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	<title>Archives des 2020-09-15 - Le Délit</title>
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	<description>Le seul journal francophone de l&#039;Université McGill</description>
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	<item>
		<title>Peut-on garder des secrets?</title>
		<link>https://www.delitfrancais.com/2021/10/19/peut-on-garder-des-secrets/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Marco-Antonio Hauwert Rueda]]></dc:creator>
		<pubDate>Tue, 19 Oct 2021 15:17:58 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Philosophie]]></category>
		<category><![CDATA[Prose d'idée]]></category>
		<category><![CDATA[Slider]]></category>
		<category><![CDATA[innocence]]></category>
		<category><![CDATA[mensonges]]></category>
		<category><![CDATA[secret]]></category>
		<category><![CDATA[silence]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>Pistes de réflexion sur l’éthique du secret et du mensonge.</p>
<p>L’article <a href="https://www.delitfrancais.com/2021/10/19/peut-on-garder-des-secrets/" data-wpel-link="internal">Peut-on garder des secrets?</a> est apparu en premier sur <a href="https://www.delitfrancais.com" data-wpel-link="internal">Le Délit</a>.</p>
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										<content:encoded><![CDATA[
<p class="has-drop-cap">Ah, les secrets! Ces petites pièces de connaissance que nous décidons de garder à l’abri de tous dans le coffre-fort impénétrable de notre mémoire. Tout le monde en possède, des secrets, même ceux et celles qui déclarent être un «&nbsp;livre ouvert », ceux et celles qui prétendent n’avoir «&nbsp;rien à cacher ». Bien sûr, ces personnes savent que personne ne peut vraiment vérifier le contenu de leur coffre-fort. Mais leurs secrets sont-ils pour autant répréhensibles? Les secrets peuvent être innocents et inoffensifs, ils peuvent être coquins et enfantins, mais ils peuvent aussi être pernicieux. Quel est donc notre verdict? Les secrets, c’est bien ou c’est mal? Explorons.</p>



<blockquote class="wp-block-quote has-text-align-center is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow"><p>«Tout ce qui n’est pas dit est nécessairement secret dans la mesure où cela a été intentionnellement caché à autrui»</p></blockquote>



<p><strong>L’illusion de l’innocence</strong></p>



<p>Pour parler de secrets, il faut d’abord se rendre compte que le secret est, plus souvent qu’on peut le penser, mensonge. Prenons l’exemple d’une épouse qui trompe son époux. Lorsqu’elle se retrouve avec son époux, l’épouse fait comme si de rien n’était et choisit le silence pour épargner à son mari la souffrance de savoir. Certes, l’épouse ne ment <em>techniquement</em> pas à son époux puisque celui-ci ne lui a jamais demandé&nbsp;: «&nbsp;Bonjour ma chère, juste par curiosité, me trompes-tu? » L’épouse n’a jamais eu à dire&nbsp;: «&nbsp;Mon cher, je ne te trompe pas. » Mais il n’est pas très difficile de voir que l’épouse ment. En choisissant le silence, l’épouse continue de donner activement à son époux l’idée que tout va bien, que leur mariage est intact. Le choix du silence – du secret – est donc un choix de mensonge.&nbsp;</p>



<p>Le secret est souvent mensonge, et, s’il ne l’est pas, il n’est du moins pas innocent. C’est donc quoi, exactement, le secret? Tout ce que l’on choisit de ne pas dire est nécessairement secret. Tout ce que l’on garde dans le coffre-fort de notre mémoire, caché du regard d’autrui, est nécessairement secret. C’est un secret, car l’action de ne pas dire est une action délibérée. Ne pas dire quelque chose que nous pensons est toujours un <em>choix</em> – ou une action intentionnelle, comme le dirait Jean-Paul Sartre. Tout ce qui n’est pas dit est donc nécessairement secret dans la mesure où cela a été intentionnellement caché à autrui. Même si nous choisissons de ne pas dire quelque chose uniquement parce que cette chose nous paraît banale, ou peu intéressante, cette chose constitue toujours un secret puisque nous avons fait le choix intentionnel de ne pas la dire et, donc, de la cacher à autrui.</p>



<blockquote class="wp-block-quote has-text-align-center is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow"><p>«Le secret de la femme constitue un mensonge indépendamment de l’inspection d’un officier»</p></blockquote>



<p>Ainsi le secret n’est jamais innocent. Il constitue toujours une volonté de cacher la vérité à autrui et peut même constituer une volonté de construire une réalité mensongère. Pouvons-nous donc en conclure que le secret est moralement répréhensible?</p>



<p><strong>Secrets mensongers</strong></p>



<p>Pour juger la moralité ou l’immoralité du secret, il nous faudra faire une distinction entre deux cas&nbsp;: celui du secret <em>mensonger</em> et celui du secret <em>occulteur</em>. Par secrets mensongers, nous entendons tout secret gardé pour maintenir l’illusion d’une fausse réalité. Le secret de l’épouse infidèle en est un exemple&nbsp;: l’épouse construit une réalité basée sur sa fidélité alors même que cette dernière est une fiction, un mensonge. Si nous nous fions à cet exemple, il nous paraît évident de conclure que le secret mensonger est immoral, du moins si l’on considère qu’il est immoral de tromper son époux et de garder cela secret.</p>



<p>Mais n’allons pas trop vite. Prenons un autre exemple : une femme néerlandaise cache une famille juive dans son sous-sol pendant l’occupation allemande de la Seconde Guerre mondiale. Un jour, un officier nazi claque à la porte et demande à la femme si elle cache des personnes juives chez elle. La femme ment, et décide de <em>garder secrète</em> la présence de la famille. À présent, ses actions sont-elles moralement justifiables?&nbsp;</p>



<p>Voilà le fameux scénario (adapté à notre temps) imaginé par le philosophe Emmanuel Kant. Notons d’ailleurs que le secret de la femme constitue un mensonge <em>indépendamment</em> de l’inspection d’un officier. Qu’elle soit questionnée ou pas, la Néerlandaise joue une comédie où elle ne cacherait <em>pas</em> de réfugiés. Le secret de la femme est donc nécessairement un secret mensonger et, selon Kant, un tel secret est toujours immoral.</p>



<blockquote class="wp-block-quote has-text-align-center is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow"><p>«Nul homme n’a droit à la vérité qui nuit à autrui»</p><cite>Benjamin Constant</cite></blockquote>



<p>En lisant les propos de Kant, un certain Benjamin Constant s’est indigné. L’intellectuel français publie en 1797 une réponse intitulée <em>Des réactions politiques</em>, où il affirme que « nul homme n’a droit à la vérité qui nuit à autrui ». L’argument semble solide : l’officier nazi n’a pas le « droit » d’extraire la vérité de la Néerlandaise s’il compte utiliser cette connaissance pour exterminer une famille. Conséquemment, la Néerlandaise n’a pas l’obligation morale de divulguer son secret. Mais Kant objecte encore. Selon lui, un principe moral – tel que le principe de ne pas mentir – est inconditionnel ou il n’est pas. S’il n’est pas moralement permissible de mentir dans certaines situations, pourquoi devrait-ce l’être dans d’autres?&nbsp;</p>



<p>Benjamin Constant et bien d’autres d’entre nous diraient probablement que Kant est trop « rigoriste », qu’il devrait considérer les circonstances plutôt que déclarer des principes moraux abstraits qui pourraient causer la mort d’une famille juive aux Pays-Bas. Mais ne nous précipitons pas trop vite à la défense de Constant… Imaginons un scénario où l’officier nazi demande à la femme si elle possède un tapis. Pourquoi un tapis? Parce que l’officier aime bien les tapis et s’est proposé de marcher sur le plus de tapis possible avant sa mort. La Néerlandaise ne veut pas que l’officier marche sur son tapis uniquement car elle est très pointilleuse et ne veut pas que le tapis bouge d’un centimètre. Dans ce scénario, la femme a‑t-elle le droit de mentir à l’homme et de lui dire qu’elle ne possède pas de tapis? Marcher sur un tapis, est-ce vraiment un mal qui « nuit » autant à la femme qu’elle aurait le droit de nier à l’officier l’accès à la vérité? Et, crucialement, accidentellement bouger un tapis de quelques centimètres, est-ce là un mal supérieur au mensonge de la Néerlandaise? La philosophie de Constant ne nous offre pas de réponses claires à ces questions. De tels dilemmes peuvent surgir lorsque nous tentons de juger la moralité d’un secret mensonger, mais nous laisserons le lectorat en tirer ses propres conclusions.</p>



<blockquote class="wp-block-quote has-text-align-center is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow"><p>«La vérité ne doit pas dépasser ce que nous pouvons en supporter»&nbsp;</p><cite>Anne Dufourmantelle</cite></blockquote>



<p><strong>Secrets occulteurs</strong></p>



<p>Examinons maintenant le cas du secret <em>occulteur</em>. Un secret est occulteur lorsqu’il empêche qu’une vérité perçue soit divulguée à autrui, sans que cet empêchement ne serve à maintenir un mensonge. C’est, par exemple, le fait d’avoir une connaissance scientifique qui n’a jamais été partagée avec le monde. La personne qui garde ce secret n’est pas en train de soutenir un mensonge ; elle entrave seulement le progrès de la connaissance. Un secret occulteur est donc, en quelque sorte, tout secret qui n’est pas mensonger.</p>



<p>Est-ce immoral de garder un secret occulteur? Prenons l’exemple d’une scientifique qui aurait découvert un remède infaillible contre l’Alzheimer. Malgré sa découverte révolutionnaire, la scientifique décide, pour une quelconque raison, de ne pas partager le remède et de le garder secret à jamais. Un tel secret est-il moralement justifiable? Notons avant tout que cela n’importe point si la scientifique a le <em>droit</em> légal de garder un tel secret. La seule question que nous devons juger est si elle a <em>l’obligation morale</em> de le garder. Il ne serait pas déraisonnable de penser que la scientifique a une obligation morale de divulguer son secret, et que le secret occulteur est donc immoral.</p>



<p>Mais imaginons une deuxième scientifique qui, elle, aurait trouvé une façon de concevoir la bombe atomique (imaginons un monde où cette arme n’a pas encore été conçue). Il n’est pas difficile de voir que la divulgation d’un tel secret pourrait avoir des conséquences catastrophiques : l’extermination de populations entières. Est-ce donc immoral de garder un tel secret? Nous pourrions vouloir répondre «&nbsp;non » puisque nous voulons éviter une catastrophe nucléaire, mais attendons! Peut-être que la divulgation de la technologie nucléaire pourrait <em>ne pas</em> avoir de mauvaises conséquences. Peut-être que cette connaissance pourrait être utilisée pour <em>empêcher</em> des futures attaques – après tout, il est parfaitement possible que quelqu’un d’autre conçoive la même technologie à un autre moment dans le futur. Certains, comme le politologue Kenneth Waltz, diraient même que la possession d’armes nucléaires par plusieurs États rend le monde beaucoup plus sécuritaire. Il n’est donc pas clair si la divulgation de la technologie nucléaire serait une bonne ou une mauvaise chose pour le monde… Mais, de toute façon, la divulgation d’un secret devrait-elle être jugée en fonction de ses conséquences? Ou, alternativement, devrait-elle être jugée selon <em>l’attente</em> de ses conséquences?&nbsp;</p>



<p>Selon Anne Dufourmantelle, «&nbsp;la vérité ne doit pas dépasser ce que nous pouvons en supporter&nbsp;». Il y a certaines vérités que l’être humain n’est pas prêt à entendre, certains secrets, donc, qu’il vaut mieux lui cacher. Un exemple serait celui de l’époux dont l’épouse le trompe. La révélation de la vérité sur sa relation pourrait mener l’époux à la dépression ou au suicide. Il serait peut-être mieux, dans ce cas, que l’épouse garde son secret. Un autre exemple serait probablement la révélation de l’absurde, comme décrit par Albert Camus. Certaines personnes ne peuvent accepter ni même concevoir la condition absurde de leur existence. Il vaudrait peut-être mieux épargner ces personnes de la douleur fatale de l’absurde.&nbsp;</p>



<blockquote class="wp-block-quote has-text-align-center is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow"><p>«Cela n’importe point si la scientifique a le <em>droit</em> légal de garder un tel secret. […] La seule question que nous devons juger est si elle a l’<em>obligation morale </em>de le garder»&nbsp;</p></blockquote>



<p>En somme, pour Dufourman-telle, nous pouvons être de fragiles enfants qui ont besoin de croire au Père Noël pour garder sauves nos pauvres petites existences imaginées, et il vaut parfois mieux ne pas nous divulguer le secret de l’inexistence du Père Noël. Dufourmantelle pense donc qu’un secret peut, au moins dans certains cas, être jugé par les conséquences de sa divulgation. Mais, comme nous l’avons vu dans le cas de la bombe nucléaire, nous ne pouvons pas toujours connaître <em>ex ante</em> les conséquences d’une telle divulgation. Peut-être trouvons-nous ici une justification du secret, du moins du secret <em>temporaire</em>. La révélation d’un secret est irréversible, mais le secret, lui, est potentiellement immortel. Peut-être vaudrait-il mieux <em>attendre</em> avant de révéler une vérité jusqu’à ce que l’impact de cette révélation puisse être plus correctement mesuré.</p>



<p>Il est en effet possible d’argumenter qu’un secret peut être gardé temporairement mais, là encore, nous nous retrouvons face à la question suivante : est-ce moralement justifiable de garder un secret <em>avec l’intention de possiblement le dévoiler dans un futur incertain</em>? Cette question est drôlement proche de notre question initiale.</p>



<p><strong>Les piliers du débat</strong></p>



<p>Il semble finalement que le&nbsp;débat se situe entre deux camps opposés&nbsp;: ceux et celles qui considèrent qu’un secret doit être jugé par les conséquences de son dévoilement, et ceux et celles qui pensent que l’action de garder un secret doit être jugée en elle-même. Cet article n’a pas eu le courage de trancher sur la question, mais il a au moins pu donner quelques pistes de réflexion. Il reviendra au lecteur de trouver une réponse conclusive. Espérons seulement qu’il ne décide pas de garder cette réponse secrète.</p>


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		<item>
		<title>Écrire les non-dits</title>
		<link>https://www.delitfrancais.com/2020/09/15/ecrire-les-non-dits/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Mélina Nantel]]></dc:creator>
		<pubDate>Tue, 15 Sep 2020 13:06:29 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Éditorial]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>Le web crache et vomit à la tonne des témoignages plus cinglants les uns que les autres. Entre les dénonciations d’abus, le flot de victimes et d’agresseurs s’entremêlent, des noms tombent comme autant de guillotines sur la tête des accusés.&#160; En avril dernier, Declan McCool, le vice-président interne de l’Association étudiante de l’Université McGill (AÉUM)&#8230;&#160;<a href="https://www.delitfrancais.com/2020/09/15/ecrire-les-non-dits/" rel="bookmark" data-wpel-link="internal">Lire la suite &#187;<span class="screen-reader-text">Écrire les non-dits</span></a></p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p><span style="font-weight: 400;">Le web crache et vomit à la tonne des témoignages plus cinglants les uns que les autres. Entre les dénonciations d’abus, le flot de victimes et d’agresseurs s’entremêlent, des noms tombent comme autant de guillotines sur la tête des accusés.&nbsp;</span></p>
<p><span style="font-weight: 400;">En avril dernier, Declan McCool, le vice-président interne de l’Association étudiante de l’Université McGill (AÉUM) est </span><a href="https://www.delitfrancais.com/2020/04/07/le-futur-v-p-interne-de-laeum-accuse-de-violence-sexuelle/" data-wpel-link="internal"><span style="font-weight: 400;">accusé</span></a><span style="font-weight: 400;"> d’avoir commis des violences sexuelles. Plus récemment, Normand Doiron, professeur au Département de littératures françaises de McGill, est </span><a href="https://www.delitfrancais.com/?p=37064&amp;preview=true" data-wpel-link="internal"><span style="font-weight: 400;">dénoncé</span></a><span style="font-weight: 400;"> via une page Instagram pour ses comportements problématiques.</span></p>
<p><span style="font-weight: 400;">Tranquillement, la bulle mcgilleoise des non-dits se rétrécit, afin de laisser place à de plus nombreuses prises de paroles – que l’on espère entendues. Entre le flot des victimes, l’insuffisance d’un système de justice trop lourd et des accusations invalidées, force est de constater que nous avons toutes et tous, de près ou de loin, un rôle à jouer et une parole à prendre dans cette houleuse vague de dénonciations.</span></p>
<p><span style="font-weight: 400;">11% des personnes qui s’identifient comme femmes ont été agressées sexuellement dans un contexte d’études post secondaires en 2019. 71% de la population étudiante a été témoin ou a fait l’objet de comportements sexualisés non désirés, sur le campus ou en ligne. Ces statistiques, si elles faillent à&nbsp; rendre compte des vécus uniques de chaque personne, illustrent la dangerosité de garder le silence – d’accepter de taire des comportements fautifs, de fermer les yeux sur nos professeurs, nos collègues, nos amis, qui peuvent, eux aussi, causer du tort.&nbsp;</span></p>
<p><span style="font-weight: 400;">Les violences sont multiples et insidieuses. Elles habitent nos sociétés, et s’incarnent dans les plus infimes détails de nos personnes – du racisme au capacitisme, nous sommes, tour à tour, agresseur, victime ou témoin. Il est impératif de remettre en question, collectivement, nos manières d’être et d’agir avec les autres. Il faut investiguer nos propres interactions, notre propension à entretenir la toxicité d’une relation, à travers certaines paroles, certains gestes qui peuvent être abusifs. Être à l’écoute, non seulement des mots mais aussi des actions, n’aura jamais été aussi important.</span></p>
<p><i><span style="font-weight: 400;">Le Délit </span></i><span style="font-weight: 400;">affirme sa position d’alliée face à toutes formes d’oppressions et continuera d’offrir l’espace médiatique nécessaire aux voix francophones qui souhaitent s’exprimer. Aussi longtemps que nos institutions garderont le silence face aux violences commises en leurs murs, nous écrirons les non-dits. </span></p>
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			</item>
		<item>
		<title>Oxymores et littérature</title>
		<link>https://www.delitfrancais.com/2020/09/15/oxymores-et-litterature/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Louis-Charles Girard]]></dc:creator>
		<pubDate>Tue, 15 Sep 2020 13:05:27 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Culture]]></category>
		<category><![CDATA[Le Délit et des livres]]></category>
		<category><![CDATA[Littérature]]></category>
		<category><![CDATA[Québec]]></category>
		<guid isPermaLink="false">https://www.delitfrancais.com/?p=37041</guid>

					<description><![CDATA[<p>Présentation des cinq œuvres du Prix littéraire des collégiens 2020.</p>
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]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<p>L’éducation contemporaine est fondée sur l’oxymore du désir élitiste de se démarquer des autres et du désir de son accessibilité à tous·tes. Cette antithèse prend toute sa splendeur lorsque l’on observe certaines universités américaines qui développent de vastes programmes d’aide financière et de recrutement d’étudiant·e·s « défavorisé·e·s », mais qui n’augmentent pas la taille de leurs classes.</p>
<p>Cette dichotomie contamine de manière similaire la littérature contemporaine. On lui donne une valeur puisqu’elle n’est pas lue par tous·tes, mais l’on argumente que tous·tes devraient la consommer de leur plein gré, dans leur temps libre. Le <a href="https://prixlitterairedescollegiens.ca/" data-wpel-link="external" target="_blank" rel="external noopener noreferrer">Prix littéraire des collégiens</a> siège dans le gris de cette opposition. Il offre une&nbsp;opportunité que seul·e un·e professionnel·le de la littérature pourrait habituellement saisir, soit prendre le temps de lire gratuitement cinq livres québécois parus dans la dernière année. De plus, les délibérations ouvrent la porte à un processus démocratique et à de nombreux débats. Enfin, l’œuvre sélectionnée par le plus grand nombre de&nbsp;cégeps remporte le Prix littéraire des collégiens&nbsp;ainsi que la bourse qui lui est&nbsp;associée.</p>
<p>Puisqu’il n’est pas véritablement nécessaire de passer à travers chacune des publications littéraires québécoises pour goûter à cette littérature, le Prix littéraire est une occasion pour les lecteurs et lectrices d’obtenir des recommandations et de dénicher les oeuvres suivant leurs goûts. Après tout, le rôle des critiques est de démêler les Tolstoï des Shapiro. Ainsi, voici un résumé des cinq œuvres uniques que nous proposait la cohorte 2020.</p>
<p><strong><a href="http://www.edvlb.com/offrandes/louis-carmain/livre/9782896498062" data-wpel-link="external" target="_blank" rel="external noopener noreferrer"><em>Les offrandes</em></a></strong> —<strong> Louis Carmain — VLB Éditeur</strong><br>
Plongeant&nbsp;au sein du Mexique contemporain, <em>Les offrandes</em> explore la juxtaposition de la tradition culturelle au réalisme hobbesien du quotidien d’une femme dans un pays inhospitalier. Maude, qui a quitté la Côte-Nord du Québec pour devenir&nbsp;inspectrice spécialisée en disparition d’animaux domestiques, s’engage à contrecœur dans le double meurtre d’une femme de chambre et de sa petite sœur. À travers un vocabulaire qui fait tourner les pages de nos dictionnaires, l’on remet en question les intentions et les valeurs derrière chaque interaction&nbsp;de ces personnages à la crasse flamboyante. En nous attachant aux individus qui nous déçoivent par leur instinct de survie cru, notre lumière de lecture se ferme bien tard avec ce livre en main.<br>
<em>Recommandé aux personnes qui mangent piquant pour le plaisir.</em></p>
<p><strong><a href="https://www.lequartanier.com/catalogue/ouvrir.htm" data-wpel-link="external" target="_blank" rel="external noopener noreferrer"><em>Ouvrir son cœur</em></a> — Alexie Morin — Le Quartanier</strong><br>
Savoir comment être en société est une tâche bien ardue. Justement, qu’arrive-t-il quand l’on ne sait pas comment et que l’on est forcé de continuer à naviguer cet engourdissement des attentes, des responsabilités, de l’estime d’autrui et de la solitude? Alexie Morin explore ses souvenirs, son enfance, ses rêves, sa fuite vers Montréal, mais surtout sa honte. <span style="color: #000000;"><em>Ouvrir son cœur</em> </span>encadre l’incursion au sein de la psyché humaine et de ses irrationalités. Cette introspection n’est pas pour n’importe quel public, mais les personnes qui s’y reconnaîtront pourront enfin avoir la certitude que leur torpeur n’était pas singulière et isolée.<br>
<em>Recommandé aux personnes qui se cherchent depuis longtemps.</em></p>
<p><strong><a href="http://memoiredencrier.com/shuni/" data-wpel-link="external" target="_blank" rel="external noopener noreferrer"><em>Shuni</em></a> — Naomi Fontaine — Mémoire d’encrier</strong><br>
Naomi Fontaine raconte à son amie Shuni, fille canadienne-française qui a quitté Uashuat<span style="color: #000000;">, </span>le village innu de l’autrice, la progression de sa réflexion sur sa condition d’existence autochtone. La narratrice utilise aussi ses pages pour prévenir son fils des différentes formes que prendront les assauts à son identité<span style="color: #000000;">. </span>La vie est un cercle que Naomi Fontaine traduit en prose pour relater le profond caractère humain des personnes qu’elle côtoie ou observe. <em>Shuni</em> est une œuvre sensible de la réalité coloniale contemporaine<span style="color: #000000;">&nbsp;</span>et en vaut le détour.<br>
<em>Recommandé aux personnes à l’intérieur des frontières du Canada, et ailleurs.</em></p>
<p><strong><a href="https://www.lequartanier.com/catalogue/arthur.htm" data-wpel-link="external" target="_blank" rel="external noopener noreferrer"><em>L’évasion d’Arthur ou La commune d’Hochelaga</em></a> — Simon Leduc — Le Quartanier</strong><br>
Sous le ciel gris de Montréal, les pieds humides de neige fondue entrée dans nos bottes, l’on découvre l’histoire d’Arthur qui fugue de ses deux maisons pour vendre ses pilules afin de changer le monde et sauver son ami itinérant schizophrène. Arthur a 10 ans et ne sait pas naviguer sa relation étrange avec son père anarchiste et sa mère travailleuse sociale. D’un optimisme agressif qui réclame le nettoyage de personnages souillés, Simon Leduc nous introduit dans un univers tangiblement envoûtant&nbsp;qui pourrait très bien se dérouler en ce moment, près de la ligne verte.<br>
<em>Recommandé aux personnes qui n’aiment pas la police, mais un peu en fait.</em></p>
<p><strong><a href="http://www.pol-editeur.com/index.php?spec=livre&amp;ISBN=978-2-8180-4708-8" data-wpel-link="external" target="_blank" rel="external noopener noreferrer"><em>Suzanne Travolta</em></a> — Elisabeth Benoît — P.O.L. éditeur</strong><br>
Vous saurez exactement tout ce qu’il n<span style="color: #000000;">’é</span>tait pas nécessaire à savoir et rien de ce qui a capté votre attention.<span style="color: #ff0000;">&nbsp;</span>Par contre, cette exploration de la socialisation contemporaine, où s’imbriquent des histoires ficelées d’une main experte, ne vous permettra pas de l’abandonner<span style="color: #339966;"><span style="color: #ff0000;">&nbsp;</span></span>si vite. En suivant Suzanne, première narratrice du roman, les amoureux échappent leurs papillons, les filles crédules s’y connaissent et les figures deux-dimensionnelles prennent de la profondeur. Surtout que&nbsp;Suzanne est espionnée par deux agents secrets. Montréal a toujours des histoires à faire découvrir, et la plume d’Elisabeth Benoît en est une qui nous laisse jeter un coup d’œil derrière le lourd rideau de velours que sont les façades sociales.<br>
<em>Recommandé aux personnes qui veulent essayer d’impressionner autrui avec leurs lectures.</em></p>
<p>La culture prend sa valeur de la croissance intellectuelle et des réflexions qui en émergent. Justement, le Prix littéraire des collégiens a un important effet de démystification du « monde adulte ». Ayant souvent été seulement immergé dans des œuvres « réussies », il est désillusionnant de constater que certaines choses aussi tangibles que des livres écrits, publiés, imprimés, reliés et vendus peuvent être abruptement mauvais. Cependant, les œuvres épatantes prennent de l’ampleur par la corde raide qu’elles ont su traverser jusqu’à notre fibre humaine. Cela nous rappelle que le futur est notre création et que certaines choses qui semblent bien solides ne tiennent pas toujours debout. <span style="color: #ff0000;">&nbsp;</span></p>
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			</item>
		<item>
		<title>Des contrastes dans le noir</title>
		<link>https://www.delitfrancais.com/2020/09/15/des-contrastes-dans-le-noir/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[François Céré]]></dc:creator>
		<pubDate>Tue, 15 Sep 2020 13:04:11 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Culture]]></category>
		<category><![CDATA[Entrevues]]></category>
		<category><![CDATA[Littéraires]]></category>
		<category><![CDATA[Littérature]]></category>
		<category><![CDATA[Slider]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>Le Délit s'entretient avec Frédéric Dumont.</p>
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]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<p>Frédéric Dumont n’est certainement pas le premier nom qui se retrouverait au sommet d’une liste de « coups de cœur » littéraires d’une célèbre émission culturelle. Cependant, malgré son côté plus « <em>underground</em> », nous nous sommes intéressés à ce poète pour la richesse de ses contrastes et sa capacité à décrire le réel en usant d’une simplicité désarmante. Cette marginalité nous a paru comme étant le moteur de sa puissance poétique ; une sorte de poésie hors du monde qui ne cherche pas à être connue, mais qui « est » simplement, car quelque chose doit bien décrire ce que c’est que d’être hors du monde.</p>
<p>Frédéric Dumont a publié trois recueils de poèmes&nbsp;: <em>Évènements miteux</em> (2009) aux Éditions de Ta Mère, ainsi que <em>Volière</em> (2012) et <em>Je suis célèbre dans le noir</em> (2019) à l’Écrou. Il a accepté avec plaisir de faire cette entrevue par correspondance pour <em>Le Délit</em>.</p>
<blockquote><p>Il m’apprenait qu’on pouvait faire des poèmes simples, touchants, drôles, loin de certaines traditions instituées dont je me sentais complètement éloigné</p></blockquote>
<p><strong><em>Le Délit</em> (LD)&nbsp;: </strong><em>Avant d’entrer dans la matière même de tes recueils, nous aimerions t’interroger sur le lien entre tes sources d’inspiration et la constitution de ton écriture qui nous a semblé très unique. La question ne se restreint pas aux inspirations littéraires, elle est ouverte à des éléments de réponse de toute nature&nbsp;: nous parlons autant ici d’artistes que d’individus de tout domaine, de courants artistiques, bref très largement de tout ce qui peut constituer en une source d’inspiration. </em></p>
<p><em>Ces sources se sont-elles modifiées à travers le temps (ajout de nouvelles inspirations, délaissement d’autres)? Si oui, quelles sont les raisons de tels changements? As-tu vu une évolution conséquente dans ton écriture (autant vis-à-vis du style que du contenu)?</em></p>
<p><strong>Frédéric Dumont (FD)&nbsp;: </strong>Au tout début de ma pratique d’écriture, j’étais très influencé par certains <em>beatniks</em> et les auteurs américains du <em>dirty realism</em>. Charles Bukowski, dont j’ai lu pratiquement l’œuvre entière au début de ma vingtaine, a certainement été l’un des auteurs les plus marquants de cette période. Je dis que j”« étais », mais je le suis probablement encore. C’est juste que je ne le fréquente plus beaucoup, et je pense qu’il faut tuer ses idoles pour creuser sa voix. Pour moi, lire Bukowski, c’était un peu comme aller retrouver un ami dans un bar. Il faisait partie de ma vie d’une manière très organique. Il me donnait le droit d’écrire. Il m’apprenait qu’on pouvait faire des poèmes simples, touchants, drôles, loin de certaines traditions instituées dont je me sentais complètement éloigné. On pouvait poser un regard décomplexé sur l’écriture. Le quotidien le plus banal pouvait être raconté. Ce sont des leçons que j’applique encore dans mon travail.</p>
<p>Le dadaïsme et le surréalisme m’ont aussi beaucoup marqué. Je crois que ces mouvements m’ont appris l’importance du jeu en littérature. Il ne faut jamais arrêter de jouer. Jouer avec la forme, jouer avec les clichés poétiques, tuer la littérature dans la littérature, je ne sais pas, quelque chose comme ça.</p>
<p>Samuel Beckett. Je l’avais découvert durant mon très court séjour au cégep, et je me souviens avoir eu un choc esthétique très fort en lisant une de ses pièces. J’y suis revenu un peu plus tard et je ne l’ai jamais lâché. Il m’a appris le doute. Il m’a aussi appris qu’il était possible d’écrire à partir de rien du tout. Le vide. Rien.</p>
<p>Je lis mes contemporains et mes contemporaines aussi. C’est très important pour moi. Je lis beaucoup plus de femmes depuis quelques années. Lorrie Moore est ma nouvelliste préférée. Maude Veilleux est une de mes poètes préférées de tous les temps. <em>L’année de ma disparition</em>, de Carole David, est un livre qui m’a défoncé le cerveau.</p>
<p>(Je <em>name-drop</em> et c’est un drôle d’exercice.)</p>
<p>J’imagine que la différence entre le tout début de ma pratique d’écriture (je considère que je suis encore au début) et maintenant, c’est simplement que mes influences majeures sont rendues un peu plus loin dans le processus de digestion.</p>
<p><em>Kill your idols</em>.</p>
<p><strong>LD&nbsp;: </strong><em>Le dépassement de ces sources d’inspiration contemporaines est-il également un enjeu important pour toi ? L’as-tu, par exemple, en tête en temps réel lorsque tu écris?</em></p>
<p><em>Crois-tu que ta poésie se démarque déjà des œuvres que tu fréquentes? </em><em>&nbsp;</em></p>
<p><strong>FD&nbsp;: </strong>Je n’utiliserais pas le terme « dépassement ». Ni pour mes idoles ni pour mes contemporains. Mes modèles continuent de m’influencer, même si j’essaie de m’en détacher le plus possible. Je suis très conscient du fait que même si je tue mes idoles, celles-ci reviendront toujours me visiter pour me souffler deux ou trois mots dans l’oreille comme des mortes vivantes.</p>
<p>En ce qui concerne mes contemporains, je ne sais pas. Je me laisse inspirer par ce qui est produit présentement, tout en continuant d’écrire mes petites choses dans mon coin. Je m’intéresse à mes contemporains parce que je m’intéresse à mon époque. Je ne sais pas non plus si ma poésie se démarque des œuvres que je fréquente. J’espère, mais je ne crois pas que c’est à moi d’en décider.</p>
<blockquote><p><strong>&nbsp;</strong>Je suis toujours déchiré entre communicabilité d’un propos et incommunicabilité. C’est dans ce déchirement que je déploie mes textes, en acceptant cette forme de dualité</p></blockquote>
<p><strong>LD&nbsp;: </strong><em>Maintenant que tu nous as éclairés sur tes influences, nous voudrions nous attarder plus en profondeur sur ton œuvre et spécialement sur ton rapport à la langue et les ruses langagières que tu emploies dans tes poèmes.</em><em>&nbsp;</em></p>
<p><em>Comme tu le sais, la distance qui sépare signifiant et signifié peut complexifier le rapport à l’écriture et à la symbolisation du réel. Nous ne pouvons pas nous empêcher de remarquer ce mélange habile entre le registre surréaliste dont tu as mentionné t’inspirer et la banalité dans ton œuvre, procédé qui peut à la fois permettre un humour unique, mais également la création de quelque chose de très poignant qui permet de construire un pont entre le langage et ton propos. Une sorte d’atténuation salutaire, un espace qui permet la poésie.</em></p>
<p><em>Pourrais-tu nous éclairer davantage sur cet aspect de ton rapport à la langue? Fais-tu également usage, selon toi, d’autres ruses formelles pour arriver à transposer un certain propos en tes poèmes?</em></p>
<p><strong>FD&nbsp;: </strong>J’aime les contrastes. Je pense que j’aime beaucoup les contrastes. Par contre, je n’ai pas de formules toutes faites que j’applique dans mon travail. Ni de ruses particulières. Ces choses viennent au fur et à mesure, émergent de l’écriture en cours. Peut-être que je tente de surprendre le lecteur autant que moi-même. Comment créer la surprise avec des matériaux en apparence pauvres (espaces confinées, oisiveté, solitude, etc.) C’est quelque chose qui m’intéresse. Assembler des éléments qui n’ont à priori rien à voir ensemble est quelque chose qui me fascine. Peut-être est-ce cette liberté que permet la poésie qui m’a toujours attiré. Est-ce que cette recherche formelle a pour but d’atténuer les thèmes plutôt sombres qui m’habitent afin d’en permettre la digestibilité? Je ne crois pas que cela soit mon but. Il est possible aussi que la violence du réel et du monde social soit toujours atténuée, mise à distance par n’importe quelle sorte d’écriture. Je ne sais pas. Je ne suis sûr de rien. Je n’écris pas avec des certitudes. Je suis toujours déchiré entre communicabilité d’un propos et incommunicabilité. C’est dans ce déchirement que je déploie mes textes, en acceptant cette forme de dualité.</p>
<blockquote><p>Alors tu cherches un moyen de t’en sortir. Tu cherches un espace. Un lieu. Pour moi l’écriture est ce lieu</p></blockquote>
<p><strong>LD&nbsp;: </strong><em>Dans tes recueils de poésie, il nous a semblé que certains motifs récurrents suggéraient une poésie de l’épuisement ou encore de la maladie (physique/mentale). Nous ignorons si tu considères le « pourquoi » de l’écriture comme étant une banalité, alors nous aimerions plutôt te demander « comment » tu arrives à faire ressortir ce propos qui semble couvrir une bonne partie de ton œuvre ; quel est ton processus, ton </em>modus operandi<em>? Comment réussis-tu à contourner certains tics d’écriture qui nuiraient au surgissement de ce propos?</em></p>
<p><strong>FD&nbsp;:</strong> L’épuisement et la maladie sont présents dans mes textes parce que ce sont des choses que je connais intimement ; la matière première de mes livres a toujours été autobiographique jusqu’à maintenant. C’est la raison pour laquelle il me semblerait vain de détacher le « pourquoi » du « comment ». Mon expérience du monde affecte mon écriture. Le « pourquoi », même s’il n’est pas facile à définir, n’a absolument rien de banal. S’il n’y avait pas de « pourquoi », un moteur, quelque chose qui me pousse à écrire, il n’y aurait jamais de « comment ». Et cette fatigue, cet épuisement, sont les raisons principales qui m’ont poussé à écrire mon dernier recueil. Quand tu es malade, d’une manière ou d’une autre, si tu n’es pas né dans l’opulence, tu finis par te retrouver un peu hors du monde. Sans travail, sans argent, l’avenir rétrécit et rétrécit, et rétrécit encore. Alors tu cherches un moyen de t’en sortir. Tu cherches un espace. Un lieu. Pour moi, l’écriture est ce lieu. La littérature est ce lieu. Je l’habite. Elle m’habite. Comme je cohabite avec ma fatigue. Lorsque je m’assois devant l’écran pour écrire, je ne me dis pas : « Bon, quel procédé littéraire je pourrais utiliser pour bien rendre l’affaire. »</p>
<p>Dans mon dernier recueil par exemple, je cherchais à atteindre une certaine sincérité, tendre le plus possible vers cela. C’était ça mon <em>modus operandi. </em>Comment j’ai fait? Est-ce que j’ai réussi? Je pense que oui, mais jamais autant que je l’aurais souhaité.</p>
<p>Je contourne mes tics d’écriture en relisant et en réécrivant continuellement mes textes. <em>Modus operandi</em>&nbsp;: se répéter sans se répéter. Il y a des textes auxquels je ne change pas un mot, et d’autres où je détruis et reconstruis chaque strophe, chaque vers, chaque image. Quand le pathos se pointe, je lui coupe la barbe, lui arrache le nez et le laisse seul sur une jambe avec ses deux parapluies. C’est comme ça que je fais. Avec une certaine rigueur et une certaine liberté.</p>
<p>&nbsp;</p>
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			</item>
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		<title>J’aime Wiki</title>
		<link>https://www.delitfrancais.com/2020/09/15/jaime-wiki/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Gali Bonin]]></dc:creator>
		<pubDate>Tue, 15 Sep 2020 13:02:27 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[En toute franchise]]></category>
		<category><![CDATA[Slider]]></category>
		<category><![CDATA[Société]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>Éloge à la connaissance libre de droit.</p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p><span style="font-weight: 400;">«&nbsp;Non, Gali, tu ne peux pas mettre systématiquement des hyperliens vers </span><a href="https://fr.wikipedia.org/wiki/Wikip%C3%A9dia:Accueil_principal" data-wpel-link="external" target="_blank" rel="external noopener noreferrer"><span style="font-weight: 400;">Wikipédia</span></a><span style="font-weight: 400;">.&nbsp;»</span></p>
<p><span style="font-weight: 400;">J’entends encore cette phrase résonner dans ma tête lorsque, au milieu d’un texte, j’enclenche mon traditionnel «&nbsp;ctrl + k&nbsp;» pour proposer un petit détour par l’encyclopédie en ligne. Je me résigne alors à partir à la chasse aux références, routine à laquelle je commence à m’habituer, et je déniche un article quelconque d’une source «&nbsp;plus fiable&nbsp;» ou un PDF de </span><a href="https://fr.wikipedia.org/wiki/Universit%C3%A9_de_Sherbrooke" data-wpel-link="external" target="_blank" rel="external noopener noreferrer"><span style="font-weight: 400;">l’Université de Sherbrooke</span></a><span style="font-weight: 400;"> concernant mon sujet.&nbsp;</span></p>
<p><span style="font-weight: 400;">Même si, pour ces articles que j’édite ou ces travaux scolaires que je remets, je me suis mis au pas quant à l’usage prohibé de Wikipédia, mon cœur est ailleurs. Je les entends, les arguments qui viennent et repartent. « Ce n’est pas une source fiable », « n’importe qui peut écrire là-dessus »</span> <span style="font-weight: 400;">ou encore, mon préféré, « ça ne fait pas sérieux de citer Wikipédia ». Je les entends et les comprends, mais le proverbe québécois dit vrai : on ne peut pas empêcher un cœur d’aimer.</span></p>
<p><b>Un point de départ</b></p>
<p><span style="font-weight: 400;">Je peux tout à fait comprendre les réticences qu’éprouvent certaines et certains quant à l’usage de Wikipédia comme source officielle et référentielle. Il va sans dire que les articles s’y retrouvant ne peuvent être utilisés comme unique point de référence pour qui veut débattre d’un enjeu précis. Toutefois, cette règle n’est-elle pas la même pour toute source? Ce n’est pas pour rien que les professeur·e·s demandent à leurs étudiant·e·s un minimum d’œuvres dans leur bibliographie : une pensée trop homogène est une pensée en souffrance. Ce n’est pas parce qu’une personne a lu un article du </span><a href="https://fr.wikipedia.org/wiki/The_New_York_Times" data-wpel-link="external" target="_blank" rel="external noopener noreferrer"><i><span style="font-weight: 400;">New York Times</span></i></a> <span style="font-weight: 400;">synthétisant la </span><a href="https://fr.wikipedia.org/wiki/Guerre_de_S%C3%A9cession" data-wpel-link="external" target="_blank" rel="external noopener noreferrer"><span style="font-weight: 400;">Guerre de Sécession américaine</span></a><span style="font-weight: 400;"> qu’elle peut affirmer connaître et comprendre tous les tenants et aboutissants de cette dernière.</span></p>
<p><span style="font-weight: 400;">Wikipédia n’est pas un outil d’analyse, c’est un point de départ. Tout comme on cherche dans le </span><a href="https://fr.wikipedia.org/wiki/Le_Petit_Larousse" data-wpel-link="external" target="_blank" rel="external noopener noreferrer"><i><span style="font-weight: 400;">Le Petit Larousse</span></i></a> <span style="font-weight: 400;">un mot dont le sens nous échappe, on consulte l’encyclopédie lorsqu’un sujet nous est inconnu. De là, l’exploration peut débuter. Il s’agit, comme l’illustre le logo de </span><a href="https://fr.wikisource.org/wiki/Wikisource:Accueil" data-wpel-link="external" target="_blank" rel="external noopener noreferrer"><span style="font-weight: 400;">Wikisource</span></a><span style="font-weight: 400;">, de la pointe d’un iceberg : une fois la partie émergente trouvée, on peut plonger en profondeur pour consolider notre savoir. À mon sens, tout l’intérêt de Wikipédia est dans cette pointe accessible à qui veut bien la chercher. Sans pointe, comment fait-on pour trouver ce qui est trop profond pour apparaître aux yeux du monde?</span></p>
<blockquote><p><span style="font-weight: 400;">Face à l’impossibilité de tout connaître de fond en comble, il faut se résigner à couvrir le plus large possible</span></p></blockquote>
<p><b><i>Ad nauseam, </i></b><b>la connaissance</b></p>
<p><span style="font-weight: 400;">Tout comme les </span><a href="https://fr.wikipedia.org/wiki/Orpaillage" data-wpel-link="external" target="_blank" rel="external noopener noreferrer"><span style="font-weight: 400;">orpailleur·se·s</span></a><span style="font-weight: 400;"> de San Francisco, une fois qu’un filon intéressant est trouvé sur l’encyclopédie, il suffit de creuser jusqu’à ce qu’une paillette ou une pépite d’or apparaissent. Des heures de lecture peuvent s’ensuivre. Wikipédia devient alors un moyen de ratisser large sans toutefois explorer les enjeux en profondeur. Rien de mieux pour s’initier à un sujet méconnu.&nbsp;</span></p>
<p><span style="font-weight: 400;">Avant de regarder un documentaire entier sur l’historique </span><a href="https://fr.wikipedia.org/wiki/R%C3%A8glement_17" data-wpel-link="external" target="_blank" rel="external noopener noreferrer"><span style="font-weight: 400;">règlement 17 de l’Ontario</span></a><span style="font-weight: 400;">, un rapide détour sur Wikipédia est de mise. Grâce aux hyperliens, les curieux et les curieuses peuvent rapidement se retrouver sur les articles concernant la création de la </span><a href="https://fr.wikipedia.org/wiki/Conf%C3%A9d%C3%A9ration_canadienne" data-wpel-link="external" target="_blank" rel="external noopener noreferrer"><span style="font-weight: 400;">Confédération canadienne</span></a><span style="font-weight: 400;">, les années au pouvoir de </span><a href="https://fr.wikipedia.org/wiki/Wilfrid_Laurier" data-wpel-link="external" target="_blank" rel="external noopener noreferrer"><span style="font-weight: 400;">Sir Wilfrid Laurier</span></a><span style="font-weight: 400;"> ou encore la question des </span><a href="https://fr.wikipedia.org/wiki/Question_des_%C3%A9coles_du_Manitoba" data-wpel-link="external" target="_blank" rel="external noopener noreferrer"><span style="font-weight: 400;">écoles francophones du Manitoba</span></a><span style="font-weight: 400;">. Cet apprentissage autodidacte devient une manière accessible et démocratique pour s’initier à toutes les questions que l’on se pose (ou presque).&nbsp;</span></p>
<p><span style="font-weight: 400;">S’il est important de se tourner vers des sources diverses lorsque l’on veut voir complètement la partie immergée de l’iceberg sur lequel on a atterri, n’est-il pas tout aussi important d’avoir un portrait d’ensemble de l’archipel de savoirs auquel il appartient? L’encyclopédie virtuelle devient alors une route permettant de sauter d’un îlot à l’autre, une manière de dresser une carte mentale d’une thématique donnée avant de plonger sous l’eau et comprendre la composition réelle d’un des ces monolithes de glace. Face à l’impossibilité de tout connaître de fond en comble, il faut se résigner à couvrir le plus large possible, tout en gardant certains champs d’expertise.&nbsp;&nbsp;</span></p>
<p><b>Des remerciements nécessaires</b></p>
<p><span style="font-weight: 400;">Avant de mettre un point final à cette ode à l’encyclopédie du 21</span><i><span style="font-weight: 400;">e&nbsp;</span></i><span style="font-weight: 400;">siècle par excellence, je tenais à dresser une liste (non exhaustive, Dieu merci!) de certaines découvertes personnelles qui ont été rendues possibles grâce à Wikipédia&nbsp;:</span></p>
<ul>
<li style="font-weight: 400;"><a href="https://fr.wikipedia.org/wiki/Kondiaronk" data-wpel-link="external" target="_blank" rel="external noopener noreferrer"><span style="font-weight: 400;">Kondiaronk, dit </span><i><span style="font-weight: 400;">Le Rat&nbsp;</span></i></a><span style="font-weight: 400;">: chef de la nation autochtone huronne-wendat et pilier de la </span><a href="https://fr.wikipedia.org/wiki/Grande_paix_de_Montr%C3%A9al" data-wpel-link="external" target="_blank" rel="external noopener noreferrer"><span style="font-weight: 400;">Grande Paix de Montréal de 1701</span></a><span style="font-weight: 400;">&nbsp;;</span></li>
<li style="font-weight: 400;"><a href="https://fr.wikipedia.org/wiki/Michel_Brault" data-wpel-link="external" target="_blank" rel="external noopener noreferrer"><span style="font-weight: 400;">Michel Brault</span></a><span style="font-weight: 400;"> et le </span><a href="https://fr.wikipedia.org/wiki/Cin%C3%A9ma_direct" data-wpel-link="external" target="_blank" rel="external noopener noreferrer"><span style="font-weight: 400;">cinéma direct</span></a><span style="font-weight: 400;">&nbsp;: réalisateur important de ce mouvement cinématographique des années&nbsp;1950–1960 ;</span></li>
<li style="font-weight: 400;"><a href="https://fr.wikipedia.org/wiki/Mir_Jafar" data-wpel-link="external" target="_blank" rel="external noopener noreferrer"><span style="font-weight: 400;">Mir Jafar</span></a><span style="font-weight: 400;"> et la </span><a href="https://fr.wikipedia.org/wiki/Bataille_de_Plassey" data-wpel-link="external" target="_blank" rel="external noopener noreferrer"><span style="font-weight: 400;">bataille de Plassey</span></a><span style="font-weight: 400;">&nbsp;:&nbsp;premier <a href="https://fr.wikipedia.org/wiki/Nawab" data-wpel-link="external" target="_blank" rel="external noopener noreferrer">Nawab</a> du <a href="https://fr.wikipedia.org/wiki/Bengale" data-wpel-link="external" target="_blank" rel="external noopener noreferrer">Bengale</a> à plaider allégeance à la couronne britannique&nbsp;;</span></li>
<li style="font-weight: 400;"><a href="https://fr.wikipedia.org/wiki/Action_directe" data-wpel-link="external" target="_blank" rel="external noopener noreferrer"><span style="font-weight: 400;">Action directe</span></a><span style="font-weight: 400;">&nbsp;:&nbsp;groupe révolutionnaire français aux méthodes violentes des années 1980&nbsp;;</span></li>
<li style="font-weight: 400;"><a href="https://fr.wikipedia.org/wiki/Gentilhomme_huissier_de_la_verge_noire" data-wpel-link="external" target="_blank" rel="external noopener noreferrer"><span style="font-weight: 400;">Gentilhomme huissier de la verge noire</span></a><span style="font-weight: 400;">&nbsp;:&nbsp;poste honorifique dans la tradition parlementariste britannique.</span></li>
</ul>
<p><span style="font-weight: 400;">La liste pourrait encore s’allonger longuement, mais ce ne serait que du superflu. Ce qui importe<span style="color: #0000ff;">,</span> c’est de faire la juste part des choses. Une source ne sera jamais infaillible. Que ce soit dans l’</span><a href="https://fr.wikipedia.org/wiki/Encyclop%C3%A9die_ou_Dictionnaire_raisonn%C3%A9_des_sciences,_des_arts_et_des_m%C3%A9tiers" data-wpel-link="external" target="_blank" rel="external noopener noreferrer"><i><span style="font-weight: 400;">Encyclopédie</span></i></a><span style="font-weight: 400;"> de </span><a href="https://fr.wikipedia.org/wiki/Denis_Diderot" data-wpel-link="external" target="_blank" rel="external noopener noreferrer"><span style="font-weight: 400;">Diderot</span></a><span style="font-weight: 400;"> et </span><a href="https://fr.wikipedia.org/wiki/Jean_Le_Rond_d%27Alembert" data-wpel-link="external" target="_blank" rel="external noopener noreferrer"><span style="font-weight: 400;">d’Alembert</span></a><span style="font-weight: 400;"> ou dans l’</span><a href="https://fr.wikipedia.org/wiki/Encyclop%C3%A6dia_Universalis" data-wpel-link="external" target="_blank" rel="external noopener noreferrer"><span style="font-weight: 400;">Encyclopædia Universalis</span></a><span style="font-weight: 400;">, les faits rapportés peuvent être biaisés, mal vérifiés ou carrément erronés. Certes, concernant ce genre de bévues, Wikipédia est toujours plus à risque de par son aspect collaboratif. Mais n’est-ce pas également là une de ses plus grand beauté? Une démocratisation du savoir, mais aussi de la construction de ce savoir. </span></p>
<p><span style="font-weight: 400;">À mon sens, c</span><span style="font-weight: 400;">e qui importe réellement c’est d’être en mesure de se renseigner librement et démocratiquement sur tous les sujets qui pourraient m’intéresser. C’est pour ça que j’aime Wiki. </span></p>
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		<item>
		<title>McGill dans le commerce militaire mondial</title>
		<link>https://www.delitfrancais.com/2020/09/15/mcgill-dans-le-commerce-militaire-mondial/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Marco-Antonio Hauwert Rueda]]></dc:creator>
		<pubDate>Tue, 15 Sep 2020 13:00:42 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Actualités]]></category>
		<category><![CDATA[Campus]]></category>
		<category><![CDATA[Slider]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>Le Délit s'entretient avec Students for Peace and Disarmament.</p>
<p>L’article <a href="https://www.delitfrancais.com/2020/09/15/mcgill-dans-le-commerce-militaire-mondial/" data-wpel-link="internal">McGill dans le commerce militaire mondial</a> est apparu en premier sur <a href="https://www.delitfrancais.com" data-wpel-link="internal">Le Délit</a>.</p>
]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<p>L’Université McGill se <a href="https://reporter.mcgill.ca/mcgill-on-the-rise-in-pair-of-world-university-rankings/#:~:text=McGill%20has%20been%20named%20the,indicators%20to%20compile%20the%20ranking." data-wpel-link="external" target="_blank" rel="external noopener noreferrer">vante</a> souvent de son leadership en matière de recherche et d’innovation. Elle a en effet de quoi être fière&nbsp;: au cours des deux derniers siècles, des chercheur·euse·s mcgillois·es ont été à l’origine de <a href="https://mcgillnews.mcgill.ca/s/1762/news/interior.aspx?sid=1762&amp;gid=2&amp;pgid=1222" data-wpel-link="external" target="_blank" rel="external noopener noreferrer">découvertes</a> aussi impressionnantes que l’existence de l’ADN (Colin Munro MacLeod) et la divisibilité des atomes (Ernest Rutherford). Mais dans certains cas, les effets positifs des recherches de l’Université sont plus contestables, surtout lorsque ces recherches sont directement applicables à des domaines comme la guerre et la surveillance.</p>
<p>En 2018, <i>Students for Peace and Disarmament</i> (SPD, Étudiant·e·s pour la paix et le désarmement, <em>ndlr</em>) est né dans l’esprit de révéler ce côté moins connu de la recherche à McGill. Selon Lia Holla, cofondatrice du groupe, McGill n’est pas assez transparente quant à son implication dans la traite mondiale des armes. Plusieurs des laboratoires de l’Université réalisent des recherches avec des applications directes à la guerre. Le laboratoire <a href="https://www.cfdlab.mcgill.ca" data-wpel-link="external" target="_blank" rel="external noopener noreferrer"><i>Computational Fluid Dynamics</i></a> (CFD), par exemple, est principalement orienté vers le développement de <a href="http://demilitarizemcgill.com/military_research/cfd_lab/index.html" data-wpel-link="external" target="_blank" rel="external noopener noreferrer">technologie</a> anti-givrage pour les véhicules aériens sans pilote, y compris les drones d’attaque utilisés par l’armée américaine. Le laboratoire est d’ailleurs en partie <a href="https://www.cfdlab.mcgill.ca/research/" data-wpel-link="external" target="_blank" rel="external noopener noreferrer">financé</a> par <a href="https://www.lockheedmartin.com/en-us/index.html" data-wpel-link="external" target="_blank" rel="external noopener noreferrer">Lockheed Martin</a>, une entreprise <a href="https://www.lockheedmartin.com/en-us/who-we-are.html" data-wpel-link="external" target="_blank" rel="external noopener noreferrer">spécialisée</a> dans la guerre et la sécurité.</p>
<p><i>Le Délit</i> s’est entretenu avec Lia Holla pour discuter de l’histoire de SPD, leur mission dans la communauté mcgilloise et leur recherche.</p>
<p><b><em>Le Délit</em> (LD)</b> : <em>D’où l’idée de créer </em>Students for Peace and Disarmament <em>vous est-elle venue?</em></p>
<p><b>Lia Holla (LH)</b>&nbsp;: Beaucoup d’entre nous étaient des étudiant·e·s en science politique, et nous considérions que la façon dont nos cours décrivaient la guerre, comme étant inévitable, était une représentation inadéquate du monde. Ce n’est pas parce que la guerre <i>est</i> qu’elle <i>devrait être</i>.</p>
<p>Nous avons donc commencé à chercher des ressources en matière de paix et de désarmement, mais avons été déçu·e·s par l’offre à McGill. La source la plus récente que nous pouvions trouver était <i>Demilitarize McGill </i>[DM, Démilitarisons McGill, <i>ndlr</i>], mais le groupe a cessé d’exister en 2016. Nous avons donc décidé de créer un groupe nous-mêmes. Notre but initial était double : nous voulions examiner les recherches militaires de McGill et créer un groupe qui plaiderait pour la paix sur le campus.</p>
<p><b>LD</b> : <em>Comment ont été les débuts de SPD?</em></p>
<p><b>LH</b>&nbsp;: Les premières choses que nous avons faites ont été de créer un groupe Facebook, d’aller nous présenter devant des classes et d’essayer d’attirer autant d’intérêt que possible pour notre cause. Aussitôt que nous<del></del> avons eu des intéressé·e·s, nous avons commencé quelques projets.</p>
<p>D’abord, nous avons commencé à travailler pour ICAN [Campagne internationale pour l’abolition des armes nucléaires, <i>ndlr</i>]. Ils ont écrit le Traité sur l’interdiction des armes nucléaires, un traité dont aucun cours de science politique à McGill ne parle. Nous avons envoyé le Traité à plusieurs personnalités publiques au Canada et avons même réussi à obtenir la signature de Valérie Plante, la mairesse de Montréal.</p>
<p>Ensuite, nous avons créé l’atelier <i>Disarmament 101&nbsp;</i>(Désarmement 101, <em>ndlr</em>) pour que les gens puissent apprendre sur les armes nucléaires et leur impact humanitaire et écologique, une perspective différente de celle enseignée en cours d’habitude. Nous parlions aussi du militarisme en général, son impact sur les populations autochtones et son impact souvent méconnu sur l’environnement. Par exemple, pour des raisons de soi-disant sécurité nationale, l’armée n’est pas obligée de publier ses taux d’émissions de gaz à effet de serre. Il est toutefois possible de les estimer en calculant les émissions à partir de leur consommation de pétrole. Nous examinons aussi les possibles usages alternatifs de l’argent dépensé dans l’armée. Les personnes qui participent à ces ateliers finissent souvent par rejoindre notre groupe.</p>
<p><b>LD</b> : <em>Quel est le rôle actuel de SPD?</em></p>
<p><b>LH</b>&nbsp;: Notre mission à long terme est de mettre fin à la recherche et aux dépenses militaires à McGill, mais, à court terme, nous nous chargeons principalement de créer une communauté pour la discussion éducative concernant la paix et le désarmement. Pour cela, nous effectuons de nombreuses recherches sur l’implication de McGill dans la recherche militaire.</p>
<p><b>LD</b> : <em>SPD est-il un groupe pacifiste?</em></p>
<p><b>LH</b>&nbsp;: Nous ne nous identifions pas explicitement avec ce terme en tant qu’organisation, juste parce que le mot a de nombreuses connotations différentes, mais nous priorisons en tout cas une approche non violente à la résolution de conflits.</p>
<p>En ce sens, nous sommes différents de DM. DM utilisait des méthodes controversées et s’attirait beaucoup de critiques. Une fois, les membres ont bloqué un bâtiment de l’Université qui menait des recherches liées au commerce militaire mondial. Après plusieurs heures de blocage, il a fallu que la police intervienne.</p>
<blockquote><p>Notre approche est différente. Nous voulons mettre l’éducation au premier plan, nous éduquer nous-mêmes d’abord et ensuite sensibiliser le grand public, tout cela avant de pouvoir passer à l’action</p></blockquote>
<p>Les actions de DM étaient souvent controversées. Nous ne voulons pas que la paix soit controversée.</p>
<p><b>LD</b> : <em>Comment vous éduquez-vous sur le rôle de McGill dans le commerce militaire mondial?</em></p>
<p><b>LH</b> : Quand nous avons commencé, je dois dire nous n’avions aucune connaissance sur le sujet. Les travaux de DM n’étaient d’ailleurs plus disponibles parce que quelqu’un avait acheté l’adresse de leur page web! Notre premier but était donc de consolider toutes les connaissances de nos prédécesseurs. Nous avons réussi à contacter Noah Fisher, coordinateur de campagnes politiques à l’AÉUM [Association étudiante de l’Université McGill, <i>ndlr</i>], qui nous a aidés à effectuer des recherches sur DM et à parcourir des centaines de pages de contrats entre McGill et des entreprises liées au commerce militaire que DM avait amassées.</p>
<p>Nous avons ensuite fait des recherches plus approfondies sur ces entreprises. Souvent, cela était compliqué, car les entreprises tentent toujours de mettre de l’avant leurs côtés les plus positifs et de cacher leurs projets plus controversés. Un bon exemple est l’entreprise Bombardier. Ils fabriquent principalement des avions et des trains et font des dons réguliers à des hôpitaux, des bourses d’études et des associations humanitaires. Mais en parallèle, Bombardier finance aussi la technologie anti-givrage pour drones de combat étudiée à McGill.</p>
<p><b>LD</b> : <em>Quelles sont d’autres difficultés qui se présentent lorsque vous faites des recherches?</em></p>
<p><b>LH</b>&nbsp;: Une autre difficulté est souvent le langage utilisé dans ces recherches. Celui-ci est souvent expressément flou et n’en dit pas beaucoup sur le but réel de la technologie étudiée. Notre travail est en partie de « traduire » ce langage.</p>
<p>Le laboratoire CFD, par exemple, développe un logiciel de simulation appelé FENSAP-ICE [<em>Finite Element Navier-Stokes Analysis Package</em>, L’ensemble d’analyse de Navier-Stokes des éléments finis en français, <em>ndlr</em>] dont le but officiel est de dégivrer des véhicules aériens. En réalité, ce logiciel a pour but d’optimiser spécifiquement la conception des drones d’attaque et de développer les meilleurs systèmes de dégivrage possibles pour qu’ils puissent voler en terrain plus extrême.</p>
<p>McGill n’est d’ailleurs pas transparente sur les compagnies qui financent ses recherches. Elle mentionne souvent des « collaborateurs industriels », mais n’en dit pas plus. Nous avons formulé une demande d’accès à l’information [ATI, <i>Access To Information</i> en anglais, <i>ndlr</i>] sur les laboratoires CFD et <i>Shockwave Physics</i>&nbsp;à la fin mai, mais n’avons toujours pas reçu de réponse. [La demande a été formulée en mars, <i>ndlr</i>]</p>
<p><b>LD</b> : <em>Ces laboratoires réalisent aussi des recherches avec des applications positives. Où doit-on tracer la ligne entre ce que McGill peut étudier et ce qu’elle ne peut pas étudier?</em></p>
<p><b>LH</b> : C’est vrai que ces recherches ont souvent aussi des applications positives. Les biocarburants, par exemple, sont respectueux de l’environnement et ne sont pas trop chers, mais peuvent avoir des effets dévastateurs lorsqu’ils sont en possession de compagnies militaires. Souvent, le problème n’est donc pas la recherche elle-même, mais le fait que cette recherche soit vendue à des compagnies qui font la guerre. Voilà la différence cruciale.</p>
<p><b>LD</b> : <em>Souvent, ces laboratoires ont besoin de ces revenus pour survivre. Pensez-vous que couper tous ces liens pourrait compromettre la stabilité économique de ces laboratoires?</em></p>
<p><b>LH</b>&nbsp;: Je pense que ces laboratoires pourraient s’engager à diminuer lentement leur dépendance à ces compagnies au cours des cinq à dix prochaines années et chercher des sources alternatives de financement. Je ne peux pas dire cela avec certitude parce que nous n’avons toujours pas reçu les contrats de notre ATI. Lorsque nous les recevrons, nous demanderons alors que McGill ne renouvelle pas ses contrats avec ces compagnies. Mais pour l’instant, notre but principal est celui d’éduquer le grand public.</p>
<p>L’article <a href="https://www.delitfrancais.com/2020/09/15/mcgill-dans-le-commerce-militaire-mondial/" data-wpel-link="internal">McGill dans le commerce militaire mondial</a> est apparu en premier sur <a href="https://www.delitfrancais.com" data-wpel-link="internal">Le Délit</a>.</p>
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		<title>La constitution de l’AÉUM maintenue jusqu’en novembre</title>
		<link>https://www.delitfrancais.com/2020/09/15/la-constitution-de-laeum-maintenue-jusquen-novembre/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Philippe Bédard-Gagnon]]></dc:creator>
		<pubDate>Tue, 15 Sep 2020 12:59:00 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Actualités]]></category>
		<category><![CDATA[Campus]]></category>
		<guid isPermaLink="false">https://www.delitfrancais.com/?p=37099</guid>

					<description><![CDATA[<p>La constitution de l’AÉUM votée en 2020 restera en vigueur jusqu’au 1er novembre.</p>
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]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<p>Après une réflexion de trois semaines demandée par le conseil d’administration de l’Association Étudiante de l’Université McGill (AÉUM), le conseil judiciaire de l’association a décidé de reporter l’exécution de son <a href="https://www.delitfrancais.com/2020/08/21/la-constitution-de-laeum-declaree-invalide/" data-wpel-link="internal">jugement</a> du 18 août au 1<i>er </i>novembre. Cette décision permet à la constitution adoptée uniquement en anglais en hiver 2020 de rester en vigueur jusqu’à cette date. L’AÉUM n’aura donc probablement pas à revenir à la constitution de 2017, car le président de l’AÉUM Jemark Earle a annoncé qu’un référendum sera organisé avant cette date pour régulariser le statut de celle de 2020.</p>
<p><b>Des conséquences presque inexistantes</b></p>
<p>Si le jugement avait été accepté tel quel, l’AÉUM aurait dû revenir à la forme prescrite par la constitution de 2017, ce qui aurait impliqué l’abolition et la réinstitution de certains postes au sein de l’association étudiante. Lors de l’audience devant le conseil judiciaire, Earle avait plaidé que ces bouleversements entraîneraient de grands problèmes pour l’association. Dans son jugement du 18 août, le conseil a fait remarquer que, s’il était vrai que les conséquences sur le fonctionnement de l’association seraient graves, les violations des droits des francophones ayant mené à cette affaire l’étaient davantage. Le conseil d’administration a tout de même demandé au conseil judiciaire de reconsidérer sa décision.</p>
<p>La réponse du conseil judiciaire va probablement permettre à l’AÉUM d’éviter<del> </del>les effets négatifs que faisait craindre le premier jugement. Tant que la constitution de 2020 restera en vigueur, aucun des postes menacés ne devra être modifié. Dans une rencontre du conseil législatif de l’AÉUM le 8 septembre dernier, Jemark Earle a déclaré que l’association aurait le temps d’organiser un référendum avant le 1<i>er </i>novembre pour adopter à nouveau la constitution de 2020, cette fois disponible en français. Selon toutes les parties impliquées, elle sera sûrement adoptée sans problème, ce qui éviterait à l’AÉUM de revenir à la structure que lui imposait la constitution de 2017.</p>
<p><b>Les droits des francophone</b><strong>s </strong><b>au coeur des préoccupations</b></p>
<p>Le conseil judiciaire répond par ailleurs à certains des arguments que le Conseil d’administration de l’AÉUM a avancés dans son appel. Celui-ci mentionnait que, bien qu’il y ait eu une violation des droits des francophones lors du référendum, aucun·e francophone n’avait porté plainte auprès de l’association étudiante. Le conseil judiciaire répond à cet argument que « <i>les groupes minoritaires n’ont pas à porter le fardeau de faire campagne contre leur association étudiante ou de défendre leur position lors de l’audition </i>[…]<i> lorsque leurs droits sont violés</i>». La réponse fait aussi mention que si le conseil judiciaire ne s’est pas contenté d’accepter la solution avancée par les deux parties au cours de l’audience, c’est à dire que la constitution soit maintenue en place, c’est que ses règles de procédure ne permettent pas la médiation dans les affaires d’interprétation constitutionnelle. Le demandeur Daniel Benjamin Miller nie avoir proposé que la constitution de 2020 reste en vigueur jusqu’à un éventuel référendum.</p>
<p>Dans sa réponse, le conseil judiciaire interdit à l’AÉUM d’utiliser, lors de la campagne pour le prochain référendum, les conséquences qu’entraînerait un retour en arrière comme argument en faveur du maintien de la constitution de 2020, car cela ferait peser un poids supplémentaire sur les épaules des électeurs et électrices francophones.</p>
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		<title>Généalogie du binaire</title>
		<link>https://www.delitfrancais.com/2020/09/15/genealogie-du-binaire/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Mélina Nantel]]></dc:creator>
		<pubDate>Tue, 15 Sep 2020 12:56:24 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Philosophie]]></category>
		<category><![CDATA[Prose d'idée]]></category>
		<category><![CDATA[Slider]]></category>
		<guid isPermaLink="false">https://www.delitfrancais.com/?p=37087</guid>

					<description><![CDATA[<p>Questionner la théorie des genres à travers la philosophie de Friedrich Nietzsche. </p>
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]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<p>Nietzsche n’a jamais, du moins explicitement dans ses écrits, développé de théorie relative aux genres. Il faut d’ailleurs attendre bien après la vie du feu philosophe pour que l’idée de genre, consolidée pour la première fois en 1935 par l’anthropologue américaine Margaret Mead, soit formulée. Pionnière dans le domaine, celle-ci distingue d’abord le rôle social de celui du sexe, admettant qu’il existe un spectre de sexualités et d’identités plus large que celui convenu alors par les études biologiques.</p>
<p>Bien que l’on épingle souvent à Nietzsche la figure du misogyne, l’on ne saurait réduire ses écrits sur la Femme — aussi brefs soient-ils — à ce seul fait. Plusieurs problèmes s’offrent d’ailleurs à nous dans cette tentative de relire, sous un jour contemporain, le philosophe. D’abord, les conditions dans lesquelles Nietzsche pense les rapports homme/femme ainsi que leurs rôles respectifs sont celles d’une autre époque&nbsp;: les aphorismes employés dans ses œuvres, d’une part, sont propres à l’écriture nietzschéenne, et d’une autre, puisent leur source à même la condition de la femme européenne du 19<em>e</em> siècle. Sujet des plus modernes, l’identité de genre vient alors s’inscrire dans un courant dépassant largement l’entendement qu’était celui de Nietzsche et de ses contemporains. Il est à nous, lectorat que l’on espère rigoureux, de se dégager de nos propres idéaux et perspectives, tout à fait socialement construits, liés à cette thématique moderne. Nietzsche provoque, et nous tenterons d’attraper quelques-unes de ses flèches acérées afin de spéculer sur la pensée qu’aurait développée le philosophe allemand s’il avait rencontré la théorie postmoderne de l’identité de genre.</p>
<p><strong>Un rejet des dualités</strong></p>
<p>À maintes reprises dans ses écrits, Nietzsche met en scène des dualités, afin de démontrer la tension en chaque chose. Il rejette l’affirmation générale de valeurs opposées, considérées comme complètement séparées et antagonistes. Il nous enseigne que les dualismes et «&nbsp;vérités&nbsp;» oppriment les gens, les empêchant de s’autodéterminer ; il faut plutôt laisser place à la liberté individuelle, l’indépendance et le rejet des croyances et des vérités interprétées. Attaquant la science, la religion et la morale, et défendant ces trois choses ailleurs et à d’autres moments, il affirme que celles-ci nous restreignent à une vision du monde trop monochrome. L’œuvre <em>Par-delà bien et mal </em>apporte d’ailleurs une contribution intéressante à la question du dualisme. Le philosophe nous invite à douter de ce dualisme, c’est-à-dire de l’existence d’une complète séparation des contraires. Chez Nietzsche, la catégorisation d’opposés ne relève que d’approximations qui font fi des variations existantes. La binarité viserait à rendre les choses cohérentes et uniformes, en facilitant la compréhension par tous. Et c’est cela même que Nietzsche attaque&nbsp;: il n’admet pas que ces vérités puissent convenir à tout le monde, et qu’elles suffisent à exprimer la réalité des choses. Il est alors nécessaire de former des paires de contraires afin de mieux définir leurs oppositions, pour mieux s’opposer à celles-ci. Parmi ces dualités trop étroites, l’on dénote les notions de bien et de mal, d’esprit et de corps, de vérité et de faux, de pureté et d’impureté. En ce qu’il a de dichotomique, le genre, plus précisément la relation homme/femme, s’inscrit aussi en tant que valeurs opposées.</p>
<p>Pour la philosophe Marilyn Frye, qui s’intéresse à la notion du dualisme dans le genre, l’adhésion aux rôles de genre n’est que le résultat d’une construction sociale, où «&nbsp;le dimorphisme apparent des sexes est si extrême&nbsp;» que l’on en vient à penser la femme et l’homme comme deux êtres fondamentalement différents. Dans son ouvrage <em>Le Gai Savoir</em>, Nietzsche défend une idée qui fait écho à la pensée de Frye : « [les choses et la manière dont on les nomme] — à l’origine le plus souvent une erreur et une décision […] — à la faveur de la croyance qu’on leur accorde et leur croissance de génération en génération […]. L’apparence initiale finit presque toujours par se transformer en essence et a<em>git</em> comme essence. » Ainsi, pour les deux philosophes, les réalités représentées par les figures de l’homme et la femme sont renforcées par de telles valeurs opposées, mais ne sont pas <em>en elles-mêmes</em> de véritables opposés.</p>
<blockquote><p>Les réalités représentées par les figures de l’homme et la femme sont renforcées par de telles valeurs opposées, mais ne sont pas <em>en elles-mêmes</em> de véritables opposés</p></blockquote>
<p>L’homme et la femme sont, dans leur représentation générale, deux antipodes, chacun portant les valeurs opposées. Face à cette dualité encapsulée dans les genres, Nietzsche pourrait alors défendre, comme il le fait pour d’autres types d’oppositions, l’idée que l’homme et la femme sont marqués par des variations de chacun, puisqu’ils n’appartiennent pas seulement à un côté du binaire, mais ont des caractéristiques de l’un et de l’autre. Ne pas se conformer à un genre serait une manière, selon la pensée de Nietzsche, d’admettre la fausseté de cette dualité.</p>
<p><strong>Contre un discours victimisant</strong></p>
<p>Si Nietzsche peut embrasser la non-conformité de genre comme un refus du dualisme homme/femme, il requiert maintenant de s’intéresser à la mesure dans laquelle cette admission pourrait se faire. Pour Nietzsche existe une morale du ressentiment, morale qu’il qualifie comme une psychologie du blâme, servant à attribuer les échecs des prétendus démunis aux succès des mieux nantis. À cet égard, certains seront toujours des moutons, réconfortés par ce qu’il appelle une « morale de troupeau » — la morale de tous, celle des faibles. Le ressentiment vient ainsi réaffecter la douleur liée au sentiment d’infériorité, puisqu’est créée l’illusion d’un ennemi, quelqu’un ou quelque chose qui peut être blâmé pour cette infériorité. Ce ressentiment pourrait se traduire, d’un point de vue moderne, par la propension de certaines personnes à se poser en victimes et à soutenir un discours victimaire. Ainsi, une personne de genre non conforme qui érigerait son identité avec un discours victimisant dégoûterait le philosophe allemand, comme c’est le cas pour nombre d’autres discours dont il traite. Cependant, une personne fière d’elle-même rejoindrait bon nombre des thèmes que Nietzsche chérissait. Ce dernier aurait pu penser qu’en rejetant les conventions de genre, la personne embrasse les incertitudes de l’existence et admet une recherche de vérité différente de celles imposées par la majorité. À cet effet, Nietzsche écrit dans <em>Par-delà bien et mal</em>&nbsp;: «&nbsp;Il se pourrait même que ce qui constitue la valeur de ces choses bonnes et vénérées tînt précisément au fait qu’elles s’apparentent, se mêlent et se confondent insidieusement avec des choses mauvaises et en apparences opposées, au fait que les unes et les autres sont peut-être de même nature. Peut-être…&nbsp;»</p>
<blockquote><p>Ainsi, une personne de genre non conforme qui érigerait son identité avec un discours victimisant dégoûterait le philosophe allemand, comme c’est le cas pour nombre d’autres discours dont il traite. Cependant, une personne fière d’elle-même rejoindrait bon nombre des thèmes que Nietzsche chérissait</p></blockquote>
<p>Pour Nietzsche, ce processus fait partie de celui qui vise à devenir ce que nous sommes réellement. Par ce rejet des conventions et en étant capable de surmonter le ressentiment, la personne à l’identité de genre non conforme est capable de devenir ce «&nbsp;moi&nbsp;» réel. Dans son œuvre <em>Ainsi parlait Zarathoustra</em>, Nietzsche prophétise l’avènement d’un nouvel être humain, le <em>Übermensch</em><em>.</em> Cette personne serait entre autres choses capable de se maîtriser, de vivre en pleine autonomie et de déployer ce qu’il nomme «&nbsp;volonté de puissance&nbsp;». Cette volonté est, pour le philosophe, à même chaque individu, mais ne peut être adoptée et activée que par quelques-uns. Il requiert alors de dépasser la «&nbsp;morale de l’esclave&nbsp;» (celle du plus grand nombre) afin d’embrasser la «&nbsp;morale du maître&nbsp;» (celle de quelques-uns). Le <em>Übermensch</em> de Nietzsche — le surhumain — est alors capable de s’imposer aux autres en créant un nouveau système, une nouvelle morale ; il crée, dans un sens plus large, de nouvelles valeurs. Par son individualité, il est alors capable de vivre au-dessus du troupeau et de suivre sa propre moralité.</p>
<p>Ainsi, bien que nous ne soyons pas en mesure d’obtenir l’avis du philosophe, sa remise en question du dualisme — celui-là même que présente la binarité des genres — ainsi que son mépris du discours victimisant, offrent à penser que les identités de genre non conformes qui ne manifestent pas une morale du ressentiment, mais plutôt un nihilisme actif, seraient tout à fait à même de correspondre au <em>Übermensch</em>, ce grand idéal nietzschéen.</p>
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		<title>Royal Victoria : vers un avenir universitaire?</title>
		<link>https://www.delitfrancais.com/2020/09/15/royal-victoria-vers-un-avenir-universitaire/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Gali Bonin]]></dc:creator>
		<pubDate>Tue, 15 Sep 2020 12:54:32 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Actualités]]></category>
		<category><![CDATA[Campus]]></category>
		<category><![CDATA[Montréal]]></category>
		<guid isPermaLink="false">https://www.delitfrancais.com/?p=37054</guid>

					<description><![CDATA[<p> Un sociologue propose la création d'une nouvelle université à vocation internationale.</p>
<p>L’article <a href="https://www.delitfrancais.com/2020/09/15/royal-victoria-vers-un-avenir-universitaire/" data-wpel-link="internal">Royal Victoria : vers un avenir universitaire?</a> est apparu en premier sur <a href="https://www.delitfrancais.com" data-wpel-link="internal">Le Délit</a>.</p>
]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<p><span style="font-weight: 400;">Dans un </span><span style="font-weight: 400;"><a href="https://www.ledevoir.com/opinion/idees/585255/quebec-pour-la-creation-de-l-universite-internationale-de-la-francophonie" data-wpel-link="external" target="_blank" rel="external noopener noreferrer">article</a> d’opinion</span><span style="font-weight: 400;"> publié dans </span><i><span style="font-weight: 400;">Le Devoir</span></i><span style="font-weight: 400;"> le 3 septembre dernier, Robert Laplante, directeur de la revue </span><i><span style="font-weight: 400;">L’Action Nationale</span></i><span style="font-weight: 400;">, proposait la création d’une <span style="color: #000000;">U</span>niversité internationale de la Francophonie (UIF) à Montréal. Il considère&nbsp;notamment que l’ancien hôpital Royal Victoria devrait accueillir cette nouvelle institution. Selon lui, l’UIF «&nbsp;</span><span style="font-weight: 400;">pourra faire apparaître pour les universités québécoises le rôle fédérateur qui leur manque. </span><span style="font-weight: 400;">Elle favorisera la mise en commun des ressources et l’optimisation des initiatives actuellement trop éparpillées ».&nbsp;</span><i><span style="font-weight: 400;">Le Délit </span></i><span style="font-weight: 400;">a pu s’entretenir avec M. Laplante pour discuter de ce projet ambitieux.</span></p>
<p><b>Un phare francophone</b></p>
<p><span style="font-weight: 400;">Pour M. Laplante, la création de l’UIF permettrait «&nbsp;le renforcement de Montréal comme pôle universitaire&nbsp;» et servirait ainsi à «&nbsp;définir de façon plus tangible et plus substantielle la contribution du Québec à la francophonie&nbsp;». Si le projet reste embryonnaire, le directeur de </span><i><span style="font-weight: 400;">L’Action Nationale</span></i><span style="font-weight: 400;"> fait tout de même trois suggestions notables.&nbsp;</span></p>
<blockquote>
<p style="text-align: center;"><span style="font-weight: 400;">Les ressources doivent aller à la connaissance et à ceux et celles qui la font</span></p>
</blockquote>
<p><span style="font-weight: 400;">Sa première suggestion pour l’UIF est celle de l’emplacement. « Le bâtiment de l’ancien hôpital Royal Victoria devrait l’accueillir&nbsp;», affirme-t-il dans son article paru dans </span><i><span style="font-weight: 400;">Le Devoir.</span></i><span style="font-weight: 400;"> L’auteur de l’article n’y voit là que des avantages. Il mentionne notamment que l’hôpital désaffecté est «&nbsp;un patrimoine à vocation institutionnelle&nbsp;». En plus de son emplacement historique et symbolique, le Royal Victoria serait un bon choix pour des raisons pratiques. Selon M. Laplante, on trouverait là tout l’espace nécessaire à l’édification de l’UIF, notamment en matière de salles de classe, de bureaux administratifs et de logements pour les étudiants et professeurs étrangers.&nbsp;</span></p>
<p><span style="font-weight: 400;">M. Laplante considère que reconvertir un établissement bénéficiant déjà de toutes les qualités requises à la réalisation d’un tel projet serait « la façon la plus intelligente d’utiliser les deniers publics ». Il ajoute également que « si l’on entreprenait de construire un édifice nouveau, les ressources iraient dans le béton! Alors que les ressources doivent aller à la connaissance et à ceux et celles qui la font ».&nbsp;</span></p>
<p><span style="font-weight: 400;">Deuxièmement, il considère que cette institution devrait se concentrer sur les études de cycle supérieur. «&nbsp;C’est essentiellement pour faciliter et accélérer le développement des collaborations en matière de recherches&nbsp;», explique M. Laplante. Ainsi, l’UIF pourrait se concentrer sur le volet recherche et collaboration internationale, ce qui permettrait&nbsp;de ne pas empiéter sur le travail qu’effectuent déjà les autres universités québécoises.&nbsp;</span></p>
<p><span style="font-weight: 400;">Sa dernière suggestion est de faire porter à cette institution le nom de Jean-Marc Léger. Ce professeur de l’Université de Montréal est&nbsp;l’un des principaux instigateurs de ce qui est aujourd’hui l’</span><a href="https://www.auf.org/" data-wpel-link="external" target="_blank" rel="external noopener noreferrer"><span style="font-weight: 400;">Agence Universitaire de la Francophonie</span></a><span style="font-weight: 400;"> (AUF). «&nbsp;Pour moi, [c’est] une façon à la fois de témoigner gratitude et reconnaissance à un des grands pionniers de ce type de collaborations », souligne M. Laplante. Selon lui, il s’agit surtout de donner un nom qui fera écho dans l’univers de la collaboration francophone. « Ça aurait très bien pu être l’Université Léopold Senghor », conclut-il. Léopold Sédar Senghor, poète notoire, a été le premier président de la république du Sénégal et le premier Africain admis à l’Académie française.&nbsp;</span></p>
<p><b>Une institution à bâtir</b></p>
<p><span style="font-weight: 400;">Si l’idée d’un Québec fort et fier de sa francophonie n’est pas nouvelle pour M. Laplante, celle d’une nouvelle institution l’est : « C’est une proposition que j’ai élaborée au cours de l’été et pour la rentrée [d’automne] ». Il reconnaît d’ailleurs que son idée n’en est encore qu’à ses balbutiements et qu’elle gagnerait à être publiquement débattue : « C’est une proposition. Elle peut être bonifiée, il y a d’autres manières d’examiner la chose. […] L’objet [de l’article] n’était pas de livrer un projet tout ficelé. »&nbsp;</span></p>
<p><span style="font-weight: 400;">Dans un court entretien téléphonique, Alexandre Lahaie, directeur des communications du cabinet de la Ministre de l’Enseignement supérieur, a laissé savoir au </span><i><span style="font-weight: 400;">Délit </span></i><span style="font-weight: 400;">que le ministère ne commentera pas la&nbsp;proposition faite par M. Laplante. Bien qu’il salue l’initiative du directeur de </span><i><span style="font-weight: 400;">L’Action Nationale</span></i><span style="font-weight: 400;">, il juge que le projet est trop embryonnaire pour justifier une prise de position de la part du gouvernement.&nbsp;</span></p>
<p><span style="font-weight: 400;">Il a notamment précisé qu’il s’agissait là d’un projet social et non pas politique, point sur lequel les deux hommes&nbsp;sont en désaccord. M. Laplante explique qu’il « s’agit d’une orientation du gouvernement quant à la défense et à la promotion de la langue française. Donc c’est un choix d’orientation pour que l’état soutienne [l’UIF] avec les deniers publics; et donc en ce sens là ce n’est pas social du tout, c’est un choix politique. »&nbsp;</span></p>
<p>&nbsp;</p>
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		<title>La poésie des cheveux qui tombent</title>
		<link>https://www.delitfrancais.com/2020/09/14/__trashed-5/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[François Céré]]></dc:creator>
		<pubDate>Mon, 14 Sep 2020 23:56:30 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Chroniques]]></category>
		<category><![CDATA[Culture]]></category>
		<category><![CDATA[Littéraires]]></category>
		<category><![CDATA[Littérature]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>Le poème acéré.</p>
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										<content:encoded><![CDATA[<ol start="2">
<li><em>La poésie des cheveux qui tombent</em></li>
</ol>
<p>&nbsp;</p>
<p>&nbsp;</p>
<p>Je n’ai pas de miroir dans ma salle de bain</p>
<p>&nbsp;</p>
<p>Je passe beaucoup trop de temps à regarder mon reflet faire des grimaces</p>
<p>Dans un miroir-aimant de réfrigérateur</p>
<p>J’aimerais savoir mieux gérer mon temps</p>
<p>&nbsp;</p>
<p>Je me demande si mes cheveux sont trop longs</p>
<p>Je suis obligé de me raser avec un miroir-aimant</p>
<p>De six pouces par trois</p>
<p>&nbsp;</p>
<p>Je perds des poils</p>
<p>Je perds mes poils</p>
<p>Je pense à toi</p>
<p>&nbsp;</p>
<p>Quand je me rase mon père trouve que j’ai du talent</p>
<p>Quand je me rase je me rappelle le son de tes doigts sur ma peau</p>
<p>&nbsp;</p>
<p style="text-align: center;">***</p>
<p>&nbsp;</p>
<p>Je ne comprends pas la gravité</p>
<p>L’absurdité des cheveux tombés dans la douche</p>
<p>&nbsp;</p>
<p>J’ai adopté un poisson à l’animalerie</p>
<p>Un poisson réfugié</p>
<p>Je me demande pourquoi les poissons n’ont pas de cheveux</p>
<p>Pourquoi ils meurent aussi vite</p>
<p>&nbsp;</p>
<p style="text-align: center;">***</p>
<p>&nbsp;</p>
<p>Longtemps j’ai réfléchi à un remède pour la perte de cheveux</p>
<p>J’ai même pensé changer de branche</p>
<p>De métier</p>
<p>&nbsp;</p>
<p>Quand ma mère me demande si j’ai trouvé un travail</p>
<p>Je lui réponds que je m’ennuie de toi</p>
<p>&nbsp;</p>
<p>J’étais allé porter mon curriculum vitae</p>
<p>Au centre de recherche sur la perte des cheveux de McGill</p>
<p>Mais tu me disais que ça changerait rien</p>
<p>Que c’était pas grave</p>
<p>Qu’il y avait de la poésie dans les cheveux qui tombent</p>
<p>&nbsp;</p>
<p style="text-align: center;">***</p>
<p>&nbsp;</p>
<p>Tantôt j’ai mis mes mains en coupe</p>
<p>Je croyais qu’avec un peu de magie</p>
<p>J’aurais pu voir tes nœuds doux tes lignes de mains</p>
<p>&nbsp;</p>
<p>Mon seul talent est d’avoir une ligne de main parfaitement symétrique</p>
<p>Avec la ligne de mon autre main une fois mise en coupe</p>
<p>&nbsp;</p>
<p>Mon seul talent est de faire en sorte qu’un souvenir ordinaire</p>
<p>Devienne un moment marquant par défaut</p>
<p>&nbsp;</p>
<p>Je ne joue pas de piano je ne fais pas d’escalade</p>
<p>Je ne suis pas Français</p>
<p>J’ai de magnifiques lignes de mains symétriques</p>
<p>Et j’écris des poèmes</p>
<p>&nbsp;</p>
<p>Mon seul talent est de me perdre dans l’herbe les fourmis</p>
<p>Les nappes de pique<span style="color: #33cccc;">-</span>nique les sandwichs aux betteraves les pois au Wasabi</p>
<p>Mon seul talent consiste à me perdre</p>
<p>Dans le vertige flou de tes clavicules</p>
<p>&nbsp;</p>
<p style="text-align: center;">***</p>
<p>&nbsp;</p>
<p>Tantôt j’ai mis mes mains en coupe</p>
<p>Je me suis demandé si j’avais envie de te revivre</p>
<p>&nbsp;</p>
<p>J’ai fait l’amour à une autre femme</p>
<p>Avec tes lèvres et ton sourire croche comme musique de fond</p>
<p>Je me demande si on peut tromper une femme pendant l’acte</p>
<p>&nbsp;</p>
<p>Dans le métro</p>
<p>En sifflotant la beauté de tes canines</p>
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		<title>J’aime les anglicismes</title>
		<link>https://www.delitfrancais.com/2020/09/14/jaime-les-anglicismes/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Rafael Miró]]></dc:creator>
		<pubDate>Mon, 14 Sep 2020 20:08:49 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[En toute franchise]]></category>
		<category><![CDATA[Slider]]></category>
		<category><![CDATA[Société]]></category>
		<category><![CDATA[anglicisme]]></category>
		<category><![CDATA[bilinguisme]]></category>
		<category><![CDATA[francophonie]]></category>
		<category><![CDATA[langue française]]></category>
		<category><![CDATA[linguistique]]></category>
		<category><![CDATA[office de la langue française]]></category>
		<category><![CDATA[poésie]]></category>
		<category><![CDATA[Québec]]></category>
		<category><![CDATA[québécisme]]></category>
		<guid isPermaLink="false">https://www.delitfrancais.com/?p=37071</guid>

					<description><![CDATA[<p>Quand ils sont utilisés avec parcimonie, les anglicismes ne sont pas une tare de la langue française au Québec, mais une richesse.</p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p><span style="font-weight: 400;">Au Québec, nous avons l’habitude de condamner sans retenue tous les mots qui proviennent, de près ou de loin, de la langue anglaise. Dans les médias, l’on accuse constamment les jeunes de polluer leur parler par l’ajout d’effroyables expressions anglaises&nbsp;: </span><i><span style="font-weight: 400;">cool, vintage, live, down, fresh,</span></i><span style="font-weight: 400;"> etc</span><i><span style="font-weight: 400;">. </span></i><span style="font-weight: 400;">À l’écrit, il faudra toujours châtier d’un crayon rouge tous les mots anglais comme « </span><i><span style="font-weight: 400;">briefing</span></i><span style="font-weight: 400;"> », « </span><i><span style="font-weight: 400;">email</span></i><span style="font-weight: 400;"> » ou « </span><i><span style="font-weight: 400;">toaster</span></i><span style="font-weight: 400;"> » afin les remplacer par des équivalents français spécialement inventés<span style="color: #ff0000;">&nbsp;</span>à cet effet<span style="color: #3366ff;">.</span> On évitera également à tout prix d’employer des anglicismes lors des occasions formelles, car ces mots seront&nbsp;toujours fortement associés au registre familier.&nbsp;</span></p>
<p><span style="font-weight: 400;">Nous nous faisons même une fierté de traquer les plus subtiles des tournures syntaxiques, au nom de la préservation d’une « pureté » de la langue : dire que « ça fait du sens » plutôt que « ça a du sens » vous attirera par exemple certainement les foudres de votre professeur·e. À la télévision, même souhaiter « bon matin » en ondes provoquera systématiquement des plaintes des auditeurs ou des auditrices zélé·e·s !</span></p>
<p><span style="font-weight: 400;">Puisque nous y sommes habitué·e·s, nous imaginons que notre attitude est toute naturelle. En regardant ailleurs, toutefois, nous nous rendons rapidement compte que tous·tes ne sont pas affecté·e·s par cette véritable phobie. Dans le monde anglo-saxon, par exemple, l’utilisation d’expressions étrangères est au contraire plutôt bien perçue. Nos voisin·e·s américain·e·s usent avec fierté (et avec peu de talent pour la prononciation) de gallicismes </span><i><span style="font-weight: 400;">clichés </span></i><span style="font-weight: 400;">comme </span><i><span style="font-weight: 400;">rendez-vous</span></i><span style="font-weight: 400;">, </span><i><span style="font-weight: 400;">déjà-vu, sang-froid</span></i><span style="font-weight: 400;"> ou encore </span><i><span style="font-weight: 400;">chef‑d’œuvre</span></i><span style="font-weight: 400;">.</span></p>
<p><span style="font-weight: 400;">Il en va de même pour les Français·e·s et autres francophones du Vieux Continent qui restent bien moins réticent·e·s quand vient le temps d’emprunter à l’anglais. Ces mots ne seront pas nécessairement associés au registre familier, comme ils le sont, la plupart du temps, au Québec. C’est ainsi que l’on verra souvent des termes anglais être utilisés dans les publicités ou même dans des discours politiques. Quoique cela fasse à l’occasion polémique, la majorité des gens ne s’en soucient guère et, même, apprécient ces emprunts.</span></p>
<p><span style="font-weight: 400;">Certes, je vous entends le dire, la situation linguistique au Québec est en tous points différente de celle aux États-Unis ou en France. Là-bas, l’on emprunte des mots à une langue exotique, qui ne risque aucunement de remplacer la langue d’usage dans un avenir perceptible. Ici, l’on emprunte des mots à une langue omniprésente et envahissante, qui a sonné le glas de tant d’autres langues en Amérique du Nord.</span></p>
<p><b>Un phénomène courant</b></p>
<p><span style="font-weight: 400;">C’est en grande partie à cause de cette épée de Damoclès que nous avons tendance à mêler protection du français et purisme langagier. Pourtant, il n’est pas si évident que la présence d’anglicismes ou d’autres expressions étrangères dans une langue mène nécessairement à son déclin : l’Histoire nous montre que l’emprunt linguistique a été omniprésent dans l’histoire des langues européennes et qu’il n’a pas nécessairement mené à leur disparition.&nbsp;</span></p>
<p><span style="font-weight: 400;">Ainsi, il est à noter que plus des deux tiers des mots de la langue anglaise sont issus du français. Pendant plus de trois siècles après la conquête normande de 1066, la noblesse et les élites ont parlé l’anglo-normand, une variété de l’ancien français. Plus tard dans l’histoire, le français a exporté énormément de mots vers la langue anglaise lorsqu’il était&nbsp;la langue internationale du commerce et de la diplomatie, soit&nbsp;jusqu’à la moitié de 20</span><i><span style="font-weight: 400;">e</span></i><span style="font-weight: 400;">&nbsp;siècle. Assez ironiquement, une bonne partie des termes que nous dénonçons au Québec comme des anglicismes sont eux-mêmes des emprunts au français. Ainsi, le mot </span><i><span style="font-weight: 400;">toaster</span></i><span style="font-weight: 400;"> est issu du verbe français </span><i><span style="font-weight: 400;">toster,</span></i><span style="font-weight: 400;"> signifiant griller, alors que le mot budget tire son origine de&nbsp;la </span><i><span style="font-weight: 400;">bougette</span></i><span style="font-weight: 400;">, la petite bourse qui se balançait aux ceintures médiévales.</span></p>
<p><span style="font-weight: 400;">Bien sûr, les Québécois et les Québécoises ne sont pas les premièr·e·s à s’inquiéter que leur langue soit «&nbsp;envahie&nbsp;» par une autre. Dès l’époque de la République romaine, le philosophe et politicien conservateur Caton l’Ancien dénonçait l’influence perverse du grec, la langue dominante à </span>l’époque<span style="font-weight: 400;">, au latin de la république. Malgré ces craintes, après plusieurs siècles de cohabitation, jamais le grec et le latin n’ont cessé d’être deux langues distinctes.&nbsp;</span></p>
<p><span style="font-weight: 400;">Dans le même ordre d’idée, à l’époque de Louis&nbsp;XIV et des guerres d’Italie,</span><a href="https://www.axl.cefan.ulaval.ca/francophonie/HIST_FR_s5_Renaissance.htm" data-wpel-link="external" target="_blank" rel="external noopener noreferrer"> <span style="font-weight: 400;">certain·e·s intellectuel·le·s frança</span></a><a href="https://www.is.fi/" data-wpel-link="external" target="_blank" rel="external noopener noreferrer"><span style="font-weight: 400;">is·es</span></a><span style="font-weight: 400;"> pourfendaient avec vigueur les </span><span style="color: #333333;"><i>italianismes </i></span><span style="font-weight: 400;">qui pullulaient à la cour du Roi-Soleil. Déjà à cette époque, l’on essayait de freiner le plus possible la transformation du français, sous l’influence de l’Académie française. Selon les différentes estimations des historien·ne·s, jusqu’à 8000&nbsp;mots italiens se seraient insérés dans la langue française à cette époque. Aujourd’hui, il n’en resterait qu’environ un dixième, et personne ne songerait à purger le français de ces mots qui ont ajouté leur tuile à la beauté et à la précision de la langue française. </span><i><span style="font-weight: 400;">Mascarade, banderole </span></i><span style="font-weight: 400;">et </span><i><span style="font-weight: 400;">tournesol </span></i><span style="font-weight: 400;">sont quelques-unes des plus belles </span><i><span style="font-weight: 400;">fioritures</span></i><span style="font-weight: 400;">&nbsp;linguistiques qui nous restent de cette époque.&nbsp;</span></p>
<p><b>Richesse linguistique</b></p>
<p><span style="font-weight: 400;">À long terme, les évolutions linguistiques (y compris les emprunts à d’autres langues) contribuent indéniablement à enrichir une langue. Malgré cela, elles sont bien souvent perçues sur le coup comme étant une menace à « l’intégrité » de la langue. C’est exactement ce qui se produit au Québec. En essayant de protéger la langue française, par amalgame douteux, on essaie de protéger sa « perfection » en s’attaquant à toutes les « impuretés » provenant d’autres langues, notamment de l’anglais. Mais pourquoi considérer le français parlé aujourd’hui comme étant pur, alors que la langue a toujours évolué ?</span></p>
<p><span style="font-weight: 400;">Les emprunts linguistiques sont perçus comme des dégradations, alors qu’ils sont par essence des ajouts. Chacun d’entre eux est un nouvel outil, une nouvelle précision possible pour s’exprimer. Comme tous les autres nouveaux mots, les anglicismes viennent souvent combler un vide sémantique perçu </span><span style="font-weight: 400;">: quels mots français réussissent à traduire exactement </span><i><span style="font-weight: 400;">brunch</span></i><span style="font-weight: 400;">, </span><i><span style="font-weight: 400;">vintage, blooper</span></i><span style="font-weight: 400;"> ou </span><i><span style="font-weight: 400;">groupie ? </span></i><span style="font-weight: 400;">Oui, il existe parfois des mots français qui ont un sens assez similaire à celui des nouveaux venus. Mais même dans ces cas, la plupart du temps, les ajouts ne prennent pas exactement le même sens que les mots sur lesquels ils viennent empiéter. </span><i><span style="font-weight: 400;">Checker</span></i><span style="font-weight: 400;"> ne renvoie pas exactement le même sens que </span><i><span style="font-weight: 400;">regarder </span></i><span style="font-weight: 400;">par exemple, </span><i><span style="font-weight: 400;">basher</span></i><span style="font-weight: 400;"> que </span><i><span style="font-weight: 400;">médire </span></i><span style="font-weight: 400;">ou que </span><i><span style="font-weight: 400;">calomnier.&nbsp;</span></i></p>
<p><b>Protéger ou pétrifier</b></p>
<p><span style="font-weight: 400;">Bien sûr, le fait que les emprunts linguistiques proviennent majoritairement de l’anglais s’explique en grande partie par l’omniprésence de la culture américaine au Québec, et plus largement&nbsp; un peu partout dans le monde. Je ne nierai certainement pas que cet impérialisme est extrêmement dommageable pour la diversité culturelle. Le rayonnement du cinéma, de la musique et de la mode américaine, qui sont traités plus ou moins comme des produits économiques d’exportation, éclipse sans vergogne les cultures nationales ou&nbsp;locales en les privant de leur public et de leurs moyens de subsistance.</span></p>
<p><span style="font-weight: 400;">Les emprunts linguistiques sont toutefois des résultats plutôt que des causes de cette omniprésence culturelle, et ce n’est pas en luttant obstinément contre eux que nous réussirons à préserver nos langues et&nbsp;nos cultures. Bien au contraire.</span></p>
<p><span style="font-weight: 400;">Au Québec, l’association entre la promotion de la langue française et la lutte contre sa transformation contribue à aliéner les Québécois·e·s, et en particulier les jeunes, d’une cause immensément importante pour la pérennité de notre société distincte. L’Office québécois de la langue française (OQLF) perd une partie de sa crédibilité et de sa portée quand elle s’attaque à des expressions populaires auprès des jeunes comme </span><i><span style="font-weight: 400;">cool,</span></i> <i><span style="font-weight: 400;">fly</span></i><span style="font-weight: 400;"> ou </span><i><span style="font-weight: 400;">fresh,</span></i><span style="font-weight: 400;">&nbsp;et paraît plus dépassée qu’utile. Cette attitude contribue à faire passer le français, auprès de tous·tes les Québécois·e·s, mais plus spécifiquement auprès des jeunes, comme une langue désuète</span>, inaccessible et difficile d’approche.</p>
<p><span style="font-weight: 400;">Ce texte&nbsp;ne se veut pas l’apologie des gens qui contribuent à faire disparaître la langue française en la délassant au quotidien, au travail ou dans leurs loisirs, parce que la langue anglaise leur semble plus branchée ou plus professionnelle.&nbsp;Il s’agit plutôt d’une&nbsp;défense de ceux et de celles qui continuent à parler français et qui, par goût ou pour pallier des lacunes perçues, insèrent dans leur vocabulaire quelques nouvelles expressions.&nbsp;&nbsp;</span></p>
<p><span style="font-weight: 400;">L’OQLF n’a pas à craindre qu’à force d’anglicismes, le français du Québec se transforme tranquillement en anglais. L’histoire nous montre que ce qui tue les langues n’est pas leur évolution, mais plutôt leur stagnation. C’est lorsqu’elles deviennent désuètes, peu pratiques ou peu attrayantes qu’elles sont de plus en plus délaissées par les jeunes locuteurs et locutrices<span style="color: #ff0000;">&nbsp;</span>au profit de langues plus pratiques.&nbsp;</span></p>
<p><span style="font-weight: 400;">Plutôt que de lutter contre les anglicismes et contre les autres évolutions de la langue, l’OQLF, Impératif français et les autres institutions de promotion de la langue devraient plutôt s’atteler à la documenter et à faciliter l’intégration des nouveaux mots au français. Après tout, certains des mots les plus parlants de la langue québécoise, comme </span><i><span style="font-weight: 400;">toune</span></i><span style="font-weight: 400;">, </span><i><span style="font-weight: 400;">lousse</span></i><span style="font-weight: 400;"> ou </span><i><span style="font-weight: 400;">balloune</span></i><span style="font-weight: 400;">,<span style="color: #ff0000;">&nbsp;</span>sont des mots issus de l’anglais, héritage de notre cohabitation historique, qui se sont peu à peu fondus dans notre vocabulaire, et qui sont là pour y rester. Ces anglicismes uniques et caractéristiques, avec beaucoup d’autres, contribuent à la richesse de notre langue et ne devraient pas être injustement mis à l’écart.</span></p>
<p>L’article <a href="https://www.delitfrancais.com/2020/09/14/jaime-les-anglicismes/" data-wpel-link="internal">J’aime les anglicismes</a> est apparu en premier sur <a href="https://www.delitfrancais.com" data-wpel-link="internal">Le Délit</a>.</p>
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