Antiracisme à McGill : Réaction du BSN

La présidente du Réseau des étudiant·e·s noir·e·s répond aux questions du Délit.

Magali Thouvenin | Le Délit

Le 30 septembre dernier, l’Université McGill a dévoilé son Plan de lutte contre le racisme anti-noir. Le Délit a contacté le Réseau des étudiant·e·s noir·e·s de l’Université McGill (BSN) afin d’obtenir les commentaires de l’organisation sur ce plan comprenant 22 éléments d’action répartis sur cinq axes : expérience étudiante, recherche et savoirs, sensibilisation, faculté et personnel, et espace physique. Heleena De Oliveira, présidente du BSN, a répondu aux questions du Délit

Le Délit (LD) : Le Plan d’action mentionne le racisme systémique, notamment en ce qui a trait à l’héritage de la traite transatlantique des esclaves et comme sujet principal d’un nouveau module d’apprentissage en ligne obligatoire, similaire à « Ça nous concerne toutes et tous » (It Takes All of Us). Le BSN interprète-t-il ces mentions comme une reconnaissance par McGill de l’existence du racisme systémique anti-noir au sein de la société ?

Heleena De Oliveira (HDO) : Le BSN voit le module contre le racisme systémique comme étant un effort visant à éduquer la communauté mcgilloise sur les enjeux de racisme systémique à McGill. Donc oui, c’est en partie la reconnaissance par McGill de l’existence d’un racisme anti-noir systémique. Nous croyons qu’un autre geste nécessaire à la reconnaissance du racisme systémique passé et présent à McGill serait l’entreprise par l’Université d’un projet historique étendu qui engagerait la participation des communautés noires de McGill et de Montréal, un projet auquel s’est engagée McGill dans son Plan. 

LD : Le premier point de la lettre ouverte « Enough Is Enough : Take James McGill Down » – signée par le BSN – appelait à retirer immédiatement la statue de James McGill du campus du centre-ville. L’installation d’une plaque explicative jusqu’à ce que soit déterminé un lieu plus adéquat pour la statue constitue-t-elle un compromis satisfaisant ? L’Université a‑t-elle affirmé explicitement que le BSN aurait un rôle participatif dans la détermination de ce lieu plus adéquat ?

HDO : Le BSN ne croit pas que cette réponse de l’administration mcgilloise soit adéquate. L’installation d’une plaque explicative près de la statue ne correspond aucunement aux demandes faites par plusieurs étudiant·e·s noir·e·s et autochtones, dont ceux et celles impliqué·e·s dans la campagne #TakeJamesMcGillDown. De plus, l’administration n’a explicité ni le moment ni la manière dont sera déterminé un lieu plus adéquat pour la statue de James McGill. L’administration n’a pas non plus annoncé qui serait impliqué dans ce processus décisionnel. 

LD : Selon le BSN, le module d’apprentissage en ligne obligatoire sur le racisme systémique que propose l’Université dans son Plan de lutte satisfait-il l’appel de la lettre ouverte « Enough Is Enough : Take James McGill Down » à la « création d’une formation antiraciste obligatoire à l’échelle de l’université » ?

HDO : Le module d’apprentissage sur le racisme systémique est un bon point de départ, et le fait que le module soit obligatoire est prometteur, mais certaines préocuppations demeurent. Comment l’administration mcgilloise s’assurera-t-elle que le contenu du module aborde suffisamment les enjeux de racisme systémique ? Quelles seraient les conséquences pour les membres des facultés et les étudiant·e·s qui refuseraient de compléter le module ? Certain·e·s considèrent que les membres des facultés, étant dans une position d’autorité unique au sein de l’Université, devraient recevoir une formation antiraciste spécifique à leur rôle.

Néanmoins, à partir des données qu’elle a collectées, l’administration mcgilloise a affirmé au BSN que la campagne d’apprentissage « Ça nous concerne toutes et tous » a été grandement réussie. Nous espérons donc que le module d’apprentissage en ligne portant sur le racisme anti-noir émule un succès similaire ou plus grand. Qui plus est, l’administration de l’Université a invité le BSN à discuter davantage du module, alors nous saisirons cette occasion pour aborder ces préoccupations avec l’Université directement. 

LD : Le Plan ne fait aucune mention d’excuses officielles à venir de la part de l’Université envers les communautés noires et autochtones pour la non-reconnaissance historique du passé colonial et esclavagiste de James McGill. Le BSN sait-il si de telles excuses officielles seraient en train d’être élaborées par l’administration parallèlement au Plan ?

HDO : Le BSN n’a eu vent de rien à cet égard. 

Heleena De Oliveira a ajouté que le BSN avait hâte de continuer à travailler conjointement sur le Plan avec la communauté noire mcgilloise et l’Université.