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	<title>Archives des 2022-02-16 - Le Délit</title>
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	<link>https://www.delitfrancais.com/edition_categorie/2022-02-16/</link>
	<description>Le seul journal francophone de l&#039;Université McGill</description>
	<lastBuildDate>Sat, 19 Feb 2022 18:14:58 +0000</lastBuildDate>
	<language>fr-FR</language>
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	<item>
		<title>Derrière la façade d’excellence</title>
		<link>https://www.delitfrancais.com/2022/02/16/derriere-la-facade-dexcellence/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Louise Toutée]]></dc:creator>
		<pubDate>Wed, 16 Feb 2022 13:00:12 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Enquêtes]]></category>
		<category><![CDATA[Slider]]></category>
		<category><![CDATA[Société]]></category>
		<category><![CDATA[condition de stage]]></category>
		<category><![CDATA[faculté]]></category>
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		<category><![CDATA[médecine]]></category>
		<category><![CDATA[santé mentale]]></category>
		<category><![CDATA[SUICIDE]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>Enquête sur la santé mentale des étudiant·e·s de la Faculté de médecine.</p>
<p>L’article <a href="https://www.delitfrancais.com/2022/02/16/derriere-la-facade-dexcellence/" data-wpel-link="internal">Derrière la façade d’excellence</a> est apparu en premier sur <a href="https://www.delitfrancais.com" data-wpel-link="internal">Le Délit</a>.</p>
]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[
<p class="has-drop-cap">Le 14 janvier dernier, la Faculté de médecine de l’Université McGill annonçait dans un courriel à ses membres le décès d’une de ses étudiant·e·s de quatrième année. Trois jours plus tard, avec l’autorisation de la famille de l’étudiante, un second courriel communiquait que celle-ci s’était enlevé la vie. Cette nouvelle a plongé la communauté médicale de McGill «dans une période de deuil», a déclaré au <em>Délit</em> la Dre Mélanie Mondou, responsable des études de premier cycle en médecine. Sur Facebook, plusieurs associations étudiantes dont l’étudiante avait fait partie ont publié des lettres de condoléances.&nbsp;</p>



<p>Cet événement funeste vient s’inscrire dans une tendance qui préoccupe depuis bien des années: celle de la prévalence particulièrement élevée de suicides et de détresse psychologique chez les étudiant·e·s en médecine. La défunte, une militante active, avait notamment à cœur la question des conditions de travail des membres de la Faculté. Plusieurs de ses ami·e·s, qui se sont confié·e·s au <em>Délit</em>, souhaiteraient reprendre ses revendications et remettre en lumière les conditions difficiles avec lesquelles doivent composer les étudiant·e·s de ce programme à la réputation redoutable. <em>Le Délit </em>a enquêté.</p>



<p><strong>Les conditions de stages</strong></p>



<p>À McGill, le programme de médecine se divise en deux étapes. Au cours de la première, dite préclinique, les étudiant·e·s suivent des cours théoriques sur les différentes pathologies et sur la pratique de la médecine qui s’échelonnent sur un an et demi. Par la suite, c’est l’externat: les étudiant·e·s vont travailler deux ans en milieu hospitalier en suivant des «rotations», des périodes de deux mois passées dans une seule spécialité à la fois.&nbsp;</p>



<p>Lors de la préclinique, le rythme de l’apprentissage peut être effréné, selon Jeanne*, une étudiante en première année. En effet, les étudiant·e·s couvrent en un an et demi un cursus que ceux·lles d’autres universités québécoises peuvent prendre jusqu’à trois ans pour compléter. «La relation au temps est complètement malsaine», témoigne-t-elle. Tout son temps est organisé dans l’optique de passer ses cours. Même ses moments de repos sont pris dans l’objectif de pouvoir étudier de manière plus efficace par la suite. «C’est sincèrement un sentiment qui fait physiquement mal. Tu es tellement écœurée que tu le ressens dans ton corps.»&nbsp;</p>



<blockquote class="wp-block-quote has-text-align-center is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow"><p>«Les étudiant·e·s de médecine en externat sont plus de deux fois plus susceptibles d’avoir des idéations suicidaires depuis leur arrivée dans le programme que leurs collègues en phase préclinique. Cette proportion s’élève à 25% des étudiant·e·s en externat»</p><cite>Sondage de la FMEQ, 2020</cite></blockquote>



<p>Malgré l’intensité académique de ces premières années, pour plusieurs, c’est l’entrée à l’externat qui est l’étape la plus difficile. «On arrive avec notre bagage de cours théoriques, tout excité·e·s d’enfin aller sur le terrain, et on se fait ramasser par le tsunami qu’est l’externat, témoigne Geneviève Peel, étudiante en quatrième année. Moi, je n’avais jamais vu ça venir.» Un <a href="https://fmeq.ca/documents/" target="_blank" rel="noreferrer noopener external" data-wpel-link="external">récent sondage</a> de la Fédération médicale étudiante du Québec (FMEQ) paru en 2020 a révélé que les étudiant·e·s de médecine en externat sont plus de deux fois plus susceptibles d’avoir des idéations suicidaires depuis leur arrivée dans le programme que leurs collègues en phase préclinique. Cette proportion s’élève à 25% des étudiant·e·s en externat.</p>



<p>La première chose qui frappe les étudiant·e·s est le nombre d’heures exigées par ces stages. La <a href="https://www.mcgill.ca/ugme/fr/politiques-et-procedures/politique-sur-la-charge-de-travail" target="_blank" rel="noreferrer noopener external" data-wpel-link="external">Politique sur la charge de travail</a> (<em>Workload policy</em>) de McGill, le document qui encadre les conditions de travail des externes, fixe le maximum d’heures de travail permis à 16 heures par jour et 72 heures par semaine. Cela inclut les gardes, ces quarts de travail de soirée ou de fin de semaine servant à assurer une permanence du service, mais n’inclut pas les déplacements ou pauses dîner, et c’est aussi sans compter les travaux scolaires toujours exigés des étudiant·e·s en externat. Ces limites sont rarement atteintes, mais cela peut arriver à plusieurs reprises au cours d’une rotation. Élise Girouard-Chantal, une étudiante de quatrième année, affirme faire plusieurs fois par mois des journées de 12 heures de travail et se considère malgré tout chanceuse. «16 heures par jour plus les gardes, c’est malsain», tranche-t-elle. Même son de cloche chez Élisabeth*, étudiante de troisième année, qui raconte avoir dû faire des quarts de travail de 14 à 16 heures plusieurs fois par mois durant certaines rotations.</p>



<p>En plus d’être surchargé, cet horaire de travail est aussi très imprévisible et est hors du contrôle des étudiant·e·s. «Tu ne sais jamais à quelle heure tu vas finir», témoigne Lexi*, une étudiante de troisième<em> </em>année, qui mentionne que les médecins décident parfois de les retenir en donnant des cours ou les libèrent tôt dans la journée. Les médecins arrivent aussi parfois plusieurs heures après le début du quart des externes. Il est déjà arrivé à Frédérique*, une étudiante de troisième année, de se déplacer et d’arriver à l’hôpital pour apprendre que le médecin avait annulé ses cliniques sans l’avertir. «Notre temps n’est pas apprécié et respecté», affirme–t‑elle. Lexi considère de son côté que les médecins sont généralement compréhensif·ve·s et font attention à ne pas briser le moral des externes, bien que cela varie entre les rotations et entre les médecins – un avis que partage Élisabeth.</p>



<blockquote class="wp-block-quote has-text-align-center is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow"><p>«Le but, c’est de détourner l’objectif d’apprentissage des externes pour faire d’eux une main-d’œuvre gratuite»</p><cite>Samuel, étudiant en quatrième année</cite></blockquote>



<p>Plusieurs affirment que ces longues périodes de travail ne sont pas utilisées de la meilleure manière du point de vue de l’apprentissage. Les étudiant·e·s se voient attribuer diverses tâches administratives pour soutenir les médecins, comme prendre des notes ou aller chercher des objets. «On se sent comme des secrétaires», témoigne Frédérique. À l’inverse, il arrive que les étudiant·e·s mènent les consultations seul·e·s alors que leurs superviseur·e·s travaillent dans leur bureau, explique-t-elle. Ceux·lles-ci sont alors payé·e·s pour la consultation en plus d’obtenir un bonus d’enseignement. Plutôt que de se soucier de leur apprentissage, certain·e·s médecins semblent ainsi considérer les externes uniquement comme des employé·e·s supplémentaires, qui devraient être capables de travailler avec peu ou pas d’explications. Plusieurs étudiant·e·s ont en effet l’impression de ne pas avoir droit à l’erreur. «Dès que tu arrives dans un milieu, c’est attendu de toi qu’après les premières 30 minutes où on t’explique où sont les choses, tu fonctionnes normalement, explique Geneviève. Je suis encore à l’école! Je ne suis pas encore médecin, je suis ici pour apprendre.» </p>



<p>Pour Samuel, cela ne fait pas de doute: les externes sont utilisé·e·s pour pallier au problème du manque de main-d’œuvre dans le système de santé. «Le but, explique-t-il, c’est de détourner l’objectif d’apprentissage des externes pour faire d’eux une main-d’œuvre gratuite». Frédérique abonde dans le même sens: dans certains stages, selon elle, les étudiant·e·s «payent pour faire des semaines de 60 heures». Malgré cela, plusieurs se sentent forcé·e·s de faire davantage que ce qui leur est demandé. Après l’obtention de leur diplôme universitaire, les étudiant·e·s doivent appliquer pour la résidence, un processus extrêmement compétitif. La majorité de leurs notes durant la deuxième moitié de leur diplôme proviennent des évaluations par leurs superviseur·e·s de stage. «On est évalué·e·s littéralement chaque minute de nos deux ans d’externat», témoigne Élise. Selon elle, cela mène non seulement à un climat compétitif toxique, mais également à une culture de la performance où les étudiant·e·s n’osent pas faire part de leur épuisement par crainte de recevoir une mauvaise évaluation. «Il y a une culture du don de soi, explique Samuel, qui est vraiment incompatible avec le fait de mentionner ses limites.» Geneviève, quant à elle, raconte que l’un de ses amis a été surpris par une évaluation très négative après un stage qui semblait s’être bien passé. Il y était inscrit que son ami «manquait fortement de motivation et d’initiative». Le superviseur a justifié son évaluation en disant que l’étudiant ne s’était pas porté volontaire pour faire des gardes les fins de semaines, hors de ses horaires de stage. Pourtant, personne ne lui avait indiqué que cela était attendu de lui. «Pour certains superviseurs, c’est ça la motivation: c’est d’indiquer que tu n’as pas de limites, et que des congés, t’en a pas besoin», conclut Geneviève.</p>



<p>Malgré ces hautes attentes, les externes ne sont pas toujours traité·e·s avec respect. «Souvent, je suis l’étudiante en médecine de service, raconte Frédérique. On n’apprend même pas mon nom.» Plusieurs employé·e·s feraient preuve d’insensibilité envers les étudiant·e·s: certain·e·s médecins leur crieraient après, les insulteraient, ou feraient des remarques sexistes sans que qui que ce soit ne se porte à la défense des étudiant·e·s, raconte-t-elle. Des résident·e·s lui ont aussi déjà dit qu’elle ne devrait pas parler en leur présence, car elle ne «connaît pas les <em>affaires</em>».</p>



<p><strong><strong>Une logistique qui manque de flexibilité</strong></strong></p>



<p>Alors que la charge de travail des étudiant·e·s en médecine est considérable, ceux·lles-ci peine à planifier leurs moments de repos. Beaucoup dénoncent les barrières logistiques lorsque vient le temps de faire des demandes de congés ou d’absences motivées. Les modalités d’absence de la Faculté de médecine, prévues dans la <a href="https://www.mcgill.ca/ugme/files/ugme/2020-01-31_absences_and_leaves_policy_fr.pdf" target="_blank" rel="noreferrer noopener external" data-wpel-link="external">Politique des études médicales de premier cycle sur les absences et congés</a>, sont pour le moins complexes. Toutes les requêtes doivent être justifiées à l’aide de la documentation pertinente, sauf les congés pour raisons personnelles (<em>personal days</em>). Ceux-ci doivent toutefois être demandés au moins 42 jours à l’avance et ne sont pas accordés s’ils tombent le jour d’une activité obligatoire évaluée.</p>



<p>Tous·tes les étudiant·e·s interrogé·e·s par <em>Le Délit </em>dénoncent le manque de flexibilité et la sévérité de la politique d’absentéisme. Frédérique raconte avoir dû prouver qu’elle avait des rendez-vous médicaux à plusieurs reprises cette année. «On nous fait confiance comme on ferait confiance à des enfants», dit-elle. L’étudiante de troisième année a récemment vu sa demande de congé personnel pour deux jours de juin 2022 refusée, en raison d’une conférence obligatoire qui se tiendra à ce moment-là. Une autre demande de congé, qu’elle avait faite 40 jours à l’avance pour pouvoir assister au mariage de son ami dont la date avait été déplacée, a aussi été refusée. Pour Allison*, étudiante de troisième année, l’exigence de préavis de 42 jours pour les demandes de congés personnels est tout simplement incompatible avec le discours sur la santé mentale de la Faculté. «<em>Cette politique est incroyablement rigide et ne laisse aucune place aux problèmes de santé mentale.</em>» De l’autre côté, souligne Jeanne, la Faculté peut annuler une activité le jour même de son déroulement si le médecin responsable n’est pas disponible. L’étudiante reconnaît que les patient·e·s de ce·tte médecin sont prioritaires, mais elle considère que la Faculté devrait s’assurer que ses professeur·e·s soient en mesure de s’acquitter de leurs obligations envers les étudiant·e·s.</p>



<blockquote class="wp-block-quote has-text-align-center is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow"><p>«Une autre demande de congé, qu’elle avait faite 40 jours à l’avance pour pouvoir assister au mariage de son ami dont la date avait été déplacée, a aussi été refusée»</p></blockquote>



<p>Pour Élise, ces politiques inflexibles inculquent aux étudiant·e·s qu’il·elle·s n’ont pas droit à l’erreur, une mentalité qui serait toujours très présente dans le monde médical. «Si tu veux un congé maladie, mais que tu soumets la demande une minute en retard, c’est automatiquement un <em>red flag</em> de professionnalisme, et tu dois rencontrer un officier disciplinaire pour expliquer ta faute». Allison raconte que la Faculté envoie souvent des courriels au ton très dur décrivant les conséquences graves liées à des absences non approuvées ou des devoirs incomplets, sans chercher à comprendre ce qui entraîne ces manquements. «<em>Mes collègues et moi avons souvent reçu des courriels indiquant que nous allions échouer un cours ou recevoir un red flag. C’est souvent dû à un malentendu, et ça demande beaucoup d’efforts inutiles de notre part pour rectifier la situation.</em>» Selon Élise, toutes ces réprimandes font que les étudiant·e·s ne se sentent pas soutenu·e·s par la Faculté, mais plutôt «guetté·e·s, pour le moment où on fait un faux pas». </p>



<p><strong>Qui soigne nos futur·e·s médecins?</strong></p>



<p>Selon le <a href="https://www.macleans.ca/education/canadas-best-medical-doctoral-universities-rankings-2022/" target="_blank" rel="noreferrer noopener external" data-wpel-link="external">classement Maclean’s</a> de 2022, qui compare les universités canadiennes dotées de facultés de médecine, McGill se trouve au 13<em>e</em> rang sur 15 en ce qui a trait aux services aux étudiant·e·s (à égalité avec l’Université de Montréal), alors qu’elle se classe au premier rang<strong><span class="has-inline-color has-actu-color"> </span></strong>du classement général. Depuis 2011, la Faculté de médecine et des sciences de la santé de McGill dispose pourtant d’un bureau de soutien aux étudiant·e·s connu sous le nom de Bureau SOURCES (Soutien et ressources-conseils aux études en santé). Le Bureau offre divers services comme des ateliers de bien-être et des consultations avec des professionnel·le·s de la santé mentale. Les étudiant·e·s contacté·e·s par <em>Le Délit</em> s’entendent tous·tes pour dire que les employé·e·s du Bureau SOURCES font un excellent travail. Frédérique raconte qu’elle a pu prendre un rendez-vous très rapidement dans une plage horaire réservée aux urgences une semaine où elle n’allait vraiment pas bien. La thérapeute lui a cependant indiqué qu’elle ne pouvait la voir que cinq à dix fois par année et que le prochain rendez-vous disponible était un mois et demi plus tard. Selon l’étudiante, le nombre de rendez-vous et les disponibilités sont insuffisants pour traiter un problème de santé mentale. Lexi, quant à elle, a pensé prendre un rendez-vous avec le Bureau SOURCES pour un problème personnel, mais le délai pour obtenir une consultation était de plus d’un mois. Elle a laissé tomber, doutant que le problème la préoccuperait encore au moment du rendez-vous. Elle n’a pas osé prendre un rendez-vous d’urgence, confiant ne jamais s’être sentie «comme si c’était [elle], l’urgence».&nbsp;</p>



<p>Pour plusieurs, ces longs délais s’expliquent entre autres par le manque de ressources allouées au Bureau SOURCES. En effet, une seule psychothérapeute est attitrée aux quatre cohortes d’étudiant·e·s de premier cycle en médecine évoluant sur le campus du centre-ville, qui représentent un corps étudiant de plus de 700 individus. De son côté, Jeanne raconte qu’elle a pu obtenir une consultation rapidement avec la conseillère en bien-être du Campus de l’Outaouais, Melina Kanaan, <a href="https://www.mcgill.ca/thewelloffice/contactus" target="_blank" rel="noreferrer noopener external" data-wpel-link="external">dorénavant disponible</a> pour les étudiant·e·s du campus de Montréal, une information qu’elle juge méconnue.</p>



<blockquote class="wp-block-quote has-text-align-center is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow"><p>«Je peux parler aussi longtemps que je veux du rythme de vie malsain en médecine [à un·e thérapeute], mais ça n’aura pas pour effet de changer ce rythme de vie»</p><cite>Jeanne, étudiante en première année</cite></blockquote>



<p>Malgré la qualité des consultations offertes par le Bureau SOURCES, des étudiant·e·s sont d’avis qu’il s’agit d’une solution partielle. «C’est un pansement, explique Élise, une béquille pour un problème systémique qui est dans la culture du monde médical, ancré dans nos conditions de travail.» La rapidité avec laquelle les étudiant·e·s en préclinique doivent compléter leur cours doit aussi être remise en question, selon Jeanne. «Je peux parler aussi longtemps que je veux du rythme de vie malsain en médecine [à un·e thérapeute], mais ça n’aura pas pour effet de changer ce rythme de vie», explique-t-elle. Frédérique souligne par ailleurs que le Bureau SOURCES n’a pas le pouvoir d’accorder des pauses aux étudiant·e·s, sans que cela les menacent de couler leurs rotations. Le bureau manque aussi de pouvoir pour donner des accommodements. Lorsqu’Élisabeth, qui vit avec une maladie chronique, a commencé son externat, les accommodements qu’elle avait en préclinique n’ont pas pu être renouvelés, malgré un mot de son médecin.</p>



<p>En entrevue avec <em>Le Délit</em>, la Dre Mélanie Mondou a déclaré que le Bureau SOURCES a comme objectif de prendre en charge les étudiant·e·s à court et à moyen terme pour les enjeux de santé mentale. Dans les cas où un suivi à long terme est nécessaire, la Dre Mondou conseille plutôt de faire appel au système de santé hors McGill. La directrice de programme a aussi affirmé que les membres de la Faculté sont «très soucieux·euses du bien-être» des étudiant·e·s en raison des liens tissés au cours du programme.&nbsp;</p>



<p>Plusieurs initiatives ont été organisées, tant par la Faculté que par l’Association des Étudiant(e)s en Médecine (<em>Medical Students Society, </em>MSS) pour soutenir la santé mentale des étudiant·e·s. Mais ces initiatives sont insuffisantes ou inadéquates, selon les personnes interrogées. Jeanne raconte qu’à chaque bloc du préclinique, un après-midi bien-être est organisé avec diverses conférences. «La dernière chose que j’ai envie de faire pour ma santé mentale, raconte-t-elle, c’est de m’asseoir devant mon écran un après-midi complet. Ce que je veux, c’est avoir du temps libre.» Lexi qualifie le curriculum bien-être du programme, qui contient des cours de nutrition et de méditation, de «bien-être imposé». «En préclinique, c’était une pause de cerveau. Maintenant, [les formations] se font sentir très forcées.» L’ancien vice-président Bien-être de MSS, Charles Lepage, a apporté quelques modifications à ces cours durant son mandat. La même année, le MSS a créé le Réseau de soutien des pairs. Cette initiative visait à offrir une oreille attentive de la part de quelques étudiant·e·s formé·e·s en écoute active et en prévention du suicide.</p>



<p>Les diverses associations étudiantes militent aussi depuis un certain temps pour l’amélioration des conditions des étudiant·e·s en médecine. En 2011, la FMEQ, qui représente les quatre facultés de médecine de la province, a publié une <a href="https://fmeq.ca/charte-du-bien/" target="_blank" rel="noreferrer noopener external" data-wpel-link="external">Charte de bien-être des externes</a>, visant à encadrer leurs conditions de travail. Celle-ci recommande notamment de limiter le temps de travail quotidien des externes à dix heures; la moitié des facultés ne respectent toujours pas cette demande.</p>



<p>«C’est difficile de faire un front commun efficace, raconte Samuel, à cause de la variabilité des conditions de travail.» Selon Élise et lui, deux ancien·e·s membres de la FMEQ, les campus québécois se sont en quelque sorte divisés les torts. Par exemple, les étudiant·e·s de McGill bénéficient de «journées personnelles», contrairement à Sherbrooke et Laval, mais ont «incontestablement les pires limites d’heures» pour les externats. «Ça leur permet de toujours avoir un levier contre les critiques, explique Samuel, en disant: “Oui mais vous, vous avez le droit à ça, est-ce que vous comprenez votre chance?”».</p>



<p><strong>À deux doigts du <em>burnout</em></strong></p>



<p>Les conditions de travail exigeantes ainsi que les hautes attentes académiques semblent affecter la santé mentale des étudiant·e·s. Le sondage de la FMEQ, réalisé auprès de 497 étudiant·e·s de premier cycle en médecine (dont 70% en préclinique) révélait que 20% d’entre eux·lles considéraient que leur santé mentale s’était dégradée depuis le début de leurs études en médecine. 21% d’entre eux·lles qualifiaient plutôt leur santé mentale de passable. Une majorité des étudiant·e·s (58%) a toutefois révélé avoir une bonne santé mentale.&nbsp;</p>



<p>Frédérique révèle qu’elle est médicamentée contre l’anxiété depuis son entrée en<strong><span class="has-inline-color has-actu-color"> </span></strong>préclinique, il y a trois ans. Toujours selon le sondage de la FMEQ, 17% de ses collègues québécois·es seraient également aux prises avec des troubles anxieux. «Souvent, je me demande ce que je fais là, ça ne me tente pas d’être là – surtout que c’est long, la médecine. Ça représente beaucoup d’années sans salaire à me faire traiter comme une moins que rien», raconte l’étudiante. Elle a cependant développé des mécanismes de protection: elle a renoncé à atteindre la perfection et souligne aussi l’importance du soutien de ses proches, sans lequel elle aurait probablement abandonné.&nbsp;«Je n’aime pas vivre en ce moment, confie Jeanne de son côté. Ce n’est pas normal que tout le monde soit à bout, qu’il y ait un haut taux de suicide dans le programme.»&nbsp;&nbsp;</p>



<blockquote class="wp-block-quote has-text-align-center is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow"><p>«On peine à supporter nos amis quand ça ne va pas, parce qu’on est trop occupés nous-même à garder la tête au-dessus de l’eau»</p><cite>Élise, étudiante en quatrième année</cite></blockquote>



<p>L’annonce du décès d’une étudiante a ramené le sujet de la santé mentale dans les discussions de certain·e·s étudiant·e·s, brisant quelque peu les façades d’excellence et de contrôle. «Les dernières semaines, on a réalisé en se parlant les uns avec les autres – malheureusement à cause de ce qui s’est passé – qu’on est vraiment tous·tes à deux doigts du <em>burn out</em>», raconte Geneviève, qui était proche de l’étudiante décédée. «On peine à supporter nos ami·e·s quand ça ne va pas, raconte Élise, parce qu’on est trop occupés nous-même à garder la tête au-dessus de l’eau.»</p>



<p>Pourtant, de nombreuses pistes de solution existent, selon les étudiant·e·s interrogé·e·s par <em>Le Délit</em>. Il·elle·s ont entre autres proposé de donner plus de ressources et de pouvoirs au Bureau SOURCES; assouplir les processus bureaucratiques autour des demandes de congés et faire davantage confiance aux étudiant·e·s. Certain·e·s aimeraient également avoir la possibilité de compléter l’étape préclinique en plus d’un an et demi si désiré. Cela est par exemple possible à l’Université Laval, où les étudiant·e·s peuvent faire leurs cours théoriques avant l’externat en deux ans, deux ans et demi ou trois ans. Un étudiant de l’Université Laval contacté par <em>Le Délit </em>raconte avoir choisi de compléter ses cours précliniques en deux ans et demi, ce qui lui a permis de prendre une session de congé pour partir voyager avant de commencer l’externat.&nbsp;</p>



<blockquote class="wp-block-quote has-text-align-center is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow"><p>«Les conditions dans le programme de médecine ne découragent pas la majorité des étudiant·e·s de poursuivre cette vocation: selon le sondage de la FMEQ, 92% des étudiant·e·s choisiraient encore de devenir médecin s’il·elle·s pouvaient revenir en arrière»</p></blockquote>



<p>Mais plusieurs de ces changements, notamment ceux concernant les conditions de stage, impliquent un changement de culture plus profond. «Chez certain·e·s médecins, il y a une culture de “Moi j’ai mordu la poussière, j’ai travaillé 100 heures par semaine quand j’étais en résidence, c’est à ton tour”», affirme Geneviève. Les conditions difficiles de l’externat seraient donc vues par certain·e·s comme un rite de passage. Il y aussi, selon elle, une certaine complaisance de la part du personnel médical. «Le système d’éducation médical fonctionne en ce moment: il produit des médecins. Selon nous, on ne devient pas les meilleur·e·s médecins qu’on pourrait être, parce qu’on sort de l’école complètement brûlé·e·s, mais [le système] fonctionne.» Lors d’une conférence donnée par des médecins, réunissant toute sa cohorte pour parler entre autres de bien-être, Frédérique raconte que l’un des médecins a partagé sa pire expérience en tant qu’étudiant – lorsqu’un médecin lui a dit qu’il n’avait pas sa place en médecine et qu’il allait devenir un mauvais médecin – avant d’affirmer avoir un collègue ayant des discours similaires. «Je lui ai demandé pourquoi il ne dénonçait pas ces comportements. Ça a créé un froid, et ils ont mis fin à la conférence plus tôt que prévu», raconte-t-elle. Lors d’un autre événement virtuel, Jeanne raconte qu’un médecin a présenté ses condoléances par rapport au récent suicide, partageant qu’il y a en avait eu deux dans sa propre cohorte d’étude. «Combien de suicides, demande Frédérique, va-t-il falloir pour que les choses changent?»</p>



<p>Ultimement, les conditions dans le programme de médecine ne découragent pas la majorité des étudiant·e·s de poursuivre cette vocation: selon le sondage de la FMEQ, 92% des étudiant·e·s choisiraient encore de devenir médecin s’il·elle·s pouvaient revenir en arrière. «On est tous des étudiant·e·s motivé·e·s qui veulent fondamentalement, profondément devenir médecin, insiste Élise, mais on veut qu’il y ait un changement qui s’instaure dans la culture.» Geneviève ajoute qu’il·elle·s veulent surtout être de bon·ne·s médecins. «On veut que les soins donnés à nos patient·e·s soient optimaux. Mais on n’est pas à notre meilleur quand on est brûlé·e·s comme ça. Personne n’est à son meilleur quand on est à deux doigts de l’écroulement total.»</p>



<p><em>Si vous avez besoin de soutien, si vous avez des idées suicidaires ou si vous êtes inquiet·ète pour un·e de vos proches, appelez le 1 866-APPELLE (1 866 277‑3553) pour parler à un·e intervenant·e en prévention du suicide. D’autres ressources sont aussi disponibles pour les étudiant·e·s de l’Université McGill: </em></p>



<p><em>Bureau SOURCES: <a href="https://www.mcgill.ca/thewelloffice/fr" data-wpel-link="external" target="_blank" rel="external noopener noreferrer">https://www.mcgill.ca/thewelloffice/fr</a></em></p>



<p><em>Peer-support center: <a href="https://psc.ssmu.ca/about-us/" data-wpel-link="external" target="_blank" rel="external noopener noreferrer">https://psc.ssmu.ca/about-us/</a></em></p>



<p><em>Keep.me SAFE: <a href="https://ssmu.ca/blog/2020/03/mental-health-resource-available-keep-mesafe/" data-wpel-link="external" target="_blank" rel="external noopener noreferrer">https://ssmu.ca/blog/2020/03/mental-health-resource-available-keep-mesafe/</a></em></p>



<p>*Nom fictif</p>



<p></p>



<p><em>Une version antérieure de cet article affirmait que le type de services offert par le Bureau SOURCES était unique dans la province. Or, certaines ressources similaires sont offertes ailleurs au Québec, par exemple par la Direction des affaires étudiantes de la Faculté de médecine de l’Université Laval. Il était aussi affirmé que le maximum d’heures de travail fixé à 16 heures par jour par la Politique sur la charge de travail n’incluait pas les gardes. </em>Après vérification, les gardes sont incluses dans le calcul des heures de travail permises par la Politique.</p>
<p>L’article <a href="https://www.delitfrancais.com/2022/02/16/derriere-la-facade-dexcellence/" data-wpel-link="internal">Derrière la façade d’excellence</a> est apparu en premier sur <a href="https://www.delitfrancais.com" data-wpel-link="internal">Le Délit</a>.</p>
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		<item>
		<title>La réponse de l’AÉFA sur le retour en présentiel</title>
		<link>https://www.delitfrancais.com/2022/02/16/la-reponse-de-laefa-sur-le-retour-en-presentiel/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Thomas Fridmann]]></dc:creator>
		<pubDate>Wed, 16 Feb 2022 13:00:00 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Actualités]]></category>
		<category><![CDATA[Campus]]></category>
		<category><![CDATA[En bref]]></category>
		<category><![CDATA[AÉFA]]></category>
		<category><![CDATA[bryan buraga]]></category>
		<category><![CDATA[COVID-19]]></category>
		<category><![CDATA[grève]]></category>
		<category><![CDATA[H2022]]></category>
		<category><![CDATA[Hiver 2022]]></category>
		<category><![CDATA[McGill]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>Au terme d’une assemblée générale, la motion de grève présentée à l’AÉFA n’est pas passée, mais a vu plusieurs amendements être proposés.</p>
<p>L’article <a href="https://www.delitfrancais.com/2022/02/16/la-reponse-de-laefa-sur-le-retour-en-presentiel/" data-wpel-link="internal">La réponse de l’AÉFA sur le retour en présentiel</a> est apparu en premier sur <a href="https://www.delitfrancais.com" data-wpel-link="internal">Le Délit</a>.</p>
]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[
<p class="has-drop-cap">L’Association étudiante de la Faculté des Arts (AÉFA) a tenu le 2 février dernier une assemblée générale de grève. L’assemblée avait été convoquée après qu’une pétition déposée par l’ancien président de l’Association étudiante de l’Université McGill (AÉUM) Bryan Buraga ait dépassé le nombre requis de 200 signatures de membres de l’AÉFA. Les étudiants présents ont pu délibérer sur l’adoption d’une <a href="https://docs.google.com/document/d/1WPD3RlBOe48hFriBqgznuoDDKm0njlLxQqcCQUqY0w4/edit" target="_blank" rel="noreferrer noopener external" data-wpel-link="external">motion</a> de grève en opposition au retour en présentiel dans les conditions jugées insatisfaisantes qu’impose l’Université McGill. La motion n’a ni été adoptée, ni soumise au vote, car le quorum<strong> </strong>requis<strong> </strong>de 500 personnes n’a pas été atteint. Les amendements proposés n’ont pas été ratifiés, puisque la participation minimale de 8% des membres de l’AÉFA n’a pas été franchie.</p>



<p>Cette assemblée faisait suite à d’autres consultations de l’AÉFA, qui avait notamment tenu le 21 janvier dernier une <a href="https://docs.google.com/document/d/19vI9BTV5I_yATSX1IMPLpFl0e8cF7DFKMlK-txbmVAE/edit?fbclid=IwAR2M6pM1Oja3-yPkzZr2IpvhTYAGSk-fKYdS1k6HLv45133GV_EGjKov2wM" target="_blank" rel="noreferrer noopener external" data-wpel-link="external">assemblée publique</a> virtuelle afin de répondre aux questions et d’entendre les préoccupations des étudiants sur le retour en présentiel. Une nette opposition au retour en présentiel avec les modalités instaurées par l’Université s’était ainsi démarquée auprès de la cinquantaine d’étudiants présents – 76% contre, 24% pour.&nbsp;C’était quelques jours après cette assemblée que Bryan Buraga a soumis une pétition à l’AÉFA demandant la convocation d’une assemblée générale de grève le 31 janvier.</p>



<p>L’article 17.4 de la <a href="https://ausmcgill.com/wp-content/uploads/2021/11/AUS-Constitution-2021.pdf" target="_blank" rel="noreferrer noopener external" data-wpel-link="external">constitution</a> de l’AÉFA établit que le nombre de d’étudiants membres requis pour atteindre quorum pour une assemblée générale est de 150. Puisque ce nombre oscillait entre 140 et 160 étudiants présents lors de l’assemblée du 2 février, la motion de grève ne pouvait pas être soumise à un vote. «<em>Malheureusement, il n’y avait pas assez de personnes pour faire passer la grève. Mais cela ne veut pas dire que les étudiants ne sont pas intéressés de réformer le plan de réouverture de l’Université</em>», a expliqué Bryan Buraga au <em>Délit</em>. Cependant, les délibérations ont permis d’amener des modifications à la motion. Parmi les <a href="https://docs.google.com/document/d/1hX_J8dC-uGY-7A0PSQjVrQ7SU6_E2SXE-IZUyfoLaAs/edit" target="_blank" rel="noreferrer noopener external" data-wpel-link="external">amendements proposés</a> se trouvent plusieurs clauses actionnables: une clarification de la position de l’AÉFA, laquelle s’oppose au plan de réouverture actuel de McGill, une déclaration de solidarité avec les étudiants en grève et un mandat pour la création d’un comité de mobilisation de la sécurité COVID. Ce comité de mobilisation aurait été chargé d’organiser une manifestation avant le 18 février afin de soutenir les revendications de<strong><span class="has-inline-color has-culture-color"> </span></strong>la Faculté de droit, de celle des sciences de l’éducation, de l’École de travail social ainsi que des étudiants en grève. 124 membres ont voté en faveur de la motion amendée, 30 se sont abstenus, et 9 s’y sont opposés.&nbsp;</p>



<p>Ces amendements ont été soumis à une ratification au reste des membres de l’AÉFA à travers un bulletin de vote qui était disponible en ligne entre le 7 et le 10 février. Toutefois, le quorum requis de 8% dans l’article 17.6.2 de la <a href="https://ausmcgill.com/wp-content/uploads/2021/11/AUS-Constitution-2021.pdf" target="_blank" rel="noreferrer noopener external" data-wpel-link="external">Constitution</a> pour une ratification virtuelle n’avait pas été atteint, avec seulement <a href="https://www.facebook.com/ElectionsAUS" data-wpel-link="external" target="_blank" rel="external noopener noreferrer">7,2%</a> des membres de l’AÉFA ayant voté.</p>
<p>L’article <a href="https://www.delitfrancais.com/2022/02/16/la-reponse-de-laefa-sur-le-retour-en-presentiel/" data-wpel-link="internal">La réponse de l’AÉFA sur le retour en présentiel</a> est apparu en premier sur <a href="https://www.delitfrancais.com" data-wpel-link="internal">Le Délit</a>.</p>
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		<title>Un fléau social: les inégalités d’accès à la santé</title>
		<link>https://www.delitfrancais.com/2022/02/16/un-fleau-social-les-inegalites-dacces-a-la-sante/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Myriam Bourry-Shalabi]]></dc:creator>
		<pubDate>Wed, 16 Feb 2022 13:00:00 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Actualités]]></category>
		<category><![CDATA[Campus]]></category>
		<category><![CDATA[Discrimination positive]]></category>
		<category><![CDATA[équité]]></category>
		<category><![CDATA[équité en santé]]></category>
		<category><![CDATA[initiatives]]></category>
		<category><![CDATA[McGill]]></category>
		<category><![CDATA[mois de l&#039;histoire des noirs]]></category>
		<category><![CDATA[Santé]]></category>
		<guid isPermaLink="false">https://www.delitfrancais.com/?p=47243</guid>

					<description><![CDATA[<p>Discussion virtuelle sur l’équité en santé et en médecine pour les communautés noires à McGill et ailleurs.</p>
<p>L’article <a href="https://www.delitfrancais.com/2022/02/16/un-fleau-social-les-inegalites-dacces-a-la-sante/" data-wpel-link="internal">Un fléau social: les inégalités d’accès à la santé</a> est apparu en premier sur <a href="https://www.delitfrancais.com" data-wpel-link="internal">Le Délit</a>.</p>
]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[
<p class="has-drop-cap">À l’occasion du Mois de l’histoire des Noir·e·s, une table ronde coordonnée par le Bureau de la responsabilité sociale et de l’engagement communautaire (<a href="https://www.mcgill.ca/med-saceoffice/fr/propos" target="_blank" rel="noreferrer noopener external" data-wpel-link="external">Bureau RSEC</a>) de la Faculté de médecine de l’Université McGill avait lieu le 10 février dernier. La discussion portait sur les enjeux d’équité en santé et en médecine pour les communautés noires, ainsi que sur les initiatives visant à améliorer l’accès aux études supérieures en médecine à McGill pour les candidat·e·s noir·e·s.&nbsp; </p>



<p>La table ronde était modérée par Iyman Ahmed, agente administrative pour le Parcours pour les Candidat·e·s noir·e·s (<em>McGill Black Candidate Pathway</em>), un nouveau programme de discrimination positive ouvert aux candidat·e·s à l’année préparatoire de médecine qui s’identifient comme étant noir·e·s. Les invité·e·s étaient un médecin et trois étudiant·e·s dans le domaine de la santé: Victoire Kpadé, Lashanda Skerrit, Berson Augustin, et D<span class="has-inline-color has-grisfonce-color">r</span> Nicolas Cadet.&nbsp;</p>



<p>Iyman Ahmed a entamé la discussion en demandant aux intervenant·e·s de partager comment il·elle·s ont développé une passion pour la science et de présenter leurs travaux de recherche ainsi que leur engagement communautaire ou philanthropique.</p>



<p>Victoire Kpadé, une étudiante de quatrième année en médecine à McGill, est la cofondatrice de l’<a href="http://ccirhken.ca/ccirh_main/sample-page/page4-2/refugee-health-interest-group/" target="_blank" rel="noreferrer noopener external" data-wpel-link="external">Initiative santé pour les réfugié·e·s</a> (<em>Refugee Health Initiative</em>)<strong><span class="has-inline-color has-edito-color"> </span></strong>à McGill. Cette initiative vise à réduire les obstacles subis par les réfugié·e·s ou demandeur·se·s d’asile qui étudient la médecine en leur offrant une formation en compétence culturelle, soit en les aidant à naviguer et à comprendre les cultures (canadienne, québécoise et universitaire) qui leur sont étrangères. Victoire Kpadé a partagé ce qui l’a le plus frappée quand elle a commencé à travailler avec des communautés immigrantes: «j’ai constaté à quel point les barrières linguistiques contraignent l’accès à la santé». Elle a donc décidé de son propre chef de développer et distribuer des petits livrets de santé. Ce sont des documents contenant des termes médicaux traduits dans la langue de la <meta charset="utf-8">personne détentrice du livret ainsi que le passé médical de ladite personne, également traduit, afin de faciliter leurs interactions avec les professionnel·e·s de la santé.&nbsp;</p>



<blockquote class="wp-block-quote has-text-align-center is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow"><p>«<em>Je pensais que les personnes qui me ressemblaient ne pouvaient pas devenir docteur·e·s</em>» </p><cite><meta charset="utf-8"><p>Victoire Kpadé, étudiante en médecine à McGill</p></cite></blockquote>



<p>Quant à Lashaka Skerritt, étudiante au programme MDCM-PhD à McGill, elle est la cofondatrice de <a href="https://www.mcgill.ca/familymed/fr/channels/news/mcgill-med-students-inspire-FRN" target="_blank" rel="noreferrer noopener external" data-wpel-link="external">Soutien aux jeunes étudiant·e·s noir·e·s</a> (<em>Supporting Young Black Students</em>, SYBS), un programme de mentorat qui vise à aider les jeunes étudiant·e·s à explorer des carrières en santé. Elle est également coprésidente de l’Association canadienne des femmes cliniciennes-chercheuses en formation (ACFCCF) à McGill, une association dirigée par les pairs qui vise à soutenir les femmes cliniciennes-chercheuses. Pour sa thèse, elle s’intéresse aux inégalités en santé et à l’amélioration des soins de santé au Canada pour les femmes séropositives, c’est-à-dire atteintes du VIH. Le système de santé est un réseau dans lequel <em>«les femmes racisées, autochtones et noires sont surreprésentées»</em>, selon Lashanda. En ajoutant le stigma du VIH, les femmes racisées séropositives subissent de nombreuses inégalités d’accès à la santé.</p>



<blockquote class="wp-block-quote has-text-align-center is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow"><p>«<em>Les approches traditionnelles et académiques en recherche ne nous donnent pas une image complète des groupes marginalisés: il faut opter pour une approche communautaire afin de redéfinir notre vision de ces communautés</em>»</p><cite><meta charset="utf-8"><p>Lashaka Skerritt, étudiante au programme MDCM-PhD à McGill</p></cite></blockquote>



<p>Berson Augustin, étudiant au doctorat en épidémiologie à McGill, est bénévole auprès de Médecins du monde, une organisation qui s’engage à garantir l’accès aux soins pour les immigrant·e·s et réfugié·e·s en situation précaire. Il a également travaillé au Centre d’épidémiologie clinique de l’Institut Lady Davis, où il aidait à élaborer des stratégies d’amélioration pour le dépistage de l’hépatite C au Québec en plus de trouver des solutions aux inégalités subies par les personnes migrantes à Montréal. «<em>C’est une population à laquelle je peux redonner. Ayant été moi-même un réfugié au Canada, je comprends ce qu’il·elle·s ont vécu</em>», a‑t-il partagé.&nbsp;</p>



<blockquote class="wp-block-quote has-text-align-center is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow"><p>«<em>Après avoir complété mon temps à la clinique, je me demandais: comment se fait-il qu’en 2022, il y ait toujours une partie de la population [les immigrant·e·s en situation précaire, ndlr] n’ayant toujours pas accès à des soins médicaux gratuits contre l’hépatite C? Ça démontre que l’iniquité dans notre système de santé s’explique par la discrimination systémique subie par ces communautés marginalisées</em>» </p><cite><meta charset="utf-8"><p>Berson Augustin, étudiant au doctorat en épidémiologie à McGill</p></cite></blockquote>



<p>Dr<em> </em>Nicolas Cadet est le premier ophtalmologiste d’ascendance africaine au Canada, spécialisé en chirurgie des paupières. Avec l’aide financière de l’Université McGill, il a lancé une bourse par l’intermédiaire de la <a href="https://cadetfoundation.com/" target="_blank" rel="noreferrer noopener external" data-wpel-link="external">Fondation Cadet</a> pour les étudiant·e·s et les entrepreneur·e·s sociaux en herbe dans le domaine de la santé.&nbsp;</p>



<blockquote class="wp-block-quote has-text-align-center is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow"><p>«<em>Il faut une plus grande représentation dans les espaces de la santé: plus de médecins noir·e·s, plus de professionel·le·s de la santé noir·e·s</em>» </p><cite><meta charset="utf-8"><p>Dr Nicolas Cadet, ophtalmologiste spécialisé en chirurgie des paupières</p></cite></blockquote>



<p>Après une série de questions du public virtuel, la table ronde s’est close sur un ton optimiste et encourageant pour les initiatives d’équité, non seulement à McGill, mais aussi ailleurs.</p>
<p>L’article <a href="https://www.delitfrancais.com/2022/02/16/un-fleau-social-les-inegalites-dacces-a-la-sante/" data-wpel-link="internal">Un fléau social: les inégalités d’accès à la santé</a> est apparu en premier sur <a href="https://www.delitfrancais.com" data-wpel-link="internal">Le Délit</a>.</p>
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		<title>De l’importance de la fiction morale</title>
		<link>https://www.delitfrancais.com/2022/02/16/de-limportance-de-la-fiction-morale/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Marco-Antonio Hauwert Rueda]]></dc:creator>
		<pubDate>Wed, 16 Feb 2022 13:00:00 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Entrevues]]></category>
		<category><![CDATA[Philosophie]]></category>
		<category><![CDATA[Slider]]></category>
		<category><![CDATA[François Jaquet]]></category>
		<category><![CDATA[morale]]></category>
		<category><![CDATA[théorie de l&#039;erreur]]></category>
		<guid isPermaLink="false">https://www.delitfrancais.com/?p=47291</guid>

					<description><![CDATA[<p>Deuxième partie de notre entrevue avec le philosophe moral François Jaquet.</p>
<p>L’article <a href="https://www.delitfrancais.com/2022/02/16/de-limportance-de-la-fiction-morale/" data-wpel-link="internal">De l’importance de la fiction morale</a> est apparu en premier sur <a href="https://www.delitfrancais.com" data-wpel-link="internal">Le Délit</a>.</p>
]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[
<p class="has-drop-cap"><em>Le Délit</em> s’est entretenu avec François Jaquet, maître de conférences en éthique à l’Université de Strasbourg, pour parler de son travail, d’éthique animale et de métaéthique. Voici la deuxième partie de cette entrevue, qui aborde les thèmes de la métaéthique et de la nature des jugements moraux. Pour lire la première partie de l’entrevue, consultez: <a href="https://www.delitfrancais.com/2022/02/09/lethique-animale-sous-la-loupe/" target="_blank" rel="noreferrer noopener" data-wpel-link="internal">L’éthique animale sous la loupe</a>.</p>



<p><strong><em>Le Délit</em></strong><strong> (LD)</strong>: <em>Vous avez coécrit un ouvrage avec Hichem Naar, </em>Qui peut sauver la morale?<em>, traitant de métaéthique. Avant tout, pouvez-vous nous expliquer ce qu’est la métaéthique?</em></p>



<p><strong>François Jaquet (FJ)</strong>: La métaéthique est l’étude des questions philosophiques – mais non morales – au sujet de la morale. Ce sont des questions non mor<span class="has-inline-color has-grisfonce-color">ale</span>s parce qu’en métaéthique, on ne se demande pas si la torture ou le mensonge sont immoraux ou si on a un devoir d’assistance à une personne en danger. Ça, ce sont des questions pour l’éthique normative.</p>



<p>En métaéthique, on va plutôt se poser ce genre de questions: De quels types d’états mentaux relèvent les jugements moraux? Sont-ils des croyances qui ont la prétention de représenter le monde ou sont-ils plutôt des désirs qui nous pousseraient à modifier le monde? Une autre question très importante est: Les faits moraux existent-ils? On en parlera peut-être plus tard.</p>



<p><strong>LD</strong>: <em>Quelle est la problématique principale de votre ouvrage?</em></p>



<p><strong>FJ</strong>: Son point de départ est ce qu’on appelle la «théorie de l’erreur», selon laquelle tous les jugements moraux sont faux. Cette théorie est composée de deux affirmations.</p>



<p>D’une part, elle affirme que les jugements moraux sont <em>des croyances qui portent sur des faits à la fois objectifs et non naturels</em>. Quand je dis que la torture est immorale, mon jugement est une croyance – je <em>crois</em> que la torture est immorale. Cette croyance prétend représenter un fait – le fait que la torture est immorale. Et ce fait, s’il existe, est objectif et non naturel – il ne dépend pas des attitudes de qui que ce soit, et ce n’est pas le genre de fait qu’on pourrait découvrir au moyen d’une science empirique comme la psychologie.&nbsp;</p>



<p>D’autre part, la théorie de l’erreur affirme que ces faits objectifs et non naturels n’existent pas. Le fait que le torture est immorale n’existe pas, si bien que la croyance que la torture est immorale est fausse. De manière plus générale, tous les jugements moraux présupposent l’existence de faits moraux non naturels et objectifs. Or, il n’y a pas de faits non naturels et objectifs. Par conséquent, tous les jugements moraux sont faux.&nbsp;</p>



<p>L’ouvrage commence donc avec une thèse un peu inquiétante. La morale est menacée, et on va se demander quelle théorie métaéthique pourrait tirer des griffes de la théorie de l’erreur. On envisage ensuite toutes les autres théories métaéthiques comme des tentatives de «sauver la morale».</p>



<blockquote class="wp-block-quote has-text-align-center is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow"><p>«À choisir, je souscrirais à une variante locale de la théorie de l’erreur, qui vous dit que tous les jugements moraux sont faux mais que certains jugements prudentiels sont vrais»</p><cite>François Jaquet</cite></blockquote>



<p><strong>LD</strong>: <em>Est-ce que la théorie de l’erreur est un peu comme un nihilisme éthique?</em></p>



<p><strong>FJ</strong>: Parfois, on appelle la théorie de l’erreur «nihilisme moral». Personnellement, j’utilise peu cette expression parce que le terme «nihilisme» est un peu ambigu entre la théorie de l’erreur et ce qu’on appelle l’<em>antiréalisme</em>. L’antiréalisme est la thèse selon laquelle les faits moraux n’existent pas. Ça, c’est une partie de la théorie de l’erreur. Mais vous avez aussi des gens qui pensent que les faits moraux n’existent pas et qui rejettent simultanément la théorie de l’erreur: les non-cognitivistes. Dans la famille antiréaliste, vous avez donc les théoriciens de l’erreur qui vous disent que les jugements moraux sont des croyances, et que ces croyances sont fausses, et les non-cognitivistes, qui vous disent que les jugements moraux ne sont même pas des croyances. Pour ces derniers, les jugements moraux sont juste des désirs. Puisque les désirs ne peuvent pas être vrais ou faux, les jugements moraux ne sont pas faux. En un sens du terme «nihilisme», les non-cognitivistes sont aussi des nihilistes.</p>



<p><strong>LD</strong>: <em>Si on conclut que la théorie de l’erreur est correcte et que tous les jugements moraux sont faux, est-ce qu’on a quand même intérêt à faire semblant de croire à une théorie morale pour continuer à vivre en société?</em></p>



<p><strong>FJ</strong>: C’est une question très controversée. Il y a plusieurs raisons de penser qu’on n’a pas intérêt à faire cela. La raison principale est qu’il est possible que la théorie de l’erreur se généralise au-delà de la morale pour couvrir tout le domaine normatif. Peut-être que non seulement les jugements moraux sont faux, mais que les jugements prudentiels le sont aussi <meta charset="utf-8">– c’est-à-dire, les jugements que je dois faire <em>parce que c’est bon pour moi</em>.<strong><span class="has-inline-color has-actu-color"> </span></strong>Si c’est le cas, alors il ne peut pas être dans notre intérêt de faire comme s’il existait des vérités morales, car nous n’avons pas vraiment intérêt à quoi que ce soit. Il y a donc des gens qui pensent que tout ce débat sur ce qu’on devrait faire <em>si</em> on accepte la théorie de l’erreur n’a aucun sens, car si on accepte la théorie de l’erreur, il n’y a rien qu’on <em>devrait faire</em>. Moi, à choisir, je souscrirais plutôt à une variante <em>locale</em> de la théorie de l’erreur, qui vous dit que tous les jugements moraux sont faux mais que certains jugements prudentiels sont vrais.</p>



<div class="wp-block-image"><figure class="aligncenter size-large"><img fetchpriority="high" decoding="async" width="1000" height="816" src="https://www.delitfrancais.com/wp-content/uploads/2022/02/Marco-1000x816.jpg" alt class="wp-image-47295" srcset="https://www.delitfrancais.com/wp-content/uploads/2022/02/Marco-1000x816.jpg 1000w, https://www.delitfrancais.com/wp-content/uploads/2022/02/Marco-330x269.jpg 330w, https://www.delitfrancais.com/wp-content/uploads/2022/02/Marco-768x627.jpg 768w, https://www.delitfrancais.com/wp-content/uploads/2022/02/Marco-1536x1253.jpg 1536w, https://www.delitfrancais.com/wp-content/uploads/2022/02/Marco-2048x1671.jpg 2048w" sizes="(max-width: 1000px) 100vw, 1000px"><figcaption><span class="media-credit"><a href="https://www.delitfrancais.com/author/gontieralexandre/?media=1" data-wpel-link="internal">Alexandre Gontier</a> | Le Délit</span></figcaption></figure></div>



<p><strong>LD</strong>: <em>Il s’agit de votre thèse de doctorat, n’est-ce pas?</em></p>



<p><strong>FJ</strong>: En effet, j’en parlais dans ma thèse de doctorat. Sur ces questions, la théorie que j’aime bien s’appelle le <em>fictionnalisme.</em> C’est l’idée selon laquelle on devrait accepter la morale comme une fiction. Concrètement, ça veut dire qu’on devrait adopter – ça se traduit très mal en français – une attitude de «<em>make believe</em>» vis-à-vis des propositions morales. Il ne s’agirait pas de <em>croire</em> que la torture est immorale, par exemple, mais de <em>prétendre</em> que la torture est immorale. Dans la vie de tous les jours, il faudrait accepter la proposition que «la torture est immorale» comme si on y croyait, mais il faudrait rejeter cette proposition dans un contexte plus critique comme celui d’un s<span class="has-inline-color has-grisfonce-color">é</span>minaire de métaéthique. En clair, dans la vie de tous les jours, les croyances et les <em>make-beliefs</em> se manifestent de la même manière.</p>



<p>La raison pour laquelle il serait rationnel – prudentiellement rationnel – d’agir ainsi, c’est que la morale remplit quand même un certain nombre de fonctions. En particulier, elle nous permet de renforcer notre volonté. En règle générale, il est plutôt dans notre intérêt d’agir moralement – si je commence à traiter les autres n’importe comment, c’est sûr que ça va me retomber sur le coin de la figure. Prudentiellement, j’ai plutôt intérêt à faire comme s’il y avait des vérités morales objectives.&nbsp;</p>



<p><strong>LD</strong>: <em>Donc, en gros, vous proposez de vivre une farce?</em></p>



<p><strong>FJ</strong>: [Rires] Je ne sais pas s’il faudrait vraiment décrire ça comme une farce. Pour réfléchir à cette question avec une analogie, vous pourriez être théoricien de l’erreur en philosophie des mathématiques: vous pensez que les jugements mathématiques présupposent l’existence des nombres, mais qu’en fait les nombres n’existent pas, et vous en concluez que tous les jugements mathématiques sont faux. Dans la vie de tous les jours, c’est sûr qu’au moment de payer votre repas au restaurant, vous n’allez pas dire que l’addition est fausse [rires]. Au quotidien, c’est super important de continuer de faire comme s’il y avait des vérités mathématiques. On peut peut-être appeler ça une farce, mais c’est une farce qui est tellement importante qu’il faut vraiment faire comme si elle était vraie.</p>



<p><strong>LD</strong>: «<em>Importante», au sens prudentiel?</em></p>



<p><strong>FJ</strong>: Oui, au sens prudentiel. Quelqu’un qui cesserait complètement de former des jugements mathématiques sous prétexte d’une théorie de l’erreur mathématique aurait clairement une vie difficile. Prudentiellement, il est important de continuer de faire des jugements mathématiques. L’idée est un peu la même avec les jugements moraux.</p>



<blockquote class="wp-block-quote has-text-align-center is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow"><p>«Il est possible que des faits moraux objectifs et non naturels existent et que certains jugements moraux soient vrais»</p><cite>François Jaquet</cite></blockquote>



<p><strong>LD</strong>: <em>En revenant un peu à l’ouvrage, quelle est votre conclusion finale? Est-ce que vous concluez que la théorie de l’erreur est la seule théorie qui survit à tous les tests et à toutes les critiques? Ou est-ce qu’on peut trouver quelque chose d’autre?</em></p>



<p><strong>FJ</strong>: Lorsqu’on écrit à deux, c’est toujours un peu un compromis à la fin. Mais là, ce qui s’est passé est encore mieux qu’un compromis. Au départ, Hichem était plutôt non naturaliste: il pensait que les jugements moraux présupposent l’existence de faits moraux non naturels, que ces faits-là existent, et donc que certains jugements moraux sont vrais. Moi, j’étais plutôt un théoricien de l’erreur. J’ai l’impression qu’au cours de la rédaction du bouquin, on s’est comme rejoints au milieu. À la fin, le livre reflétait assez bien ce qu’on pensait tous les deux: s’il y a une théorie métaéthique capable de sauver la morale, c’est le non-naturalisme, même si on n’est pas très sûrs.</p>



<p>On procède de la manière suivante. Dans un premier temps, on évacue la théorie qui nous paraît la moins plausible: le <em>non-cognitivisme</em>, l’idée selon laquelle les jugements moraux sont uniquement des désirs et n’ont pas la prétention de représenter la réalité. On élimine cette théorie pour des raisons sémantiques, qui relèvent de la philosophie du langage. Pour le dire vite, les énoncés moraux se comportent vraiment comme des énoncés descriptifs, qui expriment des croyances.</p>



<p>Ensuite, on s’intéresse au <em>subjectivisme</em>, l’idée selon laquelle les jugements moraux sont des croyances à propos de faits subjectifs, des faits qui dépendent des attitudes d’un ou plusieurs sujets. Selon une variante de cette théorie, quand je juge que la torture est immorale, je décris simplement le fait que je désapprouve personnellement la torture. Cette théorie aussi, on l’évacue assez vite.</p>



<p>Puis, on aborde le <em>naturalisme</em>. D’après cette théorie, les jugements moraux sont des croyances qui portent sur des faits cette fois-ci <em>objectifs </em>et<em> naturels</em>, le genre de faits que les sciences étudient. La croyance que la torture est immorale serait du même ordre que la croyance que la torture cause de grandes souffrances. Ce qu’on reproche à cette théorie, en un mot, c’est de ne pas rendre compte de la normativité des faits moraux.</p>



<p>Finalement, on étudie le <em>non-naturalisme</em>, une théorie assez minoritaire. D’après le non-naturalisme, les jugements moraux sont des croyances qui portent sur des faits <em>objectifs</em> et <em>non naturels</em>. Toute la question est alors de savoir si ces faits existent. Il nous semble que cette question est la plus difficile. Il y a pas mal d’objections à l’existence de ces faits, mais aucune de ces objections ne nous satisfait vraiment. On conclut donc qu’il est possible que des faits moraux objectifs et non naturels existent et que certains jugements moraux soient vrais.</p>



<p><strong>LD</strong>: <em>Donc, vous acceptez le réalisme non naturaliste de façon préliminaire, en attendant de meilleures critiques?</em></p>



<p><strong>FJ</strong>: Oui, on pourrait dire ça.</p>



<p><strong>LD</strong>: <em>Je trouve ça vraiment intéressant parce que je pensais toujours que lorsqu’on commence à écrire un livre, on a déjà toutes les réponses et on fait juste les condenser ou les expliquer de façon à ce que plus de gens puissent comprendre. Mais vous, vous avez écrit ce livre pendant que vous cherchiez les réponses.</em></p>



<p><strong>FJ</strong>: Je ne sais pas si c’est exactement ça. Je dirais que, quand on écrit un livre, on <em>croit</em> qu’on a toutes les réponses, et puis au fur et à mesure on se rend compte que c’est plus compliqué que ce qu’on pensait. On n’était pas toujours d’accord et on a quand même pas mal changé d’avis en cours de route, contrairement à nos attentes.</p>



<p><strong>LD</strong>: <em>Mais vous vous êtes quand même accordés pour écrire ce livre, même si vous n’étiez pas d’accord. Comment est-ce possible?</em></p>



<p><strong>FJ</strong>: Il doit y avoir une part d’irrationalité! [rires]</p>
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		<title>Quelle heure est-il?</title>
		<link>https://www.delitfrancais.com/2022/02/16/quelle-heure-est-il/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Elissa Kayal]]></dc:creator>
		<pubDate>Wed, 16 Feb 2022 13:00:00 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Culture]]></category>
		<category><![CDATA[Le Délit et des livres]]></category>
		<category><![CDATA[Littérature]]></category>
		<category><![CDATA[Réflexion]]></category>
		<category><![CDATA[Barthes]]></category>
		<category><![CDATA[contemporain]]></category>
		<category><![CDATA[histoire]]></category>
		<category><![CDATA[identité]]></category>
		<category><![CDATA[occident]]></category>
		<category><![CDATA[pouvoir]]></category>
		<category><![CDATA[réflexion]]></category>
		<category><![CDATA[représentation]]></category>
		<category><![CDATA[temps]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>Modernes, postmodernes, contemporains : réflexions sur le temps.</p>
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]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[
<p class="has-drop-cap">Apprendre à lire l’heure, ça prend toute une vie. Pourtant, nous nous obsédons à dire le temps. Une intuition&nbsp;nous gratte: <em>qui</em> nous sommes dépend de <em>quand</em> nous sommes. Alors chaque époque choisit ses termes. Chaque époque s’autodésigne et d’un même geste désigne les autres: ceux-ci sont antiques, ceux-là sont modernes. Et nous, qui et quand sommes-nous?</p>



<p>«Les moments de grande intensité se caractérisent par la formation ou la réactivation d’un mot», écrit l’historien allemand Hans Robert Jauss dans <em>Pour une esthétique de la réception. </em>Notre mot réactivé à nous, c’est «contemporain». Si, à son origine, l’adjectif désignait simplement un rapport de coprésence au temps qui passe, depuis un bon demi-siècle, «contemporaines» sont nos pratiques, littératures et danses, architectures et musiques; «contemporaine» est notre époque.&nbsp;</p>



<blockquote class="wp-block-quote has-text-align-center is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow"><p>«Notre mot réactivé à nous, c’est “contemporain”»</p></blockquote>



<p>Au 21<em>e</em> siècle, le marqueur d’époque se substantive: <em>le</em> contemporain, unité de désignation indépendante, semble surtout remplacer le concept de modernité et s’ajoute de ce fait à la longue liste des autres catégories historico-esthétiques (Modernité, Renaissance, Lumières, etc.). Toutefois, le contemporain résiste aux catégories. Il ne s’intéresse pas à <em>dire</em> notre temps, mais cherche au contraire à redéfinir notre rapport avec lui.</p>



<p><strong>Contre la (post)modernité&nbsp;</strong></p>



<p>Si le contemporain s’oppose à la modernité, c’est justement pour critiquer sa compréhension&nbsp;épochale de l’histoire et son problème de périodisation.&nbsp;Selon le critique littéraire français Lionel Ruffel, le rapport moderne au temps mène à une représentation bornée, séquentielle et homogénéisante de l’histoire, faisant taire le «brouhaha» ambiant de chaque époque (<em>Brouhaha. Les mondes du contemporain</em>). Et en plus d’être trop fausse pour être vraie, la conception historique de la modernité appartient à une conception coloniale, ségrégationniste et eurocentrique du monde, où l’histoire de l’Occident s’impose à tous comme l’Histoire avec un grand «H».</p>



<blockquote class="wp-block-quote has-text-align-center is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow"><p> «En plus d’être trop fausse pour être vraie, la conception historique de la modernité appartient à une conception coloniale, ségrégationniste et eurocentrique du monde, où l’histoire de l’Occident s’impose à tous comme l’Histoire avec un grand “H”»</p></blockquote>



<p>Rejetant la vision de l’histoire et les valeurs de la modernité, plusieurs sociologues et artistes après la Deuxième Guerre mondiale ont qualifié leur temps de «postmoderne». Toutefois, comme Lionel Ruffel et d’autres théoriciens le soulignent, le terme «postmoderne» renforce la conception linéaire et catégorique (donc moderne) de l’histoire, où les paradigmes se substituent au lieu de se chevaucher. Le suffixe <em>post</em>- implique aussi l’existence de l’histoire moderne alors que les penseurs contemporains cherchent plutôt à dénoncer le caractère <em>illusoire</em> du métarécit (Jean-François Lyotard). Car si le contemporain marque la fin d’une époque pour l’Europe et pour les États-Unis, il s’agit d’une continuation ou, au contraire, d’une naissance pour les autres nations sur la scène mondiale. Le mot «postmoderne», rejeté, renforce un «imaginaire de la fin».&nbsp;</p>



<p><strong>Mais alors, qu’est-ce que le contemporain?</strong></p>



<p>Le contemporain est, avant tout, une <em>décentralisation</em> du pouvoir et une ouverture aux voix les plus diverses, même si contradictoires. C’est aussi une ouverture aux autres temps et, de ce fait, une ouverture aux autres approches narratives de l’histoire. En art, le contemporain se dote de la valeur de l’indistinction. Concrètement, l’espace artistique et culturel devient plus horizontal, démocratique, social, populaire. Le lieu sacralisé de la contemplation, le musée, perd en quelque sorte de son autorité devant de nouveaux espaces multifonctionnels, tournés vers l’expérience et la diversité.</p>



<p>Le nouvel espace artistique est celui de la <em>multitude</em>. C’est ce qui explique les nouvelles formes de la publication littéraire aujourd’hui (micro ouverts, festivals, blogues, etc.): pour la multitude, il ne faut pas <em>une</em> sphère publique, mais une <em>multitude</em> d’espaces publics. L’art contemporain, même le plus silencieux et solitaire (la littérature), est donc exposé, performé, in situ, multi-support. S’éloignant du <em>sacré</em>, l’écrivain est visible, accessible, médiatisé (doit l’être), et la publication n’est plus seulement celle de la littérature-texte, qui est de plus en plus remise en question par la mercantilisation du monde littéraire et par le capitalisme culturel.</p>



<blockquote class="wp-block-quote has-text-align-center is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow"><p>«L’art contemporain, même le plus silencieux et solitaire (la littérature), est donc exposé, performé, in situ, multi-support»</p></blockquote>



<p>Gardons cependant en tête le «brouhaha» contemporain: le nouvel espace artistique ne remplace pas l’ancien, mais l’accompagne dans une arène conflictuelle proprement contemporaine. Le musée existe toujours et la vision sacralisée de la littérature aussi. Seulement, ils ne sont plus qu’une des actualisations <em>possibles</em> de l’art. Cette logique de «l’ajout» est primordiale pour comprendre le contemporain: «Pas de substitution, des additions», répète Ruffel.</p>



<p><strong>Dans l’ombre des mots</strong></p>



<p>Toutefois, malgré les valeurs identifiables de l’art d’aujourd’hui, le contemporain n’est pas un «courant» et nous n’en sommes ni les précurseurs ni les principaux acteurs. Si l’anthropologue Bruno Latour a eu raison d’écrire <em>Nous n’avons jamais été modernes</em>, alors nous avons <em>toujours</em> été contemporains. Chaque époque, avant d’être introduite à l’histoire cohérente et sans relief de la modernité, est contemporaine, c’est-à-dire chaotique, multiple, contradictoire. Si nous sommes «les&nbsp;contemporains», ce n’est pas pour nous démarquer de l’identité historique des autres époques, mais justement pour nous définir par l’insaisissable et indéfinissable contemporanéité propre à <em>toutes</em> les époques. Nœud du paradoxe: en refusant de s’attribuer une catégorie historico-esthétique homogénéisante, le «contemporain», en quelque sorte et par dépit, devient la nôtre.&nbsp;</p>



<p>Revenons donc à notre question&nbsp;première: qui et quand sommes-nous? Selon Roland Barthes, «le contemporain est inactuel». Nous ne pouvons donc pas être «contemporains». Pour Giorgio Agamben, on ne peut pas «être contemporain» comme on ne peut pas «être à la mode». Dès que nous sommes «à la mode», nous sommes déjà démodés. Parallèlement, le contemporain est ce regard constamment tourné vers l’obscurité, c’est-à-dire cette part encore inconnue, non explorée, indicible de chaque présent. Car le contemporain est le présent pur, exact, qui nous dépasse tout le temps: il est une asymptote, et nous ne pouvons pas nous y tenir. Comme le présent, nous ne pouvons que vivre dans son ombre.&nbsp;</p>



<blockquote class="wp-block-quote has-text-align-center is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow"><p>«Selon Roland Barthes, “le contemporain est inactuel”. Nous ne pouvons donc pas être “contemporains”»</p></blockquote>



<p>Alors, l’art contemporain existe-t-il vraiment? À certaines questions n’existent que de mauvaises réponses. Mais il faut encore savoir chercher quelle heure il est.</p>



<p></p>



<p></p>



<p></p>
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		<title>L’itinérance en temps de COVID à Montréal</title>
		<link>https://www.delitfrancais.com/2022/02/16/litinerance-en-temps-de-covid-a-montreal/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Albert Ghitescu]]></dc:creator>
		<pubDate>Wed, 16 Feb 2022 13:00:00 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Actualités]]></category>
		<category><![CDATA[Montréal]]></category>
		<category><![CDATA[COVID-19]]></category>
		<category><![CDATA[Gestion de la pandémie]]></category>
		<category><![CDATA[inégalités sociales]]></category>
		<category><![CDATA[itinérance]]></category>
		<category><![CDATA[pandémie]]></category>
		<guid isPermaLink="false">https://www.delitfrancais.com/?p=47238</guid>

					<description><![CDATA[<p>Le Délit s'est entretenu avec des intervenant·e·s du milieu pour en apprendre davantages sur l'impact de la pandémie sur les plus démuni·e·s.</p>
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]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[
<p class="has-drop-cap">La pandémie de la COVID-19 amplifie les inégalités, qu’elles soient raciales, économiques ou sociales. Alors que certaines personnes ont le privilège d’éviter les risques de contracter le virus, d’autres y sont disproportionnellement exposées. Les personnes défavorisées ou marginalisées sont également celles qui vivent les plus graves conséquences de la pandémie pour leur sécurité et leur bien-être. De ce fait, le nombre de personnes en situation d’itinérance a subi une forte hausse durant la pandémie. En effet, à <a href="https://www.lapresse.ca/actualites/grand-montreal/2022-01-15/itinerance/les-refugies-du-froid.php" target="_blank" rel="noreferrer noopener external" data-wpel-link="external">Montréal</a>, ce nombre serait passé de 3000 à 6000 dans la période entre 2018 et septembre 2020 au début de la pandémie. <em>Le Délit</em> s’est entretenu avec un intervenant du milieu des organismes d’intervention auprès des sans-abris pour en apprendre davantage sur les nouveaux obstacles qu’a amené la pandémie pour les personnes en situation d’itinérance et les organismes qui leur viennent en aide.</p>



<p><strong>Pandémie, personnes sans-abris et organismes communautaires</strong></p>



<p>Le directeur général de la Mission Old Brewery<em>, </em>James Hughes, explique que «la pandémie a changé de façon très significative les opérations des organismes» comme le sien qui offrent des hébergements ainsi que des services pour réintégrer à la société les personnes en situation d’itinérance. Il ajoute qu’il y a eu des impacts «tangibles et intangibles». Tout d’abord, il a fallu diminuer la capacité d’accueil pour respecter les protocoles de distanciation. L’établissement est passé d’une capacité de 300 à 150 personnes dans la bâtisse pour hommes. Cette réduction des places disponibles survient alors que le nombre de places nécessaires a augmenté. Pour tenter de limiter cette contrainte, il a fallu trouver de nouveaux emplacements et engager de nouveaux employé·e·s, ce qui n’a pas été de tout repos, a affirmé James Hughes au <em>Délit</em>. La Ville de Montréal a également dû investir dans des plexiglas, des masques et des gels désinfectants.</p>



<blockquote class="wp-block-quote has-text-align-center is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow"><p>«&nbsp;La distanciation sociale a eu comme effet psychologique de créer une plus grande distance entre les itinérant·e·s&nbsp;»</p></blockquote>



<p>Un aspect plus difficilement observable selon James Hughes est que la pandémie a renforcé la perception négative à l’endroit des itinérant·e·s. Le directeur général explique que, de manière générale, certaines personnes entretiennent des préjugés envers les sans-abris, mais qu’en temps de pandémie, les craintes entourant les risques de contagion augmentent la stigmatisation des personnes sans-abris. Au sein même du refuge, la distanciation sociale a eu comme effet psychologique de créer une plus grande distance entre les itinérant·e·s. Cette distance rend les échanges plus compliquées, ce qui a un impact sur la santé mentale. James Hughes a confié que les deux dernières années ont été «parmi les plus difficiles» de sa carrière de 18 ans à la tête de divers programmes sociaux.</p>



<p>James<strong><span class="has-inline-color has-edito-color"></span></strong> Hughes affirme que si la pandémie a apporté quoi que ce soit de positif, c’est qu’elle aura permis à la population générale, aux politicien·ne·s ainsi qu’aux fonctionnaires de voir à quel point ces populations sont disproportionnément plus vulnérables à une crise de santé publique en raison de l’aspect communautaire de la vie en refuge. Il est très reconnaissant que des fonctionnaires de la Santé publique se soient déplacé·e·s sur les lieux pour effectuer les dépistages ainsi que pour administrer les vaccins. Ces actions ont contribué à la protection de la population des sans-logis ainsi que des employé·e·s des organismes qui les côtoient.</p>



<p>Voir aussi: <a href="https://www.delitfrancais.com/2019/04/02/itinerance-pendant-ce-temps-que-fait-montreal/" target="_blank" rel="noreferrer noopener" data-wpel-link="internal">L’itinérance à Montréal avant la pandémie</a></p>



<p><strong>Les 3 types d’itinérance</strong></p>



<p>Le directeur général de la Mission Old Brewery affirme que l’itinérance est plus complexe qu’on ne le pense et prend plusieurs formes. Elle peut ainsi être classée en trois catégories malgré un certain degré de fluidité. La première catégorie désigne des personnes qui passent la majorité de leur temps à l’extérieur; elles sont qualifiées comme étant en situation d’itinérance absolue. La deuxième catégorie, les personnes en situation d’itinérance en refuge, est constituée d’individus qui fréquentent les établissements tels que la Mission Old Brewery. La troisième catégorie regroupe les personnes sans adresse fixe qui dorment sur le canapé d’ami·e·s, par exemple. Les gens de cette dernière catégorie font partie de ce que l’on appelle l’itinérance invisible. D’autant plus que le nombre réel de personnes en situation d’itinérance serait beaucoup plus élevé que ce que les données suggèrent. En effet, Annie Savage, la directrice du Réseau d’aide aux personnes seules et itinérantes de Montréal (RAPSIM), soutient «qu’on sous-estime largement l’ampleur de l’itinérance à Montréal».</p>



<blockquote class="wp-block-quote has-text-align-center is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow"><p>«&nbsp;Notre vocation, ce n’est pas juste de gérer l’itinérance mais de solutionner l’itinérance&nbsp;»</p><cite>James Hughes, directeur général de la Mission Old Brewery</cite></blockquote>



<p>De son côté, la Mission Old Brewery vient principalement en aide aux personnes en situation d’itinérance en refuge en offrant plus de 500 lits. Par contre, «notre vocation, ce n’est pas juste de gérer l’itinérance mais de solutionner l’itinérance», affirme son directeur général. Pour y arriver, il faut avoir des lieux d’hébergement ouverts 24 heures sur 24, 7 jours sur 7, avec une équipe professionnelle et des conseiller·ère·s qui accompagnent les gens vers leur réintégration dans la société, a‑t-il affirmé. Plus récemment, l’organisme tente également de venir en aide aux personnes en situation d’itinérance absolue.</p>



<p>Depuis décembre 2020, un <a href="https://www.lapresse.ca/societe/2020-12-21/solidaribus/le-service-humanitaire-sur-roues.php" target="_blank" rel="noreferrer noopener external" data-wpel-link="external">service</a> de navette pour la ville de Montréal, en collaboration avec la STM, nommé le «Solidaribus» a été mis en place. Cette initiative vise à cibler les personnes en situation d’itinérance absolue et à les emmener dans un des refuges présents sur l’île pour y passer la nuit. Dans le cas où tous les refuges seraient pleins une certaine nuit, James Hughes affirme que «nous, on ne laisse jamais personne à l’extérieur, c’est certain». Ainsi, en dernier recours, les personnes sans-abris peuvent dormir la tête couchée sur la table de la cafétéria pour éviter de passer la nuit dehors dans des températures glaciales. Malgré ces mesures en place, <a href="https://www.ledevoir.com/societe/662781/une-itinerante-meurt-par-temps-froid-a-montreal#:~:text=Le%20bureau%20du%20coroner%20enqu%C3%AAtera,%2DDame%2Dde%2DGr%C3%A2ce" target="_blank" rel="noreferrer noopener external" data-wpel-link="external">deux personnes</a> en situation d’itinérance absolue à Montréal ont perdu la vie au cours du mois de janvier.</p>



<p>Selon une étude de 2018, entre 600 et 1000 personnes passeraient la nuit dehors chaque soir à Montréal, partage James Hughes. Comme la pandémie a exacerbé ce problème, il est fort probable que ce chiffre ait augmenté. James<strong><span class="has-inline-color has-edito-color"></span></strong> Hughes affirme que les organismes font leur possible pour s’attarder à l’itinérance absolue, mais qu’il s’agit d’un processus qui prend du temps car il faut bâtir des liens de confiance avec les gens. Il ajoute qu’en tant que collectivité, on pourrait en faire encore plus et adopter des approches plus novatrices. Il cite notamment <a href="https://www.toronto.ca/community-people/housing-shelter/homeless-help/streets-to-homes-street-outreach-support-program/#:~:text=Streets%20to%20Homes%20(S2H)%20and,someone%20in%20need%2C%20call%20311" target="_blank" rel="noreferrer noopener external" data-wpel-link="external">une initiative</a> de la ville de Toronto, <em>Streets to Homes</em>, qui selon lui «a réussi son coup». En 2020, <em>Streets to Homes</em> a permis à plus de 300 personnes vivant dans les rues de Toronto d’obtenir un logement permanent. Il aimerait voir des initiatives similaires à Montréal. Toutefois, il n’y a pas assez d’attention accordée à l’itinérance absolue à l’heure actuelle, déplore-t-il. James<strong><span class="has-inline-color has-edito-color"></span></strong> Hughes estime qu’il faut améliorer l’identification de cette sous-catégorie de personnes et s’assurer que les investissements nécessaires soient faits auprès des programmes de rue pour qu’ils puissent mieux cibler les besoins de ces personnes.</p>



<p>Voir aussi : <a href="https://www.delitfrancais.com/2014/10/27/litinerance-probleme-neglige/" target="_blank" rel="noreferrer noopener" data-wpel-link="internal">Qu’est-ce qui caractérise l’itinérance à Montréal?</a></p>



<p><strong>Personnes en situation d’itinérance ayant été testées positives à la COVID-19</strong></p>



<p>En janvier de cette année, il y avait 1 450 places d’hébergement et d’accompagnement pour les personnes en situation d’itinérance à Montréal. C’est un baisse comparativement aux 1 650 places disponibles à la même période en 2021, affirme James<strong><span class="has-inline-color has-edito-color"></span></strong> Hughes au <em>Délit</em>. Afin de combler ce manque et de répondre au nombre croissant de personnes sans-abris ayant été testées positives à la COVID-19, la Ville de Montréal a mobilisé un stade de soccer dans le quartier Villeray–Saint-Michel–Parc-Extension pour les placer en isolement. Le <a href="https://www.journaldemontreal.com/2022/01/13/le-stade-de-soccer-accueillera-ses-premiers-clients-1" target="_blank" rel="noreferrer noopener external" data-wpel-link="external">stade</a>, aménagé avec plus de 300 lits, a ouvert ses portes le jeudi 13 janvier. L’installation prise en charge par l’organisme Mission Old Brewery a été bien accueillie<strong><span class="has-inline-color has-societe-color">, </span></strong>car elle a permis de déplacer les personnes infectées dans un bâtiment séparé, ce qui a diminué les risques d’être exposé au virus pour les employé·e·s ainsi que pour les personnes en refuge. James Hughes affirme que le déplacement d’un lieu à un autre a été difficile autant pour les employé·e·s que pour les itinérant·e·s. Malgré tout, un service de taxi a été mis en place pour y amener les sans-abris ayant été testé·e·s positif·ve·s à la COVID-19. Il a également fallu développer un système informatique pour documenter les personnes ayant contracté le virus et faire un suivi, mentionne-t-il au <em>Délit</em>. L’ouverture de ce stade<strong><span class="has-inline-color has-societe-color"> </span></strong>aura permis de répondre aux besoins d’isolement encadré de toutes les personnes en situation d’itinérance atteintes de la COVID et d’offrir un total de 1 800 places pour les sans-abris dans la métropole. Le 11 février dernier, <a href="https://www.missionoldbrewery.ca/fr/nouvelles/situation-de-covid-chez-les-personnes-en-situation-ditinerance-le-stade-de-soccer-de-montreal-cesse-detre-une-zone-disolement-covid-itinerance/" target="_blank" rel="noreferrer noopener external" data-wpel-link="external">le stade a cessé d’être un refuge</a> pour les itinérant·e·s infecté·e·s à la COVID-19. Ces dernier·ère·s seront maintenant dirigé·e·s vers la zone COVID de l’hôtel Abri du Voyageur ayant une capacité de 70 lits.</p>
<p>L’article <a href="https://www.delitfrancais.com/2022/02/16/litinerance-en-temps-de-covid-a-montreal/" data-wpel-link="internal">L’itinérance en temps de COVID à Montréal</a> est apparu en premier sur <a href="https://www.delitfrancais.com" data-wpel-link="internal">Le Délit</a>.</p>
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		<title>Être sans exister</title>
		<link>https://www.delitfrancais.com/2022/02/16/etre-sans-exister/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Sophie Ji]]></dc:creator>
		<pubDate>Wed, 16 Feb 2022 13:00:00 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Cinéma]]></category>
		<category><![CDATA[Culture]]></category>
		<category><![CDATA[Slider]]></category>
		<category><![CDATA[Télévision]]></category>
		<category><![CDATA[critique]]></category>
		<category><![CDATA[documentaire]]></category>
		<category><![CDATA[documentaires]]></category>
		<category><![CDATA[film]]></category>
		<category><![CDATA[office national du film]]></category>
		<category><![CDATA[ONF]]></category>
		<guid isPermaLink="false">https://www.delitfrancais.com/?p=47242</guid>

					<description><![CDATA[<p>Apatrides examine le retrait rétroactif de la citoyenneté en République dominicaine.</p>
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										<content:encoded><![CDATA[
<p class="has-drop-cap">À l’occasion du Mois de l’histoire des Noir·e·s, l’Office national du film du Canada (ONF) présente gratuitement sur sa plateforme en ligne <em>Apatrides</em>, le dernier long-métrage documentaire de la réalisatrice et productrice Michèle Stephenson. Le documentaire de Stephenson, qui mêle plans statiques et&nbsp;usage de caméras légères et en mouvement, se penche sur les tensions raciales et le statut d’apatride (être dépourvu<meta charset="utf-8">·e de nationalité légale) sur l’île d’Hispanolia, où se situent Haïti et la République dominicaine. <em>Apatrides</em> est basé sur une trame narrative qui entremêle le conte de Moraime, jeune fille qui a fui le massacre des Haïtien·ne·s se trouvant en sol dominicain de 1937, aux luttes respectives contemporaines de l’avocate et militante Rosa Iris Diendomi-Álvarez, l’apatride Juan Teofilo Murat et la membre du mouvement nationaliste dominicain Gladys Feliz.&nbsp;</p>



<p><strong>«Tu es ici, mais n’existes pas»</strong></p>



<p>En 2013, le documentaire explique qu’une résolution adoptée par la Cour suprême de la République dominicaine a «retiré la citoyenneté à toute personne ayant des parents haïtiens, avec effet rétroactif jusqu’en 1929, rendant ainsi plus de 200&nbsp;000&nbsp;personnes apatrides», c’est-à-dire sans nationalité légale. Des milliers de personnes d’origine haïtienne nées en République dominicaine se sont alors retrouvé<meta charset="utf-8">·e·s dans une situation précaire; ils et elles ne peuvent obtenir ni la nationalité de leurs parents ni celle du pays dans lequel ils et elles sont né·e·s.&nbsp;&nbsp;</p>



<blockquote class="wp-block-quote has-text-align-center is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow"><p>«Des milliers de personnes d’origine haïtienne nées en République dominicaine se sont alors retrouvé·e·s dans une situation précaire; ils et elles ne peuvent obtenir ni la nationalité de leurs parents ni celle du pays dans lequel ils et elles sont né·e·s»</p></blockquote>



<p><em>Apatrides</em> offre un regard double sur la situation en contrastant la campagne électorale de Rosa Iris Diendomi-Álvarez, qui désire défendre les droits et revendications des milliers d’apatrides en République dominicaine, avec la lutte nationaliste républicaine et anti-immigration haïtienne de la politicienne Gladys Feliz. Le climat divisé et tendu dans lequel Diendomi-Álvarez milite est constamment souligné, et les inquiétudes de Feliz et de ses collègues à l’encontre de l’immigration sont dénoncées à travers les témoignages de plusieurs apatrides d’origine haïtienne. L’inaction du gouvernement dominicain vis-à-vis des messages haineux et des menaces grandissantes reçues par Diendomi-Álvarez et sa famille est aussi mise en évidence; l’intensité de ces menaces deviendra telle que Rosa Iris sera éventuellement contrainte de demander l’asile aux États-Unis.</p>



<p><strong>Miser sur la force des gens</strong></p>



<p>Même si <em>Apatrides</em> rend compte des effets dévastateurs de la rétraction injustifiée de la citoyenneté de plusieurs apatrides dont celle de Juan Teofilo Murat, le documentaire de Stephenson évite le piège de la représentation des apatrides sous l’angle de la recherche axée sur les dommages&nbsp;(<em>damage-centered research</em>, tdlr). En effet, selon la chercheuse en études autochtones et en éducation <a href="https://pages.ucsd.edu/~rfrank/class_web/ES-114A/Week%204/TuckHEdR79-3.pdf" data-wpel-link="external" target="_blank" rel="external noopener noreferrer">Eve Tuck</a>, la représentation basée sur la recherche axée sur les dommages, qui consiste à représenter des communautés vulnérables en se concentrant uniquement sur leurs problèmes et difficultés, peut être dévastatrice car elle contribue à perpétuellement réduire ces communautés à un statut unidimensionnel de marginalité. En démontrant notamment la détermination et la solidarité dont fait preuve la communauté majoritairement apatride avec laquelle Rosa Iris travaille et collabore, <em>Apatrides </em>évite ainsi l’impression de brosser un portrait réducteur de la situation tout en dénonçant de façon percutante les tensions raciales et xénophobes qui subsistent en République dominicaine.&nbsp;</p>



<blockquote class="wp-block-quote has-text-align-center is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow"><p>«Le documentaire de Stephenson évite le piège de la représentation des apatrides sous l’angle de la recherche axée sur les dommages&nbsp;(<em>damage-centered research</em>, tdlr)»</p></blockquote>



<p><em>Apatrides</em> peut être visionné gratuitement sur le <a href="https://www.onf.ca/film/apatrides/" data-wpel-link="external" target="_blank" rel="external noopener noreferrer">site web de l’ONF</a>.</p>
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		<title>La vie, comme tant d’images</title>
		<link>https://www.delitfrancais.com/2022/02/16/la-vie-comme-tant-dimages/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Florence Lavoie]]></dc:creator>
		<pubDate>Wed, 16 Feb 2022 13:00:00 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Culture]]></category>
		<category><![CDATA[Théâtre]]></category>
		<category><![CDATA[arts de la scène]]></category>
		<category><![CDATA[féminisme]]></category>
		<category><![CDATA[femmes]]></category>
		<category><![CDATA[monologue]]></category>
		<category><![CDATA[narration]]></category>
		<category><![CDATA[solitude]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>Les dix commandements de Dorothy Dix à l'Espace Go. </p>
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										<content:encoded><![CDATA[
<p>La scène est plongée dans la pénombre, il émerge la voix d’une femme âgée dont on distingue à peine la silhouette, comme si le corps et l’âge avaient disparu et ne demeuraient pour raconter que la conscience et les année<span class="has-inline-color has-grisfonce-color">s.</span> Ainsi débute cette pièce qui prend forme au 20<em>e</em> siècle, autour de cette femme qui ne sera jamais nommée. Julie Le Breton incarne ce personnage et porte sur ses épaules l’heure et quart que dure <em>Les dix commandements de Dorothy Dix</em>, signée par Stéphanie Jasmin, dans une mise en scène de Denis Marleau. L’actrice se fait reine d’une scène épurée: un rocher au centre et trois grands draps sur lesquels sera projetée la vidéo d’une plage.&nbsp;</p>



<blockquote class="wp-block-quote has-text-align-center is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow"><p>«Il s’agit véritablement d’une narration dont la linéarité a été évacuée: le personnage raconte tantôt des bribes de sa vie à 40 ans, à 10 ans, à 80 ans, à 100 ans»</p></blockquote>



<p><strong>Comment être heureuse?</strong></p>



<p>Le personnage de Julie Le Breton traverse un siècle qui sera déterminant pour les droits des femmes; le féminisme se tisse subtilement à travers les thématiques principales de la pièce, soit l’apparence, le vieillissement, le regret. Car ici le particulier rejoint l’universel et cette femme innommée représente l’archétype de la femme ordinaire, mondaine. Celle qui s’est construite selon l’image que sa mère, son père, puis son mari et ses enfants voulaient voir en la regardant. Celle qui a traversé la vie sans vraiment bénéficier de cette émancipation et dont les rêves se sont ternis au fil du temps pour laisser la place au mari qui l’étouffe de trop d’amour, aux six enfants qui siphonnent son énergie et aux sœurs et au frère qui n’ont pas connu le même succès qu’elle. Car elle est consciente de son privilège: elle habite une belle maison, elle possède une résidence secondaire sur le bord de la mer. Pourtant, la mélancolie ne la quitte pas – comment, alors, connaître le bonheur et vivre avec les regrets qui l’habitent? Elle s’appuie, pour vivre, sur <em>Les dix commandements pour être heureuse</em> de la chroniqueuse américaine Elizabeth Meriwether Gilmer, mieux connue sous le nom de plume Dorothy Dix. Ils apparaissent derrière elle, un à un, en anglais, et soutiennent ces tableaux qu’elle peint</p>



<p><strong>La vie en tableaux</strong></p>



<p>Ces commandements sont, en quelque sorte, le squelette autour duquel la vie de cette femme est racontée. Car il s’agit véritablement d’une narration dont la linéarité a été évacuée: le personnage raconte tantôt des bribes de sa vie à 40 ans, à 10 ans, à 80 ans, à 100 ans. Si l’idée est susceptible de porter à confusion, l’interprétation de Le Breton est juste et précise. Sa voix module selon la décennie racontée, et l’on reconnaît sans effort la voix aigüe de l’enfant, le ton mûr de la centenaire ou encore le débit rapide de la mère de famille pressée. L’insertion des commandements solidifie le nouage serré des tableaux racontés, mais le jeu habile de Le Breton ainsi que la qualité du texte de Jasmin rendent leur utilisation presque superflue. L’on saluera toutefois l’équilibre qu’ils confèrent à la pièce et le soutien qu’ils apportent à cette trame narrative qui se défait de la chronologie.</p>



<blockquote class="wp-block-quote has-text-align-center is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow"><p>«Que sommes-nous, sinon l’amalgame de nos souvenirs et des images que les autres se sont fait de nous au cours de nos vies?»</p></blockquote>



<p>La pièce se termine avec une morale qui atténue la force narrative et l’originalité de l’esthétique: «je suis une seule», nous dit la femme qui achève son monologue en soulignant l’importance des moments de joie et de l’unicité de chaque vie humaine. Si la finale tombe à plat, <em>Les dix commandements de Dorothy Dix </em>impressionne par le talent de son interprète, la qualité du texte et les réflexions qu’il engendre; que sommes-nous, sinon l’amalgame de nos souvenirs et des images que les autres se sont fait de nous au cours de nos vies?</p>
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		<title>Brève grève à la Faculté de droit</title>
		<link>https://www.delitfrancais.com/2022/02/16/breve-greve-a-la-faculte-de-droit/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Gabrielle Genest]]></dc:creator>
		<pubDate>Wed, 16 Feb 2022 13:00:00 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Actualités]]></category>
		<category><![CDATA[Campus]]></category>
		<category><![CDATA[Slider]]></category>
		<category><![CDATA[droit]]></category>
		<category><![CDATA[Faculté de Droit]]></category>
		<category><![CDATA[grève]]></category>
		<category><![CDATA[grève étudiante]]></category>
		<category><![CDATA[piquet de grève]]></category>
		<category><![CDATA[référendum]]></category>
		<guid isPermaLink="false">https://www.delitfrancais.com/?p=47225</guid>

					<description><![CDATA[<p>Le mandat de grève ciblée a été levé après une semaine. </p>
<p>L’article <a href="https://www.delitfrancais.com/2022/02/16/breve-greve-a-la-faculte-de-droit/" data-wpel-link="internal">Brève grève à la Faculté de droit</a> est apparu en premier sur <a href="https://www.delitfrancais.com" data-wpel-link="internal">Le Délit</a>.</p>
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										<content:encoded><![CDATA[
<p class="has-drop-cap">Les étudiant·e·s de la Faculté de droit de l’Université McGill ont voté en faveur d’une grève ciblée les 29 et 30 janvier derniers. La grève se voulait un moyen de pressio<span class="has-inline-color has-grisfonce-color">n pour inciter les quatre professeur·e·s de droit qui donnaient uniquement leurs cours en présentiel</span> à offrir des accommodements hybrides ou des alternatives satisfaisantes pour les étudiant·e·s. Des lignes de piquetage non contraignantes se sont formées devant les cours ciblés par la grève et ont été traversées en moyenne par deux tiers des étudiant·e·s inscrit·e·s à ces cours. Le mandat de grève a été levé par l’Association des étudiant·e·s en droit (AÉD) le 6 février, une semaine <span class="has-inline-color has-grisfonce-color">après son entrée en vigueur.</span></p>



<p>→ Voir aussi&nbsp;: <a href="https://www.delitfrancais.com/2022/01/26/les-etudiant%C2%B7e%C2%B7s-en-droit-preparent-une-greve/" target="_blank" rel="noreferrer noopener" data-wpel-link="internal">Les origines du vote de grève</a></p>



<p><strong>Une grève ciblée</strong></p>



<p>Deux questions référendaires ont été posées au corps étudiant de la Faculté de droit durant la fin de semaine du 29 janvier dernier. L’une portait sur l’assentiment à la grève et l’autre sur les modalités de la grève. En effet, trois options de grève étaient proposées aux étudiant·e·s&nbsp;: la grève générale, la grève partielle et la grève ciblée.&nbsp;</p>



<p>La grève générale aurait impliqué un refus des étudiant·e·s d’assister <span class="has-inline-color has-grisfonce-color">aux cours</span> de façon synchrone, peu importe si les cours étaient en présentiel ou en ligne. Tous les cours, même ceux qui offraient des accommodements hybrides satisfaisants, auraient été ciblés par une grève générale. Quant à la grève partielle, elle aurait plutôt interdit aux étudiant·e·s d’assister à tout cours en personne. Les étudiant·e·s auraient toutefois pu assister aux cours de façon synchrone, à distance. Enfin, la grève ciblée impliquait un refus d’assister aux cours n’offrant pas d’enseignement hybride, affectant uniquement les étudiant·e·s inscrit·e·s à ces cours.&nbsp;</p>



<blockquote class="wp-block-quote has-text-align-center is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow"><p>«Au matin du lundi 31 janvier, quatre cours étaient visés par le mandat de grève, dont trois étant des cours de première année»</p></blockquote>



<p>Le taux de participation au référendum a atteint 72,7%, une augmentation significative par rapport au<span class="has-inline-color has-grisfonce-color">x</span> 19% du précédent référendum de l’AÉD qui portait sur la <a href="https://www.delitfrancais.com/2021/03/22/mise-a-jour-constitutionnelle-a-la-faculte-de-droit/" target="_blank" rel="noreferrer noopener" data-wpel-link="internal">mise à jour</a> de sa constitution. Parmi les participant·e·s, 56,6% ont voté en faveur d’une grève, et la grève ciblée a été l’option victorieuse. Au matin du lundi 31 janvier, quatre cours étaient visés par le mandat de grève, dont trois étant des cours de première année.&nbsp;</p>



<p>En entretien avec <em>Le Délit</em>, la vice-présidente Affaires académiques de l’AÉD Charlotte Sullivan a affirmé qu’en voyant les résultats du référendum, elle savait que sa lutte allait être plus difficile que si une grève générale ou partielle avait été votée. En effet, a‑t-elle ajouté, ces deux dernières options auraient impliqué <span class="has-inline-color has-grisfonce-color">la participation de</span> l’ensemble du corps étudiant. Dans sa foire aux questions publiée dans les jours menant au vote, l’AÉD avait précisé qu’elle souhaitait que la grève soit forte et témoigne de solidarité avec les étudiant·e·s affecté·e·s par l’absence d’accommodements hybrides. L’association rappelait que la force d’une grève est celle du nombre et sa «faiblesse<span class="has-inline-color has-grisfonce-color">,</span> dans les demi-mesures».&nbsp;</p>



<p><strong>Mobilisation étudiante</strong></p>



<p>Des lignes de piquetage ont été installées devant les salles de classe du pavillon Chancellor Day qui accueillaient les cours ciblés par la grève. Selon les lignes directrices sur le piquetage partagées par l’AÉD, les piqueteur·se·s étaient prié·e·s de ne pas user de violence verbale ni de force physique pour empêcher les étudiant·e·s d’accéder à leurs cours, de ne pas interrompre ou déranger les cours et de ne pas chanter ni crier dans les couloirs de la Faculté. Selon les informations recueillies par <em>Le Délit</em>, la seule consigne qui n’aurait pas été respectée est celle interdisant les chants. Toutefois, selon la v.-p. Affaires académiques Charlotte Sullivan, aucune sanction disciplinaire n’a découlé des actions des lignes de piqueteage pendant la grève.&nbsp;</p>



<p><em>Le Délit</em> a pu observer l’une des lignes de piquetage du 3 février, à l’extérieur d’un cours de première année. Environ les deux tiers des étudiant·e·s (37 sur 60, selon l’un·e des piqueteur·se·s) avaient traversé la ligne pour assister à ce cours. Selon la v.-p. Affaires académiques Charlotte Sullivan, ce ratio des deux tiers était la norme pour tous les cours ciblés par la grève. «C’est certain que c’est décevant, […] surtout qu’une grève se veut un effort de solidarité avec les personnes qui ne peuvent assister à leurs cours», a dit la v.-p. au <em>Délit</em>. Selon elle, un grand nombre des étudiant·e·s ayant traversé la ligne de piquetage – la majorité étant en première année – s’inquiétaient des répercussions que la grève aurait sur leur éducation.&nbsp;</p>



<div class="wp-block-image"><figure class="aligncenter size-large"><img decoding="async" width="1000" height="782" src="https://www.delitfrancais.com/wp-content/uploads/2022/02/Photo-ligne-de-piquetage-1000x782.jpg" alt class="wp-image-47228" srcset="https://www.delitfrancais.com/wp-content/uploads/2022/02/Photo-ligne-de-piquetage-1000x782.jpg 1000w, https://www.delitfrancais.com/wp-content/uploads/2022/02/Photo-ligne-de-piquetage-330x258.jpg 330w, https://www.delitfrancais.com/wp-content/uploads/2022/02/Photo-ligne-de-piquetage-768x601.jpg 768w, https://www.delitfrancais.com/wp-content/uploads/2022/02/Photo-ligne-de-piquetage-1536x1202.jpg 1536w, https://www.delitfrancais.com/wp-content/uploads/2022/02/Photo-ligne-de-piquetage-2048x1602.jpg 2048w" sizes="(max-width: 1000px) 100vw, 1000px"><figcaption><span class="media-credit"><a href="https://www.delitfrancais.com/author/gabriellegenest/?media=1" data-wpel-link="internal">Gabrielle Genest</a> | Le Délit</span> Ligne de piquetage devant un cours de première année à la Faculté de droit, le 3 février 2022.</figcaption></figure></div>



<p>Des étudiant·e·s des années supérieures ont tenté de pallier ces inquiétudes en organisant des discussions dirigées par les pairs en ligne pour certains des cours de première année ciblés par la grève. Diana Stepner, étudiante de quatrième année, a coordonné deux de ces séances destinées aux personnes qui voulaient respecter le vote de grève, étaient malades ou ne se sentaient pas à l’aise d’assister au cours en présentiel. Une dizaine d’étudiant·e·s ont participé à la première de ces discussions qui suivaient la matière indiquée au plan de cours pour ces dates, selon Diana Stepner.&nbsp;</p>



<p><strong>Consentement et communication</strong></p>



<p>Ciblant quatre cours à son début le lundi 31 janvier, le mandat de grève a été levé le mardi pour l’un d’entre eux. <span class="has-inline-color has-grisfonce-color">L</span>es trois cours restants étaient des cours de première année. L’un d’entre eux a été retiré des cours ciblés le mercredi en soirée. Le mandat de grève pour les deux cours restants a été levé avec l’annonce de la fin de la grève, le dimanche 6 février en soirée.&nbsp;</p>



<p>Le retrait des cours de la liste du mandat de grève était dû au consentement des étudiant·e·s ou à une clarification des accommodements disponibles. Le premier cours a été retiré puisque les étudiant·e·s qui avaient exprimé des doléances par rapport aux accommodements avaient pu se retirer du cours, comme il n’était pas obligatoire; toutes les autres personnes inscrites s’étaient montrées satisfaites des mesures en place. Quant aux autres cours ciblés, une meilleure communication des mesures offertes ainsi que l’assurance des instructeur·rice·s ciblé·e·s de respecter certaines demandes de l’AÉD – notamment une modification de la politique de participation afin de permettre la participation en ligne pour des absences à long terme dans l’un des cours ciblés – auraient entraîné la levée du mandat de grève.</p>



<blockquote class="wp-block-quote has-text-align-center is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow"><p>«Certain·e·s [étudiant·e·s] auraient reçu des informations contradictoires sur les accommodements offerts au sein d’un même cours»</p></blockquote>



<p>En effet, selon Charlotte Sullivan, certain·e·s professeur·e·s ciblé·e·s considéraient que leur mode d’enseignement était flexible, mais les étudiant·e·s n’étaient pas certain·e·s de ce que cette flexibilité impliquait. Certain·e·s auraient reçu des informations contradictoires sur les accommodements offerts au sein d’un même cours, et d’autres avaient des inquiétudes liées à la confidentialité, craignant que les informations qu’il·elle·s devraient partager pour obtenir des accommodements compromettraient leur statut dans la classe ou de futures lettres de recommandation. L’AÉD s’est donc entretenue avec les professeur·e·s en question afin d’établir quelles étaient les mesures en place ainsi que le degré d’anonymat qu’elles offraient; ces mesures, une fois clarifiées, auraient alors été communiquées aux étudiant·e·s. Cette explication des accommodements disponibles aurait suffisamment apaisé les inquiétudes des étudiant·e·s pour qu’il·elle·s en soient satisfait·e·s. La communication entre les étudiant·e·s affecté·e·s, les professeur·e·s ciblé·e·s par la grève et l’AÉD a donc été un élément-clé de la résolution de la grève, selon la v.-p. Affaires académiques.</p>
<p>L’article <a href="https://www.delitfrancais.com/2022/02/16/breve-greve-a-la-faculte-de-droit/" data-wpel-link="internal">Brève grève à la Faculté de droit</a> est apparu en premier sur <a href="https://www.delitfrancais.com" data-wpel-link="internal">Le Délit</a>.</p>
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