Un fléau social : les inégalités d’accès à la santé

Discussion virtuelle sur l’équité en santé et en médecine pour les communautés noires à McGill et ailleurs.

Alexandre Gontier | Le Délit

À l’occasion du Mois de l’histoire des Noir·e·s, une table ronde coordonnée par le Bureau de la responsabilité sociale et de l’engagement communautaire (Bureau RSEC) de la Faculté de médecine de l’Université McGill avait lieu le 10 février dernier. La discussion portait sur les enjeux d’équité en santé et en médecine pour les communautés noires, ainsi que sur les initiatives visant à améliorer l’accès aux études supérieures en médecine à McGill pour les candidat·e·s noir·e·s. 

La table ronde était modérée par Iyman Ahmed, agente administrative pour le Parcours pour les Candidat·e·s noir·e·s (McGill Black Candidate Pathway), un nouveau programme de discrimination positive ouvert aux candidat·e·s à l’année préparatoire de médecine qui s’identifient comme étant noir·e·s. Les invité·e·s étaient un médecin et trois étudiant·e·s dans le domaine de la santé : Victoire Kpadé, Lashanda Skerrit, Berson Augustin, et Dr Nicolas Cadet. 

Iyman Ahmed a entamé la discussion en demandant aux intervenant·e·s de partager comment il·elle·s ont développé une passion pour la science et de présenter leurs travaux de recherche ainsi que leur engagement communautaire ou philanthropique.

Victoire Kpadé, une étudiante de quatrième année en médecine à McGill, est la cofondatrice de l’Initiative santé pour les réfugié·e·s (Refugee Health Initiative) à McGill. Cette initiative vise à réduire les obstacles subis par les réfugié·e·s ou demandeur·se·s d’asile qui étudient la médecine en leur offrant une formation en compétence culturelle, soit en les aidant à naviguer et à comprendre les cultures (canadienne, québécoise et universitaire) qui leur sont étrangères. Victoire Kpadé a partagé ce qui l’a le plus frappée quand elle a commencé à travailler avec des communautés immigrantes : « j’ai constaté à quel point les barrières linguistiques contraignent l’accès à la santé ». Elle a donc décidé de son propre chef de développer et distribuer des petits livrets de santé. Ce sont des documents contenant des termes médicaux traduits dans la langue de la personne détentrice du livret ainsi que le passé médical de ladite personne, également traduit, afin de faciliter leurs interactions avec les professionnel·e·s de la santé. 

« Je pensais que les personnes qui me ressemblaient ne pouvaient pas devenir docteur·e·s »

Victoire Kpadé, étudiante en médecine à McGill

Quant à Lashaka Skerritt, étudiante au programme MDCM-PhD à McGill, elle est la cofondatrice de Soutien aux jeunes étudiant·e·s noir·e·s (Supporting Young Black Students, SYBS), un programme de mentorat qui vise à aider les jeunes étudiant·e·s à explorer des carrières en santé. Elle est également coprésidente de l’Association canadienne des femmes cliniciennes-chercheuses en formation (ACFCCF) à McGill, une association dirigée par les pairs qui vise à soutenir les femmes cliniciennes-chercheuses. Pour sa thèse, elle s’intéresse aux inégalités en santé et à l’amélioration des soins de santé au Canada pour les femmes séropositives, c’est-à-dire atteintes du VIH. Le système de santé est un réseau dans lequel « les femmes racisées, autochtones et noires sont surreprésentées », selon Lashanda. En ajoutant le stigma du VIH, les femmes racisées séropositives subissent de nombreuses inégalités d’accès à la santé.

« Les approches traditionnelles et académiques en recherche ne nous donnent pas une image complète des groupes marginalisés : il faut opter pour une approche communautaire afin de redéfinir notre vision de ces communautés »

Lashaka Skerritt, étudiante au programme MDCM-PhD à McGill

Berson Augustin, étudiant au doctorat en épidémiologie à McGill, est bénévole auprès de Médecins du monde, une organisation qui s’engage à garantir l’accès aux soins pour les immigrant·e·s et réfugié·e·s en situation précaire. Il a également travaillé au Centre d’épidémiologie clinique de l’Institut Lady Davis, où il aidait à élaborer des stratégies d’amélioration pour le dépistage de l’hépatite C au Québec en plus de trouver des solutions aux inégalités subies par les personnes migrantes à Montréal. « C’est une population à laquelle je peux redonner. Ayant été moi-même un réfugié au Canada, je comprends ce qu’il·elle·s ont vécu », a‑t-il partagé. 

« Après avoir complété mon temps à la clinique, je me demandais : comment se fait-il qu’en 2022, il y ait toujours une partie de la population [les immigrant·e·s en situation précaire, ndlr] n’ayant toujours pas accès à des soins médicaux gratuits contre l’hépatite C ? Ça démontre que l’iniquité dans notre système de santé s’explique par la discrimination systémique subie par ces communautés marginalisées »

Berson Augustin, étudiant au doctorat en épidémiologie à McGill

Dr Nicolas Cadet est le premier ophtalmologiste d’ascendance africaine au Canada, spécialisé en chirurgie des paupières. Avec l’aide financière de l’Université McGill, il a lancé une bourse par l’intermédiaire de la Fondation Cadet pour les étudiant·e·s et les entrepreneur·e·s sociaux en herbe dans le domaine de la santé. 

« Il faut une plus grande représentation dans les espaces de la santé : plus de médecins noir·e·s, plus de professionel·le·s de la santé noir·e·s »

Dr Nicolas Cadet, ophtalmologiste spécialisé en chirurgie des paupières

Après une série de questions du public virtuel, la table ronde s’est close sur un ton optimiste et encourageant pour les initiatives d’équité, non seulement à McGill, mais aussi ailleurs.


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