Coup d’envoi des élections municipales

Tour d’horizon du début de la campagne électorale montréalaise.

Parker Le Bras-Brown | Le Délit

Le 7 novembre prochain, les citoyen·ne·s de plus de 1 100 municipalités québécoises seront appelé·e·s aux urnes à l’occasion des élections municipales. Plus de 8 000 postes de maire·sse, de conseiller·ère, ou encore de préfet·ète seront à pourvoir. À Montréal, alors que sont progressivement décrochées les affiches des électorales fédérales, les pancartes municipales ont déjà commencé à s’immiscer dans le paysage urbain : la campagne électorale est officiellement lancée depuis le 17 septembre. Cette année, la campagne s’étendra sur 52 jours plutôt que sur les habituels 45, et deviendra du même coup la plus longue des 20 dernières années. En raison de la COVID-19, l’Assemblée nationale a pris la décision, au printemps dernier, de prolonger d’une semaine la campagne municipale afin d’accorder plus de temps aux électeur·rice·s qui voteront par correspondance.

Brusque coup de départ

Les hostilités ont démarré le 16 septembre dernier lorsque le chef d’Ensemble Montréal et ex-maire Denis Coderre a convoqué les médias pour faire un bilan des « promesses non tenues » de la mairesse sortante Valérie Plante. Depuis, M. Coderre critique sans relâche le bilan de Mme Plante, mettant entre autres l’accent sur la sécurité et la propreté défaillantes de la Ville.  Mme Plante rétorque que son opposant veut maintenir le statu quo ou encore ramener la métropole en arrière, notamment sur des enjeux de transport en commun et de mobilité comme la ligne rose. Ces tensions ont notamment fait surface lors du débat organisé par Tourisme Montréal le jeudi 23 septembre dernier au Palais des congrès, où l’ex-maire a reproché à la cheffe de Projet Montréal sa mauvaise gestion des finances publiques, qui aurait entraîné une baisse de la cote de crédit municipale. Cette affirmation est démentie par les principales agences de notation financière. De l’autre côté, la mairesse sortante a accusé son vis-à-vis d’avoir une vision mercantile et événementielle de promotion de la ville, rappelant au passage le fiasco éthique et économique du championnat de course de formule électrique organisé par l’administration Coderre à l’été 2017. 

« Mme Plante et M. Coderre obtiennent respectivement 36% et 37% des intentions de vote » 

Une lutte difficile à prévoir

La compétition s’annonce serrée entre les deux principaux partis montréalais. Un récent sondage réalisé conjointement par Le Devoir et la firme Léger brosse le portrait d’un électorat divisé. Mme Plante et M. Coderre obtiennent respectivement 36% et 37% des intentions de vote. Projet Montréal accuse désormais un retard moins grand sur Ensemble Montréal qu’en mai dernier, où seul 29% de l’électorat prévoyait de voter pour Mme Plante, contre 39% pour M. Coderre.

Il n’y a cependant pas que deux joueur·se·s dans la course à la mairie. Deux nouvelles formations ont fait leur arrivée cette année sur l’échiquier politique montréalais : Mouvement Montréal et Ralliement pour Montréal. Mouvement Montréal se présente comme un parti politique communautaire et de représentation de proximité. Le parti mené par l’ex-joueur de football professionnel Balarama Holness recueille 8% des intentions de vote. Avec 5% des préférences exprimées, Ralliement pour Montréal est le dernier parti de la course. À la « vision progressiste et pragmatique », celui-ci dit vouloir faire de la politique collaborative en s’éloignant de la « chicane » et de la polarisation. Il est dirigé par l’avocat Marc-Antoine Desjardins.

« Il est à prévoir que la crise du logement sera au centre des débats cet automne »

Les enjeux saillants

En ce début de campagne électorale, on constate déjà que certains enjeux occuperont une place importante au sein des propositions des partis dans la course à la mairie. Il est à prévoir que la « crise du logement » – le coût élevé des loyers, la restriction de l’accès à la propriété et la difficulté à se loger – sera au centre des débats cet automne, puisque le sondage du Devoir et de la firme Léger indique qu’il s’agit de l’enjeu le plus préoccupant pour les Montréalais·es. Mme Plante a déjà fait l’annonce d’un projet de construction et d’aménagement de 60 000 logements abordables dans les prochaines années. Pour ce faire, elle veut faire l’acquisition de plusieurs terrains dans la métropole.

→ Voir aussi : Des logements étudiants abordables et durables

La propreté et le déneigement font également partie des préoccupations de l’électorat montréalais, et Denis Coderre en fait déjà un cheval de bataille. Il compte s’attaquer au « laisser-aller » de la Ville en matière de propreté. Il veut notamment augmenter le nombre de poubelles et de cendriers publics, contrôler la population de rats et établir un programme qui permettra d’éliminer les graffitis dans les heures suivant leur signalement.

Les deux principaux partis font de la relance économique du centre-ville une priorité. La vitalité du centre-ville s’est en effet trouvée grandement diminuée durant la pandémie de COVID-19 et en raison des chantiers majeurs qui ont occupé ses principales artères commerciales au cours des dernières années. 

Le 7 novembre prochain, en plus de se prononcer sur la mairie de Montréal, les électeur·rice·s choisiront les maire·sse·s et les conseiller·ère d’arrondissement ainsi que les conseiller·ère·s de ville. Chacun·e devra voter pour quatre candidat·e·s se présentant pour quatre postes distincts. Au total, dans les 19 arrondissements et les 58 districts électoraux, 103 postes électifs seront comblés.  Il sera possible de voter par correspondance pour certain·e·s électeur·rice·s – notamment ceux·lles incapables de se déplacer, atteintes de la COVID-19 ou en isolement recommandé ou ordonné par la Santé publique. Les Montréalais·es pourront également voter par anticipation les 30 et 31 octobre prochains.  Le coût projeté de l’élection est de 22,2 millions de dollars, soit plus de huit millions de dollars de plus qu’en 2017.


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