Chloé Mour – Le Délit https://www.delitfrancais.com Le seul journal francophone de l'Université McGill Wed, 16 Jan 2019 01:51:58 +0000 fr-FR hourly 1 https://wordpress.org/?v=4.9.9 Sauver la presse francophone https://www.delitfrancais.com/2017/11/14/sauver-la-presse-francophone/ Tue, 14 Nov 2017 16:46:23 +0000 https://www.delitfrancais.com/?p=29857 Les universités québécoises, censées être le lieu du savoir et du débat d’idées, manquent à leur devoir de protection de la liberté d’expression. Sans presse libre et indépendante au sein des universités, cette liberté d’expression ne devient que façade. Nous demandons aux dirigeants de l’Université McGill d’abolir la mesure exigeant la tenue d’un référendum quinquennal sur les frais de cotisation de 3$ par session que chaque étudiant est tenu de payer aux journaux étudiants, Le Délit, The Mcgill Daily et le McGill Tribune

Nous pensons que cette mesure fragilise la liberté d’expression au sein de l’Université tout en marginalisant davantage les voix minoritaires, telles que les voix francophones qui sont représentées par Le Délit, le seul journal francophone de l’Université McGill. Nous demandons à l’administration de l’Université d’abolir cette obligation qui précarise la francophonie et les journaux étudiants sur le campus.

McGill néglige sa francophonie

Né sous le lys en 1977, Le Délit est la publication sœur du McGill Daily, créé en 1911, le plus vieux journal étudiant du Québec. Les deux rédactions forment la Société de publication du Daily (SPD), un organisme indépendant et à but non lucratif. Ce sont les éditeurs du Daily qui, lors des débats de la loi 101 sur le bilinguisme, ont reconnu la nécessité d’un journal entièrement francophone. Conséquement ils créèrent Le McGill Daily français, notre actuel Délit. Leur motivation était simple: favoriser l’entente entre les deux solitudes. 

À l’image des deux groupes linguistiques majoritaires du Québec, le Daily et Le Délit ont grandi dans l’interdépendance. Deux journaux, deux équipes, deux lignes éditoriales mais un seul bureau et une même vocation: proposer une presse libre et indépendante aux étudiants de l’université.

Jusqu’au 16 novembre, les étudiants doivent se prononcer sur la survie de ces deux institutions pour le référendum quinquennal. Un peu plus tôt ce mois-ci, le conseil législatif de l’Association des étudiants de l’Université McGill (AÉUM ou SSMU, en anglais, ndlr), a voté contre une motion de soutien au référendum d’existence de la SPD. Ce désaveu de la part des élu·e·s étudiants prouve leur absence de considération pour la francophonie à McGill.

Les francophones représentent pourtant 20% du corps étudiant, lequel est bilingue à plus de 50%. Pour tous ceux-là, Le Délit est un porte-parole et un acteur majeur de la vie étudiante. Dans ses pages, il couvre la scène et les coulisses de la politique étudiante mcgilloise, montréalaise et québécoise, désespérément cantonnée à la sphère anglophone. Dans la communauté, il joue un rôle prépondérant en co-organisant notamment la Francofête, une semaine de célébrations de la francophonie sur le campus. Il est aussi le représentant de McGill au sein de l’association de la Presse étudiante francophone (PrEF) et a remporté le prix du meilleur journal étudiant du Québec décerné par les Amis du Devoir. Ainsi, Le Délit relie nos étudiant·e·s francophones, parfois enfermés dans la McGill bubble, au reste du Québec.

De l’importance de la presse étudiante

Au cours de ces dernières années, les journaux étudiants mcgillois ont été d’utiles lanceurs d’alerte sur le campus. Agressions sexuelles, dysfonctionnement chronique des services de santé mentale, précarité ou encore malnutrition étudiante, autant de sujets mis en lumière par le Délit et The Daily.

Par ailleurs, en l’absence d’une école de journalisme à McGill, les journaux étudiants compensent et forment à chaque année des dizaines de mcgillois·e·s au journalisme en français et en anglais.

L’imposition de ce référendum menace les rédactions étudiantes comme une épée de Damoclès. Au lieu d’assurer leur fonction, elles se voient régulièrement contraintes d’allouer leurs maigres ressources à une campagne de survie. De plus, cette campagne devient en quelque sorte permanente, tant il faut se plier à la majorité et au bon vouloir des groupes de pression du campus. Comment, dans ces conditions, assurer la liberté de la presse et le fonctionnement même de la démocratie dans notre communauté étudiante?

Nous comptons sur la bonne volonté de l’administration de l’Université McGill pour mettre fin à ce système référendaire qui précarise les journaux étudiants et met en péril la seule voix francophone, indépendante et libre du campus.

Signataires : 

Ronny Al-Nosir, chef de section innovations, automne 2016

Joseph Boju, rédacteur en chef, 2014-2015

Julia Denis, rédactrice en chef, 2015-2016

Inès Dubois, coordinatrice réseaux sociaux, 2014-2016

Céline Fabre, chef de section culture 2015-2016

Ikram Mecheri, rédactrice en chef, 2016-2017

Magdalena Morales, coordinatrice multimédias, automne 2016

Chloé Mour, cheffe de section culture, automne 2016

Matilda Nottage, coordinatrice multimédias, 2015-2016

Esther Perrin Tabarly, cheffe de section société, 2015-2016

Théophile Vareille, éditeur de section actualités, 2015-2017

Arno Pedram, responsable multimédia Le Délit, hiver 2017, éditeur culture The McGill Daily, 2017-2018

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#balancetonprof https://www.delitfrancais.com/2017/11/07/balancetonprof/ Tue, 07 Nov 2017 16:27:54 +0000 https://www.delitfrancais.com/?p=29761 «À dix-neuf ans, Juliette n’est pas en phase avec les garçons de son âge. C’est alors qu’elle rencontre Victor, le nouveau professeur de philosophie. Partagés entre amour et raison, ils tenteront d’échapper à l’évidence de leurs sentiments.» Tant de films, livres et séries ont usé de ce fantasme populaire, cet amour interdit entre professeur·e et élève. Tabous, ces relations intimes nous sont vendues comme «sexy», désirables — le nec plus ultra de l’expérience amoureuse et sexuelle à l’université.

Pourtant, les paroles des victimes de violences sexuelles qui progressivement se libèrent sur les réseaux sociaux (#metoo, #balancetonporc), et à travers différents médias — notamment les récentes accusations d’agressions sexuelles du réalisateur Harvey Weinstein par plusieurs femmes — nous montrent que les dynamiques de séductions entre individus de statuts différents ne sont pas aussi alléchantes qu’elles en ont l’air…

Un traitement médiatique sexiste

Si une prise de conscience sur les violences sexuelles s’opère, aussi bien dans l’industrie du cinéma que dans le milieu universitaire, c’est qu’il existe aujourd’hui en 2017, dans les pays occidentaux, un meilleur traitement journalistique du sujet. Les paroles des femmes sont moins remises en question, et les affaires d’agressions sexuelles sont sujettes à davantage d’enquêtes, et surtout de contextualisation. Autrement dit, parler de harcèlement sexuel ou de viol amène à s’interroger sur un problème structurel: notre société patriarcale où une culture — «culture du viol» — perpétue des normes sexistes qui banalisent, voire érotisent, les violences sexuelles envers les femmes. Une autre caractéristique de cette culture est la constante culpabilisation des victimes, qui empêche bien souvent ces dernières de rompre le silence.

Toutefois, halte à trop d’optimisme. Nombre de médias ont continué à parler des récentes accusations d’agressions sexuelles (l’affaire Weinstein, l’affaire Kevin Spacey — l’acteur de House of Cards), sous l’angle du sensationnalisme et de l’anecdotique. Pis encore, ces affaires sont reléguées aux rubriques «Célébrités», «Faits divers» et «Culture et Loisirs» des journaux (voir exemples ci-dessous). Dès lors, cette couverture médiatique occulte le problème sociétal et continue de rendre invisibles les violences sexuelles en les réduisant à des scoops.

Quant aux «idylles» entre professeure·s et étudiant·e·s, il reste du chemin à parcourir afin de déconstruire et démystifier ces relations.


 


Remue-ménage au Québec

Contrairement à ses voisins francophones outre-Atlantique, le Québec a connu ces dernières années une sensibilisation aux violences sexuelles sur les campus. La vague d’agression sexuelle à l’Université Laval en octobre 2016 avait été fortement médiatisé et avait engendré plusieurs marches afin de protester contre la culture du viol.

Par ailleurs, six universités québécoises ont publié en décembre 2016 des données chiffrées sur les «situations de violence sexuelle vécues en milieu universitaire». Cette enquête «Sexualité, Sécurité et Interactions en Milieu Universitaire» (ESSIMU) vient combler un grand vide en terme de statistiques.

Qu’y apprend-on? 33,5% des répondant·e ·s (étudiant·e·s et employé·e·s universitaires) ont vécu des gestes de harcèlement sexuel depuis leur début à l’université, et 18,3% rapportent des comportements sexuels non désirés avec ou sans contact physique. Lorsqu’on aborde le harcèlement sexuel sur les campus, ce sont généralement les activités sociales et festives qui viennent à l’esprit comme instances favorables à ces événements. À l’évidence, l’université, comme le reste de la société, est imprégnée de normes sexistes et violentes, qui se manifestent par des agressions d’un·e étudiant·e  à l’autre lors d’évènements «extra-scolaires» principalement — mais pas que…

« L’université, comme le reste de la société, est imprégnée de normes sexistes et violentes »

Professeur·e et étudiant·e: une relation épineuse

Comme les autres institutions, les universités impliquent des relations hiérarchiques entre ses membres; entre employeur·e et employé·e, mais aussi entre professeur·e et étudiant·e. Les abus et le harcèlement au travail font l’objet depuis plusieurs années d’une certaine médiatisation. Néanmoins, la spécificité de la relation professeur·e/étudiant·e est beaucoup moins explorée. En réalité, cette relation hiérarchique est bien souvent perçue comme stimulante et positive — surtout pour les étudiant·e·s de master et de doctorat qui bénéficient d’un·e tuteur·rice tout au long de leur parcours académique. En effet, que pourrait-on redouter d’individus cultivés pour qui l’éducation et l’échange de savoirs font parties intégrantes de leur mandat? Tout, à en croire les chiffres et témoignages récoltés par l’enquête ESSIMU, ainsi que par les multiples associations luttant contre les violences sexuelles à l’université.

Plus précisément, deux statistiques sont révélatrices. Presque un tiers des personnes ayant subi une forme de violence sexuelle indiquent qu’au moins une des situations impliquait une personne détenant un statut supérieur. D’autre part,dans 25,6% des cas, ces gestes ont été commis au moins une fois par des enseignant.e.s .

Les rapports hiérarchiques s’imbriquent dans des rapports de pouvoir liés au prestige d’un·e professeur·e, à sa fonction, son grade, son autorité, exacerbant la vulnérabilité des étudiant·e·s. Dans le cas d’encadrement de thèse, le professeur est souvent l’interlocuteur premier et principal des étudiant·e·s dans leur milieu universitaire. S’ajoute à la personnalisation de la relation pédagogique et la proximité de travail une forte dépendance en terme de réussite académique. Lettres de recommandation, démarches administratives (demandes de bourse), et autorisations de publications sollicitent l’intervention du professeur·e. Cette relation de dépendance est non seulement un facteur de risque, mais empêche souvent les étudiant·e·s de porter plainte lors de harcèlement et/ou d’agression sexuelle. Les répercussions sont alors néfastes: abandon de thèse, traumatisme psychologique, ou encore isolement social.

Quelles solutions?

Suite aux révélations d’agressions sexuelles sur les campus québécois, plusieurs universités se sont dotées de politiques de lutte contre la violence sexuelle, à l’instar de l’Université McGill. Ces mesures prises par l’administration suite à une initiative étudiante prévoient des structures de sensibilisation (comité, cours obligatoire de prévention, etc.), et du soutien aux victimes, ainsi que la clarification des procédures disciplinaires sanctionnant les présumés coupables.

Des bureaux ou cellules de veilles sont également présents dans la plupart des universités (UQAM, UdM, McGill, etc.), ou vont ouvrir leurs portes. Ces efforts sont néanmoins susceptibles d’être mis en péril par des investissements financiers insuffisants. Dans les Cégeps, le manque de fonds se fait sentir, notamment en région. De plus, les 23 millions de dollars versés par le gouvernement aux établissements supérieurs en août dernier ne permettent pas de pallier leurs moyens limités.

Récemment, la ministre de l’Enseignement Supérieur, Hélène David, a apporté un brin d’espoir et a permis de faire un nouveau pas dans la lutte contre l’impunité des agresseurs. Le projet de loi 151 prévoit en effet «d’encadrer les liens intimes, amoureux ou sexuels qui peuvent s’établir entre un étudiant et une personne ayant une influence sur le cheminement de ses études». Ce code de conduite se retrouve dans d’autres professions, notamment les professions médicales. Il impose aux professeur·e·s de déclarer à un tiers (collègue, faculté) sa relation avec un·e étudiant·e, et permettra à l’administration d’instaurer les mesures nécessaires pour protéger l’élève et empêcher tous conflits d’intérêts (désignation d’un co-directeur de thèse par exemple).

Reste à voir si donner la responsabilité de la protection de l’élève au professeur s’avère efficace. De plus, d’autres envisagent d’aller plus loin en souhaitant l’interdiction totale de ces relations, comme sur certains campus américains. En parallèle, peut-être serait-il intéressant de tout bonnement repenser la structure de notre éducation et de la pédagogie au sein des établissements d’enseignement supérieur. Entre autres, ne devrait-on pas concevoir un autre moyen d’encadrer et supporter les travaux de recherche des masterant·e·s et doctorant·e·s, évitant ainsi cette relation dépendante et asymétrique?

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Où ça? Où ça? https://www.delitfrancais.com/2017/04/21/ou-ca-ou-ca-4/ Fri, 21 Apr 2017 19:27:10 +0000 http://www.delitfrancais.com/?p=28459 Le cirque itinérant

Àl’occasion du 375e anniversaire de Montréal cet été, la métropole sera rythmée par de nombreuses activités qui vous permettront de varier les plaisirs après votre énième sieste au Parc Jeanne Mance. L’un des événements majeurs de ce programme sera la tournée des arrondissements du cirque Éloize : pendant 19 fins de semaine la troupe va s’emparer de 19 quartiers de la ville et, du soir au matin, va les animer de performances intermittentes. Le cirque Éloize est une véritable institution québécoise. La troupe a été formée en 1993 et produit des spectacles qui s’inscrivent dans la lignée du nouveau cirque, de véritables performances artistiques poussées loin du sensationnalisme du cirque traditionnel. Les moments clés à ne pas rater seront les samedis soirs où, dans la lumière du coucher du soleil, la troupe donnera un spectacle divisé en sept tableaux qui s’articulent autour de lettres d’amour écrites à, de et pour Montréal. Un moment qui s’annonce, en somme, plein de magie et d’émotion.

– Dior Sow


Festival mural de Montréal

Tout au long de l’année, les passants s’émerveillent devant la créativité des artistes de rue montréalais. Tags et peintures murales tapissent les briques et font de la ville une galerie atypique. Du 8 au 18 juin 2017, les œuvres seront mises à l’honneur sur le boulevard Saint-Laurent, perdant pour une semaine leur rôle de simple décor.

À l’occasion de la cinquième édition du festival, le boulevard sera transformé en véritable musée à ciel ouvert. Les sens des participants seront tous sollicités. Leurs yeux se poseront sur les murales au cours de leur déploiement et leurs papilles découvriront de nouvelles saveurs. Ce voyage visuel et gustatif sera rythmé par les notes de groupes de musique locaux et internationaux. Les curieux pourront parcourir la rue seuls ou accompagnés d’un guide qui leur présentera les œuvres. N’hésitez-plus, montréalais, ce sera l’occasion pour vous de découvrir des artistes venus des quatre coins du monde pour célébrer l’art urbain! 

– Lara Benattar


D’Atwater au Musée de Lachine

Bientôt le début des beaux jours, bientôt la fin des finaux. Pour ceux et celles qui ne partent pas, ce sera l’occasion de découvrir ou redécouvrir l’agglomération de Montréal. Le Délit vous propose un petit périple facile à prévoir sur une journée.

Le point de départ: le marché Atwater. Pas loin de la station Lionel-Groulx et de la résidence Solin Hall de McGill, allez faire un tour à ce marché public qui est l’un des plus grands de Montréal. On aime déambuler entre les parterres colorés des nombreux stands de fleuristes, et acheter des produits locaux (bonne halte pour les piques-niques) auprès des divers commerçants situés dans l’édifice art déco du marché.

Continuez ensuite le long du Canal Lachine, direction ouest, sur une piste accessible aux piétons et aux vélos. Considéré comme l’un des plus beaux circuits urbains du monde, la piste du canal Lachine s’étend sur 14,5 km, et ce depuis la naissance du Délit en 1977! Le circuit avait notamment été élu au troisième rang mondial des circuits urbains par le magazine Time en 2009. Vous aurez l’occasion de vous arrêter pour piquer-niquer en bordure du canal ou encore de profiter des services de location de vélos.

À pied pour les plus courageux, vous atteindrez la fin du canal Lachine qui débouche sur le lac St-Louis. Au bout du chemin se trouve également le Musée de Lachine, auparavant ancien poste de traite et point stratégique commercial. Composée de bâtisses du 17e siècle et d’une collection archéologique qui témoigne de l’époque de la traite des fourrures, le Musée ré-ouvre le 3 mai et propose des activités particulières pour les 375e de Montréal. Enfin, l’histoire côtoie le contemporain grâce au Musée plein air de Lachine qui expose plus d’une cinquantaine d’œuvres contemporaines. À découvrir! 

– Chloé Mour

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Du Délit à la bande-dessinée https://www.delitfrancais.com/2017/04/07/du-delit-a-la-bande-dessinee/ Fri, 07 Apr 2017 19:08:32 +0000 http://www.delitfrancais.com/?p=28461 Le Délit (LD): Pouvez-vous vous présenter brièvement et nous expliquer ce que vous faites?

Michel Hellman (MH): Je suis auteur de bande dessinée, illustrateur et je fais aussi de l’art visuel , des expositions… Ça fait récemment que je fais juste ça, que je vis de ça. Quand j’ai terminé McGill en fait, j’ai fait une maîtrise à McGill, j’ai travaillé en tant que journaliste pigiste, critique d’art parce que j’avais étudié en histoire de l’art et petit à petit je me suis lancé à faire du dessin, à faire de la bande dessinée.

LD: Et quelle a été votre expérience au Délit?

MH: Au Délit, j’ai commencé par proposer des dessins pour illustrer les articles, c’était quand je faisais mon bac à McGill. En fait ça s’appelait encore le McGill Daily Français, enfin c’était l’année où il y a eu un vote pour savoir si on allait le changer de McGill Daily Français à Le Délit français. Donc j’ai travaillé là bas quelques années et j’étais là dans la salle de rédaction, il y avait des articles, je faisais des dessins et on s’occupait de la mise en page. Je faisais aussi des illustrations de temps en temps pour des couvertures. Donc voilà c’était vraiment une bonne expérience, en tout cas, j’en garde un bon souvenir.

Au Délit, j’ai commencé par proposer des dessins pour illustrer les articles

LD: Et comment se passaient les illustrations en 2000? Parce qu’aujourd’hui notre illustratrice a une tablette graphique, Photoshop, etc

MH: Je me rends compte que pour moi ça ne me semble pas il y a si longtemps que ça, mais c’était vraiment plus compliqué! Je faisais les dessins en direct puis on les scannait. Le scanner était lent et il y avait toujours la question du poids des images. Tout allait super lentement et pour la mise en page c’était toujours un peu problématique (rires). Mais à part ça j’imagine qu’il n’y a pas énormément de différences, si ce n’est pour le format. J’étais là au bureau et on voyait un peu comment tout le monde s’activait. Et à la fin on donnait la maquette à l’imprimeur et voilà! Ah oui, et je proposais une bande dessinée aussi c’est vrai ça. Il y avait une bande dessinée que je faisais à l’époque et qui était publiée toutes les deux semaines je crois ou du moins régulièrement. Donc j’avais un petit espace pour faire ma BD. D’ailleurs c’est drôle car elle s’appelait Montréal 2017 (rires)!

LD: Votre expérience au Délit vous a-t-elle influencée dans votre décision de devenir BD-iste?

MH: Ah oui c’est sûr. J’aimais bien illustrer les articles, mais faire cette BD c’était vraiment une expérience nouvelle pour moi. Après lorsqu’elle était publiée dans le journal j’étais toujours fier et ça m’a vraiment motivé à me lancer de manière plus professionnelle. Donc oui, Le Délit a vraiment eu une grande influence!

LD: Et que racontez-vous à travers vos BD?

MH: J’ai fait deux genres de BD. Il y a la bande dessinée traditionnelle avec des cases et des bulles. Il y a Mile End et Nunavik qui viennent de sortir récemment. C’est de la bande dessinée autobiographique. En fait, c’est de l’autofiction et je fais des chroniques du quotidien. Mile End, c’est mon quartier et Nunavik c’est aussi des chroniques mais avec les enjeux du Grand Nord, mais ça reste ancré sur des expériences personnelles de voyage que j’ai fait là-bas. Sinon je fais de la BD plus expérimentale. Ça, il y a un côté peut-être plus politique. Il y en a une que j’ai sorti il y a deux ans, qui s’appelle Le petit guide du Plan Nord et c’est fait avec des sacs poubelles que j’ai découpé, et avec des bouts de papier ligné. Graphiquement c’est différent, peut-être d’une certaine manière le propos se rejoint, mais il y a quand même une dimension engagée, voire presque journalistique dans les deux genres de BD.

LD: Quels sont vos projets futurs?

MH: Là je travaille sur un prochain projet de BD. C’est encore le début, je suis en train de regarder des idées, choisir, construire le scénario donc je n’ai pas trop envie d’en parler encore car c’est à ses débuts. Mais ça devrait sortir bientôt.

LD: Et comment était l’ambiance de l’équipe éditoriale à l’époque?

MH: On faisait des cabanes à sucre, c’était génial! Une bonne communauté aussi. On se retrouvait, il y avait déjà beaucoup de Français de France qui venaient à Montréal, et c’était une manière pour eux de se retrouver, de rencontrer des Québécois car c’était vraiment mélangé entre les francophones, qui pouvaient se sentir isolés dans tout l’univers de McGill. 

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Où ça? Où ça? https://www.delitfrancais.com/2017/03/21/ou-ca-ou-ca-3/ Tue, 21 Mar 2017 13:24:41 +0000 http://www.delitfrancais.com/?p=28258 Bibliothèque Mordecai-Richler

Montréal compte plus d’une quarantaine de bibliothèques publiques réparties à travers la ville. Ces dernières s’avèrent bien pratiques lorsque l’on recherche un lieu tranquille pour travailler loin des cafés surpeuplés et des allées encombrées de McLennan. La bibliothèque Mordecai-Richler en fait partie.

Située sur l’avenue du Parc au coin de la rue Saint-Viateur elle a trouvé refuge en 1992 dans les murs de l’ancienne église de l’Ascension. Il y règne donc une ambiance studieuse sous ses boiseries et ses vitraux datant du début du 20ème siècle où des étudiants et des habitants du quartier se partagent l’espace.

Non loin des cafés du Mile End les plus distraits pourront aisément prendre une pause bien méritée et profiter de tout ce dont les alentours ont à offrir tandis que les plus studieux se satisferont de la zone café se trouvant au rez-de-chaussée.

Mais plus qu’un espace d’étude la bibliothèque Mordecai-Richler est aussi un élément clé de la vie communautaire du quartier: au premier étage sa salle polyvalente se transforme régulièrement en un point de rassemblement grâce à l’organisation de conférences et d’activités diverses. Ainsi dans les semaines à venir vous pourrez, par exemple, assister à Mémoires du Mile End, une série de conférence qui revient sur l’histoire mais aussi les enjeux du quartier ou encore au Projet de Ruche d’art, une initiative montréalaise qui vise à créer des endroits où l’art est utilisé comme un moyen d’inclusion selon l’identité des quartiers et leurs communautés.

– Dior Sow


Café Aunja

Si vous souhaitez changer un peu d’air et expérimenter un nouveau café et des nouvelles saveurs, vous devez vous rendre au Café Aunja. Situé sur la rue Sherbrooke, à deux pas du Musée des Beaux Arts des Montréal, cet endroit est idéal tant pour retrouver vos amis que pour aller étudier. C’est un café iranien, où l’ambiance est apaisante et jeune. Le luminaire, avec ses petites guirlandes d’ampoules, disposé sur le plafond fait de l’effet et nous plonge dans une atmosphère chaleureuse.

Le meilleur dans tout ça, c’est que régulièrement le café tient des expositions d’artistes. Cela ajoute à la décoration et orne très joliment l’endroit. Vous pourrez même en acheter si l’une d’entre elles vous tape dans l’œil. Des petits bijoux originaux d’artistes sont également disposés dans le café, qui tentent notre porte-monnaie. Côté boisson, leurs thés sont exceptionnels. Ils sont présentés dans des pots Mason, avec des doses généreuses de pétales des fleurs, de véritables bouts de fruits, des herbes aromatiques et autres en fonction du thé que vous choisissez. Si leur goût ne vous suffit pas, cela vous fera tout de même une très belle photo pour votre Instagram.

Café Aunja propose également une belle sélection de pâtisseries faites maison, avec des changements quotidiens en fonction du gâteau du jour. Le café propose également régulièrement des événements ou des ateliers. Récemment, ils nous invitaient à fêter avec eux le nouvel an perse, ou alors à venir peindre des œufs de Pâques. L’ambiance, le dynamisme et leurs produits vous charmeront à coup sûr.

– Louise Kronenberger


Les Puces St-Michel

On parle souvent des boutiques de vêtements vintage dont Montréal regorge, mais plus rarement de ses marchés aux puces. Le Délit a profité de sa semaine de relâche pour s’aventurer au bout de la ligne bleue du métro, terminus Est, et déambuler au marché aux puces St-Michel. Il s’agit d’un des plus grands de la région, avec plus de cent stands, où l’on se perd facilement dans ce qui est assurément la caverne d’Ali Baba du quartier St-Michel.

Ces stands, pour la majorité tenue par des soixantenaires, offrent bricoles en tout genre. Des simples étalages de bijoux de grand-mères aux stands emplis de jeux vidéos et des game boys de notre enfance, il faut prendre son temps pour découvrir les singularités de chaque étalage. Il y a aussi l’embarras du choix si on désire re-décorer son condo style rétro et décalé. On va également aimer parcourir de vieilles revues — politiques mais pas que… — des années 60. Côté lecture, un kiosque est consacré aux livres, recueils et bibliothèque de la Pléiade et offre un large éventail de choix.

Quand faut-il venir? Le marché est ouvert le vendredi, samedi et dimanche mais l’on vous recommande de venir la fin de semaine car certains stands sont fermés le vendredi. Si vous comptez y aller lors de votre pause procrastination, prévoyez-vous une plage conséquente et chargez-vous de patience pour trouver la perle rare parmi certains étalages un peu sans dessus dessous. Enfin, dernier conseil: n’hésitez pas à marchander! 

– Chloé Mour


La Société Textile

Vous avez sûrement entendu parler du concept d’anti-café, comme celui de Place des Arts, un des premiers à s’être installé à Montréal. Le principe est simple et innovant: on paye à l’heure (en moyenne trois dollars et jamais plus de dix dollars la journée) et bénéficie ainsi d’un espace de travail plus «comfy»  que les cafés réguliers, de wifi illimitée, ainsi que de boissons chaudes et froides, et voir même de petits snacks.

Au coin de l’avenue du Parc et du boulevard St-Joseph, au cœur du quartier du Mile End, trois amies ont décidé de mettre à profit leur passion du tricot pour ouvrir un anti-café dédié à la couture et aux travaux textiles. Les habitué-e-s du quartier ont déjà pu entrevoir les grands plans de travail au travers des larges devantures vitrées du café, nommé «La Société Textile», qui permet également d’achever des ouvrages non nécessairement textiles. L’endroit parfait donc pour les étudiant-e-s lassés des cafés traditionnels.

Sont également à disposition trois machines à coudre pour cinq dollars de l’heure et une autre machine pour les personnes plus expérimentées pour dix dollars de l’heure. Ce café chaleureux se veut un espace de co-travail et de partage, est aussi un magasin où trouver laine, fils, tissus et autre matériel de couture que les gérantes obtiennent de divers artisans engagés. Enfin, des évènements sont organisés régulièrement: ateliers de couture 101, projets de broderie ou encore création de mitaines à partir de vieux chandails de laine (ce mercredi 22 mars)… il y en a pour tous les goûts! 

– Chloé Mour

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Le vêtement, sans genre, sans temps https://www.delitfrancais.com/2017/03/14/le-vetement-sans-genre-sans-temps/ Tue, 14 Mar 2017 15:59:45 +0000 http://www.delitfrancais.com/?p=28124 Le Délit (LD): Peux-tu te présenter? Comment as-tu intégré le milieu de la mode? Quel est ton parcours?

Pedram Karimi (PK): Je suis né en Iran et j’ai grandi en Autriche. Je suis ensuite parti à Londres pour une formation en coiffure. Là-bas je suis tombé amoureux et je voulais absolument rester, du coup quand j’ai fini ma formation j’ai postulé pour des études de marketing en création de mode à la  London College of Communication. Un an après j’ai réalisé que je préférais plus l’aspect design donc j’ai créé un portfolio et j’ai postulé au programme de design.C’est comme ça que je suis rentré dans le domaine. Après trois ans, je n’avais plus les moyens de rester, donc je suis parti au Canada. Je suis resté dix mois à Toronto avant de partir faire un programme intensif de deux ans au Collège Lasalle. En sortant de là-bas aucune compagnie mainstream ne voulait me donner du travail. Donc une de mes amies, Julie Bérubé, qui était ma mentor à Lasalle et qui est maintenant directrice de Field of Ponies à Londres m’a dit «Pourquoi ne te lancerais-tu pas tout seul? Tu es déjà bon dans ce que tu fais, tu t’en fous de ces personnes qui ne veulent pas t’employer». C’est comme ça que j’ai décidé de créer ma propre marque.

(Consultez le lien ci-joint en bas de page)

LD: Quelles sont tes sources d’inspirations?

PK: Au début c’était mes amis et surtout mes sœurs. L’une d’elles a quatre ans et demi de moins que moi et on est très proches. Quand elle a déménagé ici, elle était ma muse et je m’amusais à l’habiller. Elle volait toujours mes vêtements, tandis que moi j’allais fouiller dans son placard. Cette forme d’androgynie, de neutralité, de fluidité du genre dans mon travail vient du fait que on utilisait chacun les vêtements de l’autre.

Stutterglitch X Pedram Karimi

LD: Comment définirais-tu ta marque de vêtement?

PK: C’est sans distinction de genre (gender-free, ndlr) et il n’y a pas d’attachement quelconque. C’est très neutre, tu peux en faire ce que tu veux.

LD: Est-ce que ça suit certaines tendances tout de même?

PK: Les femmes qui me suivent, elles en suivent oui. Mais j’ai commencé il y a sept ans et depuis c’est toujours la même chose. Il y a sept ans je portais et je créais les mêmes genres de vêtements que je porte et crée aujourd’hui. Bien que je vienne d’Iran, je ne perçois pas cela comme une des influences de mon travail. Je n’ai pas grandi entouré de kaftans et de tuniques. La simplicité dans mes créations vient davantage d’Autriche car c’est un endroit où les gens sont très minimalistes, les gens ont un look très garçon manqué et simple.

LD: Aujourd’hui tu penses faire des vêtements pour qui?

PK: Je fabrique des vêtements pour n’importe quelle personne qui possède un esprit moderne. J’aime voir des individus  adopter  mes vêtements minimalistes  et les adapter à leur propre garde robe et leurs propres styles.

LD: Tes vêtements ne ciblent pas un genre spécifique donc. Quelle est donc ta vision sur le genre et la mode?

PK: La mode, beaucoup de modes sont toujours guidées par le genre. Les gens disent «Oh c’est tellement féminin! Oh, c’est tellement masculin!». Dans ma dernière campagne de mode, j’ai mis des hommes avec des tenues douces, dans un style ballet avec des pointes et des sous-vêtements presque féminins. Je pense que c’est important de créer la confusion. J’aime l’idée d’ignorer cet aspect genré et créer sans penser à ce qui est masculin ou féminin. De plus en plus aussi, depuis ma seconde collection, j’utilise de la dentelle pour les hommes et c’est intéressant. N’y a-t-il pourtant pas plus féminin que la dentelle?

LD: Que penses-tu de l’industrie de la mode aujourd’hui? Est-ce toujours aussi genré ou a-t-elle évolué?

PK: L’industrie devient de plus en plus horrible. Elle est détenue par ces énormes entreprises comme H&M qui poussent à ce qui il y ait plus de collections, de modes. Avant il y avait les collections Printemps/Été/Automne/Hiver et de quatre on est passé à huit puis seize collections par année qui deviennent des micro-collections. C’est devenu une machine à faire de l’argent, comme un rat sur sa roue qui va à toute vitesse. Beaucoup de designers commencent toutefois à se rebeller. Ces tendances n’ont plus de direction, elles ne sont plus signifiantes. Qu’est-ce que la mode? Les gens font bon leur semble désormais car c’est devenu saturé, il n’y a plus rien d’excitant.

LD: Il y a clairement une composante politique dans ton travail. Est-ce que d’après toi la mode se doit d’être politique?

PK: Je pense qu’elle a toujours été et le sera toujours. C’est une conversation entre ce qui se passe dans le monde et la réaction des artistes, des individus. Parfois la conversation aboutit à une entente. Les gens sont d’accord et vont suivre. Tandis que parfois les gens s’opposent. C’est un dialogue entre le pouvoir en place et notre pouvoir. C’est bien que nous ayons une voix pour nous exprimer. En Iran par exemple, ou d’autres pays islamiques, les corps sont recouverts et on ne voit que le visage. Ce visage est rempli de maquillage et d’expressions car c’est la seule chose que l’on voit et la personne s’approprie cette partie visible. Il y a toujours un moyen de s’exprimer malgré le fait que les gouvernements ou les sociétés cherchent à réprimer et dicter nos modes de vie.

LD: Quel est le futur de la mode selon toi?

PK: Je pense que de plus en plus que les designers comme moi cherchent à savoir d’où viennent nos matières premières. Ma marque est d’inspiration végétalienne. J’utilise des matériaux recyclés à partir de bouteilles en plastique, appelé polyester. Ça ressemble à du cuir mais ça n’en n’est pas, et c’est très cher. Mais pour revenir au futur de la mode, je la vois devenir davantage pratique et rationnelle. Les entreprises qui produisent les tissus auront peut-être des équipe de designers qui créeront eux-mêmes les formes, etc. Tel que Zara qui a opté pour un modèle d’entreprise d’intégration verticale. Ils font donc les choses eux-mêmes et sont plus rapides. En dix jours seulement ils peuvent mettre sur le marché un produit. J’entrevois donc des entreprises de fabrique de tissu, comme de coton organique ou lin, qui commenceront à présenter leurs propres collections et les gens achèteront. Car de plus en plus les clients questionnent et cherchent des produits durables.

LD: Le monde de la mode est souvent perçu comme très élitiste et déconnecté du monde. Qu’en penses-tu?

PK: Je pense au contraire que c’est très connecté. Toutefois, en ce moment l’inspiration vient de la rue, et les marques qui récupèrent ces styles et en font quelque chose de luxueux, elles, elles sont déconnectées. Elles vont vous vendre un t-shirt qu’on peut trouver à l’Armée du Salut, l’acheter à deux dollars, y ajouter un petit élément, et vous le vendre à 200 dollars. D’autre part, le monde est de plus en plus occidentalisé. En Corée du Sud par exemple, il y a trente ans, sûrement que les habitants portaient des vêtements traditionnels. Aujourd’hui, leurs enfants portent des habits à la mode, occidentaux. Et beaucoup de familles de nouveaux riches sont prêts à dépenser pour ces vêtements et en ont les moyens.

LD: Qu’en est-il de l’industrie de la mode à Montréal?

PK: Il n’y pas vraiment d’industrie de la mode ici. Il y a trente ans, il en existait une et elle était réputée et beaucoup de vêtements étaient produits ici, 70% du marché nord-américain. Maintenant, il n’y a plus rien de produit localement, mis à part les petits designers comme moi. La seule qui réussit à préserver son héritage est Marie St Pierre. Elle est dans le milieu depuis plus de trente ans et arrive toujours à vendre et se renouveler. Autrement, c’est dur de se faire de l’argent, il n’y a pas de scène ici.

(Consultez le lien ci-joint en bas de page)

LD: Y-a-t-il beaucoup de femmes dans le monde de la mode?

PK: Pas vraiment. C’est pour ça que j’adore Miuccia Prada. C’est une survivante, elle est là et sort des collections de jupe sur jupe sur jupe (rires.) Elle est féministe et est très cool. C’est la seule femme au milieu de tous les grands noms de la mode. Mais oui, c’est un monde dominé par l’homme! 


Pedram Karimi présentera une installation, un miroir haut de 8 pieds en collaboration avec le Centre Phi, lors de la Montreal Fashion Tech le 30 mars à 17h au musée McCord.

Pour plus d’informations:
https://www.facebook.com/events/357320327973817/

Field of Ponies:

https://www.fieldofponies.com/

Marie St Pierre:

https://www.mariesaintpierre.com/

Lien vers le label de Pedram Karimi:

http://www.pedramkarimi.com/

 

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Briser les murs du son https://www.delitfrancais.com/2017/03/14/briser-les-murs-du-son/ Tue, 14 Mar 2017 15:30:25 +0000 http://www.delitfrancais.com/?p=28107 Le Délit (LD): Pourriez-vous vous présenter brièvement?

DJ Ipek (DI): Mon nom est Ipek İpekçioğlu, mon nom de scène est DJ Ipek. Je suis née en Allemagne et j’ai grandi en partie en Turquie mais surtout en Allemagne. J’ai étudié l’assistance sociale et pendant mes études j’ai commencé à «DJ», c’était il y a 22 ans. Depuis je travaille en tant que DJ, créatrice, productrice et je fais aussi du management culturel. Et je fais aussi des workhops à travers le monde. Je suis aussi une activiste, en particulier au sein de la scène immigrante. Je fais partie de la seconde génération d’immigrants turcs en Allemagne ainsi que de la scène immigrante LGBTQI (Lesbienne, Gay, Bisexuel·le, Transexuel·le, Queer et Intersexué·e, ndlr.) mais aussi de la scène artistique. Je travaille aussi avec le Antioch College en Ohio au sein de leur programme d’études du genre et études féministe depuis une quinzaine d’années. De plus, j’écris des textes et des essays sur les identités hybrides et les groupes de pairs. Et je suis aussi membre du female pressure network.

LD: Pouvez vous nous dire quelques mots à propos de ce dernier?

DI: Female pressure est un réseau international et une base de données de personnes s’identifiant comme femmes qui sont des musiciennes, des artistes plastiques, des productrices, des DJs etc… qui sont partout dans le monde. On communique entre nous via courriel. On discute par exemple du sexisme au sein de la scène musicale électronique. Autre exemple, on essaye de créer une base de données qui rassemble des informations sur les politiques des festivals électro lorsqu’il s’agit de sélectionner ou pas des artistes femmes. On fait aussi des compilations pour supporter des mouvements féministes, comme par exemple les Pussy Riots.

LD: Comment tu définis ta musique?

DI: J’aime appeler ma musique ecclectic berlinistan: éclectique parce que ce n’est pas que de l’électro, j’aime la diversité, je passe de sons folks à des sonorités plus électroniques et je DJ des musiques du Moyen-Orient mais aussi des Balkans et de l’Asie du Sud-Est. Je mixe toutes les langues et tous les styles. J’adore danser et j’adore les danses folkloriques donc il y a ça aussi! C’est pour ça que mon public a ou apprend à avoir une compréhension diversifiée de la musique. C’est important d’introduire les gens à de nouvelles sonorités!

LD: Qu’est ce que vous considérez comme les plus grands défis aujourd’hui pour les femmes et les autres groupes marginalisés quand il s’agit de se lancer dans les industries créatives?

DI: Et bien maintenant c’est beaucoup facile qu’avant c’est sûr! Au niveau du matériel c’est par exemple beaucoup plus facile aujourd’hui de devenir DJ. Mais en tant que femme on ne reçoit toujours pas beaucoup d’offres pour mixer. Et moi par exemple j’ai choisi de ne pas DJ seulement dans la scène LGBTQI car ça reste très limité pour moi et je ne veux pas me mettre de barrières. Je n’ai pas envie d’être un DJ «niche» et je me rends compte que dans mon style musical je suis une des seules femmes encore aujourd’hui. Donc oui, il y a plus d’accès technique, mais au niveau de la formation c’est encore compliqué d’y avoir accès. C’est pour ça que je donne des workshops pour les femmes, pour faciliter l’accès et aussi enlever certaines peurs et mythes que les femmes ont vis-à-vis du milieu.

LD: Est ce que vous avez l’impression que la marginalisation est encore plus forte dans le monde de la musique électronique?

DI: Oui parce que en plus c’est un monde assez cloisonné en général: il y a beaucoup de sous genres et les DJs restent vraiment dans leur type de musique. Alors que par exemple la pop est plus ouverte à des influences extérieures. Donc oui, et en plus de ça la scène électro est dominée à 95% par les hommes, ils reçoivent de meilleures compensation financières et de meilleures offres et ont beaucoup plus confiance en eux.

LD: Et pourquoi votre activisme est important pour vous?

DI: Et bien j’ai grandi en Allemagne et bien que je ne me voyais pas forcément comme une immigrante à la base. Il faut quand même dire que l’Allemagne reste un pays assez monoculturel, du coup ils m’ont «appris» que j’étais une immigrante. Lorsque j’ai réalisé que je ne faisais pas vraiment partie de ce pays je suis devenu plus en plus consciente de mon identité: j’avais l’air différente, je parlais différemment, etc. Puis je me suis rendu compte de mon lesbianisme donc ça a apporté une autre dimension à mon identité. En Turquie il faut faire face à de l’homophobie, etc. Et en Allemagne à du racisme, du à un passage d’une monoculture à une culture plurielle, dynamique. Du coup il y a toujours eu une sorte d’épée de Damoclès au dessus de moi.

LD: Pensez vous que l’art devrait être lié à l’activisme politique?

DI: Ce n’est pas pour tout le monde, il y a des gens qui ne sont pas forcement liés au problèmes politiques. Il y a aussi le problème que si certains artistes venaient à devenir politiques ils perdraient de leur popularité. Donc beaucoup n’ont peut-être pas le droit d’être trop politique. L’art peut être juste de l’art mais pour moi c’est ma décision d’utiliser ma position et mon influence pour avoir un impact autour de moi. Aussi minime qu’il soit. C’est pour ça que je fais beaucoup de projets politisés. Par exemple lorsque 1200 personnes se sont fait gazés en Syrie – j’étais en Irak à l’époque j’ai fait un recording en mémoire.

LD: Quelles sont vos projets futurs?

DI: J’en ai pleins! Je travaille toujours sur mon album (rires). J’aimerais écrire un livre aussi sur mes expériences mais ça j’ai encore le temps. Je crée aussi des festivals, en ce moment je travaille sur un festival qui s’appellera Displaced, Replaced entre Berlin et Istanbul pour parler des mouvements migratoires qui se passent de plus en plus. 

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Le cinéma pris de court https://www.delitfrancais.com/2017/02/21/le-cinema-pris-de-court/ Tue, 21 Feb 2017 14:47:02 +0000 http://www.delitfrancais.com/?p=27843 Le Délit (LD): Pouvez-vous vous présenter? Votre parcours?

Danny Lennon (DL): Je m’appelle Danny et j’ai beaucoup de temps libre. C’est comme ça que je me décris (rires). À la base «Prends ça court!» c’est n’importe quoi, c’est une belle folie qui malheureusement existe depuis 18 ans, fait que c’est dommage qu’il faille encore être présent (rires).

LD: D’où est venue l’idée de «Prends ça court!»?

DL :Il y a 18 ans il ne se passait absolument rien, puis fallait faire sa job, faire d’autres choses, donc fait que, c’est ça, je me suis faite ma job. Je faisais pleins d’autres affaires avant qui n’avaient aucun rapport avec le cinéma, et encore moins le court-métrage. Évidemment, je suis un cinéphile vorace. On va dire que ça vient de là. Mais y a 18 ans on a fait ça car il y avait un besoin, pour moi et pour les autres, de lieux de rencontre, d’échanger. Et on voit après 18 ans que c’est encore d’actualité, et même dangereusement d’actualité.

LD: Pourquoi plus les courts-métrages que les longs-métrages?

DL: Parce que c’est la base du cinéma. Je ne peux pas croire qu’en 2017 on parle encore de petits films. J’ai encore du monde, je leur envoie les films primés, et je me fais dire «Hey, c’est donc ben bon!». Où c’est que vous êtes le restant du temps? Qu’est-ce que c’est que vous écoutez? C’est dommage que rien n’ait évolué.

LD: Vous pensez qu’il n y a pas eu d’évolution depuis 18 ans?

DL: Il y a eu quelques trucs mais ça finit tout le temps que «Prends ça court!» existe en marge du système. 80% des films courts sont fait en dehors du système. La diffusion est hors du système. À un moment donné ça ne va pas bien. Il n’y a rien de négatif, c’est juste que si on veut que ça marche, si on veut faire avancer, c’est nous autres qu’il faut qu’il fasse.

LD: Et à propos du festival en soi?

DL: C’est même pas un festival. C’est un truc à l’année. Souvent on a essayé de nous mettre dans un moule «Oh arrêtez de faire pleins d’affaires, faites juste un truc!», ma réponse c’est fuck off man. Désolée mais c’est ça.

Moi je dis, fais le film que tu veux faire.

LD: Du coup pour vous en une phrase «Prends ça court!» c’est quoi?

DL: «Prends ça court existe!» parce que y a un manque flagrant dans l’industrie. C’est moins pire depuis une couple d’années mais y a 18 ans j’étais le fameux «Ah, les petits films!», avec tu sais le fameux move de la main comme ça (fait un mouvement dédaigneux de la main). Et c’est fascinant de voir que l’industrie n’avait aucun respect pour les petits jeunes qui commencent, alors que c’est leur futur. Depuis 18 ans, un des trucs aberrants que je trouve c’est qu’on n’essaye pas plus. On est déjà formaté à fitter dans un moule parce que les instituions ont décidé ci et ça. Ça me rend fou! À l’inverse, moi je dis, fais le film que tu veux faire. Il vaut mieux faire quelque chose que tu aimes. Et j’espère qu’on offre un choix, une autre façon de faire.

LD: Et donc quel est votre rôle vis-à-vis des réalisateurs·rices?

DL: Prends ça court! c’est une bibitte, parce qu’on a pleins d’antennes partout et dans pleins de choses. On n’est pas producteurs mais on va aider à produire. On n’est pas réalisateurs mais on va t’aider. On ne finance pas mais on va t’aider à financer. Après ça la diffusion, la distribution, on fait pleins d’affaires et la porte est toujours ouverte.  Il y a pleins d’écoles et festivals fantastiques, mais c’est surprenant de voir que quand t’es jeune et que tu commences dans le milieu on te dit pas certaines choses. On est la pour te dire c’est quoi la game.

LD: Le court-métrage est pour beaucoup une porte d’entrée dans le cinéma: est ce que le festival présente majoritairement des cinéastes novices?

DL: Non. Je dirais que c’est un best of the best, faut que t’ailles manger tes croutes là. Il y a 400 courts-métrages au Québec et on en prend 61 par année. C’est moi qui fais la sélection. C’est du monde que je vois aller. Le film n’est pas obligé d’être parfait mais derrière le film on aime les gens, leurs façons de faire. Les 61 on les connaît.

LD: Vous voyez l’émergence d’une nouvelle vague du cinéma québécois?

DL: Chaque quelques années, il y a toujours une vague. Ça n’arrête pas. Et oui, y a du positif mais comme on disait tantôt, on voit de plus en plus les films qui sont formatés pour plaire. Ça me désole un peu.

LD: Et d’où viennent les réalisateurs·rices?

DL: Ils viennent de partout Québec, du Canada et même international. Et francophones et anglophones. 90% de nos films sont en anglais.

LD: Que trouvez-vous de singulier dans les courts-métrages comparé aux longs-métrages?

DL: J’aime la folie, la débrouillardise. C’est du condensé de cinéma. Si tu es cinéphile, et si je te dis que tu vas avoir plus d’émotions dans 8 minutes que dans un long, et bah tu vas en manger 8 de ces courts là. D’autre part, à «Prends ça court», on est obligés au festival d’être moins paresseux. Peut être qu’au début, quand on se disait que les gens n’y connaissaient rien, on se disait que ça allait passer. Mais après, on pouvait plus passer n’importe quoi et soudainement la job de programmateur de courts est reconnu. Ça a juste empêché le monde d’être moins paresseux, de la production à la diffusion. Et les prix ont commencé il y a 14 ans — donc j’ai été paresseux pendant 4 ans (rires)! Il y a 14 ans, on l’oublie, le grand prix pour un bon court-métrage c’était 250 pièces. C’était honteux, et ça venait avec un petit trophée de merde. Les gens s’en foutaient. Nous la première année, le premier prix était à 15000 pièces cash. Nos prix sont littéralement un fuck you à l’industrie! Le trophée je l’ai fait faire il y a 14 ans. C’est un trophée de bowling, grand comme à peu près 4 pieds 12, mauve et or — le truc le plus laid au monde! Mais c’était pour envoyer chier les petits trophées de merde!

Nos prix sont littéralement un fuck you à l’industrie!

LD: Ils en sont où du coup ceux qui ont débuté il y a 18 ans?

DL: Ils sont rendus aux Oscars. Par exemple, juste de l’autre côté de ce mur [du centre Phi], il y a un film qui a été fait qui s’appelle Nextfloor, de Denis Villeneuve. C’est qui Denis Villeneuve? C’est pas de la merde, tsais. Et les présentateurs qui viennent cette année, ce sont tous du monde qui viennent du court-métrage. Tous les plus grands sont passés par là.

LD: Comment voyez-vous l’avenir de «Prends ça court!?»

DL: Je sais pas (rires). J’aimerais que ça me coûte plus d’argent. C’est ben le fun, mais c’est ça. Je connais personne qui fait une job comme ça et qui paye de sa poche. Je suis pas en train de chialer, c’est juste la réalité.

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De sa plus belle encre https://www.delitfrancais.com/2017/02/14/de-sa-plus-belle-encre/ Tue, 14 Feb 2017 14:54:51 +0000 http://www.delitfrancais.com/?p=27739 Le Délit (LD): Est-ce que vous pourriez vous présenter brièvement ?

Dave  Z. James (DJ): Bah c’est pas compliqué, je suis maître tatoueur, cela fait 25 ans que je pratique l’art du tatouage. J’ai pas mal bourlingué dans ma vie,  j’ai voyagé dans une cinquantaine de pays grâce au tatouage! Je suis aussi propriétaire d’Encre Sacrée qui est un collectif d’artistes du Québec, on a deux studio pour le moment et nous en ouvrirons sûrement deux autres dans le courant de l’année. Et en même temps je produis: je suis producteur de deux shows, Le Ink’n’Road et maintenant cette année du Montreal Ink.

LD: Comment est né le festival Ink’n’Road?

DJ: Ce festival est né après des années de réflexion. En fait le concept du festival ce n’est pas un concept que nous avons inventé, c’est un concept qui est repris d’un festival américain qui a eu lieu pendant dix ans qui s’appelait le Ink-N-Iron aux États-Unis qui marchait très très bien et au Québec c’était le moment, dix ans plus tard, de faire quelque chose comme ça. Ça a été un super bon succès: on a eu 6 000 personnes la première année et cette année on en attend 15 000. Ce n’est pas juste une convention de tatouage c’est vraiment un festival de Custom Culture donc ça regroupe vraiment tout ce qui est la customisation en général c’est-à-dire autant sur les bikes que sur les autos que sur le corps. Là on a 200 artistes tatoueurs prévus et on aura à peu près cette année 400 exposants de tous bords et en plus de la musique. On essaie de montrer quelque chose qui a vraiment de la gueule et qui va rester au long des années.

LD: Est ce que vous pensez qu’aujourd’hui c’est important de donner une visibilité à cette scène culturelle?

DJ: Oui bien sûr, parce que en plus on est chanceux au Québec d’avoir des artistes de folie! Que cela soit dans le lettering, dans la customisation de chars, de bikes etc. On a des gens qui sont connus mondialement donc nous notre but c’était de les mettre en valeur!

On essaie de montrer quelque chose qui a vraiment de la gueule et qui va rester au long des années.

LD: Votre passion du tatouage est venue comment?

DJ: J’ai découvert le tatouage quand j’étais jeune. Je devais avoir cinq ans à peu près, mes parents avaient un bar en France et juste à côté il y avait un studio de tattoo et du coup je suis tombé dedans quand j’étais tout petit. C’est quelque chose qui pour moi est plus qu’un métier, c’est une passion carrément !

LD: Qu’est ce que vous pouvez nous dire à propos de la culture du tatouage à Montréal?

DJ: Montréal c’est une des villes d’Amérique du Nord où le tatouage a explosé depuis des années. On avait déjà des shops de tattoo à Montréal dans les années cinquante. C’est une ville qui a toujours été très ouverte là-dessus depuis l’époque des marins et des militaires! Ça continue comme ça depuis des décennies et à mon avis ça continuera encore parce que cela fait vraiment partie de la culture des montréalais!

LD: Il y a de plus en plus de gens qui se tatouent: la dernière fois les chiffres en France disaient que plus de 50 % des personnes voulaient se faire tatouer et un peu moins l’étaient. Que pensez-vous de cet engouement?

DJ: À mon avis c’est vraiment le côté artistique qui a crée cet engouement là, quand les femmes sont rentrées dans le monde du tattoo ça a aussi été un réel tournant parce qu’avant ça le tatouage était vraiment réservé aux hommes. Puis avec l’évolution du matériel et des artistes maintenant c’est rendu à un art et plus seulement de la décoration corporelle.

Je militerais toute ma carrière pour que les tatoueurs soient reconnus en tant qu’artistes.

LD: Et donc pour vous aujourd’hui le tatouage est considéré comme un art? Parce que je sais qu’il y a encore beaucoup de réticence dans les milieux culturels à accepter le fait que le tatouage puisse être un art.

DJ: Pour moi c’est le dixième art, c’est mon avis personnel et je militerais toute ma carrière pour ça, parce que je veux que les tatoueurs soient reconnus en tant qu’artistes. Quand tu crée quelque chose de toute pièce c’est de l’art, que tu peignes sur une toile, une voiture, un immeuble ou sur un corps ça revient au même. C’est juste la technique qui est différente.

LD: Et dans cette optique est ce que vous pensez que le tatouage doit être le résultat d’une réflexion?

DJ: Ça dépend de la personne qui le porte tu sais, il va y avoir des gens qui auront des coups de tête sur des choses et qui vont être capable de les garder pendant des années. Malheureusement, il y a aussi beaucoup de gens aussi qui font des tatouages sur des impulsions et qui ne les supportent pas après avec le temps. Maintenant après je pense que c’est vraiment une expérience personnelle avant tout! Avec les clients on est jamais sûrs: est ce qu’ils vont tripper la dessus encore des années ou est ce que c’est juste éphémère, c’est dur à dire. Notre clientèle, on cherche beaucoup à l’orienter. On n’est pas juste là pour faire des tattoos. Si quelqu’un arrive et demande un tatouage à un endroit comme les mains ou le visage moi déjà personnellement je ne le fais pas parce que je trouve que c’est un suicide social. J’ai moi même la moitié de la face de tatouée et j’ai 25 ans de métier, j’ai attendu 25 ans pour le faire et même au jour d’aujourd’hui c’est dur à porter.

Au Québec, on a des gens qui sont connus mondialement, notre but c’était de les mettre en valeur!

LD: Cela vous arrive donc de refuser certains projets?

DJ: Oui bien sûr je refuse du monde tous les jours. Souvent c’est parce que le projet artistique nous intéresse moins donc là on oriente vers des artistes qui sont plus spécialisés, parfois c’est directement au sein de notre club ou alors ça se fait avec d’autres tatoueurs qu’on connaît. On va essayer d’orienter les gens par rapport à ce qu’ils veulent. Quelqu’un qui vient me voir et qui me demande du traditionnel polynésien je ne vais pas le lui faire parce que c’est un style de tatouage qui est hyper codifié donc à partir de là…Après tout ce qui est symboles racistes il ne faut même pas nous en parler, ce n’est pas quelque chose qui nous intéresse. D’un côté on essaie quand même d’être assez cool avec les gens parce que le but c’est de faire plaisir à la personne, c’est elle qui va porter le tatouage et vivre avec au final. Mais d’un autre côté c’est aussi notre devoir de parfois dire non.

LD: Et du coup pour finir comment voyez vous l’évolution de Ink’n’Road ou encore du Montreal Ink?

DJ: C’est sûr que nous, pour être franc, c’est des festivals qu’on met en place, on fait venir beaucoup de gens de l’étranger etc. On a vraiment envie de se mettre dans le circuit des conventions internationales et qu’ils soient reconnus à travers le monde c’est clair! 

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X-capade XXX https://www.delitfrancais.com/2017/02/14/x-capade-xxx/ Tue, 14 Feb 2017 14:31:41 +0000 http://www.delitfrancais.com/?p=27722 Dans le cadre de notre édition spéciale sexe, une partie de l’équipe du Délit s’est autorisée une virée au Cinéma L’Amour. Au coin de la rue Duluth et du boulevard St Laurent, qui n’a pas déjà été intrigué par la devanture vieillissante mais provocatrice du seul cinéma libertin de Montréal?

Une institution singulière donc, qui ne comporte qu’une grande salle de projection de 400 sièges. Cette dernière fit ses débuts en 1914 comme salle de théâtre, et le majestueux de la pièce aux couleurs pourpres est resté intact. Devenu un cinéma pornographique dans les années 60, cette entreprise familiale projette deux films X par semaine pour la somme de 11 dollars  avec une ristourne de 75 sous pour les personnes du troisième âge. On ne paye pas pour la séance mais pour le temps d’ouverture du cinéma. On peut donc, à sa guise, déambuler dans la salle, discuter avec la clientèle, sortir fumer, et bien sûr venir voir une des deux ou trois projections de la journée.

L’Amour est loin d’égaler les recettes du Cinéma du Parc ou du Cineplex. Toutefois, les prix n’ont pas augmenté depuis plusieurs années et des soirées spéciales sont organisées. Sachez que si vous êtes en couple, l’entrée est gratuite les lundis, mardis et jeudis. Gratuit pour les femmes le vendredi et le jeudi pour les travestis, le cinéma cherche à diversifier sa clientèle, qui, bien que rajeunie depuis quelques années, demeure monopolisée par des seniors. 

– Chloé Mour


20h40. Nous sommes réunis devant la porte du cinéma érotique, mais impossible de franchir la porte. La honte nous laisse tétanisés à l’entrée. «Allez, on y va!»: on s’élance, des passants circulent et on se dégonfle à nouveau. Le sexe, et plus particulièrement la masturbation, est généralement quelque chose de tabou, d’intime, confiné dans nos sphères des plus privées. Ici, dans la rue, l’espace public par définition, il est écrit sur notre front que nous rentrons dans un cinéma avec l’objectif d’avoir du plaisir sexuel. Et c’est alors que nous prenons notre courage à deux mains et enjambons le pas de la porte.

À notre arrivée, la caissière paraît surprise de nous voir: «vous savez qu’il s’agit d’un cinéma porno?» Oui, les dizaines d’affiches de culs qui nous entouraient nous l’avait bien confirmé. «Je ne sais pas pourquoi vous-êtes là, mais si quelqu’un s’approche trop de vous, dites-lui de partir et normalement tout se passera bien.» Elle ajoute: «Si quelqu’un vous dérange, n’hésitez pas à venir nous voir.» Un autre homme nous conduit dans un espace «réservé», une rangée de siège entourée de deux barrières où nous ne sommes pas censé-es être dérangé-e-s. Le film a déjà commencé. La salle est plongée dans une pénombre où l’on peut quand même distinguer des silhouettes et leurs visages. Il traîne dans l’air comme une odeur rance. Il n’y a qu’une dizaine de personnes présentes: à part une unique femme, venue avec son compagnon, le reste des personnes présentes sont des hommes dans la cinquantaine, qui semblent être venus seuls. Contrairement à nous trois, il ne restent pas ancrés dans leur siège de vieux cuir. Les hommes déambulent dans la salle, changent de siège, mais surtout s’approchent de l’écran jusqu’à presque s’y coller. Pour quelle raison? Nous se sommes pas sûr-e-s de connaître la réponse.

Mahaut Engérant | Le Délit

Alors que nous étions deux femmes et un homme, quelque chose a commencé à nous déranger: de nombreux hommes, sans rentrer dans notre «espace réservé», s’asseyaient dans les rangs proches de nous et nous regardaient avec insistance sur une durée prolongée. À croire que nous étions plus intéressantes que le film porno en lui-même, dont beaucoup ne semblaient pas tellement y porter attention. Venu-e-s comme spectateurs-rices, nous devenons spectacle le temps d’un court moment. Trente minutes plus tard, nous décidons de quitter la salle, et sortons aussi vite que nous sommes rentré-e-s, encore incapables de mettre des mots sur cette expérience nouvelle. 

– Hannah Raffin


Comme le Beverley du 2e arrondissement de Paris, Cinéma L’Amour représente un dernier bastion du cinéma pour adultes. Autant son écran 16:9, ses fauteuils de velours et son système son surround peuvent offrir à l’autoérotisme bien des atouts, la démocratisation de la pornographie dans l’ère de Pornhub, Youporn aurait dû voir ce lieu disparaitre, suivant donc la fatalité des cybercafés. Les vas-et-viens quotidiens aux portes de celui-ci encore érigé nous montrent cependant le contraire. Dressé entre les yeux et l’écran, l’acte autoérotique communément intime, prendrait donc ici une déviante sociale. Différent du confort de son bureau ou de sa couette, ce lieu satisferait les envies de celles et ceux souhaitant partager de près comme de loin le plaisir visuel. Suivant le jeu du regard attiré, le tandem du voyeurisme et de l’exhibitionnisme servirait donc à expliquer cette fréquentation qui persiste.

Dans un espace où l’objectification de la sexualité passant par l’illusionnel de la vidéo pornographique atteint son comble, la réalité quasi-exclusivement masculine de ce lieu amènent vers d’autres questions. Alors que la masturbation devient avec l’âge un acte solitaire et même ironiquement taboo, l’éveil sexuel et surtout l’introduction à la pornographie pendant la puberté se révèle être un phénomène social et sociable entre amis. À cet âge où la testostérone bout et la virilité est encore critère requise, ce partage amical se lie au besoin de validation entre égals dans une atmosphère de competition masculine. Retrouvant peut-être les dynamiques d’un plus jeune âge, il est possible que cet forme dèexpression sexuelle ne soit aussi qu’en réponse à un besoin de validation intermasculine plus profonde. C’est ainsi  que certains fantasmes passant encore aujourd’hui par l’anathème méritéraient une plus juste familiarisation.

– Vittorio Pessin

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Cache cette lesbienne que je ne saurais voir… https://www.delitfrancais.com/2017/02/14/cache-cette-lesbienne-que-je-ne-saurais-voir/ Tue, 14 Feb 2017 14:16:25 +0000 http://www.delitfrancais.com/?p=27707 «Saisissant», «émouvant»: deux adjectifs qui me sont venu à l’esprit à la sortie du film La Danseuse qui dépeint la vie de Loïe Fuller, interprétée à l’écran par la jeune artiste Soko. Ayant quitté les États-Unis vers la fin du 19e siècle pour Paris, Loïe apporta à la vie culturelle de la Belle-Époque un vent de fraicheur. Artiste exigeante, dans une quête permanente de dépassement de soi, le film retrace avec délicatesse et élégance son parcours et son succès euphorique, bien qu’éphémère. Son art est avant-gardiste: elle utilisait l’éclairage électrique — une nouveauté à l’époque — afin d’accompagner ses chorégraphies où son corps faisait virevolter de longs voiles blancs à l’aide de bâtons.

Le film aborde également sa vie sexuelle et sentimentale. Sa relation complexe avec son mécène Louis Dorsay (joué par Gaspard Ulliel) occupe la quasi-totalité de l’intrigue amoureuse du film. Celle-ci est tout de même interrompue par une aventure lesbienne non-aboutie avec sa rivale artistique, Isadora Duncan (interprétée par Lily-Rose Depp).

Bien que vite écourté, cet intermède saphique m’était suffisant pour ajouter Loïe Fuller à ma liste des personnalités admirées de la Belle Époque parisienne qui ont défié les normes sexuelles, liste comportant entre autres l’écrivaine Colette, la poète Renée Vivien, ou encore la salonnière Natalie Clifford Barney. J’ai donc cherché à en connaître davantage sur cette femme singulière.

De la surprise à l’insulte 

«Déçue», «enragée»: tel était mon ressenti après quelques brèves recherches sur Loïe Fuller. «Lesbophobie ordinaire», «troublant mais problématique»: voilà ce que l’on peut lire comme critiques de La Danseuse lorsque l’on ose ajouter le mot «lesbienne» au côté du nom de l’artiste sur la barre de recherche Google. En effet, la relation torturée hétérosexuelle avec Louis Dorsay (Gaspard Uliel) a été montée de toutes pièces par la réalisatrice Stéphanie di Giusto. Pire encore, elle a choisi d’effacer les trente ans de vie commune que Loïe passa avec Gabrielle Bolch, sa compagne et fidèle collaboratrice, qui récolte un simple second rôle. Quant à la seule scène lesbienne, elle est vécue comme une humiliation par Loïe (elle est abandonnée dénudée dehors par Isadora après qu’elle l’ait embrassée), et permet à certains critiques d’en conclure que l’artiste souffrait d’une «sexualité trouble».

Décider de gommer cette figure de femme indépendante et lesbienne, (…) est-ce réellement un simple choix artistique?

C’est d’autant plus rageant lorsque l’on apprend la volonté de la réalisatrice de «rendre justice» à l’artiste. Comment peut-on se déclarer «honnête» tout en invisibilisant et falsifiant un pan entier de sa vie? Les justifications données à l’issue de la première projection du film ont de quoi donner la nausée: «J’avais besoin d’une présence masculine dans ce film peuplé de femmes. Loïe était homosexuelle et il était important pour moi de ne pas en faire le sujet du film […] l’idée n’était pas de faire La vie d’Adèle». Elle ajoute à cela que sa liberté en tant qu’artiste lui autorise ce choix. Toutefois, décider de gommer cette figure de femme indépendante et lesbienne, qui ne voulut s’entourer que de femmes dans sa vie professionnelle et personnelle, est-ce réellement un simple choix artistique?

Assaisonné à l’hétérosexualité

Malgré les boycotts du film et les  critiques acerbes, Stéphanie Di Giusto persiste et assume. Qu’elle me permette alors d’insister sur ce que la nature de son film démontre: une lesbophobie et un sexisme affichés, qui outrepassent la notion de liberté d’artiste, une insulte à la mémoire de Loïe Fuller également. Et cela découle d’une pensée hétérocentrique. Ce phénomène social — l’hétéronormativité — qui tente de cacher, ignorer, supprimer les identités ou pratiques sexuelles non-hétérosexuelles se manifestent partout: dans nos interactions sociales, nos institutions médicales et académiques, nos milieux de travail, etc. Le monde culturel n’y déroge pas, les figures artistiques non plus. Sauf qu’au 21e siècle, cela surprend. Comme l’indique le professeur Whitesell, qui travaille au sein du département d’Histoire de la Musique et de Musicologie de l’Université McGill, cette invisibilisation était fréquente il y a quelques décennies: «Il y a deux exemples de films hollywoodiens dans les années 40-50 sur les compositeurs Cole Porter et Lorenz Hart [tous deux gays] dont les vies ont été aseptisées et hétérosexualisées, et ce à cause du climat homophobe de l’époque. C’est compréhensible, mais là on ne comprend pas.»

Une lesbienne, c’est trop sectaire

Cette réticence à évoquer, retracer ou concevoir la sexualité différente des personnalités qui ont marqué nos cultures est persistante. Les historiens et biographes ont toujours su détourner la question, trouvant alibis et justifications pour une sexualité non-conventionnelle ou inconnue. C’est le cas du compositeur allemand Haendel, dont la vie sentimentale et sexuelle reste un mystère. Toutefois, on sait de ce dernier qu’il fréquenta beaucoup de milieux homoérotiques, à une époque (18e siècle) où une culture de l’érotisme entre mêmes sexes se développait, surtout entre artistes masculins de classe privilégiée.

On peut donc supposer, imaginer. Sauf qu’un Haendel gay, ce n’était pas parmi les options des biographes de l’époque. Ils ont préféré y voir une asexualité, un «syndrome du célibat» ou encore une figure maternelle trop pesante. Quant à Loïe Fuller, c’est une biographie datée de 2007 qui est la première à mettre des mots sur sa sexualité.

Il existe un réel enjeu culturel derrière ces réappropriations et falsifications de vies hors-normes. Pour la réalisatrice de La Danseuse  c’est de pouvoir faire le portrait d’une artiste à laquelle le plus grand nombre pourra s’identifier. Or, une artiste lesbienne est vue comme minoritaire; une identité qui sépare davantage qu’elle ne rallie. D’où le besoin de camoufler ce qui est perçu comme sectaire, anormal ou politique.

Certes, il y a eu du progrès. Les mentalités ont évolué et il est de moins en moins difficile pour un•e artiste de «sortir du placard». L’exemple du film la La Danseuse est toutefois la partie visible de l’iceberg, bien que l’attention portée par les médias ne fut pas insensée. Encore aujourd’hui, sur une édition récente du livre de Colette Le Pur et l’Impur dans lequel la romancière — élue membre de l’Académie Goncourt en 1945 — relate les sous-cultures saphiques et homosexuelles qu’elle côtoya, son œuvre est présentée comme une simple interrogation sur les «plaisirs qu’on dit charnels». Néanmoins, Colette faisait plus qu’interroger. Elle-même était lesbienne et vécut entourée de ces individus dont les identités défiaient les conventions. Encore une fois, il semble tabou de juxtaposer les mots «lesbienne» et «Colette». 

Se pose la question de la vie privée des artistes quant à leur art

Une esthétique lesbienne?

Outre l’homophobie qui demeure, la question de la pertinence de la vie privée des artistes quant à leur art se pose. Au final, est-ce si important de savoir que Loïe Fuller était lesbienne ou encore que Tchaïkovski était gay afin d’apprécier leurs œuvres? On peut répondre que non. On peut aussi y réfléchir, et oser poser la question. Loïe Fuller fut pionnière dans le monde de la danse. Elle s’intéressa au modernisme, au nouveau, à l’impensable, qu’elle réalisa. Avant-garde, elle l’était donc aussi dans sa vie, en faisant le choix de travailler avec des femmes, en côtoyant des milieux artistiques qui ébranlaient les normes genrées et sexuelles et en restant jusqu’à sa mort auprès de sa compagne. Ces choix ne sont pas anodins quand on connaît la société patriarcale encore bien présente au tournant du 20e siècle en France, notamment dans le monde de l’art.

Supprimer le lesbianisme de Loïe est beaucoup moins neutre que de le mentionner. En réalité, la réalisatrice nie le droit de Loïe d’avoir pu se constituer et exister en dehors des conventions sociales, bien qu’elle puisse concevoir son œuvre comme à contrecourant des tendances de l’époque. «Je pense aussi que ça souligne un manque d’imagination de la part de la réalisatrice, qui pense que parler de lesbianisme minimiserait l’impact du film» ajoute le professeur Whitesell. En effet, on parle avant tout de danse, d’expression corporelle. Cette totale sollicitation du corps est sûrement l’art le plus relié à la sexualité, et il n’est pas absurde de faire des connexions.

Stéphanie Di Giusto aurait-t-elle dû conclure dans son film qu’il existait chez Loïe une esthétique lesbienne, queer? C’est certainement trop demander, et semble être un pari trop audacieux à prendre pour cette réalisatrice. Il en relève ici de sa liberté d’artiste de prendre cette approche. Toutefois, respecter la mémoire de cette femme subversive était la moindre des choses que l’on attendait d’un biopic qui se veut «honnête». 

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Nouvelle vague du rap montréalais https://www.delitfrancais.com/2017/02/07/nouvelle-vague-du-rap-montrealais/ Tue, 07 Feb 2017 15:49:18 +0000 http://www.delitfrancais.com/?p=27597 Le Délit (LD): «Pouvez-vous vous présenter?»

James Campbell (JC): «Alors nous sommes Adhoc: Oren, Junaid et moi James, ce sont les deux vocalistes et moi je suis le producteur.» 

Junaid Hussain (JH): «Oren et moi sommes colocataires depuis un bon moment déjà et on faisait toujours des freestyles ensemble. À l’époque où Adhoc a été créé je travaillais sur un E.P (Extended Play) en solo occasionnellement et James produisait déjà des instrumentaux et un jour alors qu’on trainait ensemble on s’est retrouvés à faire une session de jam. En est sorti quatre chansons dont «China White» qui est notre plus grand succès à ce jour. Adhoc était né.»

LD: «Vous faisiez de la musique avant d’arriver à McGill?»

JC: «Oui, mais jamais je pensais en faire quelque chose de sérieux dans ma vie. J’avais bossé dans un camp d’été à Toronto pour apprendre aux enfants à produire de la musique, jusque-là ma seule expérience musicale professionnelle. Mais ouais, aucun d’entre nous ne pensait à une carrière artistique avant Adhoc.»

Oren Lefkowitz (OL): «J’ai commencé à rapper quand j’avais 14-15 ans et c’est devenu sérieux pour moi à partir du lycée. Je ne l’assumais pas car je trouvais ça un peu embarrassant. Je m’y suis vraiment mis à fond, mes notes ont chuté (rires), tout ce que je voulais faire c’est du rap. Quand je suis arrivée à McGill, à un moment j’ai pris une pause de un an et demi pour me concentrer sur l’écriture. À l’époque je vivais avec Junaid et on faisait pas mal de freestyles ce qui a changé mon approche du rap car avant je me concentrer beaucoup sur les paroles et moins sur le flow et le rythme. C’est Junaid qui m’a mis dedans.»

LD: «Quelle est votre plus grande influence musicale?»

JH: «L’artiste que j’écoute le plus, qui je pense est extraordinaire et que j’essaye d’imiter d’une certaine façon c’est Kanye West. Il y a aussi Travis Scott et Kid Cudi qui m’influencent pas mal.»

OL: «Kanye West m’influence beaucoup aussi, c’est grâce à lui entre autres que je me suis intéressé au rap. Mais actuellement Andre 3000 de Outkast est probablement ma plus grande influence, je suis obsédé par ce gars. Et j’adore Chance the Rapper ou encore Oscar Peterson!»

JC: «Je pense pas que vous voulez que je réponse à cette question les gars (rires). Justice est ma plus grande influence musicale, c’est mon groupe préféré; l’aspect grandiose et cinématique de leur musique m’impressionnent. Mais sinon j’écoute beaucoup de pop, comme Taylor Swift, Michael Jackson ou encore Katy Perry. Et bien sûr j’écoute beaucoup de hip-hop.»

LD: «Quels sont vos projets actuels et futurs?»

JH: «Au début on s’était mis la pression pour sortir un gros E.P d’ici septembre…»

OL: «On a d’ailleurs réalisé un E.P entier mais on ne l’a jamais sorti»

JH: «Ouais, on avait la pression pour faire un E.P., ça nous stressait vraiment et un jour notre ingénieur du son nous a proposé de sortir des singles, et on s’est dit «Wow trop bonne idée!». Du coup maintenant notre stratégie est de sortir nos chansons par vague. Tous les deux-trois mois on espère pouvoir sortir environ une chanson par semaine. Du coup chaque vague est comme une sorte de mini E.P. En ce moment on travaille sur la deuxième «vague». On a aussi tourné notre premier clip vidéo y a pas longtemps et on fait quelques concerts, à Toronto, on espère New-York bientôt et Montréal en mars.»

LD: «Vous avec des projets sur le long terme?»

OL: «On a un stock de chansons qu’on accumule pour un potentiel gros projet mais on a pas envie d’en faire un juste pour en faire un, dans lequel il n’y aurait que quelques bons singles et du remplissage.»

JC: «Ouais, il faudrait que ce soit une idée cohésive, qu’on ait une raison d’assembler ses chansons. Un peu comme l’idée de Justice, que le tout soit meilleur que la totalité de ses parties, mais on a pas de plans comme tels pour l’instant.»

OL: «Je ne veux pas faire perdre de temps aux personnes qui suivent notre groupe et écoutent notre musique. Je veux juste qu’on sorte des projets pour lesquels on est 100% à fond, et personnellement je veux que chaque moment de ce projet soit crucial. Et actuellement on ne peut pas mettre autant d’attention sur un projet.»

LD: «Que pensez-vous de la sous-représentation des femmes dans le hip-hop?»

JC: «C’est une grande question.»

OL: «C’est définitivement un problème. Les femmes sont parmi les meilleurs rappeurs, enfin de manière évidente, comme Lauren Hill qui a une énorme influence. Je pense que Young M.A aussi est une boss: avoir une figure queer comme ça dans le hip-hop qui ne se justifie pas et que tout le monde suit, c’est super stylé! J’espère que ça va changer, j’aimerais tellement voir plus de femmes rappeuses. On a été dans certaines situations avec des potes où j’ai remarqué une dynamique particulière: les gars qui ne savent pas trop rapper se sentent plus à l’aise quand ils font du freestyle dans un cercle que les femmes qui ont autant, voire plus de talent qu’eux. C’est un espace dans lequel les hommes sont plus confortables à être merdiques que les femmes, qui elles ne ressentent pas nécessairement ce privilège.»

JC: «Je pense que c’est symptomatique d’un problème plus large dans le hip-hop à savoir la misogynie ambiante dans ce milieu musical. On entre dans un milieu où il est permissible de dire certaines choses à propos des femmes alors que ce n’est pas normal…»

OL: «…ce qui est aussi symptomatique de la misogynie dans le monde!»

LD: «Y a-t-il une portée politique dans votre rap? Pensez-vous que le rap devrait avoir cette portée de manière générale?»

JH: «Je pense que les deux jouent un rôle important pour chacun. Dans notre musique, on s’inspire de nos expériences et on a écrit des textes politiques, mais on ne les a pas sortis, on se sentirait inconfortables de le faire. On n’évitera jamais l’aspect politique, mais on ne va pas nécessairement se forcer à être politique dans nos textes.»

OL: «Selon moi, un art brillant est un art qui réussit à faire les deux. Il réussit à la fois à divertir mais aussi à véhiculer des idées sur la résistance par exemple. Juste pour vous parler un peu de notre chanson «Paradise Loft» — qui montre bien ma philosophie en tant qu’artiste — et qui pourrait avoir un impact positif. Je suis juif et Junaid est musulman, et le seul fait que nous soyons amis, dans le même groupe de musique, pour certaines personnes est déjà problématique. Dans la chanson «Paradise Loft» on parle de comment nos culpabilités religieuses s’entrecroisent. Je m’identifie comme queer ou bisexuel et cette chanson parle de «getting high with the devil» et en gros je parle de «pécho des gars sur Grindr». Je suis tout à fait à l’aise avec cela mais je ressens tout de même un peu de honte et de culpabilité qui viennent sûrement de mon bagage religieux.»

JH: «Moi mon couplet parle surtout de getting high: pas avec le diable mais de manière littérale. Et ça entre en conflit avec le fait que je sois musulman pratiquant. Malgré ma croyance, je continue à faire des choses dont j’ai conscience que je ne devrais pas faire selon la religion.»

JC: «Il y a une interlude dans la chanson: «Vous voulez que je prie cinq fois par jour mais ça ne me laisse pas le temps de faire la fête». C’est un bon résumé!»

LD: «Que faites-vous de l’idée selon laquelle le rap ou l’art en général doit émaner d’une situation de conflit, d’une lutte?»

JC: «C’est une très bonne question! Je ne pense pas que ce soit nécessaire mais le rap est une forme de récit et toutes les bonnes histoires ont besoin d’une sorte de conflit pour que ce soit intéressant. Tu pourrais faire une chanson du genre «Voici ma journée tralali tralala», mais bon…(rires). Je pense que ça mène à de plus grandes questions: avons-nous besoin du malheur pour trouver le bonheur, est ce que Dieu peut exister sans le diable? Les deux existent simultanément! Peut-on sentir l’un sans sentir l’autre. Au fond, la lutte reflétée dans la musique est celle de la condition humaine.

À voir aussi: 

https://www.delitfrancais.com/2017/02/07/nouvelle-vague-du-rap-montrealais/

https://www.delitfrancais.com/2017/02/07/27543/

https://www.delitfrancais.com/2017/02/07/le-rap-cetait-mieux-avant/

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https://www.delitfrancais.com/2017/02/07/heroines-des-temps-modernes/

https://www.delitfrancais.com/2017/02/07/un-artiste-engage-et-engageant/

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Où ça? Où ça? https://www.delitfrancais.com/2017/01/24/ou-ca-ou-ca/ Tue, 24 Jan 2017 15:39:58 +0000 http://www.delitfrancais.com/?p=27337 Bar Le Ritz

Il faut s’aventurer au-delà du Mile-End, dans le Mile-Ex, pour profiter du bar Le Ritz, dont les portes sont ouvertes jusqu’à trois heures du matin chaque soir de la semaine. Avec certains évènements musicaux non payants et une entrée gratuite de 5 à 9, Le Ritz propose une programmation éclectique et recherchée ainsi qu’un cadre rétro et confortable. Habitué de l’endroit, notre cher directeur de la photographie témoigne: «you can be who you are» (Vous pouvez être qui vous voulez, ndlr) au Ritz.

Le Ritz, c’est aussi l’occasion de siroter une (bonne) pinte de bière à six dollars devant des films à voir et à revoir projetés en 35mm. Environ toutes les deux semaines — et généralement pour la somme de dix dollars — on (re)découvre Lynch ou Cronenberg grâce à un grain qu’on ne trouve plus dans les salles de cinéma classiques. En profiter avant l’arrivée des midterms! ξ

Accessible en fauteuil roulant

Café Résonance

Direction le Mile-End, au croisement de l’avenue Fairmount et Parc, avec un café qui réunit ambiance cosy, menu végétalien et concert jazz tous les soirs de la semaine. Comme la plupart des cafés à Montréal, on y va la journée pour étudier, mais en début de soirée les lumières se tamisent pour laisser place à des concerts de jazz, de la musique classique, musique expérimentale, ou encore des lectures de poèmes.

Crée en 2012, Résonance se veut un espace ouvert à la créativité musicale montréalaise. Plaisir de l’ouïe, mais aussi plaisir des papilles, on recommande leurs bols végétaliens garnis, leur bon café et les cocktails à six dollars.

Bon nombre des performances demanderont une contribution financière qui varie entre cinq et huit dollars tandis que les prix fixes de certains évènements dépassent rarement les dix dollars. À programmer sur une journée entière pour se détendre après le boulot! 

Non accessible en fauteuil roulant

]]> GRIP, pris en grippe? https://www.delitfrancais.com/2016/11/15/grip-pris-en-grippe/ Tue, 15 Nov 2016 14:23:03 +0000 http://www.delitfrancais.com/?p=26718 Ces dernières semaines ont été éreintantes pour le Groupe de recherche d’intérêt public (GRIP, QPIRG en anglais, ndlr) de McGill. À l’issue d’une campagne active du 3 au 8 novembre pour mobiliser les étudiant·e·s autour du «OUI» lors de leur référendum d’existence, GRIP a tout juste eu le temps de se réjouir des 71,6% de votes favorables de l’AÉUM (Association des étudiants en premier cycle de l’Université McGill) que débutait le 10 novembre sa semaine Culture Shock — quatre jours de conférences, groupes de travail et autres activités pour parler de décolonisation, antiracisme et de justice pour les migrant·e·s.

GRIP, c’est quoi exactement?

Actif depuis 36 ans sur le campus mcgillois, l’idée d’un groupe de réflexion étudiant à intérêt publique remonte aux années 1970 et provient des campus universitaires américains dont une grande partie des étudiant·e·s manifestaient contre la guerre du Vietnam et souhaitaient amener un changement durable en faisant pression sur leur gouvernement. Au Canada, c’est l’Université de Waterloo en Ontario qui en 1973 fonde le premier GRIP.  Indépendant de l’université sur le plan financier, le GRIP mcgillois s’engage aujourd’hui à faire changer les attitudes et mentalités, un travail de fond qui explique un de leur mandat principal — l’éducation populaire —  dont Culture Shock, Social Justice Days ou encore Rad frosh font partie. À travers ces évènements, «Nous essayons de créer un espace pour informer, déconstruire les stéréotypes et améliorer le climat sur le campus; on encourage des conversations qui ne se tiennent jamais à McGill» indique Raphaële Frigon qui coordonne la promotion et sensibilisation communautaire du GRIP. 

La recherche est le second volet de GRIP, et en octobre 2015, ce sont sept projets de recherche menés par des étudiant·e·s que l’association supervisait avec CURE (Échange de recherche communauté-université, ndlr), qui lient les étudiant·e·s à la communauté montréalaise. Des bourses de 3000 dollars canadiens sont également données à des projets de recherche étudiants durant l’été. Les sujets d’études varient: l’accès à l’avortement pour les personnes trans, les rouages du système de déontologie policière québécois et leurs impacts, les stéréotypes sur la sexualité des personnes handicapées ou encore le réseau alimentaire de la communauté Parc-Extension. Les recherches sont ensuite compilées au sein du Convergence Undergraduate Journal — journal de publication partagé avec l’Université Concordia.

Soutenir les initiatives étudiantes et montréalaises

Permettre aux étudiant·e·s de créer des projets novateurs et utiles tant à la vie étudiante qu’à la communauté montréalaise, tel est le troisième mandat de GRIP. Pour ce faire, le groupe offre des financements de maximum 225 dollars canadiens à des projets dont la mission œuvre à davantage de justice sociale. C’est un total de 7800 dollars qui a été versé à plus de 20 projets et/ou groupes pour l’année scolaire 2015-2016. Toutefois, c’est surtout grâce à ses groupes de travail que GRIP permet «d’aménager un espace pour les étudiant·e·s qui souhaitent voir du changement dans leur communauté, s’autonomiser (empowered), et obtenir des ressources» comme l’explique Raphaële Frigon. En leur offrant financement, formation, planification du budget et autres ressources nécessaires, GRIP permet cette année à 18 groupes de travail d’entreprendre leurs actions/recherches. C’est GRIP qui notamment a permis à Midnight Kitchen de voir le jour et actuellement les membres de GRIP supervisent Demilitarize McGill — une campagne qui vise à mettre un terme à la recherche militaire sur le campus — ou encore Solidarity Across Borders (Solidarité sans frontières, ndrl) — un réseau montréalais impliqué dans les luttes immigrantes — pour n’en citer que trois.

Des finances qui font couler beaucoup d’encre

Le budget de GRIP est sujet à de nombreuses critiques qui dénoncent les frais (que l’on peut refuser) de 5 dollars canadiens par étudiant·e par semestre. Les détracteurs du groupe trouvent ce dernier séparatiste (radicale, ndlr) dans sa politique et irresponsable financièrement. À ce sujet, Becca Yu, responsable finance et administration de GRIP, fait remarquer que beaucoup de désinformations motivées politiquement circulent à propos des finances et de la mission de GRIP. Ça fut notamment le cas dans le passé par des campagnes menées par les groupes conservateurs de plusieurs universités canadiennes, dont McGill, qui incitaient les étudiant·e·s à se retirer des frais associés au GRIP sous prétexte que le groupe est trop «radical» et «dissident». D’autre part, «ce n’est pas en regardant le budget d’un groupe qu’on peut se faire une idée exacte des différents projets et de ce qu’ils font» indique Becca. Les salaires des différents membres ont notamment été sujets à de vives critiques. C’est le cas de la position d’interne, qui reçoit 10000 dollars canadiens contre 39000 dollars pour les deux employé·e·s permanent·e·s. Toutefois, Becca explique qu’une bonne part des salaires est payée grâce à des aides gouvernmentales, comme la position de stagiaire qui est payée à 90% par Emploi Québec. De plus, «on ne peut pas faire n’importe quoi dans tous les cas, notre budget est contrôlé par le gouvernement», précise Becca.

Se devant d’être transparent et responsable, GRIP McGill n’avait toutefois pas publié en ligne son rapport annuel de 2015-2016 dû à un site web en cours de reconstruction mais «Les gens peuvent nous contacter à ce propos, c’est un problème technique que nous traversons». En outre, Becca Yu ajoute que chaque avril se tient la réunion annuelle de GRIP durant laquelle le groupe fait le bilan sur les projets et le budget de l’année passée.

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La surveillance sous toutes ses formes https://www.delitfrancais.com/2016/11/08/la-surveillance-sous-toutes-ses-formes/ Tue, 08 Nov 2016 14:08:34 +0000 http://www.delitfrancais.com/?p=26605 Safia Nolin, Patrick Lagacé et Edward Snowden: bien qu’à première vue rien ne relie ces trois personnages, tous trois ont été confrontés aux conséquences insidieuses de la surveillance, et plus largement du conformisme social. Constamment surveillés, scrutés et policés, ces personnages caractérisent, chacun à leur façon, les différentes formes de la surveillance: l’une par un public qui, par la «cyberintimidation», impose ses normes sexistes, le deuxième par un service de police zélé et le dernier par les services secrets de l’un des plus puissants pays de ce monde. L’analyse de ces différentes situations nous fait réaliser la situation que l’engagement culturel, politique ou même journalistique de ces individus soumis aux regards du public, fait d’eux des cibles faciles pour les détenteurs de cette surveillance.

Edward Snowden et McGill

Le passage de l’ex-employé de la CIA à l’Université McGill aura été l’un événements phares de cet automne. Lors de ce discours, l’informaticien a rappelé l’importance du droit à la vie privée dans un état de droit. Toutefois, il semblerait que depuis ses révélations, les choses n’ont pas tellement changé. La surveillance est au contraire banalisée dans notre société. À titre d’exemple, il y a quelques années, les caméras de surveillances dans les lieux publiques provoquaient une polémique sans précédent, alors qu’aujourd’hui la vidéosurveillance semble être devenue une «nécessité» à la sécurité nationale. Pourtant, il existe encore très peu d’études qui confirment l’efficacité de cette mesure et peu remettent en question leur présence dans nos rues.

Une histoire qui agace

Et comme si la venue d’Edward Snowden ne suffisait pas pour relancer le débat sur la surveillance, La Presse nous apprenait que près d’une dizaine de journalistes ont été espionnés par le Service de police de la Ville de Montréal (SPVM) et Sécurité Québec (SQ). Le plus étonnant dans cette histoire sont les juges qui ont signés un peu trop facilement cette violation de la liberté de presse. Il y a quelques temps, tous nos politiciens étaient Charlie pour défendre la liberté de presse. Aujourd’hui, beaucoup de ces mêmes politiciens semblent avoir oublié que la liberté de presse ne s’arrête pas à quelques coups de crayons et qu’espionner les registres téléphoniques des journalistes revient à cracher sur la tombe de ce Charlie.

Safia Nolin et le conformisme aux normes sociales

Comme le rappelait Snowden, accepter d’être surveillé, c’est accepter de restreindre dans le futur notre liberté d’expression. C’est accepter la possibilité — dans des sociétés où les paroles à la marge sont déjà peu au centre des débats — de censurer toute parole alternative. Ce conformisme social se déroule déjà sous nos yeux comme le démontre Safia Nolin.  Fortement critiquée pour sa tenue vestimentaire et son langage familier lors du Gala de l’ADISQ (Association québécoise de l’industrie du disque), Safia Nolin rappelle que le conformisme n’est pas seulement idéologique mais cible également nos comportements et nos identités. Cette forme de surveillance que certains tentent de faire passer pour une forme de protection de la liberté d’expression est dangereuse et liberticide. La saga Nolin rappelle donc que la surveillance par les pairs peut rapidement se transformer en une forme de «policing» qui restreint les individus de penser autrement. Toute entrave à la norme (ici la norme de féminité: le code vestimentaire et le langage étant ciblés) devient alors une excuse à la cyberintimidation et aux relâchements des commentaires sexistes.   

Le poison technologique

Internet permet d’ouvrir une fenêtre sur une bibliothèque de connaissances quasi-infinie. Toutefois, au nom de la lutte contre la violence, on transforme cette fenêtre en un outil dangereux qui peut aussi bien devenir une cellule de prison restreinte. Malgré les lanceurs d’alertes tels que Snowden, malgré les livres prémonitoires tel que 1984 et les centaines de hashtags qui tentent de nous sensibiliser en une fraction de second, une culture de surveillance est tranquillement en train de s’installer dans nos sociétés. La militarisation de nos institutions et notre quête insatiable pour la sécurité semblent avoir accentué ce phénomène que plus rien ne semble pouvoir arrêter, et ça, c’est inquiétant. 

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Démanteler la culture du viol https://www.delitfrancais.com/2016/11/01/demanteler-la-culture-du-viol/ Tue, 01 Nov 2016 13:25:35 +0000 http://www.delitfrancais.com/?p=26456 2,5millions de dollars canadiens. C’est la somme attribuée au projet de recherche de Mme. Shaheen Shariff, professeure au sein de la Faculté des sciences de l’éducation à McGill, par le Conseil de recherches en sciences humaines du Canada. Projet ambitieux rassemblant dix universités et quatorze partenaires communautaires, celui-ci s’engage à remédier à la violence sexuelle au sein des campus universitaires canadiens sur les sept années à venir.

Le Délit a rencontré Shaheen Shariff et Carrie Rentshcler, collaboratrice au projet et professeure en études de communication et études féministes.


a-violJules Tomi | Le Délit

Le Délit (LD): Tout d’abord, que pensez-vous de la couverture médiatique des nombreux incidents de violence sexuelle survenus ces dernières semaines au Canada?

Carrie Rentschler (CR): J’ai observé qu’il y a eu de nombreux journalistes qui ont été très compatissants avec les survivant•e•s et le mouvement contre la violence sexuelle — certain•e•s sont eux-mêmes des survivant•e•s d’agressions sexuelles, comme on a pu le voir avec le mot-clic #beenrapedneverreported (violé•e, jamais signalé, ndlr). La couverture médiatique de ces sujets a été récemment pertinente car elle a donné de la visibilité à plusieurs cas d’agressions sexuelles (bien que pas tous) et les revendications des activistes ont également été communiquées. 

LD: Qu’est-ce qui vous a poussé à entreprendre cette recherche?

Shaheen Shariff (SS): Pendant vingt ans j’ai étudié le harcèlement en ligne et le sexting (l’envoi et échange de «sextos», ndlr), une pratique que les jeunes adoptent de plus en plus tôt et souvent de manière non consensuelle. J’ai remarqué que la réponse des universités face aux agressions sexuelles était similaire à celle des écoles dont les élèves ont subi du harcèlement en ligne: ils réagissent lorsque les médias portent attention à ces problèmes. Un autre constat est qu’il existe un manque accru de recherches universitaires sur la violence sexuelle au sein des campus — beaucoup de sondages initiés par les médias existent mais peu de recherches académiques. Dès lors, j’ai décidé qu’il faudrait étudier en profondeur le problème des violences sexuelles au sein des universités et trouver des solutions durables pour les pallier. De plus, le but de l’université est d’éduquer et d’améliorer notre société, il faut donc que cette institution redevienne responsable et entreprenne des politiques et des programmes informés sur la problématique des violences sexuelles. Toutefois les politiques seules ne sont pas suffisantes car les étudiant•e•s utilisent les réseaux sociaux et consomment une culture populaire qui véhicule des idées sexistes et la «culture du viol» — il faut également s’attaquer à ce problème. C’est pour cela que le projet comporte trois axes: (1) le rôle des lois et des politiques au sein des universités (2) le rôle et l’influence de l’art et la culture populaire (3) le rôle et l’influence des médias conventionnels et les réseaux sociaux.

LD: Quel est votre rôle au sein de cette recherche?

CR: Je supervise l’axe de recherche sur l’art et la culture populaire. Je compte entreprendre un projet qui évaluera les différentes politiques contre la violence sexuelle qui existent sur les campus canadiens. J’étudierai comment ces politiques conversent et interagissent avec l’activisme étudiant et le travail pédagogique qui tous deux s’attaquent aux problèmes de violence sexuelle. C’est principalement l’activisme étudiant qui a mené le développement de ces politiques et organisé des structures de support pour, les survivant•e•s. Je pense donc que l’on peut apprendre de leurs actions et dès lors examiner leurs stratégies afin de transformer le débat actuel autour de la culture du viol sur les campus. La question que ce projet pose est: à quoi ressemblerait une institution, et ses membres, qui seraient responsables de la violence qui existe sur leur campus?

LD: Existe-il des partenariats avec des universités francophones?

CR: Nous avons l’opportunité ici de pouvoir travailler avec nos collègues des universités québécoises, notamment le Réseau québécois en études féministes. À l’origine, le don de financement a été donné à des institutions anglophones ,mais je suis ouverte à ce que nous utilisions ce don avec d’autres universités ou écoles de la province qui eux aussi luttent contre la violence sexuelle. Je suis en contact avec le RéQEF (Réseau québécois en études féministes, ndrl) qui a créé un sondage destiné aux universités de la province et qui vient prendre la température du climat autour de la violence sexuelle ainsi que des expériences d’agressions sexuelles. J’espère pouvoir amener ce sondage au sein de McGill afin que nous participions à une conversation plus large à l’échelle du Québec. 

LD: L’expression culture du viol est controversée, que pensez-vous de ce concept?

CR: Je pense que c’est un concept très utile car il est utilisé par les activistes. C’est un moyen de formuler le problème et de le nommer. Le terme signifie que les agressions sexuelles ne sont pas simplement un problème interpersonnel mais aussi structurel. Il indique qu’il existe un soutien culturel et structurel à la violence sexuelle, la normalisant et minimisant son importance pour les survivant•e•s. Bien que certains soient critiques de la définition de «violence sexuelle» et du sens ambigüe de «culture», je pense que c’est important de nommer le «viol» en tant que problème et comprendre les sources de la violence sexuelle comme les politiques, les négligences institutionnelles et les sous-cultures encourageant un comportement masculin agressif, entre autres.

LD: Que pensez-vous du projet de politique contre la violence sexuelle de l’Université?

SS: Je pense que ce projet est un bon début. Un bémol néanmoins, il ne mentionne pas les réseaux sociaux et la violence en ligne. De plus, j’apprécie qu’il soit centré sur les survivant•e•s bien que des officiers chargés des affaires disciplinaires ont fait remarquer qu’il faudrait également une procédure officielle pour les agresseurs présumés. Pour aider les universités, nous allons établir d’ici un an un livre blanc qui présentera ce qui existe à l’heure actuelle en termes de politiques, et qui servira de point de départ. Au fil des années, au vu des recherches et à l’issue de consultations auprès des étudiant•e•s, nous retravaillerons le livre blanc et modifierons les recommandations. 

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Quand santé féminine rime avec luxe https://www.delitfrancais.com/2016/10/25/quand-sante-feminine-rime-avec-luxe/ Tue, 25 Oct 2016 13:13:47 +0000 http://www.delitfrancais.com/?p=26352 Offrir gratuitement sur l’ensemble du campus des produits de protection périodique pour femmes (serviettes hygiéniques et tampons), telle était une des volontés d’Elaine Patterson, v.-p. à la vie étudiante de l’AÉUM (Association des étudiants de l’université McGill, ndlr), à son début de mandat. Considérée par beaucoup d’associations et d’étudiant•e•s comme une «politique progressiste», la motion sur les produits hygiéniques menstruels gratuits a été adoptée jeudi dernier lors du conseil législatif de l’AÉUM. Le corps étudiant sera bientôt consulté par référendum pour approuver ou rejeter les frais associés à cette politique: 0,90 dollars canadiens par étudiant•e par semestre.

Cela permettrait de fournir à chaque étudiant•e dix serviettes et dix tampons par cycle sur une durée de huit mois. D’autre part, ce service pallierait, à l’échelle du campus, une discrimination souvent ignorée et méconnue du grand public: la «taxe rose».

Tampon, produit de «luxe»

On connaît l’expression «il faut souffrir pour être belle». Il semblerait qu’être «belle» et en bonne santé requiert également un portefeuille bien fourni. La «taxe rose» ou «taxe tampon» désigne la discrimination qui est faite vis-à-vis des produits destinés à la gente féminine et souvent repérables par leur couleur rose. Considérés comme produits de luxe, ces derniers affichent des prix plus élevés que les autres produits «masculins» et/ou de première nécessité (le papier toilette par exemple). Ce marketing genré (qui différencie ses produits et ses prix selon les normes de genre, ndlr), et sexiste, coûte en moyenne 1 400 dollars de plus par an à une femme qu’à un homme aux États-Unis.

Au Canada, depuis la pétition #NoTaxOnTampons (#PasDeTaxesSurLesTampons, ndlr), le gouvernement a ôté les taxes sur les protections périodiques pour femmes qui s’élevaient à 5%, depuis le 1er juillet 2015. Il en demeure toutefois que maintenir sa santé menstruelle reste un luxe pour les individus — femmes ou non-femmes (personnes transgenres) — ayant leurs menstruations et vivant dans la précarité.

Sensibiliser les étudiant•e•s

La politique viendrait donc revaloriser la santé menstruelle (liée aux cycles menstruels, ndlr), alors que la santé sexuelle sur le campus est déjà largement promue. Les deux sont pourtant intimement liés, et la distribution gratuite de préservatifs sur le campus et dans les résidences devrait s’accompagner d’une distribution de produits hygiéniques menstruels.

Au cœur de la politique adoptée est également prévue la mise en place par l’AÉUM d’une campagne annuelle d’éducation et sensibilisation à la «taxe rose» et ses effets discriminatoires.

Enfin, la motion précise que l’AÉUM s’engagera à acheter des produits menstruels alternatifs (comme la coupe menstruelle) si un surplus de fonds survient. 

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La foire aux bénévoles: quelles opportunités dans Montréal? https://www.delitfrancais.com/2016/09/27/la-foire-aux-benevoles-quelles-opportunites-dans-montreal/ Tue, 27 Sep 2016 12:42:54 +0000 http://www.delitfrancais.com/?p=25885 Le service de volontariat de l’AÉUM offrait aux étudiants, mercredi dernier, l’opportunité de s’extraire de la bulle associative mcgilloise grâce à la foire des bénévoles qui réunissait bon nombre d’organisations montréalaises.

Du volontariat pour tous les goûts

En parcourant les stands installés dans la salle de bal de l’AÉUM, on retrouve les habituelles associations qui offrent assistance et distraction aux communautés défavorisées — comme Le Programme des Bénévoles qui aide les personnes ne pouvant ou n’ayant pas les moyens de remplir leurs déclarations de revenus, ou encore Chez Doris, un programme de logement autochtone qui offre aux femmes en difficulté refuge, aide juridique et autres services vitaux.

L’aide alimentaire et le tutorat sont d’autres secteurs à la recherche de bénévoles jeunes et dynamiques. On retiendra notamment Say Ça, créée en janvier dans le but de fournir des cours de français aux réfugiés syriens âgés de 14 à 18 ans et Moisson Montréal, la plus grande banque alimentaire du Canada.

Il est aussi possible de s’impliquer dans le domaine de la culture. Pour ce faire, allez faire un tour sur les sites du Château Ramezay et du Musée juif de Montréal. Ce dernier, récemment installé au coin des rues Duluth et St Laurent propose pas mal d’initiatives et il n’est pas nécessaire d’être juif pour intégrer l’équipe!

Peu contraignant et enrichissant

La grande majorité des organismes ne demande ni formation ni aptitude particulière. Être investi et apprécier le contact humain sont à peu près les seules qualités recherchées. De plus, les activités proposées ne seront jamais chronophages: seulement quelques heures par mois.

Si vous cherchez une expérience peu astreignante mais enrichissante, consultez le site SSMU Volunteer Service (Service de volontariat de l’AÉUM, ndlr) qui recense une multitude d’opportunités de bénévolat dans la région montréalaise. 

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Un regard sur… https://www.delitfrancais.com/2016/09/20/un-regard-sur/ Tue, 20 Sep 2016 13:05:12 +0000 http://www.delitfrancais.com/?p=25757 Pour ceux qui n’étaient pas encore partis en weekend vendredi dernier, vous avez peut-être eu la chance d’apercevoir sur Lower Field les festivités autochtones — Pow Wow — dans le cadre de la Semaine de sensibilisation aux cultures autochtones de McGill. Autrefois l’occasion de célébrer les exploits guerriers, le Pow Wow est devenu un événement de célébration culturelle.

Faire vivre leur héritage culturel et le partager n’est pas le seul but de cette sixième édition de la semaine organisée par le Bureau de l’éducation pour l’équité sociale et la diversité (SEDE, ndlr) de McGill. Il s’agit avant tout de sensibiliser les étudiants aux enjeux sociaux, politiques et économiques auxquels font face les populations autochtones.

Huit ans après la mise en place du Comission de vérité et de Réconciliation censé apporter réponse et réparation aux sévices subis par les anciens élèves des pensionnats du gouvernement canadien entre 1880 et 1996, les communautés autochtones se battent toujours pour pallier les répercussions d’un génocide culturel souvent méconnu du grand public.

Le Délit a sélectionné quelques clichés pour revenir sur cette journée.

a-powow4Vittorio Pessin | Le Délit

Ci-dessus Les danses traditionnelles sont, au sein des communautés autochtones, remplies de symboles. Rite de passage, description d’une chasse ou d’un haut fait de guerre, ou encore tableau des événements de la vie quotidienne, sont autant d’histoires et faits dansés et célébrés. Autre symbole important dans cette image: les danseurs foulent un sol qui n’est plus le leur. En effet, McGill se situe sur un territoire non cédé, celui du village Hochelaga, ayant été occupé pendant longtemps par une des six nations de la confédération iroquoise, le peuple Mohawk.

a-powwow2Vittorio Pessin | Le Délit

Ci-dessus «Transmettre nos traditions aux futures générations est pour nous une étape importante dans notre parcours vers la guérison» confie une femme autochtone lors des compétitions de chants de gorge — jeux vocaux traditionnellement pratiqués par les femmes inuits.

a-powwow1Vittorio Pessin | Le Délit

Ci-dessus Un dialogue inter-culturel qui tend vers la réconciliation et cherche à combler beaucoup d’ignorance sur la place des populations autochtones dans la société canadienne.

a-powow3Vittorio Pessin | Le Délit

Ci-dessus La vente d’objets d’art et d’artisanat autochtones renforce le partage de culture recherché lors de cet événement, mais est surtout une source de revenus cruciale pour ces communautées dont le taux de chômage est beaucoup plus élevé que les non-autochtones.

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Votre université a du génie https://www.delitfrancais.com/2016/09/13/votre-universite-a-du-genie/ Wed, 14 Sep 2016 00:50:57 +0000 http://www.delitfrancais.com/?p=25678 En matière d’engagement politique, la participation au processus électoral reste un baromètre efficace pour mesurer la mobilisation citoyenne. L’intention de vote tend toutefois à s’essouffler auprès des personnes désavantagées sur le plan économique et social. En 2013, ce sont en effet les adultes, les titulaires d’un diplôme universitaire, les personnes aux revenus élevés et propriétaires qui étaient les plus susceptibles d’avoir voté lors des dernières élections fédérales.

Les «démobilisés» forment le segment de population auquel s’intéresse Valérie-Anne Mahéo, doctorante en sciences politiques à McGill. Ayant déjà entrepris plusieurs études sur la motivation en politique et les raisons qui incitent les individus à s’investir politiquement, elle a décidé d’examiner si l’accès à des outils interactifs via Internet — par où se passe désormais une grande partie de l’éducation politique — aurait quelconque effet sur l’intention de vote.

L’étude en deux mots, à peine

Valérie-Anne Mahéo s’est rendue dans un quartier à démographie diverse afin de proposer à plus d’une centaine de personnes d’utiliser la Boussole Électorale. Cet outil instructif  permet, au travers d’un questionnaire en ligne, de découvrir son positionnement sur le spectre politique. Par la suite, elle a questionné ces personnes pour établir le degré d’influence de ce type d’outil pédagogique sur leur intérêt envers la politique et leur motivation à voter.

Résultats convaincants et prometteurs

Faisant la différence entre les individus déjà politisés — et donc plus à même d’utiliser ces sites interactifs et éducatifs — et les personnes moins intéressées qui sont souvent peu enclines à trouver ces ressources, Mme. Mahéo a constaté que l’intérêt et la motivation pour voter était plus forte et présente auprès des individus a priori moins politisés après avoir utilisé la Boussole Électorale. Elle remarque une augmentation de 13% de leur intention de voter — une hausse considérable.

L’étude nécessiterait un échantillon de personnes plus important, mais les conclusions sont prometteuses. La de démocratisation de cette forme d’éducation politique qui tire profit des nouvelles technologies permettrait donc de combler les inégalités socio-économiques en matière d’engagement politique. D’autre part, les jeunes étant de grands utilisateurs des NTIC (Nouvelles Technologies de l’Information et de la Communication) et réalisant une faible participation lors des élections, la sensibilisation politique faite par les militants et/ou politiciens aurait tout intérêt à se faire davantage sur la toile. 

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