Été 85 de François Ozon au TIFF 2020

« Pourquoi perdre du temps ? »

Parker Le Bras-Brown | Le Délit

Été 85, le nouveau film du réalisateur François Ozon (Huit FemmesPotiche), est présenté ce mois-ci dans une édition bien particulière du Festival international du film de Toronto (TIFF). Dans ce film, Alexis (Félix Lefebvre), un adolescent français, raconte l’été qu’il vient de passer avec David (Benjamin Voisin). À la suite de la mort de David, Alexis, son amour d’été, est interrogé. Ne vous inquiétez pas, je ne vous divulgâche rien : ce constat est évoqué en moins de trois minutes après le début du film.

Là est un peu le hic : le film, inspiré par le livre La Danse du coucou (1982) d’Aidan Chambers, fait preuve d’une rapidité scénaristique étourdissante et parfois gênante. De fil en aiguille, cette rapidité est si flagrante et chaotique qu’elle ne peut être justifiée autrement que par une intention avisée du réalisateur : « Arrête d’essayer de tout comprendre », insiste David, en s’adressant à Alexis. Ce message ne semble pas s’adresser simplement à Alexis, mais également aux spectateurs et spectatrices, qui peut parfois avoir du mal à s’ancrer dans cet univers, étant donné la rapidité des interactions et le manque de consistance dans les indices scénaristiques.

Pour le meilleur et pour le pire, Ozon ne semble pas vraiment s’être éloigné des thématiques et du style de son court-métrage Une robe d’été (1996), qui lui avait procuré une notoriété internationale. De nombreux fétiches « ozoniens », tels que les scènes de travestissement, de danse singulière et de plage, que nous donne à voir Été 85, contribuent à perpétuer l’image classique du cinéma français. Ce statisme stylistique a de quoi rendre hommage à une belle époque du cinéma français, mais ne peut conséquemment pas être louée pour son originalité. Une exploration plus mature et approfondie des relations de domination liées à l’âge et au genre (représentées timidement dans le film) aurait renforcé le caractère moderne et la pertinence du film.

On ne peut pas s’empêcher, en visionnant Été 85, d’établir des parallèles avec d’autres films du même style, comme Les amours imaginaires (2010) de Xavier Dolan, 120 battements par minute (2017) de Robin Campillo ou Call Me by Your Name (2017) de Luca Guadagnino. En fait, à de très nombreux égards, le film rappelle la douceur et la naïveté du film de Guadagnino, que ce soit par une scène de danse colorée, une escapade à la mer ou tout simplement par l’esthétisme méditerranéen en général.

Il est hors de doute qu’Ozon, qui est dans l’horizon cinématographique LGBTQ+ depuis plus de deux décennies, a su laisser son empreinte auprès de nombreux réalisateurs contemporains. Néanmoins, la nouvelle vague de « films gays » (concernant au premier plan une relation homosexuelle ou homoromantique entre hommes) démontre une plus grande prise de risque que ce qui est offert aujourd’hui par Ozon. Il convient toutefois de souligner que l’absence de questionnements existentiels longs et essoufflants sur l’homosexualité est fréquente chez Ozon, et constitue une bouffée d’air frais en soi. Été 85 ne fait pas exception et épargne le·la spectateur·rice d’un spleen exclusivement relié à l’orientation sexuelle qui, bien que nécessaire et pertinent, a bien trop souvent monopolisé l’intrigue de ces films.

Le bijou de ce film est indubitablement Félix Lefebvre, qui y livre une interprétation d’une justesse et d’une générosité ahurissantes, permettant au film d’éviter de tomber dans le piège de la fantaisie, voire de la caricature. En soutien, Isabelle Nanty et Valeria Bruni Tedeschi proposent des interprétations tout aussi louables en jouant respectivement la mère d’Alexis et celle de David. Le film est un divertissement inusité et mérite le détour.