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	<title>Archives des Opinion - Le Délit</title>
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	<link>https://www.delitfrancais.com/category/societe/opinion/</link>
	<description>Le seul journal francophone de l&#039;Université McGill</description>
	<lastBuildDate>Sat, 02 May 2026 16:55:55 +0000</lastBuildDate>
	<language>fr-FR</language>
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	<item>
		<title>L’épidémie de la nonchalance</title>
		<link>https://www.delitfrancais.com/2026/03/25/lepidemie-de-la-nonchalance/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Elie Nguyen]]></dc:creator>
		<pubDate>Wed, 25 Mar 2026 11:00:00 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Opinion]]></category>
		<category><![CDATA[Slider]]></category>
		<category><![CDATA[Société]]></category>
		<category><![CDATA[expression]]></category>
		<category><![CDATA[nonchalance]]></category>
		<category><![CDATA[relations humaines]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>Pour en finir avec l’insouciance de façade et embrasser pleinement l’authenticité.</p>
<p>L’article <a href="https://www.delitfrancais.com/2026/03/25/lepidemie-de-la-nonchalance/" data-wpel-link="internal">L’épidémie de la nonchalance</a> est apparu en premier sur <a href="https://www.delitfrancais.com" data-wpel-link="internal">Le Délit</a>.</p>
]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[
<p class="has-drop-cap">L’un des travers de notre génération est la tendance à adopter une attitude indifférente face à la vie. La nonchalance est devenue une forme de protection, où on minimise tout ce que l’on ressent : on cache ce qui pourrait nous atteindre et on évite de trop s’exposer. En paraissant insouciant, on garde le contrôle, puisque personne ne peut utiliser contre nous ce dont il ne mesure pas l’importance.</p>



<p>On est devenus profondément préoccupés par le regard des autres, au point d’ajuster nos réactions en permanence. Même dans des situations anodines, comme trébucher dans la rue, il faudrait rester nonchalant pour paraître cool et maître de soi, comme si de rien n’était. Mais pourquoi ne pas simplement en rire? Pourquoi a‑t-on ce réflexe de tout lisser, de tout contrôler, au lieu d’assumer pleinement des réactions humaines?</p>



<p>La même logique s’applique aux relations : avec l’essor des réseaux sociaux et des applications de rencontre, nos interactions semblent devenir de plus en plus calculées, presque stratégiques. On hésite à exprimer ce que l’on ressent vraiment, parce qu’on ne sait jamais ce que l’autre pourrait en penser. On craint de se montrer vulnérable, donc on ajuste et on réécrit. Dans nos messages, on pèse chaque mot, on mesure chaque silence. On veut éviter d’en dire trop, de paraître trop investi, comme si le simple fait de ressentir pleinement était un risque.</p>



<p>À force de craindre d’être « trop » – trop sensible, trop sincère – on finit par se taire. Je me suis souvent repliée sur moi-même, par peur d’être trop intense, trop envahissante. Avec le temps, j’ai appris à garder mes pensées pour moi, à mettre de la distance avec les autres. Mais si tout le monde faisait pareil, que resterait-il de l’élan partagé, de la passion exprimée sans retenue?</p>



<p>Si une personne a changé votre vie en mieux, si elle vous rend plus heureux que vous ne l’ayez jamais été, si elle a fait preuve de patience et de bienveillance, elle mérite de le savoir, simplement, sincèrement. Et la même chose vaut pour d’autres aspects de la vie : ne soyez pas nonchalants à propos de ce qui vous passionne. Célébrez votre travail acharné, soyez fiers de vos réussites. Apprenons à dire ce que l’on ressent, à offrir des compliments et à exprimer notre amour. Ce n’est ni excessif ni honteux.</p>



<p>Le risque d’embarras ne devrait jamais nous réduire au silence. On ne perd rien à partager de l’affection et de la joie, mais on ne peut que regretter de ne pas l’avoir fait. Ne nous privons pas du bonheur pour nous protéger d’une douleur potentielle, et cessons de nous contenter de vivre dans des peurs inventées de toutes pièces.</p>



<p>Montrer ce que l’on ressent n’est pas une faiblesse. Être honnête n’est pas une marque de vulnérabilité.</p>



<p>Aimons sans retenue. Applaudissons ouvertement. N’ayons pas peur d’être sincères. Rejetons l’idée de rentrer dans le moule des tendances nonchalantes. Soyons fiers et reconnaissants de ce que nous avons la chance de recevoir.</p>
<p>L’article <a href="https://www.delitfrancais.com/2026/03/25/lepidemie-de-la-nonchalance/" data-wpel-link="internal">L’épidémie de la nonchalance</a> est apparu en premier sur <a href="https://www.delitfrancais.com" data-wpel-link="internal">Le Délit</a>.</p>
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			</item>
		<item>
		<title>Rassembler pour mieux diviser</title>
		<link>https://www.delitfrancais.com/2026/03/25/rassembler-pour-mieux-diviser/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Catherine Brunet Rodriguez]]></dc:creator>
		<pubDate>Wed, 25 Mar 2026 11:00:00 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Opinion]]></category>
		<category><![CDATA[Slider]]></category>
		<category><![CDATA[Société]]></category>
		<category><![CDATA[constitution]]></category>
		<category><![CDATA[droit]]></category>
		<category><![CDATA[liberté]]></category>
		<category><![CDATA[Politique]]></category>
		<category><![CDATA[Québec]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>Analyse critique du projet de loi 1 sur la Constitution québécoise.</p>
<p>L’article <a href="https://www.delitfrancais.com/2026/03/25/rassembler-pour-mieux-diviser/" data-wpel-link="internal">Rassembler pour mieux diviser</a> est apparu en premier sur <a href="https://www.delitfrancais.com" data-wpel-link="internal">Le Délit</a>.</p>
]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[
<p class="has-drop-cap"><em>Cela fait maintenant presque </em><a href="https://www.quebec.ca/gouvernement/politiques-orientations/constitution-quebec" data-wpel-link="external" target="_blank" rel="external noopener noreferrer"><em>six mois</em></a><em> que notre cher ministre de la Justice, Simon Jolin-Barrette, a présenté aux Québécois·e·s son fameux projet de loi 1, la Constitution québécoise. Six mois à discuter d’une constitution illégitime, issue d’un processus de non-consultation flagrant et d’un manque d’écoute évident de la part du gouvernement.</em></p>



<p><em>Ce n’est que pour vous, cher·ère·s lecteur·rice·s, que j’ai pris le temps de lire intégralement chacun des napperons présentés par le ministère, ainsi que les quarante pages de cette magnifique constitution censée représenter les désirs de tous·tes les Québécois·e·s, afin de vous produire cette charmante analyse critique.</em></p>



<p><strong>Des inquiétudes juridiques graves</strong></p>



<p>Habituellement, dans le cadre du <a href="https://www.assnat.qc.ca/fr/abc-assemblee/projets-loi.html#CheminementPublic" data-wpel-link="external" target="_blank" rel="external noopener noreferrer">processus législatif</a>, le gouvernement organise des consultations générales afin de recueillir l’avis de plusieurs instances avant de procéder à la rédaction et à l’adoption de lois. Ce qui rend toutefois ce cas particulier – et ce processus classique insuffisant –, c’est qu’il ne s’agit aucunement d’un document législatif ordinaire, disposant d’une portée limitée. On parle ici d’une <a href="https://cdn-contenu.quebec.ca/cdn-contenu/adm/min/justice/publications-adm/CQ/25-001f.pdf" data-wpel-link="external" target="_blank" rel="external noopener noreferrer">constitution</a> qui modifiera l’interprétation et la portée de la Charte canadienne des droits et libertés et qui influencera l’interprétation de nombreuses lois provinciales. S’attaquer à des enjeux constitutionnels déterminants nécessite plus qu’une consultation minimale, il faut que le ministre prenne ses responsabilités pour réellement représenter la nation québécoise.</p>



<p>Si le but du ministre est réellement de <a href="https://cdn-contenu.quebec.ca/cdn-contenu/adm/min/justice/publications-adm/CQ/Napperon_Mesures_pharesVF.pdf" data-wpel-link="external" target="_blank" rel="external noopener noreferrer">rassembler</a> les Québécois·e·s autour de valeurs prétendument universelles, pourquoi n’a‑t‑il même pas pris la peine de <a href="https://liguedesdroits.ca/des-ressources-pour-comprendre-et-combattre-le-pl-1/#:~:text=Des%20ressources%20pour%20comprendre%20et,1%2C%20Loi%20constitutionnelle%20du%20Qu%C3%A9bec" data-wpel-link="external" target="_blank" rel="external noopener noreferrer">consulter</a> davantage la population ? Cela crée un immense <a href="https://www.lapresse.ca/dialogue/opinions/2025-12-16/replique/constitution-pour-des-echanges-constructifs.php#:~:text=Le%20ministre%20de%20la%20Justice,Barrette%2C%20souhaite%20pr%C3%A9senter%20sa%20perspective." data-wpel-link="external" target="_blank" rel="external noopener noreferrer">déficit de légitimité</a> pour un document disposant d’une portée juridique aussi considérable. Une constitution doit exister pour le peuple et représenter ses désirs ; or, voyant les nombreuses <a href="https://amnistie.ca/sinformer/2026/canada/pres-de-800-organisations-quebecoises-rejettent-le-projet-de-constitution-du" data-wpel-link="external" target="_blank" rel="external noopener noreferrer">vagues de contestations</a>, ça ne semble absolument pas le cas ici.</p>



<p>Bien que la <a href="https://cdn-contenu.quebec.ca/cdn-contenu/adm/min/justice/publications-adm/CQ/25-001f.pdf" data-wpel-link="external" target="_blank" rel="external noopener noreferrer">Constitution québécoise</a> soit subordonnée à la Constitution canadienne, elle dispose tout de même du pouvoir d’influencer l’interprétation des lois québécoises et de la Constitution canadienne. Il s’agit donc loin d’un projet anodin.</p>



<p>Le projet de la loi 1 comporte notamment des dispositions qui <a href="https://www.barreau.qc.ca/fr/nouvelle/memoires-enonces-positions/barreau-previent-constitution-doit-respecter-etat-droit/" data-wpel-link="external" target="_blank" rel="external noopener noreferrer">affaiblissent les contre‑pouvoirs</a>, en empêchant plusieurs organisations – dont les ordres professionnels – d’utiliser des fonds publics afin de contester en justice des dispositions législatives lorsque celles‑ci portent la <a href="https://cdn-contenu.quebec.ca/cdn-contenu/adm/min/justice/publications-adm/CQ/25-001f.pdf" data-wpel-link="external" target="_blank" rel="external noopener noreferrer">désignation</a> « <em>protège la nation québécoise ainsi que l’autonomie constitutionnelle et les caractéristiques fondamentales du Québec </em>». Évidemment, le ministre a été frustré par la contestation de sa <a href="https://www.lapresse.ca/elections-federales/2025-03-31/loi-96-sur-la-langue-francaise/un-droit-est-un-droit-insiste-mark-carney.php" data-wpel-link="external" target="_blank" rel="external noopener noreferrer">loi 96</a> sur le renforcement des mesures de protection de la langue française et veut éviter que des lois similaires soient remises en question.</p>



<p>Inscrire une disposition visant à entraver la capacité de contester des lois, c’est affaiblir les contre-pouvoirs et mettre en péril l’état de droit. C’est purement inacceptable.</p>



<p>Le ministre établit des <a href="https://www.barreau.qc.ca/fr/nouvelle/memoires-enonces-positions/barreau-previent-constitution-doit-respecter-etat-droit/" data-wpel-link="external" target="_blank" rel="external noopener noreferrer">balises claires</a> quant à l’interprétation de la Constitution en affirmant que, <em>de facto</em>, certains droits doivent primer sur d’autres. Créer une hiérarchie générale des droits sans procéder à une analyse au cas par cas revient à écarter les nuances juridiques propres à des contextes précis et à imposer des balises rigides. Or, le système de justice et la notion même des droits et libertés ne reposent pas sur un modèle à taille unique doté de paramètres par défaut ; établir une règle générale stricte en cette matière peut s’avérer extrêmement dangereux. La force du droit s’inscrit dans ces nuances et les lui retirer peut laisser place à des jugements injustes et à une suppression de la complexité de certaines situations.</p>



<p>Comme si ce n’était pas suffisant, le ministre <a href="https://www.lapresse.ca/actualites/politique/2026-02-05/projet-de-constitution-quebecoise/un-processus-d-assimilation-denoncent-des-chefs-autochtones.php" data-wpel-link="external" target="_blank" rel="external noopener noreferrer">s’attaque</a> également aux <a href="https://ici.radio-canada.ca/espaces-autochtones/2226131/projet-constitution-caq-apnql-verreault-paul-autochtones" data-wpel-link="external" target="_blank" rel="external noopener noreferrer">Premières Nations</a>. Non seulement leur a‑t‑il accordé très peu de temps pour s’exprimer sur le projet de Constitution, mais le seul et unique passage traitant de leurs droits a été ajouté sans leur consentement – au point que plusieurs nations ont affirmé ne pas avoir été réellement consultées. L’Assemblée des Premières Nations du Québec et du Labrador le décrit d’ailleurs comme étant « colonial, centralisateur et incompatible avec les droits fondamentaux des Premières Nations ». Cette Constitution, qui ne représente aucune avancée juridique pour ces peuples, contribue plutôt à invisibiliser leurs traditions juridiques et peut même – en raison de l’absence de reconnaissance claire – flouter les recours auxquels ils ont accès. Alors que le gouvernement avait l’occasion de poursuivre les démarches de réconciliation avec les Premières Nations, il a choisi de s’inscrire dans une logique coloniale en imposant un passage ne représentant aucun gain réel et occultant leurs principes juridiques.</p>



<p>J’aimerais toutefois aborder l’immense victoire que représente le retrait de <a href="https://cdn-contenu.quebec.ca/cdn-contenu/adm/min/justice/publications-adm/CQ/25-001f.pdf" data-wpel-link="external" target="_blank" rel="external noopener noreferrer">l’article 29,</a> qui « <a href="https://www.barreau.qc.ca/fr/nouvelle/memoires-enonces-positions/barreau-previent-constitution-doit-respecter-etat-droit/" data-wpel-link="external" target="_blank" rel="external noopener noreferrer">garantissait</a> » le droit des femmes d’avoir accès à une interruption volontaire de grossesse (IVG). Alors que le ministre présentait cet article comme un moyen idéal de protéger définitivement ce droit au Québec, de nombreux experts – dont le <a href="https://www.barreau.qc.ca/fr/nouvelle/memoires-enonces-positions/barreau-previent-constitution-doit-respecter-etat-droit/" data-wpel-link="external" target="_blank" rel="external noopener noreferrer">Barreau du Québec</a> et le <a href="https://www.cmq.org/fr/actualites/pl1" data-wpel-link="external" target="_blank" rel="external noopener noreferrer">Collège des médecins</a> – lui ont rappelé, lors des consultations publiques, qu’il constituait une réouverture dangereuse du débat sur l’avortement. Ainsi, si cet article venait à être renversé en cour, il existerait un document juridique invalidant le droit à l’IVG. Le droit à l’avortement aurait alors été plus en péril que jamais. Comme le souligne la Dre Élise Girouard‑Chantal dans son <a href="https://share.google/movD9sh8NYXqqxIGR" data-wpel-link="external" target="_blank" rel="external noopener noreferrer">mémoire</a>, c’est précisément ce flou juridique qui fait du Québec « l’une des juridictions les plus pro‑choix au monde ».</p>



<p><strong>Une autre manière de nous faire avaler la loi 21</strong></p>



<p>Peu importe ce que vous pensez du projet de <a href="https://www.lapresse.ca/actualites/politique/2025-10-09/projet-de-loi-1/une-constitution-adoptee-d-ici-les-elections.php#:~:text=Que%20fait%20cette%20nouvelle%20loi,%C3%A0%20recourir%20%C3%A0%20l&#039;avortement." data-wpel-link="external" target="_blank" rel="external noopener noreferrer">loi 21 sur la laïcité de l’État</a> – interdisant notamment le port de signes religieux ostensibles –, ou le fait que celui-ci sera contesté devant la <a href="https://www.ledevoir.com/actualites/justice/939450/cour-supreme-va-entendre-contestation-loi-21-fin-mars" data-wpel-link="external" target="_blank" rel="external noopener noreferrer">Cour suprême du Canada</a> ce mois‑ci, ce n’est pas grave ! Le ministre l’inclut discrètement dans la <a href="https://cdn-contenu.quebec.ca/cdn-contenu/adm/min/justice/publications-adm/CQ/25-001f.pdf" data-wpel-link="external" target="_blank" rel="external noopener noreferrer">Constitution</a> dès les notes explicatives. Que vous l’aimez ou non, elle sera désormais imbriquée dans « la <em>Loi des lois »</em>, comme il aime si aimablement l’appeler. Non, le ministre n’attend pas le verdict du plus haut tribunal avant d’inclure ses mesures très controversées dans la Constitution même de l’État du Québec. La laïcité des services publics est loin de faire consensus au Québec, comme l’ont démontré les importantes vagues de contestation entourant la loi 21. Prétendre que cette question fait aujourd’hui consensus est tout simplement faux.</p>



<p><strong>Oui, je m’enfarge peut-être dans les fleurs du tapis, mais…</strong></p>



<p>L’un des « détails » qui m’a sauté aux yeux lors de ma lecture du projet de <a href="https://cdn-contenu.quebec.ca/cdn-contenu/adm/min/justice/publications-adm/CQ/25-001f.pdf" data-wpel-link="external" target="_blank" rel="external noopener noreferrer">loi</a> est l’apparition, dès les notes explicatives, de la notion d’égalité homme‑femme. Parce qu’aujourd’hui, en 2026, il est évident qu’il existe plus de deux genres, et qu’il est essentiel de garantir à toute personne issue de la diversité de genre une protection constitutionnelle explicite et adéquate.</p>



<p>Voyant l’amour que la CAQ porte à l<a href="https://ici.radio-canada.ca/nouvelle/2194793/politique-linguistique-quebec-etat-ecriture-inclusive" data-wpel-link="external" target="_blank" rel="external noopener noreferrer">’écriture inclusive</a> – en cessant purement et simplement son usage dans le cadre des communications officielles –, cela ne me surprend évidemment pas. Toutefois, considérant que l’objectif de la Constitution est avant tout de rassembler la nation québécoise et de la représenter, et que la formulation « égalité des genres » aurait permis non seulement de remplir ces deux objectifs, mais aussi d’alléger la formulation, je trouve le choix des termes plutôt curieux.</p>



<p><strong>En fin de compte</strong></p>



<p>Nous avons, selon moi, probablement besoin d’une constitution au Québec. Toutefois, elle ne doit pas être rédigée par un seul individu dans son sous‑sol, qui prétend « rassembler les Québécois·e·s » autour de valeurs qu’il considère lui‑même comme universelles. Il faut inclure tout le monde ; il faut consulter le peuple avant d’affirmer que l’on parle en son nom. Alors que la CAQ tente de <a href="https://inroadsjournal.ca/quebecs-proposed-constitution-a-sword-turned-inward/#:~:text=The%20CAQ&#039;s%20electoral%20calculus,force%20by%20June%2024%2C%202026." data-wpel-link="external" target="_blank" rel="external noopener noreferrer">faire adopter</a> sa Constitution avant la fin de la législature, malgré toute la controverse qu’elle suscite, il est essentiel d’écouter les juristes et les quelque <a href="http://ledevoir.com/politique/quebec/964521/pres-800-groupes-demandent-jeter-projet-constitution-poubelles#:~:text=%C2%AB%20Ce%20qu&#039;on%20a%20devant,presse%20non%20loin%20du%20parlement." data-wpel-link="external" target="_blank" rel="external noopener noreferrer">800 organismes </a>qui ont demandé, la semaine dernière, le retrait du projet de loi. Une constitution ne doit pas être adoptée dans la précipitation : elle exige prudence et réflexion.</p>



<p>C’est en prétendant rassembler la nation québécoise, tout en la divisant davantage, que le ministre a déposé ce projet de loi illégitime, au processus opaque, qui menace les droits et libertés, l’état de droit et qui affaiblit les contre‑pouvoirs. C’est tout simplement aberrant.</p>



<p>On colle l’étiquette « nationaliste » à une grande diversité de mesures présentant des dérives potentielles qui portent atteinte à des droits et libertés garantis par la Charte canadienne.</p>



<p>Je me décris comme étant nationaliste, mais le portrait du Québec que dépeint le ministre dans sa Constitution me repousse. Elle me fait même éprouver une certaine honte à me dire « nationaliste ». Mon Québec de demain n’exclut personne : il est accueillant. Je comprends l’ambition de protéger la langue et la culture – cela me préoccupe tout autant –, mais je ne crois pas que l’on s’attaque ici aux véritables enjeux.</p>



<p>Surtout, je veux un Québec qui respecte les droits et libertés, qui exerce une justice équitable, qui respecte les Premières Nations et qui reconnaît pleinement leurs droits.</p>



<p>Refuser cette Constitution, ce n’est pas refuser le Québec, c’est refuser un avenir qui ne nous ressemble pas et qui met en péril notre démocratie.</p>
<p>L’article <a href="https://www.delitfrancais.com/2026/03/25/rassembler-pour-mieux-diviser/" data-wpel-link="internal">Rassembler pour mieux diviser</a> est apparu en premier sur <a href="https://www.delitfrancais.com" data-wpel-link="internal">Le Délit</a>.</p>
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			</item>
		<item>
		<title>La cassette commence à être usée</title>
		<link>https://www.delitfrancais.com/2026/03/25/la-cassette-commence-a-etre-usee/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Antoine Proulx]]></dc:creator>
		<pubDate>Wed, 25 Mar 2026 11:00:00 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Opinion]]></category>
		<category><![CDATA[Slider]]></category>
		<category><![CDATA[Société]]></category>
		<category><![CDATA[démocratie]]></category>
		<category><![CDATA[Économie]]></category>
		<category><![CDATA[Politique]]></category>
		<category><![CDATA[Québec]]></category>
		<category><![CDATA[Souveraineté]]></category>
		<guid isPermaLink="false">https://www.delitfrancais.com/?p=60614</guid>

					<description><![CDATA[<p>Réponse au journal <em/>The Concordian</em> et à l’économiste Moshe Lander.</p>
<p>L’article <a href="https://www.delitfrancais.com/2026/03/25/la-cassette-commence-a-etre-usee/" data-wpel-link="internal">La cassette commence à être usée</a> est apparu en premier sur <a href="https://www.delitfrancais.com" data-wpel-link="internal">Le Délit</a>.</p>
]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[
<p class="has-drop-cap"><em>Cette fois-ci, c’est la bonne. Je promets de quitter l’équipe éditoriale du Délit après cet article, qui contrevient à toutes les conditions ayant permis mon retour. Dommage. Mais je ne pouvais pas, en bonne conscience, m’empêcher de répondre aux âneries véhiculées dans le <a href="https://theconcordian.com/2026/03/costs-quebec-referendum-eric-girard-parti-quebecois/" data-wpel-link="external" target="_blank" rel="external noopener noreferrer">Concordian</a> par un prétendu économiste à l’endroit des conséquences économiques d’un éventuel processus référendaire. Toujours la même cassette, le même discours fatigué, démystifié mille fois par de vrais intellectuels de toutes les époques. Je me demande comment cet article s’est échoué en Actualités, alors qu’il est dépourvu du moindre fait démontrable. Mon article a beau être classé comme une opinion, il est strictement factuel ; je voulais simplement avoir la liberté d’utiliser toutes les invectives nécessaires.</em></p>



<blockquote class="wp-block-quote is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow">
<p class="has-text-align-right">Montrez-moi un économiste qui pense que c’est [l’indépendance du Québec, ndlr] une bonne idée, et je vous montrerai un économiste au chômage.<br>-MOSHE LANDER</p>
</blockquote>



<p>Omettre de joindre des données concrètes à un argumentaire illégitime rend celui-ci intemporel.</p>



<p>Dans son entrevue, M. Lander, un habitué de la télévision de langue anglaise (et économiste à ses heures), recopie plus ou moins habilement le <em>modus operandi</em> d’une infinité de « dépendantistes » avant lui. L’épouvantail de la peur d’un effondrement économique d’un Québec souverain qu’il dresse sera toujours le plus imposant dans l’imaginaire collectif des électeurs. Il inspire un niveau d’incertitude tellement étouffant que nous nous en remettons à de supposés experts pour nous prédire le futur de notre nation, sans penser à remettre leurs sordides mensonges en question.</p>



<p><strong>La question de la décote</strong></p>



<p>Première gaffe intellectuelle (in)volontaire du <em>Concordian</em>. En trente secondes de recherches plus ou moins rigoureuses, il aurait pu comprendre les réelles causes de la décote du Québec par la Standard and Poor’s (S&amp;P) – qui n’a absolument rien à voir avec la recrudescence de l’intérêt des Québécois envers la souveraineté.</p>



<p>Le ministre Girard, avant de blâmer un potentiel référendum pour ses propres méfaits, avait affirmé sans gêne en avril 2025 que cette décote n’aurait aucun impact sur la population et qu’elle était parfaitement insignifiante.</p>



<p>La S&amp;P elle-même justifie la baisse en mentionnant la hausse fulgurante des dépenses publiques combinée à une croissance effarante de la dette sous la gouverne de la CAQ. Un journal incapable de lire les journaux, ça commence bien un article. Bien qu’il présente brièvement les récriminations du Parti québécois, le <em>Concordian</em> diffuse tout de même les propos complètement mensongers du ministre Girard, dans l’espoir peut-être que certains les méprennent pour la vérité.</p>



<p><strong>La question de l’économie</strong></p>



<p>Laisser planer le doute en présentant une fausseté comme une réalité ambivalente, soit. Pas très éthique, mais rien de réellement détestable. Cependant, le <em>Concordian</em> dépasse les bornes lorsqu’il rapporte, supposément de manière totalement objective, que les référendums ont plongé le Québec dans un marasme économique dont les effets diminuent à ce jour notre qualité de vie. Encore une fois, aucune donnée, rien d’empirique. Ce serait trop demander.</p>



<p>Il me faut contrecarrer les propos de M. Lander en deux temps. En premier lieu, absolument aucune donnée macroéconomique n’indique une crise financière d’une quelconque ampleur, le Québec ayant vu sa croissance économique se maintenir et même bondir dans la décennie suivant le référendum de 1995. Depuis cette date fatidique énoncée dans l’article, le <a href="https://policyoptions.irpp.org/fr/2025/10/le-quebec-depuis-1995-recul-ou-progres" data-wpel-link="external" target="_blank" rel="external noopener noreferrer">PIB réel du Québec</a> a crû de 42 % (contre 34 % pour le reste du Canada), le <a href="https://www.stats.gov.nl.ca/Statistics/Topics/labour/PDF/UnempRate.pdf?" data-wpel-link="external" target="_blank" rel="external noopener noreferrer">taux de chômage</a> chutant de 6,1 % (contre 3,1 % pour le Canada), tout comme le <a href="https://www150.statcan.gc.ca/n1/daily-quotidien/250501/dq250501b-eng.htm?" data-wpel-link="external" target="_blank" rel="external noopener noreferrer">taux de pauvreté</a>, ayant atteint 7,4 % en 2023 (contre 10,2 % pour le Canada). Qui plus est, le Québec n’a cessé de voir augmenter son taux d’alphabétisation et d’accès aux études supérieures, faisant de lui un point central d’innovation en Amérique du Nord pour une pléthore de secteurs technologiques de pointe (IA, aérospatial, biomédical, etc.).</p>



<p>Côté social, le Québec vient d’être nommé <a href="https://www.lapresse.ca/dialogue/chroniques/2026-03-19/les-quebecois-ont-ils-trouve-la-recette-du-bonheur.php" data-wpel-link="external" target="_blank" rel="external noopener noreferrer">province la plus heureuse</a> par une marge considérable sur le reste du Canada. De plus, tous les indices <a href="https://www.csls.ca/reports/csls2025-03.pdf?" data-wpel-link="external" target="_blank" rel="external noopener noreferrer">(inégalités, développement humain, satisfaction de vie, etc.)</a> pertinents abondent dans le sens d’une supériorité du Québec pour ce qui est de la qualité de vie de ses habitants. La province-aspirante-pays peut aussi se targuer d’avoir un des systèmes sociaux (garderie, santé, assurance parentale/chômage) les plus développés dans le monde.</p>



<p>Aussi, absolument aucune donnée empirique ne corrobore l’affirmation présentant le Québec comme une destination abandonnée par l’immigration – surtout pour ce qui est des secteurs professionnels. Bien que les référendums aient causé un exode d’une certaine minorité linguistique vers les autres provinces canadiennes, le Québec n’a jamais cessé d’être une destination de choix pour la francophonie internationale.</p>



<p>J’ai l’impression que cet article devient une banale présentation de faits économiques simples, mais comment faire autrement? Je ne vois aucune autre façon de répondre à des mensonges pourtant archi-convenus, qui font de l’infériorité du Québec un fantasme et l’attribuent directement à la volonté du peuple à se libérer d’un oppresseur pétrolier néocolonial.</p>



<blockquote class="wp-block-quote is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow">
<p class="has-text-align-left">« Rien de plus simple pour effrayer les masses que leur faire croire qu’on s’attaque à leur portefeuille, à leurs impôts, à leur stabilité. Le confort (et la menace de le perdre) sera toujours l’ennemi du changement »</p>
</blockquote>



<p><strong>La question du coût de la démocratie</strong></p>



<p>M. Lander présente ensuite son plus brillant argument en défaveur de l’indépendance du Québec. Supposément qu’il faudrait renoncer à l’autodétermination parce que la tenue d’un référendum engendrerait un coût supplémentaire exorbitant pour l’État; on parle de 144 millions de dollars (selon moi, une surestimation bancale) provenant de l’argent des contribuables. Vraiment? Le coût de la démocratie comme argument contre la démocratie? Peut-être que, suivant cette logique, on pourrait organiser des élections tous les dix ans? Tous les 20 ans? Et pourquoi pas jamais! On épargnerait un beau petit pactole!</p>



<p>Franchement, on est sur de la propagande de bas étage. Même si on s’en tient à l’estimation de 144 millions, la dépense ne représente que 0,0865 % des revenus annuels de l’État québécois… une jolie aubaine pour une liberté convoitée depuis des siècles.</p>



<p><strong>La question des négociations</strong></p>



<p>Ne faites pas l’indépendance, c’est trop compliqué pour vous!</p>



<p>Une solution viable et libératrice pour plus d’une trentaine de nations depuis 1980, mais pas pour le Québec, bien sûr. L’article présente la province comme absolument dépourvue de tout pouvoir de négociation, attachée à sa dette et à des infrastructures fédérales coûteuses.</p>



<p>C’est à se demander qui a payé pour Valcartier, les autoroutes, les ports, les ponts… Le Québec est le deuxième plus important contributeur aux revenus fiscaux du Canada, et a financé une infinité d’initiatives contraires à ses intérêts (lire ici l’industrie gazière/pétrolière). Nous sommes une nation riche, éduquée, productive et progressiste, mais nous serions supposément incapables de mettre nos ressources de l’avant pour négocier avec le Canada (voie maritime du Saint-Laurent, ressources naturelles, industries et technologies). Je n’y crois pas un instant.</p>



<p>La vérité est que nous sommes – géographiquement et économiquement – absolument essentiels au Canada, et qu’il ne déploie ses honteuses fabrications que pour nous convaincre de notre petitesse et de notre incompétence. Le Québec n’aura aucun mal à pérenniser sa vitalité, enfin délesté de l’appareil fédéral qui l’enlise dans une dette monumentale. Il pourra contrôler sa politique fiscale, et démanteler une énième invention de M. Lander quant à l’augmentation des taux d’imposition sur les Québécois.</p>



<p>Rien de plus simple pour effrayer les masses que leur faire croire qu’on s’attaque à leur portefeuille, à leurs impôts, à leur stabilité. Le confort (et la menace de le perdre) sera toujours l’ennemi du changement.</p>



<p><strong>La question de l’emploi</strong></p>



<p>En plus d’être carrément impertinent, M. Lander fait preuve d’un impressionnant dédain envers les Québécois. Sa supposition selon laquelle tout économiste défendant la libération du Québec est un chômeur déguisé est vomitive. On ressent tout le dédain coutumier d’un détestable sujet de Sa Majesté, bien coiffé pour un segment à la CBC ou à CTV <em>in english only</em>.</p>



<p>Connaît-il Jacques Parizeau? Un économiste doctorant à la <em>London School of Economics </em>; ministre des Finances et ancien premier ministre du Québec? Il avait un plan clair, une vision économique fondée sur les chiffres et les faits, combinée à une réelle volonté de voir le Québec s’accomplir pleinement dans tous les domaines en accédant à son indépendance.</p>



<p>Il ne doit pas manquer de chômeurs chez les économistes, j’en conviens. Mais peut-être bien que certains mériteraient cette situation plus que d’autres.</p>
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		<title>En grève contre le pourboire!</title>
		<link>https://www.delitfrancais.com/2026/03/25/en-greve-contre-le-pourboire/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Owen Roberts]]></dc:creator>
		<pubDate>Wed, 25 Mar 2026 11:00:00 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Concours d’écriture de chroniques journalistiques]]></category>
		<category><![CDATA[Opinion]]></category>
		<category><![CDATA[Société]]></category>
		<category><![CDATA[commerces]]></category>
		<category><![CDATA[finances personnelles]]></category>
		<category><![CDATA[pourboire]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>Nous avons assez payé. Nous manifestons contre les pourboires – vous venez ?</p>
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										<content:encoded><![CDATA[
<p class="has-drop-cap">Vous avez commandé un latté et il est temps de payer. Le barista tourne le terminal vers vous et vous êtes confronté à votre dilemme quotidien. Est-ce que vous donnez un pourboire? Si oui, combien? 5 %, 18 %? Pourquoi pas 25 %? Vous sentez la tension dans le regard du barista, qui ne vous empêche pas de penser que préparer votre latté, c’est son rôle. S’il ne le fait pas, il sera viré de toute façon! Il ne devrait pas s’attendre à ce que je paie son salaire, alors pourquoi le fait-il? Vous avez raison. Le pourboire est un système inefficace, et il n’est pas de notre responsabilité de payer les salaires des inconnus. C’est pour ça que je propose une manifestation contre les pourboires. Vous venez?</p>



<p>Le pourboire est une coutume presque exclusivement attribuable aux États-Unis et au Canada, adoptée après la prohibition à cause de faibles salaires dans le secteur du service. Le résultat est qu’aujourd’hui, nous sommes sous l’obligation morale de donner environ 18 % du prix de nos factures à nos serveurs. Les Européens qui arrivent à Montréal ne sont pas habitués à la coutume du pourboire. En général, ils n’en donnent pas au début (pensez à un McGillois britannique ou français). Mais, après avoir été harcelés et agressés par des barmans, des baristas et d’autres travailleurs de l’industrie, ils apprennent vite qu’il faut s’assimiler – ou être détesté. À cause des situations comme celles que je vous ai présentées, <a href="https://montreal.citynews.ca/2026/03/17/canada-survey-2026-tipping-culture-h-and-r-block/" data-wpel-link="external" target="_blank" rel="external noopener noreferrer">67 %</a> des Canadiens disent qu’ils veulent abolir le pourboire, selon un sondage réalisé par H&amp;R Block Canada.</p>



<p>La force qui nous fait payer le pourboire n’est pas policière, ni contractuelle ni légale : nous nous imposons à nous même ce jugement. Il existe une autre force inquiétante, soit l’influence qu’a le pourboire du consommateur sur le serveur. Dans notre système actuel, les serveurs ont intérêt à être gentils avec leurs clients, même quand les clients ne le méritent pas. La pression de l’argent sur le serveur pourrait le forcer à subir des abus, parce que s’il ose tenir tête à ses tortionnaires, il gagne moins d’argent. Dans notre système, n’importe qui pourrait s’asseoir et maltraiter un serveur. Ce dernier, sans ses pourboires, est forcé de voir le pouvoir financier rester dans les mains du propriétaire de l’entreprise. La destruction du système de pourboires obligatoires ne pourra qu’améliorer la sécurité et la santé des serveurs.</p>



<p>Nous pourrions défendre le pourboire aux États-Unis parce que le salaire minimum fédéral pour les serveurs y est risible, à <a href="https://www.dol.gov/agencies/whd/state/minimum-wage/tipped" data-wpel-link="external" target="_blank" rel="external noopener noreferrer">2,13</a> dollars américains l’heure. Au Québec, le minimum pour les serveurs est à <a href="https://www.cnesst.gouv.qc.ca/fr/conditions-travail/salaire-paye/salaire/salaire-au-pourboire" data-wpel-link="external" target="_blank" rel="external noopener noreferrer">12,90</a> dollars l’heure, tandis que le salaire minimum général est de<a href="https://globalnews.ca/news/10610373/canada-tipping-culture-pressure/" data-wpel-link="external" target="_blank" rel="external noopener noreferrer">16,10</a> dollars. C’està-dire qu’aux États-Unis, les serveurs ont besoin des pourboires pour survivre, alors qu’au Canada, le besoin n’est pas tant existentiel. La plupart du monde occidental, notamment l’Europe et l’Australie, n’exige pas les pourboires. Il existe manifestement un système où les entreprises paient leurs employés assez pour assurer leur bien-être sans dépendre des pourboires – alors pourquoi ne pas l’introduire ici? La vie pourrait être plus simple, plus efficace, et surtout moins chère.</p>



<p>Enfin, il est regrettable que notre monde ne soit pas parfait ni toujours égal, mais il faut sans relâche viser à l’améliorer. Si nous arrêtions de payer les pourboires, nous pourrions avoir plus de transparence avec les entreprises, moins de tension dans notre quotidien et plus d’argent dans nos portefeuilles. Joignez-vous à moi, la manifestation commence dès aujourd’hui. Bon courage à tous!</p>
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		<title>Une génération jetable</title>
		<link>https://www.delitfrancais.com/2026/03/25/une-generation-jetable/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Hannah Bigiolli]]></dc:creator>
		<pubDate>Wed, 25 Mar 2026 11:00:00 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Concours d’écriture de chroniques journalistiques]]></category>
		<category><![CDATA[Opinion]]></category>
		<category><![CDATA[Société]]></category>
		<category><![CDATA[consumérisme]]></category>
		<category><![CDATA[identité]]></category>
		<category><![CDATA[individualisme]]></category>
		<category><![CDATA[nature humaine]]></category>
		<category><![CDATA[transaction]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>Quel sera le prix d'une ère où chaque aspect de notre vie est jetable?</p>
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										<content:encoded><![CDATA[
<p class="has-drop-cap">N’avez-vous jamais rêvé de vivre à l’époque de vos grands-parents, quand la vie était plus simple et les journées plus lentes? C’est un sentiment assez compréhensible vu l’état de notre monde moderne, essoufflant et éphémère. En raison du capitalisme et du consumérisme, un retour à cette vie d’antan semble impossible : la mode jetable, des produits et des emballages à usage unique, et des relations fondées sur ce même mode de consommation.</p>



<p><strong>Une consommation coûteuse</strong></p>



<p>La mode, qui était auparavant une expression du style personnel, est maintenant contrôlée par une alliance de compagnies et d’influenceurs. Par le passé, l’achat des vêtements était un choix conscient; les tenues étaient fabriquées pour durer des dizaines d’années et étaient associées à des souvenirs et une certaine sentimentalité. Les tendances actuelles, notamment sur les réseaux sociaux, encouragent la production et l’achat de vêtements de mauvaise qualité. Aujourd’hui, les goûts culturels sont <a href="https://www.ellequebec.com/societe/reportages/quand-lintelligence-artificielle-redefinit-la-mode" data-wpel-link="external" target="_blank" rel="external noopener noreferrer">dictés par des algorithmes</a>. Il est devenu impossible de confirmer les taux de consommation et d’adoption des tendances, car ils changent trop rapidement. Les vêtements qu’on achète sont portés en moyenne sept à dix fois, puis sont jetés et remplacés par d’autres pièces à bas prix. Cela montre comment l’affirmation de soi est devenue une pratique insensée pour contribuer à la surconsommation effrénée.</p>



<p>Pire encore, chaque transaction commerciale à laquelle nous prenons part vient avec son lot d’emballages et de plastiques à usage unique. Pensez à la dernière fois que vous avez fait votre épicerie. Combien de déchets plastiques avez-vous créés? Seuls <a href="https://www.foodhero.com/fr/blogues/au-dela-des-pailles" data-wpel-link="external" target="_blank" rel="external noopener noreferrer">20 %</a> des milliards de déchets plastiques produits dans le monde aujourd’hui sont vraiment recyclés. Cette statistique est certes choquante, mais n’est manifestement qu’une arrière-pensée lorsqu’on achète des produits emballés en plastique que nous jetterons aussitôt. C’est cette insouciance qui nous rend aveugles à la consommation et encourage une existence sans pensée critique ou une quelconque réflexion profonde.</p>



<blockquote class="wp-block-quote is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow">
<p class="has-text-align-center">« Le consumérisme à court terme est impliqué dans tous les aspects de nos<br>vies, notamment par l’abandon du style personnel »</p>
</blockquote>



<p><strong>Quand l’amour devient consommable</strong></p>



<p>Même les rencontres amoureuses ne sont pas des occasions où on peut prendre notre temps et considérer les implications de nos actions! Pour les jeunes adultes de notre génération, il y a ce <a href="https://www.tf1info.fr/societe/qu-est-ce-que-la-dating-fatigue-qui-pousse-les-jeunes-a-deserter-les-applications-de-rencontre-2346881.html" data-wpel-link="external" target="_blank" rel="external noopener noreferrer">sentiment universel</a> qu’on peut toujours trouver quelqu’un de mieux parmi les milliards d’utilisateurs sur les applications de rencontre. On peut essayer de parler avec un ou une partenaire, décider qu’il ou elle n’est pas pour nous et s’en débarrasser comme un sac en plastique de l’épicerie. Nous ne serons pas capables de trouver de partenaire pour la durée de nos vies, et ce, à cause de nos croyances inconscientes que tout est facilement remplacé. Chaque aspect de la vie moderne est entouré par la surconsommation sans manière de pouvoir y échapper.</p>



<p>Le consumérisme à court terme est impliqué dans tous les aspects de nos vies, notamment par l’abandon du style personnel, les produits et leurs emballages jetés immédiatement et les relations romantiques qui encouragent un cycle d’usage inéluctable. Évidemment, nous sommes incroyablement détachés des vies paisibles de nos grands-parents, et il se peut que nous soyons incapables d’y retourner. Si ce mode de vie perdure, sera-t-il possible de l’enrayer pour les générations à venir? Sinon, le futur nous laissera-t-il ligotés à nos écrans, vivant des vies sans sentimentalité ni connexion hors des transactions en ligne? À nous d’agir.</p>
<p>L’article <a href="https://www.delitfrancais.com/2026/03/25/une-generation-jetable/" data-wpel-link="internal">Une génération jetable</a> est apparu en premier sur <a href="https://www.delitfrancais.com" data-wpel-link="internal">Le Délit</a>.</p>
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		<title>La religion, ennemie éternelle de la femme</title>
		<link>https://www.delitfrancais.com/2026/03/18/la-religion-ennemie-eternelle-de-la-femme/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Antoine Proulx]]></dc:creator>
		<pubDate>Wed, 18 Mar 2026 11:00:00 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Opinion]]></category>
		<category><![CDATA[Société]]></category>
		<category><![CDATA[femmes]]></category>
		<category><![CDATA[inégalité]]></category>
		<category><![CDATA[laïcité]]></category>
		<category><![CDATA[religion]]></category>
		<guid isPermaLink="false">https://www.delitfrancais.com/?p=60398</guid>

					<description><![CDATA[<p>Démasquer dans l’irrationnel les mécanismes d’une oppression réelle.</p>
<p>L’article <a href="https://www.delitfrancais.com/2026/03/18/la-religion-ennemie-eternelle-de-la-femme/" data-wpel-link="internal">La religion, ennemie éternelle de la femme</a> est apparu en premier sur <a href="https://www.delitfrancais.com" data-wpel-link="internal">Le Délit</a>.</p>
]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[
<p class="has-drop-cap"><em>Dans l’espoir d’osciller toujours entre la pertinence et la provocation, je vous propose cette semaine une critique des détestables conséquences de l’ésotérisme (lire ici la religion) sur l’avancement de la condition féminine. Cette chronique, curieusement, n’est en fait que l’extension d’un argumentaire étayé au cours d’une discussion tendue dans le local du Délit, elle-même déclenchée par un fait divers impliquant l’Université Concordia. Il était alors question d’une salle de prière dans un de ses bâtiments, dont l’accès était interdit aux femmes. Un bâtiment public, ségrégué. J’étais consterné.</em></p>



<p class="has-text-align-right">Les hommes font les dieux et les femmes les adorent – JAMES GEORGE FRAZER</p>



<p class="has-text-align-right">Entre autres chez les juifs, les musulmans, les chrétiens, l’homme est le maître par droit divin : la crainte de Dieu étouffera chez l’opprimée toute velléité de révolte – SIMONE DE BEAUVOIR</p>



<p>Étant moi-même issu d’un milieu particulièrement croyant, je comprends l’attrait de la béquille intellectuelle que représente la dévotion à une entité imaginaire. Un joyeux mélange de déni et de paresse. L’inexplicable trouve son sens dans la volonté incompréhensible d’un être invisible et omniscient. Et nos naïves réflexions existentialistes? Nos questions sur la misère, la souffrance et la mort? Rabrouées par une sorte d’alliage institutionnel entre pédophiles et mégalomanes-investis-du-Saint-Esprit. <em>Repentez-vous, mes enfants, le salut approche.</em></p>



<p>Une société domestiquée et aveuglée par le mysticisme est condamnée d’office à une stagnation socio-intellectuelle qui ne bénéficie toujours qu’aux tributaires du pouvoir.</p>



<p>C’est donc pourquoi je crois que la sécularisation du Québec est l’un de nos plus formidables accomplissements du dernier siècle. Nous sommes passés, en 30 ans à peine, d’un peuple abruti par des curés bien dressés à une nation refusant de voir en son existence une simple antichambre de la mort (et son ô combien désirable vie éternelle). Trente ans, c’est long, mais un cancer, c’est tenace.</p>



<p>Qui furent les grandes gagnantes socioculturelles de cette chimiothérapie sociale? Une évidence, pour les plus perspicaces : chaque fois qu’un système construit et dominé entièrement par des hommes s’effondre, ce sont les femmes qui en tirent profit.</p>



<p><strong>La poursuite de l’indémontrable</strong></p>



<p>Les plus dévots verront en moi une sorte d’hérétique qui ne voit que le mal au sein de cultes faisant la promotion de valeurs merveilleuses, comme la miséricorde, la générosité ou l’entraide. Merci, tartuffes, mais votre errance n’apporte rien de pertinent à mon analyse du piège religieux. Le vitriol qu’il répand n’émane pas simplement de l’existence de la religion elle-même, mais plutôt de son interprétation, son institutionnalisation et sa marchandisation, qui en font une farce présentée comme la supposée ligne directrice de notre existence. Ce que je condamne dans le catholicisme québécois, je le condamne aussi dans les manifestations des autres religions (surtout monothéistes) au sein de notre société. Elles ne sont après tout que l’extension d’un système patriarcal millénaire dont l’objectif unique est la domination de l’homme sur la femme.</p>



<p>Pourquoi m’acharner sur la religion, quand tant d’autres formes d’oppressions s’entrelacent pour étouffer la pleine existence de la femme dans notre monde? Peut-être (incontestablement) à cause de son petit côté buisson ardent, son aspect complètement incontestable qui en fait l’arme dialectique par excellence contre l’atteinte de l’égalité des genres.</p>



<p>La religion exige de son sujet une croyance aveugle, une foi inébranlable à l’épreuve de toute explication rationnelle. Autant dire qu’elle exige une remarquable malléabilité des esprits, doublée d’une admirable crédulité.</p>



<blockquote class="wp-block-quote is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow">
<p>« En subtilisant sa propre faiblesse d’esprit pour la transposer sur les envies d’une figure toute-puissante, l’homme a réussi à socialiser le concept d’inégalité des genres tout en l’imperméabilisant contre les attaques les plus logiques des injustices en découlant inévitablement »</p>
</blockquote>



<p>Notre modernité nous confère désormais une compréhension profonde et précise de la pensée, des êtres et de leur substance, si bien qu’il est à présent impossible de présenter un argument rationnel plaçant la femme comme inférieure à l’homme. Alors quand, au nom de la religion, on exige de la femme la modestie, la serviabilité et la docilité dont le patriarcat raffole, il s’agit de la plus évidente démonstration de la lâcheté de ceux qui en font la promotion. S’ils avaient au moins le courage d’avouer qu’ils veulent que la femme leur soit subalterne, le problème serait déjà à moitié résolu. Il ne s’agirait alors que du banal jugement d’un homme, d’un groupe d’hommes, d’un monde d’hommes. Une alliance tordue des esprits certes très puissante, mais basée sur une incompréhension humaine, non pas un jugement divin.</p>



<p>En subtilisant sa propre faiblesse d’esprit pour la transposer sur les envies d’une figure toute-puissante, l’homme a réussi à socialiser le concept d’inégalité des genres tout en l’imperméabilisant contre les attaques les plus logiques des injustices en découlant inévitablement.</p>



<p><strong>L’obsession laïque</strong></p>



<p>Je ne veux surtout pas que vous associiez mon dédain pour la religion à de l’intolérance pour sa simple pratique. Bien que je ne croie pas souhaitable pour notre avancement collectif la pratique d’une quelconque croyance centrée sur autre chose que l’humain, libre à chacun de croire ce qu’il veut. Libre à chacun de me juger et de me condamner à la géhenne éternelle. </p>



<p>Mais je ne crois pas avoir tort en disant que toute croyance, religieuse ou pas, qui fait de la femme un outil pour l’homme ne devrait pas polluer une société se voulant égalitaire. Peut- être trouvez-vous mon exégèse inexacte? Peut-être alors que je ne sais pas lire, que j’interprète mal la Bible, le Coran ou la Torah? Peut-être que c’est mon esprit malade de cynique qui fabule des passages (écrits par des hommes-aspirants Dieux) qui lapident des femmes, qui les confinent à la vie privée, qui les persécutent pour l’exercice simple de leur volonté? </p>



<p>Le Québec, j’ose le croire, aspire à réduire toujours plus le fossé séparant les genres, lui-même un héritage de nos systèmes socio-religieux. Je ne vous parle bien sûr pas des dérives électoralistes misogynes de la CAQ, qui voient dans les signes religieux une abomination doublée d’un outil d’endoctrinement démoniaque. </p>



<p>Ce gouvernement intolérant (et intolérable) se contente de hiérarchiser par ses décrets les religions et empêcher d’autres croyances de prendre la place de l’héritage dégoûtant du christianisme. Il prône non pas l’égalité, mais la xénophobie, le refus de l’autre et l’hypocrisie la plus totale. </p>



<p>Permettez-moi simplement de formuler le raisonnement suivant. Peut-être le trouverez-vous simpliste. Moi, je lui trouve une franche simplicité. </p>



<p>Si, comme martelé avec conviction par le féminisme, l’homme est le principal catalyseur des inégalités entre les genres par l’intermédiaire des structures du patriarcat ; </p>



<p>Et que l’homme, créateur des religions, a construit la société autour de ces croyances pour consolider sa supériorité factice ; </p>



<p>Alors, la religion créée, peu importe la forme qu’elle prend, vise foncièrement à soumettre les femmes à son autorité, ce qui la rend fondamentalement incompatible avec l’atteinte de l’égalité des genres au sein de la société. </p>



<p>Tout système fondé par l’homme ne fait que réifier sans relâche la femme : pourquoi la religion serait-elle l’exception? Pourquoi nous permettons-nous encore d’opprimer les femmes en invoquant l’autorité d’un Dieu chimérique? </p>



<p>Les inégalités sont difficiles à enrayer, mais elles sont impossibles à effacer si elles continuent de prendre appui sur une hallucination collective qui en fait la vérité de milliards de personnes sur Terre. Délaissons cette dépendance maladive à l’invérifiable pour enfin nous focaliser sur une réalité véritablement empirique ; celle selon laquelle nous sommes tous et toutes égaux dans notre humanité. Et, n’en déplaise aux vendeurs d’indulgences et aux amoureux de soutanes en tous genres, nous ne sommes que notre humanité. Rien d’autre.</p>
<p>L’article <a href="https://www.delitfrancais.com/2026/03/18/la-religion-ennemie-eternelle-de-la-femme/" data-wpel-link="internal">La religion, ennemie éternelle de la femme</a> est apparu en premier sur <a href="https://www.delitfrancais.com" data-wpel-link="internal">Le Délit</a>.</p>
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		<title>Les femmes MAGA au service du patriarcat</title>
		<link>https://www.delitfrancais.com/2026/03/18/les-femmes-maga-au-service-du-patriarcat/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Anonyme]]></dc:creator>
		<pubDate>Wed, 18 Mar 2026 11:00:00 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Opinion]]></category>
		<category><![CDATA[Slider]]></category>
		<category><![CDATA[Société]]></category>
		<category><![CDATA[Arika Kirk]]></category>
		<category><![CDATA[Erika Kirk]]></category>
		<category><![CDATA[femmes]]></category>
		<category><![CDATA[Kristi noem]]></category>
		<category><![CDATA[MAGA]]></category>
		<category><![CDATA[mysoginie]]></category>
		<category><![CDATA[sexisme]]></category>
		<guid isPermaLink="false">https://www.delitfrancais.com/?p=60402</guid>

					<description><![CDATA[<p>Kristi Noem et Erika Kirk comme figures de proue du néo-fascisme américain.</p>
<p>L’article <a href="https://www.delitfrancais.com/2026/03/18/les-femmes-maga-au-service-du-patriarcat/" data-wpel-link="internal">Les femmes MAGA au service du patriarcat</a> est apparu en premier sur <a href="https://www.delitfrancais.com" data-wpel-link="internal">Le Délit</a>.</p>
]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[
<p class="has-drop-cap">L a montée en puissance de l’idéologie du mouvement politique <em>Make America Great Again</em> (MAGA) n’est pas qu’un accident ou qu’une simple parenthèse dans l’histoire américaine. Au contraire, ce fléau populiste est l’aboutissement rationnel d’un mariage longuement mijoté entre le conservatisme social, le néolibéralisme économique, et le sensationnalisme médiatique. Quoi qu’elle se vêtisse d’un nouvel habillage moderne et d’une esthétique grossière, cette fusion macabre porte en elle les caractéristiques héréditaires du fascisme, tel que le monde l’a vécu au 20e siècle. </p>



<p>Parmi ces héritages idéologiques, la domination masculine occupe une place particulière. Malgré le changement de décor et de circonstances, l’hégémonie masculine en politique n’a jamais été réellement remise en question, ni par les vainqueurs de la Seconde Guerre mondiale ni par les mouvements sociaux dits « woke ». Au contraire, ces dernières années, il semblerait que cette tradition patriarcale connaisse une résurgence – cette fois-ci sous une forme spectaculaire, combinant violence, assujettissement et sexualisation des femmes. </p>



<p>Sous le régime idéologique du mouvement MAGA, la transgression semble devenir une norme politique. À l’échelle sociale, cette attitude se manifeste d’abord par une misogynie assumée, comme celle promue par certains créateurs de contenu, tels que Andrew Tate. Elle se traduit également par un renforcement des pressions de conformité aux normes de genre. C’est donc à travers un double registre, combinant une rhétorique violente et un discours plus consensuel, que se communique la vision patriarcale du rôle des femmes dans la société moderne. </p>



<p><strong>Erika Kirk : de quelle tradition s’agit-il? </strong></p>



<p>Une des capacités distinctives de ce système patriarcal est son habileté remarquable à se perpétuer en instrumentalisant certaines femmes pour reproduire les structures qui les subordonnent. C’est à travers ce mécanisme d’opacité que sa présence se resserre sur la société, et que ses contradictions se dissimulent sous le couvert de liberté individuelle, de traditions ou de choix personnels. </p>



<p>Erika Kirk, commentatrice politique et veuve de Charlie Kirk, sous-entend un besoin « naturel » de docilité chez les femmes lorsqu’elle déclare : « <em><a href="https://www.msn.com/en-us/health/wellness/maga-christians-want-wives-to-stay-at-home-but-theres-an-ironic-hypocrisy/ar-AA1NG1ls" data-wpel-link="external" target="_blank" rel="external noopener noreferrer">C’est à ton mari de partir à la conquête du monde, de se battre et de rentrer à la maison. De conquérir (tdlr). </a></em>» Ce qui frappe dans cette citation est la récurrence du champ sémantique de la guerre et son association avec la « responsabilité » masculine. Lorsque l’on considère que cette même Erika Kirk est célèbre pour ses appels à ce que les femmes « retrouvent leur place » dans la sphère domestique, un schéma familier se dessine. </p>



<p>La vision binaire et hiérarchisée des normes de genre n’est pas nouvelle. En s’adressant à un congrès de femmes nazies, Adolf Hitler lui-même s’est permis l’expression : « <em>Nous rejetons la théorie libérale-juive-bolchévique de l’égalité des femmes, car elle les déshonore! Une femme, si elle comprend bien sa mission, dira à un homme : “Tu protèges notre peuple du danger, et je te donnerai des <a href="https://en.wikipedia.org/wiki/Gertrud_Scholtz-Klink" data-wpel-link="external" target="_blank" rel="external noopener noreferrer">enfants</a></em>”. » Ainsi, quand Erika Kirk se permet de nous dire : « <em>Ne laisse personne te priver de tes droits simplement parce que tu es un jeune homme, surtout si tu es un jeune homme <a href="https://www.msn.com/en-us/politics/government/erika-kirk-blasted-for-her-bizarre-remarks-about-disenfranchised-white-men-she-should-shut-up/ar-AA1YzIZc" data-wpel-link="external" target="_blank" rel="external noopener noreferrer">blanc</a></em> », il devient difficile de ne pas y voir la résurgence d’une vision patriarcale du monde, dans laquelle les hiérarchies sociales, de genre, de race, et d’idéologie, s’entrelacent. Cette logique illustre la dominance intersectionnelle, un système d’ordre politique où les marqueurs d’identités sont cumulés de sorte à former une pyramide sociale où l’homme blanc fasciste occupe l’apex. </p>



<p><strong>Kristi Noem, entre victime et complice </strong></p>



<p>Dans cette équation politique, il devient difficile de comprendre le rôle confus et multiforme des femmes dans l’administration américaine. Cependant, en examinant le style de visibilité qu’adopte l’ancienne secrétaire à la Sécurité intérieure des États-Unis, Kristi Noem, on peut apprécier comment certaines femmes parviennent à naviguer entre les attentes patriarcales et les possibilités politiques pour se positionner de manière stratégique dans le paysage MAGA. Cette approche peut être comprise comme l’aboutissement d’une négociation complexe entre les rôles de genre, le pouvoir politique et les attentes sociales qui encadrent la participation des femmes à la sphère publique. </p>



<p>Professeure en sciences politiques à l’Université Clark, Valerie Sperling nous explique : « <em>Tout homme politique a pour mission de séduire son électorat, et l’un des moyens les plus simples d’y parvenir […] consiste à jouer sur les normes de genre, car celles-ci sont très faciles à comprendre. Pour les hommes, il s’agit de montrer que l’on est un homme politique fort, déterminé, rationnel, hétérosexuel et séduisant. La tâche est relativement facile pour les hommes, car, dans la binarité des genres, ces caractéristiques […] correspondent à la fois à la masculinité et à notre idée de ce qu’est un bon homme politique dans le cadre du patriarcat </em>» Cependant, professeure Sperling précise: « <em>Les femmes en politique sont dans une situation bien plus délicate, elles doivent marcher sur une corde raide bien plus marquée par les stéréotypes de genre. Les femmes doivent donc montrer qu’elles sont fortes, dures, déterminées et rationnelles, et, ce faisant, elles doivent contrer tous les stéréotypes que nous avons déjà sur les femmes </em>». Dans le cas de Kristi Noem, cette tension perpétuelle entre identité politique et de genre est accentuée par le rôle militarisé qu’elle assume au sein du Département de la sécurité intérieure et de sa sous-agence, le service d’immigration et des douanes (ICE). </p>



<p>Ainsi, comme le souligne professeure Sperling : « <em>Les femmes doivent montrer qu’elles sont fortes, tenaces, déterminées et rationnelles, et, ce faisant, elles doivent aller à l’encontre de tous les stéréotypes que nous avons déjà sur elles. Elles n’ont donc pas d’autre choix. Elles doivent montrer qu’elles sont tenaces, et c’est pourquoi on voit ce genre de look militarisé.</em> » Elle poursuit : « <em>Mais le plus difficile pour les femmes, c’est que lorsqu’elles se comportent ainsi, elles ne sont pas des femmes “convenables”</em> ». <em>Il doit donc toujours y avoir un facteur modérateur, quelque chose pour rassurer ce public masculin sur le fait qu’elle n’a pas trop de pouvoir, qu’elle ne dépasse pas trop les normes de son genre. Donc, le Botox, les cheveux longs, le clone de Melania, vous voyez […] elle essaie vraiment de naviguer dans le couloir très étroit des comportements acceptables pour les femmes en politique.</em> » </p>



<p><strong>Le masculinisme débordant </strong></p>



<p>Le patriarcat est bel et bien vivant. L’inclusion des femmes dans le mouvement MAGA ne promulgue en rien plus d’égalité, et nourrit au contraire une propagande idéologique qui s’intensifie sans relâche. C’est ainsi que la politique étrangère des États-Unis adopte à la fois une rhétorique masculiniste, mais aussi une attitude belligérante, qui fait écho aux structures patriarcales qui caractérisent la politique domestique du pays. </p>



<p>Entre les débordements machistes du deux fois divorcé secrétaire de la guerre Pete Hegseth, et les mises en scène médiatiques d’une virilité politique associée à la force militaire, le discours officiel propose un imaginaire de domination et de puissance masculin. </p>



<p>Quand les États-Unis bombardent une école primaire pour filles de Minab en Iran, ce n’est pas pour défendre la cause des femmes.</p>



<p></p>
<p>L’article <a href="https://www.delitfrancais.com/2026/03/18/les-femmes-maga-au-service-du-patriarcat/" data-wpel-link="internal">Les femmes MAGA au service du patriarcat</a> est apparu en premier sur <a href="https://www.delitfrancais.com" data-wpel-link="internal">Le Délit</a>.</p>
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		<title>Pour que la honte change de camp</title>
		<link>https://www.delitfrancais.com/2026/03/18/pour-que-la-honte-change-de-camp/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Catherine Brunet Rodriguez]]></dc:creator>
		<pubDate>Wed, 18 Mar 2026 11:00:00 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Opinion]]></category>
		<category><![CDATA[Société]]></category>
		<category><![CDATA[féminisme]]></category>
		<category><![CDATA[Masculinisme]]></category>
		<category><![CDATA[Politique]]></category>
		<category><![CDATA[Québec]]></category>
		<category><![CDATA[violence sexuelle]]></category>
		<guid isPermaLink="false">https://www.delitfrancais.com/?p=60413</guid>

					<description><![CDATA[<p>Le silence et l’inaction entourant les violences sexuelles.</p>
<p>L’article <a href="https://www.delitfrancais.com/2026/03/18/pour-que-la-honte-change-de-camp/" data-wpel-link="internal">Pour que la honte change de camp</a> est apparu en premier sur <a href="https://www.delitfrancais.com" data-wpel-link="internal">Le Délit</a>.</p>
]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[
<p class="has-drop-cap">Pourquoi parler de féminisme aujourd’hui, en 2026? Parce que l’illusion de la parité, de l’égalité et du respect est sans doute l’un des dangers les plus insidieux de notre époque. Tant que l’on refusera de regarder en face les réalités brutales de la condition des femmes, les violences continueront d’être banalisées, normalisées, et aucun changement réel ne pourra advenir.</p>



<p><strong>Quelques chiffres pour mettre la table</strong></p>



<p><a href="https://violsecours.qc.ca/statistiques/" data-wpel-link="external" target="_blank" rel="external noopener noreferrer">Au Québec</a>, une femme sur trois sera victime d’une agression sexuelle après l’âge de 16 ans, et un homme sur huit en sera victime au cours de sa vie. Ce chiffre est déjà alarmant, mais il ne reflète qu’une infime partie de la réalité : lorsqu’on sait que seule <a href="https://violsecours.qc.ca/statistiques/" data-wpel-link="external" target="_blank" rel="external noopener noreferrer">une agression</a> sur vingt est rapportée à la police, on peut raisonnablement penser que cette proportion est encore plus élevée.</p>



<p>Près de <a href="https://violsecours.qc.ca/statistiques/" data-wpel-link="external" target="_blank" rel="external noopener noreferrer">70 %</a> des agressions sexuelles sont commises dans des résidences privées, et <a href="https://www.inspq.qc.ca/violence-sexuelle/statistiques" data-wpel-link="external" target="_blank" rel="external noopener noreferrer">81 %</a> des auteurs étaient connus de leur victime. On est donc bien loin du mythe qu’on nous vend, selon lequel les agressions seraient surtout commises par des inconnus, dans des ruelles sombres.</p>



<p><strong>Qu’est-ce que tu portais?</strong></p>



<p>C’est à 12 ans que j’ai pris conscience des mécanismes pervers d’une société qui objectifie les femmes et les contraint à se plier à des standards de beauté stricts pour être jugées dignes d’amour. Lors d’un atelier du Programme d’éducation intermédiaire (PEI), nous avions recensé ces critères supposément universels : taille fine, poitrine volumineuse, hanches larges…</p>



<p>C’est aussi à partir de ce moment-là que j’ai commencé à dissimuler un corps en pleine transformation. Je refusais d’être réduite à un objet. Je refusais les réalités dégradantes imposées à la féminité, et la peur constante des violences qu’elles charrient.</p>



<p>Mais vous savez quoi ? Cela ne m’a pas empêchée d’être suivie dans la rue à 15 ans ni de subir du harcèlement à répétition – une vingtaine de fois. Pas plus tard que samedi dernier, en plein jour, je me suis fait interpeller et suivre dans la rue alors que j’étais accompagnée d’un homme, vêtue d’un manteau d’hiver jusqu’aux genoux et d’un capuchon sur la tête.</p>



<p>Non, cela n’a jamais été une question de vêtements ni de corps. Ça n’a jamais été une question d’heure ou de quartier. Les salauds n’ont plus aucune gêne à proférer des obscénités aux femmes dans l’espace public, quelles que soient les circonstances.</p>



<p>Chaque fois qu’une femme dénonce une violence, tous les regards se tournent vers elle : « que faisais-tu dehors à cette heure-là? », « que portais-tu? », « pourquoi étais-tu seule? ». Les agresseurs, eux, ne sont jamais interrogés. « Pourquoi t’es-tu permis d’agresser quelqu’un? », cela, on ne l’entend jamais.</p>



<p>Non. Ce que l’on remet systématiquement en question, c’est la véracité de la dénonciation.</p>



<p>Laissez-moi déconstruire un autre mythe : <a href="https://www.inspq.qc.ca/violence-sexuelle/comprendre/faits" data-wpel-link="external" target="_blank" rel="external noopener noreferrer">seules 5 %</a> des dénonciations s’avèrent infondées. Continuer à prétendre que les victimes cherchent à attirer l’attention ou à détruire la vie des puissants, c’est entretenir la culture du viol. C’est décourager les victimes de porter plainte, restreindre leur accès à la justice et retourner le système contre elles.</p>



<p><strong>Votre culture du viol</strong></p>



<p>Oui, contrairement à ce que plusieurs peuvent croire, la culture du viol est bien réelle. Ce n’est <a href="https://www.journaldemontreal.com/2024/03/27/le-sacrifice-de-nos-garcons-et-le-deni-des-neofeministes" data-wpel-link="external" target="_blank" rel="external noopener noreferrer">une généralisation « néoféministe »</a>, comme le soutien Mathieu Bock-Côté, mais une réalité sociale bien tangible, qui continue d’avoir des impacts aujourd’hui.</p>



<p>Les statistiques sont claires, ce n’est pas une exagération, mais une réalité que l’on refuse trop souvent de voir. La culture du viol, je la vois, je la vis presque au quotidien. La nier ou la ridiculiser, c’est en assurer la pérennité et l’impunité. Or, cher Mathieu, les agressions sexuelles ne sont pas en hausse en raison de vagues migratoires et de l’« <a href="https://www.youtube.com/watch?v=I2iHpAFvUMo" data-wpel-link="external" target="_blank" rel="external noopener noreferrer">immigration conquérante</a> ». Les agresseurs ont plus d’un visage et souvent, ce sont des gens de chez nous. Blâmer encore les personnes migrantes pour une culture du viol bien occidentale, c’est se déresponsabiliser pour leurs impacts. Au lieu de lancer le blâme et de prôner des discours xénophobes, pourquoi ne pas utiliser cette passion à bon escient, et mettre fin à la culture du viol? Réduire cette culture à quelques « mauvais individus » est une illusion dangereuse. Cela déresponsabilise la société dans son ensemble et absout les témoins silencieux de l’horreur. En rejetant la faute sur quelques personnes, on permet aux autres personnes de se croire non concernées, d’éviter d’intervenir et d’assurer que le silence perdure. Se <a href="https://www.journaldemontreal.com/2024/03/27/le-sacrifice-de-nos-garcons-et-le-deni-des-neofeministes" data-wpel-link="external" target="_blank" rel="external noopener noreferrer">déconstruire</a>, c’est refuser cette complicité passive. C’est aussi remettre en question des normes rigides de la masculinité – l’interdiction de montrer ses émotions, l’injonction à être fort et impassible – qui nuisent à tous et étouffent la parole. Ces normes enferment aussi les hommes victimes de violences à caractère sexuel (VACS), pris entre la culture du viol et des stéréotypes patriarcaux qui rendent leur souffrance invisible et leur parole illégitime.</p>



<p>La culture du viol perdure parce que ces structures sont tolérées et reproduites collectivement. La combattre exige d’aller au-delà de la responsabilité individuelle, de reconnaître notre responsabilité commune et d’agir.</p>



<blockquote class="wp-block-quote is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow">
<p class="has-text-align-center">« Être une femme, c’est en venir à préférer l’ours – parce que,<br>lui, la pire chose qu’il puisse faire, c’est tuer »</p>
</blockquote>



<p>Et, mon cher Mathieu, présenter le <a href="https://www.youtube.com/watch?v=I2iHpAFvUMo" data-wpel-link="external" target="_blank" rel="external noopener noreferrer">masculinisme</a> comme une réponse à l’appel à la fin des stéréotypes sexistes n’a tout simplement aucun sens. Certes, les hommes ne sont pas encouragés à demander de l’aide ou à exprimer leurs émotions – mais c’est précisément à cause des stéréotypes sexistes que l’on cherche à déconstruire. Plutôt que de s’attaquer aux structures qui perpétuent ces normes nocives, on en vient à rejeter la responsabilité sur les femmes. Cherche bien la logique, mon Mathieu, moi non plus, je ne la trouve pas.</p>



<p><strong>Où est la volonté politique là-dedans?</strong></p>



<p>Afin de <a href="https://cdn-contenu.quebec.ca/cdn-contenu/adm/min/education/publications-adm/soutien-etablissements/Plan-action-VCS.pdf" data-wpel-link="external" target="_blank" rel="external noopener noreferrer">freiner la montée</a> des VACS dans les milieux postsecondaires, l’ex-ministre de l’Enseignement supérieur, Pascale Déry, avait promis en 2022 la tenue de <a href="https://unionetudiante.ca/News/Details/11" data-wpel-link="external" target="_blank" rel="external noopener noreferrer">l’enquête VACS</a>. Cette enquête provinciale portait sur les mesures de prévention et les ressources offertes aux victimes dans les établissements. Au coût estimé de <a href="https://unionetudiante.ca/News/Details/11" data-wpel-link="external" target="_blank" rel="external noopener noreferrer">1,2 million de dollars</a>, cette enquête devait fournir des données cruciales pour mieux orienter la lutte contre les VACS.</p>



<p>Or, le gouvernement caquiste est revenu sur sa parole et a choisi d’en annuler la tenue. Pendant que plus de <a href="https://ici.radio-canada.ca/nouvelle/2156898/etudiants-millions-bourses-perspective-abolies-stages#:~:text=Couper%20pendant%20qu&#039;on%20s&#039;enfonce%20%2C%20d%C3%A9noncent%20les%20signataires&amp;text=Une%20clause%20de%20droits%20acquis,pr%C3%A9carit%C3%A9%20et%20c&#039;est%20inacceptable.&amp;text=%C3%89tienne%20Par%C3%A9%2C%20pr%C3%A9sident%20de%20l&#039;Union%20%C3%A9tudiante%20du%20Qu%C3%A9bec%2C,en%20entrevue%20%C3%A0%20Radio%2DCanada." data-wpel-link="external" target="_blank" rel="external noopener noreferrer">250 millions de dollars</a> ont été retranchés du financement de l’enseignement supérieur dans la dernière année, notamment avec l’abolition du programme de bourses Perspective Québec, aucune somme n’a été investie pour documenter et combattre ces violences. Face à cette inaction, l’UEQ (Union étudiante du Québec) et la FECQ (Fédération étudiante collégiale du Québec) <a href="https://unionetudiante.ca/News/Details/11" data-wpel-link="external" target="_blank" rel="external noopener noreferrer">se mobilisent</a> pour exiger le retour de cette enquête, indispensable pour assurer la sécurité des étudiantes et étudiants et pour s’attaquer concrètement à la culture du viol sur les campus.</p>



<p>Sans données, il est impossible de mesurer l’ampleur réelle des VACS ni d’évaluer l’efficacité des mesures en place. Le rétablissement de cette enquête est donc non négociable. Il est temps que le gouvernement cesse les reculs, fasse preuve d’une réelle volonté politique et s’engage concrètement. Protéger les étudiant·e·s québécois·e·s n’est pas une option : c’est une responsabilité.</p>



<p><strong>Être une femme en 2026…</strong></p>



<p>Être une femme, c’est devoir prévoir son itinéraire, ses vêtements et son entourage pour éviter d’être blâmé si quelque chose de grave survient. C’est surveiller constamment son verre, acheter des produits pour vérifier si celui-ci a été drogué, refuser un verre par peur qu’il crée une dette implicite.</p>



<blockquote class="wp-block-quote is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow">
<p class="has-text-align-center">« Parce que la peur n’est pas un mode de vie pour quiconque, parce que le silence n’a plus lieu d’être, et parce qu’il est temps que la honte change de camp »</p>
</blockquote>



<p>Être une femme, c’est en venir à préférer l’ours – parce que, lui, la pire chose qu’il puisse faire, c’est tuer. Non, ce ne sont pas tous les hommes. Mais ce sont trop d’hommes. Et trop souvent, ce sont ceux que l’on connaît : nos proches, nos partenaires intimes. Le coût de l’erreur est trop élevé. Alors, comme on nous l’a appris avec les armes à feu, on traite chaque situation comme si elle était chargée. Parce que si l’on se fait abattre, il n’y aura pas foule pour nous défendre – seulement des voix pour nous reprocher de ne pas avoir été assez prudentes.</p>



<p>Être une femme, ne devrait signifier rien de tout cela, et il est temps que ça change.</p>



<p>Les VACS nous concernent tous. Parce que la peur n’est pas un mode de vie pour quiconque, parce que le silence n’a plus lieu d’être, et parce qu’il est temps que la honte change de camp.</p>
<p>L’article <a href="https://www.delitfrancais.com/2026/03/18/pour-que-la-honte-change-de-camp/" data-wpel-link="internal">Pour que la honte change de camp</a> est apparu en premier sur <a href="https://www.delitfrancais.com" data-wpel-link="internal">Le Délit</a>.</p>
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		<title>La fatigue politique du Canada français</title>
		<link>https://www.delitfrancais.com/2026/02/25/la-fatigue-politique-du-canada-francais/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Antoine Proulx]]></dc:creator>
		<pubDate>Wed, 25 Feb 2026 12:00:00 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Opinion]]></category>
		<category><![CDATA[Slider]]></category>
		<category><![CDATA[Société]]></category>
		<category><![CDATA[Parti Québécois]]></category>
		<category><![CDATA[Politique]]></category>
		<category><![CDATA[Québec]]></category>
		<category><![CDATA[Souveraineté]]></category>
		<guid isPermaLink="false">https://www.delitfrancais.com/?p=60230</guid>

					<description><![CDATA[<p>Essoufflement et obsolescence programmée d’une liberté partisane.</p>
<p>L’article <a href="https://www.delitfrancais.com/2026/02/25/la-fatigue-politique-du-canada-francais/" data-wpel-link="internal">La fatigue politique du Canada français</a> est apparu en premier sur <a href="https://www.delitfrancais.com" data-wpel-link="internal">Le Délit</a>.</p>
]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[
<p class="has-drop-cap"><em>L’article qui suit est une humble proposition adressée au journal Le Devoir dans le cadre de son concours récompensant un texte d’opinion issu du milieu du journalisme étudiant. L’exercice proposé est simple : il demande aux aspirants-chroniqueurs de se prononcer sur la sagesse de 1976 dont le Québec devrait s’inspirer dans la construction de sa modernité. Je croyais rêver éveillé. En échange de la moitié du pactole promis advenant une victoire, Le Délit me laisse hanter ses pages de mes espoirs pour le tortueux périple du Québec vers la liberté. Le titre est emprunté (bien que retouché) à Hubert Aquin, un intellectuel saisissant et provocateur, et, tristement, suicidé notoire du peuple canadien-français. Le reste m’appartient entièrement, mais est en réalité la vérité collective de tout un peuple.</em></p>



<blockquote class="wp-block-quote is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow">
<p class="has-text-align-center">Pour moi, tout parti politique n’est au fond qu’un mal nécessaire, un de ces instruments dont une société démocratique a besoin lorsque vient le moment de déléguer à des élus la responsabilité de ses intérêts collectifs. – RENÉ LÉVESQUE</p>
</blockquote>



<blockquote class="wp-block-quote is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow">
<p class="has-text-align-center">La culture canadienne-française offre tous les symptômes d’une fatigue extrême: elle aspire à la fois à la force et au repos, à l’intensité existentielle et au suicide, à l’indépendance et à la dépendance. – HUBERT AQUIN</p>
</blockquote>



<p>La partisanerie est l’agonie de toute grande lutte de libération politique et sociale. De l’endoctrinement abrutissant de gauche ou de droite, maoïste ou franquiste, quelle importance! C’est le peuple qui en souffre. Si nous, Québécois et Québécoises, avons fait des progrès considérables dans les 50 dernières années en tant que société, n’en demeure pas moins que nous nous sommes embourbés dans une quête électoraliste paralysante, fatiguée et <em>fatigante</em>.</p>



<p>Je suis d’avis que la poursuite de l’indépendance du Québec est fondamentale au maintien de la nature distincte des peuples qui le composent et à la survie – optimalement, l’enrichissement – de la culture qui le définit. Prémisse de mon argumentaire dont la validité ne fait toutefois pas l’unanimité. Trop nombreux (et puissants, influents…) encore sont ceux qui s’affairent à régurgiter une rhétorique <em>dépendantiste</em> fondée sur des aménagements toujours plus déraisonnables au sein de la Confédération canadienne. La liberté, oui, mais pas à n’importe quel prix. Combien de temps devrons-nous attendre les concessions du gouvernement canadien? Combien de temps encore croirons-nous au mensonge de la Confédération et à ses promesses d’un fédéralisme renouvelé? Quel sera le prix de l’immobilisme?</p>



<p>Quel sera le prix de la naïveté? De la peur?</p>



<p>Personne, devant une liberté nouvellement acquise, ne songerait à redevenir captif, sous prétexte qu’il serait trop ardu de déterminer les conditions de son existence. Aucun peuple, aucune nation n’a regretté son indépendance. Aucun être n’a regretté sa liberté. Je nous supplie donc collectivement de cesser de la réduire à un calcul fiscal profane et invalide.</p>



<p>Mais la responsabilité pour notre soumission prolongée ne peut être simplement imputée à l’insipidité de la rhétorique fédéraliste. Le projet indépendantiste, tel qu’imaginé par Lévesque et ses contemporains, se voit vicié par l’institutionnalisation du parti qui se porte garant de son atteinte. Le même Parti québécois dont les fondateurs sont mythologisés par l’imaginaire collectif de notre peuple n’est maintenant qu’une banale structure du pouvoir, qu’un rouage dans l’appareil démocratique de notre nation.</p>



<p>L’indépendance devient un enjeu partisan et électoral, porté par un parti tantôt de gauche, tantôt de droite, et trop peu souvent orienté vers l’avant. Pathétique, cette régression horizontale systématique du Parti québécois qui fait fi de la nécessité catégorique de l’indépendance, se concentrant plutôt sur l’appâtage éhonté d’électeurs indécis. L’atteinte du pouvoir, bien que nécessaire pour le déclenchement d’un processus référendaire, ne doit pas se faire aux dépens de sa vocation constitutive, celle de donner enfin une nation souveraine au Québec. Le Parti québécois n’est pas maléfique pour autant ; il joue le jeu, il taille sa place dans un système qu’il voudrait voir complètement réformé…</p>



<p>Mais il est trop tard. L’idée est toujours aussi essentielle, mais son véhicule est usé, inadapté, trop polarisé pour pouvoir espérer rallier une majorité convaincante derrière le projet de société que représente l’indépendance. Le cynisme grandissant de la population face au Parti québécois mine le soutien pour la cause indépendantiste, qui en est à présent fonctionnellement indissociable. Voir autant de gens se refuser leur indépendance parce qu’ils n’apprécient pas les sautes d’humeur de Paul St-Pierre Plamondon ou qu’ils n’aiment pas sa plateforme sur les petites et moyennes entreprises (PME), l’immigration ou le retour des Nordiques, c’est déchirant et carrément délirant. L’indépendance n’est pas l’affaire d’un individu ou de son parti. Il est inutile de chercher en un élu une sorte de héros national, un Maurice Richard ou un Lucien-Bouchard-le-miraculé des temps modernes : notre libération sera la décision collective de tout un peuple. Nous sommes l’indépendance, pas le Parti québécois.</p>



<p>Toutes les avancées fulgurantes du dernier demi-siècle sont le fruit d’une prise de confiance généralisée des Québécois envers leurs propres capacités. Nous sommes à présent un peuple qui sait reconnaître sa grandeur, sans s’écraser dans le rôle de subalterne minuscule qui a longtemps fait notre opprobre. Mais nous avons encore peur, si ce n’est que d’une chose : nous sommes terrifiés à l’idée d’<em>être</em>.</p>



<p>Peut-être est-ce la peur de l’inconnu, du vide, du néant prétendument engendré par la formation d’une entité politique québécoise. Ou bien est-ce la peur d’un Québec totalitaire dominé par une sorte de clique fondatrice du pays, condamnant tout autre mouvement politique à l’impotence la plus totale. Des peurs profondément irrationnelles, mais ô combien efficaces dans leur dissuasion!</p>



<p>Voilà donc toute la pertinence de nous inspirer de 1976 (et de la décennie ayant précédé cette première victoire électorale du Parti québécois) pour achever la construction du Québec. Il faut repartir de zéro, non pas dans l’idée proposée, mais dans la structure qui l’accompagne. Nous devons nous délester de cette association systématique de l’indépendance au Parti québécois et faire renaître le mouvement sur une base nouvelle, ancrée dans la force de sa société civile. Il faut que ce soit le peuple qui dicte réellement sa vision pour le futur du Québec. Il ne fait aucun doute qu’une telle approche ne pourra que rallier davantage de Québécois de tous azimuts vers un projet de pays qui leur ressemble, et non pas à la promesse de conservation d’une nation figée dans une époque folklorique de survivance. Ce nationalisme réducteur est d’ailleurs un poison, répandu non pas par le Parti québécois, mais plutôt par le seul fait de son archaïsme structurel. Il a trop changé, trop dévié, trop bifurqué pour espérer déjouer la perception figée que s’en font quatre générations de Québécois.</p>



<p>Oui, nous avons besoin de porte-parole du projet indépendantiste, mais leur rôle doit se limiter à une application <em>stricto sensu</em> : ils ne doivent être que les porte-voix du peuple, sans chercher à marquer l’imaginaire collectif par des prouesses de charisme et de charme politique. L’amour qu’a un peuple pour ses politiciens est éphémère et immanquablement voué à s’effriter. Oui, nous avons besoin des institutions démocratiques pour mener le projet à terme, mais l’essentiel du travail doit être accompli, pour être d’une quelconque légitimité, par le peuple.</p>



<p>Le peuple ne cessera jamais de s’aimer, de vouloir son bien et son épanouissement, tout comme il ne cessera jamais de craindre et de remettre en question ceux qui le gouvernent. À l’instar de ces grands porte-parole du peuple que furent Lévesque, Chaput, Bourgault et Chartrand, nous devons aspirer à fonder un appareil politique dont l’unique objectif est l’atteinte de l’indépendance, par le peuple, pour le peuple. La fatigue politique des Canadiens français ne pourra se résorber que s’ils se décident à devenir enfin des Québécois, par la force de leurs actions. Ainsi, nous vivrons. Autrement, notre sommeil nous condamne à la disparition.</p>
<p>L’article <a href="https://www.delitfrancais.com/2026/02/25/la-fatigue-politique-du-canada-francais/" data-wpel-link="internal">La fatigue politique du Canada français</a> est apparu en premier sur <a href="https://www.delitfrancais.com" data-wpel-link="internal">Le Délit</a>.</p>
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		<title>Les bienfaits d’être un lâche</title>
		<link>https://www.delitfrancais.com/2026/02/18/les-bienfaits-detre-un-lache/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Antoine Proulx]]></dc:creator>
		<pubDate>Wed, 18 Feb 2026 12:00:00 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Opinion]]></category>
		<category><![CDATA[Slider]]></category>
		<category><![CDATA[Société]]></category>
		<category><![CDATA[contribution]]></category>
		<category><![CDATA[écriture]]></category>
		<category><![CDATA[ignorance]]></category>
		<category><![CDATA[inaction]]></category>
		<category><![CDATA[moralité]]></category>
		<category><![CDATA[savoir]]></category>
		<category><![CDATA[volonté]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>La neutralité au service des injustices.</p>
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										<content:encoded><![CDATA[
<p class="has-drop-cap"><em>Le titre de cet article évoque une de mes tentatives vaines à motiver nos lecteurs dans l’espoir de faire d’eux des contributeurs du Délit. Au cours de ma pseudo-carrière au sein du journal, j’ai essayé la provocation, l’attrition et les supplications, me butant toujours à l’inaction. Compréhensible, pour une pléthore de raisons, parmi les- quelles mon côté abrasif et légèrement détestable doit figurer en tête du classement. Mais j’ose ici formuler l’idée que c’est surtout parce qu’écrire en Opinion exige d’accepter une part de risque et d’aller au-delà du simple recel d’informations exécuté mille fois par les troubadours du quatrième pouvoir. Il faut réfléchir pour soi ; une entreprise des plus vertigineuses lorsqu’on s’est habitué à répéter ce qui a été réfléchi pour nous. </em></p>



<p>La neutralité est une affliction dont l’inaction est le plus virulent symptôme. Ça en jette, non, comme première phrase? Ça fait apprenti-philosophe-frais-chié-arriviste-intellectuel-light. Ça me mérite amplement le statut de dignitaire de la glorieuse McGill University – ne manque plus que ma conversion à l’anglais. Continuons. </p>



<p>Loin de moi l’idée de tous vous traiter de pestiférés intellectuels pour cause de votre refus d’écrire, je dois cependant vous confier que votre inaction me frustre. Mais, soyez sans crainte, vous n’êtes pas seuls. Nous sommes tous tributaires d’un écosystème politico-médiatique qui dévoue tout son savoir-faire à une création de sa neutralité, de son objectivité feinte. Si la neutralité m’est vomitive, c’est bien parce qu’elle cache une sorte de dissimulation systémique et systématique de la vérité. On nous vend l’importance de médias purement factuels, d’une presse libre complètement illusoire, de gouvernements bienveillants et démocratiques… il faut bien que quelqu’un soit le détenteur de la vérité! Je ne veux pas osciller entre cynisme et complotisme, étant moi-même un (minuscule) (microscopique) engrenage de ce système, mais force est d’admettre que chaque action, décision et reportage a un objectif bien plus large que celui d’informer. </p>



<p>Ne sont apolitiques que les annonceurs de numéros de loterie et les diseuses de bonne aventure météorologique. Et encore! Toute action que nous posons est politique, et toute action que nous refusons de poser l’est tout autant. Nous devrions avoir infiniment plus de reproches pour l’inaction réfléchie que pour l’action réfléchie. Et nous devrions carrément monter aux barricades contre ceux qui prétendent être passifs et impartiaux, mais modulent la réalité pour mieux se l’approprier. De toute façon, l’impartialité est un choix en soi, et donc forcément partial, puisqu’il implique notre jugement. Un peu métaphysique comme début d’article, je le concède. Je vous bombarde de concret sous peu, promis. </p>



<p>Innombrables sont les hypocrites qui se donnent bonne conscience en restant objectifs, neutres, impassibles devant toute la misère et la souffrance du monde. </p>



<p>La formule est si efficace. Maquillés et savamment entraînés, les colporteurs de vérité nous vendent leur objectivité de téléjournal. Quand on parle d’Israéliens, d’Américains ou du monde pseudo-développé, les morts sont des victimes, les gens sont tués, assassinés, massacrés. Quand un Gazaoui ou un Soudanais meurt, il existe deux ingénieuses façons de nous le présenter. Soit il meurt, sans plus, d’une mort étymologiquement naturelle, soit c’est un dangereux terroriste, une menace à l’aseptisation générale de notre monde. </p>



<blockquote class="wp-block-quote is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow">
<p>« Quel intérêt de diffuser ou dénoncer la souffrance si elle ne déstabilise pas notre précieux quotidien? Vaut mieux donner du temps d’antenne à la marmotte qui annonce le printemps ou aux concours pour chiens savants »</p>
</blockquote>



<p>Combien de temps a mis Radio-Canada à enfin utiliser le terme « génocide » après les constats alarmants de l’ONU (déjà 79 ans en retard)? Et La Presse? Et Le Devoir? Et nos gouvernements? Et nous-mêmes? Combien de temps avons-nous prétendu voir dans le meurtre de civils un conflit ambivalent? Combien de temps avons-nous réellement cru que des enfants étaient en réalité des soldats du Hamas? Et le dévoilement de la vérité n’a été rendu possible que par l’énormité du mensonge collectif : 67 000 morts, ça commence à faire tout un tas. Visible depuis la Lune, certainement. Mais pas sur nos écrans. </p>



<p>Faisons un moment abstraction de ce que nos diffuseurs du savoir absolu se plaisent à appeler un conflit. Ce n’est, après tout, qu’un exemple parmi tant d’autres. Au Rwanda, au nom des principes de non-ingérence et de neutralité, 800 000 personnes sont mortes en 100 jours. Même sort pour les peuples du Biafra, du Congo, du Timor, du Myanmar, du Cambodge… Notre penchant pour l’évitement semble motivé par notre niveau d’intérêt envers les victimes. Peut-être qu’elles ne sont tout simplement pas assez blanches pour que l’on s’intéresse à elles de manière désintéressée. Une perte de temps, selon nos régisseurs, de défendre concrètement TOUS les peuples marginalisés et en voie d’extermination. Encore quelques milliards pour l’Ukraine? </p>



<p>Allons plutôt instaurer la démocratie en Irak et au Venezuela, et tant mieux si le pétrole y coule à flots! Allons en Afrique du Sud mettre fin à l’apartheid, si cela nous facilite l’accès aux diamants et aux émeraudes qui y pullulent! Si seulement la Palestine produisait des semi-conducteurs et le Soudan du lithium : on ne parlerait que d’eux. Les grandes puissances se bousculeraient pour les sauver, histoire de leur faire goûter les délices de la démocratie. Adieu l’inaction! </p>



<p>Dommage pour eux de ne pas pouvoir saisir l’opportunité. Les nations en ruine ne peuvent être des victimes aux yeux du monde que si elles sont utiles. Une belle leçon de néo-post-libéralisme-mercantiliste-humanitaire. </p>



<p>Quel intérêt de diffuser ou dénoncer la souffrance si elle ne déstabilise pas notre précieux quotidien? Vaut mieux donner du temps d’antenne à la marmotte qui annonce le printemps ou aux concours pour chiens savants. Du pain tranché et des jeux vidéo. Soyons bêtes. Restons-le. </p>



<p>Je ne suis bien sûr aucunement qualifié pour faire figure de moralisateur de nos institutions. Je ne détiens pas un sens absolu du bien et du mal. Mais faut-il vraiment être parfaitement noble, informé et omniscient pour oser défier les adeptes du vide?</p>



<p>Faut-il vraiment attendre les rapports de l’ONU ou les condamnations en cour internationale pour identifier un crime? Sommes-nous incapables de voir dans la souffrance de l’autre une injustice suffisante pour briser enfin ce sacro-saint attachement à la neutralité journalistique et étatique? Je ne fais pas ici l’apologie de l’ingérence ou d’interventions illégales, évidemment. Je ne fais que m’opposer vertement à l’oisiveté universelle qui nous empoisonne. </p>



<p>Je ne veux cependant pas donner l’impression que je m’oppose à l’information qui pourrait être véhiculée de manière réellement objective. J’argue simplement qu’elle n’existe pas. Il est impossible pour les médias, pour nos élites et autres tortionnaires de nous transmettre la vérité. Il ne s’agira toujours que d’une histoire. Racontée avec brio et en moult détails, mais une histoire quand même. Une histoire pleine de vérité, filmée de manière mensongère. Un montage. Un canular. Une preuve à conviction absolument irréfutable de la complicité de nos systèmes dans la pérennisation des maux de l’humanité. </p>



<p>Cessons donc de prétendre que nous sommes neutres. Ce serait déjà un bon début. Acceptons que tous nos gestes aient un sens idéologique, et que notre inaction soit encore plus condamnable que l’exercice de notre jugement. Rester passif, c’est consentir et collaborer, et l’Histoire ne donne que très peu souvent raison aux collabos. Il en vaudra toujours mieux de défendre ses convictions que de courtiser sans cesse l’appréciation de tous en abandonnant nos combats les plus fondamentaux.</p>



<p>La lâcheté n’est pas génétique ni congénitale ; elle est apprise, acquise, internalisée. Elle n’est heureusement pas incurable. À force de volonté, on peut en venir à bout. Je vous supplie de trouver quelque chose qui saura vous indigner. Et, si vous vous en sentez capables, je vous exhorte de l’écrire. Mais bon, chaque chose en son temps.</p>



<p></p>
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		<title>La représentation n’est qu’un premier pas</title>
		<link>https://www.delitfrancais.com/2026/02/18/la-representation-nest-quun-premier-pas/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Dalia Djazouli]]></dc:creator>
		<pubDate>Wed, 18 Feb 2026 12:00:00 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Opinion]]></category>
		<category><![CDATA[Société]]></category>
		<category><![CDATA[discrimination]]></category>
		<category><![CDATA[égalité]]></category>
		<category><![CDATA[histoire des noirs]]></category>
		<category><![CDATA[Justice]]></category>
		<category><![CDATA[polarisation]]></category>
		<category><![CDATA[quotas]]></category>
		<category><![CDATA[représentation]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>Corrigeons l’invisibilité et corrigeons les inégalités socio-économiques.</p>
<p>L’article <a href="https://www.delitfrancais.com/2026/02/18/la-representation-nest-quun-premier-pas/" data-wpel-link="internal">La représentation n’est qu’un premier pas</a> est apparu en premier sur <a href="https://www.delitfrancais.com" data-wpel-link="internal">Le Délit</a>.</p>
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										<content:encoded><![CDATA[
<p class="has-drop-cap">Super aubaine pour les résidents canadiens en ce Mois de l’histoire des Noirs! Pour la modique somme de <a href="https://disneyworld.disney.go.com/en_CA/events-tours/celebrate-soulfully/" data-wpel-link="external" target="_blank" rel="external noopener noreferrer">392,69 $</a>, il est possible de s’offrir quatre jours d’émerveillement au Walt Disney World Theme Park, consacré à la célébration de la culture et de l’héritage noir. La facture est même allégée pour les heureux détenteurs d’un abonnement Disney+. Décidément, l’accessibilité et la diversité sont deux valeurs chères à la multinationale américaine…</p>



<p>Plus sérieusement, l’industrie du divertissement est depuis longtemps un enjeu de représentation. Si mon ironie dissimule mal la critique d’un <a href="https://www.la-croix.com/culture/disney-fait-volte-face-sur-sa-politique-d-inclusion-et-de-diversite-20250217" data-wpel-link="external" target="_blank" rel="external noopener noreferrer">opportunisme éhonté</a>, elle ne se veut pas être un rejet catégorique des efforts dirigés vers une meilleure inclusivité. Le divertissement reste un outil clé d’intégration, capable de façonner l’imaginaire collectif, pour le meilleur comme pour le pire. Le même constat s’applique, d’ailleurs, à l’entièreté de l’espace médiatique.</p>



<p>Toutes les formes de représentation sont-elles pour autant bonnes à prendre? Même celles peu subtiles, qui relèvent davantage de la complaisance que d’un réel souci d’inclusivité? Suffit-il d’ajouter des personnages racisés et queers ici et là, façon de compléter son quota et de se donner bonne conscience? La réponse est non, bien sûr.</p>



<p><strong>Réaffirmer son droit d’exister</strong></p>



<p><a href="https://www.psychologytoday.com/us/blog/psychology-the-people/202112/why-representation-matters-and-why-it-s-still-not-enough" data-wpel-link="external" target="_blank" rel="external noopener noreferrer">L’espace médiatique porte une conception du monde</a>. Celui qui le regarde <a href="https://www.ebsco.com/research-starters/communication-and-mass-media/cultivation-theory" data-wpel-link="external" target="_blank" rel="external noopener noreferrer">l’internalise</a>. Il s’approprie les normes véhiculées par les médias qu’il consomme. Lorsqu’une personne racisée est exposée à des personnages auxquels elle ne peut s’identifier, et ne voit aucune minorité visible occuper un poste clé au sein du gouvernement, elle en déduira que certaines fonctions ne sont pas taillées pour elle. Un manque de représentation, ou alors une représentation déformée ou négative, instille le doute, entrave la confiance en soi et restreint le champ d’aspirations et d’agentivité. Car plus l’on augmente nos <a href="https://www.icesi.edu.co/blogs/antro_conocimiento/files/2012/02/Hacking_making-up-people.pdf" data-wpel-link="external" target="_blank" rel="external noopener noreferrer">possibilités de descriptions</a>, plus l’on élargit nos possibilités de façon d’être et d’agir. Une personne homosexuelle, qui se soupçonnait de l’être, ou qui ne possédait pas toutes les clés de compréhension pour se réapproprier son identité, peut se découvrir à travers la représentation d’un personnage queer, donc, par la représentation d’une orientation sexuelle autre que celle dominante, reconnue par les médias traditionnels. Autrement, comment peut-on envisager d’emprunter une voie dont l’accès semble impensable, ou dont on ignore même l’existence ? </p>



<p>Il n’est donc pas anodin que l’administration Trump, dans le cadre de sa croisade contre le « wokisme », <a href="https://www.ledevoir.com/opinion/chroniques/867637/chronique-chasse-mots-interdits" data-wpel-link="external" target="_blank" rel="external noopener noreferrer">proscrive ou considère comme suspecte</a> l’utilisation de termes tels que « trans-sexuels », « antiracisme », « noir», « femmes ». Ces interdictions, qui relèvent ni plus ni moins de la dystopie, traduisent une négation explicite de la diversité et, par extension, des multiples possibilités d’existence qu’elle rend visibles.</p>



<p><strong>Vers une société plus tolérante</strong></p>



<p>La représentation positive n’ouvre pas seulement la voie aux possibles, elle gomme aussi l’invisibilité des communautés marginalisées, devenant un moyen de lutter contre leur stigmatisation. Une exposition et un contact accru à des personnes, ou des personnages issus de différentes communautés permettent de déconstruire les stéréotypes et préjugés qui leur sont associés. À terme, cette <a href="https://www.ebsco.com/research-starters/sociology/contact-hypothesis#:~:text=The Contact Hypothesis posits that,between members of different groups" data-wpel-link="external" target="_blank" rel="external noopener noreferrer">exposition</a> peut atténuer les attitudes discriminatoires et réduire la polarisation.</p>



<blockquote class="wp-block-quote is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow">
<p>« Le divertissement reste un outil clé d’intégration, capable de façonner l’imaginaire collectif »</p>
</blockquote>



<p>Il reste évidemment du travail à faire. Un sondage réalisé en 2023 mesurait les attitudes des personnes noires américaines vis-à-vis de leur couverture médiatique. Le rapport révèle que <a href="https://www.pewresearch.org/journalism/2023/09/26/black-americans-experiences-with-news/" data-wpel-link="external" target="_blank" rel="external noopener noreferrer">57% </a>des participants estiment que les médias d’information couvrent uniquement certains segments de la réalité des communautés noires. Et <a href="https://www.pewresearch.org/journalism/2023/09/26/black-americans-experiences-with-news/" data-wpel-link="external" target="_blank" rel="external noopener noreferrer">43% </a>considèrent que leur couverture véhicule largement des stéréotypes à leur égard.</p>



<p><strong>Les quotas : une représentation substantielle ?</strong></p>



<p>Les quotas sont perçus comme un moyen effectif pour réduire la discrimination à l’embauche et rééquilibrer les inégalités d’accès à l’emploi. Mais ces impositions peuvent aussi se révéler limitantes, conduisant à ce qu’on appelle le « <a href="https://globalnews.ca/news/2315588/do-diversity-quotas-work-symbol-vs-substance-in-canadas-cabinet/" data-wpel-link="external" target="_blank" rel="external noopener noreferrer">plafond de quota</a> ». Une fois remplie, les employeurs n’ont pas d’intérêt à recruter davantage de personnes issues de minorités visibles, figeant ainsi la diversité à un seuil arbitraire.</p>



<p>Des quotas résident aussi l’idée que, si des personnes racisées grossissent les rangs, de la police ou de l’assemblée, elles seront plus à même de représenter les intérêts de leurs communautés et de mettre en œuvre des changements positifs en leur faveur. La réalité est toute autre. Une <a href="https://faculty.washington.edu/jdb/345/345%20Articles/Correll%20et%20al.pdf" data-wpel-link="external" target="_blank" rel="external noopener noreferrer">étude</a> menée en 2002 sur les biais au sein des forces de l’ordre révèle que les participants, qu’ils soient noirs ou blancs, sont tous plus susceptibles de tirer sur une cible noire plutôt que l’inverse. Une diversité accrue au sein de la police n’effacera pas, en un claquement de doigts, le racisme systémique qui gangrène l’institution policière.</p>



<p>La représentation, même la plus fidèle à la réalité des communautés marginalisées, ne suffit pas à elle seule. Si l’on s’en contente, on se retrouve dans une impasse, permettant de <a href="https://journals.kent.ac.uk/index.php/klr/article/view/1091" data-wpel-link="external" target="_blank" rel="external noopener noreferrer">disqualifier</a> des réflexions plus larges, celles des obstacles structurels à l’inclusivité. </p>



<p><strong>Politique de reconnaissance </strong></p>



<p>Le multiculturalisme est un pilier de l’identité canadienne. Promu par la Charte canadienne des droits et libertés (1982), il <a href="https://www.cambridge.org/core/journals/canadian-journal-of-political-science-revue-canadienne-de-science-politique/article/puzzling-persistence-of-racial-inequality-in-canada/E89DEFD1170245773E2CDDF23ACACE95" data-wpel-link="external" target="_blank" rel="external noopener noreferrer">s’inscrit</a> dans une politique de reconnaissance permettant l’acceptation d’identités multiples et la facilitation de leur intégration au sein de la société canadienne. Mais sa valorisation, sans aucune forme de nuance, présente aussi le risque d’occulter la réalité des inégalités raciales, qui se traduisent à travers différentes dimensions économiques et sociales. En effet, <a href="https://www.torontomu.ca/content/dam/diversity/reports/state-of-black-economics/DI-FSC_Rapport-2025-sur-la-situation-economique-des-personnes-noires%20(1).pdf" data-wpel-link="external" target="_blank" rel="external noopener noreferrer">15%</a> des Canadiens noirs vivent dans des conditions de faible revenu ; la proportion de la population non racisée s’élève quant à elle à 10,3 %. </p>



<p>La reconnaissance et la redistribution constituent les deux faces d’une même pièce : celle de la <a href="https://journals.kent.ac.uk/index.php/klr/article/view/1091" data-wpel-link="external" target="_blank" rel="external noopener noreferrer">justice sociale</a>. La première, sans la deuxième, entraîne la <a href="https://www.cambridge.org/core/journals/canadian-journal-of-political-science-revue-canadienne-de-science-politique/article/puzzling-persistence-of-racial-inequality-in-canada/E89DEFD1170245773E2CDDF23ACACE95" data-wpel-link="external" target="_blank" rel="external noopener noreferrer">reproduction</a> des inégalités sociales et raciales. Car par sa nature, le racisme systémique se perpétue de lui-même. L’inaction politique est donc amplement suffisante pour reproduire ces inégalités. </p>



<p>Dans ce contexte, la reconnaissance peut devenir un outil de légitimation et d’absolution des politiques, permettant le maintien du statu quo. Elle excuse le manque d’actions concrètes et systématiques visant la réduction de ces inégalités raciales. </p>



<p>Pour Bruce McIvor, expert en droit autochtone, la reconnaissance des droits des Premières Nations dans la Constitution canadienne permet deux choses : la première étant de légitimer la poursuite du projet colonial ; la deuxième de souligner les progrès moraux des descendants des colonisateurs. La reconnaissance demeure purement symbolique. Parmi les <a href="https://www.ctvnews.ca/canada/article/its-going-to-take-us-150-years-canada-still-working-to-implement-truth-and-reconciliation-commission-recommendations/" data-wpel-link="external" target="_blank" rel="external noopener noreferrer">94 mesures</a> préconisées en 2015 par la Commission de vérité et de réconciliation du Canada, seules <a href="https://www.pewresearch.org/journalism/2023/09/26/black-americans-experiences-with-news/" data-wpel-link="external" target="_blank" rel="external noopener noreferrer">14</a> d’entre elles ont été effectivement réalisées. </p>



<p>Reconnaître le droit à un peuple de vivre dans la dignité, sans que cette reconnaissance soit suivie d’actions concrètes, est vide de sens. Les politiques redistributives doivent donc emboîter le pas. La représentation est essentielle, mais elle ne fait pas tout!</p>



<p></p>
<p>L’article <a href="https://www.delitfrancais.com/2026/02/18/la-representation-nest-quun-premier-pas/" data-wpel-link="internal">La représentation n’est qu’un premier pas</a> est apparu en premier sur <a href="https://www.delitfrancais.com" data-wpel-link="internal">Le Délit</a>.</p>
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			</item>
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		<title>Dire adieu au bœuf, une solution viable?</title>
		<link>https://www.delitfrancais.com/2026/02/18/dire-adieu-au-boeuf-une-solution-viable/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Catherine Brunet Rodriguez]]></dc:creator>
		<pubDate>Wed, 18 Feb 2026 12:00:00 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Opinion]]></category>
		<category><![CDATA[Slider]]></category>
		<category><![CDATA[Société]]></category>
		<category><![CDATA[Environnement]]></category>
		<category><![CDATA[McGill]]></category>
		<category><![CDATA[polytechnique]]></category>
		<category><![CDATA[Services alimentaires]]></category>
		<guid isPermaLink="false">https://www.delitfrancais.com/?p=60058</guid>

					<description><![CDATA[<p>Remplacement du bœuf aux services alimentaires de Polytechnique.</p>
<p>L’article <a href="https://www.delitfrancais.com/2026/02/18/dire-adieu-au-boeuf-une-solution-viable/" data-wpel-link="internal">Dire adieu au bœuf, une solution viable?</a> est apparu en premier sur <a href="https://www.delitfrancais.com" data-wpel-link="internal">Le Délit</a>.</p>
]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[
<p class="has-drop-cap">Voir notre planète dépérir est devenu une normalité, une routine inévitable, un phénomène hors de notre portée. Il n’est plus possible de dire qu’il est « minuit moins une », puisque l’horloge climatique semble déjà avoir sonné l’heure de notre condamnation. Mais ce qu’on oublie, c’est que de simples changements dans nos habitudes de vie peuvent avoir d’immenses impacts lorsqu’ils sont accompagnés par l’appui de toute une communauté. C’est en suivant une réflexion similaire qu’en automne dernier, l’association des services alimentaires de Polytechnique (l’ASaP) a décidé de remplacer le bœuf de son menu au profit d’une diversification accrue de l’offre alimentaire.</p>



<p><strong>Petit ingrédient, gros impact</strong></p>



<p>Il est important de savoir que ce changement s’inscrit dans la <a href="https://www.polymtl.ca/durable/sur-le-campus/carboneutralite-energie-et-ges" data-wpel-link="external" target="_blank" rel="external noopener noreferrer">démarche de carboneutralité</a> de l’établissement, qui vise à réduire son empreinte écologique d’ici 2050. L’ASaP est un joueur-clé de cette transition. C’est en faisant le bilan de leurs émissions de gaz à effet de serre (GES) que les services alimentaires ont pris conscience de l’impact écologique que le bœuf représentait pour l’institution.</p>



<p>Selon Benoît Beauséjour-Savard, directeur général de l’ASaP, les repas contenant de la viande bovine représentaient seulement 8 % des revenus de l’entreprise, mais ils étaient responsables d’environ 50 % de ses émissions de GES.</p>



<p>Le secteur bovin est connu pour ses émissions très élevées de méthane provenant directement de l’élevage de ces ruminants. Il émet d’ailleurs <a href="https://ici.radio-canada.ca/nouvelle/676997/boeuf-environnement-pollution-etude-proteine#:~:text=Prenez%20note%20que%20cet%20article,terres%2028%20fois%20plus%20vastes." data-wpel-link="external" target="_blank" rel="external noopener noreferrer">cinq fois plus</a> de GES que les autres protéines animales. Cette industrie est également tristement célèbre pour l’<a href="https://www.greenpeace.fr/elevage-industriel-effet-environnement/" data-wpel-link="external" target="_blank" rel="external noopener noreferrer">importante déforestation</a> qu’elle encourage. Cela est dû à l’aménagement de pâturages et de terres agricoles dont les produits sont entièrement dédiés à nourrir les élevages bovins.</p>



<p>Demeurent aussi importants la pollution que représente le <a href="https://www.greenpeace.fr/elevage-industriel-effet-environnement/" data-wpel-link="external" target="_blank" rel="external noopener noreferrer">protoxyde d’azote</a> dans cette industrie et le fait que l’élevage bovin utilise <a href="https://ici.radio-canada.ca/nouvelle/676997/boeuf-environnement-pollution-etude-proteine#:~:text=Prenez%20note%20que%20cet%20article,terres%2028%20fois%20plus%20vastes." data-wpel-link="external" target="_blank" rel="external noopener noreferrer">11 fois plus d’eau</a> que l’élevage des autres protéines animales.</p>



<p>Bien que le bœuf demeure un aliment à l’empreinte carbone élevée, de nombreux efforts sont mobilisés par nos producteurs locaux vers une industrie plus verte. Que ce soit la révision de l’alimentation des bovins ou la diminution progressive de la quantité d’eau utilisée dans le cadre de ces activités, il est important de reconnaître que <a href="https://www.beefresearch.ca/fr/topics/environmental-footprint-of-beef-production/" data-wpel-link="external" target="_blank" rel="external noopener noreferrer">plusieurs progrès</a> ont été réalisés au cours des 30 dernières années.</p>



<p><em>Le Beef Cattle Research Council</em> <a href="https://www.beefresearch.ca/fr/topics/environmental-footprint-of-beef-production/" data-wpel-link="external" target="_blank" rel="external noopener noreferrer">semble affirmer</a> que les émissions dues à ce secteur sont infimes, mais il est évident qu’au cœur d’une crise climatique, où le monde brûle et le temps manque, chaque effort compte.</p>



<p>Ce n’est pas parce que&nbsp;le gouvernement du Québec <a href="https://www.journaldequebec.com/2026/01/22/reduction-des-gespour-contrer-les-changements-climatiques--quebec-repousse-sa-cible-de-cinq-ans#:~:text=Contrairement%20aux%20recommandations%20des%20experts,l&#039;objectif%20pr%C3%A9vu%20pour%202030.&amp;text=Le%20ministre%20Bernard%20Drainville%20sait,chemin%20en%20seulement%20cinq%20ans.%C2%BB" data-wpel-link="external" target="_blank" rel="external noopener noreferrer">a abandonné ses cibles</a> de GES qu’il faut arrêter la lutte!</p>



<p><strong>Un geste à valeurs multiples</strong></p>



<p>Bien que la motivation de ce remplacement soit de nature écologique, la mesure amène également de nombreux bienfaits sur les plans de l’économie et de la santé.</p>



<p>Avec un prix moyen de <a href="https://www.lapresse.ca/affaires/2025-09-12/consommation/manger-du-boeuf-mais-a-quel-prix.php" data-wpel-link="external" target="_blank" rel="external noopener noreferrer">14,78 dollars par kilogramme</a>, le bœuf est nettement plus dispendieux que le porc (<a href="https://www.porelia.com/wp-content/uploads/2025/08/echo-PORC-2025-08-11.pdf" data-wpel-link="external" target="_blank" rel="external noopener noreferrer">2,54$/kg</a>) et le poulet (<a href="https://volaillesduquebec.qc.ca/prix-du-poulet/" data-wpel-link="external" target="_blank" rel="external noopener noreferrer">2,09$/kg</a>). Dans un contexte de précarité alimentaire assez marquée, où près d’<a href="https://unionetudiante.ca/Media/publicDocuments/c38f0b6b-8a6d-4b20-bc07-83ec796948bd.pdf" data-wpel-link="external" target="_blank" rel="external noopener noreferrer">un étudiant sur cinq</a> fréquente des banques alimentaires, l’ASaP s’engage à maintenir des prix abordables pour toute la communauté, soit sous la barre des dix dollars par repas. Clairement, afin de s’assurer de maintenir une facture sous ce seuil, il est important de revoir l’offre alimentaire.</p>



<p>De plus, selon la Société canadienne du cancer, il est <a href="https://cancer.ca/fr/cancer-information/reduce-your-risk/eat-well/limit-red-and-processed-meat" data-wpel-link="external" target="_blank" rel="external noopener noreferrer">déconseillé</a> de consommer de grandes quantités de viande rouge, telles que le bœuf et le porc, associés à une augmentation du risque de cancers et de <a href="https://observatoireprevention.org/2022/09/13/association-entre-la-consommation-de-viande-rouge-et-le-risque-de-maladies-cardiovasculaires-un-role-important-des-metabolites-de-la-l-carnitine/#:~:text=Une%20nouvelle%20%C3%A9tude%20prospective%20confirme,TMAO%20et%20autres%20m%C3%A9tabolites%20apparent%C3%A9s." data-wpel-link="external" target="_blank" rel="external noopener noreferrer">maladies cardiovasculaires</a>.</p>



<p>Bien sûr, on parle d’une consommation importante de ce type de viande, mais, si l’ASaP tient réellement à présenter un menu proposant des alternatives plus saines, il est évident qu’un remplacement ou une réduction de ces produits s’impose.</p>



<p><strong>La mise en place</strong></p>



<p>Dans la foulée de son projet de carboneutralité, Polytechnique a fait appel au <a href="https://www.asap-polymtl.ca/231108_ASAP_Rapport%20CIRAIG_vi%20-1-.pdf" data-wpel-link="external" target="_blank" rel="external noopener noreferrer">CIRAIG</a>, le Centre international de référence sur l’analyse du cycle de vie et de transition durable, afin d’évaluer l’empreinte carbone de l’ASaP et de ses autres activités. Puis, un système d’étiquetage a été mis en place sur les menus des services alimentaires, classant les repas selon leur impact environnemental afin de sensibiliser la communauté étudiante sur ses choix alimentaires.</p>



<p>En mars dernier, des groupes de discussion d’étudiants de Polytechnique ont exploré la réduction des GES, en considérant le remplacement du bœuf, avec une condition de diversification des menus par les services alimentaires. En mai, le conseil d’administration de l’ASaP a décidé d’adopter cette mesure. Depuis, selon le directeur général de l’organisation, l’achalandage à ses points de vente a augmenté de 14,8 % en janvier 2026 relativement au même mois de l’année précédente, alors que les prix des repas ont à peine augmenté de 1 %.</p>



<p><strong>Le revers de la médaille</strong></p>



<p>Évidemment, en tant que <a href="https://www.journaldemontreal.com/2026/01/28/le-buf-banni-des-menus-de-polytechnique-montreal-cest-une-premiere-au-canada-mais-ce-nest-pas-une-surprise#:~:text=Cette%20initiative%20fait%20de%20Polytechnique,des%20raisons%20bien%20s%C3%BBr%20environnementales.%C2%BB" data-wpel-link="external" target="_blank" rel="external noopener noreferrer">première institution</a> à effectuer ce remplacement en Amérique du Nord, Polytechnique a été sujette à de nombreuses critiques. L’ASaP a notamment dû dialoguer avec plusieurs producteurs de bœuf québécois afin de justifier le remplacement de cette protéine dans leur menu. M. Beauséjour-Savard a cependant précisé que la majorité du bœuf utilisé par l’entreprise provenait de l’Ontario et non du Québec. Il a alors souligné que cette transition reflétait également l’importance d’acheter local et d’encourager nos producteurs.</p>



<p>Le chef du Parti populaire du Canada (PPC), Maxime Bernier, s’est également <a href="https://www.facebook.com/ppopulaireca/videos/b%C5%93uf-banni-luniversit%C3%A9-de-montr%C3%A9al-sous-le-feu-des-critiques/1433789788376492/" data-wpel-link="external" target="_blank" rel="external noopener noreferrer">exprimé</a> sur le sujet en soulignant l’hypocrisie de la mesure et son « aspect non-scientifique » :<em> </em>«<em> Est-ce que les étudiants sont endoctrinés? Les élites mangent du bœuf à la COP 28, mais les jeunes doivent s’en priver? </em>». Bon… clairement, la mesure est basée principalement et presque exclusivement sur des données scientifiques, donc il est difficile de savoir où il veut en venir avec l’« endoctrinement » et le rejet de la science. Concernant l’hypocrisie, je pense effectivement que l’environnement relève d’une responsabilité collective et que tous, y compris les « élites » et les grands diplomates, doivent mettre la main à la pâte. Mais, peut-on réellement parler d’hypocrisie? La décision a été prise par la communauté étudiante dans un but purement environnemental, les « élites » n’ont vraiment rien à faire là-dedans.</p>



<p>Au-delà des dérives politiques et de l’apparition du <a href="https://www.instagram.com/p/DUs8y4XkXww/?img_index=3" data-wpel-link="external" target="_blank" rel="external noopener noreferrer">#BringTheBeefBack</a> apparu sur certains comptes étudiants, plusieurs saluent le fond de la mesure, mais auraient préféré une meilleure mise en place. La diminution progressive du bœuf et non le retrait total, ainsi que la tenue d’une assemblée générale à l’automne permettraient une meilleure implémentation du remplacement.</p>



<p><strong>Ce qu’il reste de la vague</strong></p>



<p>Un <a href="https://www.journaldemontreal.com/2026/01/28/le-buf-banni-des-menus-de-polytechnique-montreal-cest-une-premiere-au-canada-mais-ce-nest-pas-une-surprise#:~:text=Cette%20initiative%20fait%20de%20Polytechnique,des%20raisons%20bien%20s%C3%BBr%20environnementales.%C2%BB" data-wpel-link="external" target="_blank" rel="external noopener noreferrer">mouvement</a> se développe au sein de la communauté universitaire pour réduire la consommation de bœuf dans des institutions comme Cambridge et Oxford, avec des efforts globaux pour diminuer le recours à l’industrie bovine.</p>



<p>La vague est bien réelle et elle prend de l’ampleur depuis les dernières années, mais déferlera-t-elle à McGill? Comme McGill est une université qui se distingue par ses considérations environnementales et qui possède un <a href="https://www.mcgill.ca/sustainability/commitments/carbon-neutrality" data-wpel-link="external" target="_blank" rel="external noopener noreferrer">objectif de carboneutralité</a> d’ici 2040, je défends fermement l’avancement de cette proposition. Ses services alimentaires offrent déjà une <a href="https://www.mcgill.ca/foodservices/fr/locations" data-wpel-link="external" target="_blank" rel="external noopener noreferrer">grande variété d’options</a> nutritives, mais, du moins, la diminution progressive de la quantité de bœuf utilisée pourrait contribuer à l’atteinte de ses cibles en matière de GES et permettre de moderniser ses pratiques.</p>



<p>Enfin, il est essentiel de souligner l’importance d’encourager nos producteurs locaux et, qu’évidemment, une telle mesure pourrait affecter leurs revenus, ce qui impacterait alors directement leur capacité à rendre leurs infrastructures plus vertes. C’est l’une des seules réelles impasses à la mise en place d’un remplacement.</p>



<blockquote class="wp-block-quote is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow">
<p class="has-text-align-center">« Le remplacement du bœuf à Polytechnique fait partie d’un<br>raz-de-marée plus large amenant avec lui un impératif de la<br>modernisation de l’élevage et des investissements en ce sens »</p>
</blockquote>



<p>C’est pourquoi il est essentiel d’investir davantage dans notre milieu agricole à l’aide de subventions destinées à la transition écologique. Cela permettra aux éleveurs de raffiner leurs pratiques et de conserver un revenu substantiel. Le remplacement du bœuf à Polytechnique fait partie d’un large raz-de-marée amenant avec lui un impératif de la modernisation de l’élevage et des investissements en ce sens.</p>



<p>Il ne reste qu’à attendre que les vagues atteignent les berges du campus de McGill.</p>
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		<title>La poursuite maladive de l’exotisme</title>
		<link>https://www.delitfrancais.com/2026/02/04/la-poursuite-maladive-de-lexotisme/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Antoine Proulx]]></dc:creator>
		<pubDate>Wed, 04 Feb 2026 12:00:00 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Opinion]]></category>
		<category><![CDATA[Slider]]></category>
		<category><![CDATA[Société]]></category>
		<category><![CDATA[Cinéma]]></category>
		<category><![CDATA[culture]]></category>
		<category><![CDATA[identité]]></category>
		<category><![CDATA[ONF]]></category>
		<category><![CDATA[Québec]]></category>
		<guid isPermaLink="false">https://www.delitfrancais.com/?p=59926</guid>

					<description><![CDATA[<p>Enjeux de découvrabilité dans la recherche de notre identité.</p>
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]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[
<p class="has-drop-cap"><em>Mon départ ayant permis un court (mais, à mon sens, suffisant) répit à notre département juridique, il m’a été proposé par ma nouvelle patronne de reprendre du service au Délit. Elle m’a promis une faramineuse augmentation salariale, en échange de laquelle je ne lui ai promis qu’une seule chose : je mets une croix sur mon sujet de prédilection. Je ne parle plus du Québec ni de libération nationale ; plus jamais! Tout le monde a son prix… Allez, Eugénie, encore 100$ par mois et je deviens fédéraliste!</em></p>



<p>J’ai récemment visionné pour une énième fois Voir Miami…, magnifique court-métrage documentaire de Gilles Groulx, un maître bien dissimulé du cinéma québécois. Il y expose avec une remarquable candeur cette fascination que nous avons pour une vie qui semble si paradisiaque, loin de notre pays polaire, mais dont nous sommes vite désillusionnés. Peut-être parce que cette oisive perfection devient inévitablement fade. Ou bien parce que nous sommes un peuple éternellement insatisfait.</p>



<p>Mais d’autres s’y plaisent, s’y sentent repus, dignes. Comme s’ils avaient atteint l’apex de l’existence humaine, depuis lequel ils peuvent à présent toiser leurs subalternes (anciennement, leurs semblables). Supérieurs, ils ne sont plus ce qu’ils ont jadis été.</p>



<p>Il existe au Québec une affliction qui doit être l’affaire de tous les petits peuples, minables sous-cultures qui auraient clairement tout à gagner de devenir des copies de l’impérialisme culturel de notre temps. Ce syndrome n’a qu’un seul symptôme : le refus catégorique d’être soi.</p>



<p>Je ne prétends pas être davantage qu’un simple observateur perplexe de ce phénomène, néanmoins il me semble qu’il crève les yeux. Surtout dans le domaine du cinéma, secteur culturel à mon sens le plus centralisé, dominé par la sacro-sainte culture de l’hollywoodisme.</p>



<p>On ne mesure la réussite de nos cinéastes que par les opinions des autres sur leur travail (rendu déjà bien difficile par les bonzes de Téléfilm Canada et al.). Il faudrait les voir pirouetter sur le tapis rouge de Cannes, se gorger de caviar à la Mostra et embaucher des escortes aux Oscars pour être certains de la qualité de leurs œuvres. Le marché québécois est trop petit, trop insignifiant – ses consommateurs incapables de discerner un grand film d’une annonce pour le lait.</p>



<p>Alors, nos cinéastes en deviennent eux-mêmes convaincus (Xavier Dolan et son ridicule accent français, par exemple) et veulent graduer, histoire de devenir de véritables génies. Des génies américains, français, italiens, japonais… Pour devenir un « grand-maître », il faut être Godard, Kurosawa, Fellini ou Bergman. On ne peut se contenter d’être Groulx, Perrault, Falardeau ou Arcand.</p>



<p>Un problème d’identité qui ne se limite pas au cinéma.</p>



<p>Il pourrait être dit que le cinéma québécois n’est simplement pas aussi bon que les autres. Si c’est par la loi de la popularité et des recettes au box-office que sont jugées nos productions, cette accusation devient une certitude.</p>



<p>Le système tout entier n’est qu’une gargantuesque machine à profit, une optimisation des ressources des grands studios. Une chambre d’écho perfectionnée abritant critiques, publicistes et autres génies autoproclamés qui se font les gardiens du bon goût. Leurs opinions et leurs campagnes publicitaires guident nos choix, déterminent nos préférences et nous condamnent éventuellement à être incapables de décider pour nous-mêmes la réelle qualité de l’œuvre que nous pensons consommer. On nous fait comprendre ce que l’on devrait voir, et on applaudit le tout bêtement, bien domptés que nous sommes.</p>



<p>Dans ce zoo pseudo-intellectuel, une lueur d’espoir. Une faible lueur, que seul l’intérêt pour qui nous sommes réellement peut raviver. Si nous voulons sortir de cette hébétude, cette stupeur béate dans laquelle le monde nous plonge, il faut faire le choix d’arrêter d’imaginer la supériorité des autres sur nous. Il faut arrêter de chercher Miami à Blanc-Sablon, Hollywood à Québec et New York à Tadoussac.</p>



<p>Pour ce faire, je propose une cure de désintoxication. Un régime intensif alliant Groulx et O’Bomsawin, Brault et Nguyen. Les Anciens comme les Nouveaux, non pas dans une futile opposition des styles, mais dans un effort de compréhension de l’histoire cinématographique québécoise. Le récit de nos peuples, racontés par nos peuples, sans avoir la prétention de rafler des prix vides de sens, attribués au plus offrant. Je suis persuadé que vous trouverez un génie sans pareil dans Pour la suite du monde ; et si vous en êtes incapables, je suis persuadé qu’un critique-mercenaire engagé à gros prix saura le faire pour vous.</p>



<blockquote class="wp-block-quote is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow">
<p class="has-text-align-center">« Je suis persuadé que vous trouverez un génie sans pareil dans<br>Pour la suite du monde ; et si vous en êtes incapables, je suis<br>persuadé qu’un critique-mercenaire engagé à gros prix saura le<br>faire pour vous »</p>
</blockquote>



<p>Pour que nous – et par extension, nos cinéastes – ne souhaitions plus jamais être autre chose que ce que nous sommes, il faut impérativement encourager davantage de découvrabilité de nos contenus. L’ONF, Éléphant Films et d’autres organisations accomplissent un travail honorable de diffusion et de catalogage de nos archives québécoises, mais le résultat est imparfait, incomplet, et, opprobre ultime (dans certains cas), payant.</p>



<p>Notre culture, notre histoire et notre présent: introuvable ou à vendre.</p>



<blockquote class="wp-block-quote is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow">
<p class="has-text-align-center">« Si nous voulons sortir de cette hébétude, cette stupeur béate<br>dans laquelle le monde nous plonge, il faut faire le choix d’arrêter<br>d’imaginer la supériorité des autres sur nous. Il faut arrêter de<br>chercher Miami à Blanc-Sablon, Hollywood à Québec et New<br>York à Tadoussac »</p>
</blockquote>



<p>Quelle différence avec les autres productions cinématographiques internationales? Nos films, nos documentaires, nos courts-métrages… une immense partie de nos contenus sont (ou ont été) financés par l’État. Et nous finançons l’État. Donc, ces films sont à nous. Ils sont nous. Ils portent sur notre passé, sur notre histoire et sur nos peuples. Il est vrai qu’on ferait mieux de vivre pour le présent, et encore plus pour le futur. Mais bon, tant qu’à ne plus refouler qui nous sommes, autant savoir ce que nous avons pu être. Avec un peu de chance, nous en aurons moins honte.</p>



<p>Moins de la moitié des films financés par l’Office national du film du Canada (ONF) sont accessibles au grand public, pour ne compter que ceux-là. Pareil pour les archives de Radio-Canada, Téléfilm Canada et d’autres plateformes dont la responsabilité impute évidemment au gouvernement fédéral. Je vous épargne le commentaire politique, mais je crois qu’il serait essentiel de procéder à un rapatriement, sinon de nos compétences, de notre cinématographie. Il est impératif que nous cessions toujours d’aspirer à être autre chose que nous sommes, et cette transformation du rapport à notre identité ne peut passer que par une réappropriation de nos grands maîtres. Et, bien sûr, la réalisation qu’ils ne sont pas moins grands qu’ailleurs.</p>



<p>Il est évident qu’une telle entreprise de valorisation, si vertueuse qu’elle soit, ne viendra pas à bout de l’ordre mondial et à la hausse exponentielle du coût du baril de popcorn. Mais nous en ressortirons assurément moins dédaigneux, moins arrivistes, moins enclins à traiter tout ce qui se fait de grandiose au Québec comme une production folklorique régionale. Peut-être serons-nous même admiratifs, dégoûtés d’avoir si longtemps cherché la gloire dans l’autre.</p>



<p>Viendra un jour où des cinéastes du monde entier en quête d’identité aspireront à être Groulx ou Barbeau Lavalette… ce sera à leur tour d’apprendre à n’être qu’eux-mêmes.</p>
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		<title>Caribou, ignorance et préjudices</title>
		<link>https://www.delitfrancais.com/2026/02/04/caribou-ignorance-et-prejudices/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Marius Grieb]]></dc:creator>
		<pubDate>Wed, 04 Feb 2026 12:00:00 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Opinion]]></category>
		<category><![CDATA[Société]]></category>
		<category><![CDATA[Canada]]></category>
		<category><![CDATA[Environnement]]></category>
		<category><![CDATA[Politique]]></category>
		<category><![CDATA[Protection des animaux]]></category>
		<guid isPermaLink="false">https://www.delitfrancais.com/?p=59937</guid>

					<description><![CDATA[<p>Le caribou est en voie de disparition au Canada et le gouvernement ferme les yeux.</p>
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										<content:encoded><![CDATA[
<p class="has-drop-cap">Pour les oiseaux qui habitent en forêt, une branche d’arbre suffit à abriter un nid et entretenir une famille. Arracher cette branche à l’arbre, c’est non seulement causer du tort à une famille d’oiseaux, mais aussi perturber tout un écosystème qui sera contraint de se réadapter. Heureusement, le monde naturel est résilient. À l’échelle d’un geste isolé, couper cette branche d’arbre n’aura pas d’effet irréversible, ni sur les cycles naturels qui permettent la régénération des espèces ni sur la continuité de leur environnement.</p>



<p>Cependant, si on rase une forêt entière, la gravité du dégât occasionné est bien plus dévastatrice. L’ampleur et la soudaineté de cette violence peuvent empêcher les mécanismes d’adaptation de se mettre en œuvre, condamnant ainsi les espèces qui dépendent de cette forêt à fuir ou à disparaître. Présentée de cette manière, cette destruction semblerait presque constituer un acte criminel à l’égard des droits de la nature et de la biodiversité. Pourtant, cette pratique de déforestation systématique est en cours au Québec, soutenue par le gouvernement provincial.</p>



<p>Comment expliquer cette injustice environnementale? La réponse est simple : une suite cohérente à la pratique d’un néolibéralisme déchaîné et d’un extractivisme corrosif. Cette approche, fondée sur « <a href="https://geoconfluences.ens-lyon.fr/glossaire/extractivisme" data-wpel-link="external" target="_blank" rel="external noopener noreferrer">l’exploitation intensive des ressources naturelles</a> pour leur extraction et commercialisation », se sert de la nature comme puits de ressources au détriment de tous les êtres vivants qui en dépendent.</p>



<p>La victime emblématique de ce processus d’extraction est le caribou. En dépit de son importance symbolique à l’identité canadienne et québécoise, la santé et la survie de cette espèce semblent préoccuper très peu les dirigeants politiques. Le <a href="https://www.quebec.ca/agriculture-environnement-et-ressources-naturelles/faune/gestion-faune-habitats-fauniques/situation-caribou" data-wpel-link="external" target="_blank" rel="external noopener noreferrer">caribou est actuellement en voie de disparition</a> au Canada, et quatre hardes sont recensées comme étant « en situation critique » au Québec, notamment dans les régions de Charlevoix, de la Gaspésie, de Val‑d’Or et de Pipmuakan. En tant que victimes sacrificielles de l’économie québécoise, ces hardes représentent un prisme à travers lequel se reflètent des enjeux environnementaux, identitaires et politiques.</p>



<p><strong>L’argent ne fait pas le bonheur</strong></p>



<p>Étampé sur la face arrière des pièces de vingt-cinq sous canadiennes se trouve le profil d’un caribou, la tête haute et les bois en forme de couronne. Ce même argent qui sacralise l’espèce la mène à son extinction. En effet, c’est avec un prétexte économique douteux que l’industrie forestière du Québec justifie la destruction de l’habitat du caribou, sans répit ni compromis. La conséquence inévitable de cette exploitation est un taux de perturbation de l’habitat du caribou de près de <a href="https://ici.radio-canada.ca/nouvelle/2081831/feu-vert-decret-urgence-caribou-quebec" data-wpel-link="external" target="_blank" rel="external noopener noreferrer">90% dans certaines régions du Québec</a>. Les experts d’Environnement et Changement climatique Canada estiment qu’un « taux de 35 % ne laisse que <a href="https://ici.radio-canada.ca/nouvelle/2207404/caribou-forestier-decret-urgence-carney-tarifs" data-wpel-link="external" target="_blank" rel="external noopener noreferrer">60 % de chance de survie</a> à une harde de caribous forestiers ». L’inaction gouvernementale vis-àvis de la disparition de l’espèce dans la province est cause de crainte et de frustration de la part des écologistes et des communautés autochtones du Québec. Néanmoins, l’influence des lobbys industrialisés semble avoir pris le dessus sur la responsabilité morale et légale du gouvernement d’assurer la survie de l’espèce. Initialement au cœur des tensions entre le gouvernement fédéral et le gouvernement provincial, la question de la protection de l’habitat du caribou semble aujourd’hui être tombée dans l’oubli. Alors qu’une stratégie de protection avait été développée par le gouvernement québécois en 2019, de prétendues circonstances atténuantes ont permis d’en esquiver la mise en œuvre concrète. Les commissions d’enquête redondantes, les feux de forêt de 2023 et les tarifs américains de 2025 ont tour à tour été mobilisés à cette fin.</p>



<p>En outre, le <a href="https://www.canada.ca/fr/environnement-changement-climatique/nouvelles/2024/06/decret-durgence-visant-a-proteger-lhabitat-du-caribou-boreal-au-quebec.html" data-wpel-link="external" target="_blank" rel="external noopener noreferrer">décret d’urgence</a> proposé par le gouvernement fédéral en 2024 semble avoir perdu son caractère contraignant. Initialement censé interdire « les activités qui contribuent [aux, <em>ndlr</em>] menaces imminentes » pesant sur l’espèce du caribou au Québec, le décret d’urgence se trouve aujourd’hui affaibli par des changements de direction politique, des compromis douteux et des calvaires bureaucratiques interminables. Ce manque de fermeté vis-à-vis des droits de la nature menace non seulement les caribous, mais aussi la crédibilité des institutions politiques.</p>



<p><strong>Des promesses qui deviennent des mensonges</strong></p>



<p>En novembre 2025, le Parti libéral <a href="https://www.ledevoir.com/politique/canada/930678/ottawa-laisse-tomber-cible-2-milliards-arbres?" data-wpel-link="external" target="_blank" rel="external noopener noreferrer">a annoncé</a> qu’il n’honorerait pas sa promesse de planter 2 milliards d’arbres d’ici 2031.. Un mois plus tard, &nbsp;le gouvernement québécois <a href="https://ici.radio-canada.ca/nouvelle/2215091/projet-eolien-charlevoix-boralex" data-wpel-link="external" target="_blank" rel="external noopener noreferrer">a approuvé</a> la phase 2 du mégaprojet éolien Des Neiges, en plein centre de l’habitat des caribous à Charlevoix. À l’image d’une autruche qui plante sa tête dans le sable, les politiciens provinciaux et fédéraux refusent de prendre au sérieux les enjeux environnementaux.</p>



<p>Les feux de forêt ne justifient pas la déforestation industrielle, et les éoliennes ne peuvent pas servir de prétexte à une politique de négligence envers la nature. Malgré les discours écologistes et consciencieux des politiciens à l’heure des élections, leurs principes sont en réalité assujettis au pouvoir du dollar. La propagande extractiviste portée par ces derniers canalise les espoirs – économiques, indépendantistes ou environnementaux – dans le seul objectif de légitimer la poursuite de l’exploitation des ressources, des hommes et des animaux.</p>



<p>Le rapport que la société actuelle entretient avec le caribou est fondé sur un principe de domination. En contraste avec la relationnalité autochtone, qui promeut un rapport de mutualité entre toutes les espèces, la philosophie de notre ère se construit sur une hiérarchie du vivant. Dans ce schéma vertical, tous deviennent vulnérables à la relégation. Notre seule alternative réside dans l’abandon du mythe de la croissance économique infinie et dans l’acceptation d’une solidarité radicale. Et cette solidarité commence ici, avec le caribou.</p>
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		<title>N’oubliez pas de jouer</title>
		<link>https://www.delitfrancais.com/2026/01/28/noubliez-pas-de-jouer/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Juliette Elie]]></dc:creator>
		<pubDate>Wed, 28 Jan 2026 12:00:00 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Opinion]]></category>
		<category><![CDATA[Société]]></category>
		<category><![CDATA[jouer]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>Le piège de la commodité.</p>
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]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[
<p class="has-drop-cap">Depuis la nuit des temps, dans notre société, l’humain a cherché un meilleur sujet amené que celui-là. Au secondaire, on nous apprend à ne pas écrire la même chose que tout le monde, à personnaliser notre introduction. Mais c’est tellement simple de reprendre la formule… Aujourd’hui, je me rends compte que ce dilemme est un exemple parmi tant d’autres où l’on se retrouve face au piège de la commodité.</p>



<p>Le piège de la commodité, c’est choisir la voie facile, rapide, évidente, fluide, optimisée, au détriment de la qualité du résultat. Je ne parle pas juste de travaux d’école. Le piège de la commodité agit aussi sur quelque chose de plus discret : notre attention. Les outils qui nous facilitent la vie décident souvent à notre place de ce qui mérite d’être vu et entendu. L’itinéraire le plus rapide et la prochaine vidéo s’imposent, sans qu’on ait à y penser. Peu à peu, on ne choisit plus vraiment ce à quoi on porte attention. À force de déléguer nos décisions aux outils les plus pratiques, on désapprend à choisir, et quand ça arrive, une forme discrète de liberté s’efface. Or jouer exige exactement l’inverse.</p>



<blockquote class="wp-block-quote is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow">
<p class="has-text-align-center">« Quand on essaie de tout optimiser, on perd quelque chose qui vaut beaucoup plus que le temps qu’on y gagne : l’occasion de ralentir »</p>
</blockquote>



<p>Jouer, c’est cultiver un émerveillement et choisir de chercher d’autres manières de voir le monde, notamment sous un angle différent de celui de la productivité. Ça peut être aussi simple que prendre un chemin différent pour se rendre à ses cours. Sortir de la routine habituelle, quoi. Le jeu introduit du hasard là où tout est planifié et oblige à s’arrêter, à remarquer ce qui se passe. C’est aussi une petite révolution de refuser que tout ait une fonction, et d’accepter que certaines expériences ne servent à rien d’autre qu’à être vécues. Dans une logique de commodité, tout moment inutile (non productif) devient suspect. Pourtant, ce sont souvent ces moments-là qui laissent une trace.</p>



<figure class="wp-block-image size-full"><img fetchpriority="high" decoding="async" width="1024" height="768" src="https://www.delitfrancais.com/wp-content/uploads/2026/01/articlejouer2.jpeg" alt class="wp-image-59856" srcset="https://www.delitfrancais.com/wp-content/uploads/2026/01/articlejouer2.jpeg 1024w, https://www.delitfrancais.com/wp-content/uploads/2026/01/articlejouer2-650x488.jpeg 650w, https://www.delitfrancais.com/wp-content/uploads/2026/01/articlejouer2-150x113.jpeg 150w, https://www.delitfrancais.com/wp-content/uploads/2026/01/articlejouer2-768x576.jpeg 768w" sizes="(max-width: 1024px) 100vw, 1024px"><figcaption><span class="media-credit"><a href="https://www.delitfrancais.com/author/eliejuliette/?media=1" data-wpel-link="internal">Juliette Elie</a> | Le Délit</span></figcaption></figure>



<p>Le téléphone cellulaire, suspect habituel, y est évidemment pour quelque chose. Il est bien plus divertissant de marcher en écoutant un balado plutôt que les bruits de la ville, ou de manger devant la télé plutôt qu’en silence. Il n’y a rien de mal à ça, sauf quand ça devient le choix par défaut. À force de se brancher lors de chaque battement entre deux plages de notre horaire réglé à la minute, on élimine le bac à sable du cerveau : l’ennui.</p>



<p>C’est pourtant dans ce vide essentiel que le temps ralentit, que la mémoire se consolide, que l’inventivité se réveille. Ce n’est pas pour rien que les solutions à nos problèmes semblent apparaître de nulle part quand on fait autre chose qu’essayer de les régler. Quand on essaie de tout optimiser, on perd quelque chose qui vaut beaucoup plus que le temps qu’on y gagne : l’occasion de ralentir.</p>



<p>La session d’hiver passe tellement vite. Il m’arrive encore d’écrire « 2025 » dans mes notes de cours et le mois de janvier est presque fini. On ne voit pas nos journées quand on a des tonnes de cases à cocher sur une liste de choses à faire. On fait tellement de trucs et on n’a pas l’impression d’avoir vécu grand-chose. On a de la difficulté à se rappeler ce qu’on a mangé pour déjeuner ce matin, ou encore les dix derniers <em>reels </em>qu’on vient tout juste de faire défiler. On avance vite, mais sans relief, c’est plat.</p>



<blockquote class="wp-block-quote is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow">
<p class="has-text-align-center">« C’est aussi une petite révolution de refuser que tout ait une fonction, et d’accepter que certaines expériences ne servent à rien d’autre qu’à être vécues »</p>
</blockquote>



<p>Ce n’est pas le temps qui passe trop vite. C’est plutôt à nous de saisir les occasions de ralentir et de jouer, au lieu de sauter d’une distraction à l’autre. Ovations et roses au sens du détail, au hasard, à la présence, aux temps morts, aux cinq sens. Merde au pilote automatique.</p>



<p>La vie est certainement plus simple grâce à tous les outils à notre disposition aujourd’hui, mais on peut se demander si elle n’est pas plus engourdissante. Je ne pense pas qu’on ait besoin de jeter son <em>cell </em>à la poubelle ou d’arriver en retard à ses cours en essayant de prendre un nouveau chemin chaque jour. Il faut simplement choisir de faire les choses différemment. Être conscient dans notre manière d’habiter (et non de meubler) le temps. Profiter de l’ennui. Ne pas oublier de jouer.</p>
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		<title>La fin d’une illusion collective</title>
		<link>https://www.delitfrancais.com/2026/01/28/la-fin-dune-illusion-collective/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Dalia Djazouli]]></dc:creator>
		<pubDate>Wed, 28 Jan 2026 12:00:00 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Opinion]]></category>
		<category><![CDATA[Société]]></category>
		<category><![CDATA[davos]]></category>
		<category><![CDATA[internationale]]></category>
		<category><![CDATA[Politique]]></category>
		<category><![CDATA[relations internationales]]></category>
		<category><![CDATA[Trump]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>Ce n’est pas à Davos que s’est révélée l’imposture de l’ordre mondial.</p>
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]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[
<p class="has-drop-cap">Enfin, on admet la faillite morale de l’Occident, et l’injustice de son deux poids deux mesures. Ce mardi 20 janvier, à Davos, Mark Carney a fait preuve d’une franchise inédite, reconnaissant un ordre mondial défaillant et une application conditionnelle des règles internationales. Les actualités parlent d’elles-mêmes. Car, tandis que Mark Carney réaffirme son soutien le plus ferme au Danemark en tant que pays souverain du Groenland, le président vénézuélien Nicolás Maduro est toujours détenu aux États-Unis, dans <a href="https://www.ledevoir.com/monde/945714/comment-chef-etat-etranger-peut-il-etre-juge-etats-unis" data-wpel-link="external" target="_blank" rel="external noopener noreferrer">l’illégalité</a> la plus totale. Au Moyen-Orient, cette logique impérialiste continue : le <a href="https://www.lemonde.fr/idees/article/2025/11/06/stephanie-latte-abdallah-historienne-le-plan-de-paix-de-trump-a-impose-une-vision-du-futur-de-gaza-fondee-sur-la-logique-coloniale_6652423_3232.html" data-wpel-link="external" target="_blank" rel="external noopener noreferrer">Conseil de paix</a> présidé par Trump poursuit l’effacement politique des Palestiniens, sans qu’aucune sanction ferme ne soit imposée à Israël.</p>



<p><strong>Un discours de rupture ?</strong></p>



<p>Le système international, tel qu’il a été conçu après 1945, devait être régi par les principes supposément universels de démocratie, de respect des droits de la personne et de souveraineté nationale. Or, ces valeurs ont été appliquées sélectivement, comme l’a si justement fait remarquer Mark Carney à Davos : « <a href="https://www.pm.gc.ca/fr/nouvelles/discours/2026/01/20/principes-et-pragmatisme-la-voie-canada-choisie-allocution-du-premier" data-wpel-link="external" target="_blank" rel="external noopener noreferrer">Nous savions que l’histoire de l’ordre international fondé sur des règles était en partie fausse […] et nous savions que le droit international était appliqué avec plus ou moins de rigueur selon l’identité de l’accusé ou de la victime.</a> » En prononçant ces paroles, le premier ministre canadien a joué la carte de l’honnêteté, admettant la supercherie de cet ordre mondial, et invitant les puissances moyennes à s’unir pour tracer une troisième voie.</p>



<p><strong>Un remaniement géopolitique ?</strong></p>



<p>On se doute que cette honnêteté cache des motivations plus larges. Son discours, sans être un mea culpa, reconnaît la participation du Canada à cette grande illusion. Faute avouée, à moitié pardonnée : Mark Carney cherche à gagner en crédibilité auprès des pays du Sud, et emprunte une rhétorique qui s’aligne davantage à la leur. Ses intérêts sont purement économiques : soucieux de diversifier son marché par-delà les États-Unis, le Canada a renforcé ses liens commerciaux avec la Chine, lors de sa <a href="https://ici.radio-canada.ca/nouvelle/2221219/mark-carney-accord-chine-vehicules-electriques-canola-fruits-mer" data-wpel-link="external" target="_blank" rel="external noopener noreferrer">visite à Beijing</a> à la mi-janvier.</p>



<blockquote class="wp-block-quote is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow">
<p class="has-text-align-center">« Ce que l’on reconnaît au premier ministre, c’est d’avoir amorcé une critique frontale de la politique d’intimidation déployée par le président Trump »</p>
</blockquote>



<p>Fait rare pour un politicien canadien, son allocution a attiré l’attention internationale et recueilli un soutien domestique multipartite. Cette <a href="https://www.lemonde.fr/international/article/2026/01/22/au-canada-le-discours-de-mark-carney-a-davos-dessine-une-nouvelle-doctrine-nationale_6663717_3210.html" data-wpel-link="external" target="_blank" rel="external noopener noreferrer">réception positive</a> n’est pas le résultat d’une conscience éveillée, d’un monde occidental las des transgressions des règles internationales et décidé à rompre avec ses doubles standards. Ce que l’on reconnaît au premier ministre, c’est d’avoir amorcé une critique frontale de la politique d’intimidation déployée par le président Trump, au milieu de dirigeants européens réticents à contester l’hégémonie américaine.</p>



<p>Le système injuste dont parle M. Carney repose sur la coercition des grandes puissances sur les pays intermédiaires. Il fonctionnait pour les premiers relativement bien jusqu’ici. Mais maintenant que la menace d’une crise économique frappe à leur porte, le Canada et ses alliés occidentaux ne s’en accommodent plus vraiment… Guerres commerciales, <a href="https://www.journaldemontreal.com/2026/01/10/groenland-trump-brandit-la-maniere-forte-pour-accentuer-la-pression-selon-des-experts" data-wpel-link="external" target="_blank" rel="external noopener noreferrer">menace d’intervention militaire</a> au Groenland : l’hypocrisie sous-jacente de cet ordre mondial, fondée sur le soutien inconditionnel à une puissance impérialiste, ne leur est apparemment plus si profitable.</p>



<p>Il aura donc fallu attendre que Trump menace d’annexer un territoire de l’Union européenne pour que l’indignation des démocraties occidentales se fasse entendre, et que l’on nous parle de « <a href="https://www.pm.gc.ca/fr/nouvelles/discours/2026/01/20/principes-et-pragmatisme-la-voie-canada-choisie-allocution-du-premier" data-wpel-link="external" target="_blank" rel="external noopener noreferrer">rupture</a> » de l’ordre mondial.</p>



<p><strong>Trop peu, trop tard</strong></p>



<p>Ces mêmes démocraties ne se sont pas mobilisées de la sorte pour faire appliquer le droit international à Gaza. Les armes provenant du Canada continuaient, en juillet 2025, à <a href="https://www.cbc.ca/news/politics/arms-ammunition-shipments-israel-canada-1.7596091" data-wpel-link="external" target="_blank" rel="external noopener noreferrer">affluer</a> vers Israël. L’État hébreu poursuit encore ses attaques à l’encontre des civils palestiniens, <a href="https://www.aljazeera.com/news/2025/11/11/how-many-times-has-israel-violated-the-gaza-ceasefire-here-are-the-numbers" data-wpel-link="external" target="_blank" rel="external noopener noreferrer">violant</a> ainsi l’accord du 10 octobre 2025. Depuis l’entrée en vigueur du cessez-le-feu, le ministère de la Santé de Gaza recense <a href="https://news.un.org/fr/story/2026/01/1158277#:~:text=Au%20total%2C%20477%20personnes%20auraient,le%20cessez%2Dle%2Dfeu." data-wpel-link="external" target="_blank" rel="external noopener noreferrer">477</a> Palestiniens tués, dont 80 par le Hamas. Et plus tôt dans la semaine, Mark Carney <a href="https://www.cbc.ca/news/politics/trump-board-of-peace-canada-uninvited-carney-letter-9.7057437" data-wpel-link="external" target="_blank" rel="external noopener noreferrer">songeait</a> encore à accepter l’invitation au Conseil de paix, extension du projet colonial israélien. Rien sur le droit à l’autodétermination des Palestiniens ; rien non plus sur la question des responsabilités israéliennes et américaines.</p>



<blockquote class="wp-block-quote is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow">
<p class="has-text-align-center">« Ce ne sont pas ses failles qui ont été exposées au grand jour, mais plutôt l’injustice profonde de l’ordre mondial »</p>
</blockquote>



<p>Complaisance occidentale qui s’est aussi observée en ce début de janvier, lorsque les États-Unis, sous prétexte de lutte contre le narcotrafic, sont intervenus militairement dans un pays souverain. Motivée par <a href="https://www.bbc.com/news/articles/cd9enjeey3go" data-wpel-link="external" target="_blank" rel="external noopener noreferrer">l’exploitation</a> des gisements de pétrole du Venezuela, cette ingérence a suscité de tièdes réactions auprès de la communauté internationale. Mark Carney, notamment, s’est contenté d’un timide appel à « <a href="https://www.ledevoir.com/politique/canada/945345/canada-appelle-toutes-parties-respecter-droit-international-affirme-carney" data-wpel-link="external" target="_blank" rel="external noopener noreferrer">toutes les parties à respecter le droit international</a> ».</p>



<p>Cela fait bien longtemps que l’Occident s’affaisse sous le poids de ses propres contradictions. Ce ne sont pas ses failles qui ont été exposées au grand jour, mais plutôt l’injustice profonde de l’ordre mondial, tel qu’il est. Le discours de Carney se contente d’enfoncer des portes ouvertes et d’énoncer des évidences, vécues depuis des décennies déjà par les pays du Sud.</p>
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		<title>Oppression et malnutrition</title>
		<link>https://www.delitfrancais.com/2026/01/21/oppression-et-malnutrition/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Dalia Djazouli]]></dc:creator>
		<pubDate>Wed, 21 Jan 2026 12:00:00 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Opinion]]></category>
		<category><![CDATA[Société]]></category>
		<category><![CDATA[Bourdieu]]></category>
		<category><![CDATA[malnutrition]]></category>
		<category><![CDATA[oppression]]></category>
		<category><![CDATA[restauration rapide]]></category>
		<category><![CDATA[socialisation]]></category>
		<category><![CDATA[Tasty Crousty]]></category>
		<guid isPermaLink="false">https://www.delitfrancais.com/?p=59626</guid>

					<description><![CDATA[<p>La reproduction d’inégalités sociales et raciales à travers l’alimentation.</p>
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]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[
<p class="has-drop-cap">Tasty Crousty : c’est l’enseigne de restauration rapide qui a conquis Internet. Les courtes vidéos qui lui sont consacrées vantent les mérites d’un plat gourmand, et surtout, pas cher. Sa composition est simple : base de riz, sauce dite secrète et poulet frit. </p>



<p>Massivement relayé sur les réseaux, Tasty Crousty <a href="https://www.instagram.com/p/DIeYmysMs5Z/?hl=fr-ca" data-wpel-link="external" target="_blank" rel="external noopener noreferrer">s’est établi dans plusieurs métropoles françaises</a>. Ses différents restaurants, à Paris, Marseille ou encore Lyon, ont été pris d’assaut par une file interminable de clients, attirés par le bouche-à-oreille et l’effet de nouveauté. Montréal n’a pas échappé à cet engouement : deux restaurants s’y sont déjà implantés, l’un près de la station Snowdon, l’autre sur le plateau Mont-Royal. Si le nom a quelque peu changé – <em>Mr. Crousty</em> – le concept reste quant à lui identique. </p>



<p>Ce phénomène culinaire rappelle celui d’<em>El Mordjene</em>, pâte à tartiner venue tout droit d’Algérie dont les stocks se sont rapidement écoulés à l’<a href="https://ici.radio-canada.ca/info/breve/10615/pate-tartiner-el-mordjene-interdiction" data-wpel-link="external" target="_blank" rel="external noopener noreferrer">été 2024</a>. Elle a aussi trouvé ses détracteurs, notamment auprès de grands journaux français, qui se sont emparés de ce produit pour s’improviser diététiciens le temps d’une <a href="https://rmc.bfmtv.com/replay-emissions/apolline-matin/c-est-tous-les-jours-demanche-la-pate-a-tartiner-el-mordjene-interdite-en-europe-17-09_EN-202409170252.html" data-wpel-link="external" target="_blank" rel="external noopener noreferrer">chronique</a>. </p>



<p>À travers la raillerie du produit, ce sont ses consommateurs qui sont incidemment moqués. On moque la foule stupide, prête à faire la queue pour de la malbouffe. On raille les pauvres qui se nourrissent mal. </p>



<p><strong>« Le goût, c’est le dégoût du goût des autres » </strong></p>



<p>Dans son ouvrage intitulé <em>La Distinction</em> (1979), le sociologue Pierre Bourdieu montre combien le dégoût est outil de distinction sociale. Les préférences alimentaires en constituent un vecteur, car façonnées par le capital culturel et l’habitus – système de dispositions acquis par l’apprentissage – et la socialisation. Ainsi, les plats industriels, ultratransformés, finalement la malnutrition, sont l’apanage des classes populaires. Les plats sains, raffinés, « européens », sont ceux de la classe dominante. Derrière la moquerie d’une alimentation malsaine se cache un mépris de classe. </p>



<blockquote class="wp-block-quote is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow">
<p>« À travers la raillerie du produit, ce sont ses consommateurs qui sont incidemment moqués »</p>
</blockquote>



<p>On entend ici malnutrition au sens de surnutrition, caractérisée par un excès calorique et une consommation excessive de produits gras et sucrés. Au-delà d’un simple reflet de statut social, la malnutrition, appuyée par les intérêts de l’industrie de la restauration rapide, peut nourrir la création et le maintien des inégalités sociales et raciales. </p>



<p><strong>Malnutrition : reproducteur d’inégalités sociales et raciales</strong></p>



<p>Andrea Freeman, dans <em>Fast Food : Oppression through Poor Nutrition</em> (2007), observe ce phénomène structurel aux États-Unis, qu’elle qualifie de « <em>food oppression</em> », ou oppression par la malnutrition. Structurel, car il ne trouve pas racine dans des actes discriminatoires isolés, mais dans des pratiques institutionnalisées, qui perpétuent et accentuent une crise sanitaire, fondée sur l’origine ethnique et la classe sociale. </p>



<p>Les restaurants de <em>fast-food</em> pullulent dans les quartiers urbains à faible revenu, où vivent souvent des communautés afro-américaines et latinos. Ces dernières sont davantage à risque de développer des maladies chroniques liées à la malnutrition. Et les réponses gouvernementales sont largement insuffisantes face à l’étendue des disparités sanitaires. Les produits sains restent encore trop chers, peu ou pas couverts par les subventions, tandis que l’accès aux soins de santé est particulièrement restreint. L’industrie déploie des efforts importants en matière de marketing, laquelle cible particulièrement les Afro-Américains et Latinos. Même processus à l’œuvre chez Tasty Crousty : les restaurants, implantés dans des quartiers populaires, s’adressent dans leurs vidéos publicitaires à une population jeune, racisée et à faible revenu. </p>



<p>Ces mauvaises conditions diététiques s’inscrivent dans une dialectique plus large de pauvreté : il est évident que la classe ouvrière privilégiera une alimentation qui combine accessibilité financière et gain de temps, avec une approche curative plutôt que préventive. Et lorsque l’on détériore la qualité et l’espérance de vie d’un groupe d’individus, on crée une sous-classe progressivement marginalisée et d’autant plus vulnérable. Cette logique capitaliste, dans laquelle la recherche de profit est privilégiée, piétine fatalement le bien-être individuel. Les producteurs n’hésitent pas à <a href="https://www.lepoint.fr/sante/agroalimentaire-au-secours-on-nous-empoisonne-20-10-2017-2166060_40.php" data-wpel-link="external" target="_blank" rel="external noopener noreferrer">incorporer des substances toxiques</a> dans des produits pourtant destinés à la consommation. Et puis, tant pis si nos clients sont atteints d’un cancer. </p>



<blockquote class="wp-block-quote is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow">
<p>« Face à toutes ces possibilités qui s’offrent à nous, l’idée que chaque choix est réversible devient obsédante et nous condamne à une insatisfaction permanente »</p>
</blockquote>



<p><strong>Tyrannie du choix</strong> </p>



<p>L’autre intérêt de Tasty Crousty, c’est sa flexibilité. Le consommateur peut personnaliser son plat et ainsi l’ajuster selon ses goûts. D’ailleurs, des variantes sucrées ont rapidement emboîté le pas, offrant au client la possibilité de combiner riz au lait et chocolat pistache, ou encore tiramisu et Kinder Bueno. Bref, un plat certainement adaptable et pour le moins généreux en sucre et en matière grasse. Cette liberté qui est accordée au consommateur n’est pas offerte par pure bonté de cœur. Il s’agit, selon la philosophe Renata Salecl, d’une stratégie élaborée par le capitalisme tardif : la tyrannie du choix. Face à toutes ces possibilités qui s’offrent à nous, l’idée que chaque choix est réversible devient obsédante et nous condamne à une insatisfaction permanente. Cette tyrannie du choix nous aliène, et profite au régime, car ses sujets « <a href="https://www.philomag.com/articles/renata-salecl-pas-besoin-de-croire-une-ideologie-pour-quelle-vous-aliene" data-wpel-link="external" target="_blank" rel="external noopener noreferrer">sont portés à l’autocritique plutôt qu’à la critique du système</a> ». </p>



<p>Il serait donc temps de cesser l’infantilisation des classes ouvrières, à coup d’injonctions à manger plus sainement, et de se pencher sur les éléments systémiques qui contribuent à un cycle de pauvreté et de crise sanitaire. La mauvaise alimentation n’est pas le fait d’une irresponsabilité individuelle : les politiques publiques doivent être orientées vers la sensibilisation et l’éducation à une nourriture plus saine, et surtout, elles doivent en garantir son accessibilité.</p>
<p>L’article <a href="https://www.delitfrancais.com/2026/01/21/oppression-et-malnutrition/" data-wpel-link="internal">Oppression et malnutrition</a> est apparu en premier sur <a href="https://www.delitfrancais.com" data-wpel-link="internal">Le Délit</a>.</p>
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		<title>Les réseaux sociaux ont le pouvoir de porter une révolution</title>
		<link>https://www.delitfrancais.com/2026/01/21/les-reseaux-sociaux-ont-le-pouvoir-de-porter-une-revolution/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Toscane Ralaimongo]]></dc:creator>
		<pubDate>Wed, 21 Jan 2026 12:00:00 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Opinion]]></category>
		<category><![CDATA[Société]]></category>
		<category><![CDATA[Fanon]]></category>
		<category><![CDATA[instrumentalisation]]></category>
		<category><![CDATA[iran]]></category>
		<category><![CDATA[manifestations]]></category>
		<category><![CDATA[réseaux sociaux]]></category>
		<category><![CDATA[revendications]]></category>
		<category><![CDATA[révolution]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>Écoutons les revendications du peuple iranien.</p>
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]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[
<p class="has-drop-cap">Si, dans cette édition, vous avez lu <a href="https://www.delitfrancais.com/2026/01/21/iran-une-repression-brutale-et-un-futur-incertain/" data-wpel-link="internal">une explication des manifestations en cours en Iran</a> depuis décembre dernier, vous en aviez sûrement entendu parler avant dans la presse, ou sur les réseaux sociaux. Pourtant, <a href="https://www.franceinfo.fr/internet/reseaux-sociaux/twitter/manifestations-en-iran-des-comptes-x-francophones-soupconnes-d-etre-lies-a-teheran-ne-tweetent-plus-depuis-la-coupure-d-internet-dans-le-pays_7746103.html#:~:text=Confronté%20à%20un%20vaste%20mouvement,internet%20depuis%20le%208%20janvier" data-wpel-link="external" target="_blank" rel="external noopener noreferrer">depuis le 8 janvier</a>, la République islamique d’Iran coupe tout accès Internet à sa population.</p>



<p>Ce mécanisme constitue l’un des nombreux rouages de la violence que le gouvernement exerce à l’encontre des Iraniennes et des Iraniens, aussi difficile soit-elle à évaluer précisément. Pour rappel, l’Iran figure au <a href="https://www.amnesty.fr/actualites/hausse-executions-monde-2024-recul-pays-recours-peine-de-mort" data-wpel-link="external" target="_blank" rel="external noopener noreferrer">deuxième rang mondial</a> en ce qui concerne le nombre d’exécutions de sa population. On estime que la police des mœurs est responsable de <a href="https://www.lapresse.ca/international/moyen-orient/2026-01-16/soulevement-en-iran/la-vague-de-protestation-a-ete-etouffee-par-la-repression.php" data-wpel-link="external" target="_blank" rel="external noopener noreferrer">quelque 20 000 arrestations et de 2 000 à 20 000 morts</a> depuis le début des récentes manifestations. </p>



<p>Mais alors, que faut-il comprendre de l’abondance de publications sur les réseaux sociaux autour de cette mobilisation du peuple, alors que lui-même n’y a pas accès? Bessma Momani, professeure de sciences politiques à l’Université de Waterloo, <a href="https://www.brookings.edu/articles/app-powered-protests-put-democracy-in-peril/" data-wpel-link="external" target="_blank" rel="external noopener noreferrer">nourrit notre réflexion à ce sujet</a>. Bien qu’elle souligne la contribution des réseaux sociaux au caractère démocratique d’un régime, elle alerte sur leurs méfaits : la désinformation de masse et la polarisation des opinions. À ceci, j’ajoute l’instrumentalisation des luttes par des élites politiques. </p>



<p><strong>Instrumentalisation de la révolte</strong> </p>



<p>Le politologue américano-allemand Yascha Mounk observe une <a href="https://www.persuasion.community/p/the-lefts-deafening-silence-on-iran" data-wpel-link="external" target="_blank" rel="external noopener noreferrer">retenue</a> au sein d’une partie de la gauche occidentale à exprimer son soutien aux manifestations iraniennes dans la sphère publique. Pas par manque de considération pour les revendications des manifestantes et manifestants, mais par peur que leur prise de position soit instrumentalisée par des groupes d’extrême droite à des fins islamophobes. </p>



<blockquote class="wp-block-quote is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow">
<p><strong>«&nbsp;</strong>Investissons l’espace médiatique pour faire valoir les revendications du peuple iranien »</p>
</blockquote>



<p>Ne nous laissons pas avoir! Quand le sénateur républicain américain Lindsey Graham <a href="https://x.com/LindseyGrahamSC/status/2011092971421131003" data-wpel-link="external" target="_blank" rel="external noopener noreferrer">soutient publiquement</a> la parole du peuple iranien, il légitime une éventuelle intervention américaine en Iran et nourrit une association inconsciente de l’Islam à la violence. Il en va de même quand le président du Rassemblement national, Jordan Bardella, instrumentalise la lutte féministe en <a href="https://x.com/J_Bardella/status/2010747978424664297" data-wpel-link="external" target="_blank" rel="external noopener noreferrer">s’opposant</a> à la dictature « <a href="https://x.com/J_Bardella/status/2010734195757154364" data-wpel-link="external" target="_blank" rel="external noopener noreferrer">pour les femmes en particulier</a> ». Bien entendu, les mollahs instrumentalisent l’Islam à des fins répressives, et la violence intrinsèque à leur régime doit être inconditionnellement condamnée. Mais cette dénonciation ne saurait se faire au prix de biais xénophobes : continuons à critiquer le gouvernement iranien sans laisser prospérer les agendas réactionnaires qui récupèrent cette lutte populaire. </p>



<p>Similairement, la condamnation de la gouvernance de l’ayatollah Ali Khamenei doit pouvoir exister sans pour autant légitimer les tendances impérialistes des pays occidentaux. On peut se réjouir de la chute de la dictature de Nicolás Maduro au Venezuela tout en dénonçant son instrumentalisation par Donald Trump afin de garantir l’accès américain aux réserves de pétrole. Ni dictature ni syndrome du sauveur blanc! </p>



<p><strong>Faire résonner les revendications du peuple</strong> </p>



<p>Ne laissons pas la peur nous gagner. Notre retenue laisse place à ces instrumentalisations. Investissons l’espace médiatique pour faire valoir les revendications du peuple iranien. </p>



<p><a href="https://classiques.uqam.ca/classiques/fanon_franz/damnes_de_la_terre/damnes_de_la_terre.html" data-wpel-link="external" target="_blank" rel="external noopener noreferrer">Frantz Fanon nous l’écrit</a> : la résistance est un processus de subjectivation. Évitons à tout prix de figer les rôles de bourreaux et de victimes, refusons une lecture d’une aliénation totale et irréversible, et laissons de l’espace à l’agentivité du peuple ; c’est ce que Fanon appelle « praxis ». C’est par l’action révolutionnaire que l’oppressé cesse d’être défini par le regard de l’oppresseur. </p>



<p>Continuons à nous informer afin de saisir chaque nuance et préciser nos propos. Avant tout, faisons résonner les voix de celles et ceux qui résistent. Nos réseaux sociaux doivent servir de canal à leurs revendications.</p>



<p></p>
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		<title>Pour ou contre les vlogues ?</title>
		<link>https://www.delitfrancais.com/2026/01/21/pour-ou-contre-les-vlogues/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Juliette Elie]]></dc:creator>
		<pubDate>Wed, 21 Jan 2026 12:00:00 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Opinion]]></category>
		<category><![CDATA[Slider]]></category>
		<category><![CDATA[Société]]></category>
		<category><![CDATA[blog]]></category>
		<category><![CDATA[blogues]]></category>
		<category><![CDATA[réseaux sociaux]]></category>
		<category><![CDATA[vlog]]></category>
		<guid isPermaLink="false">https://www.delitfrancais.com/?p=59672</guid>

					<description><![CDATA[<p>Dilemme.</p>
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										<content:encoded><![CDATA[
<p class="has-drop-cap">Blogue : « Site Web ou section de site Web généralement tenus par une seule personne, consacrés à une chronique personnelle ou à une thématique particulière présentées sous forme de billets ou d’articles. »</p>



<p>Vlogue : « Blogue dont le contenu est composé essentiellement d’enregistrements vidéo, accompagnés ou non d’une courte description et pouvant être commentés. […] Le terme vlogue est un mot-valise composé des termes vidéo et blogue. »</p>



<p>Les définitions de l’Office québécois de la langue française ne me satisfont pas. Elles ne font aucune mention du dilemme existentiel que de telles activités peuvent engendrer. Chez moi, en tout cas.</p>



<blockquote class="wp-block-quote is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow">
<p class="has-text-align-center"><strong>« </strong>Le problème, c’est que je me souviens aussi du sentiment étrange de vivre le moment à travers ma caméra »</p>
</blockquote>



<p>Ne vous méprenez pas ; je suis une avide consommatrice de vlogues sur YouTube. Surtout lorsque je suis enrhumée, en hiver, à Montréal. J’aime m’évader et me mettre dans la peau de gens qui vivent une vie différente de la mienne, que ce soit parce qu’ils vivent dans un autre pays, parce qu’ils font des activités que je n’ai pas l’habitude de faire ou parce qu’ils font part de leurs réflexions, qui alimentent souvent les miennes.</p>



<p>Mais c’est facile de s’habituer à regarder les autres vivre leur vie – très souvent montrée sous son plus beau jour – et de se contenter de la sienne sans chercher à la vivre à fond aussi. Je ne vous l’apprends pas, ce qui se trouve sur les réseaux est immanquablement retouché, mis en scène, pensé pour créer un effet précis. Oui, oui, même les <em>dumps </em>soigneusement désordonnés sur Instagram.</p>



<p>Pourtant, mon dilemme existentiel ne trouve pas son origine dans le visionnement de vlogues, mais dans leur création.</p>



<p>La semaine dernière, j’ai tenté mon premier vlogue, à partir de vidéos prises lors d’un voyage à New York en mai dernier avec des amis, sur « Balade à Toronto » de Jean Leloup. Il s’agit d’un détail, mais c’est pour vous illustrer ce que cet exercice a eu comme effet sur moi : me replonger dans des souvenirs précieux. C’est le but ultime des vlogues, je pense, de figer dans le temps des images, des sons, un sentiment précis, pour les revivre et s’en souvenir longtemps.</p>



<p>C’est quoi le problème, alors? Le problème, c’est que je me souviens aussi du sentiment étrange de vivre le moment à travers ma caméra. Et du réflexe insidieux de penser au résultat et à ce que les autres vont en penser.</p>



<p>En 2023, j’ai eu la chance de réaliser ce qui devait être mon plus grand rêve d’enfance : participer à une expédition de 35 jours de canot-camping sur des rivières du Québec. L’occasion de décrocher totalement, de revenir à ce qui compte vraiment (les amis, la nature, tout le tralala). Le premier jour, alors que je prenais une vidéo de mes amis, j’ai eu une pensée qui me dérange encore aujourd’hui : « Ça va être beau dans mon <em>post</em> à la fin.»</p>



<p>C’est là que j’ai pris conscience de l’emprise que les réseaux sociaux avaient sur moi, et du lien étroit entre documenter sa vie et la mettre en scène pour le regard des autres ; et ce, même si le résultat n’est pas publié.</p>



<p>Il y a tellement de moments que je suis heureuse de pouvoir revivre grâce à ma photothèque et, je l’avoue, en regardant mes propres <em>stories </em>à la une sur Instagram. L’idéal, qui reste un idéal, serait de vloguer de manière réellement spontanée et « candide », comme on aime si bien le dire, sans se soucier du regard des autres. On pourrait avoir un long débat philosophique sur ce qu’est l’authenticité et si ça existe vraiment, mais ce sera pour une autre fois.</p>



<p>Mon verdict : entre vouloir tout documenter et ne rien documenter du tout, mieux vaut vivre le moment présent, quitte à l’oublier un jour.</p>
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		<title>Trop d’infos</title>
		<link>https://www.delitfrancais.com/2026/01/14/trop-dinfos/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Juliette Elie]]></dc:creator>
		<pubDate>Wed, 14 Jan 2026 12:00:00 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Opinion]]></category>
		<category><![CDATA[Slider]]></category>
		<category><![CDATA[Société]]></category>
		<category><![CDATA[Cerveau]]></category>
		<category><![CDATA[informations]]></category>
		<category><![CDATA[nouvelles]]></category>
		<category><![CDATA[résolution]]></category>
		<guid isPermaLink="false">https://www.delitfrancais.com/?p=59534</guid>

					<description><![CDATA[<p>Cultiver son environnement médiatique.</p>
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]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[
<p class="has-drop-cap">L’année vient tout juste de commencer et on n’a déjà plus assez de doigts pour compter les mauvaises nouvelles de 2026. Évidemment, il est normal que les médias rapportent davantage d’informations à connotation négative ; elles sont plus souvent porteuses d’intérêt public. Elles prennent toutefois une place démesurée dans nos cerveaux, machines exceptionnelles, mais exceptionnellement sous-adaptées à la quantité d’informations qu’on reçoit chaque jour. </p>



<p>Je ne souhaite pas rentrer dans l’aspect scientifique de tout ça, même s’il est fascinant. Pour illustrer grossièrement le biais de négativité du cerveau humain, prenons l’exemple suivant : si je marche dans la forêt et que je vois sur mon chemin un carcajou et un milliard de magnifiques marguerites, malgré la beauté et l’abondance des fleurs, mon cerveau va allouer davantage de ressources pour traiter l’information qui a rapport au carcajou, puisque ma vie est potentiellement en danger. C’est très simplifié, mais je suis certaine que vous comprenez où je veux en venir : une mauvaise nouvelle peut facilement prendre le dessus. Et une multitude de mauvaises nouvelles peuvent rapidement devenir écrasantes. </p>



<p>Ce biais nous a longtemps aidés à survivre, et est sûrement encore utile, mais un effet secondaire est apparu avec l’augmentation de l’accessibilité à l’information, notamment grâce à Internet : un excès d’informations négatives. </p>



<p>Je ne suis pas lectrice de nouvelles à temps plein ; les informations que mon cerveau traite ne se limitent pas à cela. Je suis étudiante, éditrice, amie, sœur, fille. J’ai, comme vous, des lectures, des notes à prendre, des textos auxquels répondre, des responsabilités, des préoccupations… Quand on y ajoute les nouvelles, ça devient rapidement épuisant mentalement. </p>



<p>Les médias ont un pouvoir réel d’influence sur la société. Une enquête qui dévoile les mauvaises conditions de vie dans les CHSLD peut, par exemple, mener à de réels changements qui améliorent la vie des résidents. Pourtant, tout le monde ne devrait pas prendre sur soi le devoir de changer le monde et la charge émotionnelle qui vient avec. </p>



<p>Je suis d’avis que tout le monde a le pouvoir de faire quelque chose, même pour un enjeu à des milliers de kilomètres de soi, mais essayer sans succès de combattre ne fait que mener à un sentiment d’anxiété, d’impuissance, d’épuisement, de détachement et au pessimisme qui finit par nuire plutôt qu’aider. Je pense que, pour remédier à ce problème, sans arrêter de s’informer, on doit cultiver une littératie médiatique. Une bonne littératie médiatique ne permet pas seulement de faire la distinction entre les vraies et les fausses nouvelles. </p>



<p>Elle contribue aussi à atténuer certaines réactions émotionnelles excessives, en plus d’aider à comprendre leur utilité. </p>



<blockquote class="wp-block-quote is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow">
<p>« Une bonne littératie médiatique ne permet pas seulement de faire la distinction entre les vraies et les fausses nouvelles. Elle contribue aussi à atténuer certaines réactions émotionnelles excessives, en plus d’aider à comprendre leur utilité »</p>
</blockquote>



<p>Par exemple, la manière dont l’information est présentée a un énorme impact sur notre réaction. L’émotion n’est pas la même en lisant l’annonce de la mort de George, six ans, yeux bleus, qui aimait l’école et laisse ses parents dans le deuil, qu’en lisant « l’opération américaine a fait 100 morts ». Lire les nouvelles ne suffit pas pour remplir son devoir de citoyen ; il faut comprendre ce qu’on nous dit, mais surtout, comment on nous le dit. </p>



<p>Ma résolution de 2026 est d’avoir une meilleure hygiène dans ma consommation de nouvelles. Quand <a href="https://www.delitfrancais.com/2024/09/18/comment-sauver-lespece-humaine-en-samusant/" data-wpel-link="internal">j’avais discuté d’éco-anxiété</a> avec l’humoriste Dhanaé A. Beaulieu, il m’avait expliqué qu’il y faisait face en plantant des arbres sur le terrain de sa coopérative d’habitation. Je n’ai pas la réponse au problème de la surdose d’informations, mais je pense que l’action concrète à petite échelle peut aussi aider. </p>



<p>Cette session, je plante un arbre sur le terrain de la section « Opinion ». Je remets plus que jamais en question nos manières de consommer l’information, de penser, de poser nos questions, de vivre en société et de prendre soin de notre environnement (médiatique, naturel, politique, etc.). </p>



<p>Chaque éditeur de la section « Opinion » a son angle et son style particulier. Je serai assurément moins incendiaire qu’Antoine : mon opinion la plus provocante de la session sera, peut-être, qu’on n’a pas nécessairement besoin d’une opinion tranchée pour écrire en « Opinion ». Mais, comme lui, je vous encourage fortement à contribuer à la section. « Écrivez, ça déniaise », comme il l’<a href="https://www.delitfrancais.com/2025/09/01/je-suis-un-lache/" data-wpel-link="internal">a dit</a>. La section est aussi ouverte à vos positions les plus fermes, tant qu’elles sont basées sur des faits et qu’elles respectent les principes de non-discrimination du <em>Délit</em>, évidemment. </p>



<p>C’est loin d’être mon premier article au <em>Délit</em>, mais c’est mon premier article en « Opinion » et je dois avouer que c’est un peu un saut dans le vide. C’est intimidant de dire ce que l’on pense, sans le bouclier de l’objectivité (du moins tentée, aussi bien qu’on le peut). C’est aussi libérateur et un excellent exercice de confiance en soi. </p>



<p>Cette session, je vous propose une résolution : osez franchir le pas de lecteur à contributeur, et prenez la place à laquelle vous avez droit au sein des pages de votre journal.</p>
<p>L’article <a href="https://www.delitfrancais.com/2026/01/14/trop-dinfos/" data-wpel-link="internal">Trop d’infos</a> est apparu en premier sur <a href="https://www.delitfrancais.com" data-wpel-link="internal">Le Délit</a>.</p>
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