J’aime Wiki

Éloge à la connaissance libre de droit.

« Non, Gali, tu ne peux pas mettre systématiquement des hyperliens vers Wikipédia. »

J’entends encore cette phrase résonner dans ma tête lorsque, au milieu d’un texte, j’enclenche mon traditionnel « ctrl + k » pour proposer un petit détour par l’encyclopédie en ligne. Je me résigne alors à partir à la chasse aux références, routine à laquelle je commence à m’habituer, et je déniche un article quelconque d’une source « plus fiable » ou un PDF de l’Université de Sherbrooke concernant mon sujet. 

Même si, pour ces articles que j’édite ou ces travaux scolaires que je remets, je me suis mis au pas quant à l’usage prohibé de Wikipédia, mon cœur est ailleurs. Je les entends, les arguments qui viennent et repartent. « Ce n’est pas une source fiable », « n’importe qui peut écrire là-dessus » ou encore, mon préféré, « ça ne fait pas sérieux de citer Wikipédia ». Je les entends et les comprends, mais le proverbe québécois dit vrai : on ne peut pas empêcher un cœur d’aimer.

Un point de départ

Je peux tout à fait comprendre les réticences qu’éprouvent certaines et certains quant à l’usage de Wikipédia comme source officielle et référentielle. Il va sans dire que les articles s’y retrouvant ne peuvent être utilisés comme unique point de référence pour qui veut débattre d’un enjeu précis. Toutefois, cette règle n’est-elle pas la même pour toute source ? Ce n’est pas pour rien que les professeur·e·s demandent à leurs étudiant·e·s un minimum d’œuvres dans leur bibliographie : une pensée trop homogène est une pensée en souffrance. Ce n’est pas parce qu’une personne a lu un article du New York Times synthétisant la Guerre de Sécession américaine qu’elle peut affirmer connaître et comprendre tous les tenants et aboutissants de cette dernière.

Wikipédia n’est pas un outil d’analyse, c’est un point de départ. Tout comme on cherche dans le Le Petit Larousse un mot dont le sens nous échappe, on consulte l’encyclopédie lorsqu’un sujet nous est inconnu. De là, l’exploration peut débuter. Il s’agit, comme l’illustre le logo de Wikisource, de la pointe d’un iceberg : une fois la partie émergente trouvée, on peut plonger en profondeur pour consolider notre savoir. À mon sens, tout l’intérêt de Wikipédia est dans cette pointe accessible à qui veut bien la chercher. Sans pointe, comment fait-on pour trouver ce qui est trop profond pour apparaître aux yeux du monde ?

Face à l’impossibilité de tout connaître de fond en comble, il faut se résigner à couvrir le plus large possible

Ad nauseam, la connaissance

Tout comme les orpailleur·se·s de San Francisco, une fois qu’un filon intéressant est trouvé sur l’encyclopédie, il suffit de creuser jusqu’à ce qu’une paillette ou une pépite d’or apparaissent. Des heures de lecture peuvent s’ensuivre. Wikipédia devient alors un moyen de ratisser large sans toutefois explorer les enjeux en profondeur. Rien de mieux pour s’initier à un sujet méconnu. 

Avant de regarder un documentaire entier sur l’historique règlement 17 de l’Ontario, un rapide détour sur Wikipédia est de mise. Grâce aux hyperliens, les curieux et les curieuses peuvent rapidement se retrouver sur les articles concernant la création de la Confédération canadienne, les années au pouvoir de Sir Wilfrid Laurier ou encore la question des écoles francophones du Manitoba. Cet apprentissage autodidacte devient une manière accessible et démocratique pour s’initier à toutes les questions que l’on se pose (ou presque). 

S’il est important de se tourner vers des sources diverses lorsque l’on veut voir complètement la partie immergée de l’iceberg sur lequel on a atterri, n’est-il pas tout aussi important d’avoir un portrait d’ensemble de l’archipel de savoirs auquel il appartient ? L’encyclopédie virtuelle devient alors une route permettant de sauter d’un îlot à l’autre, une manière de dresser une carte mentale d’une thématique donnée avant de plonger sous l’eau et comprendre la composition réelle d’un des ces monolithes de glace. Face à l’impossibilité de tout connaître de fond en comble, il faut se résigner à couvrir le plus large possible, tout en gardant certains champs d’expertise.  

Des remerciements nécessaires

Avant de mettre un point final à cette ode à l’encyclopédie du 21siècle par excellence, je tenais à dresser une liste (non exhaustive, Dieu merci!) de certaines découvertes personnelles qui ont été rendues possibles grâce à Wikipédia :

La liste pourrait encore s’allonger longuement, mais ce ne serait que du superflu. Ce qui importe, c’est de faire la juste part des choses. Une source ne sera jamais infaillible. Que ce soit dans l’Encyclopédie de Diderot et d’Alembert ou dans l’Encyclopædia Universalis, les faits rapportés peuvent être biaisés, mal vérifiés ou carrément erronés. Certes, concernant ce genre de bévues, Wikipédia est toujours plus à risque de par son aspect collaboratif. Mais n’est-ce pas également là une de ses plus grand beauté ? Une démocratisation du savoir, mais aussi de la construction de ce savoir.

À mon sens, ce qui importe réellement c’est d’être en mesure de se renseigner librement et démocratiquement sur tous les sujets qui pourraient m’intéresser. C’est pour ça que j’aime Wiki.