Entre prestige et précarité

Portrait du travail étudiant en milieu universitaire.

Alexandre Gontier | Le Délit

Le milieu de la recherche et de l’enseignement universitaires grouille d’employés qui sont également étudiants. Ils assistent les professeurs dans leur recherche, dans la préparation de leurs cours ou dans la correction d’examens, en plus de faire du tutorat ou de surveiller les évaluations. Ils sont bien souvent indispensables au bon fonctionnement de plusieurs volets de la vie académique, et, ce faisant, travaillent à rendre le savoir plus accessible. Le Délit a voulu savoir si leur importance se reflète dans leurs conditions de travail et leur salaire. Portrait d’un milieu formateur pour les étudiants, mais qui cache cependant de nombreuses failles.

L’assistanat de recherche 

Les emplois d’assistants de recherche sont nombreux à McGill, tant pour les étudiants de premier cycle que pour ceux des cycles supérieurs. Ils permettent aux étudiants de mettre un pied dans l’univers de la recherche académique et de travailler avec des sommités dans leurs domaines. Toutefois, c’est un travail peu encadré par l’Université. 

Des salaires qui manquent de régularité

Selon Alexe*, étudiante de troisième année de baccalauréat, le salaire de 16$/heure qu’elle touche comme assistante de recherche ne reflète pas le travail accompli ni son niveau d’étude. « On m’a dit que c’était le salaire minimum pour le poste que j’occupe. Considérant la pénurie de main‑d’œuvre et la complexité de la tâche que j’accomplis, je trouve que, comparativement à certains de mes amis qui occupent un poste de premier échelon qui ne requiert pas d’expertise particulière, mon travail n’est pas bien rémunéré », nous raconte-t-elle. 

Même son de cloche pour Félix*, finissant au premier cycle qui travaille depuis deux ans dans un centre de recherche universitaire mcgillois. « J’aime mon travail, mais je n’ai eu droit qu’à une augmentation de salaire de 0,50$/heure depuis que j’ai commencé. À l’heure actuelle, je suis rémunéré à un taux horaire de 16$. » L’étudiant occupe également depuis deux ans un poste très similaire dans une université ontarienne. Cependant, il y touche un salaire de 25$/heure, soit 56% plus élevé que son salaire mcgillois. Selon lui, « l’assistanat de recherche est un travail valorisant, mais disons qu’un salaire qui reflète mieux tes compétences et ton expérience est une source de motivation et de valorisation supplémentaire ».

Ces écarts de salaire ne surprennent pas Sean Cory, président de l’Association des employés de recherche de l’Université McGill (AERUM). En effet, le salaire minimum des assistants de recherche de McGill est beaucoup plus bas que dans d’autres établissements. À Concordia, par exemple, le minimum est de près de 28$/heure. « C’est en partie dû au fait que notre syndicat est relativement jeune, explique-t-il. On fait des gains avec le temps, et nous avons encore beaucoup de retard à rattraper. »

« L’étudiant occupe également depuis deux ans un poste très similaire dans une université ontarienne. Cependant, il y touche un salaire de 25$/heure, soit 56% plus élevé que son salaire mcgillois »

Pour Alexe, le faible salaire est en partie justifié par l’opportunité qu’offre l’emploi de pouvoir travailler dans le monde universitaire et de se faire des contacts. « La réflexion que j’ai, c’est que le prestige de la tâche ainsi que le privilège de travailler avec un professeur et de l’indiquer sur ton CV sont une partie implicite de la rémunération. Le contrat de travail sous-entend que si tu as besoin d’une lettre de recommandation, le professeur pour qui tu travailles va pouvoir t’en écrire une. » Selon elle, ces avantages hypothétiques ne compensent cependant pas le fait d’être mal payé. 

Cet aspect implicite du salaire d’assistant de recherche, Olivia*, étudiante de troisième année en médecine, y connait quelque chose. Depuis le début de ses études dans ce programme, elle a occupé trois postes d’assistante de recherche différents, dont deux n’étaient pas rémunérés. « En médecine universitaire, la majorité des postes de recherche pour étudiants ne sont pas payés. Les gens s’impliquent certes par intérêt, mais aussi pour se faire des contacts dans le milieu et pour avoir une chance de publier. Si tu veux pouvoir poursuivre tes études dans une spécialité, il est préférable d’avoir publié dans ce domaine. Les chercheurs ne manquent donc pas de bénévoles pour les assister », explique-t-elle. L’étudiante affirme être d’avis que tout travail mérite salaire ; cependant, elle estime que le bénévolat en recherche est une pratique bien ancrée dans les mœurs qui a peu de chances de changer. « C’est comme ça que le système est fait. » 

Ariane*, une assistante de recherche également étudiante au baccalauréat, juge juste son salaire de 19$/heure. « Chaque professeur détermine comme il le veut le salaire de ses assistants de recherche, mais celui pour qui je travaille le fait de manière très claire en fonction de l’ancienneté et du niveau d’études de l’étudiant. » L’étudiante mentionne avoir la chance d’avoir un employeur qui fait la promotion de la santé mentale et respecte les limites de ses étudiants. Cependant, en l’absence de normes claires de McGill, elle ignore si ses collègues sont protégés si leur employeur est moins conciliant. « J’ai des amis qui sont moins payés que moi alors qu’ils ont plus d’années d’éducation. C’est sûr que les salaires sont tributaires du financement que les divers projets de recherche reçoivent, mais ça demeure injuste qu’à travail égal, les assistants de recherche soient payés différemment en fonction du professeur pour qui ils travaillent », explique-t-elle.

Pour Alexe et Ariane, un plus grand encadrement des salaires serait nécessaire de la part de McGill afin d’assurer une plus grande équité entre les assistants de recherche. Cette constatation est partagée par Élisabeth*, qui en est à son deuxième baccalauréat et qui œuvre dans le milieu académique depuis plusieurs années. « On ne sait jamais quel salaire nos collègues touchent, dit-elle. Il faudrait que des critères soient établis pour que tous soient payés équitablement en fonction de divers facteurs, comme le niveau d’études et l’expérience. »

«[Ç]a demeure injuste qu’à travail égal, les assistants de recherche soient payés différemment en fonction du professeur pour qui ils travaillent »

Ariane*, assistante de recherche

Pour Sean Cory de l’AERUM, la lutte contre ce manque d’encadrement est ardue. À McGill, à part le minimum défini par le syndicat, le salaire des assistants de recherche dépend entièrement du professeur. « Sous la Charte québécoise des droits de la personne, si deux personnes faisaient le même travail et avaient la même expérience mais étaient payées différemment, il y aurait des motifs de plainte au niveau des droits de la personne. Mais il faudrait qu’elles travaillent vraiment côte à côte. » Quand on compare des assistants issus de différents laboratoires ou départements, explique-t-il, réclamer une équivalence de salaire est compliqué, puisqu’ils n’accomplissent pas exactement le même travail.

Un nombre d’heures flexible, mais difficile à prédire

Malgré son salaire qu’elle juge insuffisant, Alexe est généralement satisfaite des conditions de travail liées à son emploi d’assistante de recherche. « C’est sûr que certaines semaines sont plus occupées, notamment quand il faut faire des révisions de dernière minute après qu’un article ait été sélectionné pour la publication. Mais généralement, je peux travailler de la maison, je peux choisir mes horaires, et je peux limiter mon nombre d’heures de travail par semaine. » L’étudiante raconte néanmoins que, bien que son employeur respecte sa limite d’heures, les tâches requises prennent parfois plus de temps à accomplir que le nombre d’heures hebdomadaires prévues à son contrat. « Je me trouve parfois à me poser la question à savoir si c’est moi qui ne travaille pas assez vite ou si on m’a imposé trop de travail. J’ai alors le réflexe de revoir à la baisse le nombre d’heures que je vais facturer à mon employeur. Je ressens une sorte de syndrome de l’imposteur », nous explique-t-elle. 

Ariane reconnaît aussi avoir parfois revu à la baisse le nombre d’heures facturées à son employeur de peur de ne pas avoir été assez efficace. « C’est le problème qui vient avec la rémunération à l’heure » dit-elle. Toutefois, c’est un problème qui se présente rarement. En effet, alors qu’Alexe dépasse souvent le nombre d’heures hebdomadaires minimales prévu à son contrat, Ariane fait parfois face au problème inverse. On lui a offert un contrat avec un nombre préétabli d’heures de travail par semaine, mais il lui arrive de ne pas avoir assez de travail pour les compléter. « Ce n’est pas nécessairement facile d’évaluer le nombre d’heures que tu devras travailler par semaine ainsi que le nombre d’heures que la tâche te prendra. Lors de ma première année comme assistante de recherche, j’ai trouvé ça difficile parce que j’ai établi mon budget en fonction du nombre d’heures hebdomadaires prévues à mon contrat, mais en réalité, ce nombre d’heures fluctue beaucoup. Ça vient avec un bon côté : je peux ne pas travailler lors des fins de session ou lorsque j’ai un gros travail à remettre. Financièrement, je m’en sors en travaillant l’été, mais pendant l’année, si j’avais juste la recherche comme source de revenu, ça ne fonctionnerait pas pour payer le loyer. » 

« Beaucoup d’étudiants diplômés ainsi qu’un tiers des chercheurs postdoctoraux ont des contrats de moins de six mois, bien qu’ils s’attendent à passer plusieurs années à McGill »

Les assistants de recherche sont nombreux à être dans cette situation. Selon Sean Cory, c’est un des problèmes qui vient avec le fait d’avoir un nombre d’heures variable plutôt que fixe. « Un étudiant peut compter sur ce revenu, puis le professeur perd de l’intérêt envers le projet ou n’est pas capable de lui donner assez de travail. Imaginez si l’étudiant avait refusé un autre emploi pour prendre celui-là ; il pourrait se retrouver coincé sans salaire au milieu du semestre, quand il y a beaucoup moins d’opportunités de trouver un nouveau poste. Tout cela contribue à la précarité de ce poste » conclut-il.

Un autre aspect de cette précarité, surtout pour les étudiants des cycles supérieurs, est la courte durée des contrats. Beaucoup d’étudiants diplômés ainsi qu’un tiers des chercheurs postdoctoraux ont des contrats de moins de six mois, bien qu’ils s’attendent à passer plusieurs années à McGill. Selon Sean Cory, beaucoup de professeurs donnent initialement des contrats très courts qu’ils utilisent comme sorte de période probatoire. « Ils se disent, “Je veux voir comment cette personne travaille, et si elle ne se donne pas à 110 %, je ne renouvellerai simplement pas le contrat”. » Cela signifie que plusieurs assistants de recherche voient leur emploi se terminer de façon inattendue et qu’il leur est difficile de prévoir leurs revenus futurs. « Vivre dans l’incertitude, ça pèse sur les gens, témoigne Sean Cory. La durée du contrat devrait être le reflet du travail à accomplir pour un projet particulier, plutôt que d’être raccourcie artificiellement dans le seul but de donner aux professeurs la possibilité de ne pas le renouveler. »

Un travail stimulant, mais qui manque de reconnaissance

Alexe aime l’univers des possibles qu’offre la recherche universitaire. Elle peut choisir avec quel professeur elle veut travailler en fonction des champs de recherche. Cela lui permet de travailler des sujets auxquels elle ne toucherait pas nécessairement dans ses classes ou auprès d’un employeur situé hors du monde universitaire. Elle aimerait cependant obtenir plus de reconnaissance pour son travail. « Certains professeurs vont vraiment travailler de pair avec leur étudiant et lui accorder le titre de coauteur lors de la publication de la recherche. Ça donne vraiment des outils de carrière intéressants. » Dans son cas, cependant, Alexe raconte qu’elle est une note de bas de page. Elle peut le mentionner dans son CV, explique-t-elle, mais cela ne lui donne pas la même reconnaissance. « Ça peut être correct si ta tâche consiste juste à faire des notes de bas de page, ou encore des mandats de recherche simples où on ne fait que résumer les publications scientifiques sur une question particulière. Dans mon cas, on me demande de proposer des réformes, d’élaborer la structure des articles publiés ; je contribue à l’essence de l’article. Parfois, je me dis que je pourrais être en train de faire cette recherche pour moi-même. » Selon elle, la reconnaissance de cet aspect créatif de la recherche n’est pas suffisant, ce qui limite les possibilités d’avancement.

Il y a bel et bien une politique sur les droits d’auteur dans la convention collective de l’AERUM. Elle stipule que le statut de coauteur doit être donné à tous ceux qui ont fait « d’importantes contributions académiques » à un article. Cependant, Cory explique que cela laisse beaucoup de liberté d’interprétation aux professeurs. Certains professeurs sont plus généreux que d’autres avec la mention d’auteur. D’autres mettent plutôt les contributeurs dans la section des remerciements ; mais « personne ne devrait être automatiquement relégué à cette section parce qu’ils sont étudiants. »

Léa Bourget | Le Délit

Le travail d’auxiliaire d’enseignement

Le manque de régulation salariale n’affecte pas que les postes d’assistant de recherche : selon Mario Roy, président du syndicat de l’Association des étudiant·e·s diplômé·e·s employé·e·s de McGill (AÉÉDEM), le financement du travail étudiant aux cycles supérieurs présente le même problème. « Il n’y a aucune régularité dans le financement. Personne ne sait si son financement est bon comparé aux autres : il n’y a pas de documents disponibles, sauf si on fait des sondages, » explique-t-il en entrevue avec Le Délit

Lorsque les étudiants aux cycles supérieurs acceptent leur offre d’admission à McGill, ceux-ci se font offrir du financement selon le budget de la faculté ou de McGill, mais ils n’ont pas leur mot à dire sur le montant. De plus, l’offre inclut un mélange de financement direct et de salaire, la plupart du temps pour des postes d’auxiliaires d’enseignement. Pour l’AÉÉDEM, dont le deux-tiers des membres occupent ce poste, cette situation est problématique. « Lorsqu’on négocie en tant que syndicat pour augmenter le salaire des auxiliaires d’enseignement, les gains faits à ce niveau vont souvent être annulés par une diminution du financement, explique Mario Roy. Donc si un étudiant diplômé est supposé recevoir 20 000$ au total, lorsqu’on négocie pour augmenter son salaire, son financement direct sera réduit et son financement total va rester le même. »

Le salaire des auxiliaires d’enseignement à McGill est d’environ 30$/heure. Dans les 15 meilleures universités du Canada du classement Maclean’s, huit d’entre elles rémunèrent mieux leur auxiliaires d’enseignement que McGill, qui se situe pourtant en tête du classement académique. De plus, ce salaire ne reflète souvent pas fidèlement l’ampleur du travail effectué. La plupart des auxiliaires d’enseignement sont payés par contrat pour un nombre d’heures fixe par semestre. Des données de l’AÉÉDEM révèlent cependant qu’en 2018, près de la moitié des auxiliaires d’enseignement ont travaillé plus d’heures que ce qui était prévu à leur contrat. 

« Le salaire des auxiliaires d’enseignement à McGill est d’environ 30$/heure. Dans les 15 meilleures universités du Canada du classement Maclean’s, huit d’entre elles rémunèrent mieux leur auxiliaires d’enseignement que McGill, qui se situe pourtant en tête du classement académique »

Dongliang Sheng, un étudiant de troisième année de doctorat de la Faculté de gestion Desautels, a été très souvent témoin de ce genre de situation. « C’est extrêmement irritant, témoigne-t-il. Non seulement cela nous donne le sentiment de ne pas être payé pour notre travail, mais en plus cela peut causer des conflits entre les différents auxiliaires. »  Il raconte par exemple que dans un des cours qu’il supervise actuellement, ils ne sont que deux auxiliaires pour 300 étudiants. Dans ce genre de cas, les auxiliaires essayent d’habitude de séparer la surcharge de travail de façon équitable – mais cela oblige chaque auxiliaire à travailler davantage que ce que stipule son contrat. 

Pour plusieurs, la pandémie a aggravé cette situation. Steven*, un auxiliaire d’enseignement dans un cours de psychologie, explique que la taille du cours qu’il supervise a augmenté avec le passage en ligne, et le nombre d’auxiliaires d’enseignement est souvent insuffisant pour la charge de travail. « Quand il y a quatre ou cinq travaux dans la session et que chaque auxiliaire doit corriger une centaine de copies, tout en devant assurer la remise de leurs propres travaux académiques, cela devient intense », témoigne-t-il. Dans un certain cours, un travail prévu dans le plan de cours a même été annulé : en effet, si les auxiliaires avaient dû le corriger, cela les aurait amenés à dépasser la limite d’heures dans leur contrat, et ils n’auraient pas pu corriger l’examen final.

« En 2018, 86% des auxiliaires n’avaient pas été payés pour le travail supplémentaire qu’ils avaient effectué »

Pour Dongliang Sheng, ce problème est dû en partie au fait que ce n’est pas le professeur qui détermine le nombre d’heures indiqué dans le contrat des auxiliaires d’enseignement. « Mon expérience, c’est qu’à partir du moment où un professeur décide d’embaucher, tout le processus administratif est pris en charge par le département des ressources humaines, et le professeur est indifférent à tout ça. » Ce semestre, par exemple, Dongliang Sheng est auxiliaire dans deux cours. Le nombre d’heures prévu à l’un de ses contrats est deux fois plus petit que pour l’autre ; pourtant, il constate une charge de travail similaire pour les deux cours.

En 2018, 86% des auxiliaires n’avaient pas été payés pour le travail supplémentaire qu’ils avaient effectué. Selon Mario Roy de l’AÉÉDEM, la situation n’a pas changé depuis : la plupart des auxiliaires d’enseignement hésitent toujours à réclamer leurs heures supplémentaires. Il pense que cela est dû à la crainte de déplaire à leur employeur. « Les étudiants postulent généralement pour être auxiliaire d’enseignement dans leur faculté parce qu’ils ont les connaissances nécessaires, mais ce qui arrive assez souvent, c’est qu’ils sont les employés de leur superviseur de thèse. Lorsqu’il y a cette relation-là, il y a toujours une crainte de déplaire à son superviseur parce qu’ils travaillent constamment ensemble. » Selon lui, ces étudiants auront donc tendance à se faire demander plus d’heures de travail et à être moins enclins à signaler lorsqu’ils dépassent leurs heures ou à déposer un grief. « Ils ont peur de déplaire à la faculté ou au superviseur parce qu’ils se disent qu’ils seront étudiants ici pendant cinq ans et qu’ils veulent obtenir leur diplôme. »

En plus des auxiliaires d’enseignement, l’AÉÉDEM est aussi le syndicat des surveillants d’examen, dont la convention collective est en cours de renégociation. Ce poste, qui est comblé en priorité par des étudiants aux cycles supérieurs, a un salaire proche du salaire minimum. L’une des priorités de l’organisation est donc d’en augmenter la rémunération. Son autre priorité est de syndiquer tous les étudiants diplômés travaillant à temps partiel à McGill. « En ce moment, explique Mario Roy, il y a des postes de travail qui sont créés, appelés correcteurs, “markers” ou tuteurs, pour employer des étudiants diplômés et les payer la moitié du salaire des auxiliaires d’enseignement. » Pourtant, les responsabilités de ces postes seraient souvent à peu près identiques à celles des auxiliaires d’enseignement. Dongliang Sheng raconte avoir déjà fait l’expérience de cette situation : lors du premier semestre de son doctorat, il a été embauché en tant que « grader », avec un salaire d’environ 15$/heure. Dans le plan de cours, il était pourtant désigné comme auxiliaire d’enseignement, avec les responsabilités correspondantes. Selon Mario Roy, l’administration de McGill se montre très réticente à l’idée de permettre à ces postes d’être syndiqués et ne coopère pas du tout avec l’AÉÉDEM dans le cadre des négociations. Depuis un an et demi, l’affaire est même devant le Tribunal Administratif du Travail (TAT).

« Ce que nous faisons, ce n’est habituellement pas un travail heureux »

Dongliang Sheng

Pour Dongliang Sheng et Steven, l’un des aspects les plus difficiles du travail d’auxiliaire d’enseignement est d’être soumis à la pression à la fois des étudiants et des professeurs. 

« Les professeurs ne savent en fait rien de l’étendue de notre travail. Ils supposent simplement qu’on peut accomplir tout ce qu’ils veulent que l’on fasse, et ils ont tendance à nous laisser faire le sale boulot. » Une tâche d’auxiliaire d’enseignement, explique Dongliang Sheng, inclut un grand nombre de tâches connexes répétitives – comme prendre les présences des étudiants en examen – ou laborieuses – comme superviser des employés surnuméraires embauchés pour corriger des copies. Les professeurs ignorent tout de ce processus, selon Dongliang Sheng, et ne peuvent donc pas aider leurs employés en cas de problème. Les étudiants, de leur côté, ne se montrent parfois pas plus compréhensifs. « Certains ne savent pas comment écrire de façon respectueuse aux auxiliaires d’enseignement, et j’ai l’impression que cela nous rajoute un stress supplémentaire », témoigne Steven. « Si on reçoit un courriel furieux à deux heures du matin et qu’on le voit en se levant, ce n’est pas une bonne façon de commencer la  journée. » L’un de ses collègues a déjà reçu un message entièrement écrit en majuscules, raconte-t-il.

« J’aimerais que les étudiants puissent nous comprendre, en tant qu’auxiliaires. Certains auxiliaires sont des enfoirés, c’est sûr, mais en général, on travaille fort, parfois sans être payés et en subissant énormément de pression, conclut Dongliang Sheng. Ce que nous faisons, ce n’est habituellement pas un travail heureux. ».

*Prénoms fictifs


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