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	<title>Archives des 2020-12-01 - Le Délit</title>
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	<description>Le seul journal francophone de l&#039;Université McGill</description>
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	<language>fr-FR</language>
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	<item>
		<title>Réponse au McGill Tribune: Non, les francophones ne sont pas des alarmistes</title>
		<link>https://www.delitfrancais.com/2020/12/01/non-les-francophones-ne-sont-pas-des-alarmistes/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Mélina Nantel]]></dc:creator>
		<pubDate>Tue, 01 Dec 2020 15:20:51 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Éditorial]]></category>
		<category><![CDATA[francophonie]]></category>
		<category><![CDATA[langue]]></category>
		<category><![CDATA[langue française]]></category>
		<category><![CDATA[loi 101]]></category>
		<category><![CDATA[Montréal]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>Le 24 novembre dernier, le McGill Tribune publiait un article qui traitait d’une récente enquête parue au Journal de Montréal, témoignant de la situation du français au Québec et de son déclin dans la métropole. Si l’article du McGill Tribune a brutalement remis en question les méthodes employées pour cette enquête, il n’a pas cru&#8230;&#160;<a href="https://www.delitfrancais.com/2020/12/01/non-les-francophones-ne-sont-pas-des-alarmistes/" rel="bookmark" data-wpel-link="internal">Lire la suite &#187;<span class="screen-reader-text">Réponse au McGill Tribune: Non, les francophones ne sont pas des alarmistes</span></a></p>
<p>L’article <a href="https://www.delitfrancais.com/2020/12/01/non-les-francophones-ne-sont-pas-des-alarmistes/" data-wpel-link="internal">Réponse au McGill Tribune: Non, les francophones ne sont pas des alarmistes</a> est apparu en premier sur <a href="https://www.delitfrancais.com" data-wpel-link="internal">Le Délit</a>.</p>
]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[
<p class="has-drop-cap">Le 24 novembre dernier, le <em>McGill Tribune </em>publiait un <a href="http://www.mcgilltribune.com/opinion/alarmism-about-the-extinction-of-french-is-alive-and-well11242020/" data-wpel-link="external" target="_blank" rel="external noopener noreferrer">article</a> qui traitait d’une récente <a href="https://www.journaldemontreal.com/2020/11/14/etre-servi-en-anglais-ca-fait-dur" data-wpel-link="external" target="_blank" rel="external noopener noreferrer">enquête </a>parue au <em>Journal de Montréal</em>, témoignant de la situation du français au Québec et de son déclin dans la métropole. Si l’article du <em>McGill Tribune</em> a brutalement remis en question les méthodes employées pour cette enquête, il n’a pas cru bon d’analyser en profondeur le fait français, qui ne saurait se résumer à un simple rapport jugé erroné.</p>



<p>Les discours incriminant les francophones sont nombreux au Canada: on les accuse tantôt de «victimisation», tantôt de «xénophobie» dans leur défense de la langue. Je mets ici ces termes entre guillemets, puisqu’il s’agit de la même rengaine qu’utilise l’article du <em>McGill Tribune</em> pour son argumentaire de façade. La langue est un acte politique, elle est parfois écrite, chantée, gueulée, et elle s’imbriquera toujours dans la structure identitaire des collectivités qui la font vivre. Pierre Bourgault écrivait à ce propos que la défense du français s’inscrit dans une défense contre un unilinguisme, une hégémonie langagière qu’il faut à tout prix éviter. </p>



<blockquote class="wp-block-quote has-text-align-center is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow"><p>«Plutôt qu’une posture xénophobique ou victimaire, la défense de la langue française s’affirme comme une volonté d’un faire-valoir singulier, un marqueur identitaire fondamental et surtout, une potentialité à une hétérogénéité et que l’on souhaite toujours plurielle. L’interculturalisme est le fait de cultures qui s’enrichissent, qui savent dialoguer»</p></blockquote>



<p>Notre métropole est un berceau touristique important – les quartiers culturels, les nombreux restaurants, la mosaïque de drapeaux qui peuplent les rues sont autant de choses qui lui octroient un caractère hétéroclite. Mais pour que Montréal demeure une terre accueillante, encore faut-il pouvoir mettre en commun ces différences – l’uniformité et la conformité n’ont rien à voir avec l’inclusivité, c’est plutôt lorsqu’un tout devient homogène qu’il est dangereux d’en perdre les nuances de diversité.</p>



<p>L’identité est liée à la permanence, cette capacité à défier les aléas de l’histoire. La mémoire, la langue et l’identité sont intrinsèquement liées à la volonté collective qui permet à un peuple d’avoir des luttes communes, de s’émanciper et de s’affirmer. Ce qui est aussi important que la langue, c’est la conscience de l’importance d’une langue pour la pensée d’une société – le sentiment que la langue est en mesure de nommer nos vérités, d’exprimer nos réalités.</p>



<p>Dans les années 1970, le Québec s’est imposé sur la scène internationale en faisant du français la langue législative, instructive et économique. Plus d’un demi-siècle après la Révolution tranquille, la francophonie est mise à mal par l’avènement d’une nouvelle ère, celle de la société numérique globalement anglicisée. Le faux dilemme qui oppose l’anglais au français est toutefois à déconstruire. L’anglais s’impose à l’international comme une langue maîtresse – c’est celle des affaires, du commerce, des industries. Être plurilingue est une richesse inestimable, et les étudiant·e·s francophones bénéficieront certainement de leur maîtrise de l’anglais. Mais le visage français que revêt Montréal demeure une singularité nord-américaine à préserver, et sa chute est de plus en plus inquiétante.</p>



<p>Au Canada, les francophones hors Québec représentaient en 2011 <a href="https://www.erudit.org/fr/revues/lecture/2019-v13-n3-lecture04689/91139ac/" data-wpel-link="external" target="_blank" rel="external noopener noreferrer">3,8%</a> de la population. Selon les prévisions, cette proportion diminuerait à 2,7% en 2036.</p>



<p>Au Québec, <a href="https://journalmetro.com/actualites/montreal/2581807/declin-francais-encore-plus-rapide-montreal/" data-wpel-link="external" target="_blank" rel="external noopener noreferrer">24%</a> des personnes immigrantes, toutes langues maternelles confondues, utilisent l’anglais au travail.</p>



<p>À Montréal, <a href="https://www12.statcan.gc.ca/census-recensement/2016/dp-pd/prof/details/page.cfm?Lang=F&amp;Geo1=CSD&amp;Code1=2466023&amp;Geo2=PR&amp;Code2=24&amp;SearchText=Montreal&amp;SearchType=Begins&amp;SearchPR=01&amp;B1=All&amp;TABID=1&amp;type=1" data-wpel-link="external" target="_blank" rel="external noopener noreferrer">49,6%</a> des résident·e·s déclarent le français comme langue maternelle, contre 78% pour la moyenne provinciale.</p>



<p>La bilinguisme des institutions et des services donne à voir Montréal comme un endroit où la francophonie n’est qu’optionnelle. Quel avantage à apprendre une deuxième ou une troisième langue si l’anglais suffit pour s’ancrer en société? C’est en reléguant le français à ce second plan que s’effrite tranquillement le fil historique qui nous relie les uns aux autres.&nbsp;</p>



<p>On peut laisser notre culture s’essouffler, attendre qu’elle disparaisse avant de s’en inquiéter. Pour ma part, je préférerai toujours me faire traiter d’alarmiste que déclarer forfait à un combat à peine mené. Si l’article du <em>McGill Tribune </em>nomme victimes ceux et celles qui daignent sonner l’alarme, l’éducation a certainement un rôle bien important à jouer dans la compréhension des enjeux francophones au Canada, au Québec et à Montréal. Notre langue se doit d’être ouverte, de changer, d’évoluer. Cela ne sera pas le fait de quelques anglicismes qui servent à étouffer des mots dont l’on peine à se rappeler. Il faudra investiguer nos propres manquements, notre propre vocabulaire, et c’est à force d’éducation et de transmission que nous saurons renouveler cette culture.&nbsp;</p>



<p>&nbsp;Si l’on souhaite qu’elle inspire, nous devons d’abord faire le devoir de se souvenir.</p>
<p>L’article <a href="https://www.delitfrancais.com/2020/12/01/non-les-francophones-ne-sont-pas-des-alarmistes/" data-wpel-link="internal">Réponse au McGill Tribune: Non, les francophones ne sont pas des alarmistes</a> est apparu en premier sur <a href="https://www.delitfrancais.com" data-wpel-link="internal">Le Délit</a>.</p>
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			</item>
		<item>
		<title>Pourquoi McGill préfère-t-elle que son association étudiante ne parle pas de Hong Kong?</title>
		<link>https://www.delitfrancais.com/2020/12/01/pourquoi-mcgill-prefere-t-elle-que-son-association-etudiante-ne-parle-pas-de-hong-kong/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Rafael Miró]]></dc:creator>
		<pubDate>Tue, 01 Dec 2020 15:19:51 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Actualités]]></category>
		<category><![CDATA[Campus]]></category>
		<category><![CDATA[Enquêtes]]></category>
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		<category><![CDATA[administration mcgill]]></category>
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		<category><![CDATA[Fabrice Labeau]]></category>
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		<category><![CDATA[racisme]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>L'Université se dissocie fermement des propos de l'AÉUM, qui avait commenté les actions du gouvernement chinois dans l'ancienne colonie britannique.</p>
<p>L’article <a href="https://www.delitfrancais.com/2020/12/01/pourquoi-mcgill-prefere-t-elle-que-son-association-etudiante-ne-parle-pas-de-hong-kong/" data-wpel-link="internal">Pourquoi McGill préfère-t-elle que son association étudiante ne parle pas de Hong Kong?</a> est apparu en premier sur <a href="https://www.delitfrancais.com" data-wpel-link="internal">Le Délit</a>.</p>
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										<content:encoded><![CDATA[
<p class="has-drop-cap">Le 23&nbsp;août dernier, des garde-côtes chinois <a href="https://www.lemonde.fr/international/article/2020/09/14/partis-par-la-mer-douze-fugitifs-de-hongkong-detenus-en-chine_6052112_3210.html" target="_blank" rel="noreferrer noopener external" data-wpel-link="external">ont arrêté et emprisonné</a> douze jeunes hommes hongkongais qui tentaient de rejoindre Taïwan par bateau à moteur. Ces militants prodémocratie, qui avaient participé aux manifestations qui secouent l’ancienne ville britannique depuis 2018, fuyaient leur ville à la recherche d’un asile politique. En juillet dernier, le parlement de Hong Kong, contrôlé par un parti proche de Pékin, a adopté <a href="https://www.nytimes.com/2020/07/31/world/asia/hong-kong-election-national-security-law.html" target="_blank" rel="noreferrer noopener external" data-wpel-link="external">une loi</a> permettant à la Chine de juger les dissident·e·s politiques sur son territoire national selon les procédures judiciaires chinoises qui, d’après l’organisme Amnistie internationale, ne garantissent pas un procès juste et équitable. Les familles de ces jeunes sont sans nouvelles depuis leur fuite, mais la presse sait qu’ils risquent d’être accusés de séparatisme et qu’ils seront représentés par des avocats choisis par Pékin. Cet incident a largement été rapporté par la presse internationale <a href="https://www.lemonde.fr/idees/article/2020/11/13/hongkong-demembrement-d-une-democratie_6059614_3232.html" target="_blank" rel="noreferrer noopener external" data-wpel-link="external">qui s’inquiète</a> d’un fort recul de la démocratie à Hong Kong.&nbsp;</p>



<figure class="wp-block-image size-large"><img fetchpriority="high" decoding="async" width="1000" height="563" src="https://www.delitfrancais.com/wp-content/uploads/2020/11/bantersnaps-vpNtiucFhck-unsplash-1000x563.jpg" alt class="wp-image-40115" srcset="https://www.delitfrancais.com/wp-content/uploads/2020/11/bantersnaps-vpNtiucFhck-unsplash-1000x563.jpg 1000w, https://www.delitfrancais.com/wp-content/uploads/2020/11/bantersnaps-vpNtiucFhck-unsplash-330x186.jpg 330w, https://www.delitfrancais.com/wp-content/uploads/2020/11/bantersnaps-vpNtiucFhck-unsplash-768x432.jpg 768w, https://www.delitfrancais.com/wp-content/uploads/2020/11/bantersnaps-vpNtiucFhck-unsplash-1536x864.jpg 1536w, https://www.delitfrancais.com/wp-content/uploads/2020/11/bantersnaps-vpNtiucFhck-unsplash-2048x1152.jpg 2048w" sizes="(max-width: 1000px) 100vw, 1000px"><figcaption class="wp-element-caption"><span class="media-credit">Bantersnaps – Unsplash</span> La ville de Hong Kong, ancienne colonie britannique, a été rétrocédée à la Chine en 1997</figcaption></figure>



<p>Le 7&nbsp;novembre dernier, l’Association des étudiant·e·s de l’Université McGill (AÉUM) faisait paraître <a href="https://ssmu.ca/blog/2020/11/declaration-a-save12hkyouths/?lang=fr" target="_blank" rel="noreferrer noopener external" data-wpel-link="external">une déclaration</a> sur le sujet, conjointement avec le Réseau des étudiant·e·s hongkongais·e·s de McGill. Le texte appelait le gouvernement canadien à prendre position par rapport à cet incident et condamnait, plus généralement, les actions supposées du gouvernement chinois.</p>



<blockquote class="wp-block-quote has-text-align-center is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow">
<p>«Hong Kong s’était vu promettre une certaine autonomie depuis son transfert du Royaume-Uni à la République populaire de Chine en 1997, dont un système de justice pénale séparé. Récemment, les tentatives de compromettre l’autonomie démocratique de Hong Kong par le gouvernement chinois ont déclenché de nombreuses manifestations»</p>
</blockquote>



<p>Toutefois, l’administration de l’Université a publié, dans les jours qui ont suivi, un <a href="https://www.mcgill.ca/studentlifeandlearning/article/maintaining-respectful-and-inclusive-debate-pour-un-debat-respectueux-et-inclusif" target="_blank" rel="noreferrer noopener external" data-wpel-link="external">communiqué</a> dans lequel elle se dissociait fermement des propos de l’AÉUM. Le texte, écrit par le vice-principal Fabrice Labeau, mentionnait la nature «polarisante» des déclarations et appelait l’AÉUM à se montrer à la hauteur de ses responsabilités envers l’ensemble de ses membres. Il laissait entendre que Fabrice Labeau avait communiqué avec des responsables de l’AÉUM pour parler de cette prise de position&nbsp;:</p>



<blockquote class="wp-block-quote has-text-align-center is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow">
<p>«J’ai amorcé un dialogue avec nos associations étudiantes à propos de la nature polarisante de ces déclarations et sur l’importance de prendre en considération les différents points de vue et la diversité des identités de leurs membres […]»</p>
<cite>Déclaration de Fabrice Labeau</cite></blockquote>



<p>Le communiqué du Pr Labeau affirmait aussi, de manière directe, que McGill n’endossait pas les propos de l’AÉUM&nbsp;: «Ces positions ne doivent pas être interprétées comme le reflet de celles de l’administration de l’Université, ou de la communauté de McGill dans son ensemble.» </p>



<p>En théorie, l’AÉUM est pourtant un organisme complètement indépendant de l’Université. L’association publie de manière assez fréquente des déclarations écrites par ses exécutant·e·s, qui sont élu·e·s chaque année par les étudiants et les étudiantes de McGill. Elles concernent la plupart du temps la politique universitaire, mais il n’est pas rare que l’AÉUM se prononce sur des questions de politique nationale ou internationale. Certaines déclarations passées ont traité par exemple de la <a href="https://ssmu.ca/blog/2019/06/declaration-de-laeum-concernant-les-projets-de-loi-9-et-21/?lang=fr" target="_blank" rel="noreferrer noopener external" data-wpel-link="external">Loi sur la laïcité de l’État</a>, du gazoduc Trans Mountain ou du mouvement <em>Black Lives Matter </em>(La vie des Noir·e·s compte) aux États-Unis. À ces occasions, McGill n’a pas commenté les déclarations de l’AÉUM.</p>



<p>Le communiqué de Fabrice Labeau a été émis seulement 5&nbsp;jours après la déclaration de Hong Kong, mais il semble aussi faire aussi allusion à un incident survenu un mois plus tôt. Le 16&nbsp;octobre, l’AÉUM <a href="https://www.facebook.com/SSMUAEUM/posts/3306458242724182" target="_blank" rel="noreferrer noopener external" data-wpel-link="external">avait partagé</a> une déclaration de l’Association des étudiants arméniens commentant le conflit alors en cours <a href="https://fr.wikipedia.org/wiki/Guerre_de_2020_au_Haut-Karabagh" target="_blank" rel="noreferrer noopener external" data-wpel-link="external">entre l’Arménie et l’Azerbaïdjan</a>, ce qui avait suscité le mécontentement de nombreux·ses étudiant·e·s turc·que·s et azéri·e·s. Le président de l’AÉUM, Jemark Earle, a affirmé au <em>Délit </em>qu’une rencontre avait déjà eu lieu sur la question.&nbsp;</p>



<p>Qu’est-ce qui a poussé l’administration à s’ingérer dans les affaires de l’AÉUM et à se dissocier si fermement de sa déclaration ? Pourquoi cette déclaration, qui pourtant reprend des faits largement rapportés par la presse occidentale, a‑t-elle suscité une si grande controverse à McGill ? La section Enquête du <em>Délit </em>a rencontré plusieurs intervenant·e·s aux divers points de vue pour tenter de mieux comprendre cette affaire.</p>



<figure class="wp-block-image size-large"><img decoding="async" width="1000" height="563" src="https://www.delitfrancais.com/wp-content/uploads/2020/11/Photo-McGill-1-1000x563.jpg" alt class="wp-image-40113" srcset="https://www.delitfrancais.com/wp-content/uploads/2020/11/Photo-McGill-1-1000x563.jpg 1000w, https://www.delitfrancais.com/wp-content/uploads/2020/11/Photo-McGill-1-330x186.jpg 330w, https://www.delitfrancais.com/wp-content/uploads/2020/11/Photo-McGill-1-768x432.jpg 768w, https://www.delitfrancais.com/wp-content/uploads/2020/11/Photo-McGill-1-1536x864.jpg 1536w, https://www.delitfrancais.com/wp-content/uploads/2020/11/Photo-McGill-1-2048x1152.jpg 2048w" sizes="(max-width: 1000px) 100vw, 1000px"><figcaption><span class="media-credit"><a href="https://www.delitfrancais.com/author/vincent-copti/?media=1" data-wpel-link="internal">Vincent Copti</a> | Le Délit</span></figcaption></figure>



<p><strong>Colère sur les réseaux sociaux</strong></p>



<p>La déclaration de l’AÉUM a immédiatement suscité une forte réaction dans les communautés étudiantes. Les médias sociaux se sont rapidement transformés en champ de bataille où s’affrontaient les défenseur·euse·s et les détracteur·rice·s du mouvement prodémocratie à Hong Kong.</p>



<p>Sur Facebook, <a href="https://www.facebook.com/SSMUAEUM/posts/3366543716715634" target="_blank" rel="noreferrer noopener external" data-wpel-link="external">la publication de l’AÉUM</a> a été inondée de centaines de commentaires dénonçant sa prise de position. Parmi les insultes et les appels au boycott, on pouvait lire, entre autres, que l’AÉUM n’avait pas la légitimité de faire une telle déclaration et qu’elle ne représentait pas correctement les étudiant·e·s chinois·es de McGill. Certains autres commentaires affirmaient que la déclaration constituait une forme de racisme antichinois et que l’association insultait la communauté chinoise à McGill. Quelques internautes ont aussi abordé directement la situation à Hong Kong, défendant l’action de Pékin.</p>



<blockquote class="wp-block-quote has-text-align-center is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow">
<p>«Ces 12 personnes ont ILLÉGALEMENT TRAVERSÉ les frontières et ont été arrêtées dans les eaux chinoises par les garde-côtes chinois. Les garde-côtes chinois ne devraient-ils pas appliquer les lois à ceux qui traversent la frontière sans les pièces d’identité ou les permis nécessaires ?»</p>



<p>***</p>



<p>«Vous voyez que nous sommes très tolérants avec les personnes qui soutiennent le séparatisme de HK, car on nous dit que McGill a une société étudiante inclusive et diversifiée. Et voyez comment vous nous traitez? En nous manquant de respect (voire en nous insultant) avec deux poids, deux mesures.» </p>



<p>***</p>



<p>«Hé l’AÉUM, pouvez-vous arrêter de montrer votre ignorance des questions politiques dans d’autres pays ? Vous n’avez aucune idée de ce qui est arrivé aux vrais citoyens (je veux dire ceux qui ne sont pas des émeutiers) de Hong Kong!»</p>
<cite>Commentaires sur le compte Facebook de l’AÉUM</cite></blockquote>



<p>Un grand nombre d’internautes ont au contraire pris le parti de l’AÉUM, rappelant qu’il fallait distinguer entre la critique d’un régime politique et la critique de ses citoyen·ne·s. Quelques utilisateur·rice·s se sont aussi mis·es à publier un très grand nombre de commentaires absurdes et apparemment aléatoires, tout en affichant leur indignation face aux propos de l’AÉUM; plusieurs internautes ont dit y voir une tactique pour étouffer la discussion.</p>



<p><strong>Demande de comptes à l’AÉUM</strong></p>



<figure class="wp-block-image size-large is-style-"><img decoding="async" width="850" height="551" src="https://www.delitfrancais.com/wp-content/uploads/2020/01/A-AEUM.png" alt class="wp-image-35250" srcset="https://www.delitfrancais.com/wp-content/uploads/2020/01/A-AEUM.png 850w, https://www.delitfrancais.com/wp-content/uploads/2020/01/A-AEUM-330x214.png 330w, https://www.delitfrancais.com/wp-content/uploads/2020/01/A-AEUM-768x498.png 768w" sizes="(max-width: 850px) 100vw, 850px"><figcaption><span class="media-credit"><a href="https://www.delitfrancais.com/author/mahaut-engerant/?media=1" data-wpel-link="internal">Mahaut Engérant</a> | Le Délit</span></figcaption></figure>



<p>Lors du conseil législatif du 19 novembre, la période de questions, habituellement peu fréquentée par des étudiant·e·s de l’extérieur du conseil, a permis à un groupe d’étudiant·e·s opposé·e·s à la déclaration de très longuement questionner l’AÉUM. Une étudiante a affirmé que la déclaration avait suscité une vague d’insultes racistes sur les réseaux sociaux et qu’elle avait causé une «terrible détresse psychologique» chez les membres de la communauté chinoise. Il a également été reproché aux exécutant·e·s de l’AÉUM de ne pas avoir consulté le conseil législatif avant de faire leur déclaration, ce à quoi Brooklyn Frizzle, vice-président·e aux Affaires universitaires, a répondu que rien dans la constitution de l’AÉUM ne les contraignait à le faire.</p>



<p>Les étudiant·e·s chinois·es n’étaient pas les seul·e·s à venir présenter leurs doléances au conseil. Des étudiant·e·s d’origines turque et azérie se sont aussi présenté·e·s pour critiquer les prises de position de l’AÉUM sur la guerre entre l’Arménie et l’Azerbaïdjan. Il·elle·s reprochaient entre autres à l’association étudiante d’avoir relayé une comparaison injuste entre le génocide arménien du début du vingtième siècle et le rôle de l’Azerbaïdjan dans le conflit en cours. Une pétition, signée par 98 étudiant·e·s, avait été envoyée à ce sujet aux exécutant·e·s de l’AÉUM.</p>



<p><a href="https://www.change.org/p/ssmu-board-of-directors-petition-for-ssmu-to-stop-marginalizing-chinese-students?utm_content=cl_sharecopy_25803414_en-US%3A0&amp;recruiter=1163890779&amp;utm_source=share_petition&amp;utm_medium=copylink&amp;utm_campaign=share_petition&amp;utm_term=G%3ESearch%3ESAP%3EUS%3EBrand%3EGeneral%3EExact" data-wpel-link="external" target="_blank" rel="external noopener noreferrer">Une pétition</a> adressée à l’AÉUM l’appelant à cesser de marginaliser les étudiant·e·s d’origine chinoise a quant à elle été partagée et signée par plus de 600 personnes. Les auteur·rice·s de la pétition reprochaient entre autres à l’AÉUM de négliger le traumatisme colonial associé en Chine à l’occupation britannique de Hong Kong, qui rendrait les citoyen·ne·s chinois·es plus sensibles à l’intervention étrangère dans la politique chinoise.&nbsp;</p>



<blockquote class="wp-block-quote has-text-align-center is-style- is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow">
<p>«D’être incompris, diabolisés, ostracisés et, en fin de compte, de subir un préjudice de la part de la communauté dont nous faisons partie est la dernière chose dont les étudiants chinois de McGill ont besoin au milieu de la pandémie de COVID-19»</p>



<p>***</p>



<p>«La communication authentique est la façon dont nous réglons civilement nos désaccords et apprenons les uns des autres, plutôt que d’accepter un endoctrinement idéologique insensible. Nous pensons qu’il est nécessaire d’avoir une conversation plus équilibrée plutôt que d’imposer des opinions aux autres»&nbsp;</p>
<cite>Pétition envoyée à l’AÉUM</cite></blockquote>



<p>Face aux étudiant·e·s qui le·a questionnaient lors du conseil législatif, Frizzle a précisé qu’il n’était pas nécessaire, à ses yeux, que l’intégralité de la communauté étudiante soit d’accord avec les déclarations de l’association. D’après iel, les exécutant·e·s auraient pour mandat de prendre position en fonction de leur interprétation des politiques anti-oppressives de l’AÉUM. L’important ne serait pas que tous·tes les étudiant·e·s soient d’accord avec les positions de l’association, mais bien que celle-ci apporte son soutien aux étudiant·e·s qui en ont le plus besoin, a ajouté Frizzle. L’AÉUM serait, à ses yeux, une organisation inhéremment politique.</p>



<blockquote class="wp-block-quote has-text-align-center is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow">
<p>«Je dois dire que personne ne s’attendait à un tel tollé. Ce que les étudiant·e·s ne savent pas, c’est que nous avons passé deux semaines à faire des recherches et à consulter des gens pour nous assurer que notre déclaration serait bien factuelle»</p>
<cite>Brooklyn Frizzle</cite></blockquote>



<p>Contacté·e·s par <em>Le Délit</em>, Brooklyn Frizzle et Jemark Earle ont affirmé que malgré les protestations des étudiant·e·s, iels croyaient toujours que la déclaration était appropriée, et qu’iels n’auraient pas de problèmes à la publier de nouveau.</p>



<p><strong>Un «biais anti-chinois et anticommuniste»</strong></p>



<p><em>Le Délit </em>a eu l’occasion de s’entretenir avec plusieurs étudiant·e·s qui ont participé à cette contestation.&nbsp;</p>



<p>L’un de ces étudiant·e·s, Robert (nom fictif), est resté en contact avec <em>Le Délit </em>pendant plus de deux semaines. Au moment du premier contact, il a affirmé être dans un hôpital chinois où il se trouvait à la suite du traumatisme infligé par la déclaration de l’AÉUM sur Hong Kong. Selon lui, l’association étudiante ne s’occuperait pas assez de ses étudiant·e·s chinois·es, qui auraient été durement éprouvé·e·s par le racisme indirectement engendré par la pandémie de COVID-19.</p>



<blockquote class="wp-block-quote has-text-align-center animated fadeIn is-style-default is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow">
<p>«Pendant la crise de la COVID, la communauté chinoise de Montréal a été attaquée et les crimes haineux se sont intensifiés. Ni les médias occidentaux ni l’AÉUM n’ont abordé le sujet malgré les nombreux courriels que nous leur avons envoyés»</p>
<cite>Robert*</cite></blockquote>



<p>Pour Robert, le principal problème de la déclaration serait son «biais anticommuniste et anti-chinois». S’inspirant des médias occidentaux, l’AÉUM aurait représenté la situation comme un combat pour la démocratie, alors qu’il s’agirait principalement, selon Robert, d’une lutte pour maintenir le colonialisme occidental à Hong Kong. Il a pointé du doigt le fait que les médias occidentaux seraient en général beaucoup plus sévères avec la Chine, et a réfuté l’idée reçue selon laquelle il s’agirait d’un pays respectant moins les droits humains que les pays occidentaux, précisant que cette perception des faits était largement erronée. Selon lui, les manifestant·e·s de Hong Kong étaient des «terroristes», qui recevaient trop d’attention de la part des grands médias internationaux. D’autres étudiant·e·s que <em>Le Délit</em> a passé·e·s en entrevue partageaient cette perception.</p>



<blockquote class="wp-block-quote has-text-align-center animated fadeIn is-style-default is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow">
<p>«Si l’AÉUM est capable de reconnaître l’impact du colonialisme sur les autochtones du Canada, elle pourrait aussi reconnaître l’impact du colonialisme britannique sur les Chinois de Hong Kong. La seule différence, c’est que nous avons repoussé les colonialistes»</p>
<cite>Robert*</cite></blockquote>



<p><strong>Des étudiant·e·s en colère</strong></p>



<p>Au premier entretien, Robert* a dit avoir été «très satisfait» de la réponse de l’administration, dans laquelle celle-ci se distanciait des propos de l’AÉUM et soulignait leur caractère «polarisant». Il a affirmé être à l’origine de la pétition adressée à l’AÉUM, mentionnée plus haut. Il a aussi affirmé s’être coordonné avec des amis pour faire valoir son point de vue auprès de l’administration de l’Université et auprès de l’AÉUM, ce qu’il a démenti par la suite. <em>Le Délit </em>n’a pas pu confirmer avec l’administration de McGill que de tels échanges avaient eu lieu.&nbsp;</p>



<blockquote class="wp-block-quote has-text-align-center animated fadeIn is-style-default is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow">
<p>«Nous avons été en contact avec Fabrice Labeau [le vice-principal] quotidiennement. Moi et un groupe de mes amis, je ne veux pas parler pour tous·tes les étudiant·e·s chinois·e·s, nous lui avons écrit pour le sensibiliser à notre point de vue. Nous avons également écrit à l’AÉUM à de nombreuses reprises»</p>
<cite>Robert*</cite></blockquote>



<p>D’autres étudiant·e·s contacté·e·s par <em>Le Délit </em>ont également dit avoir tenté de faire valoir leur point de vue auprès de l’AÉUM et auprès de l’administration mcgilloise, que ce soit en envoyant des courriels, en participant à des réunions publiques ou en assistant aux périodes de questions. Une étudiante a affirmé avoir fréquenté les heures de bureau d’un·e exécutant·e de l’AÉUM pendant plus d’une semaine.</p>



<p>Si la majorité des étudiant·e·s rencontré·e·s par <em>Le Délit</em> partageaient le point de vue nationaliste de Robert et affichaient comme lui leur sympathie pour le gouvernement de Pékin, d’autres ont tenu à prendre leur distance avec le gouvernement et ont condamné ses actions à Hong Kong. Pour ces étudiant·e·s, l’important n’était pas le contenu de la déclaration par rapport à la situation de Hong Kong mais son impact sur les étudiant·e·s de McGill.</p>



<blockquote class="wp-block-quote has-text-align-center animated fadeIn is-style-default is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow">
<p>«Je respecte le fait que l’AÉUM ait une opinion sur ce qui se passe à Hong Kong, et je crois même qu’elle est partagée par la plupart de la communauté. Cependant, il faut comprendre que quand une association étudiante du Canada prend position sur ce qui se passe à Hong Kong ou en Azerbaïdjan, ça ne change absolument rien à la situation là-bas. La seule chose sur laquelle ç’a un impact, c’est sur les membres de la communauté qui sont davantage mis à l’écart» </p>
<cite>Un étudiant</cite></blockquote>



<p>D’autres étudiant·e·s ont néanmoins affirmé que la déclaration de l’AÉUM présentait une perspective erronée et unilatérale de la situation à Hong Kong. Certain·e·s ont dit trouver que les sources présentées par l’AÉUM étaient toutes des sources douteuses avec un «visible biais anti-chinois». Plusieurs ont notamment souligné que l’AÉUM citait des médias hongkongais peu fiables et acquis à la cause démocrate. Une étudiante a affirmé au <em>Délit </em>qu’il aurait été préférable, pour mieux dépeindre la situation, d’utiliser des sources «officielles».&nbsp;</p>



<blockquote class="wp-block-quote has-text-align-center animated fadeIn is-style-default is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow">
<p>«Lorsque l’on regarde la déclaration de l’AÉUM, la première source qui est mentionnée est un journal, le <em>Apple Daily</em>, qui parle du coronavirus comme du «virus de Wuhan». C’est carrément du racisme, et ça me laisse penser qu’il n’y a pas eu de bonne recherche de la part de l’AÉUM»</p>
<cite>Une étudiante</cite></blockquote>



<p>Cette affirmation sur la fiabilité des sources de l’AÉUM est à nuancer. L’<em>Apple Daily </em>est considéré par plusieurs médias internationaux comme l’un des derniers grands médias indépendants de Hong Kong, depuis que le<em> South China Morning Post </em><a href="https://www.lapresse.ca/affaires/economie/201512/11/01-4930148-le-geant-chinois-de-linternet-alibaba-rachete-le-south-china-morning-post.php" target="_blank" rel="noreferrer noopener external" data-wpel-link="external">a été acheté</a> par l’entreprise chinoise Alibaba<em> </em>en 2015. Par ailleurs, les faits commentés par l’AÉUM n’ont pas seulement été mentionnés par des médias hongkongais, mais ont aussi été largement documentés par la presse internationale.</p>



<p><em>Le Délit </em>a aussi pu rencontrer des étudiant·e·s turc·que·s et azéri·e·s qui voulaient parler de la publication de l’AÉUM sur la guerre entre l’Arménie et l’Azerbaïdjan. La plupart étaient sympathiques à la cause des étudiant·e·s qui s’opposaient à la déclaration de l’AÉUM sur Hong Kong. Certain·e·s étaient par contre étonné·e·s du fait que McGill ait seulement émis une déclaration publique se distanciant des prises de position de l’AÉUM après la publication sur Hong Kong.</p>



<p><strong>Le point de vue d’un activiste hongkongais</strong></p>



<p><em>Le Délit </em>s’est entretenu avec Benjamin Fung, un professeur de McGill en sécurité informatique originaire de Hong Kong. Critique du régime chinois, il milite depuis plusieurs années au Québec pour dénoncer les violations des droits humains en Chine et à Hong Kong. Le Pr Fung, qui a suivi cette affaire, est d’avis que la déclaration de l’AÉUM ne constituait ni une forme de racisme, ni une forme d’agression, en cela qu’elle s’attaquait à un gouvernement et non à la communauté chinoise de McGill. Il n’est toutefois pas surpris de voir que des étudiant·e·s chinois·es l’aient interprétée d’une telle manière. Selon lui, le système d’éducation en Chine chercherait à empêcher les jeunes citoyen·ne·s chinois·es de tolérer les critiques du régime.&nbsp;</p>



<blockquote class="wp-block-quote has-text-align-center is-style- is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow">
<p>«De notre point de vue, au Canada, il peut sembler évident que critiquer le gouvernement d’un pays ne revient pas à critiquer ses habitant·e·s. […] Pour quelqu’un qui a fréquenté le système d’éducation chinois, tout est confondu&nbsp;: le gouvernement, le parti et le peuple. Dans cet état d’esprit, on ne peut pas critiquer le parti communiste sans s’attaquer à la Chine et au peuple chinois»</p>
<cite>Benjamin Fung</cite></blockquote>



<p>La plupart des étudiant·e·s à qui nous avons pu parler défendaient fermement la position du pouvoir chinois à Hong Kong et disaient ne pas considérer la Chine comme un État autoritaire, comme le font la plupart des organisations internationales de défense des droits humains. Ils et elles affichaient une grande méfiance face aux médias occidentaux, leur préférant des sources officielles ou des médias proches du pouvoir central chinois. Il est important de préciser ici que tous·tes les étudiant·e·s chinois·e·s à qui nous avons parlé ne rentraient pas dans cette catégorie. Certain·e·s ont tenu à prendre leur distance avec le gouvernement et fondaient leur opinion sur la version des faits présentée par les médias internationaux.</p>



<figure class="wp-block-image size-large"><img loading="lazy" decoding="async" width="1000" height="667" src="https://www.delitfrancais.com/wp-content/uploads/2020/11/ouighours-8-1000x667.png" alt class="wp-image-39715" srcset="https://www.delitfrancais.com/wp-content/uploads/2020/11/ouighours-8-1000x667.png 1000w, https://www.delitfrancais.com/wp-content/uploads/2020/11/ouighours-8-330x220.png 330w, https://www.delitfrancais.com/wp-content/uploads/2020/11/ouighours-8-768x512.png 768w, https://www.delitfrancais.com/wp-content/uploads/2020/11/ouighours-8-1536x1024.png 1536w, https://www.delitfrancais.com/wp-content/uploads/2020/11/ouighours-8-2048x1365.png 2048w, https://www.delitfrancais.com/wp-content/uploads/2020/11/ouighours-8-1200x800.png 1200w, https://www.delitfrancais.com/wp-content/uploads/2020/11/ouighours-8-930x620.png 930w" sizes="auto, (max-width: 1000px) 100vw, 1000px"><figcaption class="wp-element-caption"><span class="media-credit"><a href="https://www.delitfrancais.com/author/vincent-morreale/?media=1" data-wpel-link="internal">Vincent Morreale</a> | Le Délit</span> Une manifestation à Montréal, le 15 novembre dernier.</figcaption></figure>



<p>Face à l’hypothèse selon laquelle ces étudiant·e·s seraient lié·e·s au gouvernement chinois, le Pr Fung se montre très prudent. Bien qu’il croit que ce ne serait pas impossible, il estime plus probable que la plupart de ces étudiant·e·s agissent surtout par «nationalisme».&nbsp;</p>



<p>Toutefois, dans le cadre de son activisme, il a observé ce qu’il croit avoir été des actions du gouvernement chinois pour discrètement mettre des bâtons dans les roues de ses opposant·e·s au Canada. Sans pouvoir en être sûr, il estime par exemple plausible que le consulat de la Chine à Montréal ou d’autres instances proches de Pékin aient pu organiser des contre-manifestations lorsque des manifestations en faveur de la démocratie à Hong Kong étaient organisées.</p>



<blockquote class="wp-block-quote has-text-align-center is-style- is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow">
<p>«À chaque fois qu’il y a une manifestation pro-Hong Kong, il y a toujours plusieurs contre-manifestations en faveur du régime chinois. Et elles sont bien organisées»</p>
<cite>Benjamin Fung</cite></blockquote>



<p>Il y a un an, à la suite d’une manifestation où il avait fait un discours, le Pr Fung a trouvé sur son téléphone portable des fichiers «suspects». Le professeur en cybersécurité à McGill croit qu’il pourrait avoir été victime d’une tentative de piratage, dont il a tracé l’origine à Shanghai.</p>



<p>Dans les dernières années, les services de renseignement canadien <a href="https://www.theglobeandmail.com/politics/article-csis-warns-chinas-operation-fox-hunt-is-targeting-canadas-chinese/?fbclid=IwAR07hZ2ZMJP0ozMXap9s9gcLszS0KL6Qa9BQD5XXi-X5ePNyBSb0Cj3e_kQ" target="_blank" rel="noreferrer noopener external" data-wpel-link="external">ont documenté</a> des efforts du gouvernement chinois pour influencer les actions de ses ressortissant·e·s au Canada et pour faire taire les critiques du régime. Dans des déclarations obtenues <a href="https://nationalpost.com/news/canada/significant-and-clear-threat-what-canadas-spy-chief-says-about-china-behind-closed-doors" target="_blank" rel="noreferrer noopener external" data-wpel-link="external">par le <em>National Post,</em></a> David Vigneault, le directeur du service de renseignement, a par ailleurs affirmé que les universités canadiennes constituaient des cibles privilégiées pour la Chine. Il a aussi affirmé que des étudiant·e·s et des professeur·e·s étaient victimes de surveillance et de coercition.</p>



<blockquote class="wp-block-quote has-text-align-center is-style- is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow">
<p>«Certains États étrangers tentent régulièrement de menacer et d’intimider des individus dans le monde entier par l’intermédiaire de diverses entités étatiques et d’intermédiaires non étatiques. Ces États, tels que la République populaire de Chine, peuvent utiliser une combinaison de leurs services de renseignement et de sécurité ainsi que des agents de confiance pour les aider à mener diverses formes d’activités de menace» </p>
<cite>Service canadien&nbsp;du&nbsp;renseignement de sécurité</cite></blockquote>



<p><strong>Silence radio de la part de l’administration</strong></p>



<p>Pour obtenir le point de vue de McGill sur cette affaire, <em>Le Délit</em> a envoyé à Fabrice Labeau un courriel contenant des questions précises. <em>Le Délit</em> demandait, entre autres, si l’Université avait reçu des commentaires ou des demandes provenant de l’extérieur de sa communauté, ou en quoi l’Université trouvait cette déclaration problématique, alors qu’elle présentait des faits avérés. Enfin, <em>Le Délit </em>a demandé pourquoi l’Université avait tenu à s’ingérer dans les affaires de l’AÉUM alors qu’il s’agit d’un organisme indépendant.</p>



<p>L’administration de McGill a choisi de ne répondre à aucune question et a plutôt renvoyé un court courriel réaffirmant la position qu’elle avait prise le 12 novembre:</p>



<blockquote class="wp-block-quote has-text-align-center is-style- is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow">
<p>«La diversité des opinions est un principe fondamental qui doit être respecté en toutes circonstances – toutefois, la polarisation qui confine à l’ostracisme, ou qui fait en sorte que nos étudiants ont le sentiment de ne pas être les bienvenus, de ne pas être entendus et de ne pas être représentés, ne sera pas tolérée»</p>



<p>***</p>



<p>« Ces positions ne doivent pas être interprétées comme le reflet de celles de l’administration de l’Université, ou de la communauté de McGill dans son ensemble»</p>
<cite>Réponse de l’administration aux questions du <em>Délit</em></cite></blockquote>



<p>En l’absence de réponses de la part de l’administration, il est impossible de déterminer ce qui a poussé McGill à se distancier publiquement et si clairement des propos de l’AÉUM. Toutefois, il est pertinent de constater qu’il s’agit d’une prise de position inhabituelle à bien des égards de la part de McGill. Par le passé, l’AÉUM a très souvent pris des positions politiques, dont plusieurs ont causé de la controverse parmi le corps étudiant, sans que McGill prenne pour autant la peine de publiquement s’en dissocier.</p>



<p>Lorsque l’AÉUM <a href="https://www.delitfrancais.com/2018/10/05/les-affaires-externes-de-laeum-affirment-que-la-caq-est-raciste-et-xenophobe/" data-wpel-link="internal">avait traité</a> le gouvernement québécois de raciste et de xénophobe en 2018, McGill n’avait pas réagi publiquement. Lorsque l’AÉUM <a href="https://ssmu.ca/blog/2020/02/statement-regarding-wetsuweten/" data-wpel-link="external" target="_blank" rel="external noopener noreferrer">avait pris le parti</a> de la nation Wet’suwet’en en déclarant que la Gendarmerie royale du Canada (GRC) avait envahi son territoire, McGill n’avait pas réagi publiquement. Enfin, il y a moins d’un mois, lorsque l’AÉUM avait appuyé l’Arménie dans le conflit avec l’Azerbaïdjan, McGill n’avait pas réagi publiquement, bien qu’elle ait rencontré des responsables de l’AÉUM. Aucune de ces déclarations n’avait été appréciée à l’unanimité par la communauté étudiante.</p>



<p>Il semble clair que la forte contestation de la part de la communauté étudiante a joué un rôle déterminant dans cette décision de l’administration. Mais pourquoi a‑t-elle fléchi sous la pression ici et non ailleurs? Qu’est-ce qui est différent dans la prise de position sur Hong Kong? </p>



<p>Le <em>Délit</em> reste à l’affût de tout prochain développement.</p>
<p>L’article <a href="https://www.delitfrancais.com/2020/12/01/pourquoi-mcgill-prefere-t-elle-que-son-association-etudiante-ne-parle-pas-de-hong-kong/" data-wpel-link="internal">Pourquoi McGill préfère-t-elle que son association étudiante ne parle pas de Hong Kong?</a> est apparu en premier sur <a href="https://www.delitfrancais.com" data-wpel-link="internal">Le Délit</a>.</p>
]]></content:encoded>
					
		
		
			</item>
		<item>
		<title>Un Français devant le ballet des déneigeuses</title>
		<link>https://www.delitfrancais.com/2020/12/01/un-francais-devant-le-ballet-des-deneigeuses/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Ezra Laroche]]></dc:creator>
		<pubDate>Tue, 01 Dec 2020 15:15:15 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Cinéma]]></category>
		<category><![CDATA[Culture]]></category>
		<category><![CDATA[Entrevues]]></category>
		<category><![CDATA[court-metrages]]></category>
		<category><![CDATA[film]]></category>
		<category><![CDATA[neige]]></category>
		<category><![CDATA[Québec]]></category>
		<guid isPermaLink="false">https://www.delitfrancais.com/?p=40046</guid>

					<description><![CDATA[<p>Le Délit a rencontré l’aspirant cinéaste Tybalt Mooney.</p>
<p>L’article <a href="https://www.delitfrancais.com/2020/12/01/un-francais-devant-le-ballet-des-deneigeuses/" data-wpel-link="internal">Un Français devant le ballet des déneigeuses</a> est apparu en premier sur <a href="https://www.delitfrancais.com" data-wpel-link="internal">Le Délit</a>.</p>
]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[
<p><em style="user-select: auto;">Le Délit</em> a rencontré Tybalt Mooney le 20 octobre 2020 à l’occasion de la sortie de son film <em style="user-select: auto;">Déneigeuses,</em> disponible sur la chaîne YouTube <em style="user-select: auto;"><a href="https://www.youtube.com/user/DelitFrancais" data-wpel-link="external" target="_blank" rel="external noopener noreferrer">Le Délit</a></em> : </p>



<p><strong><em>Le Délit</em></strong><strong> (LD): </strong><em>Tybalt, parle-nous de ton film qui est sorti sur la chaîne du </em>Délit<em> la semaine dernière.</em><strong></strong></p>



<p><strong style="user-select: auto;">Tybalt Mooney</strong><strong>:</strong> Le film est né lors d’un cours de films documentaires avec Daniel Schwartz, qui nous a demandé de faire un documentaire à projeter devant les autres élèves à la fin du cours, pendant l’hiver 2019. Ensuite, je l’ai modifié et la version finale est sur la chaîne du <em style="user-select: auto;">Délit</em>.</p>



<p><em>Déneigeuses</em>, c’est un film qui porte d’abord sur les machines qui enlèvent la neige, c’est un film sur la neige et surtout sur le procédé de déneigement qui est organisé à Montréal. Les déneigeurs enlèvent la neige de la rue après qu’il ait neigé. Ça se fait en plusieurs étapes dans une chorégraphie très contrôlée, d’un mouvement délibéré. Le film suit donc, en quelque sorte, le chemin de la neige à Montréal.</p>



<p><strong>LD: </strong><s><em><span class="has-inline-color has-societe-color"></span></em></s><em>Tu es en dernière année d’études, que comptes-tu faire après?</em></p>



<p><strong style="user-select: auto;">TM:</strong> Je vais faire un service civique à Bagnolet [commune à Paris, <em style="user-select: auto;">ndlr</em>] à un endroit qui s’appelle le LABEC. C’est un cours d’impro ouvert au public tous les mardis soir et tout le monde peut y aller, <span class="has-inline-color has-societe-color" style="user-select: auto;"></span><strong style="user-select: auto;"><span class="has-inline-color has-societe-color" style="user-select: auto;"></span><span class="has-inline-color has-societe-color" style="user-select: auto;"></span></strong>il y a des jeunes Bagnoletais qui<strong style="user-select: auto;"> </strong>y vont. Avant, ils filmaient de l’impro, maintenant c’est orienté vers le cinéma. Ceux qui s’occupent du cours font des <em style="user-select: auto;">castings</em> avec les gens de l’impro, et puis les personnes sélectionnées écrivent des courts-métrages. Moi, je dois aider pour tout ce qui est technique, les caméras, tout ça. Il y a plein de bons acteurs, et plusieurs d’entre eux sont dans <em style="user-select: auto;">Narvalo</em>, une série sur Canal+.</p>



<p><strong>LD: </strong><em>Parle-moi de ton nouveau projet à la Butte-aux-Cailles [quartier de Paris, </em>ndlr<em>]?</em></p>



<p><strong>TM:</strong> Je suis allé à la fontaine de la Butte-aux-Cailles. Toutes les minutes, il y a au moins une personne qui vient avec des cabas de bouteilles d’eau. Il y en a qui ont l’air normal, d’autres non.<strong><span class="has-inline-color has-actu-color"></span></strong> Certains ne boivent que l’eau de cette fontaine, car ils pensent qu’elle est vraiment pure: c’est une eau de source, soi-disant «non polluée». J’y suis allé avec mon pote David, qui est acteur et on leur a posé des questions: «Pourquoi êtes-vous là? Qu’est-ce que vous faites ici?»</p>



<p><strong>LD: </strong><em>C’est ta méthode de prédilection? Tu suis souvent ce genre de démarches?</em></p>



<p><strong style="user-select: auto;">TM:</strong> L’idée, c’est que ça parte un peu sur quelque chose d’autre, je ne sais pas encore ce que c’est ou ce que ça va donner. Hier, c’était le premier jour de tournage, donc on y est un peu allés à l’aveugle. On a parlé à des gens. Une des pistes qu’on a trouvée hier qui était intéressante, c’est que c’est un lieu social, public, commun, mais où personne ne se parle. Les gens prennent leur eau et partent. On a interrogé des itinérants qui vivent là. Ils nous ont dit que, la veille, un restaurateur était venu remplir 50 litres d’eau, et que tout le monde s’embrouillait. Les gens qui vont chercher de l’eau n’ont pas l’air de bonne humeur. Je ne sais pas à quel point la COVID joue un rôle dans tout ça.</p>



<blockquote class="wp-block-quote has-text-align-center is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow"><p>«Au montage final, et seulement à partir de là, il me semble que j’écris l’histoire du film»</p></blockquote>



<p><strong style="user-select: auto;">LD: </strong><em style="user-select: auto;">Préfères-tu tourner les scènes d’abord et donner une direction au film ensuite par le biais du montage?</em><br><br><strong style="user-select: auto;">TM:</strong> Je trouve des idées pendant que je tourne. Je filme énormément et je vois ce que ça donne. Au montage final, et seulement à partir de là, il me semble que j’écris l’histoire du film. Ce n’est qu’à ce moment que le film prend une direction.</p>



<p>Vous pouvez visionner le court-métrage <em>Déneigeuses</em> sur <a rel="noreferrer noopener external" href="https://www.youtube.com/watch?v=Ia7WDSZH3Ss" target="_blank" data-wpel-link="external">la chaîne du Délit</a>.</p>
<p>L’article <a href="https://www.delitfrancais.com/2020/12/01/un-francais-devant-le-ballet-des-deneigeuses/" data-wpel-link="internal">Un Français devant le ballet des déneigeuses</a> est apparu en premier sur <a href="https://www.delitfrancais.com" data-wpel-link="internal">Le Délit</a>.</p>
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			</item>
		<item>
		<title>Peut-on contrôler notre angoisse?</title>
		<link>https://www.delitfrancais.com/2020/12/01/peut-on-controler-notre-angoisse/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Marco-Antonio Hauwert Rueda]]></dc:creator>
		<pubDate>Tue, 01 Dec 2020 15:14:21 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Philosophie]]></category>
		<category><![CDATA[Portraits de philosophe]]></category>
		<category><![CDATA[Angoisse]]></category>
		<category><![CDATA[conscience]]></category>
		<category><![CDATA[émotions]]></category>
		<category><![CDATA[sartre]]></category>
		<guid isPermaLink="false">https://www.delitfrancais.com/?p=40037</guid>

					<description><![CDATA[<p>L'ours, le précipice et le devoir d'économie chez le jeune Sartre.</p>
<p>L’article <a href="https://www.delitfrancais.com/2020/12/01/peut-on-controler-notre-angoisse/" data-wpel-link="internal">Peut-on contrôler notre angoisse?</a> est apparu en premier sur <a href="https://www.delitfrancais.com" data-wpel-link="internal">Le Délit</a>.</p>
]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[
<p class="has-drop-cap">L’un des philosophes les plus influents du 20<em>e</em> siècle, Jean-Paul Sartre s’est intéressé très tôt à la structure des émotions. Celles-ci jouent en effet un rôle central dans <em>Esquisse d’une théorie des émotions</em> (1938, ci-après l’<em>Esquisse</em>) et <em>L’être et le néant</em> (1943, ci-après l’<em>Être</em>), car elles permettent d’illustrer la façon dont nous appréhendons le monde. Selon le philosophe, nous sommes fondamentalement libres de ressentir l’émotion que nous choisissons, même si cette liberté n’est pas toujours évidente à nos yeux.</p>



<p>Cependant, la structure des émotions qui est présentée dans ces deux œuvres diffère légèrement. Alors que l’<em>Esquisse</em> soutient que la conscience dispose d’une liberté absolue quant à la façon dont elle appréhende le monde, l’<em>Être</em> semble suggérer que cette liberté est limitée: l’émotion d’angoisse, contrairement aux autres émotions, semble toujours nous hanter malgré nous. Pouvons-nous donc concilier cette tension entre les deux ouvrages? Et, crucialement, avons-nous tout de même une certaine liberté sur notre angoisse?&nbsp;</p>



<p><strong>La conscience sartrienne</strong></p>



<p>La conscience, selon Sartre, ne fonctionne pas comme une espèce de boîte physique qui subit certains états mentaux<em> en réaction</em> à certaines stimulations extérieures; nous voilà l’avis des psychologues, auxquels Sartre s’oppose fermement. Pour lui, la conscience «n’a pas d’intérieur» puisqu’elle n’est même pas une <em>chose</em> à proprement parler. La conscience est plutôt une <em>action</em>: elle est l’activité intentionnelle de création de sens dans le monde.&nbsp;</p>



<p>La conscience <em>constitue</em> le monde continuellement, nécessairement et intentionnellement. Bien entendu, cela ne veut pas dire que la conscience construit littéralement, disons, les océans et les montagnes de notre univers. Ceux-ci sont réels et existent au-delà de la conscience. Plutôt, Sartre écrit que la conscience <em>donne un sens</em> à ces vagues et ces montagnes, leur donne leurs attributs, leur signifiance.</p>



<p>Crucialement, la conscience est indéterminée dans la façon dont elle peint le monde qui l’entoure. Je suis totalement libre de peindre les océans et montagnes comme beaux, tristes ou effrayants. Par contre, je ne suis pas libre d’échapper à mon obligation de constituer le monde. Je <em style="user-select: auto;">dois</em> peindre les océans et montagnes d’une façon ou d’une autre. «Je suis condamné à être libre.»</p>



<p><strong>L’émotion dans l’</strong><strong><em>Esquisse</em></strong></p>



<p>Selon l’<em>Esquisse</em>, la conscience humaine appréhende intuitivement le monde solipsiste – c’est à dire, ce monde où nous n’avons pas à faire à l’existence des autres humains, ce monde des objets de la nature, des tâches du quotidien, et des faits de la vie – comme un «monde déterministe d’ustensiles». En d’autres termes, je vois le monde comme régi par des mécanismes déterministes de cause et effet, et j’utilise les objets situés dans ce monde comme des «ustensiles», ou des instruments, que je peux utiliser pour atteindre mes buts. Si, par exemple, mon but est de traverser une forêt à la marche dans un certain délai, et que mes jambes commencent à être endolories, me ralentissant dans ma démarche, je peux prendre un bâton et l’utiliser comme canne pour m’aider à atteindre mon but.</p>



<p>Cette attitude à l’égard du monde, nous l’appellerons l’attitude «instrumentale». Notons d’ailleurs que cette attitude instrumentale est intrinsèquement non-affective – ou non-émotionnelle – selon Sartre. Le monde qui m’entoure alors que je traverse la forêt n’a pas de qualité émotionnelle intuitive à mes yeux. La forêt et le bâton ne sont que des instruments qui me permettent d’atteindre mes buts, et ne sont <em>a priori</em> ni beaux, ni laids, ni tristes, ni réjouissants.</p>



<blockquote class="wp-block-quote has-text-align-center is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow"><p>Dans l’attitude magique, je cesse de constituer le monde comme déterministe et je commence à le voir affectivement et méta-spatialement, à travers la lentille de l’émotion</p></blockquote>



<p>Naturellement, comme ce monde instrumental a une complexité inhérente, un certain nombre de difficultés peuvent toujours surgir lorsque je poursuis mes objectifs. Par exemple, un ours affamé peut soudainement apparaître sur mon chemin à travers la forêt. Si, en plus de traverser cette forêt, mon but est de rester en vie, l’ours constitue alors un obstacle évident à la réalisation de cet objectif.&nbsp;</p>



<p>En réponse à cette difficulté perçue, je peux faire l’une des deux choses suivantes. D’abord, je peux essayer de résoudre cette difficulté dans le cadre des règles établies du monde déterministe. Dans notre exemple, cela pourrait signifier sortir un sifflet à ours de ma poche, souffler dedans et faire ainsi fuir l’ours. Si, toutefois, je considère le problème de ma situation comme trop difficile à résoudre dans les règles du monde instrumental, j’ai une deuxième possibilité: je peux entièrement changer mon attitude envers le monde, et passer à ce que Sartre appelle l’attitude «magique». Avec la présence de l’ours, je considère que la réalisation de mes objectifs est impossible, et je commence à ressentir l’émotion de peur, d<em style="user-select: auto;">’</em>effroi. Je donne à l’ours la qualité émotionnelle d’<em style="user-select: auto;">effrayant</em> et je commence à courir dans la direction opposée. Je sais très bien que mon effort est vain, puisque l’ours court deux fois plus vite que moi, mais je me trompe intentionnellement en me disant que le fait de m’enfuir pourra créer une certaine distance imaginaire entre le problème et moi-même. Dans l’attitude magique, je cesse de constituer le monde comme déterministe et je commence à le voir affectivement et méta-spatialement, à travers la lentille de l’émotion.</p>



<p>Notons qu’au cours de toute cette expérience émotionnelle, je demeure libre de changer le sens que j’attribue à ma situation. Peindre l’ours comme <em>effrayant</em> n’est pas une nécessité, et je peux choisir de le peindre différemment – par exemple comme <em>excitant</em>, <em>intéressant</em>, ou <em>réjouissant</em> – à tout moment. Cependant, je ne suis jamais conscient de cette liberté de façon explicite, ou réfléchie. Je suis conscient du monde que je constitue émotionnellement parce que je le prends réflexivement comme mon objet, mais je ne suis conscient que tacitement, ou <em>non réflexivement,</em> de ma liberté de le constituer. Cette condition est en effet inhérente à toutes les émotions présentées par Sartre dans l’<em>Esquisse</em>. Mais dans l’<em>Être</em>, le philosophe présente aussi une façon de prendre conscience de cette liberté de façon <em>réfléchie</em>. Cette compréhension réfléchie de notre liberté, Sartre l’appelle «angoisse».</p>



<p><strong>L’angoisse dans </strong><strong><em>L’être et le néant</em></strong>&nbsp;</p>



<p>Dans <em style="user-select: auto;">L’être et le néant</em>, Sartre fait une observation cruciale: je ne peux pas contrôler aujourd’hui ce que ma conscience fera dans le futur, et je ne suis pas conditionné aujourd’hui par ce que ma conscience s’est entrepris à décider hier. Si, aujourd’hui, je me promets que demain, je m’assoirai à mon bureau et ferai mon devoir d’économie, rien ne me garantit que je donnerai effectivement suite à ce souhait le moment venu. Même si je peux vouloir lutter contre cette réalité, ma conscience future reste indéterminée par les décisions que je prends aujourd’hui. Et c’est en réalisant cette indépendance temporelle que je ressens l’émotion d’<em style="user-select: auto;">angoisse</em>.</p>



<p>Sartre illustre l’angoisse à travers l’exemple du vertige. Imaginons que je me promène sur un sentier qui longe le bord d’un précipice. Je peux m’éloigner du précipice, mais j’éprouverai tout de même une certaine émotion négative: le vertige. «Le vertige», écrit Sartre, «est angoisse dans la mesure où je redoute non de tomber dans le précipice mais de m’y jeter». L’angoisse est différente de la peur en ce sens-là: la peur est projetée sur un objet particulier – l’événement de tomber dans le précipice – et peut être atténuée en éloignant cet objet. Mais l’angoisse est projetée sur ma conscience elle-même – c’est la peur de la <em>possibilité</em> de me jeter dans le précipice à un moment dans l’avenir, en sachant que ma conscience présente ne peut rien faire pour empêcher cette possibilité.</p>



<p>La structure de l’angoisse est donc très différente des émotions présentées auparavant. Dans l’<em>Esquisse</em>, je demeure toujours libre de changer – ou même d’effacer – ma constitution émotionnelle du monde, alors que dans l’<em>Être</em>, je ne suis pas libre d’éliminer l’angoisse. Dans la mesure où je <em>dois</em> prendre le monde comme objet de réflexion – cela inclut mon passé et mon futur – je ne peux m’empêcher d’avoir une compréhension réfléchie de la condition indéterminée de ma conscience (passée et future). L’angoisse est toujours <em>là</em>, se profilant à l’horizon, et je ne suis pas libre de l’effacer.</p>



<blockquote class="wp-block-quote has-text-align-center is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow"><p>L’angoisse n’est peur que dans la mesure où elle est angoisse d’une possibilité <em>qui fait peur</em></p></blockquote>



<p>Ainsi semblons-nous trouver une certaine tension entre les deux écrits de Sartre: si l’<em>Esquisse</em> nous dit que toutes les émotions sont contingentes, l’<em>Être</em> nous montre qu’il y a au moins une émotion nécessaire et inconditionnelle: l’angoisse. Cela signifie-t-il donc qu’il y a une limite à la liberté que j’ai de constituer le monde?</p>



<p><strong>L’angoisse comme émotion post-émotionnelle</strong>&nbsp;</p>



<p>L’idée d’angoisse, contrairement aux apparences, ne limite en fait pas ma liberté, car le récit que Sartre fait de l’angoisse – à travers l’exemple du vertige – est trompeur. Dans l’<em>Être </em>, l’angoisse est présentée comme une sorte de peur que je ne peux pas éviter. Mais la seule raison pour laquelle j’associe l’angoisse à la peur est que l’événement de tomber du précipice est constitué par ma conscience comme étant <em>effrayant</em>. Autrement dit, l’angoisse n’est peur que dans la mesure où elle est angoisse d’une possibilité <em>qui fait peur</em>. Cependant, comme l’indique l’<em>Esquisse</em>, je demeure libre de choisir si je donne la qualité d’<em>effrayante</em> à l’éventualité d’une chute. Si je le veux bien, je peux même choisir de qualifier cet événement de <em>joyeux</em>. Et dès que le fait de tomber dans le précipice devient une possibilité joyeuse, l’angoisse quant à la possibilité de me jeter dans le précipice devient une émotion tout aussi joyeuse.&nbsp;</p>



<p>En somme, si l’angoisse doit être comprise comme la réalisation du fait que ma conscience est libre, rien ne m’indique comment je dois envisager cette liberté. En ce sens, l’angoisse, contrairement aux autres émotions, est une émotion <em>affectivement neutre</em>. Ou plutôt, l’angoisse est une émotion <em>post-émotionnelle</em>, puisqu’elle adopte le caractère émotionnel de mon monde de possibilités <em>après</em> que ce caractère ait été librement défini par ma conscience. Bien que l’angoisse soit nécessaire, son caractère est contingent et libre d’être changé. Qui plus est, si j’adopte l’attitude instrumentale pour appréhender le monde – la manière intuitive d’aborder le monde solipsiste selon Sartre – l’angoisse devient paradoxalement une émotion totalement dénuée d’émotion.</p>



<p>Voilà donc comment réconcilier l’angoisse dans l’<em>Être</em> avec les autres émotions dans l’<em>Esquisse</em>. L’angoisse surgit lorsque je réalise ma liberté intertemporelle. L’angoisse surgit lorsque je me rends compte que rien ne garantit que je travaillerai sur mon devoir d’économie demain. Cependant, cette absence de pouvoir sur ma conscience – future et passée – ne doit pas nécessairement être appréhendée avec peur, ou préoccupation. Dans le sens le plus fondamental du terme, je suis toujours libre de décider de peindre cette absence de pouvoir comme <em>intrigante</em>, <em>prometteuse</em>, ou juste <em>neutre</em>. Même si je ne sais pas si je ferai mon devoir d’économie demain, cela ne doit pas forcément me préoccuper car – qui sait? – il se peut que je fasse quelque chose de beaucoup plus intéressant.</p>
<p>L’article <a href="https://www.delitfrancais.com/2020/12/01/peut-on-controler-notre-angoisse/" data-wpel-link="internal">Peut-on contrôler notre angoisse?</a> est apparu en premier sur <a href="https://www.delitfrancais.com" data-wpel-link="internal">Le Délit</a>.</p>
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		<title>Quoi visionner pendant les vacances</title>
		<link>https://www.delitfrancais.com/2020/12/01/quoi-visionner-pendant-les-vacances/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Olivier Turcotte]]></dc:creator>
		<pubDate>Tue, 01 Dec 2020 15:12:25 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Cinéma]]></category>
		<category><![CDATA[Culture]]></category>
		<category><![CDATA[Automne 2020]]></category>
		<category><![CDATA[cinéma du parc]]></category>
		<category><![CDATA[cinéma moderne]]></category>
		<category><![CDATA[Crave]]></category>
		<category><![CDATA[Criterion]]></category>
		<category><![CDATA[Hiver 2021]]></category>
		<category><![CDATA[Netflix]]></category>
		<category><![CDATA[tou.tv]]></category>
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					<description><![CDATA[<p> Recommandations de films disponibles sur des plateformes en ligne.</p>
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<p class="has-drop-cap">Le temps des fêtes sera une occasion de se reposer, de se changer les idées et de profiter des petits plaisirs de l’existence. Dans cette optique, beaucoup se tourneront vers leurs plateformes de visionnement en ligne, pour rattraper les séries du moment et pour découvrir de nouveaux films. Voici une liste qui guidera peut-être ceux et celles qui se sentent perdu·e·s dans l’énorme bibliothèque de leur plateforme préférée. En ce sens, le but de cet article est d’agir comme un tamis en regroupant, par plateforme, des films de qualité relativement nouveaux ou à paraître en ligne au cours des prochaines semaines.</p>



<p><strong><a href="https://cinemaduparc.com/fr/cinema-en-ligne" data-wpel-link="external" target="_blank" rel="external noopener noreferrer">Cinéma </a><a rel="noreferrer noopener external" href="https://cinemaduparc.com/fr/cinema-en-ligne" target="_blank" data-wpel-link="external">du</a><a href="https://cinemaduparc.com/fr/cinema-en-ligne" data-wpel-link="external" target="_blank" rel="external noopener noreferrer"> Parc</a> et <a rel="noreferrer noopener external" href="https://www.cinemamoderne.com" target="_blank" data-wpel-link="external">Cinéma Moderne</a> (plateformes en ligne)</strong><br>Pour 5$ à 12$, ces cinémas locaux offrent une gamme de films récents dont les suivants méritent l’attention:&nbsp;</p>



<p><em><a rel="noreferrer noopener external" href="https://www.cinemamoderne.com/films/details/tant-que-jai-du-respir-dans-le-corps/" target="_blank" data-wpel-link="external">Tant que j’ai du respir dans le corps</a></em>&nbsp;est un documentaire québécois suivant les efforts des intervenantes offrant des soins aux citoyen·ne·s les plus vulnérables de la Ville de Montréal.</p>



<p><em><a href="https://vimeo.com/ondemand/humainmusee" target="_blank" rel="noreferrer noopener external" data-wpel-link="external">Je m’appelle humain</a></em>&nbsp;est un documentaire québécois et une incursion dans l’histoire canadienne aux côtés de la femme de lettres innue Joséphine Bacon.</p>



<p><em><a href="https://vimeo.com/ondemand/femmesbeaubien" data-wpel-link="external" target="_blank" rel="external noopener noreferrer">Femme(s)</a></em>&nbsp;est un documentaire composé d’entretiens avec des femmes et souligne les injustices et les forces venant avec l’identité féminine.&nbsp;<em>Le Délit&nbsp;</em>en a publié une <a rel="noreferrer noopener" href="https://www.delitfrancais.com/2020/11/03/ce-que-signifie-femmes/" target="_blank" data-wpel-link="internal">critique</a> au mois de novembre.</p>



<p><em><a rel="noreferrer noopener external" href="https://vimeo.com/ondemand/aznavourbeaubien" target="_blank" data-wpel-link="external">Aznavour: le regard de Charles</a></em>&nbsp;regroupe des pellicules filmées par l’artiste lui-même de 1948 à 1982 et offre ainsi une perspective unique sur sa vie.</p>



<p><em><a rel="noreferrer noopener external" href="https://vimeo.com/ondemand/ete85beaubien" target="_blank" data-wpel-link="external">Été 85</a></em>&nbsp;est un film de François Ozon racontant l’histoire d’amour de deux jeunes garçons le temps d’un été.&nbsp;<em>Le Délit</em>&nbsp;en a publié une <a rel="noreferrer noopener" href="https://www.delitfrancais.com/2020/09/22/ete-85-de-francois-ozon-au-tiff-2020/" target="_blank" data-wpel-link="internal">critique</a> au mois de septembre.</p>



<p><strong>Netflix</strong><br>L’année 2020 et toutes ses péripéties ont bien accéléré une chose: le couronnement de Netflix comme nouveau roi de Hollywood. La plateforme avait <a rel="noreferrer noopener external" href="https://twitter.com/NetflixFilm/status/1213224666317197312?ref_src=twsrc%5Etfw" target="_blank" data-wpel-link="external">annoncé</a> une gamme impressionnante de réalisateur·rice·s et d’acteur·rice·s prestigieux·ses pour 2020 et la fermeture des cinémas à partir du mois de mars a laissé la plateforme inébranlée et même avantagée par la situation, se retrouvant dans une position de quasi-monopole de l’attention des masses. En comprenant que les cinémas ne rouvriraient pas leurs portes de sitôt, plusieurs productions ont pris la décision de vendre leurs films prévus pour l’année 2020 à Netflix, afin de leur permettre d’être vus et de leur éviter une perte financière. Voici donc certains de ces nouveaux films qui méritent une attention particulière:</p>



<p><em><a rel="noreferrer noopener external" href="https://www.netflix.com/ca/title/81117189" target="_blank" data-wpel-link="external">Mank</a></em>&nbsp;de David Fincher raconte l’écriture du scénario du film&nbsp;<em>Citoyen Kane&nbsp;</em>(<em>Citizen Kane</em>), imitant avec raffinement le style du cinéma des années 1940.</p>



<p><em><a rel="noreferrer noopener external" href="https://www.netflix.com/ca/title/81100780" target="_blank" data-wpel-link="external">Le Blues de Ma Rainey</a></em>&nbsp;(<em>Ma Rainey’s Black Bottom</em>) est le récit de l’enregistrement d’un nouvel album de blues de l’artiste Ma Rainey. L’acteur Chadwick Boseman y offre sa dernière performance à vie.</p>



<p><em><a rel="noreferrer noopener external" href="https://www.netflix.com/ca/title/81043755" target="_blank" data-wpel-link="external">Les sept de Chicago</a></em>&nbsp;(<em>The Trial of the Chicago 7</em>) est le récit du procès de sept militants contre la guerre du Vietnam en 1969.&nbsp;<em>Le Délit</em>&nbsp;en a publié une <a rel="noreferrer noopener" href="https://www.delitfrancais.com/2020/10/27/proces-truque-de-sept-revoltes/" target="_blank" data-wpel-link="internal">critique</a> au mois d’octobre.</p>



<p><em><a href="https://www.netflix.com/ca/title/80211559" target="_blank" rel="noreferrer noopener external" data-wpel-link="external">Je veux juste en finir</a></em>&nbsp;(<em>I’m thinking of ending things</em>) de Charlie Kaufman est une adaptation du roman du même nom, racontant l’excursion surréelle d’un couple étrange. Le·la spectateur·rice&nbsp;devra beaucoup y réfléchir et, très probablement, le réécouter.</p>



<p><em><a rel="noreferrer noopener external" href="https://www.netflix.com/ca-fr/title/81045635" target="_blank" data-wpel-link="external">Da 5 Bloods : Frères de sang</a></em>&nbsp;(<em>Da 5 bloods</em>) est un film de Spike Lee racontant le retour au Vietnam de quatre vétérans afro-américains. Ils y cherchent la dépouille de leur chef et un trésor secret.</p>



<p><em><a rel="noreferrer noopener external" href="https://www.netflix.com/ca/title/80234465" target="_blank" data-wpel-link="external">Dick Johnson is dead</a></em>&nbsp;est un documentaire unique où la cinéaste Kirsten Johnson met en scène la mort de son père Dick<strong><s><span class="has-inline-color has-actu-color">,</span></s></strong> et explore avec lui l’évolution de sa démence.</p>



<p><em><a rel="noreferrer noopener external" href="https://www.netflix.com/ca/title/81001496" target="_blank" data-wpel-link="external">Crip Camp : la révolution des éclopés</a></em>&nbsp;(<em>Crip camp&nbsp;: A Disability Revolution</em>) est un documentaire rassemblant vidéos d’archives et entrevues concernant un camp où des personnes ayant des handicaps de toutes sortes ont eu l’opportunité de s’épanouir ensemble dans les années 1960 aux États-Unis.</p>



<p><em><a rel="noreferrer noopener external" href="https://www.netflix.com/ca/title/80216393" target="_blank" data-wpel-link="external">David Attenborough: Une vie sur notre planète</a></em>&nbsp;(<em>David Attenborough: A life on our planet</em>) explore la beauté de notre planète, les dangers qui la menacent et les solutions qui s’offrent à l’humanité.</p>



<p><strong>Crave</strong><br>Au Québec, Crave est une plateforme qui permet d’accéder à plusieurs banques de films en fonction du forfait sélectionné. Voici quelques films à découvrir présentement disponibles sur la plateforme:</p>



<p><em><a href="https://www.crave.ca/fr/movies/portrait-of-a-lady-on-fire" target="_blank" rel="noreferrer noopener external" data-wpel-link="external">Portrait de la jeune fille en feu</a></em>&nbsp;de Céline Sciamma est un chef‑d’œuvre racontant l’amour impossible entre une peintre et la femme dont elle fait le portrait.</p>



<p><em><a rel="noreferrer noopener external" href="https://www.crave.ca/fr/search?q=never%20rarely#/movie/47779" target="_blank" data-wpel-link="external">Never Rarely Sometimes Always</a></em>&nbsp;raconte le voyage d’une jeune femme allant à New York avec sa cousine pour se faire avorter.</p>



<p><em><a rel="noreferrer noopener external" href="https://www.crave.ca/fr/search?q=emma.#/movie/47778" target="_blank" data-wpel-link="external">Emma.</a></em>&nbsp;est une adaptation du roman de Jane Austen où une jeune femme (Anya Taylor-Joy, vue récemment dans l’excellente série&nbsp;<em><a rel="noreferrer noopener external" href="https://www.netflix.com/ca/title/80234304" target="_blank" data-wpel-link="external">Le jeu de la reine</a></em>&nbsp;[<em>The Queen’s Gambit</em>]) manipule les relations amoureuse de son cercle d’amies.</p>



<p><em><a rel="noreferrer noopener external" href="https://www.crave.ca/fr/search?q=the%20invisible%20man#/movie/47726" target="_blank" data-wpel-link="external">L’homme invisible</a></em>&nbsp;(<em>The Invisible Man</em>) est un film d’horreur où une femme tente d’échapper à son ancien amoureux abusif, maintenant capable d’être invisible.</p>



<p><em><a rel="noreferrer noopener external" href="https://www.crave.ca/fr/search?q=american%20utopia#/special/48038" target="_blank" data-wpel-link="external">David Byrne’s American Utopia</a></em>&nbsp;est une présentation musicale de Broadway enregistrée et réalisée par Spike Lee comportant humour, musique, émotions et critique de la société américaine.</p>



<p><em><a rel="noreferrer noopener external" href="https://www.crave.ca/fr/search?q=antigone#/movie/46949" target="_blank" data-wpel-link="external">Antigone</a></em>&nbsp;de Sophie Deraspe est le récit d’une jeune femme québécoise immigrante provoquant un mouvement social<strong><span class="has-inline-color has-philo-color"> </span></strong>en protégeant son frère de la déportation.</p>



<p>De nombreux films de qualité sont aussi disponibles sur les plateformes&nbsp;<em><a href="https://ici.tou.tv" target="_blank" rel="noreferrer noopener external" data-wpel-link="external">Tou.tv</a>&nbsp;</em>et&nbsp;<em><a href="https://www.criterionchannel.com" target="_blank" rel="noreferrer noopener external" data-wpel-link="external">Criterion</a></em>.</p>
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		<title>Le Mont-Royal comme métronome</title>
		<link>https://www.delitfrancais.com/2020/12/01/le-mont-royal-comme-metronome/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Louis Favreau]]></dc:creator>
		<pubDate>Tue, 01 Dec 2020 15:11:01 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Créations]]></category>
		<category><![CDATA[Culture]]></category>
		<category><![CDATA[Littéraires]]></category>
		<category><![CDATA[Automne 2020]]></category>
		<category><![CDATA[Création]]></category>
		<category><![CDATA[création littéraire]]></category>
		<category><![CDATA[Mont Royal]]></category>
		<category><![CDATA[Montréal]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>Comme un 8 novembre à 16:53 dans un Montréal dépaysé et confiné.</p>
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<p>Le temps est en suspens au sommet de la montagne. Le soleil tue un autre dimanche doux de l’automne inespéré. Dans quelques&nbsp;heures, j’entamerai ma vingtaine alors que nous nous trouvons en semi-quarantaine. Le ciel au-delà de notre ville est empreint d’une lueur jaunâtre contrastant avec la grisaille des temps qui courent. Alors que se mêlent les générations, les classes sociales et les cultures, il y a en ce moment un socle unissant chaque personne présente, le fait de faire partie de ce tout montréalais, cette bulle où tout est possible. Ce moment nous le partagions, mais encore devions-nous prendre le temps d’arrêter et de savourer cette période de transe. Chose difficile dans une société qui carbure à l’instantanéité comme la nôtre. Cette année en sera peut-être une à oublier, il n’en demeure pas moins que toute situation, aussi difficile soit-elle, amène son lot de rires, de joies et d’espoirs. Jamais je n’oublierai cette journée qui se termina par la disparition graduelle du soleil ainsi que de la vie qui l’avait animée. L’attroupement qui s’était construit autour de la présence d’un raton laveur était à présent dispersé et chacun retournait dans l’anonymat qui caractérise nos grandes villes. Alors que nous étions unis il y a quelques minutes, chacun appréhendait à présent sa prochaine journée de télétravail ou d’école en ligne avec l‘appréhension du forçat qui retrouve sa cellule. Chacun reprendra sa sentence, seul et impuissant dans son isolement. Il est facile de se perdre et de se sentir seul actuellement, mais ces moments difficiles, nous les vivons tous, comme nous vivons les beaux. Nous formons un microcosme partageant sans problème ses hauts, qu’en est-il lorsqu’il est question de partager nos bas. Bien que reviendra bientôt la lueur du jour, cette journée s’estompe tranquillement et ne sera à présent qu’un souvenir parmi tant d’autres pour ceux et celles qui l’ont vécue. Ce souvenir disparaîtra à son tour tranquillement, laissant sa place à d’autres, plus beaux, plus laids ou plus récents. Dans le sablier de notre existence, le but n’est pas de s’accrocher à un seul grain, mais bien de reconnaître l’apport de chacun à façonner la plage de notre vie. Chose certaine, les souvenirs du 8&nbsp;novembre 16:53 resteront vifs, jusqu’à la prochaine vague.</p>
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		<item>
		<title>Songes et poésie</title>
		<link>https://www.delitfrancais.com/2020/12/01/songes-et-poesie/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Audrey Bourdon]]></dc:creator>
		<pubDate>Tue, 01 Dec 2020 15:10:27 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Philosophie]]></category>
		<category><![CDATA[Prose d'idée]]></category>
		<category><![CDATA[Slider]]></category>
		<category><![CDATA[bachelard]]></category>
		<category><![CDATA[Gaston Bachelard]]></category>
		<category><![CDATA[imagination]]></category>
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		<category><![CDATA[rêve]]></category>
		<category><![CDATA[rêverie]]></category>
		<category><![CDATA[rêverie poétique]]></category>
		<category><![CDATA[songes]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>Réflexions bachelardiennes sur l’imagination.</p>
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]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[
<p class="has-drop-cap">Gaston Bachelard avait cette formulation qui, je dois bien l’avouer, m’avait semblé marquante en la description fort audacieuse qu’elle donnait de Victor Hugo et de Honoré de Balzac: ils sont, disait Bachelard, des «botanistes des songes». Ils nourrissent notre imagination avec leurs mots, l’entretiennent. Quelles images sont si évocatrices qu’elles alimentent les poèmes, et encore, la vie poétique, de plusieurs? Le scientifique devenu philosophe – Bachelard enseigne d’abord la chimie et les mathématiques – a écrit à ce sujet une dizaine d’œuvres sur l’imagination poétique; au cœur de celles-ci se retrouvent les quatre éléments, mais aussi l’espace, le rêve, la rêverie, la poétique. Moi-même apprentie scientifique devenue apprentie philosophe, la lecture de Bachelard stimule mon être comme aucune autre. Le philosophe-poète – sa plume est définitivement influencée par ses nombreuses lectures – disait débuter chaque jour par la lecture de poètes, cela car c’était ce qui le <em>réveillait</em> le plus. Feu de cheminée le matin, lecture de poésie, travail sur l’imagination, écriture à la flamme d’une chandelle; Bachelard peut-être aura-t-il su vivre poétiquement dans ce monde.<span class="highlight"></span></p>



<p><strong>«Rêveur des demeures»</strong></p>



<p><a rel="noreferrer noopener external" href="https://youtu.be/k1lLQYYmBfs" target="_blank" data-wpel-link="external">Le philosophe à la voix chantante</a> permet donc, entre autres, de mieux vivre au sein du monde et de ses éléments qui nous entourent. Apprendre à rêver et à rêvasser dans nos espaces connus et clos est une tâche qui n’apparaît que davantage cruciale en ces temps confinés. Bachelard nous informe d’ailleurs que l’«on a toujours à gagner à donner aux objets familiers l’amitié attentive qu’ils méritent». Cela n’est pas sans rappeler un des vers de Virgile dans <em>Le souci de la terre</em> (nouvelle traduction des <em>Géorgiques</em>): «Oh oui chanter les grands espaces mais en cultiver un petit.»</p>



<p>Bachelard avoue toutefois, n’étant pas poète, ne pas pouvoir habiter lui-même poétiquement l’espace, même le plus heureux des espaces. Il confiait en <a href="https://www.youtube.com/watch?v=Vc-I6qCSiEc&amp;t=678s&amp;ab_channel=Artesquieu" target="_blank" rel="noreferrer noopener external" data-wpel-link="external">entretien en 1959</a>: «Je ne vis pas dans l’infini, car dans l’infini, on n’est pas chez soi.» Et c’est donc dans le chez-soi que l’on peut d’abord apprendre cette manière de vivre.</p>



<blockquote class="wp-block-quote has-text-align-center is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow"><p>«Logé partout, mais enfermé nulle part, telle est la devise du rêveur de demeures»</p><cite><em>La poétique de l’espace</em></cite></blockquote>



<p>La rêverie, quant à elle, est centrale dans cet apprentissage. Je me permettrai d’apporter une précision sur la distinction bachelardienne entre les mots <em>âme</em>, ce «mot de souffle», et <em>esprit</em>: l’âme s’associe à une conscience – un état d’éveil – plus reposée, alors que l’esprit s’associe à une conscience plus intentionnalisée. L’âme est puissance première, elle inaugure la forme poétique, vient l’habiter. Bachelard nomme d’ailleurs la poésie une «phénoménologie de l’âme». Cette distinction permet de poser les bases pour une réflexion de la rêverie poétique. Je ne peux expliquer plus clairement que Bachelard lui-même ce qui distingue la rêverie poétique du rêve: «Mais quand il s’agit d’une rêverie poétique, d’une rêverie qui jouit non seulement d’elle-même, mais qui prépare pour d’autres âmes des jouissances poétiques, on sait bien qu’on n’est plus sur la pente des somnolences. L’esprit peut connaître une détente, mais dans la rêverie poétique, l’âme veille, sans tension, reposée et active.»</p>



<p><strong>«La flamme est un monde pour l’homme seul»</strong></p>



<p>Si Bachelard a voulu traiter des quatre éléments du point de vue de l’imagination, celui auquel je m’associerai toujours le plus est le feu. Il fut ma plus grande peur dans mon enfance, peuplant mes cauchemars incendiaires, et ma plus grande fascination de jeune adulte; je me suis fait tatouer son symbole sur le corps. <em>La psychanalyse du feu</em> est d’ailleurs ma première lecture bachelardienne. Le philosophe y écrit dans l’introduction: «Il ne faut qu’un soir d’hiver, que le vent autour de la maison, qu’un feu clair, pour qu’une âme douloureuse dise à la fois ses souvenirs et ses peines.» Le feu naît, grandit, s’épuise, et meurt; il est l’image poétique de la vie humaine. Peut-être est-ce en fait ce qui nourrit autant les rêveries devant les feux de cheminée.</p>



<blockquote class="wp-block-quote has-text-align-center is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow"><p>«Le feu est l’ultra-vivant. Le feu est intime et il est universel. Il vit dans notre cœur. Il vit dans le ciel. Il monte des profondeurs de la substance et s’offre comme un amour. Il redescend dans la matière et se cache, latent, contenu comme la haine et la vengeance.&nbsp;[…] Il est douceur et torture»</p><cite><em>La psychanalyse du feu</em></cite></blockquote>



<p>Si cette réalité semble bien loin de la nôtre, il fut un temps où le travail après le coucher du soleil devait être accompli à la lumière ondulante d’une chandelle. Bachelard aura vécu une transformation importante de l’histoire humaine en raison de l’avènement de l’électricité; ayant une habitude de travail à la chandelle, le philosophe avait pu remarquer, par comparaison, l’impact de cette flamme sur l’imagination et la rêverie: cette flamme est <em>créatrice</em>. Le bulbe de lumière au plafond, pas tout autant. Ainsi le penseur disait-il que «tout rêveur de flamme est un poète en puissance».</p>



<p>Le clair-obscur d’une chandelle est en fait l’ouverture d’un monde onirique propre à lui-même; là se trouve en sécurité l’être. Les rêveries de la verticalité de la flamme, comme tendue vers un rêve, sont créatrices de poésie. C’est le temps même qui se met à vaciller; c’est l’âme même qui se met à composer. Les coins sombres en nous peut-être ne tolèrent-ils que cette lumière vacillante pour se laisser révéler. C’est dans cette intimité que chacun retrouve sa solitude.</p>



<p><strong>«Penser le monde avec de la poésie»</strong></p>



<p>Il arrive qu’une image poétique s’imprime en nous puis en délaisse la source. Certains livres lus à l’adolescence, ou pendant l’enfance, peuvent ainsi nourrir notre imagination de manière cachée. Il me vient en tête des impressions de lectures, des états passés, que je n’arrive pas à renouer à leurs origines. Je suis ainsi habitée d’images poétiques non retraçables. Je suis en quelque sorte ces images, cette poésie. «C’est la rêverie qui dessine les derniers confins de notre esprit», nous dit Bachelard. C’est grâce à elle que nous pouvons produire psychiquement; «nous sommes créés par notre rêverie». Entre la réalité et la rêverie, jamais la réalité ne triomphera.</p>



<blockquote class="wp-block-quote has-text-align-center is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow"><p>«Mais l’image a touché les profondeurs avant d’émouvoir la surface»</p><cite><em>La flamme d’une chandelle</em></cite></blockquote>



<p>L’imagination et la poétique me font revenir à ce que je considère comme l’équivalent matériel de la poésie: la peinture. Il y a en la contemplation d’un tableau quelque chose d’authentiquement poétique: c’est une expérience qui invite à la rêverie et au repos imposé afin de construire notre solitude. C’est dans ce partage intime de l’œuvre au rêveur que se construit quelque chose en lui; cela n’est pas l’affaire des autres. Si le poète est «ce peintre par les mots» et la poésie est remplie des «images-phrases qui peignent», dans les mots de Bachelard, la peinture est un «univers onirique d’essences charnelles», dans les mots de Maurice Merleau-Ponty. Les deux formes d’expression donnent à méditer.</p>



<p>En dépit de ce parallèle, Bachelard restera focalisé sur la poésie comme expression fondamentale de la rêverie. Il affirme: «Mais les mots nous dominent plus que nous ne pensons.» Que distingue le poème de la peinture? En lisant un poème, je le fais <em>mien</em>. L’acte de prendre les mots et de les faire miens dans <em>mon</em> être parlant triomphe. «Le poète parle au seuil de l’être»; mon être prend ces mots et les imprime en ma chair. Qui plus est, chaque nouvelle lecture produira une impression différente en mon âme; les vers de Paul-Jean Toulet ne me laissent pas le même sentiment aujourd’hui qu’à ma lecture d’hier:</p>



<blockquote class="wp-block-quote has-text-align-center is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow"><p>C’est à voix basse qu’on enchaîne</p><p>Sous la cendre d’hiver</p><p>Ce cœur, pareil au feu couvert,&nbsp;</p><p>Qui se consume et chante</p></blockquote>



<p>Porter un poème en soi est peut-être l’expérience poétique la plus retentissante. <em>Entendre</em> un poème diffère de le <em>parler</em>, de le faire <em>sien</em>. C’est dans cette appropriation poétique que je <em>vis</em> la poésie, à même mon rapport au monde.</p>



<p>Ce qui ressort finalement des diverses explorations bachelardiennes, c’est la position centrale du mouvement. Que l’on parle d’une eau coulante de rivière, d’une mer en furie, d’une terre que l’on écrase entre ses doigts, des brises légères ou de vents violents, des flammes ondulantes, le mouvement marque l’imagination. Même les eaux dormantes et stagnantes n’affectent l’âme que par le <em style="user-select: auto;">manque</em> de mouvement; cela peut être d’une terrifiante idée que de se demander le pouvoir et la force de cette eau qui pourtant a l’air inoffensive. Comme quoi l’image poétique encore une fois se révèle plus puissante que la réalité.</p>



<p>Si ces réflexions poétiques sont brèves, elles ne tentent que d’être à la hauteur des âmes débordant d’imagination, où métaphores et songes cohabitent. Dans l’indicible présence onirique fleurit le poème.</p>
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		<title>Délier la poésie</title>
		<link>https://www.delitfrancais.com/2020/12/01/delier-la-poesie/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Laura Doyle Péan]]></dc:creator>
		<pubDate>Tue, 01 Dec 2020 15:08:52 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Créations]]></category>
		<category><![CDATA[Culture]]></category>
		<category><![CDATA[Littéraires]]></category>
		<category><![CDATA[Littérature]]></category>
		<category><![CDATA[Slider]]></category>
		<category><![CDATA[concours]]></category>
		<category><![CDATA[écriture]]></category>
		<category><![CDATA[poème]]></category>
		<category><![CDATA[poésie]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>Sélection de poèmes pour conclure la première édition du concours.</p>
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<p class="has-drop-cap">Le concours de poésie <em style="user-select: auto;">Délit et la poésie</em><span class="has-inline-color has-philo-color" style="user-select: auto;"><strong style="user-select: auto;"> </strong></span>termine sa première édition en force avec près d’une vingtaine de soumissions de la part de ses participants et participantes. Nous tenons à remercier chaleureusement toutes les personnes qui ont pris part au concours. La réponse poétique de chacune et de chacun d’entre vous a dépassé nos attentes! Merci énormément à tous et à toutes pour vos contributions! Le jury délibérera dans les prochains jours afin de vous transmettre l’identité de la personne gagnante du concours, en espérant que la prochaine édition du concours soit un aussi grand succès que cette année. Donc, sans plus attendre, pour la dernière édition du <em style="user-select: auto;">Délit</em> cette session, voici les poèmes<span class="has-inline-color has-edito-color" style="user-select: auto;"> </span>retenus pour clore cette première édition du concours signées de la main de Laura Doyle Péan, Alexandre Bellemare, Marilou LeBel Dupuis, Ariane Labrèche et Madeline Tessier. À la session prochaine!</p>



<p class="has-text-align-center">***</p>



<p><strong>Laura Doyle Péan</strong><br><em><strong>Des siècles avant ma naissance</strong></em></p>



<p>avril dernier<br>j’ai reçu une visite pendant la nuit</p>



<p>je ne savais de qui ni pourquoi<br>l’être n’a pas laissé sa carte<br>et j’ai la mémoire courte</p>



<hr class="wp-block-separator">



<p>je me suis réveillé·e en pleurs<br>le souffle court<br>ai eu une pensée pour grand-mère<br>qui se battait alors encore pour le sien</p>



<p>étrange sentiment de déjà-vu<br>mes rêves sont des films en reprise à TVA<br>je n’ai plus fermé l’œil</p>



<hr class="wp-block-separator">



<p>le visiteur n’a pas laissé d’instructions<br>rien qu’une boule d’angoisse existentielle<br>matière brute poétique</p>



<p>ici n’est pas mon appartement<br>ici n’est pas mon lit<br>je ne suis que de passage<br>vous m’avez prise pour la mauvaise personne</p>



<hr class="wp-block-separator">



<p>je jalouse souvent la foi de mes sœurs<br>l’assurance de ceux qui savent<br>retracer leur lignée<br>dessiner ses branches millénaires</p>



<p>je ne connais pas mes ancêtres<br>je ne connais pas ma langue<br>je n’appartiens à aucune terre</p>



<p>j’ai été déraciné·e des siècles avant ma naissance<br>arraché·e de chez moi<br>connu vents connu marées<br>enfoui mes secrets dans les profondeurs de l’océan<br>aux côtés des trésors qu’ils nous ont volés</p>



<p>je me suis rebellé·e des siècles avant ma naissance<br>armes aux mains sous le soleil des Antilles<br>j’ai rallié mes sœurs mes frères mes cousin·e·s<br>affirmé comme Christophe<br>Je ne vous livrerai la ville<br>que lorsqu’elle sera en cendre<br>sur ces mêmes cendres<br>je combattrai<br>encore<br>et j’ai survécu<br>vaincu l’armée du petit homme<br>déclaré mon indépendance<br>sur cette terre que j’ai fait mienne<br>des siècles avant ma naissance</p>



<hr class="wp-block-separator">



<p>J’ai fui des années avant ma naissance</p>



<p>et je fuis encore aujourd’hui</p>



<p>repêcher cette sagesse<br>quelque part au creux de mes reins<br>sous mes ongles peut-être<br>dans les battements de mon cœur</p>



<p>suffit-il de prendre le temps<br>d’y penser bien fort</p>



<p>je ne me souviens que des sueurs froides<br>de l’ombre des arbres<br>du vent</p>



<p>je ne me souviens que du désir de fuir<br>de tout rebâtir ailleurs<br>d’une vie meilleure</p>



<p>je ne me souviens que du désir de retourner à la maison<br>d’appartenir à une terre<br>d’en prendre soin</p>



<p>je ne me souviens que du désir de dire<br>C’est assez.</p>



<p>j’aurais aimé que le visiteur m’apporte la bravoure de mes ancêtres<br>me rappelle ce que c’est d’appartenir</p>



<p>je m’en veux de lui en vouloir<br>peut-être m’a-t-il dit tout ça<br>j’ai la mémoire courte</p>



<p class="has-text-align-center">***</p>



<p class="has-text-align-center"><strong>Alexandre Bellemare</strong><br><br>J’en mets ici, puisque je peux pas en mettre ailleurs, &amp; ta chute reste une chute même dos à nous-même, &amp; tes agressions qui pleurnichent sans cesse m’ont coupé l’herbe en dessous des pieds du cœur, à partir du moment où tes corneilles se sont ankylosées et lui ont gratté la plaie jusqu’à saignement de silence désormais fleuve, un tas de paysage à jeter à la poubelle, &amp; quand je contourne tes mots durs, j’y trouve de quoi abriter mes décès antérieurs, &amp; dis-toi que je meurs trop souvent par le feu dernièrement, oui, la nature de cette lumière qu’est le feu &amp; moi, où la chandelle brûle l’appartement du revers de son feu, où ma table de cuisine flambe, sous peu, dans les mots brûlants, &amp; autour de la table s’asperge tranquille à mi-chemin de mon plancher en reste : le chemin. Celui où repose la table &amp; certes juste est ce passage obligé vers mes natures mortes de cachette pudique. Embaume celle qui date de hier, comme pour chauffer le dehors de mon intérieur, que s’enivre mon passé, kyste d’idée confuse, quand tout brûle, j’éternise le moment, assume le fantasme pour le rendre réel, engendrée par une suite de synchronicité passé/présent. Les frondaisons alarmistes du corps s’émondent, sans guérir ce qui pleure par la poésie puisqu’en dessous d’improbables armures, je reste fictif dans le vivre d’aujourd’hui, pour des raisons étrangères à la logique du cœur achevé sans pitié &amp; sans pour autant que perdure le contexte de nos villes respectives; le palindrome ressassé. J’ai préféré tout brûler.</p>



<p class="has-text-align-center">***</p>



<p class="has-text-align-center"><strong>Marilou LeBel Dupuis</strong></p>



<p class="has-text-align-center"><strong>Résilience</strong> nom féminin mot de neuf lettres dix pardon mot que t’entends dans un bureau un salon après les confidences les catastrophes mot prononcé en réconfort et qui traduit I acknowledge what happened to you was shitty I’m glad you made it through mot que seulement certaines crowds utilisent la tienne une communauté de gens scarifiés par des traumas qui prennent des figures d’hommes de vautours aux masques d’humanité mot compensatoire mot mantra répété répété répété pour s’assurer que tu connaisses ta force que tu câlices pas toute là mais ultimement c’est plus fort que toi tu penses toujours à des bas résille quand tu l’entends.</p>



<p class="has-text-align-center">***</p>



<p class="has-text-align-right"><strong>Ariane Labrèche</strong><br><br>La peur est accroupie<br>Sur les branches des sapins<br>Siffle dans les asclépiades<br>Je ne connais pas son nom</p>



<p class="has-text-align-right">Sais-tu ce qu’il en coûte<br>De pousser entre des craques de béton<br>Une canopée de franchises<br>Le néon pour seules vitamines<br>Un #4 en trio pour emporter</p>



<p class="has-text-align-right">C’est moi qui avale la bourrasque<br>L’ouragan des roues sur Taschereau<br>J’envie la luciole j’aimerais<br>Moi aussi brûler sur les phares des voitures</p>



<p class="has-text-align-right">Les arbres n’ont pas de nom ils ne sont<br>Que des arbres<br>J’ai mis la forêt dans des pots<br>L’asphalte est mon mycélium</p>



<p class="has-text-align-center">***</p>



<p><strong>Madeline Tessier</strong><br><em><strong>Chers masculins</strong></em></p>



<p>le soir…</p>



<p>votre fureur<br>pleuvait sur nos têtes</p>



<p>dehors<br>gisaient mes lèvres<br>façonnées en hématome</p>



<p>j’étais vide<br>j’étais pleine<br>j’étais ma mère, ma sœur<br>j’étais la fluidité<br>du sang qui coule</p>



<p>entre mes veines éclatées<br>des larmes sans nom</p>



<hr class="wp-block-separator">



<p>mais…</p>



<p>j’ai ouvert les yeux<br>regardé à l’intérieur</p>



<p>j’ai vu les ronces<br>glisser sur ma gorge<br>poreuse<br>la voix noyée dans la bile<br>les cris avalés</p>



<p>j’ai tendu les mains<br>senti vos visages<br>assoiffés<br>vos langues, vos bras en flèches<br>pointés sur moi</p>



<p>les yeux ouverts<br>j’ai mémorisé vos gestes<br>pour que rampe sur vos cous<br>la moiteur de ma vengeance</p>



<hr class="wp-block-separator">



<p>puis…</p>



<p>j’ai sculpté ma chair<br>dans le marbre froid</p>



<p>à l’image des déesses</p>



<p>j’ai recousu l’acier<br>sur ma peau</p>



<hr class="wp-block-separator">



<p>enfin…</p>



<p>sur une toile neuve<br>je récolte mes songes<br>rêve de roses<br>qui murmurent mon nom</p>



<p>je vis de la brise<br>repose sur des nuages<br>de soie<br>ma peau blanchie<br>pour respirer</p>



<p>je suis loin<br>de vos mots acides<br>des morsures<br>qu’infligent vos blâmes</p>



<p>seule<br>je fonds dans la douceur<br>le temps d’un regard</p>



<hr class="wp-block-separator">



<p>finalement…</p>



<p>vous lirez mes mots<br>lorsque je serai partie<br>lorsque je basculerai d’un côté<br>peu importe lequel<br>vieille de cœur ou de peau</p>



<p>vous lirez mes mots<br>les invoquerez dans vos prières</p>



<p>vous me ferez sainte<br>espérant l’envol de vos fautes<br>en rêve inutile</p>



<p>et<br>à l’ombre du tournant<br>je vaincrai</p>
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		<item>
		<title>«Mot en n»: l’indissociabilité des mots et des maux</title>
		<link>https://www.delitfrancais.com/2020/12/01/mot-en-n-lindissociabilite-des-mots-et-des-maux/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Association des étudiant·e·s noir·e·s en droit de McGill]]></dc:creator>
		<pubDate>Tue, 01 Dec 2020 15:06:28 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Lettre]]></category>
		<category><![CDATA[Opinion]]></category>
		<category><![CDATA[Slider]]></category>
		<category><![CDATA[Société]]></category>
		<category><![CDATA[anti-racisme]]></category>
		<category><![CDATA[Association des étudiant·e·s noir·e·s en droit de McGill]]></category>
		<category><![CDATA[Mot en n]]></category>
		<category><![CDATA[noirs]]></category>
		<category><![CDATA[racisme]]></category>
		<category><![CDATA[racisme systémique]]></category>
		<guid isPermaLink="false">https://www.delitfrancais.com/?p=40066</guid>

					<description><![CDATA[<p>L’Association des étudiant·e·s noir·e·s en droit de McGill effectue un retour sur la situation et dénonce l’utilisation de ce terme dans le milieu académique.</p>
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										<content:encoded><![CDATA[
<p class="has-drop-cap">Au cours des derniers mois, plusieurs personnalités connues et moins connues ont exprimé leur opinion personnelle, parfois très divergente, au sujet de l’utilisation du «mot en n». Il a été extrêmement désolant de constater que le monopole de cette conversation par ces personnes a accordé très peu de places aux étudiant·e·s noir·e·s; excluant ainsi les voix des plus concernées. La conversation mérite d’être recentrée autour des individus qui ont été relégués aux marges: les étudiant·e·s noir·e·s. Le «mot en n» ne devrait pas être banalisé.</p>



<blockquote class="wp-block-quote has-text-align-center is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow"><p>Les personnes blanches n’ont pas la légitimité pour nous dicter la validité de nos expériences</p></blockquote>



<p><strong>Violence et invisibilisation&nbsp;</strong></p>



<p>Le «mot en n» porte un lourd fardeau historique et sa connotation violente dépasse l’intention individuelle de celui ou celle qui choisit sciemment de l’utiliser. Ce terme est aliénant. Il humilie et blesse. La dissociabilité du mot et des maux qu’il nous cause est encore impossible. Ce mot marque au fer rouge des siècles de violences insoutenables et rappelle la source de toutes les injustices que les Noir·e·s continuent de subir. L’utilisation de ce terme, ainsi que d’autres formes de micro-agressions, ne font pas qu’offenser; elles ont un impact tangible sur la santé et la capacité des personnes noires à réussir dans les espaces de scolarisation. Les personnes blanches n’ont pas la légitimité pour nous dicter la validité de nos expériences.</p>



<p>Il peut sembler simple et anodin de circonscrire l’usage de ce terme au contexte académique, car il serait important de nommer les choses telles qu’elles sont dans ces espaces. Toutefois, il est important de reconnaître que les salles de classe ne sont pas des espaces neutres où la violence de ce mot est désamorcée. Les institutions de savoir ne sont pas absoutes des dynamiques de pouvoir présentes dans notre société.&nbsp;</p>



<blockquote class="wp-block-quote has-text-align-center is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow"><p>N’oublions pas que les sociétés québécoise et canadienne ne sont pas à l’abri du racisme anti-noir</p></blockquote>



<p>N’oublions pas que les sociétés québécoise et canadienne ne sont pas à l’abri du racisme anti-noir. Au contraire, celui-ci fait partie des conditions déterminantes de la fondation de ces sociétés telles que nous les connaissons aujourd’hui. L’esclavage des Noir·e·s n’était pas une réalité uniquement états-unienne ou antillaise; il existait bien et a duré plus de <a href="https://www.thecanadianencyclopedia.ca/fr/article/black-enslavement" data-wpel-link="external" target="_blank" rel="external noopener noreferrer">deux </a><a href="https://www.thecanadianencyclopedia.ca/fr/article/black-enslavement" target="_blank" rel="noreferrer noopener external" data-wpel-link="external">cen</a><a href="https://www.thecanadianencyclopedia.ca/fr/article/black-enslavement" data-wpel-link="external" target="_blank" rel="external noopener noreferrer">ts ans</a><span class="has-inline-color has-noir-color"> au Canada. </span>Les structures et les idées ayant été produites lors de la traite transatlantique des esclaves continuent d’exister sous de nouvelles formes dans bon nombre de nos institutions, telles que les systèmes de justice, de protection de l’enfance, d’immigration et – il ne faut pas l’oublier – d’éducation. Les espaces de scolarisation, ayant un historique <a href="https://www.ledevoir.com/societe/education/588254/racisme-systemique-dans-les-universites-canadiennes" data-wpel-link="external" target="_blank" rel="external noopener noreferrer">de racisme institutionnel</a> envers plusieurs groupes minoritaires, sont encore des environnements hostiles pour les étudiant·e·s noir·e·s. Après l’été que nous venons de vivre, cesser l’utilisation de ce mot semble aller de soi.&nbsp;</p>



<p><strong>La liberté académique a le dos large</strong></p>



<p>Cette demande semble toutefois poser une entrave beaucoup trop importante à la liberté d’expression de plusieurs. La quête de la vérité est-elle réellement interrompue par la prohibition de ce terme? Sommes-nous réellement en train de fixer un dangereux précédent? Le sophisme de la pente glissante semble bien installé chez des esprits qui défendent pourtant le raisonnement logique et la pensée critique.&nbsp;</p>



<p>Il est difficile de comprendre en quoi la version courte de ce mot empêche quiconque d’enseigner le lourd passé historique qui y est rattaché dans un contexte académique. L’apport pédagogique qui vient avec le fait de prononcer ce mot dans son entièreté est pratiquement nul. Il est surtout ridicule de constater qu’on tente de trouver une justification à l’usage de ce mot si violent, et souvent traumatisant, alors qu’il existe une autre manière de le dire.&nbsp;</p>



<p>Bien avant d’apprendre que les droits et libertés sont sujets à des limites raisonnables dans une société libre et démocratique (Article 1 de la <a href="https://laws-lois.justice.gc.ca/fra/const/page-15.html" data-wpel-link="external" target="_blank" rel="external noopener noreferrer">Charte canadienne des droits et libertés</a>), on apprend que la liberté de l’un s’arrête où celle de l’autre commence. Notre droit de jouir d’un environnement d’apprentissage libre de discrimination et de harcèlement ne devrait pas être considéré comme une menace à la liberté académique. Positionner ainsi les termes de ce «débat», qui ne devrait pas en être un, est malhonnête.&nbsp;&nbsp;</p>



<p><em>Rédigé collectivement par Fanta Ly, Naomi-Édith Barandereka, Bianca Annie Marcelin, Attou Mamat, Amélia Souffrant, Hülya Miclisse-Polat, Isabelle Baptiste et Shona Musimbe.</em></p>
<p>L’article <a href="https://www.delitfrancais.com/2020/12/01/mot-en-n-lindissociabilite-des-mots-et-des-maux/" data-wpel-link="internal">«Mot en n»: l’indissociabilité des mots et des maux</a> est apparu en premier sur <a href="https://www.delitfrancais.com" data-wpel-link="internal">Le Délit</a>.</p>
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		<title>Quand «Speak white» resurgit en 2020</title>
		<link>https://www.delitfrancais.com/2020/12/01/quand-speak-white-resurgit-en-2020/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Lysa Bélaïcha]]></dc:creator>
		<pubDate>Tue, 01 Dec 2020 15:05:23 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Opinion]]></category>
		<category><![CDATA[Société]]></category>
		<category><![CDATA[censure]]></category>
		<category><![CDATA[Études québécoises]]></category>
		<category><![CDATA[francophone]]></category>
		<category><![CDATA[francophonie]]></category>
		<category><![CDATA[McGill]]></category>
		<category><![CDATA[McGill en français]]></category>
		<category><![CDATA[Québec]]></category>
		<guid isPermaLink="false">https://www.delitfrancais.com/?p=40073</guid>

					<description><![CDATA[<p>Le silence du français à McGill.</p>
<p>L’article <a href="https://www.delitfrancais.com/2020/12/01/quand-speak-white-resurgit-en-2020/" data-wpel-link="internal">Quand «Speak white» resurgit en 2020</a> est apparu en premier sur <a href="https://www.delitfrancais.com" data-wpel-link="internal">Le Délit</a>.</p>
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										<content:encoded><![CDATA[
<p class="has-drop-cap">Je fais une mineure en études québécoises. Au début de la session, j’ai écrit à ma professeure pour lui demander si je pouvais participer en français dans son cours. Je tenais à savoir si elle n’avait pas d’objection, puisqu’évidemment, certains professeurs ne comprennent pas le français. Elle m’a répondu qu’elle n’avait aucun problème avec cela.</p>



<p>La semaine dernière, mon amie Catherine et moi avons posé une question en français à une déléguée générale québécoise invitée dans le cours. Celle-ci<strong><span class="has-inline-color has-edito-color"> </span></strong>a décidé de nous répondre en français.&nbsp;</p>



<p>Puis, dans l’onglet<strong> </strong>discussion sur Zoom, un étudiant bilingue a mentionné que les non-francophones apprécieraient que les questions<strong style="user-select: auto;"><span class="has-inline-color has-societe-color" style="user-select: auto;"> </span></strong>et les réponses soient faites en anglais.&nbsp;Près d’un demi siècle après le poème de Michèle Lalonde, des étudiants de McGill se font dire de «speak white».</p>



<p>L’étudiant a débattu avec Catherine à savoir si le français pouvait être utilisé, considérant que d’autres étudiants ne le comprennent pas. Elle lui a répondu que l’invitée était francophone et qu’elle ne voyait pas pourquoi elle aurait dû se sentir obligée de lui poser une question en anglais. Après tout, nous sommes au Québec et le français y est la langue officielle. L’étudiant lui a répondu que nous sommes sur un territoire Mohawk et Anichinabé.&nbsp;</p>



<p>Après cet échange étourdissant, j’ai envoyé un courriel à ma professeure lui expliquant que ma langue maternelle est le kabyle, que mes parents m’avaient appris le français à un jeune âge et qu’ils n’ont jamais maîtrisé l’anglais. Qu’à l’âge de 16 ans, je suis partie à Ottawa pour une simulation parlementaire, que j’étais la seule fille francophone et que j’étais incapable de discuter avec les autres jeunes. Je me suis sentie exclue et me suis jurée que plus jamais cela ne m’arriverait.&nbsp;&nbsp;</p>



<blockquote class="wp-block-quote has-text-align-center is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow"><p>Même si McGill nous «permet» de nous exprimer en français, les francophones usent rarement de ce droit tant le climat n’est pas favorable</p></blockquote>



<p>En arrivant à McGill, moi qui croyais que le français y serait plutôt accessible, j’ai vécu un choc. Je ne comprenais pas mes enseignants et la lecture en anglais m’était impossible. Comme moi, plusieurs étudiants francophones de McGill disent qu’au Cégep, ils étaient des étudiants impliqués et participatifs. Mais depuis que nous sommes à l’université, nous avons le sentiment d’être invisibles, voire inexistants.&nbsp;</p>



<p>Même si l’on nous «permet» de nous exprimer en français, les francophones usent rarement de ce droit tant le climat n’est pas favorable. Plusieurs francophones sont gênés d’user de leur droit à parler cette langue, et ce, dans toutes les instances de l’université, puisque les anglophones y sont majoritaires et très souvent, unilingues.&nbsp;</p>



<p>J’ai terminé en lui disant que mon but n’était pas d’exclure les non-francophones. Les étudiants anglophones se doivent toutefois de comprendre le vécu des francophones. Bien que nous ayons choisi d’étudier en anglais, cela ne veut pas pour autant dire que nous maîtrisons l’anglais. Apprendre une langue est un long processus. Pour les francophones qui ont eu un parcours scolaire en français, il faut comprendre qu’arriver dans un environnement totalement anglophone peut être difficile. Cela demande une adaptation et de nombreux efforts pour réussir nos études.</p>



<p>Je comprends que McGill est une université anglophone et que certains étudiants croient, à tort, que Montréal est une ville bilingue et que, pour cela, les étudiants unilingues anglophones ne considèrent pas le français. Cependant, la réalité est tout autre. McGill a des règles qui nous permettent de faire nos évaluations en français. Il y a aussi la politique de bilinguisme qui permet aux étudiants d’intervenir dans la langue officielle qu’ils souhaitent et, ce, quelle que soit la langue dans laquelle le cours est donné. Cette politique est rarement mentionnée et je crois que cette information manque aux étudiants anglophones et francophones.&nbsp;</p>



<blockquote class="wp-block-quote has-text-align-center is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow"><p>Cette langue, nous nous devons de la préserver, elle fait partie de notre identité</p></blockquote>



<p>McGill est la meilleure université au Québec selon le classement des universités du <em><a href="https://www.timeshighereducation.com/student/where-to-study/study-in-canada" target="_blank" rel="noreferrer noopener external" data-wpel-link="external">Times Higher Education</a></em>. Or, plusieurs étudiants francophones s’épanouissent&nbsp;difficilement dans cette université, et cela revient à limiter leur accès à celle-ci. Je considère d’ailleurs que c’est une réelle discrimination à notre égard. En ne mettant pas en place des ressources pour que nous puissions réussir comme les anglophones, on reproduit exactement ce que la Révolution tranquille a tenté d’effacer, soit que les anglophones réussissent mieux et maintiennent leur place dans une élite au détriment des francophones.</p>



<p>Peut-être faudrait-il que davantage de professeurs comprennent minimalement le français dans cette institution? Peut-être faudrait-il que les professeurs mentionnent la politique de bilinguisme devant toute la classe pour éviter d’éventuels conflits? Peut-être, ainsi, créerons-nous une meilleure harmonie entre les francophones et les anglophones? Le fait de ne jamais mentionner le français, comme si à l’intérieur de l’université il était inexistant, contribue à l’effacer et à rendre inconfortables ceux qui souhaitent l’utiliser.&nbsp;</p>



<p>Ce n’est pas la première fois que je ressens une forme d’injustice en tant que francophone et j’avais besoin de dénoncer cette situation et de dire que, trop souvent, les francophones sont réduits au silence non pas par les règles, mais tout simplement parce que le climat ne le permet pas. À quoi bon avoir le droit de parler en français si personne ne nous comprend? C’est pour cette raison qu’il y a une gêne à parler cette magnifique langue qu’est le français. Le manque d’ouverture au français de certains étudiants vient du fait qu’il y a des lacunes au sein de l’université à faire la promotion de cette langue.</p>



<p>J’espère que les choses changeront et que tranquillement, les francophones prendront leur place dans les cours et les réunions, parce que nous sommes là et nous existons.&nbsp;&nbsp;&nbsp;</p>



<p>Cette langue, nous nous devons de la préserver, elle fait partie de notre identité.</p>
<p>L’article <a href="https://www.delitfrancais.com/2020/12/01/quand-speak-white-resurgit-en-2020/" data-wpel-link="internal">Quand «Speak white» resurgit en 2020</a> est apparu en premier sur <a href="https://www.delitfrancais.com" data-wpel-link="internal">Le Délit</a>.</p>
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		<title>Virage vert en zone rouge</title>
		<link>https://www.delitfrancais.com/2020/12/01/virage-vert-en-zone-rouge/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Vincent Copti]]></dc:creator>
		<pubDate>Tue, 01 Dec 2020 15:03:56 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Actualités]]></category>
		<category><![CDATA[Montréal]]></category>
		<category><![CDATA[Québec]]></category>
		<category><![CDATA[autochtones]]></category>
		<category><![CDATA[budget carbone]]></category>
		<category><![CDATA[carbone]]></category>
		<category><![CDATA[climat]]></category>
		<category><![CDATA[énergie]]></category>
		<category><![CDATA[Environnement]]></category>
		<category><![CDATA[GES]]></category>
		<category><![CDATA[gouvernement provincial]]></category>
		<category><![CDATA[Manifestation]]></category>
		<category><![CDATA[réchauffement climatique]]></category>
		<category><![CDATA[transports]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>En pleine crise sanitaire, le gouvernement du Québec prépare-t-il le Québec pour la crise climatique?</p>
<p>L’article <a href="https://www.delitfrancais.com/2020/12/01/virage-vert-en-zone-rouge/" data-wpel-link="internal">Virage vert en zone rouge</a> est apparu en premier sur <a href="https://www.delitfrancais.com" data-wpel-link="internal">Le Délit</a>.</p>
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										<content:encoded><![CDATA[
<p class="has-drop-cap">Tandis que la pandémie de COVID-19 bat son plein dans la Belle Province, avec plus de <a rel="noreferrer noopener external" href="https://www.quebec.ca/sante/problemes-de-sante/a-z/coronavirus-2019/situation-coronavirus-quebec/" target="_blank" data-wpel-link="external">8000 nouveaux cas</a> et 159 décès la semaine du 20 novembre, le premier ministre  François Legault a reconnu l’existence d’un autre grand danger: le réchauffement climatique qui menace, <a rel="noreferrer noopener external" href="https://www.ledevoir.com/societe/environnement/589818/quebec-injecte-6-7-milliards-pour-lutter-contre-les-changements-climatiques" target="_blank" data-wpel-link="external">selon ses mots</a>, «la survie de l’espèce». Le gouvernement de la Coalition Avenir Québec (CAQ) a publié le 16 novembre le Plan pour une économie verte 2030 (<a rel="noreferrer noopener external" href="https://www.quebec.ca/gouv/politiques-orientations/plan-economie-verte/" target="_blank" data-wpel-link="external">PEV 2030</a>) dans lequel il promet de remettre la province dans la bonne direction pour atteindre son objectif de 2030, soit une réduction des émissions de gaz à effet de serre (GES) de 37,5% par rapport à 1990. Ce plan, qui vise notamment l’électrification des transports, est cependant jugé <a rel="noreferrer noopener external" href="https://www.lapresse.ca/actualites/environnement/2020-11-16/reduction-des-ges/un-plan-vert-pour-atteindre-50-de-l-objectif.php" target="_blank" data-wpel-link="external">insuffisant</a> par certains organismes environnementaux. Pour cette raison, deux manifestations, à Québec et à Montréal, ont été organisées pour demander des mesures plus rigoureuses, spécifiées dans la <a rel="noreferrer noopener external" href="https://www.pourlatransitionenergetique.org/feuille-de-route-quebec-zen/" target="_blank" data-wpel-link="external">Feuille de route</a> pour la transition du Québec vers la carboneutralité.</p>



<p><strong>Un objectif pragmatique et réaliste</strong></p>



<figure class="wp-block-image size-large"><img loading="lazy" decoding="async" width="1000" height="667" src="https://www.delitfrancais.com/wp-content/uploads/2020/11/image-6-1-1000x667.jpg" alt class="wp-image-40008" srcset="https://www.delitfrancais.com/wp-content/uploads/2020/11/image-6-1-1000x667.jpg 1000w, https://www.delitfrancais.com/wp-content/uploads/2020/11/image-6-1-330x220.jpg 330w, https://www.delitfrancais.com/wp-content/uploads/2020/11/image-6-1-768x512.jpg 768w, https://www.delitfrancais.com/wp-content/uploads/2020/11/image-6-1-1536x1024.jpg 1536w, https://www.delitfrancais.com/wp-content/uploads/2020/11/image-6-1-2048x1365.jpg 2048w, https://www.delitfrancais.com/wp-content/uploads/2020/11/image-6-1-1200x800.jpg 1200w, https://www.delitfrancais.com/wp-content/uploads/2020/11/image-6-1-930x620.jpg 930w" sizes="auto, (max-width: 1000px) 100vw, 1000px"><figcaption><span class="media-credit"><a href="https://www.delitfrancais.com/author/vincent-copti/?media=1" data-wpel-link="internal">Vincent Copti</a> | Le Délit</span> «Le GIEC nous dit qu’une réduction de 50% d’émissions de GES d’ici 2030 nous donnerait à peine une chance sur deux d’éviter la catastrophe. La cible du Québec, c’est 37,5%. Le beau Plan pour une économie verte [2030] nous donne 15% (16%, <em>ndlr</em>)» a affirmé François Geoffroy, porte-parole de <a rel="noreferrer noopener external" href="https://laplanetesinvite.org/" target="_blank" data-wpel-link="external"><em>La Planète s’invite au Parlement</em></a>.</figcaption></figure>



<p></p>



<p>En 2009, l’Assemblée nationale avait fixé la cible de réduction d’émissions de gaz à effet de serre (GES) pour 2020 à 20% par rapport à 1990. Cette cible ne sera <a rel="noreferrer noopener external" href="https://lactualite.com/actualites/ges-quebec-confirme-que-la-cible-de-reduction-en-2020-ne-sera-pas-atteinte/" target="_blank" data-wpel-link="external">pas atteinte</a>. Cependant<span class="has-inline-color has-grisfonce-color">,</span> le plan du gouvernement reprend l’engagement de réduction de 37,5% des émissions de GES par rapport à 1990, adopté en <a rel="noreferrer noopener external" href="http://www.environnement.gouv.qc.ca/changementsclimatiques/engagement-quebec.asp#:~:text=Pour%202020%2C%20le%20Qu%C3%A9bec%20s,lutte%20contre%20les%20changements%20climatiques." target="_blank" data-wpel-link="external">2015</a> par l’Assemblée nationale. Il mentionne aussi la possibilité d’un objectif de <a rel="noreferrer noopener external" href="https://fr.wikipedia.org/wiki/Neutralit%C3%A9_carbone" target="_blank" data-wpel-link="external">carboneutralité</a> pour 2050 en fonction de l’évolution des négociations internationales. Malgré tout, le premier ministre reconnaît que le PEV 2030 ne permettrait que d’atteindre <a rel="noreferrer noopener external" href="https://ici.radio-canada.ca/nouvelle/1749890/quebec-gouvernement-legault-charette-plan-vert-economie" target="_blank" data-wpel-link="external">42%</a> de son objectif, soit une réduction de 16% des émissions de GES par rapport à 1990. Pour les 21,5% restants, le premier ministre compte sur les efforts du gouvernement fédéral et le développement de nouvelles technologies.&nbsp;</p>



<p>Les organisations ayant participé à l’élaboration de la Feuille de route pour la transition du Québec vers la carboneutralité préconisent des objectifs plus ambitieux. S’appuyant sur les rapports du Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (GIEC), elles affirment que le véritable objectif devrait être de limiter le réchauffement <a href="https://www.ipcc.ch/site/assets/uploads/sites/2/2019/09/IPCC-Special-Report-1.5-SPM_fr.pdf" target="_blank" rel="noreferrer noopener external" data-wpel-link="external">à 1,5°C</a> par rapport à l’ère préindustrielle (avant 1850), ce qui correspond à l’objectif de<a href="https://unfccc.int/fr/process-and-meetings/l-accord-de-paris/qu-est-ce-que-l-accord-de-paris" target="_blank" rel="noreferrer noopener external" data-wpel-link="external"> l’Accord de Paris</a>. Réduire d’ici 2030 les émissions mondiales de GES de 45% par rapport au niveau de 2010 et atteindre la carboneutralité d’ici 2050 signifierait une probabilité de 50% de limiter le réchauffement en deçà du seuil critique. Pour augmenter cette probabilité à 66%, il faudrait atteindre la carboneutralité dès 2040.&nbsp;</p>



<p><br><strong>Capitalisme vert et transformation sociétale</strong></p>



<figure class="wp-block-image size-large"><img loading="lazy" decoding="async" width="1000" height="667" src="https://www.delitfrancais.com/wp-content/uploads/2020/11/image-3-1-1000x667.jpg" alt class="wp-image-40011" srcset="https://www.delitfrancais.com/wp-content/uploads/2020/11/image-3-1-1000x667.jpg 1000w, https://www.delitfrancais.com/wp-content/uploads/2020/11/image-3-1-330x220.jpg 330w, https://www.delitfrancais.com/wp-content/uploads/2020/11/image-3-1-768x512.jpg 768w, https://www.delitfrancais.com/wp-content/uploads/2020/11/image-3-1-1536x1024.jpg 1536w, https://www.delitfrancais.com/wp-content/uploads/2020/11/image-3-1-2048x1365.jpg 2048w, https://www.delitfrancais.com/wp-content/uploads/2020/11/image-3-1-1200x800.jpg 1200w, https://www.delitfrancais.com/wp-content/uploads/2020/11/image-3-1-930x620.jpg 930w" sizes="auto, (max-width: 1000px) 100vw, 1000px"><figcaption><span class="media-credit"><a href="https://www.delitfrancais.com/author/vincent-copti/?media=1" data-wpel-link="internal">Vincent Copti</a> | Le Délit</span> Rosalie Thibault, une étudiante de McGill et membre active de la Coalition étudiante pour un virage environnemental et social (<a rel="noreferrer noopener external" href="http://www.ceves.ca/" target="_blank" data-wpel-link="external">CEVES</a>) a prononcé un discours qui a exalté la foule: «Je veux une transformation de l’économie, pas de relance. Pas de relance vers un productivisme acharné qui nous fait perdre le sens de la réalité, tellement qu’on [est occupé à travailler pour] survivre pis consommer du bonheur matériel pour surmonter les <em>burnouts </em>pis la dépression.» <span class="has-inline-color has-grisfonce-color">Un·e manifestant·e portait une affiche qui abondait dans le même sens: «Le réchauffement climatique est aussi </span>exponentiel que notre modèle de croissance économique. Nous ne pouvons gagner la partie sans changer les règles du jeu! »</figcaption></figure>



<p></p>



<p>Pour le gouvernement de la CAQ, le PEV 2030 s’inscrit dans une logique de relance économique verte. Tout au long de ce plan, le gouvernement souhaite combiner la lutte contre les changements climatiques à une maximisation des retombées économiques. Le plan met de l’avant que l’électrification de l’économie et notamment des transports améliorera la balance commerciale du Québec en limitant ses importations d’hydrocarbures. Le plan compte étendre l’expertise hydroélectrique du Québec aux autres énergies renouvelables comme l’<a rel="noreferrer noopener external" href="https://www.mediachimie.org/actualite/qu%E2%80%99est-ce-que-l%E2%80%99hydrog%C3%A8ne-%C2%AB-vert-%C2%BB" target="_blank" data-wpel-link="external">hydrogène vert</a> et les <a rel="noreferrer noopener external" href="https://fr.wikipedia.org/wiki/Bio%C3%A9nergie" target="_blank" data-wpel-link="external">bioénergies</a>, faisant ainsi de la province un chef de file dans le domaine de l’énergie renouvelable, et «la batterie du nord-est de l’Amérique».</p>



<p>Dans leur Feuille de route pour la transition du Québec vers la carboneutralité, les 85 organisations environnementales signataires stipulent que cette «croissance propre» serait «un mirage». Le réchauffement climatique est avant tout un enjeu sociétal qui nécessite une transformation radicale du modèle économique du Québec pour réduire la consommation, affirment-elles. Pour remédier au réchauffement climatique, la feuille de route met de l’avant une économie sociale, locale et circulaire et conseille de placer plus de ressources sous gestion commune plutôt que sous le contrôle du marché.</p>



<p><strong>Taxer ou ne pas taxer</strong></p>



<figure class="wp-block-image size-large"><img loading="lazy" decoding="async" width="1000" height="667" src="https://www.delitfrancais.com/wp-content/uploads/2020/11/image-4-1-1000x667.jpg" alt class="wp-image-40010" srcset="https://www.delitfrancais.com/wp-content/uploads/2020/11/image-4-1-1000x667.jpg 1000w, https://www.delitfrancais.com/wp-content/uploads/2020/11/image-4-1-330x220.jpg 330w, https://www.delitfrancais.com/wp-content/uploads/2020/11/image-4-1-768x512.jpg 768w, https://www.delitfrancais.com/wp-content/uploads/2020/11/image-4-1-1536x1024.jpg 1536w, https://www.delitfrancais.com/wp-content/uploads/2020/11/image-4-1-2048x1365.jpg 2048w, https://www.delitfrancais.com/wp-content/uploads/2020/11/image-4-1-1200x800.jpg 1200w, https://www.delitfrancais.com/wp-content/uploads/2020/11/image-4-1-930x620.jpg 930w" sizes="auto, (max-width: 1000px) 100vw, 1000px"><figcaption><span class="media-credit"><a href="https://www.delitfrancais.com/author/vincent-copti/?media=1" data-wpel-link="internal">Vincent Copti</a> | Le Délit</span> De nombreux <a rel="noreferrer noopener external" href="https://www.lapresse.ca/actualites/environnement/2020-11-16/reduction-des-ges/un-plan-vert-pour-atteindre-50-de-l-objectif.php" target="_blank" data-wpel-link="external">leaders environnementaux</a> déplorent l’absence de mesures contraignantes dans le PEV 2030, alors que de telles mesures ont été mises en place face à la COVID-19. «J’ai vu ce gouvernement déployer des efforts sans précédent pour combattre la crise sanitaire, alors qu’est-ce qui l’empêche [de] combattre ce cauchemar climatique? Peut-être que ce gouvernement est malade lui aussi, peut-être que le gouvernement souffre de démence» a affirmé Jérôme Leclerc, membre de <a rel="noreferrer noopener external" href="https://www.facebook.com/PlaneteEnSante/" target="_blank" data-wpel-link="external"><em>La Planète s’invite en santé</em></a>. Sur l’affiche de ce·tte manifestant·e, les premiers ministres Justin Trudeau et François Legault sont qualifiés de «criminels du climat».</figcaption></figure>



<p></p>



<p>Pour financer son plan, le gouvernement Legault compte s’appuyer sur les revenus du <a rel="noreferrer noopener external" href="http://www.environnement.gouv.qc.ca/changementsclimatiques/marche-carbone.asp" target="_blank" data-wpel-link="external">marché du carbone</a>, à travers lequel le gouvernement québécois vend aux enchères des droits d’émettre des GES. Il compte aussi avoir recours à des investissements directs du gouvernement québécois, des investissements d’organes étatiques comme Investissement Québec ainsi que des investissements du secteur privé. Le gouvernement ne compte pas mettre en place de nouvelles taxes qui, selon lui, alourdiraient le fardeau des familles et nuiraient à la compétitivité des entreprises québécoises.&nbsp;</p>



<p>La Feuille de route pour la transition du Québec vers la carboneutralité mettrait en place, au contraire, des mesures d’<a rel="noreferrer noopener external" href="http://gdt.oqlf.gouv.qc.ca/ficheOqlf.aspx?Id_Fiche=26501985" target="_blank" data-wpel-link="external">écofiscalité</a>, pour punir les comportements les plus polluants et récompenser les plus écologiques. Ces nouvelles taxes seraient accompagnées de mesures de compensation pour ne pas exacerber les inégalités économiques. Les 85 organismes environnementaux suggèrent aussi, dans leur feuille de route, de nombreuses réglementations pour que les dépenses et investissements publics et privés soient évalués en fonction de leur impact environnemental et social.&nbsp;</p>



<p><strong>Comparaison détaillée du secteur des transports</strong></p>



<figure class="wp-block-image size-large"><img loading="lazy" decoding="async" width="1000" height="667" src="https://www.delitfrancais.com/wp-content/uploads/2020/11/image-5--1000x667.jpg" alt class="wp-image-40009" srcset="https://www.delitfrancais.com/wp-content/uploads/2020/11/image-5--1000x667.jpg 1000w, https://www.delitfrancais.com/wp-content/uploads/2020/11/image-5--330x220.jpg 330w, https://www.delitfrancais.com/wp-content/uploads/2020/11/image-5--768x512.jpg 768w, https://www.delitfrancais.com/wp-content/uploads/2020/11/image-5--1536x1024.jpg 1536w, https://www.delitfrancais.com/wp-content/uploads/2020/11/image-5--2048x1365.jpg 2048w, https://www.delitfrancais.com/wp-content/uploads/2020/11/image-5--1200x800.jpg 1200w, https://www.delitfrancais.com/wp-content/uploads/2020/11/image-5--930x620.jpg 930w" sizes="auto, (max-width: 1000px) 100vw, 1000px"><figcaption><span class="media-credit"><a href="https://www.delitfrancais.com/author/vincent-copti/?media=1" data-wpel-link="internal">Vincent Copti</a> | Le Délit</span> Une représentante de l’organisme<a href="https://meresaufront.org/" target="_blank" rel="noreferrer noopener external" data-wpel-link="external"> Mères au Front</a> a donné le discours de départ de la manifestation.</figcaption></figure>



<p></p>



<p>Le secteur des transports représente à lui seul <a href="https://www.ledevoir.com/societe/environnement/569336/les-emissions-de-ges-ont-encore-augmente-en-2017-au-quebec#:~:text=L&#039;effort%20climatique%20du%20Qu%C3%A9bec%20est%20quasi%20nul,-%5BAccueil%5D&amp;text=Photo%3A%20Olivier%20Zuida%20Le%20Devoir,30%2C5%20%25%20des%20%C3%A9missions." target="_blank" rel="noreferrer noopener external" data-wpel-link="external">43%</a> des émissions de GES du Québec. Le gouvernement et les organismes environnementaux accordent donc une grande importance à ce domaine. Les grandes lignes de leurs mesures sont détaillées dans ce tableau:</p>



<figure class="wp-block-image size-large"><img loading="lazy" decoding="async" width="1000" height="744" src="https://www.delitfrancais.com/wp-content/uploads/2020/11/Tableau-1000x744.jpg" alt class="wp-image-40014" srcset="https://www.delitfrancais.com/wp-content/uploads/2020/11/Tableau-1000x744.jpg 1000w, https://www.delitfrancais.com/wp-content/uploads/2020/11/Tableau-330x246.jpg 330w, https://www.delitfrancais.com/wp-content/uploads/2020/11/Tableau-768x571.jpg 768w, https://www.delitfrancais.com/wp-content/uploads/2020/11/Tableau.jpg 1055w" sizes="auto, (max-width: 1000px) 100vw, 1000px"><figcaption><span class="media-credit"><a href="https://www.delitfrancais.com/author/vincent-copti/?media=1" data-wpel-link="internal">Vincent Copti</a> | Le Délit</span></figcaption></figure>



<p></p>



<p><strong>Adaptations politiques aux changements climatiques</strong></p>



<figure class="wp-block-gallery columns-2 is-cropped wp-block-gallery-1 is-layout-flex wp-block-gallery-is-layout-flex"><ul class="blocks-gallery-grid"><li class="blocks-gallery-item"><figure><img loading="lazy" decoding="async" width="723" height="1000" src="https://www.delitfrancais.com/wp-content/uploads/2020/11/Francois-Geoffroy-723x1000.jpg" alt data-id="40006" data-full-url="https://www.delitfrancais.com/wp-content/uploads/2020/11/Francois-Geoffroy.jpg" data-link="https://www.delitfrancais.com/francois-geoffroy/" class="wp-image-40006" srcset="https://www.delitfrancais.com/wp-content/uploads/2020/11/Francois-Geoffroy-723x1000.jpg 723w, https://www.delitfrancais.com/wp-content/uploads/2020/11/Francois-Geoffroy-330x457.jpg 330w, https://www.delitfrancais.com/wp-content/uploads/2020/11/Francois-Geoffroy-768x1063.jpg 768w, https://www.delitfrancais.com/wp-content/uploads/2020/11/Francois-Geoffroy.jpg 813w" sizes="auto, (max-width: 723px) 100vw, 723px"></figure></li><li class="blocks-gallery-item"><figure><img loading="lazy" decoding="async" width="723" height="1000" src="https://www.delitfrancais.com/wp-content/uploads/2020/11/Nina-Segalowitz-723x1000.jpg" alt data-id="40007" data-full-url="https://www.delitfrancais.com/wp-content/uploads/2020/11/Nina-Segalowitz.jpg" data-link="https://www.delitfrancais.com/nina-segalowitz/" class="wp-image-40007" srcset="https://www.delitfrancais.com/wp-content/uploads/2020/11/Nina-Segalowitz-723x1000.jpg 723w, https://www.delitfrancais.com/wp-content/uploads/2020/11/Nina-Segalowitz-330x457.jpg 330w, https://www.delitfrancais.com/wp-content/uploads/2020/11/Nina-Segalowitz-768x1063.jpg 768w, https://www.delitfrancais.com/wp-content/uploads/2020/11/Nina-Segalowitz.jpg 813w" sizes="auto, (max-width: 723px) 100vw, 723px"></figure></li></ul><figcaption class="blocks-gallery-caption">François Geoffroy (à gauche) a exprimé son espoir «que très bientôt, on va pouvoir avoir une grande conversation de nation [québécoise] à nations [autochtones]». Son discours était suivi du chant de guérison pour la nature de Nina Segalowitz (à droite), une artiste inuite.&nbsp;</figcaption></figure>



<p></p>



<p>Le PEV 2030 contient aussi quelques changements de nature législative et administrative, comme la création d’une loi pour le climat et l’augmentation des pouvoirs du ministre de l’Environnement et de la Lutte contre les changements climatiques. La Feuille de route pour la transition du Québec vers la carboneutralité préconise, quant à elle, une «Loi climat contraignante» incluant un budget carbone et une collaboration d’égal à égal entre le gouvernement du Québec et les peuples autochtones.&nbsp;</p>



<figure class="wp-block-image size-large"><img loading="lazy" decoding="async" width="1000" height="667" src="https://www.delitfrancais.com/wp-content/uploads/2020/11/image-2-1-1000x667.jpg" alt class="wp-image-40012" srcset="https://www.delitfrancais.com/wp-content/uploads/2020/11/image-2-1-1000x667.jpg 1000w, https://www.delitfrancais.com/wp-content/uploads/2020/11/image-2-1-330x220.jpg 330w, https://www.delitfrancais.com/wp-content/uploads/2020/11/image-2-1-768x512.jpg 768w, https://www.delitfrancais.com/wp-content/uploads/2020/11/image-2-1-1536x1024.jpg 1536w, https://www.delitfrancais.com/wp-content/uploads/2020/11/image-2-1-2048x1365.jpg 2048w, https://www.delitfrancais.com/wp-content/uploads/2020/11/image-2-1-1200x800.jpg 1200w, https://www.delitfrancais.com/wp-content/uploads/2020/11/image-2-1-930x620.jpg 930w" sizes="auto, (max-width: 1000px) 100vw, 1000px"><figcaption><span class="media-credit"><a href="https://www.delitfrancais.com/author/vincent-copti/?media=1" data-wpel-link="internal">Vincent Copti</a> | Le Délit</span> La marche de plusieurs centaines de manifestants était rythmée par un groupe de percussionnistes (en rouge) à l’avant du cortège.</figcaption></figure>



<p></p>



<p>Tandis que le gouvernement poursuit la mise en œuvre du PEV 2030, prévoyant lancer une période de consultations sur l’aménagement du territoire, François Geoffroy, porte-parole de<span class="has-inline-color has-edito-color"> </span><em>La Planète s’invite au Parlement </em>a invité les manifestants à poursuivre leurs efforts de mobilisation. Il a annoncé la création prochaine d’un réseau des travailleuses et travailleurs pour la justice climatique, et a salué le travail d’autres organisations comme l’équipe du <a rel="noreferrer noopener external" href="https://www.granddialogue-slsj.com/" target="_blank" data-wpel-link="external"><em>Grand Dialogue</em></a> au Saguenay et <a rel="noreferrer noopener external" href="https://extinctionrebellion.ca/quebec/" target="_blank" data-wpel-link="external"><em>Extinction Rébellion</em></a>. Quand les conditions sanitaires le permettront, <em>la Planète s’invite au Parlement</em> entamera une tournée à travers le Québec pour parler de la Feuille de route pour la transition du Québec vers la carboneutralité.&nbsp;</p>
<p>L’article <a href="https://www.delitfrancais.com/2020/12/01/virage-vert-en-zone-rouge/" data-wpel-link="internal">Virage vert en zone rouge</a> est apparu en premier sur <a href="https://www.delitfrancais.com" data-wpel-link="internal">Le Délit</a>.</p>
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