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	<title>Archives des 2020-10-13 - Le Délit</title>
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	<description>Le seul journal francophone de l&#039;Université McGill</description>
	<lastBuildDate>Fri, 12 Feb 2021 19:51:09 +0000</lastBuildDate>
	<language>fr-FR</language>
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	<item>
		<title>Se défaire de l’invisibilité</title>
		<link>https://www.delitfrancais.com/2020/10/13/se-defaire-de-linvisibilite/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Gabrielle Genest]]></dc:creator>
		<pubDate>Tue, 13 Oct 2020 13:18:36 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Éditorial]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>La langue, comme outil d’expression, donne à voir certaines choses, en délaisse d’autres. La langue, comme outil de représentation, offre un espace à certaines personnes, en invisibilise d’autres. Elle est jolie en bouche, cette langue française, si complexe, compliquée et diversifiée. Elle accroche sur les sons, son écriture est parfois sans le sens, mais sa&#8230;&#160;<a href="https://www.delitfrancais.com/2020/10/13/se-defaire-de-linvisibilite/" rel="bookmark" data-wpel-link="internal">Lire la suite &#187;<span class="screen-reader-text">Se défaire de l’invisibilité</span></a></p>
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										<content:encoded><![CDATA[
<p class="has-drop-cap">La langue, comme outil d’expression, donne à voir certaines choses, en délaisse d’autres. La langue, comme outil de représentation, offre un espace à certaines personnes, en invisibilise d’autres. Elle est jolie en bouche, cette langue française, si complexe, compliquée et diversifiée. Elle accroche sur les sons, son écriture est parfois sans le sens, mais sa construction n’est pas le fruit d’un simple adon. Elle relève, comme toute langue, des idéaux, des valeurs et des biais de la société qui l’articule. J’aime la langue française mais je me bute parfois en l’utilisant. Je suis freinée par son aspect genré, par cette construction grammaticale qui m’oblige à m’ajouter si je veux m’y affirmer.</p>



<p>J’aime la langue française et <em>je </em>veut y exister.&nbsp;</p>



<p class="has-text-align-right"><em>Je </em>est constamment représentée à travers <em>il lui eux</em>.&nbsp;</p>



<p class="has-text-align-right"><em>Je </em>est nommée sans jamais l’être.&nbsp;</p>



<p class="has-text-align-right"><em>Je </em>est un dérangeant point médian, un <em>e</em> qui représente une écrasante collectivité.&nbsp;</p>



<p class="has-text-align-right"><em>Je </em>est ce nous, exclues par souci de concision.&nbsp;</p>



<p class="has-text-align-right"><em>Je</em> doit être incluse.</p>



<blockquote class="wp-block-quote has-text-align-center is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow"><p><em>J’écoute d’une oreille distraite l’enseignante parler de pompiers et de mères à la maison, de premiers ministres et de gardiennes d’enfants, de patrons d’entreprise et d’infirmières auxiliaires. J’absorbe.&nbsp;</em></p></blockquote>



<p>Le langage permet une compréhension de l’existence. Ce qui est nommé, ce qui ne l’est pas, peut forger les esprits et leur offrir une représentation biaisée de la réalité. Quand le masculin l’emporte, <em>je</em> est invisible. À force de se répéter la règle, l’on prend collectivement l’habitude de l’invisibilité.&nbsp;</p>



<p class="has-text-align-center">Cette absence devient insidieusement la norme.&nbsp;</p>



<blockquote class="wp-block-quote has-text-align-center is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow"><p><em>J’écris avec minutie dans mon cahier les règles d’accords pour les groupes nominaux: si un groupe de personnes est composé de plusieurs femmes et d’un homme, il faut mettre au masculin. C’est le genre neutre, celui qui l’emporte et englobe tout. J’en prends note.</em></p></blockquote>



<p>L’Académie française a décidé il y a 400 ans que le masculin est le genre noble. Derrière cette noblesse, <em>je </em>disparaît. <em>Je </em>est bâillonnée, sa représentation étouffée. On lui dit de se taire, que <em>je </em>est incluse dans <em>les docteurs</em>, <em>les écrivains</em>, <em>les étudiants</em>. Mais le langage est un outil à faire évoluer. <em>Je </em>insiste.&nbsp;</p>



<p class="has-text-align-right">Je ne me vois pas.</p>



<p class="has-text-align-right">Je ne m’entends pas.&nbsp;</p>



<p class="has-text-align-right">Je n’existe pas.&nbsp;</p>



<blockquote class="wp-block-quote has-text-align-center is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow"><p><em>Je me fais gentiment expliquer par des hommes que l’écriture inclusive dans un texte dérange la lecture, rend le tout moins attrayant, moins fluide. Ils me répètent que le masculin, c’est tout le monde.</em></p></blockquote>



<p><em>Je </em>est une femme cisgenre; qui d’autre s’efface quand le masculin l’emporte? L’écriture inclusive peut représenter certaines identités, mais la réappropriation doit avoir lieu de tous les côtés. <em>Je</em> veut ouvrir la porte à une plus grande représentativité, une langue accueillante pour tous, toutes et tout ce qui existe entre ces deux pôles et au-delà. Le point médian n’est pas la seule manière de rendre la langue française plus inclusive. Est-ce une si grande douleur, de s’habituer à la lecture et à l’usage de nouvelles alternatives? À l’accord en fonction de la majorité, de la proximité, de manière alternée?&nbsp;&nbsp;</p>



<p>Le langage et le pouvoir sont directement liés. </p>



<p class="has-text-align-right"><em>Je</em> veut reprendre ce pouvoir. </p>
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			</item>
		<item>
		<title>Ook Chung&#160;: Réécrire l’identité</title>
		<link>https://www.delitfrancais.com/2020/10/13/ook-chung-reecrire-lidentite/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Ange Guo]]></dc:creator>
		<pubDate>Tue, 13 Oct 2020 13:17:34 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Culture]]></category>
		<category><![CDATA[Entrevues]]></category>
		<category><![CDATA[Littéraires]]></category>
		<category><![CDATA[Littérature]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>Le Délit s'entretient avec l'écrivain Ook Chung.</p>
<p>L’article <a href="https://www.delitfrancais.com/2020/10/13/ook-chung-reecrire-lidentite/" data-wpel-link="internal">Ook Chung&nbsp;: Réécrire l’identité</a> est apparu en premier sur <a href="https://www.delitfrancais.com" data-wpel-link="internal">Le Délit</a>.</p>
]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[
<p class="has-drop-cap">Né au Japon de parents coréens, Ook Chung a immigré à Montréal avec sa famille alors qu’il avait seulement deux ans. Titulaire d’un doctorat en langue et littérature françaises de l’Université McGill, il est l’auteur de plusieurs romans (<em style="user-select: auto;">Kimchi</em>, 2001, prix littéraire Canada-Japon ;<em style="user-select: auto;"> L’Expérience interdite</em>, 2003) et de recueils de nouvelles (<em style="user-select: auto;">Nouvelles orientales et désorientées</em>, 1994 ; <em style="user-select: auto;">Contes Butô,</em> 2003, Prix littéraire des collégiens). Sa traduction du roman de Kerri Sakamoto, <em style="user-select: auto;">Le Champ électrique</em>, a remporté le prix John-Glassco. Il enseigne actuellement la littérature au Cégep du Vieux-Montréal.</p>



<p>En ce début d’automne, pandémie oblige, nous nous «rencontrons» virtuellement pour parler de sa trajectoire, de la fonction salvatrice de l’écriture et du rôle des cultures québécoise, coréenne et japonaise dans sa vie. Dans un contexte de diversité foisonnante au Québec, la voix singulière d’Ook Chung vient nous en apprendre davantage sur les trajectoires immigrantes, les identités multiples et le défi de développer un sentiment d’appartenance lorsque l’on est constamment rappelés à notre différence. &nbsp;</p>



<hr class="wp-block-separator">



<p><strong><em>Le Délit</em> (LD)</strong><em>: Quel était votre métier de rêve lorsque vous étiez jeune? Pensiez-vous un jour devenir un écrivain/professeur?</em></p>



<p><strong>Ook Chung&nbsp;(OC):</strong> Mon rêve d’enfance, c’était d’être dessinateur, illustrateur de livres. J’avais vraiment une fascination pour les couleurs, la magie de Noël, les boules et les décorations, j’avais un côté visuel très développé et je pensais faire ma vie là-dedans. Quand j’étais en sixième année, je ne me voyais pas nécessairement en tant qu’un Van Gogh, un peintre dans le sens académique ou quoi que ce soit. Les illustrations, les cartes de Noël, ça, je trouvais que c’était un monde merveilleux, un monde en dehors du monde que je voulais habiter.</p>



<p>Par la suite je suis entré en secondaire 1, et là c’était la bande dessinée qui m’attirait vraiment comme métier. J’ai ainsi découvert le domaine de la bande dessinée et j’avais mes bédéistes préférés, Gotlib, Franquin, etc. Puis, en secondaire 2, vraiment, ma vie a changé pour le pire à cause du racisme dans mon école. J’avais fait un choix de filière scolaire qui m’a fait me retrouver avec des étudiants qui s’en sont pris à moi et à cause de ça, j’ai failli décrocher de mon année scolaire. C’était vraiment de l’intimidation quotidienne, massive. Je suis devenu complètement asocial, marginalisé et c’est cela qui a fait que j’ai dévié de ma trajectoire naturelle et je me suis retrouvé sans amis. Je n’avais aucune relation avec quelconque pair, non pas que je les fuyais, mais je n’arrivais pas à établir un lien avec eux.&nbsp; Ça a été comme cela et c’est seulement vers le tard, vers l’adolescence, que j’ai compris que le contact avec le dessin et ce monde merveilleux était ruiné pour toujours. J’avais perdu mon innocence, mon émerveillement, je passais des nuits d’insomnie… je n’étais pas en état d’être réceptif à des sensations de beauté. J’ai commencé à développer des névroses, mon univers intérieur est devenu très, très sombre. Là, j’ai découvert les livres par mes frères aînés et je me suis dit : Oh, peut-être que c’est là ma voie, la littérature à travers les écrivains qui parlent de leurs propres démons intérieurs, leurs propres tortures. Je me suis donc reconnu à travers ce miroir des écrivains un peu «torturés», mais ce n’est vraiment pas par choix.</p>



<blockquote class="wp-block-quote is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow"><p><em>« Je me suis dit : Oh, peut-être que c’est là ma voie, la littérature à travers les écrivains qui parlent de leurs propres démons intérieurs, leurs propres tortures »</em></p></blockquote>



<p><strong>LD:<em> </em></strong><em>Comment vos origines japonaises ont-elles influencé votre vie? Est-ce que ça vous affecte de quelconque manière que l’on vous essentialise souvent comme étant un écrivain asiatique plutôt qu’un écrivain?</em><strong><em> </em></strong></p>



<p><strong>OC: </strong>Au début, je voyais cela comme un atout, même mon professeur de littérature m’a dit un jour, d’une manière un petit peu prophétique que je pensais presque exagérée: Ah toi, tu es chanceux, tu as un destin. Et je ne comprenais pas tellement ce qu’il y avait derrière ce mot. Ça veut dire que j’ai des livres en moi, des livres virtuels que je sors l’un après l’autre et c’est une source d’inspiration. Ça alimente mon écriture et il y en a d’autres qui ont le syndrome de la page blanche, tandis que j’ai un peu cet atout de toujours avoir des choses à faire sortir du placard, je ne suis jamais en manque de matériau. Je n’ai qu’à écouter les souvenirs de ma mère et de mon père, de raconter mes voyages en Asie, mais il vient toujours un moment où je me sens un peu limité.</p>



<p>C’est comme quelqu’un qui sait très bien étudier ou qui a lu des tas de livres, mais qui ne sait pas cuisiner ou conduire une voiture. À un moment donné, on se dit: j’ai un peu fait le tour, ça manque un peu de fraîcheur, j’aimerais entrer dans une nouvelle aventure, mais je n’y arrive pas. Je n’ai pas l’expérience préalable pour passer du jour au lendemain à cuisiner de manière magistrale ou à conduire une auto, écrire un roman complètement en dehors de mon identité ethnique. Dans un sens, ça a été un atout, mais ça sent de plus en plus le renfermé. J’aimerais éventuellement passer à autre chose que ça, car sinon j’aurais l’impression de ressasser de vieilles choses.</p>



<p><strong>LD: </strong><em>Lors d’une entrevue pour le ministère des Relations internationales et de la Francophonie, vous dites que l’écriture est pour vous un moyen de mieux comprendre votre identité. Selon vos dires, vous avez toujours été en situation marginale et l’avez vécu comme une déchirure, un mal de vivre – pouvez-vous élaborer sur ce sujet?</em></p>



<p><strong>OC:</strong> Premièrement, je dirais que ce qui saute aux yeux dans mes derniers livres, c’est que j’aborde constamment mon identité d’Asiatique, ce que je ne faisais pas nécessairement dans mon premier recueil de nouvelles quoique le titre jouait un petit peu sur cela<a href="#_ftn1"><sup>[1]</sup></a>. Je peux me poser à moi-même cette question: es-tu incapable d’écrire sur autre chose que tes cultures maternelle et paternelle? Ne pourrais-tu pas écrire un roman sur Montréal ou sur le Canada, l’Occident? On dirait que non. Ce n’est pas que je ne suis pas capable de faire cela, mais on dirait que je n’ai pas le bagage pour écrire de manière universelle, comme si j’étais cantonné par mon identité. On m’a acculé à cette identité quand on me lançait des <em>ching chong</em>, des insultes sur la «race jaune». Je pense que je porte un petit peu cette empreinte et quand j’écris, c’est toujours sous la pression d’une nécessité. On dirait que cette nécessité est toujours reliée à mon bagage identitaire ethnique. Je ne suis pas capable de parler d’autre chose que ma culture du côté japonais, du côté coréen… Donc je suis certainement défini par cela, même à un point que c’en est un petit peu troublant pour moi-même.</p>



<blockquote class="wp-block-quote is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow"><p><em>«</em> <em>Je dirais que ce qui saute aux yeux dans mes derniers livres, c’est que j’aborde constamment mon identité d’Asiatique »</em></p></blockquote>



<p><strong>LD&nbsp;: </strong><em>Pour continuer sur cette lancée, j’aimerais souligner un passage de votre livre, </em>La Trilogie Coréenne<em>, à la page 118: «Il me semble que j’ai été un cadavre noyé pendant plus de vingt ans de ma vie, mais un cadavre obstiné qui refusait de couler, tout bouffi et gorgé d’eau saline, à moitié décomposé déjà, ballotté au gré des courants océaniques dans un labyrinthe de vagues, à la recherche d’un port où ressusciter». Aujourd’hui, diriez-vous que vous avez trouvé ce port, avez-vous mis à terme cette quête de sens? Ou est-ce que l’identité demeure toujours pour vous un point d’interrogation?</em></p>



<p><strong>OC:</strong> Ma situation a considérablement changé depuis que je suis devenu père; j’ai aujourd’hui trois enfants. À l’époque où j’ai écrit les phrases que vous citez, je voyageais beaucoup, principalement entre le Canada et l’Asie, et dès que j’en avais la chance. Mais depuis la naissance de mon premier enfant, ma réalité est devenue très pratico-pratique et j’ai dû changer complètement de mode de vie, ma façon d’être aussi puisque je ne pouvais plus accorder autant d’importance à mes états d’âme. Quand j’étais enfant, j’avais peur des images de fantôme, mon âme résonnait comme une cathédrale avec des coins mystérieux et insondables, mais avec le vieillissement, on perd cette profondeur de champ émotionnelle et je ne sais pas si c’est tant pis ou tant mieux. Pendant longtemps, j’ai eu un cœur siamois. J’étais tiraillé entre l’Asie qui me fascinait et le Canada où j’avais mes points de repère, mes cadres de référence, mes habitudes. J’aime la citation suivante de Hugues de Saint-Victor: <em>The man who finds his homeland sweet is still a tender beginner; he to whom every soil is as his native one is already strong; but he is perfect to whom the entire world is as a foreign land. The tender soul has fixed his love on one spot in the world; the strong man has extended his love to all places; the perfect man has extinguished his.</em></p>



<p><strong>LD: </strong><em>Lorsque vous publiez un nouveau roman, le considérez-vous comme «votre» livre, dans le sens qu’il vous appartient? Avec des années de recul désormais, sentez-vous une distance par rapport aux livres que vous avez publiés auparavant? Ou ces oeuvres représentent-elles des versions de vous qui ne sont déjà plus?</em></p>



<p><strong>OC:</strong> Je n’habite plus mes livres passés. Le seul livre que je peux habiter est celui qui est en chantier. Je pense que ce doit faire le même effet chez d’autres auteurs. On s’investit considérablement dans une œuvre, mais une fois qu’elle est devenue un livre et passé le premier moment d’enchantement, on est reconduit à la réalité des petits ennuis et problèmes quotidiens. Quand des lecteurs me parlent de mes livres, cela me laisse un peu froid, je ne sais pas comment l’expliquer. Alors que s’ils osaient dire du mal de celui sur lequel je travaille, je me sens vulnérable et rejeté. Ces livres du passé sont comme mes exuvies.</p>



<blockquote class="wp-block-quote is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow"><p><em>« Le seul livre que je peux habiter est celui qui est en chantier »</em></p><p></p></blockquote>



<p>Le vécu d’Ook Chung en lien avec l’intimidation et le racisme, en plus de me ramener à mes propres souvenirs, semble revêtir une importance particulière alors que les luttes antidiscriminatoires se multiplient à travers la province. &nbsp;En effet, malgré le confinement et le sentiment de division qui vient avec, ces efforts témoignent d’une volonté de la part de différentes communautés de créer un Québec plus inclusif. Et, même s’il reste du chemin à faire, j’ai confiance que nous pourrons léguer aux générations futures une société plus tolérante et unie dans sa diversité.</p>



<hr class="wp-block-separator">



<p><a href="#_ftnref1"><sup>[1]</sup></a><em> </em><em>Nouvelles orientales et désorientées</em>, Gallimard, 1994</p>
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]]></content:encoded>
					
		
		
			</item>
		<item>
		<title>Agora étudiante : pour ou contre l’écriture inclusive?</title>
		<link>https://www.delitfrancais.com/2020/10/13/agora-etudiante-pour-ou-contre-lecriture-inclusive/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Rafael Miró]]></dc:creator>
		<pubDate>Tue, 13 Oct 2020 13:15:33 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Débat]]></category>
		<category><![CDATA[Opinion]]></category>
		<category><![CDATA[Slider]]></category>
		<category><![CDATA[Société]]></category>
		<category><![CDATA[académie française]]></category>
		<category><![CDATA[agora]]></category>
		<category><![CDATA[écriture]]></category>
		<category><![CDATA[écriture inclusive]]></category>
		<category><![CDATA[féminisme]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>Huit étudiantes et étudiants prennent position sur l'écriture inclusive.</p>
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]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[
<h2 class="wp-block-heading">Note sur la forme</h2>



<p class="has-drop-cap">Dans le cadre de cette édition spéciale portant sur l’écriture inclusive, nous nous sommes questionnés sur la meilleure formule à employer pour aborder cet enjeu. Selon <a rel="noreferrer noopener" href="https://www.delitfrancais.com/apropos/principes/" target="_blank" data-wpel-link="internal">sa déclaration de principes</a>, <em>Le Délit</em> doit <em>&nbsp;</em>«donner une voix» aux <a rel="noreferrer noopener external" href="https://www.mcgill.ca/about/fr/info-eclair" target="_blank" data-wpel-link="external">7 589 francophones de McGill</a>. À cette prémisse s’ajoute également le devoir d’encourager «le dialogue et l’expression de points de vue différents dans un contexte de respect et de reconnaissance des droits individuels et collectifs et de non-discrimination». </p>



<p>Comme l’agora dans les cités-États grecques, ce journal devrait être un espace où chacun et chacune<em> </em>pourrait exprimer librement son point de vue, sans discrimination à l’égard des opinions défendues. C’est donc pour cette raison que nous avons opté pour une formule qui permettrait la dissidence et la pluralité des points de vue.<strong> </strong>Dans cette «agora» où&nbsp;huit personnes sont intervenues, trois textes sont en faveur de l’écriture inclusive, trois sont en désaccord avec et deux restent en retrait, dans la zone du «ni pour, ni contre».</p>



<p>Ce format n’est bien sûr pas parfait: la brièveté des textes, nécessaire pour rendre possible la parution d’autant d’opinions différentes au sein d’une même édition, ne permet pas de détailler en profondeur une prise position sur l’enjeu abordé. En ce sens, il est fort possible que certaines interventions laissent le lecteur et la lectrice sur leur faim. Alors, rien ne l’empêchera de nous contacter afin de faire paraître une lettre en guise de réponse, que ce soit à un texte en particulier, à l’ensemble d’un camp ou à tous autres aspects de l’agora. Après tout, cette agora n’est pas une finalité, mais bien un simple extrait d’un discours plus grand que cette menue édition.</p>



<p><em>Gali Bonin et Rafael Miró</em></p>



<hr class="wp-block-separator">



<p></p>



<div class="wp-block-group"><div class="wp-block-group__inner-container is-layout-flow wp-block-group-is-layout-flow">
<h2 class="wp-block-heading">Les textes</h2>
</div></div>



<div class="wp-block-cover has-background-dim" style="background-image:url(https://www.delitfrancais.com/wp-content/uploads/2020/10/IMG-0579.jpg)"><div class="wp-block-cover__inner-container is-layout-flow wp-block-cover-is-layout-flow">
<h3 class="has-text-align-center has-large-font-size wp-block-heading">Le mythe du masculin comme genre neutre</h3>



<p class="has-text-align-center has-medium-font-size">Raphaëlle Décloître</p>
</div></div>



<blockquote class="wp-block-quote has-text-align-center is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow"><p>On entend parfois que la langue française n’aurait pas besoin de l’écriture inclusive (que l’on perçoit souvent, et à tort, comme une féminisation<em> </em>de la langue) dans la mesure où le masculin pourrait faire office de genre neutre – ce qu’on appelle le masculin générique. D’une part, la langue française ne possède pas de neutre à proprement parler : dans le passage du latin au français, le neutre (un troisième genre, distinct du masculin et du féminin) s’est progressivement fondu dans le masculin, auquel il ressemblait relativement. Le masculin, depuis le bas latin, est donc pleinement un masculin.&nbsp;</p><p>***</p><p>D’autre part, la valeur de neutralité du masculin n’est tenable qu’en contexte pluriel&nbsp;puisqu’au singulier, le genre suit le sexe dans la désignation d’une personne particulière. La pratique du générique pluriel peut toutefois introduire une confusion, comme le souligne l’<a href="http://gdt.oqlf.gouv.qc.ca/ficheOqlf.aspx?Id_Fiche=26532333" data-wpel-link="external" target="_blank" rel="external noopener noreferrer">OQLF</a>: face à une appellation de personnes au masculin, il faut faire un effort de décodage supplémentaire pour déterminer s’il s’agit d’un masculin générique (censé désigner aussi les femmes) ou d’un masculin à valeur spécifique ne désignant que les hommes.&nbsp;</p><p>***</p><p>Au-delà de la marge d’erreur, il va sans dire qu’à l’heure d’une lutte accrue en faveur de l’égalité, l’emploi du masculin pluriel à valeur neutre n’est pas souhaitable&nbsp;: le genre grammatical affecte l’interprétation du discours, de sorte qu’étendre en toutes circonstances le «cas non marqué» est une maladresse sociale. Le masculin, même générique, reste un masculin, et son emploi ne neutralise pas la langue. En outre, les causes de sa prévalence (soutenue, sans surprise, par la réactionnaire Académie française) ne trompent personne&nbsp;: le masculin serait le «genre noble» et les femmes devraient être honorées de s’y ranger, car le pouvoir qu’elles ont acquis «<a rel="noreferrer noopener external" href="https://www.lemonde.fr/archives/article/1998/07/31/la-querelle-du-neutre_3663177_1819218.html" target="_blank" data-wpel-link="external">se dit grammaticalement au masculin</a>». Les femmes seraient donc effacées ou promues par le masculin —&nbsp;c’est bien le cas de le dire: il n’y a rien de neutre<em> </em>dans cette logique.&nbsp;</p></blockquote>



<div class="wp-block-cover has-background-dim" style="background-image:url(https://www.delitfrancais.com/wp-content/uploads/2020/10/IMG-0580.jpg)"><div class="wp-block-cover__inner-container is-layout-flow wp-block-cover-is-layout-flow">
<h3 class="has-text-align-center has-large-font-size wp-block-heading">Délire idéologique, dédale grammatical</h3>



<p class="has-text-align-center has-medium-font-size">Ana Popa</p>
</div></div>



<blockquote class="wp-block-quote has-text-align-center is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow"><p><em>À l’école primaire, on m’a appris que «le masculin l’emporte sur le féminin». <br>On m’y a aussi appris qu’une blanche vaut deux noires. La musique serait-elle vecteur de racisme?</em></p><p>***</p><p>Le fait même qu’une personne puisse être contre l’écriture dite «inclusive» en choque visiblement certains. Cette prise de position ne revêt pas d’un manque de tolérance, mais d’un refus de céder à la fantaisie bien-pensante voulant que la langue française marginalise, <em>invisibilise</em> qui que ce soit et que la féminisation abusive des mots pourrait changer les mentalités en faveur des femmes.&nbsp;</p><p>***</p><p>«Le masculin l’emporte sur le féminin.» Voilà d’où semble partir cette lubie. On nous a martelé pendant de longues années qu’en français, il y a deux genres, le masculin et le féminin, et qu’au pluriel, c’est toujours le masculin qui l’emporte. Or, il existerait un troisième genre: le neutre.&nbsp;</p><p>***</p><p>Si je vous dis que dans ma chambre, «il fait froid», je ne vous parle évidemment pas d’un homme qui serait venu baisser le thermostat. Ce «il» impersonnel n’appartient pas au genre masculin, mais plutôt au genre neutre. Il en va de même pour un pluriel à la suite d’une énumération combinant des éléments féminins et masculins: ce «masculin» qui dérange tant serait en fait neutre. La neutralité nous convient-elle ou tenons-nous absolument à être spécial‑e?&nbsp;</p><p>***</p><p>L’écriture inclusive n’a rien d’inclusif. Telle qu’employée le plus communément, elle exclut les personnes qui ne s’identifient ni au genre masculin ni au genre féminin. Elle constitue également, de par sa graphie tronquée,&nbsp;une entrave à la lecture de personnes atteintes de dyslexie ou de divers troubles cognitifs et rend généralement les textes inaccessibles par l’écoute pour les personnes non&nbsp;voyantes.&nbsp;</p><p>***</p><p>On se plaît à s’autoproclamer <em>woke</em>, à dénoncer sans discernement, à se féliciter d’avoir accompli quelque exploit imaginaire. Face à l’iniquité, la langue peut être une arme précieuse.&nbsp;&nbsp;<br>Utilisons-la à meilleur escient.</p></blockquote>



<div class="wp-block-cover has-background-dim" style="background-image:url(https://www.delitfrancais.com/wp-content/uploads/2020/10/IMG_0581-e1602549333420.jpg);background-position:59% 7%;min-height:577px;aspect-ratio:unset;"><div class="wp-block-cover__inner-container is-layout-flow wp-block-cover-is-layout-flow">
<h3 class="has-text-align-center has-large-font-size wp-block-heading">Les anonymes dans la foule</h3>



<p class="has-text-align-center has-medium-font-size">Elissa Kayal</p>
</div></div>



<blockquote class="wp-block-quote has-text-align-center is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow"><p>Bien que je ne sois pas activement contre l’écriture inclusive et que je comprenne sa valeur de contrepoids historique, je ne lui accorde pas autant d’importance que la grande majorité des personnes qui la revendiquent. L’inclusivité langagière est nécessaire, mais je crois qu’elle est faussement appliquée dans sa forme actuelle. Un groupe nominal collectif, selon moi, n’a pas le mandat de représenter une entité ou une individualité sociale: il se doit d’exister dans sa généralité la plus simple et évidente, de transmettre clairement le signifié qu’il porte. Un groupe nominal collectif, d’ailleurs, ne pourra jamais être entièrement inclusif.&nbsp;</p><p>***</p><p>Pour cette raison, il m’importe peu qu’il soit masculin ou féminin, tant et aussi longtemps que le sens véhiculé n’est pas encombré — ce qui peut arriver, surtout dans des textes scientifiques ou philosophiques dont la lecture est déjà assez ardue. Certaines stratégies d’écriture inclusive, moins invasives, répondent mieux à cette tâche bien pragmatique.</p><p>***</p><p>Le plus grand danger encore, c’est de penser que l’enjeu de l’inclusivité langagière se résume simplement à une histoire d’écriture inclusive grammaticale. Personnellement, le seul plaisir que me procurent «le·la spectateur·rice» ou «les étudiant·e·s» est le fait que l’on sait toujours accorder nos groupes nominaux et nos participes passés. L’écriture inclusive est inclusive seulement dans le sens qu’elle répond à un sexisme historique: au-delà de cette perspective, pratiquement, elle n’est qu’inclusivité de décor. Aujourd’hui, il ne suffit pas d’ajouter des points et des <em>e</em>, des spectatrices et des étudiantes dans une foule anonyme. Parlons de femmes, parlons d’individus, nommons-les.</p></blockquote>



<div class="wp-block-cover has-background-dim" style="background-image:url(https://www.delitfrancais.com/wp-content/uploads/2020/10/IMG-0579.jpg)"><div class="wp-block-cover__inner-container is-layout-flow wp-block-cover-is-layout-flow">
<h3 class="has-text-align-center has-large-font-size wp-block-heading">L’écriture végane</h3>



<p class="has-text-align-center has-medium-font-size">Béatrice Gaudet</p>
</div></div>



<blockquote class="wp-block-quote has-text-align-center is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow"><p> L’écriture inclusive, c’est comme le véganisme. Quelque publications sur Instagram rassurent les gens qu’il vaut mieux qu’on soit plusieurs véganes imparfait·e·s que seulement quelques véganes irréprochables. C’est mon cas: je suis loin de toujours utiliser l’écriture inclusive. J’ai commencé à l’utiliser dans un travail que personne ne lirait sauf le professeur. Ensuite, je l’ai utilisée dans mes textos, avec des ami·e·s qui savaient déjà c’était quoi. Maintenant, je l’utilise dans mes <em>stories</em> Instagram, dans mes travaux, et quand je parle. Certaines personnes avec qui j’en ai parlé m’ont dit qu’iels n’aimaient pas ça, que ça alourdissait les phrases, que ce n’était pas naturel. Pourtant, ces mêmes personnes ont appris l’orthographe française, qui comporte elle aussi son lot de lettres apparemment inutiles et superflues. C’est sûr que c’est dur de dire «iel·s» à voix haute; je ne me sens pas mal de lui préférer le «y» québécois. L’important c’est d’essayer, même si ce n’est pas parfait.&nbsp; </p><p>***</p><p>L’écriture inclusive, c’est comme le véganisme. Il y a des malaises, comme la première fois que tu dis à ton grand-père que tu ne mangeras pas de steak ce dimanche ou que tu remets un travail à un·e professeur·e qui dit «l’homme avec un grand H» dans ses cours. Mais tu peux toujours revenir en arrière, boire un peu de lait de vache dans ton café ou oublier de dire «celles et ceux» pendant une semaine. C’est normal de se donner du lousse parce qu’on se sent paresseux·ses. Il faut choisir ses batailles. </p><p>***</p><p>J’ai lu mon premier livre rédigé en écriture inclusive cet été. Après avoir lu l’introduction, j’étais fatiguée mentalement. Moi, une personne déjà vendue à la cause depuis longtemps, je trouvais que les terminaisons féminines et les nouveaux pronoms freinaient ma lecture. Le lendemain, j’ai commencé le premier chapitre. Au final, c’était juste l’introduction qui était plate, écriture inclusive ou pas. Au fil des pages, l’orthographe s’est effacée pour laisser place au message du texte. La seule chose qui ne s’est pas effacée, c’est la présence des femmes.</p></blockquote>



<div class="wp-block-cover has-background-dim" style="background-image:url(https://www.delitfrancais.com/wp-content/uploads/2020/10/IMG-0580.jpg)"><div class="wp-block-cover__inner-container is-layout-flow wp-block-cover-is-layout-flow">
<h3 class="has-text-align-center has-large-font-size wp-block-heading">L’écriture exclusive</h3>



<p class="has-text-align-center has-medium-font-size">Gabriel Carrère</p>
</div></div>



<blockquote class="wp-block-quote has-text-align-center is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow"><p>La vocation de la langue n’est pas de représenter, et encore moins d’être politique, mais de permettre de s’exprimer. C’est donc un outil, dont le premier objectif est d’être efficace, lisible et compréhensible: dans toutes les langues, les mots les plus couramment utilisés («oui», «merci») ont tendance à être courts et facilement prononçables. Ce qui compte avec un outil, c’est l’utilisation qu’on en fait: la phrase «les hommes et les femmes sont égaux», bien qu’écrite au genre neutre, n’est pas sexiste. Faire un procès en sexisme aux règles d’accord classiques est un peu facile.&nbsp;</p><p>***</p><p>Il existe donc en français un genre neutre: dans le cas d’un groupe de genres divers, par commodité, on écrit au plus court — c’est-à-dire au genre neutre, qui prend la forme du masculin. On reproche à ce genre d’être «invisibilisant» pour les femmes. En réalité, il l’est pour tout le monde! Car, bien souvent, le genre des sujets d’une phrase nous importe peu. La phrase «les Montréalais sont accueillants» n’a pas pour autre objet que de louer l’hospitalité des habitants de Montréal. Et, sans effort, le lecteur comprend que la phrase désigne toute personne s’identifiant comme Montréalaise. Surcharger la phrase de points médians n’apporterait donc rien, et rendrait la lecture indigeste. Le genre neutre est exhaustif: il englobe tout, là où l’écriture inclusive exclut et crée une dichotomie entre masculin et féminin. Quid des identités de genre plurielles?</p><p>***</p><p>C’est, enfin, une mesure qui complexifie une langue française déjà mal maîtrisée: en France, le classement PISA pointe du doigt l’inquiétant niveau de français des élèves de primaire, en baisse constante depuis 30 ans, et ce, particulièrement au sein des milieux les plus modestes. En imposant l’écriture inclusive dans la langue, les militants de cette cause ajoutent un peu plus à la discrimination culturelle subie par les milieux les moins favorisés. Et que dire de l’impact de ces néologismes sur les personnes atteintes de dyslexie, ou malvoyantes? L’écriture inclusive, alors qu’elle est défendue par la gauche (universitaire et bourgeoise, certes), exclut donc en ce sens les plus vulnérables.</p></blockquote>



<div class="wp-block-cover has-background-dim" style="background-image:url(https://www.delitfrancais.com/wp-content/uploads/2020/10/IMG_0581-e1602549333420.jpg);background-position:52% 95%;min-height:541px;aspect-ratio:unset;"><div class="wp-block-cover__inner-container is-layout-flow wp-block-cover-is-layout-flow">
<h3 class="has-text-align-center has-large-font-size wp-block-heading">Toutes les écritures inclusives ne se valent pas</h3>



<p class="has-text-align-center has-medium-font-size">Rafael Miró</p>
</div></div>



<blockquote class="wp-block-quote has-text-align-center is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow"><p>Il est indéniable, à mon avis, que la langue française, tel qu’elle a évolué depuis le 17<em>e</em> siècle, invisibilise les femmes et les personnes de genre non conforme. Il est également indéniable que l’écriture inclusive, comme toute modification linguistique, n’est pas sans conséquence, puisqu’elle rend l’usage et l’écriture de la langue plus compliqués et, par là même, moins accessible.</p><p>***</p><p>Un très grand nombre de stratégies d’écriture inclusive ont été développées depuis les années 1970, surtout au Québec où l’on a longtemps été à l’avant-garde de cette réflexion. Certaines sont moins invasives et rébarbatives que d’autres. Par exemple, pour parler des spectateurs d’un concert en évitant la règle du masculin qui l’emporte, on peut utiliser «les spectateurs et les spectatrices», «les spectateurs(rices)», «les spectateurs-rices» ou tout simplement dire «le public». Ces formes ont l’avantage d’être faciles à apprendre et à lire pour tout le monde, même pour celles et ceux qui ont quitté les bancs d’école depuis longtemps.&nbsp;</p><p>***</p><p>Depuis quelques années, la forme utilisant les points médians s’est implantée en France, où la plupart des gens viennent d’être initiés à l’enjeu de l’écriture inclusive; elle tend désormais à s’importer au Québec. Or, parmi toutes les formes d’écriture inclusive qui existent, celle-ci est l’une des plus difficiles à bien utiliser, et, très franchement, l’une des moins esthétiques. Puisqu’elle prend la forme d’une nouvelle règle grammaticale, elle a tendance à être utilisée de manière intégrale et sans compromis, c’est-à-dire que les adjectifs (égaux·les) les déterminants (le·a) les pronoms (ceux·celles-là) et même les participes-passé-employés-avec‑l’auxiliaire-avoir-mais-placés-devant-le-complément-direct doivent toujours être «médiantés», ce qui n’est pas sans difficulté pour les non-initiés.</p><p>***<br>Cette forme n’est pas nécessairement plus inclusive que les autres. Il est cependant certainement plus difficile d’apprendre à l’écrire et à la lire. Outre le simple désagrément, qui finit bien par s’estomper avec le temps, cette complexification inutilement élevée de la langue contribue à rendre le français et son orthographe encore plus élitistes et inaccessibles qu’ils ne le sont déjà. Rappelons-nous qu’en dehors de notre bulle universitaire,<a href="https://ici.radio-canada.ca/nouvelle/1122453/alphabetisation-litteratie-carte-quebec-canada-ocde" data-wpel-link="external" target="_blank" rel="external noopener noreferrer"> près de la moitié des personnes au Québec</a> éprouvent des difficultés à lire ou à écrire. Si l’on veut généraliser l’usage de l’écriture inclusive et vraiment mettre fin à l’invisibilisation de la femme dans la langue française, il faudrait penser à la garder le plus simple possible, afin de véritablement inclure tous les membres&nbsp;de notre société.</p></blockquote>



<div class="wp-block-cover has-background-dim" style="background-image:url(https://www.delitfrancais.com/wp-content/uploads/2020/10/IMG-0579.jpg)"><div class="wp-block-cover__inner-container is-layout-flow wp-block-cover-is-layout-flow">
<h3 class="has-text-align-center has-large-font-size wp-block-heading">Des jugesses et des autrices</h3>



<p class="has-text-align-center has-medium-font-size">Laurence Casavant-Nault</p>
</div></div>



<blockquote class="wp-block-quote has-text-align-center is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow"><p>Jugesse, médecine, archière&nbsp;: aujourd’hui tous considérés comme vieillis, ces mots désignaient pourtant des femmes exerçant la profession de juge, médecin et archer entre les 12<em>e</em> et 15<em>e</em> siècles. L’exclusion subséquente des femmes de la scène professionnelle publique a mené à la modification du sens même de la version féminine d’un métier afin qu’elle ne désigne que la femme de celui qui exerce.&nbsp;&nbsp;&nbsp;</p><p>***</p><p>Avec l’inclusion des femmes au sein de divers métiers qui leur étaient autrefois hors d’atteinte, on a assimilé dans de nombreux cas le féminin d’un emploi à son masculin générique. Lors de la dernière décennie, la France s’est divisée quant à l’expression «&nbsp;Madame le ministre&nbsp;», puisque le langage commun voulait que «&nbsp;Madame la ministre&nbsp;» fasse uniquement référence à l’épouse d’un ministre: hors de vue l’idée qu’une femme occupe une telle position! L’Académie française a finalement consenti en 2019 à tolérer l’emploi du féminin pour les noms de métiers, cinq ans seulement après avoir qualifié cette proposition de «<a href="https://ici.radio-canada.ca/nouvelle/690019/bataille-autour-de-la-feminisation-des-titres-en-france" data-wpel-link="external" target="_blank" rel="external noopener noreferrer">véritable barbarisme</a>» et de «<a href="http://www.academie-francaise.fr/actualites/declaration-de-lacademie-francaise-sur-lecriture-dite-inclusive" data-wpel-link="external" target="_blank" rel="external noopener noreferrer">péril mortel pour la langue française</a>». Le masculin qu’on dit aujourd’hui «neutre» a aussi servi à discriminer les femmes: en 1915, la Cour d’appel du Québec rejette la demande d’une Mme Langstaff désirant passer les examens du Barreau sous prétexte que le terme «avocat» exclut la femme de facto.&nbsp;</p><p>***</p><p>La langue française s’est souvent montrée intraitable en ce qui concerne toute modernisation: depuis quatre siècles, l’Académie française se pose en véritable cerbère de sa précieuse orthographe. Pourtant, les changements apportés par les Immortels à la langue de Molière via les éditions ponctuelles de son dictionnaire visent à mettre fin à une anomalie, à une incohérence, ou, simplement, à une hésitation. Ne serait-il donc pas cohérent que le langage exprime avec justesse la réalité moderne où la femme est tout aussi apte que l’homme à être désignée par le terme auteur? L’utilisation d’autrice vient ici mettre fin à l’hésitation (auteur ou femme-auteur?) avant même qu’elle naisse, simplifiant effectivement la langue tel que le veut le mandat de l’Académie.</p><p>***</p><p>Bien que le masculin générique demeure toujours la règle d’accord en ce qui a trait à un groupe mixte, désigner une femme par son titre contribue à raffermir sa place en tant qu’être distinct: non plus un professeur qui s’avère ne pas être un homme, mais bien une professeure évidemment femme. Le langage étant l’artisan de nos pensées, c’est avec une simple féminisation de ces termes réappropriés que l’on affirme la légitimité de la femme sur la scène publique via une langue qui a trop souvent occulté ce deuxième sexe.</p></blockquote>



<div class="wp-block-cover has-background-dim" style="background-image:url(https://www.delitfrancais.com/wp-content/uploads/2020/10/IMG-0580.jpg)"><div class="wp-block-cover__inner-container is-layout-flow wp-block-cover-is-layout-flow">
<h3 class="has-text-align-center has-large-font-size wp-block-heading">Dénaturer la langue</h3>



<p class="has-text-align-center has-medium-font-size">Marie de Santis</p>
</div></div>



<blockquote class="wp-block-quote has-text-align-center is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow"><p>Depuis toute petite, j’ai développé un grand amour envers le français, principalement en dévorant des classiques. J’ai pu m’extasier devant les soliloques de Proust, le lyrisme de Hugo et la prose lancinante de Duras. En plus d’apprendre bien des choses fondamentales, j’ai pu constater la richesse de la langue française, de sa grammaire, de son vocabulaire et de ses attributs. Il s’agit d’une plateforme tellement riche, expressive et somptueuse, mais qui demeure suffisamment stricte dans ses règles pour assurer un niveau de sophistication extraordinaire qui la rend unique.&nbsp;</p><p>***</p><p> Alors que je participais au Prix littéraire des collégiens en 2019, il m’a été donné de lire un ouvrage rédigé à l’aide d’écriture inclusive, <em>Querelle de Roberval</em>. Bien que j’appréciais l’intrigue, la construction générale du roman et sa qualité stylistique, j’étais systématiquement et brutalement coupée du caractère agréable de l’expérience par les apparitions sournoises du point médian. Cela conférait à l’ouvrage un air de texte administratif, réduisait sa fluidité et lui apportait une lourdeur non nécessaire. En tant que lectrice féminine, je me suis sentie bien plus irritée qu’incluse.&nbsp;</p><p>***</p><p>Le français est une langue musicale&nbsp;: scinder des mots avec des outils de ponctuation censés servir à toute autre chose réduit son esthétisme de manière draconienne. De façon plus importante, le français est une langue fondamentalement intelligente&nbsp;: on commet une grave erreur en ignorant que les mots, bien que dotés d’une personnalité grammaticale féminine ou masculine, restent sémantiquement neutres. Sacrifier la latitude créative et tout le potentiel qu’elle génère au profit d’un politiquement correct servant à nettoyer la langue d’un supposé sexisme qui ne lui est en aucun cas inhérent me paraît être désastreux pour le milieu littéraire, et pour le bien-être de notre langue en tant que tel.</p></blockquote>



<p></p>
<p>L’article <a href="https://www.delitfrancais.com/2020/10/13/agora-etudiante-pour-ou-contre-lecriture-inclusive/" data-wpel-link="internal">Agora étudiante : pour ou contre l’écriture inclusive?</a> est apparu en premier sur <a href="https://www.delitfrancais.com" data-wpel-link="internal">Le Délit</a>.</p>
]]></content:encoded>
					
		
		
			</item>
		<item>
		<title>Réécrire le genre</title>
		<link>https://www.delitfrancais.com/2020/10/13/reecrire-le-genre/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Alizé Vidal]]></dc:creator>
		<pubDate>Tue, 13 Oct 2020 13:10:49 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Culture]]></category>
		<category><![CDATA[Entrevues]]></category>
		<category><![CDATA[Littérature]]></category>
		<category><![CDATA[Réflexion]]></category>
		<category><![CDATA[Slider]]></category>
		<category><![CDATA[Théâtre]]></category>
		<guid isPermaLink="false">https://www.delitfrancais.com/?p=38198</guid>

					<description><![CDATA[<p>Le Délit a rencontré Alex Miron-Dauphin, artiste et auteur·rice non-binaire, pour discuter de la représentativité des minorités sexuelles. </p>
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]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[
<p class="has-drop-cap">La masculinisation prédomine encore à ce jour. Que ce soit à l’oral ou à l’écrit, le masculin générique englobe tout, ou plus précisément, efface le reste. Il invisibilise le féminin, omet de considérer la neutralité et ignore la fluidité. Pour comprendre l’importance de la représentativité et de l’inclusion, <em>Le Délit</em> s’est entretenu avec Alex Miron-Dauphin, artiste multidisciplinaire et écrivain·e de théâtre jeunesse qui s’identifie comme non-binaire.</p>



<p><strong><em>Le Délit </em>(LD)</strong> :<em> Peux-tu me parler un peu de toi et de ce que tu fais dans la vie ?</em></p>



<p><strong>Alex Miron-Dauphin (AMD)</strong> : Je suis comédien·ne de formation et artiste multidisciplinaire. J’écris du théâtre jeunesse, je joue, je fais du graphisme et du maquillage.</p>



<blockquote class="wp-block-quote is-style-large is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow"><p>Ce n’est pas ma vie qui m’a amené·e à l’être, c’est plutôt ma vie qui m’a éloigné·e de l’être</p></blockquote>



<p><strong>LD:</strong><em> Étant non-binaire, comment s’est développé ton cheminement vers cette prise de conscience de ton identité de genre?</em></p>



<p><strong>AMD: </strong>Ce n’est pas vraiment mon cheminement vers la non-binarité, parce que ce n’est pas un chemin qui m’a mené·e  là-bas. C’est plutôt rebrousser le chemin vers qui je suis et c’est la non-binarité. Dans le sens que ce n’est pas ma vie qui m’a amené·e à l’être, c’est plutôt ma vie qui m’a éloigné·e  de l’être. J’ai dû creuser dans la profondeur de mon âme et défaire les constructions sociales qui me gâchaient la vie. J’ai réalisé que c’était ce que j’avais toujours eu en moi, cette angoisse et cette anxiété de ne pas être moi-même. Au final, ça venait du fait que j’étais une personne non-binaire.</p>



<p><strong>LD: </strong><em>Selon toi, est-ce que notre société est inclusive? Du moins, est-ce qu’elle le devient?</em></p>



<p><strong>AMD: </strong>Certainement qu’elle le devient de plus en plus, mais elle est très très peu inclusive.</p>



<p><strong>LD: </strong><em>En tant que personne non-binaire, te sens-tu représenté·e dans les médias, dans la littérature, dans les films? Et est-ce que cette représentation est importante?</em></p>



<p><strong>AMD: </strong>Oui, de plus en plus, mais pas beaucoup au Québec, c’est plus à l’international. Au Québec, il n’y en a pas beaucoup, de personnes non-binaires dans l’œil du public, c’est plus dans des petits réseaux. On ne verra pas vraiment de personnes non-binaires ou queer dans de grosses chaînes ou dans les médias. Certains personnages commencent à surgir ici et là, mais ils vont être tournés par des hommes, cis, hétérosexuels, blancs. De créer un rôle inclusif, mais de le donner à une personne qui ne s’y identifie pas, pour moi, ça n’a pas de sens. L’une des meilleures choses que l’on puisse faire est la représentation. Avec les réseaux sociaux, les jeunes ne s’identifient plus seulement au personnage mais vont aussi suivre l’acteur·rice dans la vie de tous les jours. Donc, si tu suis un personnage qui te ressemble, mais que l’acteur·rice n’a pas du tout ce mode de vie-là, ça vient briser le lien identitaire que tu avais créé. De voir des personnes à la télé qui nous ressemblent physiquement ou qui s’identifient comme nous, ça nous donne l’impression de pouvoir accomplir beaucoup de choses. Tous les métiers que ces personnes jouent dans leur émission sont donc des métiers qui deviennent accessibles pour toi. C’est incroyable comment la télévision c’est puissant, surtout pour les jeunes. Même si tu n’as personne dans ton entourage qui est comme toi, de le voir ailleurs, ça te montre que ça existe. Malheureusement, pour les personnes des minorités sexuelles, c’est facile de nous remplacer, de nous effacer. Pourtant, on a une banque de gens incroyables à Montréal pour ces rôles. L’un des problèmes selon moi est qu’il n’y a pas beaucoup de gens des minorités sexuelles qui vont être amenés à écrire des textes et pourtant, nous savons comment raconter notre histoire. On peut la raconter sans que ça devienne dramatique, sans que ça devienne notre identité. Notre vie, ce n’est pas seulement un drame. &nbsp;</p>



<blockquote class="wp-block-quote is-style-large is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow"><p>Mais le problème c’est qu’il n’y a pas d’argent dans le milieu et les personnes qui ont l’argent s’en foutent de raconter notre histoire</p></blockquote>



<p><strong>LD: </strong><em>Le milieu culturel est reconnu comme étant en discordance avec d’autres milieux, puisqu’il est plus inclusif. Toutefois, il semble manquer de représentativité même dans celui-ci.</em></p>



<p><strong>AMD: </strong>Le milieu culturel reste plus inclusif que les autres milieux, mais il y a des embûches. Les artistes et les artisan·e·s de notre génération et de celle avant nous sont très inclusif·ve·s. Mais le problème c’est qu’il n’y a pas d’argent dans le milieu et les personnes qui ont l’argent s’en foutent de raconter notre histoire, de la raconter comme nous, on le veut. Au Québec, on est loin derrière comparativement à d’autres pays, en matière d’inclusion des diversités culturelles et des minorités sexuelles.</p>



<p><strong>LD: </strong><em>Si tu avais eu plus de représentation étant plus jeune ou si tu avais pu lire des livres plus inclusifs, penses-tu que cela aurait changé ton parcours?</em></p>



<p><strong>AMD&nbsp;: </strong>Oui et non. Oui, tout aurait été différent dans le sens que je me serais accepté·e plus. Quand j’étais jeune, j’ai appris que mon identité était «mal». Donc oui, je me serais plus assumé·e, mais la répercussion venant des autres aurait peut-être été plus grande aussi. Je me serais peut-être fait beaucoup plus intimidé·e, déjà que je l’ai été.</p>



<blockquote class="wp-block-quote is-style-large is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow"><p>Il y a une manière de rendre les choses égales. L’écriture inclusive, ça t’amène à te remettre en question et à réaliser que tu n’es pas le centre de l’univers</p></blockquote>



<p><strong>LD: </strong><em>Il est vrai que la représentation est importante pour soi, mais d’être plus inclusif·ve dans les livres et à la télévision, ça vient aussi normaliser la différence pour les autres.</em></p>



<p><strong>AMD: </strong>C’est ça qu’il faut absolument. Les garçons depuis qu’ils sont jeunes, tout fonctionne pour eux. La langue française fonctionne pour eux. Ils ont appris dès un jeune âge que le masculin l’emporte sur le féminin. Si on n’enlève pas cette règle, qui peut sembler banale, mais qui ne l’est pas du tout, ça apporte cette idée que peu importe ce que tu fais, tu gagnes. C’est très fort de faire gagner le masculin sur le féminin. C’est la même chose lorsqu’on est blanc·he. Même si on ne le voit pas, on gagne tout le temps. Il y a une manière de rendre les choses égales. L’écriture inclusive, ça t’amène à te remettre en question et à réaliser que tu n’es pas le centre de l’univers.</p>



<p><strong>LD: </strong><em>Tu écris des pièces de théâtre principalement pour les jeunes. Utilises-tu l’écriture inclusive dans tes textes et si oui, pourquoi est-ce important?</em></p>



<p><strong>AMD: </strong>Généralement, je crée toujours un personnage qui est non-binaire dans mes textes. Quand j’écris des didascalies, j’écris toujours avec l’écriture inclusive. Mais la plupart du temps, j’écris seulement des personnages féminins. Quand j’ai une personne de «genre masculin», je n’écris pas pour le genre masculin. J’écris un personnage, à qui je donne un nom typiquement masculin, mais si c’est une fille qui le joue, ça me va parfaitement aussi. Ce n’est jamais un personnage dont la masculinité transparaît puisque ce n’est pas sa masculinité qui compte. Mais oui, généralement j’écris inclusivement. &nbsp;</p>



<p><strong>LD: </strong><em>Il y a encore beaucoup de chemin à faire en termes d’égalité et d’inclusion au Québec. Selon toi, qu’est-ce qui pourrait être fait pour améliorer la situation?</em><strong>&nbsp;</strong></p>



<p><strong>AMD: </strong>Je dirais que tout passe par la représentation. Il est important de donner une voix aux gens pour qu’iels racontent leur histoire et d’engager des personnes qui s’y identifient pour les interpréter. On doit parler et enseigner l’écriture inclusive, normaliser la féminisation et/ou la neutralité de la langue française. C’est vraiment juste de donner la chance aux personnes de raconter leur histoire, de faire preuve d’écoute.</p>



<p>Pour voir les créations d’Alex et rester à l’affût de ses projets, visitez <a href="https://www.instagram.com/alexmiron_d/" data-wpel-link="external" target="_blank" rel="external noopener noreferrer">sa page Instagram</a>. De plus, voici quelques ressources pour répondre à vos questionnements sur la diversité sexuelle et de genre ou encore pour vous apporter de l’aide dans votre cheminement personnel&nbsp;:</p>



<ul class="wp-block-list"><li><a href="https://interligne.co/" data-wpel-link="external" target="_blank" rel="external noopener noreferrer">Interligne</a></li><li><a href="https://alterheros.com/" data-wpel-link="external" target="_blank" rel="external noopener noreferrer">Alterhéros</a></li><li><a href="https://p10.qc.ca/fr/about-us/mission/" data-wpel-link="external" target="_blank" rel="external noopener noreferrer">Projet10</a></li><li><a href="https://www.feep.qc.ca/wp-content/uploads/2017/07/FEEP_Webinaire_Accueil-trans-non-binaires_2017-vf.pdf" data-wpel-link="external" target="_blank" rel="external noopener noreferrer">https://www.feep.qc.ca/wp-content/uploads/2017/07/FEEP_Webinaire_Accueil-trans-non-binaires_2017-vf.pdf</a></li></ul>
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		<title>Session d’hiver 2021: des changements à l’horizon</title>
		<link>https://www.delitfrancais.com/2020/10/13/session-dhiver-2021-des-changements-a-lhorizon/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Philippe Bédard-Gagnon]]></dc:creator>
		<pubDate>Tue, 13 Oct 2020 13:09:18 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Actualités]]></category>
		<category><![CDATA[Automne 2020]]></category>
		<category><![CDATA[Christopher Buddle]]></category>
		<category><![CDATA[Conférence de presse]]></category>
		<category><![CDATA[Fabrice Labeau]]></category>
		<category><![CDATA[Hiver 2021]]></category>
		<category><![CDATA[McGill]]></category>
		<category><![CDATA[résidences]]></category>
		<guid isPermaLink="false">https://www.delitfrancais.com/?p=38239</guid>

					<description><![CDATA[<p>En conférence de presse, des membres de l’administration mcgilloise ont discuté d’enjeux académiques et sanitaires.</p>
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]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[
<p class="has-drop-cap">Le 7 octobre dernier, l’administration de McGill a invité les médias étudiants de l’Université à une conférence de presse qui portait sur l’évolution de la pandémie de la COVID-19 et sur la session d’hiver 2021. Les journalistes du <em>Bull &amp; Bear</em>, du <em>Délit</em> et du <em>Tribune</em> ont alors pu poser leurs questions sur le sujet. Christopher Buddle (Vice-principal exécutif adjoint à l’enseignement et aux programmes d’étude) et Fabrice Labeau (Premier vice-principal exécutif adjoint aux études et à la vie étudiante) étaient présents pour représenter l’administration et ont principalement fait état des défis académiques et sanitaires auxquels est confrontée l’Université.</p>



<p><strong>Des changements dès cet automne</strong></p>



<p>Dans un courriel envoyé à la communauté mcgilloise le 29 septembre, le Vice-principal exécutif et Vice-principal aux études Christopher Manfredi a annoncé que la session d’hiver 2021 se déroulerait principalement à distance, mais que certains changements pourraient être effectués par rapport à la session d’automne 2020. Jusqu’à présent, l’administration n’aurait pas suffisamment d’informations pour annoncer avec certitude ce qui sera changé, a dit Pr Buddle pendant la conférence de presse. Afin d’en récolter davantage, les facultés de l’Université vont recueillir l’avis des étudiant·e·s à travers des forums au cours de la session, et Pr Buddle participait le 8 octobre à une rencontre avec les représentant·e·s étudiant·e·s des facultés et de l’Association Étudiante de l’Université McGill. Au cours des semaines qui suivront, les <a href="https://www.mcgill.ca/tls/instructors/class-disruption/guidelines-remote" target="_blank" rel="noreferrer noopener external" data-wpel-link="external">lignes directrices</a> de l’Université concernant l’apprentissage en ligne pourraient d’être modifiées en fonction de ces informations. Cela amènerait des changements d’ici la fin de la session d’automne 2020.</p>



<p>Malgré l’incertitude, Pr Buddle a déjà quelques idées de modifications, notamment en ce qui concerne les cours enregistrés. À son avis, plusieurs étudiant·e·s considèreraient que cet outil est essentiel à cause des circonstances actuelles. Présentement, de nombreux cours ne sont pas enregistrés, et le vice-principal compte discuter de cette situation avec les facultés afin de s’assurer qu’ils le soient lorsque c’est possible. Il aurait aussi cru comprendre que certain·e·s étudiant·e·s trouveraient que la charge de travail est trop lourde, à cause du nombre élevé d’évaluations de certains cours.</p>



<p>Pour ce qui est de la session d’hiver 2021 et du plus long terme, la situation serait trop imprévisible pour annoncer des changements avec certitude, selon Pr Buddle. Toutefois, il a assuré que ce qui pourrait être modifié pour améliorer l’aspect académique le serait. Il a notamment mentionné que le choix des méthodes d’évaluation offert aux étudiant·e·s par certains cours pourrait être encouragé par l’administration.</p>



<p><strong>Éclosion dans les résidences</strong></p>



<p>Le Premier vice-principal exécutif adjoint aux études et à la vie étudiante Fabrice Labeau a annoncé le 6 octobre qu’une éclosion de cas de COVID-19 avait eu lieu dans des résidences étudiantes de McGill dans les jours précédant l’envoi du courriel. En conférence de presse, il a affirmé que l’Université suivait la situation de très près et la contrôlait grâce au protocole mis en place dans le cas d’une infection confirmée.&nbsp;</p>



<p>Selon ce protocole, une personne ayant reçu un diagnostic positif à la COVID-19 doit avertir l’Université via le formulaire de Déclaration d’un diagnostic de COVID-19 (en anglais seulement), dans le menu «Renseignements personnels» sur Minerva. Si la personne était présente sur le campus ou dans les résidences au cours des sept derniers jours, l’Université la contactera afin de retracer ses faits et gestes et prévenir les personnes qui risquent d’avoir été infectées. McGill pourrait aussi demander à ces personnes de se faire tester pour la COVID-19 et de s’isoler quelques jours. Si un·e étudiant·e oubliait de déclarer son état à l’Université, mais le déclarait au gouvernement (en obtenant un diagnostic positif), la Santé Publique contacterait alors McGill pour qu’elle fasse un suivi auprès de la personne infectée, en préservant le plus possible sa vie privée. Selon Pr Labeau, cela signifie qu’aucun cas à McGill ne passerait sous le radar.</p>



<p>En résidences, l’Université tenterait de renseigner les étudiant·e·s sur la transmission de la COVID-19. Des consignes sont également en place pour tous les membres des résidences, infecté·e·s ou non. Un manquement à ces consignes exposerait les personnes réfractaires à un avertissement, puis à des mesures disciplinaires en cas de récidive. Pr. Labeau a aussi déclaré que les étudiant·e·s ne seront pas forcé·e·s de quitter les résidences pour des raisons préventives.</p>



<p><strong>Une crise rassembleuse</strong></p>



<p>Questionné sur l’esprit de corps de la communauté mcgilloise, Pr Labeau a affirmé que, bien que les temps soient incertains, le fait de traverser cette crise ensemble serait un élément rassembleur de la communauté. Si un retour à la normale s’effectuait l’an prochain, il a ajouté que toute une cohorte d’étudiant·e·s devrait se familiariser avec le campus malgré le fait qu’elle en serait à sa deuxième année à McGill, un défi supplémentaire pour l’intégration des nouvaux·elles étudiant·e·s. Pr Buddle a quant à lui affirmé que malgré tout, McGill traverserait la crise sans trop de mal.</p>



<blockquote class="wp-block-quote is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow"><p>«Je crois que, lorsque nous regarderons en arrière, […] nous aurons un sentiment de fierté»</p><cite>Christopher Buddle</cite></blockquote>



<p>D’un point de vue financier, le paysage serait tout autre. Selon Pr Labeau, l’Université ne serait pas «au meilleur de sa forme». En comparaison à l’état des choses avant les mesures prophylactiques, l’Université aurait aujourd’hui plus de difficulté à offrir ses services payants. Quant au financement de la recherche, il serait relativement stable puisque, malgré la perte de certains apports provenant d’entreprises, le financement du gouvernement n’aurait pas changé. Toutefois, la «productivité» de la recherche aurait diminué à cause des mesures sanitaires qui auraient ralenti certains projets de recherche. Le nombre d’admissions serait quant à lui relativement stable et n’aurait causé aucune chute drastique de revenus.&nbsp;</p>
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		<title>Langage et inclusivité</title>
		<link>https://www.delitfrancais.com/2020/10/13/langage-et-inclusivite/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Antoine Milette-Gagnon]]></dc:creator>
		<pubDate>Tue, 13 Oct 2020 13:07:42 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Philosophie]]></category>
		<category><![CDATA[Prose d'idée]]></category>
		<category><![CDATA[Slider]]></category>
		<category><![CDATA[Langage]]></category>
		<category><![CDATA[langue]]></category>
		<category><![CDATA[langue française]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>Réflexions sur les présupposés et implications philosophiques de l’écriture inclusive.</p>
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<p class="has-drop-cap">Dans la langue française, l’écriture inclusive soulève plusieurs questions dépassant le genre de réflexions auxquelles nous sommes tous et toutes habituées. D’un point de vue théorique (mais également pratique), l’enjeu pourrait se formuler en une lutte d’influence entre le langage et ses locuteurs et locutrices. Maîtrisons-nous la langue ou est-ce plutôt cette dernière qui nous détermine? Tant du point de vue philosophique que linguistique, la question n’est pas réglée, et n’est pas à l’abri de reprises politiques et idéologiques.&nbsp;</p>



<p><strong>Langage-instrument ou langage constitutif</strong></p>



<p>Intuitivement, pourrait-on dire que le langage est un moyen d’expression et de communication? Répondre par l’affirmative se rapproche d’une position qui a été (et est encore) très répandue, notamment au sein de la tradition analytique anglo-saxonne. Pour résumer grossièrement, le langage oral ou écrit serait une forme de traduction d’un langage mental (le <em>mentalese </em>selon l’expression du philosophe Jerry Fodor), et sa fonction première serait de pouvoir exprimer des pensées (le plus souvent) à des fins de communication – cette position rejoint celle de Chomsky et de ses héritiers comme Steven Pinker. Si les particularités des langues sont déterminées par des conventions (le fameux «arbitraire du signe» de Ferdinand de Saussure), la possibilité de traduire des pensées en langage serait une capacité proprement humaine, et possiblement même le fait d’un «organe» cérébral spécialisé. Selon cette position, de manière comparable au fait que l’être humain a le contrôle moteur de ses membres, celui-ci détiendrait également un certain contrôle du langage à l’aide de la pensée, pour autant qu’on ne comprendrait le langage que comme un instrument servant un besoin de communication. Si cette vision reste populaire au sein de l’<em>academia </em>anglo-saxonne, il n’en demeure pas moins que des écueils ternissent sa validité, notamment des difficultés rencontrées dans l’identification de ce fameux «organe cérébral», c’est-à-dire l’identification des zones du cerveau suffisantes et nécessaires au langage, ou encore des difficultés théoriques entourant l’évolution naturelle du langage.&nbsp;</p>



<p>Le langage est également l’objet d’écoles voyant d’un autre œil l’équilibre entre les langues et la pensée. Le pragmatisme, par exemple, met l’accent sur l’usage du langage ainsi que ses effets performatifs. Parler, ce serait agir sur le monde. L’énactivisme, quant à lui,<em> </em>s’il défend une position voisine, s’articule plutôt sur l’idée selon laquelle le monde et l’individu se co-déterminent dans une relation réciproque; l’individu ne se représente pas un monde «objectif», mais plutôt le modifie constamment, ce qui à son tour modifie l’individu en question, qui remodifie le monde et vice-versa. Cette vision s’appliquerait possiblement au langage. Par exemple, Charles Taylor, qui n’est pas un énactiviste, mais qui prône l’idée d’un <em>langage constitutif </em>philosophiquement similaire, affirme que, si les relations de domination existent dans la nature, la différence sémantique introduite par exemple par le langage entre «chef», «roi», «dictateur», «leader» crée des distinctions n’existant pas dans la nature. Ces distinctions supposent des modes de domination différents, ce qui influencera différemment les sujets de ces dominations, et qui modifiera ensuite le rôle que joueront les sujets de ces dominations sur le monde et ainsi de suite. En bref, pour cette position, l’être humain n’aurait pas un contrôle rationnel sur le langage, mais serait plutôt, du moins en partie, déterminé par celui-ci. Le parangon de cette position se retrouve dans l’hypothèse Sapir-Whorf, à l’extrême du déterminisme linguistique. Bien que la thèse forte de Sapir-Whorf n’ait pas été mesurée en laboratoire et ait reçu un certain discrédit dans la deuxième moitié du 20<em>e</em> siècle, les approches énactivistes et pragmatistes semblent lui redonner un certain intérêt.&nbsp;</p>



<p>Même si le débat est loin d’être réglé tant dans les cercles scientifiques que philosophiques, permettons-nous de réquisitionner ces ressources théoriques afin d’éclairer les implications et présupposés de l’écriture inclusive.&nbsp;</p>



<blockquote class="wp-block-quote is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow"><p>Ainsi, lorsque l’on parle d’écriture inclusive, il convient de se questionner sur le type de genre que nous voulons rendre «inclusif», et pourquoi nous cherchons à le faire</p></blockquote>



<p><strong>Un peu de linguistique&nbsp;</strong></p>



<p>S’il est pertinent de réfléchir en termes généraux, il l’est tout autant de se pencher sur les détails et particularités d’une langue donnée – ici, le français.</p>



<p>Il convient tout d’abord de mentionner que le français, comme certaines langues et contrairement à d’autres, possède des genres (le masculin et le féminin, là où d’autres langues possèdent également le genre neutre, comme les déterminants «<em>it</em>»<em> </em>en anglais ou «<em>das</em>»<em> </em>en allemand). Cette différentiation se décline de deux façons. D’une part, le genre dit grammatical définit le genre des objets et concepts inanimés ainsi que leur usage et accord dans la syntaxe; par exemple, <em>la </em>table ou <em>le </em>parlement. C’est le genre dont l’attribution peut sembler arbitraire à certains égards – même si des linguistes soulignent une certaine systématicité dans la détermination du genre grammatical. D’autre part, le genre lexical<em> </em>est un genre attribué aux objets animés et dont le genre est une caractéristique sémantique de l’objet. Par exemple, le mot «fille» désigne une «jeune personne de genre féminin». Dans la pratique, le genre lexical s’applique presque exclusivement aux expressions référant à des personnes.&nbsp;</p>



<p>En français, le genre grammatical est toujours aligné sur le genre lexical: par exemple, si l’on dit «la fille canadienne»<em>, </em>le déterminant «la»<em> </em>ainsi que l’adjectif «canadienne» ne sont pas intrinsèquement féminins: ils ne le sont que par besoin d’accord avec le mot «fille»<em> </em>qui possède le genre grammatical féminin (<em>parce que </em>son genre lexical est féminin). De même, il serait saugrenu de dire que dans l’expression «la diplomatie canadienne», le déterminant et l’adjectif soient intrinsèquement féminins seulement parce que «diplomatie» est grammaticalement féminin.</p>



<p>Toutefois, ce n’est étonnamment pas le cas dans toutes les langues. Par exemple, en allemand, le mot «fille» se dit «<em>Mädchen</em>» et est de genre grammatical neutre, même si son genre lexical est féminin. En français, le genre «neutre» est formellement identique au masculin. Cette situation est attribuée par certains chercheurs et chercheuses à un masculinisme planifié datant du 17<em>e</em> siècle, notamment à une citation célèbre de l’abbé Bonhours en 1667: «Lorsque les deux genres se rencontrent, il faut que le plus noble l’emporte.» Cette citation vient des <em>Remarques sur la langue française</em>, sous l’entrée «Personne». Pour la petite histoire, la discussion entourant la fameuse citation tenait sur l’usage du mot «personne» plutôt que sur le genre en français. C’est ainsi que tout de suite après, ce même abbé mentionne qu’il ne voit pas de problème à ce que le mot «personne» soit utilisé au féminin: «Je ne vois donc pas pourquoi M. de Vaugelas dit absolument qu’<em>ils </em>est plus élégant qu’<em>elles</em>.» La première citation a été mentionnée par la Commission portant sur la rédaction épicène des contenus provenant de la Ville de Montréal. Il est à se demander si la citation n’a pas été sortie de son contexte dans un but idéologique.&nbsp;</p>



<p><strong>Écriture inclusive</strong></p>



<p>Toutes ces questions philosophiques et linguistiques peuvent nous éclairer sur la question de l’écriture inclusive ainsi que sur sa pertinence. Ainsi, lorsque l’on parle d’écriture inclusive, il convient de se questionner sur le type de genre que nous voulons rendre «inclusif», et pourquoi nous cherchons à le faire. Si l’on mentionne la féminisation des titres, on a affaire à quelque chose relevant du genre lexical, et la raison se veut être une meilleure représentation de la situation signifiée par ces titres: le fait que ces postes soient occupés par des femmes. Il s’agit donc ici de modifier le langage en suivant la pensée, dans un mouvement rationnel où l’être humain contrôle la langue, comme présenté plus haut. La logique semble similaire dans le cas des doublets et doublets abrégés (par exemple, «les étudiant·e·s»): on modifie le genre lexical du mot dans l’optique de refléter le réel, dans un souci de représentation de tous et de toutes. La signification des mots est modifiée par le genre, et c’est l’être humain qui serait aux commandes de cet <em>engineering </em>sémantique.&nbsp;</p>



<p>D’autres vont encore plus loin en proposant de modifier également le genre grammatical, lui aussi tenu comme responsable d’un sexisme et d’un androcentrisme toléré. Ainsi, nombreuxses sont ceuses qui veulent inventer de nouveaulles formes «neutres» pour remplacer le masculin-neutre.&nbsp;</p>



<blockquote class="wp-block-quote is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow"><p>Le débat [n’étant] pas clos quant à l’influence mutuelle qu’ont la pensée et le langage […], il n’est pas garanti que répandre l’écriture inclusive ait un quelconque effet sur les rapports entre les hommes et les femmes dans la société</p></blockquote>



<p>D’aucuns pourraient argumenter que l’écriture inclusive répond non seulement à un enjeu de représentation, mais également de performativité. En effet, en reprenant les thèses pragmatistes étalées plus haut, pourquoi ne pas prétendre que féminiser le langage rend la société réellement plus féministe dans un mouvement réciproque d’influence entre le langage, l’individu et son environnement? Par exemple, selon cette position, on pourrait dire que «Madame la Mairesse» supposerait que ce rôle de magistrat est ouvert tant aux femmes qu’aux hommes, tandis que dire «Madame le Maire» supposerait qu’une femme à ce poste <em>masculin</em> est un accident contingent.&nbsp;</p>



<p>Si l’argument peut se tenir en ce qui concerne les questions de genre lexical puisque c’est la sémantique du mot qui est concernée (en supposant que l’effet de rétroaction du langage sur les actions existe réellement, ce qui est encore débattu), l’argument semble moins solide pour les modifications de genre grammatical. En effet, si on dit «les étudiantes assidues», il serait surprenant d’affirmer que «assidues» réfère réellement à la «féminité» – d’autant qu’il serait faux d’affirmer que <em>le </em>travail réfère à la «masculinité». Par ailleurs, la proposition de l’utilisation de l’écriture épicène («le corps étudiant» plutôt que «les étudiants») semble aller en ce sens, c’est-à-dire que le genre grammatical des mots ne référant pas à des personnes ne semble pas poser problème. Quant à la question du fameux «le masculin l’emporte», il semble que les ressources présentées ici suggéreraient qu’une règle comme celle de l’accord de proximité («les étudiants et étudiantes assidu<em>es</em>» plutôt que «les étudiants et étudiantes assidus») permettrait de respecter la logique du genre grammatical sans affecter négativement le genre lexical des mots concernés.&nbsp;</p>



<p>Toutefois, comme mentionné précédemment, le débat n’est pas clos quant à l’influence mutuelle qu’ont la pensée et le langage. Ainsi, il n’est pas garanti que répandre l’écriture inclusive ait un quelconque effet sur les rapports entre les hommes et les femmes dans la société. Notons ici l’exemple éloquent du hongrois, langue qui ne possède que le genre grammatical neutre et possède des mots différents pour les genres lexicaux (par exemple, <em>szerzetes</em> pour moine et <em>apáca</em> pour religieuse). Toutefois, la société hongroise est marquée par de fortes inégalités entre les hommes et les femmes. Pour prendre un exemple plus proche de nous, il serait un peu audacieux d’affirmer que le Québec serait plus inégalitaire que ses voisins canadien et états-unien à cause de la présence d’un genre grammatical en français. Cela étant dit, l’écriture inclusive permet d’apporter une meilleure représentation de la situation signifiée, comme dans la féminisation des titres (en présupposant qu’une meilleure représentation des situations signifiées est souhaitable pour la société et ses membres).&nbsp;&nbsp;&nbsp;</p>



<p><strong>Conclusion&nbsp;</strong></p>



<p>Ce texte ne se veut pas un plaidoyer militant pour ou contre l’écriture inclusive – d’autant plus que cette expression a plusieurs sens qui ont des implications différentes. Ainsi, si certains passages peuvent avoir l’air de propositions concrètes ou d’opinion politique, tel n’est pas l’objectif du texte, visant simplement à clarifier ce que l’on entend par «écriture inclusive», en plus de présenter les conclusions des réflexions philosophiques entourant le langage ainsi que la relation que l’être humain entretient avec celui-ci.</p>
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		<title>Les toits croqués</title>
		<link>https://www.delitfrancais.com/2020/10/13/les-toits-croques/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Elissa Kayal]]></dc:creator>
		<pubDate>Tue, 13 Oct 2020 13:05:25 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Créations]]></category>
		<category><![CDATA[Culture]]></category>
		<category><![CDATA[Littéraires]]></category>
		<category><![CDATA[Littérature]]></category>
		<guid isPermaLink="false">https://www.delitfrancais.com/?p=38252</guid>

					<description><![CDATA[<p>Ligne de fuite.</p>
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										<content:encoded><![CDATA[
<p>J’ai besoin des longs trajets<br>des marches à travers le temps<br>Tends-moi la rame rends-moi la faux<br>On ira ensemble la marée et moi<br>au pays où il pleut par le bas</p>



<hr class="wp-block-separator">



<p>Il pleut par en bas dans mon pays<br>sur les sentiers où j’ai rêvé<br>du pourpre des prunes et du soleil<br>du vignoble tressé avec le ciel</p>



<p>L’eau coule sur la courbe des routes<br>qu’on n’a jamais su aménager</p>



<p>me mène du bois jusqu’au champ<br>du champ au chantier</p>



<p>et quelque part sur la terrasse<br>entre le galet et la fête<br>il y a le froid</p>



<p>et une maison.</p>



<hr class="wp-block-separator">



<p>Moi je resterai bâtir un radeau<br>pour nous, ma sœur.</p>



<hr class="wp-block-separator">



<p>Nous serons enfants des couloirs.<br>Nous grandirons sur la corde à linge sur le poêle<br>sur la pointe des pieds, la porcelaine<br>Nous vivrons de la blancheur des pierres<br>du balcon derrière les étoffes fermées</p>



<p>les déchirures du rideau laisseront respirer</p>



<p>Nous serons enfants des toits croqués<br>par endroit et en dedans.<br>Nous grandirons dans les yeux des immeubles<br>entre le levier des fenêtres<br>Nous saurons cultiver les jours.</p>



<p>Nous serons enfants sur les murs.<br>Je t’apprendrai comment<br>accrocher ton corps à côté de la porte<br>dormir dans les cadres les regards<br>devenir un chapeau un foulard<br>attendre</p>



<p>le retour des promenades.</p>
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		<item>
		<title>Antiracisme à McGill: Réaction du BSN</title>
		<link>https://www.delitfrancais.com/2020/10/13/antiracisme-a-mcgill-reaction-du-bsn/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Gabrielle Genest]]></dc:creator>
		<pubDate>Tue, 13 Oct 2020 13:04:36 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Actualités]]></category>
		<category><![CDATA[Campus]]></category>
		<category><![CDATA[anti-racisme]]></category>
		<category><![CDATA[black student network]]></category>
		<category><![CDATA[Entrevue]]></category>
		<category><![CDATA[James McGill]]></category>
		<category><![CDATA[McGill]]></category>
		<category><![CDATA[racisme]]></category>
		<guid isPermaLink="false">https://www.delitfrancais.com/?p=38135</guid>

					<description><![CDATA[<p>La présidente du Réseau des étudiant·e·s noir·e·s répond aux questions du Délit.</p>
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]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[
<p class="has-drop-cap">Le 30 septembre dernier, l’Université McGill a dévoilé son <a href="https://www.mcgill.ca/provost/files/provost/action_plan_to_address_anti-black_racism.pdf" data-wpel-link="external" target="_blank" rel="external noopener noreferrer">Plan de lutte contre le racisme anti-noir</a>. <em>Le Délit</em> a contacté le Réseau des étudiant·e·s noir·e·s de l’Université McGill (BSN) afin d’obtenir les commentaires de l’organisation sur ce plan comprenant <a href="https://www.delitfrancais.com/2020/10/05/antiracisme-a-mcgill-22-elements-daction/" data-wpel-link="internal">22 éléments d’action</a> répartis sur cinq axes: expérience étudiante, recherche et savoirs, sensibilisation, faculté et personnel, et espace physique. Heleena De Oliveira, présidente du BSN, a répondu aux questions du <em>Délit</em>.&nbsp;</p>



<p><strong><em>Le Délit </em>(LD)</strong> : <em>Le Plan d’action mentionne le racisme systémique, notamment en ce qui a trait à l’héritage de la traite transatlantique des esclaves et comme sujet principal d’un nouveau module d’apprentissage en ligne obligatoire, similaire à «Ça nous concerne toutes et tous» (</em>It Takes All of Us<em>). Le BSN interprète-t-il ces mentions comme une reconnaissance par McGill de l’existence du racisme systémique anti-noir au sein de la société?</em></p>



<p><strong>Heleena De Oliveira (HDO)</strong> : Le BSN voit le module contre le racisme systémique comme étant un effort visant à éduquer la communauté mcgilloise sur les enjeux de racisme systémique à McGill. Donc oui, c’est en partie la reconnaissance par McGill de l’existence d’un racisme anti-noir systémique. Nous croyons qu’un autre geste nécessaire à la reconnaissance du racisme systémique passé et présent à McGill serait l’entreprise par l’Université d’un projet historique étendu qui engagerait la participation des communautés noires de McGill et de Montréal, un projet auquel s’est engagée McGill dans son Plan.&nbsp;</p>



<p><strong>LD</strong>: <em>Le premier point de la lettre ouverte «</em>Enough Is Enough: Take James McGill Down<em>»  –</em> <em>signée par le BSN – appelait à retirer immédiatement la statue de James McGill du campus du centre-ville. L’installation d’une plaque explicative jusqu’à ce que soit déterminé un lieu plus adéquat pour la statue constitue-t-elle un compromis satisfaisant? L’Université a‑t-elle affirmé explicitement que le BSN aurait un rôle participatif dans la détermination de ce lieu plus adéquat?</em></p>



<p><strong>HDO</strong>: Le BSN ne croit pas que cette réponse de l’administration mcgilloise soit adéquate. L’installation d’une plaque explicative près de la statue ne correspond aucunement aux demandes faites par plusieurs étudiant·e·s noir·e·s et autochtones, dont ceux et celles impliqué·e·s dans la campagne <a href="https://takejamesmcgilldown.com/" data-wpel-link="external" target="_blank" rel="external noopener noreferrer"><em>#TakeJamesMcGillDown</em></a>. De plus, l’administration n’a explicité ni le moment ni la manière dont sera déterminé un lieu plus adéquat pour la statue de James McGill. L’administration n’a pas non plus annoncé qui serait impliqué dans ce processus décisionnel.&nbsp;</p>



<p><strong>LD</strong>: <em>Selon le BSN, le module d’apprentissage en ligne obligatoire sur le racisme systémique que propose l’Université dans son Plan de lutte satisfait-il l’appel de la lettre ouverte «</em>Enough Is Enough: Take James McGill Down<em>» à la «création d’une formation antiraciste obligatoire à l’échelle de l’université»?</em> </p>



<p><strong>HDO</strong>: Le module d’apprentissage sur le racisme systémique est un bon point de départ, et le fait que le module soit obligatoire est prometteur, mais certaines préocuppations demeurent. Comment l’administration mcgilloise s’assurera-t-elle que le contenu du module aborde suffisamment les enjeux de racisme systémique? Quelles seraient les conséquences pour les membres des facultés et les étudiant·e·s qui refuseraient de compléter le module? Certain·e·s considèrent que les membres des facultés, étant dans une position d’autorité unique au sein de l’Université, devraient recevoir une formation antiraciste spécifique à leur rôle.</p>



<p>Néanmoins, à partir des données qu’elle a collectées, l’administration mcgilloise a affirmé au BSN que la campagne d’apprentissage «Ça nous concerne toutes et tous» a été grandement réussie. Nous espérons donc que le module d’apprentissage en ligne portant sur le racisme anti-noir émule un succès similaire ou plus grand. Qui plus est, l’administration de l’Université a invité le BSN à discuter davantage du module, alors nous saisirons cette occasion pour aborder ces préoccupations avec&nbsp;l’Université directement.&nbsp;</p>



<p><strong>LD</strong>: <em>Le Plan ne fait aucune mention d’excuses officielles à venir de la part de l’Université envers les communautés noires et autochtones pour la non-reconnaissance historique du passé colonial et esclavagiste de James McGill. Le BSN sait-il si de telles excuses officielles seraient en train d’être élaborées par l’administration parallèlement au Plan?</em></p>



<p><strong>HDO</strong>: Le BSN n’a eu vent de rien à cet égard.&nbsp;</p>



<p>Heleena De Oliveira a ajouté que le BSN avait hâte de continuer à travailler conjointement sur le Plan avec la communauté noire mcgilloise et l’Université.&nbsp;</p>
<p>L’article <a href="https://www.delitfrancais.com/2020/10/13/antiracisme-a-mcgill-reaction-du-bsn/" data-wpel-link="internal">Antiracisme à McGill: Réaction du BSN</a> est apparu en premier sur <a href="https://www.delitfrancais.com" data-wpel-link="internal">Le Délit</a>.</p>
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		<title>Des mots et des maux: chronique de l’écriture inclusive</title>
		<link>https://www.delitfrancais.com/2020/10/12/des-mots-et-des-maux-chronique-de-lecriture-inclusive/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Juliette Chesnel]]></dc:creator>
		<pubDate>Mon, 12 Oct 2020 10:00:15 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Actualités]]></category>
		<category><![CDATA[Chroniques]]></category>
		<category><![CDATA[Slider]]></category>
		<category><![CDATA[académie française]]></category>
		<category><![CDATA[écriture inclusive]]></category>
		<category><![CDATA[féminisme]]></category>
		<category><![CDATA[Français]]></category>
		<category><![CDATA[langue française]]></category>
		<category><![CDATA[Office québécois de la langue française]]></category>
		<guid isPermaLink="false">https://www.delitfrancais.com/?p=38131</guid>

					<description><![CDATA[<p>Depuis les années 1970, l’écriture inclusive se développe dans le monde francophone. </p>
<p>L’article <a href="https://www.delitfrancais.com/2020/10/12/des-mots-et-des-maux-chronique-de-lecriture-inclusive/" data-wpel-link="internal">Des mots et des maux: chronique de l’écriture inclusive</a> est apparu en premier sur <a href="https://www.delitfrancais.com" data-wpel-link="internal">Le Délit</a>.</p>
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										<content:encoded><![CDATA[
<p class="has-drop-cap">Depuis le début de l’année, les tribunes en défaveur de l’écriture inclusive se multiplient. <a rel="noreferrer noopener external" href="https://www.lesechos.fr/idees-debats/editos-analyses/non-a-lecriture-inclusive-oui-a-dautres-solutions-1181309" target="_blank" data-wpel-link="external"><em>Les Echos</em></a>, <a rel="noreferrer noopener external" href="https://www.marianne.net/agora/tribunes-libres/une-ecriture-excluante-qui-s-impose-par-la-propagande-32-linguistes-listent-les" target="_blank" data-wpel-link="external"><em>Marianne</em></a> et plusieurs publications défendent un usage plus puritain de la langue française. Si certain·e·s d’entre nous découvrent l’écriture inclusive avec cette édition spéciale du <em>Délit</em>, elle n’est pourtant pas une nouveauté. <a rel="noreferrer noopener external" href="http://bdl.oqlf.gouv.qc.ca/bdl/gabarit_bdl.asp?N=2&amp;id=5421" target="_blank" data-wpel-link="external">L’Office québécois de la langue française</a> (OQLF) désigne comme écriture inclusive toute rédaction visant à éviter l’emploi de genres grammaticaux masculin et féminin en ce qui concerne les personnes. Adopté par certaines administrations et critiqué par d’autres, l’usage de l’écriture inclusive a évolué à travers les âges.&nbsp;</p>



<p><strong>L’apparition de la règle de primauté du masculin</strong></p>



<p>On pourrait penser que la fameuse règle du masculin l’emportant sur le féminin est une base fondatrice de la langue française. La réalité est toute autre. En effet, la langue française – ou du moins son usage – est à l’origine relativement épicène. Au Moyen-Âge, celle-ci n’est encadrée par aucun code ou institution et son usage varie fortement en fonction des dialectes locaux.&nbsp;</p>



<p>La création de l’Académie française en 1634 sous Louis XIV met fin à cette liberté linguistique. Le royaume de France s’agrandissant radicalement, le cardinal de Richelieu désire uniformiser la langue française dans l’espoir que cela permette d’unifier le territoire et d’assurer la transmission des lois. On assiste alors à une réforme et à une codification du français par cette institution qui se dit «gardienne de la langue». À l’époque, l’usage dominant du masculin fait partie des réformes adoptées et engendre déjà de vifs débats. En effet, cette nouvelle règle entre en conflit direct, d’une part, avec la règle de proximité, pratique répandue à l’époque, et, d’autre part, avec les habitudes linguistiques. La règle de proximité, également appelée accord de voisinage,&nbsp;prévoit que le genre et le nombre de l’adjectif<strong> </strong>soient en accord avec le nom qualifié le plus proche. L’apparition de la règle de primauté du masculin est le parfait opposé de cette règle grammaticale aujourd’hui oubliée, mais qui était à l’époque une pratique répandue.&nbsp;</p>



<p>Bien qu’initialement, l’Académie peine à justifier ses réformes, cette nouvelle règle finit par s’imposer jusqu’à devenir un élément incontournable – <strong> </strong>et même emblématique&nbsp; –  de la grammaire française. À cela s’ajoute l’usage progressif des noms de métiers exclusivement masculins. Les noms de métiers au féminin ne commenceront à réapparaitre que dans les années 1930 avec l’apparition des féminins «aviatrice», «avocate» ou encore «bûcheronne», par exemple, dans la 8<em>e</em> édition du <em>Dictionnaire de l’Académie française</em> (1935).</p>



<p><strong>Écriture inclusive et féminisme&nbsp;&nbsp;</strong></p>



<p>C’est vers la fin du 20<em>e</em> siècle que le débat portant sur l’écriture inclusive fait son entrée sur la scène francophone. L’essor des mouvements féministes durant les années 1970 offre un terrain propice aux autrices décidées à défier le statu quo. En France, c’est l’écrivaine féministe Benoîte Groult qui dépoussière la cause en évoquant le langage épicène et plus particulièrement la féminisation des noms en 1977 dans son essai <em>Ainsi soit-elle</em>. Sa phrase «Ce n’est pas la langue qui refuse, ce sont les têtes» reflète son combat pour la reconnaissance des femmes dans la langue française. Journaliste à la radio, elle raille les réfractaires et prend la tête de la Commission de terminologie pour la féminisation des noms de métiers, de grades et de fonctions quand celle-ci est créée en 1984 sous l’impulsion d’Yvette Roudy, alors ministre française des Droits de la femme. C’est d’ailleurs à la même époque que l’OQLF commence à encourager la rédaction épicène. Dès 1979, l’OQLF soutient la féminisation lexicale et ouvre la voie à sa popularisation dans le monde francophone. Avant-gardiste, le Québec est un pionnier en la matière et l’<a rel="noreferrer noopener external" href="https://www.ledevoir.com/societe/513113/l-ecriture-inclusive-pour-en-finir-avec-les-inegalites-de-genres" target="_blank" data-wpel-link="external">écriture épicène</a> – alternance entre le masculin et le féminin – est préférée au simple ajout d’un suffixe féminin, considéré comme réducteur.&nbsp;</p>



<p><strong>Une situation hétérogène</strong>&nbsp;</p>



<p>L’écriture inclusive est devenue l’objet de bon nombre de débats linguistiques dans le monde francophone des dernières années.&nbsp;La Belgique semble suivre l’exemple québécois et, en 1993, vote un décret recommandant aux administrations et institutions subventionnées par la Fédération Wallonie-Bruxelles de suivre les recommandations du Conseil supérieur de la langue française relatif à la féminisation des noms de métier, profession, titre et grade. L’année suivante, le gouvernement belge publie un répertoire des formes recommandées: <a href="http://www.egalite.cfwb.be/index.php?eID=tx_nawsecuredl&amp;u=0&amp;g=0&amp;hash=ebffe5c7069ce7ba84436b4ca31bce572a9ac317&amp;file=uploads/tx_cfwbitemsdec/Mettre_au_feminin_Feminisation.pdf" target="_blank" rel="noreferrer noopener external" data-wpel-link="external"><em>Mettre au féminin, Guide de féminisation des noms de métier, fonction, grade ou titre</em></a>. Après 25 ans de féminisation des noms, cette pratique est aujourd’hui relativement répandue en Belgique. En 2017, le Conseil de la langue française et de la politique linguistique de la Fédération Wallonie – Bruxelles se prononce par ailleurs <a href="http://www.languefrancaise.cfwb.be/index.php?eID=tx_nawsecuredl&amp;u=0&amp;g=0&amp;hash=78548be81879dc79f31c2176056050fd3e9d162f&amp;file=fileadmin/sites/sgll/upload/lf_super_editor/Docs/Avis_et_recommandations/2017_avis_redaction_inclusive_adopte_le_4_10_2017_.pdf" target="_blank" rel="noreferrer noopener external" data-wpel-link="external">en faveur de l’écriture inclusive</a> dans un souci de promotion de la visibilité des femmes. Certaines municipalités décident même de l’adopter au niveau local, comme c’est le cas à <a href="https://www.dhnet.be/regions/namur/ecriture-inclusive-namur-montre-l-exemple-5dda7d1a9978e272f9253757" target="_blank" rel="noreferrer noopener external" data-wpel-link="external">Namur</a> qui, depuis le 1<em>er</em> septembre 2019, rédige tous ses documents en utilisant l’écriture inclusive.&nbsp;</p>



<p>En France, alors que <a rel="noreferrer noopener external" href="https://www.lyonmag.com/article/108960/lyon-les-elu-e-s-de-la-majorite-adoptent-l-ecriture-inclusive" target="_blank" data-wpel-link="external">Lyon</a> emboîte le pas des Namurois·es quand les élu·e·s de la majorité écologiste décident d’adopter l’écriture inclusive en juillet dernier,&nbsp;la dynamique est toute autre au niveau national. En effet, en 2017, le <a rel="noreferrer noopener external" href="https://www.rtl.be/info/monde/international/l-ecriture-inclusive-bannie-des-textes-officiels--972658.aspx" target="_blank" data-wpel-link="external">gouvernement d’Édouard Philippe</a> décide de bannir l’écriture inclusive des textes officiels en prétextant le respect des règles grammaticales et syntaxiques. Celui-ci suit les recommandations de l’Académie française qui, plus tôt la même année, a affirmé que «<a rel="noreferrer noopener external" href="http://www.academie-francaise.fr/actualites/declaration-de-lacademie-francaise-sur-lecriture-dite-inclusive" target="_blank" data-wpel-link="external">devant cette aberration “inclusive”, la langue française se trouve désormais en péril mortel</a>». Pourtant, deux ans plus tôt, le Haut Conseil à l’égalité entre les femmes et les hommes, attaché au cabinet du premier ministre, publiait le <a rel="noreferrer noopener external" href="https://www.haut-conseil-egalite.gouv.fr/stereotypes-et-roles-sociaux/actualites/article/lancement-du-guide-pratique-pour" target="_blank" data-wpel-link="external"><em>Guide pratique pour une communication publique sans stéréotype de sexe</em></a>, dans lequel il soutient l’usage d’une langue soucieuse du principe de l’égalité entre les genres. Ce guide utilisait d’ailleurs lui-même l’écriture inclusive. Il faudra attendre 2017 pour que l’Académie ne consente à la <a rel="noreferrer noopener external" href="http://www.academie-francaise.fr/actualites/declaration-de-lacademie-francaise-sur-lecriture-dite-inclusive" target="_blank" data-wpel-link="external">féminisation des noms des métiers</a>. Malgré cela, à l’exemple de Namur et de Lyon, certaines municipalités et institutions locales franchissent le pas et adoptent l’écriture inclusive. C’est le cas notamment du <a rel="noreferrer noopener external" href="https://actu.fr/bretagne/_29/finistere-ont-adopte-lecriture-inclusive_15539089.html" target="_blank" data-wpel-link="external">Conseil départemental du Finistère</a> en France qui, depuis 2015, a adopté le point médian dans ses communications.&nbsp;</p>



<p>À <a href="https://ici.radio-canada.ca/nouvelle/1705455/epicene-montreal-suprematie-masculin-feminin-francais" target="_blank" rel="noreferrer noopener external" data-wpel-link="external">Montréal</a>, un tel projet est encore en gestation, la mairesse Valérie Plante souhaitant faire adopter un règlement prévoyant l’utilisation de l’écriture épicène.&nbsp;&nbsp;</p>



<p>Après des années de lutte, l’écriture inclusive demeure le sujet de nombreux débats linguistiques. Bien que de nombreuses institutions soient réticentes, d’autres sont au contraire prêtes à accepter cette évolution de la langue au nom de l’égalité entre les sexes. Une chose est sûre, l’écriture inclusive continue à faire couler beaucoup d’encre.&nbsp;</p>
<p>L’article <a href="https://www.delitfrancais.com/2020/10/12/des-mots-et-des-maux-chronique-de-lecriture-inclusive/" data-wpel-link="internal">Des mots et des maux: chronique de l’écriture inclusive</a> est apparu en premier sur <a href="https://www.delitfrancais.com" data-wpel-link="internal">Le Délit</a>.</p>
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