?p=45239</guid>

					<description><![CDATA[<p>Le Délit s’est entretenu avec Balarama Holness.</p>
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										<content:encoded><![CDATA[
<p><strong><em>Le Délit</em> (LD) : </strong><em>Vous dites que Mouvement Montréal est un parti communautaire. Quelle est la philosophie derrière Mouvement Montréal? Pourquoi avoir lancé ce parti?</em></p>



<p><strong>Balarama Holness (BH) :</strong> C’est pour enrichir notre démocratie et favoriser la participation citoyenne. On parle souvent de l’implication de la jeunesse, de la diversité, mais ces idées sont véhiculées par les grandes institutions qui ne les implantent que très rarement. Je suis un entrepreneur social, dans le sens que je crée un parti politique, mais je ne suis pas un politicien. En d’autres mots, je suis d’abord et avant tout un juriste, enseignant avec une maîtrise en éducation, un coach et un père de famille. Notre parti amène donc de l’authenticité et de l’honnêteté à un secteur politique qui en manque. Pour nous, la création d’un parti est importante pour deux raisons en particulier. D’abord, pour faire en sorte que des gens qui ne se sont jamais lancés en politique et qui ne se sentent pas représentés par une&nbsp;formation politique en place décident pour la première fois de leur vie de se présenter. 95% des personnes au sein de notre formation ne s’étaient jamais lancées en politique auparavant. Ce sont des avocats, des acteurs du milieu culturel, des urbanistes, des enseignants, des professionnels de tous les horizons qui s’engagent dans la démocratie. Ensuite, on veut créer une plateforme qui est à l’image des Montréalais et Montréalaises, qui répond à leurs besoins réels, mais aussi qui correspond à un démarrage très frais. C’est-à-dire que l’on peut vraiment créer notre plateforme et notre parti à partir de zéro, en partant des racines communautaires.&nbsp;</p>



<blockquote class="wp-block-quote has-text-align-center is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow"><p>«Notre parti amène donc de&nbsp;l’authenticité et de l’honnêteté à un&nbsp;secteur politique qui en manque&nbsp;»&nbsp;</p></blockquote>



<p><strong>LD : </strong><em>Contrairement à Valérie Plante et à Denis Coderre, vous êtes le seul chef à promouvoir le définancement de la police à Montréal. Quelle est votre stratégie à cet égard?</em></p>



<p><strong>BH : </strong>D’abord, nous n’avons jamais parlé de définancement. On parle plutôt de réallocation. «&nbsp;Définancement&nbsp;» est un mot utilisé dans le but de connoter négativement une politique qui est juste. Par exemple, la ville de Montréal a coupé 100 millions de dollars dans les infrastructures. Pourtant, personne ne dit que Valérie Plante a définancé les infrastructures. En ce moment, il y a près de 4 000 policiers à Montréal. Le budget pour leurs salaires est de 550 millions de dollars et 40% des contraventions sont remises aux itinérants. Ça veut dire que 40% de nos effectifs servent à «&nbsp;policer » la pauvreté. À la place, nous proposons d’utiliser ces fonds-là pour donner aux itinérants un logement, une trousse de survie : aide en santé mentale, services sociaux, intervenants, etc. Il faut également mettre en place un encadrement pour favoriser leur réinsertion dans la société. Par analogie, s’il y a une famine, il n’est pas logique de mettre de l’argent pour mobiliser l’armée autour de la boulangerie. Il faut plutôt le mettre dans la distribution de pain pour nourrir la population.</p>



<blockquote class="wp-block-quote has-text-align-center is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow"><p>«Puisque nous reconnaissons que nous sommes sur un territoire non cédé, cela implique qu’un pourcentage des taxes et de la prospérité économique générée à Montréal doit en partie être redistribué à ceux qui étaient là avant nous»</p></blockquote>



<p>Il est aussi important de parler des gangs de rue et de la prolifération des armes à feu. Nous sommes en faveur des agences spécifiques qui ciblent ces individus-là et ces problèmes-là avec des connaissances accumulées par le SPVM et d’autres niveaux de gouvernement. C’est un moyen à court terme pour limiter la violence, qui ne doit pas non plus se traduire par une carte blanche pour le profilage racial et social. Mais à long terme, on doit s’inscrire dans la prévention en distribuant l’argent pour l’aménagement d’espace verts et pour favoriser le loisir, la récréation et le sport, l’éducation et l’expression culturelle. C’est une vision holiste de la sécurité publique. On utilise les ressources pour venir en aide aux personnes qui ne sont pas dangereuses mais qui sont en danger&nbsp;: celles qui se trouvent dans la rue, qui ont une dépendance à la drogue et qui sont à risque d’overdose, dont on a abusé, qui ont des problèmes de santé mentale, etc. Il faut commencer à encadrer la population vulnérable. Il faut arrêter de financer le SPVM avec 800 millions de dollars et continuellement oublier de diversifier les intervenants dans le secteur de la sécurité publique. Il faut mettre fin à l’idée archaïque de l’homogénéisation du SPVM voulant qu’il faille absolument un policier armé, mais qui n’est pas apte à intervenir spécialement pour désamorcer certaines crises.</p>



<p><strong>LD : </strong><em>Quelles sont les raisons qui vous poussent à vouloir faire de Montréal une ville bilingue? Ne pensez-vous pas que ça pourrait éloigner l’électorat francophone, notamment à la suite du départ de Marc-Antoine Desjardins et de plusieurs de ses candidats de votre caucus?</em></p>



<p><strong>BH :</strong> Il faut comprendre que ce n’est pas qu’une question politique. Cette position part de qui je suis. Ma mère est blanche, francophone, catholique et a grandi à Montréal. Elle a rencontré mon père, un immigrant jamaïcain noir, anglophone, protestant et issu d’un milieu rural, dans un concert de Bob Marley. Mon identité est donc intersectionnelle : à la fois francophone et anglophone, blanche et noire, etc. Je pense que ce raisonnement s’applique aussi à Montréal, qui est une ville internationale, cosmopolite, multiculturelle. C’est la réalité montréalaise et ça va au-delà de la politique. C’est donc pour ça que nous nous avançons cette politique de bilinguisme. Il y en a qui pensent qu’ils peuvent légiférer sur la culture et la langue d’une personne en utilisant la clause dérogatoire [de la Charte canadienne des droits et libertés, <em>ndlr</em>] – je parle ici du projet de loi 96 – pour faire en sorte que les tribunaux ne puissent pas intervenir. Nous allons leur répondre, et les gens vont se lever pour protéger leurs droits culturels et linguistiques.&nbsp;</p>



<p><strong>LD : </strong><em>Vous souhaitez adopter officiellement la Déclaration des Nations Unies sur les Droits de Peuples Autochtones. Que proposez-vous concrètement pour ce faire?</em></p>



<p><strong>BH :</strong> Nous sommes le seul parti qui souhaite reconnaître dans <a href="https://montreal.ca/sujets/charte-montrealaise-des-droits-et-responsabilites" target="_blank" rel="noreferrer noopener external" data-wpel-link="external">la Charte montréalaise des droits et responsabilités</a> que Montréal est un territoire non cédé. Sans reconnaissance, il est difficile d’avancer. Ensuite, nous voulons allouer un pourcentage de notre budget, qui est actuellement de 6 milliards de dollars, pour pouvoir répondre à tous les besoins des peuples autochtones. En ce moment, le chiffre que nous avançons est de 400 à 500 millions de dollars. Puisque nous reconnaissons que nous sommes sur un territoire non cédé, cela implique qu’un pourcentage des taxes et de la prospérité économique générée à Montréal doit en partie être redistribué à ceux qui étaient là avant nous. On sait que les Autochtones sont surreprésentés dans la population itinérante de Montréal. Cet argent-là irait dans la construction de logements, dans l’aide à la santé mentale, dans l’intervention sociale, dans les services médicaux de proximité. On veut également innover dans le monde de l’entrepreneuriat en s’assurant de créer des emplois pour des personnes autochtones qui leur permettront de contribuer socialement, culturellement et politiquement à l’économie montréalaise. Finalement, il faut également favoriser la participation politique des personnes issues de communautés autochtones. À l’heure actuelle, à ce que je sache, il n’y a pas de candidats ou candidates autochtones qui se présentent aux élections montréalaises. Il faut y remédier.&nbsp;</p>



<p><strong>LD :</strong> <em>Que proposez-vous pour améliorer les conditions&nbsp; de vie des étudiants?</em></p>



<p><strong>BH :</strong> Il faut créer des logements spécifiquement pour les étudiants. Le plus grand enjeu est qu’il y a 180 000 étudiants à Montréal, ce qui représente une population plus grande que des centaines de municipalités au Québec. À eux seuls, les étudiants pourraient former une ville. Nous proposons d’adopter un règlement qui oblige les promoteurs à construire des logements abordables, sociaux et familiaux. Dans notre programme, nous souhaitons créer 5 000 logements pour étudiants.</p>



<p>Nous perdons également nos étudiants au profit de villes comme Toronto et Vancouver, car ils ne peuvent pas rester à Montréal en raison de la langue. Nous voulons faire en sorte que les entreprises puissent opérer en français et en anglais, en plus de permettre aux diplômés, dont le niveau de français est trop bas par rapport aux standards actuels, de tout de même travailler pour qu’ils puissent apprendre la langue dans leur milieu de travail. On ne veut pas qu’ils soient exclus avant même d’avoir accès au marché du travail.&nbsp;</p>



<p><strong>LD :</strong> <em>Quelle est votre vision pour le transport en commun à Montréal?</em></p>



<p>En ce moment, la Société de transport de Montréal (STM) a un déficit de 62 millions de dollars et des coupures de service de 30% sont prévues (selon <em><a href="https://www.ledevoir.com/societe/640320/la-stm-entrevoit-des-coupures-de-service-importantes-en-2022" target="_blank" rel="noreferrer noopener external" data-wpel-link="external">Le Devoir</a></em>, il s’agit d’une possibilité, mais le scénario priorisé par la STM consiste en des coupures de service d’environ 10%, <em>ndlr</em>). Le modèle d’affaire de la STM est basé sur l’achat individuel de billets d’autobus ou de métro, et si une pandémie frappe et que les ventes baissent, la STM tombe en déficit. Nous proposons donc que les grandes entreprises comme les banques et les universités soient partenaires de la STM en achetant automatiquement des abonnements pour leurs employés ou leurs étudiants. Le gouvernement du Québec ou celui du Canada rembourserait par la suite en partie ces institutions partenaires à hauteur de 60% à 75%, par exemple. On s’assure ainsi que les institutions qui ont les plus grandes empreintes écologiques ainsi que les gouvernements jouent leur rôle dans la lutte aux changements climatiques tout en garantissant un revenu à la STM.</p>



<blockquote class="wp-block-quote has-text-align-center is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow"><p>«Projet Montréal est d’abord et avant tout une équipe de marketing»</p></blockquote>



<p><strong>LD :</strong><a href="https://www.ledevoir.com/politique/montreal/642840/elections-municipales-le-pari-de-la-troisieme-voie-selon-balarama-holness" target="_blank" rel="noreferrer noopener external" data-wpel-link="external"> Le Devoir</a> <em>rapportait que Marc-Antoine Desjardins avait été pressenti pour se rallier à Denis Coderre et que, selon vous, cela aurait assuré la victoire d’Ensemble Montréal le 7 novembre. Vous avez donc fusionné avec Ralliement pour Montréal malgré vos différends. On comprend ainsi que vous ne souhaitez pas la victoire de Denis Coderre. Considérez-vous donner votre appui à Valérie Plante, si celle-ci est toujours à égalité avec Ensemble Montréal au moment du scrutin?</em></p>



<p><strong>BH :</strong> D’abord, je n’ai pas fait d’alliance avec M. Desjardins pour empêcher M. Coderre de gagner, mais bien parce que je souhaite une victoire pour Mouvement Montréal. Pour ce qui est de donner mon appui à Valérie Plante, la réponse est non, absolument pas. Projet Montréal est d’abord et avant tout une équipe de marketing. Parlons du bilan de Projet Montréal. En ce qui concerne le logement, ils ont mis trois ans et demi à implanter le règlement mixte (<a href="https://montreal.ca/articles/metropole-mixte-les-grandes-lignes-du-reglement-7816" target="_blank" rel="noreferrer noopener external" data-wpel-link="external">le Règlement pour une métropole mixte</a> prévoit que ​​toute personne réalisant un projet résidentiel de plus de 450 m<sup>2</sup> – environ cinq logements – doit contribuer à l’offre de logements sociaux, abordables et familiaux, <em>ndlr</em>). Aucun bâtiment construit à Montréal durant les quatre dernières années n’était assujetti à ce règlement. Ils prétendent avoir permis la construction 12&nbsp;000 logements abordables, mais la vérificatrice générale de la Ville de Montréal et <em><a href="https://www.lapresse.ca/actualites/chroniques/2021-09-23/demeler-les-12-000-logements.php" target="_blank" rel="noreferrer noopener external" data-wpel-link="external">La Presse</a></em> ont établi que moins de 1 200 logements sociaux sont actuellement occupés. Durant les quatre dernières années, le marché immobilier s’est enflammé, et c’est une faillite du point de vue de l’abordabilité. De plus, Projet Montréal définit comme abordable un logement dont le loyer est à <a href="https://www.24heures.ca/2021/10/19/crise-des-loyers-a-montreal-cest-quoi-au-juste-un-logement-abordable" target="_blank" rel="noreferrer noopener external" data-wpel-link="external">90%</a> de la moyenne déjà énorme du quartier. C’est donc impossible pour nous de fusionner avec eux, car ils font le contraire de ce qu’ils disent.</p>
<p>L’article <a href="https://www.delitfrancais.com/2021/11/02/montreal-en-mouvement/" data-wpel-link="internal">Montréal en mouvement</a> est apparu en premier sur <a href="https://www.delitfrancais.com" data-wpel-link="internal">Le Délit</a>.</p>
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		<title>Sisyphe au Parc olympique</title>
		<link>https://www.delitfrancais.com/2021/10/19/sisyphe-au-parc-olympique/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Aymeric Tardif]]></dc:creator>
		<pubDate>Tue, 19 Oct 2021 15:58:39 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Culture]]></category>
		<category><![CDATA[performance]]></category>
		<category><![CDATA[Sisyphe]]></category>
		<category><![CDATA[stade olympique]]></category>
		<category><![CDATA[Théâtre]]></category>
		<category><![CDATA[Victor Pilon]]></category>
		<guid isPermaLink="false">https://www.delitfrancais.com/?p=45016</guid>

					<description><![CDATA[<p>Réflexion immersive sur la condition humaine.</p>
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]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[
<p class="has-drop-cap">Déplacer 50 tonnes de sable à la pelle, sept heures par jour, six jours par semaine pendant 30 jours, c’est ce qu’est en train d’accomplir l’artiste multidisciplinaire Victor Pilon à l’occasion de sa dernière création, <em>Sisyphe</em>. L’idée de mettre en scène le mythe de Sisyphe germe dans l’esprit de Pilon depuis des années, mais c’est le décès tragique de son conjoint dans un accident de voiture en 2017 qui a provoqué chez lui le désir de concrétiser ce projet, comme un ultime hommage à son partenaire. Dans le mythe de Sisyphe, qui provient de l’antiquité grecque et est popularisé au 20<em>e</em> siècle par Albert Camus grâce à son ouvrage éponyme, le «&nbsp;héros de l’absurde » est châtié par les dieux et déesses pour les avoir défié·e·s, entre autres, en ayant révélé aux mortel·le·s certains de leurs secrets. Sa punition consiste à pousser perpétuellement jusqu’au sommet d’une montagne une énorme pierre qui, une fois arrivée en haut, est vouée à rouler jusqu’au sol. Dans <em>Sisyphe</em>, ce sont 50 tonnes de sable qui représentent l’absurde travail que doit accomplir Pilon, incarnant Sisyphe. Du sable inlassablement déplacé d’un point à l’autre : une tâche colossale en vue de laquelle l’artiste de 63 ans a commencé à répéter il y a deux ans. Les cinq mois précédant le début de sa performance-marathon ont quant à eux fait place à un entraînement intensif de cinq heures et demie de pelletage de sable par jour, en plein soleil, apprend-on dans une entrevue accordée à Radio-Canada. Ce soleil disparaît toutefois complètement de la mise en scène de la performance présentée dans le hall est du Stade olympique de Montréal depuis le 28 septembre.&nbsp;</p>



<p><strong>Une immersion totale</strong></p>



<p>En arrivant sur les lieux de la performance, l’auditoire prend place, dans la pénombre, à quelques mètres à peine de Sisyphe et de ses montagnes de sable. L’effet est immédiat : aussitôt arrivé·e, l’on tombe dans un état de communion méditative avec l’artiste. On se sent lié·e à Sisyphe en ce sens que tout·e humain·e peut se reconnaître dans l’absurdité de sa tâche. Pour Camus, le mythe de Sisyphe est l’ultime réflexion sur le sens de la vie, réflexion qui rattrape tôt ou tard chacun·e d’entre nous, confronté·e·s à la routine parfois vide de sens du quotidien. Le public ne fait toutefois pas qu’assister à une réflexion sur la condition humaine, il y participe activement. La trame sonore ambiante, signée par le concepteur sonore Marcin Bunar, y joue un rôle primordial. Souvent calme et lancinante, elle est ponctuée de bruits métalliques plus grands que nature, pouvant rappeler les forges de l’enfer. Le hall est du Stade olympique, cerné d’épais rideaux noirs et plongé dans une quasi-noirceur, vient également renforcer cette impression d’être prisonnier, avec Sisyphe, des tréfonds de la terre. Impossible, donc, pour l’auditoire d’oublier où il se trouve : dans le Tartare, l’endroit le plus profond du royaume d’Hadès, où l’on expie ses fautes.</p>



<p><strong>Une douleur palpable</strong></p>



<p>« Il faut imaginer Sisyphe heureux », disait Camus. Or, ce n’est pas tout à fait le Sisyphe heureux que l’on retrouve dans la noirceur du stade olympique, dont le nom même évoque paradoxalement la résidence des dieux et déesses. Alors qu’il parcourt la distance séparant les deux montagnes de sable – souvent en formant de ses pas le signe mathématique de l’infini – il lui arrive de ralentir pour percer de son regard le quatrième mur. Un regard qui, lorsqu’on le soutient, peut évoquer le désespoir, le deuil, la douleur, presque comme un appel à l’aide, mais il suggère également une certaine résilience.</p>



<blockquote class="wp-block-quote has-text-align-center is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow"><p>On décèle dans le regard de Sisyphe le reflet de notre propre condition</p></blockquote>



<p>Pour moi, il s’agit du moment le plus beau et le plus dérangeant de la performance. Je me suis senti immédiatement interpellé. On décèle dans le regard de Sisyphe le reflet de notre propre condition et, pour ma part, l’envie de se porter à son secours m’a rapidement envahi. Il est d’ailleurs possible de lui venir en aide ; Pilon s’arrête parfois quelques minutes pour se reposer et tend alors sa pelle à un·e membre de l’auditoire qu’il choisit lui-même, qui se retrouve à incarner à son tour Sisyphe le temps d’un instant. Ainsi, par la mise en scène de plusieurs Sisyphe est une fois de plus mis de l’avant le caractère universel de la condition du héros grec.&nbsp;</p>



<figure class="wp-block-image size-large"><img loading="lazy" decoding="async" width="750" height="1000" src="https://www.delitfrancais.com/wp-content/uploads/2021/10/Sisyphe-1-Vicotr-Pilon-sur-sa-montagne-750x1000.jpg" alt class="wp-image-45024" srcset="https://www.delitfrancais.com/wp-content/uploads/2021/10/Sisyphe-1-Vicotr-Pilon-sur-sa-montagne-750x1000.jpg 750w, https://www.delitfrancais.com/wp-content/uploads/2021/10/Sisyphe-1-Vicotr-Pilon-sur-sa-montagne-330x440.jpg 330w, https://www.delitfrancais.com/wp-content/uploads/2021/10/Sisyphe-1-Vicotr-Pilon-sur-sa-montagne-768x1024.jpg 768w, https://www.delitfrancais.com/wp-content/uploads/2021/10/Sisyphe-1-Vicotr-Pilon-sur-sa-montagne-1152x1536.jpg 1152w, https://www.delitfrancais.com/wp-content/uploads/2021/10/Sisyphe-1-Vicotr-Pilon-sur-sa-montagne-1536x2048.jpg 1536w, https://www.delitfrancais.com/wp-content/uploads/2021/10/Sisyphe-1-Vicotr-Pilon-sur-sa-montagne-scaled.jpg 1920w" sizes="auto, (max-width: 750px) 100vw, 750px"><figcaption><span class="media-credit"><a href="https://www.delitfrancais.com/author/aymeric-l-tardif/?media=1" data-wpel-link="internal">Aymeric Tardif</a> | Le Délit</span></figcaption></figure>



<p><strong>Une évolution constante</strong></p>



<p>Ce n’est donc pas le caractère heureux de Sisyphe qui ressort de la performance de Pilon – du moins pour l’instant, l’œuvre étant en constante évolution. Peut-être sera-ce le cas plus tard, lorsqu’il aura passé plus de temps à accomplir sa tâche infinie et « inutile », au rythme de laquelle un processus réflexif est très clairement en marche pour Pilon comme pour le public. Malgré que le travail soit répétitif et perpétuel, la performance semble paradoxalement aller de l’avant, avancer. Peut-être parce qu’elle semble forcer l’auditoire à cheminer et à faire une introspection au fil des pas de Sisyphe ce qui, pour ma part, a emporté un changement dans ma perception de la performance, une évolution de ma compréhension du châtiment sisyphéen. Aussi, à l’instar de la musique, la chorégraphie change constamment, renforçant cette idée de progrès et d’avancée au sein du perpétuel. Jamais je n’ai eu l’impression de revoir la même scène. Je suis demeuré <em>collectivement</em> fasciné jusqu’au bout : j’avais véritablement l’impression de partager mes perceptions avec le reste de l’auditoire. Peut-être parce que, tout comme Sisyphe, on apprend tous·tes à vivre le moment présent sans se soucier de ce qui a été et de ce qui sera. Il s’agit d’un enseignement qui trouve certainement une résonance auprès de l’auditoire en ces temps pandémiques, où chacun·e est pressé·e de revenir à « la normale », en oubliant de réfléchir à ce que veut dire « la normale ».&nbsp;</p>



<p>« Créer, c’est vivre deux fois », disait Camus. C’est sans aucun doute le pari qu’a fait Victor Pilon avec sa toute première performance solo, exécutée avec brio. <em>Sisyphe</em> est présenté gratuitement jusqu’au 27 octobre, dans le hall est du Stade olympique de Montréal, du mardi au dimanche entre 12h à 19h. À voir et à revoir assurément.</p>



<p><em>Erratum&nbsp;: Dans la version initiale de cet article, il était écrit que la performance de Victor Pilon avait lieu du mardi au jeudi et que la musique était signée par Dear Criminals. Or, la performance a lieu du mardi au dimanche et bien que les chansons qui ponctuent la performance soient du groupe Dear Criminals, la trame sonore ambiante est l’œuvre du concepteur sonore Marcin Bunar.</em></p>
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		<title>Entre transparence et opacité</title>
		<link>https://www.delitfrancais.com/2021/10/19/entre-transparence-et-opacite/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Aymeric Tardif]]></dc:creator>
		<pubDate>Tue, 19 Oct 2021 15:06:17 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Opinion]]></category>
		<category><![CDATA[Société]]></category>
		<category><![CDATA[complotisme]]></category>
		<category><![CDATA[opacité]]></category>
		<category><![CDATA[Politique]]></category>
		<category><![CDATA[secret d&#039;état]]></category>
		<category><![CDATA[transparence]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>Du nécessaire rôle du secret dans le politique.</p>
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										<content:encoded><![CDATA[
<p class="has-drop-cap">Quelle est la part du secret dans le politique ? Cette question se manifeste de manière cyclique à la surface de la conscience collective chaque fois qu’une information classifiée ou simplement à l’abri du regard du public perce le voile de la complexité du monde globalisé, opaque et a priori impénétrable. Qu’il s’agisse de la dernière fuite massive de documents au nom à saveur tropicale révélant les habitudes fiscales répréhensibles des riches et des puissants, des scandales de corruption et de fraude comme celui de SNC-Lavalin qui conduisent à une remise en question de l’État de droit ou encore du simple fait que le premier ministre canadien Justin Trudeau ait séjourné à l’occasion de ses vacances sur l’île privée des Bahamas du milliardaire et leader religieux connu sous le nom de l’Aga Khan, ces types d’événements en viennent tous à miner, à divers degré, la confiance du public envers les États et les institutions internationales. Lorsqu’une information dissimulée par les individus au pouvoir percole jusqu’aux oreilles des citoyen·ne·s et électeur·rice·s, l’attention médiatique se tourne vers la transparence de l’État. Certain·e·s se demandent quelle est la part du secret dans le politique, quelles informations leur sont volontairement cachées.</p>



<p>Ce questionnement relève du secret politique. Celui-ci s’inscrit dans les intérêts temporaires et personnels des décideur·se·s politiques et est tout à fait répréhensible. Il ne faut donc pas le confondre avec le secret de l’État, qui s’incarne plutôt dans un espace juridiquement défini, dans lequel nos gouvernements conservent de l’information et établissent des programmes et des pratiques à l’insu du grand public. Ce type de secret est très commun dans les États démocratiques. Il n’a rien de spectaculaire et est très loin des conceptions fantasmagoriques du secret véhiculées par Hollywood. &nbsp;</p>



<blockquote class="wp-block-quote has-text-align-center is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow"><p>«La puissance de l’État moderne administratif résiderait dans le déséquilibre créé entre celui-ci et ses citoyen·ne·s par l’accumulation d’informations et de statistiques qui lui sont exclusives, autrement dit, qui sont secrètes»</p></blockquote>



<p>Il arrive toutefois que des secrets d’État soient divulgués, suscitant le même débat sur la transparence étatique que la mise au jour de scandales politiques ou fiscaux, par exemple. Ce débat est entre autres ravivé par les Julian Assange, Edward Snowden et Chelsea Manning de ce monde, punis par l’État américain pour avoir divulgué ses secrets – la répression qu’ils·elles subissent nous laissant croire que le secret d’État contemporain se niche dans les technologies de renseignement, dans la surveillance et dans le contrôle des populations.&nbsp; La pandémie de COVID-19 a exacerbé ce phénomène de focalisation de l’attention du public sur le soi-disant « contrôle gouvernemental », donnant un nouveau souffle aux complotistes de tout acabits qui voient dans les mesures sanitaires tant de stratégies coercitives et liberticides dont ce «&nbsp;<em>ils&nbsp;</em>», fugace et indéfini, bénéficie à leurs dépens. Certes, les complots existent. On en retrouve des traces à travers l’histoire, les plus célèbres de la période contemporaine étant sans doute ceux du Watergate et de l’invention par le gouvernement américain des armes de destructions massives fictives ayant justifié l’invasion de l’Irak par les États-Unis. Il faut toutefois se garder de confondre <em>complot</em> et <em>secret </em>: le premier est moralement répréhensible en ce sens qu’il est synonyme de machination la plupart du temps contraire aux intérêts de la Nation (l’on pourrait le classer dans la catégorie du secret politique définie plus haut)&nbsp;;&nbsp; le deuxième constitue plutôt un pilier de la stabilité étatique, certain·e·s allant même jusqu’à le concevoir comme condition de la vie démocratique,&nbsp;malgré le diktat de la transparence présent aujourd’hui.</p>



<p><strong>Le secret, corollaire historique de la Raison d’État</strong></p>



<p>Ce diktat de la transparence est le fruit d’un processus réflexif amorcé durant le siècle des Lumières. Plusieurs philosophes du 18<em>e </em>siècle mettent le secret au pilori, considérant comme suspect tout ce qui est caché ou obscur. Cet idéal de publicité s’explique aisément à l’aide du contexte historique. Le plaidoyer des Lumières s’oppose à l’obscurantisme religieux et monarchique qui gangrène l’Europe de l’époque. Il peut être résumé par l’idée kantienne selon laquelle l’émancipation de l’humain et le progrès résident dans l’exercice <em>public</em> de la raison, de la sphère privée à la sphère politique. Une politique de la raison serait donc une politique de la transparence. Or, cette théorie des Lumières élaborée à l’aune du principe humaniste d’autonomie individuelle et collective – l’individu n’étant autonome que s’il bénéficie d’une publicité et d’une transparence étatiques qui lui permettent d’exercer pleinement sa faculté de raison dans laquelle réside son émancipation – occulte l’argument utilitariste que j’appellerai ici l’argument de la Raison d’État. Celui-ci justifie le rôle du secret dans le politique.&nbsp;</p>



<p>La Raison d’État est aussi vieille que la tradition politique occidentale et est centrale à la pensée de l’État moderne. Il en est déjà question dans les écrits du philosophe et homme d’État romain Cicéron, mais la notion est véritablement consacrée par Machiavel et ses héritier·ère·s philosophiques. La Raison d’État légitime les entorses et illégalités commises par les États, du haut de leur souveraineté, à l’encontre du droit commun. Il s’agit d’une prérogative parfois liberticide, mais qui a pour but avoué de sauver le bien public, de préserver son intérêt coûte que coûte. La Raison d’État se conçoit également comme la somme des savoirs nécessaires à l’État pour l’augmentation de sa puissance. En ce sens, la puissance de l’État moderne administratif résiderait dans le déséquilibre créé entre celui-ci et ses citoyen·ne·s par l’accumulation d’informations et de statistiques qui lui sont exclusives, autrement dit, qui sont secrètes.&nbsp;</p>



<p>Georg Simmel, en opposition avec la pensée des Lumières, accorde même au secret une fonction sociale structurante. C’est donc grâce au secret que les États assurent leur pouvoir, mais également le bien-être et la protection de leur citoyen·ne·s, car il permet la Raison d’État. Utilisée judicieusement, une conception contemporaine de la Raison d’État pourrait par exemple s’avérer un outil indispensable dans la lutte aux changements climatiques, sachant que la conscience humaine est constituée de telle sorte que l’individu n’agit pas pour prévenir les menaces lointaines et abstraites.</p>



<blockquote class="wp-block-quote has-text-align-center is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow"><p>«Quoiqu’en disent les libertarien·ne·s, l’individu moderne est dépendant de l’État»</p></blockquote>



<p><strong>Le secret, outil nécessaire au bon fonctionnement de l’État</strong></p>



<p>Loin de moi l’idée de faire l’apologie de l’opacité étatique. J’admets que le secret ne permet d’assurer le bien-être et la protection d’une population que si la conception qu’un État se fait de la Raison d’État sous-tend en elle-même la protection et le bien-être de sa population. Autrement dit, je suis d’avis que l’argument du secret comme outil nécessaire au bon fonctionnement de l’État n’est valide que si l’on part de la prémisse selon laquelle la Raison d’État doit être kantienne (bien que Kant aurait sans doute renié cette idée), en ce sens qu’elle place la raison et la dignité humaine en son centre. Paradoxalement, il s’agit ici non pas d’un argument strictement déontologique, mais bien d’un argument utilitariste dont la prémisse est déontologique. En effet, il suppose que pourvu que le système de valeurs dans lequel s’exerce la Raison d’État soit acceptable, le secret est une bonne chose, puisqu’il assure une certaine efficacité de l’appareil gouvernemental et une plus grande sécurité des citoyen·ne·s. Quoiqu’en disent les libertarien·ne·s, l’individu moderne est dépendant de l’État. La pandémie de COVID-19 nous l’a rappelé. Pour survivre en tant que collectivité, nous devons participer et nous soumettre au régime étatique. Je ne dis pas qu’il faille fermer les yeux et accepter toute mesure gouvernementale sous prétexte que l’État agit toujours dans notre intérêt primordial. Ce raisonnement serait dangereux. Je dis tout simplement qu’il faut reconnaître que le secret joue un rôle parfois très critiquable, mais souvent essentiel dans le politique et dans le bon fonctionnement de nos démocraties occidentales.&nbsp;</p>



<p>L’un des exemples les plus courants est celui de la sécurité. Les programmes de lutte au terrorisme, par exemple, doivent demeurer entièrement secrets pour maintenir leur efficacité. Il s’agit ici d’un exemple assez précis, mais à plus grande échelle, une publicité totale des affaires de l’État minerait le fonctionnement de nos gouvernements en leur imposant un trop grand fardeau procédural. Vivre dans des société aussi complexes que les nôtres requiert des sacrifices, et, parmi ceux-ci, il y a une certaine abnégation face au secret dans le politique et face à la discrétion que l’on confère à nos décideur·se·s. Cette abnégation implique bien souvent une ignorance du grand public quant aux raisons pour lesquelles telle ou telle décision a été prise, mais permet d’un autre côté une plus grande efficacité de l’appareil gouvernemental.&nbsp;</p>



<p><strong>Le secret, essentiel à la cohésion sociale</strong></p>



<p>Je me permettrai ici une petite digression pour illustrer mes propos de manière plus englobante. Hormis les secrets d’État, le secret – dans le sens de ce qui n’est pas connu – est aujourd’hui naturellement plus que jamais présent dans nos vies en raison de la complexité des systèmes d’information et de communication, des mécanismes de décisions politiques, des rapports sociaux, de la robotisation, de la technicisation, des échanges commerciaux et des systèmes juridiques internationaux du monde globalisé. Le monde tel que nous le connaissons est devenu si complexe, si étroitement interrelié, que son fonctionnement dépasse l’entendement de chacun·e. Certes, l’on peut en saisir une partie, mais le fonctionnement du système dans sa plus totale globalité demeure inconnu pour tous·tes. Le fait que vous soyez en train de lire ces lignes implique une telle quantité d’informations et de contingences – que ce soit du langage que vous avez appris dans un système d’éducation jusqu’à la chaîne d’approvisionnement des matériaux qui composent ce journal, en passant par la technologie de l’imprimerie – qu’il est impossible de pleinement saisir les raisons pour lesquelles et les moyens par lesquels ces mots se sont retrouvés sur ce papier pour ensuite pénétrer votre conscience. Et pourtant, l’humain survit en société. C’est donc dire que quelque chose fonctionne dans tout cela.&nbsp; En ce sens, le secret joue un rôle de cohésion sociale.</p>



<blockquote class="wp-block-quote has-text-align-center is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow"><p>«Nous comprenons que nous sommes dépendant·e·s d’un monde globalisé, mais son fonctionnement véritable demeure un secret, dépasse notre entendement»</p></blockquote>



<p>Nous comprenons que nous sommes dépendant·e·s d’un monde globalisé, mais son fonctionnement véritable demeure un secret, dépasse notre entendement. C’est cette incapacité de comprendre qui nous permet de nous concentrer sur ce que nous devons accomplir pour faire tourner la grande roue sociétale. Pour une plus grande efficacité, il faut un certain sacrifice de connaissances. Ce raisonnement s’applique également au politique. Nous n’avons pas besoin de tout savoir, et nous ne pouvons tout savoir. Pour continuer d’avancer de manière efficace, nous nous résignons à une certaine ignorance et nous nous en remettons au secret d’État. Il faut simplement s’assurer de maintenir un juste équilibre entre secret et transparence.</p>
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		<title>Secrets de campus</title>
		<link>https://www.delitfrancais.com/2021/10/19/secrets-de-campus/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Aymeric Tardif]]></dc:creator>
		<pubDate>Tue, 19 Oct 2021 14:56:12 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Enquêtes]]></category>
		<category><![CDATA[Société]]></category>
		<category><![CDATA[Architecture]]></category>
		<category><![CDATA[Campus]]></category>
		<category><![CDATA[McGill]]></category>
		<category><![CDATA[secrets]]></category>
		<guid isPermaLink="false">https://www.delitfrancais.com/?p=44934</guid>

					<description><![CDATA[<p>Aux confins du territoire mcgillois.</p>
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										<content:encoded><![CDATA[
<p>À l’occasion de notre édition spéciale secrets, <em>Le Délit</em> est parti à la rencontre de perles architecturales et d’endroits inusités sur le campus mcgillois. Nous vous en présentons six dans ce photoreportage.</p>



<p><strong>La maison Lady Meredith et&nbsp;l’annexe Meredith</strong></p>



<p>Ancienne résidence de Sir Vincent Meredith et Lady Isabella Meredith, ce bâtiment construit en 1897 et baptisé à l’origine Advarna a hébergé des soldats en convalescence durant la Première Guerre mondiale, puis des infirmières de l’hôpital Royal Victoria jusqu’à son acquisition par McGill en 1975. En 1990, des individus sont entrés par effraction dans la maison Lady Meredith et l’ont incendié. Heureusement, le service de sécurité incendie a pu intervenir rapidement : les dommages ont été limités et la structure a été majoritairement préservée. Le bâtiment a depuis été restauré et héberge aujourd’hui le Centre de médecine, d’éthique et de droit de McGill, qui se penche notamment sur le droit de la santé et de la bioéthique.</p>



<p>Située en contrebas se trouve l’annexe Meredith, l’ancienne maison du cocher. Elle abrite des espaces loués par l’Association étudiante de médecine qui y tient des réunions d’associations étudiantes, des conférences, des cours, ainsi que d’autres événements parascolaires. Elle abrite également des espaces de détente pour les étudiants·e·s en médecine.</p>



<figure class="wp-block-image size-large"><img loading="lazy" decoding="async" width="1000" height="750" src="https://www.delitfrancais.com/wp-content/uploads/2021/10/Secrets-McGill-Meredith-annexe-1000x750.jpg" alt class="wp-image-44935" srcset="https://www.delitfrancais.com/wp-content/uploads/2021/10/Secrets-McGill-Meredith-annexe-1000x750.jpg 1000w, https://www.delitfrancais.com/wp-content/uploads/2021/10/Secrets-McGill-Meredith-annexe-330x248.jpg 330w, https://www.delitfrancais.com/wp-content/uploads/2021/10/Secrets-McGill-Meredith-annexe-768x576.jpg 768w, https://www.delitfrancais.com/wp-content/uploads/2021/10/Secrets-McGill-Meredith-annexe-1536x1152.jpg 1536w, https://www.delitfrancais.com/wp-content/uploads/2021/10/Secrets-McGill-Meredith-annexe-2048x1536.jpg 2048w" sizes="auto, (max-width: 1000px) 100vw, 1000px"><figcaption><span class="media-credit">Aymeric Tardif et Louise Toutée</span></figcaption></figure>



<p><strong>L’Institut Allan Memorial</strong></p>



<p>D’abord baptisé Maison Ravenscrag par son premier propriétaire en 1863, l’Institut Allan Memorial, qui surplombe la rue McTavish, a été donné à l’hôpital Royal Victoria en 1940 et abrite depuis le Centre de recherche en psychiatrie de l’hôpital et du Centre universitaire de santé McGill. L’Institut a ouvert ses portes en 1944 sous la houlette du premier directeur, le tristement célèbre Dr Donald Ewen Cameron, jusqu’alors professeur de psychiatrie à l’Université McGill. En effet, on se rappelle aujourd’hui du Dr Cameron comme étant un acteur montréalais du programme de recherche psychiatrique <a href="https://ici.radio-canada.ca/ohdio/premiere/emissions/aujourd-hui-l-histoire/segments/entrevue/195189/mk-ultra-page-sombre-cia-karine-premont" target="_blank" rel="noreferrer noopener external" data-wpel-link="external">MK-Ultra</a> financé par la CIA entre les années 1950 et 1970. Ce dernier avait pour but de développer des techniques de contrôle mental qui visaient ultimement la création de super soldats et à la manipulation de dirigeant·e·s étanger·ère·s, au plus fort de la guerre froide.</p>



<p>Électrochocs, LSD, privation sensorielle, privation de sommeil, coma artificiel, torture et exposition à des messages répétitifs : c’est le sort réservé à nombre de patient·e·s québécois·es non consentant·e·s du Dr Cameron. La CIA a mis en place ce programme lorsque des combattant·e·s américain·e·s qui avaient été fait prisonnier·ère·s durant la guerre de Corée s’étaient, à leur retour, montré·e·s critiques à l’égard du mode de vie américain. L’agence de renseignement américaine avait alors inféré que la Chine et l’URSS avaient développé des techniques de lavage de cerveau. La CIA a donc lancé MK-Ultra dans l’espoir de faire elle aussi de telles percées scientifiques.</p>



<figure class="wp-block-image size-large"><img loading="lazy" decoding="async" width="1000" height="750" src="https://www.delitfrancais.com/wp-content/uploads/2021/10/Secrets-McGill-Allan-Memorial-Hall-1000x750.jpg" alt class="wp-image-44941" srcset="https://www.delitfrancais.com/wp-content/uploads/2021/10/Secrets-McGill-Allan-Memorial-Hall-1000x750.jpg 1000w, https://www.delitfrancais.com/wp-content/uploads/2021/10/Secrets-McGill-Allan-Memorial-Hall-330x248.jpg 330w, https://www.delitfrancais.com/wp-content/uploads/2021/10/Secrets-McGill-Allan-Memorial-Hall-768x576.jpg 768w, https://www.delitfrancais.com/wp-content/uploads/2021/10/Secrets-McGill-Allan-Memorial-Hall-1536x1152.jpg 1536w, https://www.delitfrancais.com/wp-content/uploads/2021/10/Secrets-McGill-Allan-Memorial-Hall-2048x1536.jpg 2048w" sizes="auto, (max-width: 1000px) 100vw, 1000px"><figcaption><span class="media-credit">Aymeric Tardif et Louise Toutée</span></figcaption></figure>



<p><strong>Le Pavillon Birks et sa chapelle</strong></p>



<p>Construite entre 1929 et 1931, <em>Divinity Hall</em>, maintenant connu sous le nom de Pavillon Birks, héberge la Faculté des études religieuses de l’Université McGill. On y trouve également une très jolie chapelle pouvant accueillir jusqu’à 110 personnes. Les fenêtres à claire-voie qui l’ornent représentent les blasons d’universités des îles britanniques et du Canada. À droite, face à l’autel, on y reconnaît les emblèmes des Universités de Dublin, de St Andrews, de Glasgow, d’Édimbourg, de Manchester, de Londres, de Cambridge et d’Oxford. À gauche, on retrouve celles des Universités Dalhousie, de Colombie-Britannique, du Manitoba, de la Saskatchewan, d’Alberta, Queen, de Toronto et McGill. Au-dessus de l’autel s’élève un grand vitrail représentant l’Ascension.&nbsp; La chapelle, ouverte au public, pourrait s’avérer être un parfait endroit pour écrire un travail de session : silencieuse et sombre, c’est un lieu tout indiqué d’épiphanie pour l’étudiant·e en manque d’inspiration.</p>



<figure class="wp-block-image size-large"><img loading="lazy" decoding="async" width="1000" height="750" src="https://www.delitfrancais.com/wp-content/uploads/2021/10/Secrets-McGill-Birks-ext.-1000x750.jpg" alt class="wp-image-44943" srcset="https://www.delitfrancais.com/wp-content/uploads/2021/10/Secrets-McGill-Birks-ext.-1000x750.jpg 1000w, https://www.delitfrancais.com/wp-content/uploads/2021/10/Secrets-McGill-Birks-ext.-330x248.jpg 330w, https://www.delitfrancais.com/wp-content/uploads/2021/10/Secrets-McGill-Birks-ext.-768x576.jpg 768w, https://www.delitfrancais.com/wp-content/uploads/2021/10/Secrets-McGill-Birks-ext.-1536x1152.jpg 1536w, https://www.delitfrancais.com/wp-content/uploads/2021/10/Secrets-McGill-Birks-ext.-2048x1536.jpg 2048w" sizes="auto, (max-width: 1000px) 100vw, 1000px"><figcaption><span class="media-credit">Aymeric Tardif et Louise Toutée</span></figcaption></figure>



<figure class="wp-block-image size-large"><img loading="lazy" decoding="async" width="750" height="1000" src="https://www.delitfrancais.com/wp-content/uploads/2021/10/Secrets-McGill-Birks-Chapelle-750x1000.jpg" alt class="wp-image-44942" srcset="https://www.delitfrancais.com/wp-content/uploads/2021/10/Secrets-McGill-Birks-Chapelle-750x1000.jpg 750w, https://www.delitfrancais.com/wp-content/uploads/2021/10/Secrets-McGill-Birks-Chapelle-330x440.jpg 330w, https://www.delitfrancais.com/wp-content/uploads/2021/10/Secrets-McGill-Birks-Chapelle-768x1024.jpg 768w, https://www.delitfrancais.com/wp-content/uploads/2021/10/Secrets-McGill-Birks-Chapelle-1152x1536.jpg 1152w, https://www.delitfrancais.com/wp-content/uploads/2021/10/Secrets-McGill-Birks-Chapelle-1536x2048.jpg 1536w, https://www.delitfrancais.com/wp-content/uploads/2021/10/Secrets-McGill-Birks-Chapelle-scaled.jpg 1920w" sizes="auto, (max-width: 750px) 100vw, 750px"><figcaption><span class="media-credit">Aymeric Tardif et Louise Toutée</span></figcaption></figure>



<p><strong>Thomson House</strong></p>



<p>Anciennement connue sous le nom de Maison Charles-Édouard Gravel, Thomson House a été, en 1934, le dernier manoir du Mille carré doré à être construit. Le bâtiment fut racheté en 1968 à la famille Gravel par McGill pour la somme de 378 000$, l’équivalent d’un près de 2,9 millions de dollars aujourd’hui. Thomson House abrite depuis l’Association étudiante des cycles supérieurs de l’Université McGill (AÉCSUM). L’endroit est donc réservé aux étudiant·e·s des cycles supérieurs et à ceux et celles en droit et en médecine et offre à ses membres des salons d’étude, des salles de conférence, un restaurant, un bar et un patio.</p>



<figure class="wp-block-image size-large"><img loading="lazy" decoding="async" width="1000" height="750" src="https://www.delitfrancais.com/wp-content/uploads/2021/10/Secrets-McGill-Thomson-House-ext.-1000x750.jpg" alt class="wp-image-44945" srcset="https://www.delitfrancais.com/wp-content/uploads/2021/10/Secrets-McGill-Thomson-House-ext.-1000x750.jpg 1000w, https://www.delitfrancais.com/wp-content/uploads/2021/10/Secrets-McGill-Thomson-House-ext.-330x248.jpg 330w, https://www.delitfrancais.com/wp-content/uploads/2021/10/Secrets-McGill-Thomson-House-ext.-768x576.jpg 768w, https://www.delitfrancais.com/wp-content/uploads/2021/10/Secrets-McGill-Thomson-House-ext.-1536x1152.jpg 1536w, https://www.delitfrancais.com/wp-content/uploads/2021/10/Secrets-McGill-Thomson-House-ext.-2048x1536.jpg 2048w" sizes="auto, (max-width: 1000px) 100vw, 1000px"><figcaption><span class="media-credit">Aymeric Tardif et Louise Toutée</span></figcaption></figure>



<figure class="wp-block-image size-large"><img loading="lazy" decoding="async" width="1000" height="750" src="https://www.delitfrancais.com/wp-content/uploads/2021/10/Secrets-McGill-Thomson-House-bar-1000x750.jpg" alt class="wp-image-44944" srcset="https://www.delitfrancais.com/wp-content/uploads/2021/10/Secrets-McGill-Thomson-House-bar-1000x750.jpg 1000w, https://www.delitfrancais.com/wp-content/uploads/2021/10/Secrets-McGill-Thomson-House-bar-330x248.jpg 330w, https://www.delitfrancais.com/wp-content/uploads/2021/10/Secrets-McGill-Thomson-House-bar-768x576.jpg 768w, https://www.delitfrancais.com/wp-content/uploads/2021/10/Secrets-McGill-Thomson-House-bar-1536x1152.jpg 1536w, https://www.delitfrancais.com/wp-content/uploads/2021/10/Secrets-McGill-Thomson-House-bar-2048x1536.jpg 2048w" sizes="auto, (max-width: 1000px) 100vw, 1000px"><figcaption><span class="media-credit">Aymeric Tardif et Louise Toutée</span></figcaption></figure>



<p><strong>La salle de lecture de la Collection des livres rares</strong></p>



<p>Au 4<em>e</em> étage de la bibliothèque McLennan se trouvent les «&nbsp;livres rares et autres collections spécialisées&nbsp;» de l’Université McGill : un lieu méconnu de la population étudiante, renfermant de nombreuses richesses historiques.&nbsp; <em>Le Délit</em> s’est entretenu avec Christopher Lyons, bibliothécaire en chef et Jennifer Garland, assistante-bibliothécaire en chef, tous·tes deux responsables des livres rares et des collections spécialisées.</p>



<p>M. Lyons raconte que depuis les années 1850, McGill a accumulé par dons et acquisitions plus de 250&nbsp;000 documents rares faisant partie de diverses collections. En 2016, les livres rares et collections spécialisées, la bibliothèque Osler de l’histoire de la médecine, la collection d’arts visuels (responsable de toutes les œuvres d’art disséminées sur le campus) et les archives de McGill fusionnent en un seul groupe, le ROAAr, qui tient son nom de l’acronyme anglais des différentes organisations qui le composent. ROAAr est entre autres chargée de rendre les pièces historiques uniques qu’elle possède accessibles aux chercheur·se·s, étudiant·e·s et visiteur·se·s.</p>



<p>« Nous possédons la deuxième plus grande collection de livres rares au Canada », explique M.&nbsp;Lyons, collection qui comprend nombre de manuscrits du Moyen-Âge, de tablettes assyriennes et babyloniennes, ou encore de travaux de Platon et d’Aristote imprimés à la Renaissance. « Ces pièces anciennes témoignent souvent de l’histoire en soi, des choses du quotidien, comme des inventaires et des factures. Notre plus vieille pièce est une tablette qui a environ 4 000 ans&nbsp;», poursuit le bibliothécaire en chef. Ce dernier souligne que les portes de la collection sont toujours ouvertes pour les membres de la communauté mcgilloise qui aimeraient consulter une pièce rare ou utiliser la salle de lecture dans laquelle sont exposés certains objets historiques. Le grand public peut également bénéficier des ressources de la collection. Le 4<em>e</em> étage est de surcroît un endroit tout désigné pour se détendre ou lire devant l’exposition d’arts visuels qui y est présentée.</p>



<figure class="wp-block-image size-large"><img loading="lazy" decoding="async" width="1000" height="750" src="https://www.delitfrancais.com/wp-content/uploads/2021/10/Secrets-McGill-Salle-de-lecture-p.-8-1000x750.jpg" alt class="wp-image-44954" srcset="https://www.delitfrancais.com/wp-content/uploads/2021/10/Secrets-McGill-Salle-de-lecture-p.-8-1000x750.jpg 1000w, https://www.delitfrancais.com/wp-content/uploads/2021/10/Secrets-McGill-Salle-de-lecture-p.-8-330x248.jpg 330w, https://www.delitfrancais.com/wp-content/uploads/2021/10/Secrets-McGill-Salle-de-lecture-p.-8-768x576.jpg 768w, https://www.delitfrancais.com/wp-content/uploads/2021/10/Secrets-McGill-Salle-de-lecture-p.-8-1536x1152.jpg 1536w, https://www.delitfrancais.com/wp-content/uploads/2021/10/Secrets-McGill-Salle-de-lecture-p.-8-2048x1536.jpg 2048w" sizes="auto, (max-width: 1000px) 100vw, 1000px"><figcaption><span class="media-credit">Aymeric Tardif et Louise Toutée</span> La salle de lecture de la Collection de livres rares</figcaption></figure>



<p>À cet étage se trouve également le <a href="https://www.mcgill.ca/library/branches/rarebooks/book-arts-laboratory" target="_blank" rel="noreferrer noopener external" data-wpel-link="external">Laboratoire des arts du livre</a> (<em>Book Arts Lab</em> en anglais), ouvert depuis 2020, où travaille Jennifer Garland. « La mission de cet endroit est l’enseignement de l’histoire des livres à travers les outils avec lesquels ils étaient produits à l’époque de leur publication », explique-t-elle.&nbsp; <em>Le Délit</em> a pu avoir un aperçu du fonctionnement de ce laboratoire.</p>



<figure class="wp-block-image"><img loading="lazy" decoding="async" width="750" height="1000" src="https://www.delitfrancais.com/wp-content/uploads/2021/10/Secrets-McGill-Columbian-press-Chris-Lyons-750x1000.jpg" alt class="wp-image-44951" srcset="https://www.delitfrancais.com/wp-content/uploads/2021/10/Secrets-McGill-Columbian-press-Chris-Lyons-750x1000.jpg 750w, https://www.delitfrancais.com/wp-content/uploads/2021/10/Secrets-McGill-Columbian-press-Chris-Lyons-330x440.jpg 330w, https://www.delitfrancais.com/wp-content/uploads/2021/10/Secrets-McGill-Columbian-press-Chris-Lyons-768x1024.jpg 768w, https://www.delitfrancais.com/wp-content/uploads/2021/10/Secrets-McGill-Columbian-press-Chris-Lyons-1152x1536.jpg 1152w, https://www.delitfrancais.com/wp-content/uploads/2021/10/Secrets-McGill-Columbian-press-Chris-Lyons-1536x2048.jpg 1536w, https://www.delitfrancais.com/wp-content/uploads/2021/10/Secrets-McGill-Columbian-press-Chris-Lyons-scaled.jpg 1920w" sizes="auto, (max-width: 750px) 100vw, 750px"><figcaption><span class="media-credit">Aymeric Tardif et Louise Toutée</span></figcaption></figure>



<p><meta charset="utf-8">Le bibliothécaire en chef Christopher Lyons posant avec la presse à imprimer <em>Columbian</em>, qui pèse plus de 90 kg. Elle date de 1821 et est la plus vieille de ce type en Amérique du Nord.</p>



<div id="wp-block-themeisle-blocks-slider-77c7eb50" class="wp-block-themeisle-blocks-slider glide" data-per-view="1" data-gap="0" data-peek="0" data-autoplay="true" data-height="400px" data-hide-arrows="false"><div class="glide__track" data-glide-el="track"><div class="glide__slides"><div class="wp-block-themeisle-blocks-slider-item-wrapper glide__slide" tabindex="0"><figure><img decoding="async" class="wp-block-themeisle-blocks-slider-item" src="https://www.delitfrancais.com/wp-content/uploads/2021/10/Secrets-McGIll-Texte-Columbian-press-2-scaled.jpg" alt title data-id="44956"></figure></div><div class="wp-block-themeisle-blocks-slider-item-wrapper glide__slide" tabindex="0"><figure><img decoding="async" class="wp-block-themeisle-blocks-slider-item" src="https://www.delitfrancais.com/wp-content/uploads/2021/10/Secrets-McGill-Texte-Columbian-press-scaled.jpg" alt title data-id="44957"></figure></div></div><div class="glide__bullets" data-glide-el="controls[nav]"><button class="glide__bullet" data-glide-dir="=0"></button><button class="glide__bullet" data-glide-dir="=1"></button></div></div></div>



<p>Ce texte a été imprimé sur la presse <em>Columbian</em>. « Préparer un texte pour la presse à imprimer, c’est comme faire de la cuisine : il y a beaucoup de préparation et on applique l’encre pour imprimer seulement à la fin, avant de devoir tout nettoyer&nbsp;», nous dit Mme Garland. «Tous les espaces entre les lettres et les ornements doivent être mesurés et il faut réfléchir à l’envers ; c’est un processus complexe qui demande de l’épreuvage, autrement dit des tests d’impression avec une presse particulière, pour s’assurer de ne pas faire d’erreurs lors de l’impression. » Selon Mme Garland, l’impression d’un simple mot peut prendre une journée complète alors que l’impression d’un livre de 100 pages pourrait prendre de six mois à un an.</p>



<figure class="wp-block-image size-large"><img loading="lazy" decoding="async" width="1000" height="750" src="https://www.delitfrancais.com/wp-content/uploads/2021/10/Boite-1000x750.jpg" alt class="wp-image-45040" srcset="https://www.delitfrancais.com/wp-content/uploads/2021/10/Boite-1000x750.jpg 1000w, https://www.delitfrancais.com/wp-content/uploads/2021/10/Boite-330x248.jpg 330w, https://www.delitfrancais.com/wp-content/uploads/2021/10/Boite-768x576.jpg 768w, https://www.delitfrancais.com/wp-content/uploads/2021/10/Boite-1536x1152.jpg 1536w, https://www.delitfrancais.com/wp-content/uploads/2021/10/Boite-2048x1536.jpg 2048w" sizes="auto, (max-width: 1000px) 100vw, 1000px"><figcaption><span class="media-credit">Aymeric Tardif et Louise Toutée</span></figcaption></figure>



<p>Cette boîte contient de nombreux tiroirs, nommés casiers, dans lesquels sont classés par police et par taille les caractères de plomb. Les compartiments servent à séparer chaque lettre de l’alphabet. Les polices de caractères sont souvent les mêmes que l’on retrouve aujourd’hui dans les logiciels de traitement de texte comme Microsoft Word, nous explique Mme Garland. Le casier que l’on peut voir sur la photo contient des lettres en police Garamond et en taille 12. Les compartiments inférieurs du casier (<em>case</em>, en anglais) contiennent les lettres minuscules alors que les compartiments supérieurs contiennent les lettres majuscules. C’est de là que proviennent les traductions anglaises de <em>lowercase</em> (minuscule) et <em>uppercase</em> (majuscule).</p>



<figure class="wp-block-image"><img loading="lazy" decoding="async" width="750" height="1000" src="https://www.delitfrancais.com/wp-content/uploads/2021/10/Secrets-McGill-Lettre-Y-750x1000.jpg" alt class="wp-image-44953" srcset="https://www.delitfrancais.com/wp-content/uploads/2021/10/Secrets-McGill-Lettre-Y-750x1000.jpg 750w, https://www.delitfrancais.com/wp-content/uploads/2021/10/Secrets-McGill-Lettre-Y-330x440.jpg 330w, https://www.delitfrancais.com/wp-content/uploads/2021/10/Secrets-McGill-Lettre-Y-768x1024.jpg 768w, https://www.delitfrancais.com/wp-content/uploads/2021/10/Secrets-McGill-Lettre-Y-1152x1536.jpg 1152w, https://www.delitfrancais.com/wp-content/uploads/2021/10/Secrets-McGill-Lettre-Y-1536x2048.jpg 1536w, https://www.delitfrancais.com/wp-content/uploads/2021/10/Secrets-McGill-Lettre-Y-scaled.jpg 1920w" sizes="auto, (max-width: 750px) 100vw, 750px"><figcaption><span class="media-credit">Aymeric Tardif et Louise Toutée</span> <meta charset="utf-8">Un caractère de plomb représentant la lettre Y en italique, en taille 24.</figcaption></figure>



<figure class="wp-block-image"><img loading="lazy" decoding="async" width="750" height="1000" src="https://www.delitfrancais.com/wp-content/uploads/2021/10/Secrets-McGill-Lettre-Q-750x1000.jpg" alt class="wp-image-44952" srcset="https://www.delitfrancais.com/wp-content/uploads/2021/10/Secrets-McGill-Lettre-Q-750x1000.jpg 750w, https://www.delitfrancais.com/wp-content/uploads/2021/10/Secrets-McGill-Lettre-Q-330x440.jpg 330w, https://www.delitfrancais.com/wp-content/uploads/2021/10/Secrets-McGill-Lettre-Q-768x1024.jpg 768w, https://www.delitfrancais.com/wp-content/uploads/2021/10/Secrets-McGill-Lettre-Q-1152x1536.jpg 1152w, https://www.delitfrancais.com/wp-content/uploads/2021/10/Secrets-McGill-Lettre-Q-1536x2048.jpg 1536w, https://www.delitfrancais.com/wp-content/uploads/2021/10/Secrets-McGill-Lettre-Q-scaled.jpg 1920w" sizes="auto, (max-width: 750px) 100vw, 750px"><figcaption><span class="media-credit">Aymeric Tardif et Louise Toutée</span> <meta charset="utf-8">Cette règle permet de déterminer la taille des caractères de plomb. Ici, la taille de ce caractère représentant la lettre Q est de 36 points.</figcaption></figure>



<p>Outre la presse <em>Columbian</em>, le Laboratoire de l’art du livre possède de nombreuses autres presses à imprimer qui lui permettent de reproduire l’impression propre à diverses époques. Il possède par exemple une reproduction d’une presse en bois utilisée au 15<em>e</em> siècle. Le Laboratoire aimerait éventuellement tenir des ateliers avec des étudiant·e·s pour leur permettre de venir tester les anciennes techniques d’impression. Vous pouvez suivre les archives de McGill sur Instagram au <a href="https://www.instagram.com/mcgill_rare/" target="_blank" rel="noreferrer noopener external" data-wpel-link="external">@mcgill_rare</a> et pour toutes les publications du Laboratoire des arts du livre, recherchez le mot-clic <a href="#McGillBookArtsLab" target="_blank" rel="noreferrer noopener">#McGillBookArtsLab</a>.</p>



<p><strong>Le Musée médical&nbsp;Maude Abbott</strong></p>



<p><em>Le Délit</em> s’est entretenu avec Joan O’Malley, assistante-directrice et Dr Richard Fraser, directeur du Musée médical Maude Abbott, sur l’histoire et la mission de ce musée.</p>



<p>Situé au deuxième étage du pavillon Strathcona d’anatomie et de médecine dentaire, le musée médical Abbott n’existe sous sa forme actuelle que depuis 2013 ; cependant, certains des échantillons qui y sont exposés datent de près de 200 ans. Ouvert gratuitement au public tous les mercredis et vendredis de 13 h à 16 h, il permet aux curieux·se s d’observer des collections de squelettes, de moulages ainsi que de divers organes conservés dans du formol. Moins morbide que cela pourrait sembler, le Musée offre surtout une fenêtre fascinante sur l’intérieur du corps humain et sur les différentes pathologies que peuvent rencontrer les médecins dans l’exercice de leur profession.</p>



<p>Toujours utilisés par les étudiant·e·s de médecine à des fins pédagogiques, les spécimens du musée sont aussi employés pour la recherche : des analyses moléculaires génétiques ont par exemple été effectuées sur des échantillons collectés dans les années 1910 pour chercher à comprendre pourquoi la grippe espagnole, qui a ravagé la planète entre 1918 et 1921, frappait si sévèrement les populations plus jeunes. Finalement, les spécimens du musée servent aussi à des buts artistiques.&nbsp; Dans le cadre d’un projet de médecine narrative intitulé «Immortalisons le mortel», les étudiant·e·s de médecine sont chaque année invité·e·s à représenter l’histoire d’un spécimen au moyen du médium de leur choix ; des sculptures, des peintures, et même des danses ont déjà été réalisées.&nbsp;</p>



<figure class="wp-block-image size-large"><img decoding="async" src="https://www.delitfrancais.com/wp-content/uploads/2021/10/musée_p.7-8-1000x750.jpg" alt class="wp-image-44961"><figcaption><span class="media-credit">Aymeric Tardif et Louise Toutée</span></figcaption></figure>



<figure class="wp-block-image"><img loading="lazy" decoding="async" width="750" height="1000" src="https://www.delitfrancais.com/wp-content/uploads/2021/10/coeur_p.7-8-750x1000.jpg" alt class="wp-image-44959" srcset="https://www.delitfrancais.com/wp-content/uploads/2021/10/coeur_p.7-8-750x1000.jpg 750w, https://www.delitfrancais.com/wp-content/uploads/2021/10/coeur_p.7-8-330x440.jpg 330w, https://www.delitfrancais.com/wp-content/uploads/2021/10/coeur_p.7-8-768x1024.jpg 768w, https://www.delitfrancais.com/wp-content/uploads/2021/10/coeur_p.7-8-1152x1536.jpg 1152w, https://www.delitfrancais.com/wp-content/uploads/2021/10/coeur_p.7-8-1536x2048.jpg 1536w, https://www.delitfrancais.com/wp-content/uploads/2021/10/coeur_p.7-8-scaled.jpg 1920w" sizes="auto, (max-width: 750px) 100vw, 750px"><figcaption><span class="media-credit">Aymeric Tardif et Louise Toutée</span></figcaption></figure>



<p><meta charset="utf-8">Des élèves de littérature sont parfois aussi invité·e·s à écrire un poème à propos d’un spécimen particulier,&nbsp; un cœur noirci – bien que propice à la métaphore, cette couleur relève d’une mauvaise conservation et pas d’une quelconque faute morale de son hôte.</p>



<figure class="wp-block-image"><img loading="lazy" decoding="async" width="750" height="1000" src="https://www.delitfrancais.com/wp-content/uploads/2021/10/squelette_p.7-8-750x1000.jpg" alt class="wp-image-44963" srcset="https://www.delitfrancais.com/wp-content/uploads/2021/10/squelette_p.7-8-750x1000.jpg 750w, https://www.delitfrancais.com/wp-content/uploads/2021/10/squelette_p.7-8-330x440.jpg 330w, https://www.delitfrancais.com/wp-content/uploads/2021/10/squelette_p.7-8-768x1024.jpg 768w, https://www.delitfrancais.com/wp-content/uploads/2021/10/squelette_p.7-8-1152x1536.jpg 1152w, https://www.delitfrancais.com/wp-content/uploads/2021/10/squelette_p.7-8-1536x2048.jpg 1536w, https://www.delitfrancais.com/wp-content/uploads/2021/10/squelette_p.7-8-scaled.jpg 1920w" sizes="auto, (max-width: 750px) 100vw, 750px"><figcaption><span class="media-credit">Aymeric Tardif et Louise Toutée</span></figcaption></figure>



<p><meta charset="utf-8">Proclamé « <em>le plus vieil auxiliaire d’enseignement de McGill</em> », ce squelette aide depuis des décennies à la formation des étudiant·e·s en médecine. Il s’agit du squelette d’un homme : on peut le déterminer grâce à la largeur des os du bassin.</p>



<figure class="wp-block-image"><img loading="lazy" decoding="async" width="750" height="1000" src="https://www.delitfrancais.com/wp-content/uploads/2021/10/cheveux_p.7-8-750x1000.jpg" alt class="wp-image-44958" srcset="https://www.delitfrancais.com/wp-content/uploads/2021/10/cheveux_p.7-8-750x1000.jpg 750w, https://www.delitfrancais.com/wp-content/uploads/2021/10/cheveux_p.7-8-330x440.jpg 330w, https://www.delitfrancais.com/wp-content/uploads/2021/10/cheveux_p.7-8-768x1024.jpg 768w, https://www.delitfrancais.com/wp-content/uploads/2021/10/cheveux_p.7-8-1152x1536.jpg 1152w, https://www.delitfrancais.com/wp-content/uploads/2021/10/cheveux_p.7-8-1536x2048.jpg 1536w, https://www.delitfrancais.com/wp-content/uploads/2021/10/cheveux_p.7-8-scaled.jpg 1920w" sizes="auto, (max-width: 750px) 100vw, 750px"><figcaption><span class="media-credit">Aymeric Tardif et Louise Toutée</span></figcaption></figure>



<p><meta charset="utf-8">Cet étrange spécimen n’est pas un organe en tant que tel. Il appartenait à une patiente atteinte de troubles psychotiques qui avait comme obsession de manger ses cheveux. Ceux-ci se mirent à s’accumuler dans son ventre, jusqu’à former la boule de cheveux en forme d’estomac qui est aujourd’hui exposée.</p>



<figure class="wp-block-image"><img loading="lazy" decoding="async" width="750" height="1000" src="https://www.delitfrancais.com/wp-content/uploads/2021/10/fenetre_p.7-8-750x1000.jpg" alt class="wp-image-44960" srcset="https://www.delitfrancais.com/wp-content/uploads/2021/10/fenetre_p.7-8-750x1000.jpg 750w, https://www.delitfrancais.com/wp-content/uploads/2021/10/fenetre_p.7-8-330x440.jpg 330w, https://www.delitfrancais.com/wp-content/uploads/2021/10/fenetre_p.7-8-768x1024.jpg 768w, https://www.delitfrancais.com/wp-content/uploads/2021/10/fenetre_p.7-8-1152x1536.jpg 1152w, https://www.delitfrancais.com/wp-content/uploads/2021/10/fenetre_p.7-8-1536x2048.jpg 1536w, https://www.delitfrancais.com/wp-content/uploads/2021/10/fenetre_p.7-8-scaled.jpg 1920w" sizes="auto, (max-width: 750px) 100vw, 750px"><figcaption><span class="media-credit">Aymeric Tardif et Louise Toutée</span></figcaption></figure>



<p><meta charset="utf-8">La salle de lecture&nbsp;en face du musée, réservée exclusivement aux étudiant·e·s d’anatomie.</p>



<figure class="wp-block-image"><img loading="lazy" decoding="async" width="750" height="1000" src="https://www.delitfrancais.com/wp-content/uploads/2021/10/holmes_p.7-8-750x1000.jpg" alt class="wp-image-44965" srcset="https://www.delitfrancais.com/wp-content/uploads/2021/10/holmes_p.7-8-750x1000.jpg 750w, https://www.delitfrancais.com/wp-content/uploads/2021/10/holmes_p.7-8-330x440.jpg 330w, https://www.delitfrancais.com/wp-content/uploads/2021/10/holmes_p.7-8-768x1024.jpg 768w, https://www.delitfrancais.com/wp-content/uploads/2021/10/holmes_p.7-8-1152x1536.jpg 1152w, https://www.delitfrancais.com/wp-content/uploads/2021/10/holmes_p.7-8-1536x2048.jpg 1536w, https://www.delitfrancais.com/wp-content/uploads/2021/10/holmes_p.7-8-scaled.jpg 1920w" sizes="auto, (max-width: 750px) 100vw, 750px"><figcaption><span class="media-credit">Aymeric Tardif et Louise Toutée</span></figcaption></figure>



<p><meta charset="utf-8">Le cœur d’Holmes est particulier de plus d’une façon. D’un point de vue anatomique, ce cœur a la caractéristique extrêmement rare de ne pas avoir quatre ventricules, comme c’est d’habitude le cas, mais seulement trois. D’un point de vue historique, c’est aussi le premier spécimen du Musée dont on peut retracer l’origine. Le Dr Andrew Holmes, tout premier doyen de la Faculté de médecine de McGill, a donné son nom à ce cœur en faisant lui-même l’autopsie de ce dernier en 1822 et en le conservant à des fins d’enseignement.&nbsp;</p>
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		<title>Coup d’envoi des élections municipales</title>
		<link>https://www.delitfrancais.com/2021/09/28/coup-denvoi-des-elections-municipales/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Aymeric Tardif]]></dc:creator>
		<pubDate>Tue, 28 Sep 2021 15:19:38 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Actualités]]></category>
		<category><![CDATA[Montréal]]></category>
		<category><![CDATA[Balarama Holness]]></category>
		<category><![CDATA[Denis Coderre]]></category>
		<category><![CDATA[Élections municipales]]></category>
		<category><![CDATA[marc-antoine desjardins]]></category>
		<category><![CDATA[Politique]]></category>
		<category><![CDATA[Valérie Plante]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>Tour d’horizon du début de la campagne électorale montréalaise.</p>
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										<content:encoded><![CDATA[
<p class="has-drop-cap">Le 7 novembre prochain, les citoyen·ne·s de plus de 1 100 municipalités québécoises seront appelé·e·s aux urnes à l’occasion des élections municipales. Plus de 8 000 postes de maire·sse, de conseiller·ère, ou encore de préfet·ète seront à pourvoir. À Montréal, alors que sont progressivement décrochées les affiches des électorales fédérales, les pancartes municipales ont déjà commencé à s’immiscer dans le paysage urbain&nbsp;: la campagne électorale est officiellement lancée depuis le 17 septembre. Cette année, la campagne s’étendra sur 52 jours plutôt que sur les habituels 45, et deviendra du même coup la plus longue des 20 dernières années. En raison de la COVID-19, l’Assemblée nationale a pris la décision, au printemps dernier, de prolonger d’une semaine la campagne municipale afin d’accorder plus de temps aux électeur·rice·s qui voteront par correspondance.</p>



<p><strong>Brusque coup de départ</strong></p>



<p>Les hostilités ont démarré le 16 septembre dernier lorsque le chef d’Ensemble Montréal et ex-maire Denis Coderre a <a href="https://www.journaldemontreal.com/2021/09/16/elections-municipales-les-hostilites-sont-lancees" target="_blank" rel="noreferrer noopener external" data-wpel-link="external">convoqué les médias</a> pour faire un bilan des « promesses non tenues » de la mairesse sortante Valérie Plante. Depuis, M. Coderre critique sans relâche le bilan de Mme Plante, mettant entre autres l’accent sur la sécurité et la propreté défaillantes de la Ville.&nbsp; Mme Plante <a href="https://www.lapresse.ca/actualites/grand-montreal/2021-09-16/montreal/les-elections-municipales-officiellement-lancees.php" target="_blank" rel="noreferrer noopener external" data-wpel-link="external">rétorque</a> que son opposant veut maintenir le statu quo ou encore ramener la métropole en arrière, notamment sur des enjeux de transport en commun et de mobilité comme la ligne rose. Ces tensions ont notamment fait surface lors du débat organisé par Tourisme Montréal le jeudi 23 septembre dernier au Palais des congrès, où l’ex-maire a reproché à la cheffe de Projet Montréal sa mauvaise gestion des finances publiques, qui aurait entraîné une baisse de la cote de crédit municipale. Cette affirmation est démentie par <a href="https://ici.radio-canada.ca/nouvelle/1826360/denis-coderre-montreal-cote-credit-agences-notation" target="_blank" rel="noreferrer noopener external" data-wpel-link="external">les principales agences de notation financière</a>. De l’autre côté, la mairesse sortante a accusé son vis-à-vis d’avoir une vision mercantile et événementielle de promotion de la ville, rappelant au passage <a href="https://ici.radio-canada.ca/nouvelle/1103582/montreal-electrique-course-evenko-rapport-bureau-inspecteur-general-denis-gallant" target="_blank" rel="noreferrer noopener external" data-wpel-link="external">le fiasco éthique et économique</a> du championnat de course de formule électrique organisé par l’administration Coderre à l’été 2017.&nbsp;</p>



<blockquote class="wp-block-quote has-text-align-center is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow"><p>«Mme Plante et M. Coderre obtiennent respectivement 36% et 37%&nbsp;des intentions de vote»&nbsp;</p></blockquote>



<p><strong>Une lutte difficile à prévoir</strong></p>



<p>La compétition s’annonce serrée entre les deux principaux partis montréalais. Un récent <a href="https://www.ledevoir.com/politique/montreal/634401/elections-municipales-plante-et-coderre-egaux-sur-les-blocs-de-depart?utm_medium=Social&amp;utm_campaign=Autopost&amp;utm_source=Facebook&amp;fbclid=IwAR2fWzPuZpJrAWCklkAb3y4m20LYUH9IIhSzCuw7omjMuyfX2q4kSfBOERs#Echobox=1632283553" target="_blank" rel="noreferrer noopener external" data-wpel-link="external">sondage</a> réalisé conjointement par <em>Le Devoir </em>et la firme Léger brosse le portrait d’un électorat divisé. Mme Plante et M. Coderre obtiennent respectivement 36% et 37% des intentions de vote. Projet Montréal accuse désormais un retard moins grand sur Ensemble Montréal qu’en mai dernier, où seul 29% de l’électorat prévoyait de voter pour Mme Plante, contre 39% pour M. Coderre.</p>



<p>Il n’y a cependant pas que deux joueur·se·s dans la course à la mairie. Deux nouvelles formations ont fait leur arrivée cette année sur l’échiquier politique montréalais: Mouvement Montréal et Ralliement pour Montréal. Mouvement Montréal se présente comme un parti politique communautaire et de représentation de proximité. Le parti mené par l’ex-joueur de football professionnel Balarama Holness recueille 8% des intentions de vote. Avec 5% des préférences exprimées, Ralliement pour Montréal est le dernier parti de la course. À la « vision progressiste et pragmatique », celui-ci dit vouloir faire de la politique collaborative en s’éloignant de la « chicane » et de la polarisation. Il est dirigé par l’avocat Marc-Antoine Desjardins.</p>



<blockquote class="wp-block-quote has-text-align-center is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow"><p>«Il est à prévoir que la crise du logement sera au centre des débats cet automne»</p></blockquote>



<p><strong>Les enjeux saillants</strong></p>



<p>En ce début de campagne électorale, on constate déjà que certains enjeux occuperont une place importante au sein des propositions des partis dans la course à la mairie. Il est à prévoir que la « crise du logement » – le coût élevé des loyers, la restriction de l’accès à la propriété et la difficulté à se loger – sera au centre des débats cet automne, puisque le sondage du <em>Devoir</em> et de la firme Léger indique qu’il s’agit de l’enjeu le plus préoccupant pour les Montréalais·es. Mme Plante a déjà fait l’annonce d’un projet de construction et d’aménagement de 60 000 logements abordables dans les prochaines années. Pour ce faire, elle veut faire l’acquisition de plusieurs terrains dans la métropole.</p>



<p>→ Voir aussi : <em><a href="https://www.delitfrancais.com/2021/07/17/des-logements-etudiants-abordables-et-durables/" target="_blank" rel="noreferrer noopener" data-wpel-link="internal">Des logements étudiants abordables et durables</a></em></p>



<p>La propreté et le déneigement font également partie des préoccupations de l’électorat montréalais, et Denis Coderre en fait déjà un cheval de bataille. Il compte s’attaquer au « laisser-aller » de la Ville en matière de propreté. Il veut notamment augmenter le nombre de poubelles et de cendriers publics, contrôler la population de rats et établir un programme qui permettra d’éliminer les graffitis dans les heures suivant leur signalement.</p>



<p>Les deux principaux partis font de la relance économique du centre-ville une priorité. La vitalité du centre-ville s’est en effet trouvée grandement diminuée durant la pandémie de COVID-19 et en raison des chantiers majeurs qui ont occupé ses principales artères commerciales au cours des dernières années.&nbsp;</p>



<p>Le 7 novembre prochain, en plus de se prononcer sur la mairie de Montréal, les électeur·rice·s choisiront les maire·sse·s et les conseiller·ère d’arrondissement ainsi que les conseiller·ère·s de ville. Chacun·e devra voter pour quatre candidat·e·s se présentant pour quatre postes distincts. Au total, dans les 19 arrondissements et les 58 districts électoraux, <a href="https://elections.montreal.ca/fr/electeurs-trices/districts-electoraux/" target="_blank" rel="noreferrer noopener external" data-wpel-link="external">103 postes électifs</a> seront comblés.&nbsp; Il sera possible de voter par correspondance pour certain·e·s électeur·rice·s – notamment ceux·lles incapables de se déplacer, atteintes de la COVID-19 ou en isolement recommandé ou ordonné par la Santé publique. Les Montréalais·es pourront également voter par anticipation les 30 et 31 octobre prochains.&nbsp; Le coût projeté de l’élection est de 22,2 millions de dollars, soit plus de huit millions de dollars de plus qu’en 2017.</p>
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		<title>Quelle justice?</title>
		<link>https://www.delitfrancais.com/2021/09/28/quelle-justice/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Aymeric Tardif]]></dc:creator>
		<pubDate>Tue, 28 Sep 2021 13:32:59 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Éditorial]]></category>
		<category><![CDATA[Justice]]></category>
		<category><![CDATA[justice climatique]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>Cette question semble tirailler nombre de personnes constatant l’état actuel du monde, un monde qui semble se préoccuper davantage de la justesse – ce qui est adéquat, admis et cohérent, une suite logique des choses qui ne brusque personne – que de la justice. Comment ne pas en croire autant, alors que la une des&#8230;&#160;<a href="https://www.delitfrancais.com/2021/09/28/quelle-justice/" rel="bookmark" data-wpel-link="internal">Lire la suite &#187;<span class="screen-reader-text">Quelle justice?</span></a></p>
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]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[
<p class="has-drop-cap">Cette question semble tirailler nombre de personnes constatant l’état actuel du monde, un monde qui semble se préoccuper davantage de la <em>justesse</em> – ce qui est adéquat, admis et cohérent, une suite logique des choses qui ne brusque personne – que de la <em>justice</em>. Comment ne pas en croire autant, alors que la une des journaux énonce périodiquement les conséquences catastrophiques de l’inévitable réchauffement de notre planète et que nous contemplons, dans un sentiment d’impuissance, les rouages gangrenés par le carbone de notre économie mondialisée de laquelle notre mode de vie occidental ne permet pas de nous passer? Alors que nos fils d’actualités nous bombardent sans cesse de statistiques sur le nombre pitoyablement faible de plaintes pour crimes sexuels menant à une condamnation? Alors que, jour après jour, année après année, les Autochtones réclament sur toutes les tribunes le droit à l’eau potable et leurs appels tombent dans les oreilles de gouvernements successifs, sinon complètement sourds, du moins plus lents à agir les uns que les autres?&nbsp;</p>



<p>Les outils dont nous disposons à titre d’individus voulant agir afin de s’extirper de ce statu quo dans lequel nous sommes collectivement enlisé·e·s sont mal adaptés pour la tâche herculéenne à laquelle nous les vouons. Voter, après une élection aux résultats sensiblement identiques à l’état précédent des choses et où un nombre significatif de personnes ont exprimé leur cynisme (« De toute façon, mon vote, dans ma circonscription, ne change rien »), s’apparente à un exercice futile. Le recours aux tribunaux – avec les connaissances, les coûts, les délais et les charges mentale et émotionnelle qui l’accompagnent – est un moyen de revendication dont l’accessibilité laisse à désirer, sans parler de la confiance (ou l’absence de celle-ci) du public envers nos institutions judiciaires minée par de grands exemples médiatisés d’acquittements en matière de crimes sexuels. Même changer le système de l’intérieur, en se présentant et en se faisant élire au sein du parti au pouvoir, semble inévitablement entraîner une dilution des convictions pour lesquelles on se battait initialement, ou du moins de la capacité à les traduire par des actions concrètes, conséquence de la ligne de parti tracée au marqueur indélébile.&nbsp;</p>



<p>Individuellement, il est facile – normal, même – de se décourager face à ces obstacles et de se replier vers soi-même, mécanisme de défense visant à se protéger de la détresse de l’impuissance à laquelle nous conditionne le système. À force de voir des personnes compétentes et brillantes lutter sans succès pour une société plus juste, comment croire que l’individu seul puisse faire une différence? On peut s’imaginer que seule la personne parfaitement qualifiée, parfaitement éloquente, parfaitement rassembleuse – rédempteur·rice attendu·e et espéré·e de la justice – pourrait mener le combat et triompher de ces embûches systémiques.&nbsp;</p>



<p>Or, l’évidence s’impose : nous n’avons pas, nous n’avons <em>plus</em> le temps d’attendre et d’espérer. Chaque jour, la crise climatique empire. Chaque jour, une victime de plus décide de ne pas porter plainte par peur de ne pas être entendue. Chaque jour, des enfants naissent et grandissent dans l’une des 32 communautés autochtones canadiennes qui doivent composer avec un avis d’ébullition de l’eau. Le temps est un luxe que nous ne pouvons nous permettre&nbsp;: il s’impose que nous pouvons et devons, collectivement, être notre propre rédempteur·rice.&nbsp;</p>



<p>En se réappropriant, ensemble, l’espace public, nous pouvons sortir de l’impasse. Formons ensemble une vague qui entraîne tout sur son chemin. Déferlons dans la conscience collective et dans la <em>polis</em> pour crier haut et fort notre soif de changement. Ne nous résignons pas au cynisme, aussi tentant puisse-t-il paraître, car le cynisme tend à entraîner l’inaction, à mener à un mur que l’on dirait insurmontable. Un mur qu’il nous faudrait plutôt abattre avec la force de notre volonté unie. Posons des actions individuelles concrètes afin de mobiliser nos communautés. Agissons afin d’entraîner toujours un plus grand nombre avec nous. Et, ensemble, manifestons la justice que nous revendiquons – une justice de l’écoute, où les voix si longtemps tues seront enfin entendues et écoutées.</p>
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		<title>Agression armée près de McGill</title>
		<link>https://www.delitfrancais.com/2021/09/21/agression-armee-pres-de-mcgill/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Aymeric Tardif]]></dc:creator>
		<pubDate>Tue, 21 Sep 2021 16:07:21 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Actualités]]></category>
		<category><![CDATA[Campus]]></category>
		<category><![CDATA[Montréal]]></category>
		<category><![CDATA[AÉUM]]></category>
		<category><![CDATA[agression]]></category>
		<category><![CDATA[arme blanche]]></category>
		<category><![CDATA[blessé]]></category>
		<category><![CDATA[McGill]]></category>
		<category><![CDATA[mort]]></category>
		<category><![CDATA[spvm]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>L'incident a fait un blessé et un mort.</p>
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										<content:encoded><![CDATA[
<p>Deux agressions à l’arme blanche ont fait deux blessés et un mort dans la nuit de vendredi à samedi dernier. L’une d’entre elles a eu lieu en périphérie immédiate du campus mcgillois, sur la rue Sherbrooke, aux abords de l’intersection de la rue Mansfield.</p>



<p>Un appel au 911 a été effectué vers 1h45 pour signaler une agression armée, d’après les informations transmises par le Service de police de la Ville de Montréal (SPVM). Les patrouilleur·se·s dépêché·e·s sur les lieux y ont trouvé deux victimes : un homme de 20 et un autre de 23 ans, souffrant de blessures au haut du corps causées par arme blanche. L’un d’entre eux présentait des blessures graves.&nbsp; À l’arrivée des policiers, la personne responsable était déjà introuvable.&nbsp;</p>



<p>Un périmètre de sécurité a alors été mis en place. Des expert·e·s légaux·ales et enquêteur·trice·s de la Section des crimes majeurs du SPVM en plus d’une escouade canine ont été dépêché·e·s sur les lieux afin d’entamer l’enquête. À l’heure actuelle, aucun·e suspect·e n’a été identifié·e. Durant la fin de semaine, un poste de commande mobile a été stationné à proximité des lieux.</p>



<p>Depuis l’événement, le SPVM a confirmé que la plus âgée des deux victimes, l’homme de 23 ans, avait succombé à ses blessures, devenant ainsi la 21<em>e</em> personne tuée par homicide à Montréal depuis le début de l’année. Pour l’instant, la vie de l’autre victime ne serait pas menacée.</p>



<p>Les personnes détenant des informations qui pourraient être utiles à la police sont invitées à les transmettre au SPVM. Elles peuvent le faire de façon anonyme et confidentielle avec Info-Crime Montréal au 514 393‑1133, ou remplir le formulaire de signalement disponible sur le site <a href="http://infocrimemontreal.ca" target="_blank" rel="noreferrer noopener external" data-wpel-link="external">infocrimemontreal.ca</a>.</p>



<p>Des ressources sont disponibles sur le campus pour ceux et celles nécessitant un soutien mental ou émotif. Pour plus d’information, consultez l’onglet «&nbsp;ressources en santé mentale &nbsp;»sur le site Internet de l’Association étudiante de l’Univesité McGill (AÉUM), plus spécifiquement les pages de<a href="https://nightline.ssmu.ca/" target="_blank" rel="noreferrer noopener external" data-wpel-link="external"> <em>McGill student’s nightline</em></a><em> </em>et de <em><a href="https://pgss.mcgill.ca/en/keep.mesafe" target="_blank" rel="noreferrer noopener external" data-wpel-link="external">keep.mesafe</a>&nbsp;</em></p>



<p>Cet article a été réalisé avec les informations de La Presse canadienne.</p>
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