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	<title>Archives des Littérature - Le Délit</title>
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	<description>Le seul journal francophone de l&#039;Université McGill</description>
	<lastBuildDate>Wed, 18 Mar 2026 13:52:50 +0000</lastBuildDate>
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		<title>Nos autrices</title>
		<link>https://www.delitfrancais.com/2026/03/18/nos-autrices/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[L&#39;équipe du Délit]]></dc:creator>
		<pubDate>Wed, 18 Mar 2026 11:00:00 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Culture]]></category>
		<category><![CDATA[Littérature]]></category>
		<category><![CDATA[autrices]]></category>
		<category><![CDATA[écrivaines]]></category>
		<category><![CDATA[femmes]]></category>
		<category><![CDATA[opinion de l'équipe du délit]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>L’équipe vous partage ses recommandations de lecture.</p>
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										<content:encoded><![CDATA[
<p><strong>Marius</strong> : Avocate, militante et autrice, Gisèle Halimi est une héroïne sans équivoque! Armée d’un talent d’éloquence et d’un caractère intransigeant, elle a confronté l’injustice partout où elle a osé se montrer. Que ce soit dans ses livres, dans ses discours ou devant un procureur, elle a défendu ses convictions humanistes et anticoloniales sans répit ni compromis. Je vous conseille de commencer avec son pamphlet <em>Plaidoirie pour l’avortement</em> et son roman <em>L’étrange Monsieur K.</em></p>



<p><strong>Timotée</strong> : Poète et romancière franco-égyptienne d’origine libanaise née au Caire, Andrée Chedid s’inspire de son identité plurielle dans ses textes. Ses poèmes réconcilient les cultures et racontent une humanité commune qui dépasse les frontières. Par un style simple et lumineux, Andrée Chedid fait émerger une compassion solidaire capable de surmonter les divisions.</p>



<p><strong>Aurélien</strong> : Romancière française d’origine algérienne, Alice Zeniter raconte extraordinairement l’Algérie de sa famille à partir des années 1930, dans son ouvrage <em>L’Art de perdre</em>. Un récit essentiel afin de comprendre la guerre d’Algérie du point de vue des harkis, ces Algériens qui travaillaient pour la France coloniale et qui se sont vus rejetés par leur société à l’issue du conflit. Il raconte enfin leur exil suivi de leur installation éprouvante en France, marquée par le racisme et une société désireuse d’oublier la guerre et ses acteurs. Un travail de mémoire réussi avec brio par Zeniter sur lequel il faut se pencher afin de comprendre la France moderne.</p>



<p><strong>Juliette A.</strong> : Mes sens de Méditerranéenne se sont réveillés sous les mots parfaits de Colette dans <em>Le blé en herbe</em>. Colette révèle à chaque page une nouvelle odeur, et m’a fait entendre les cigales grésiller même à des milliers de kilomètres de la côte bretonne où se déroule l’intrigue. Ses livres sont des odes à la nature, réalistes et poétiques, qui illustrent merveilleusement aussi son engagement féministe, elle qui a écrit sous le nom de son mari pendant de nombreuses années afin de pouvoir être publiée. Elle est à lire absolument.</p>



<p><strong>Antoine</strong> : Anne Hébert. Une femme grandiose, dont l’écriture troublante nourrit une dépendance quelque peu maladive pour tout ce qu’elle a produit. Pionnière de la littérature québécoise et du féminisme littéraire, et, n’en déplaise à Eugénie, l’autrice la plus importante du canon littéraire québécois. Vous serez hantés à jamais par <em>Le torrent</em> ou <em>Les Enfants du sabbat</em> – et vous en redemanderez.</p>



<p><strong>Héloïse</strong> : Les romans qu’on lit en grandissant nous construisent en tant que personnes, et c’est pour cette raison que je me dois de mentionner Evelyn Brisou- Pellen. Romancière prolifique, elle a plus de 130 ouvrages à son nom, notamment la saga <em>Le manoir</em> et la trilogie <em>Ysée</em>. Si l’on retrouve ces œuvres dans la section « jeunesse » en librairie, ce n’en sont pas moins des récits captivants qui s’inscrivent dans des univers historiques détaillés et envoûtants.</p>



<p><strong>Sixtine</strong> : Margaret Atwood est l’autrice canadienne de <em>La servante écarlate</em>. Ce roman de fiction spéculative est marquant, car il évoque nombre de dérives actuelles. Plongé dans un monde où les États-Unis sont devenus une théocratie et où le corps des femmes est réduit à une machine de reproduction, <em>La servante écarlate</em> n’est pas une simple histoire, mais un rappel qu’il faut rester vigilant, car nos droits ne sont jamais acquis.</p>



<p><strong>Dalia</strong> : Une autrice à lire absolument : Audre Lorde, essayiste, poétesse et militante. Ses œuvres sont des incontournables pour ceux et celles qui souhaitent se plonger dans la littérature féministe intersectionnelle. Ses différents essais et poèmes sont poignants d’humanité et d’empathie. Y figure l’impératif de développer une solidarité intercommunautaire, et de permettre l’autonomisation des femmes et des minorités visibles. Lorde ne mobilise pas uniquement le « <em>care</em> » dans ses recueils : on y perçoit parallèlement une colère. Une colère saine, nécessaire et humaine face aux violences constantes des structures étatiques et capitalistes, qui marginalisent toujours davantage les minorités visibles.</p>



<p><strong>Eugénie</strong> : Gabrielle Roy est, à mon sens, l’autrice la plus remarquable de la littérature québécoise. On la connaît surtout pour <em>Bonheur d’occasion</em> – avec raison, c’est un chef‑d’œuvre – mais vous gagneriez également à lire <em>Alexandre Chenevert</em>, ou <em>Rue Deschambault</em>. J’ai lu ces livres il y a trois ans et certaines phrases m’habitent encore aujourd’hui. Mention spéciale pour les pièces de théâtre de Yasmina Reza, que je recommande tout le temps, à tout le monde.</p>



<p><strong>Félix</strong> : La plupart des œuvres de Heather O’Neill se déroulent dans la ville de Montréal et mettent en scène des femmes et filles, dans des conditions économiques précaires. Entre contes de fées et réalités traumatisantes, les romans d’O’Neill ont trouvé une place respectée dans le canon littéraire canadien. L’écrivaine anglophone intègre systématiquement des mots français pour dépeindre son monde fictif, brutal et beau, car elle revendique sa présence dans la vie montréalaise. Elle a récemment travaillé avec l’autrice québécoise Dominique Fortier pour la traduction de ses livres.</p>



<p><strong>Catherine</strong> : Romancière, scénariste et réalisatrice québécoise, Anaïs Barbeau-Lavalette est une autrice incomparable. Ses écrits explorent en profondeur l’identité féminine et mettent en valeur la complexité du rôle de mère. C’est avec une plume extraordinaire qu’elle donne une voix à divers personnages invisibilisés et qu’elle dépeint les difficultés vécues par ces derniers avec justesse. Elle aborde notamment l’importance de la quête de liberté, de l’affranchissement de soi et du bris des normes sociales dans son roman<em> La femme qui fuit</em>, dans lequel une mère quitte sa famille dans l’espoir de vivre une vie insoumise.</p>



<p><strong>Catvy</strong> : Rapporteuse spéciale des Nations Unies sur les territoires palestiniens, Francesca Albanese est une voix qui refuse de se taire face au génocide en Palestine. Entre <em>Palestinian Refugees in International Law</em> (2020), <em>J’accuse. Gli attacchi del 7 ottobre, Hamas, il terrorismo, Israele, l’apartheid in Palestina e la guerra </em>(2023), et <em>Quand le monde dort : Récits, voix et blessures de la Palestine</em> (2025), Albanese mélange expériences personnelles et analyse juridique afin d’appeler à une résistance à l’hégémonie de l’ordre mondial actuel.</p>



<p><strong>Elie</strong> : Impossible de parler de littérature sans évoquer Marguerite Duras, ou plus particulièrement <em>L’Amant</em>, où l’intimité et la sensualité se mêlent dans une écriture délicate et profondément sensible. Son essai Écrire offre aussi une méditation lucide et inspirante sur l’acte de l’écriture. Sinon, je vous recommande également Shelley Saywell, cinéaste documentaire, qui vient tout juste de publier son mémoire <em>If Only Love</em>, un livre à la fois beau et déchirant, qui risque de vous faire pleurer tout en vous redonnant foi en l’amour.</p>



<p><strong>Jiayuan</strong> : Si je dois nommer une autrice qui m’a marquée au cours de la dernière année, c’est sans doute Leïla Slimani, sur qui j’ai même écrit un article. Dans son roman <em>Chanson douce</em>, qui a remporté le Prix Goncourt en 2016, elle trace des portraits psychologiques vifs et examine les questions de classe, de race et de la place des femmes dans le contexte du 21e siècle à travers une plume acérée.</p>



<p><strong>Juliette E. </strong>: Je ne peux pas en choisir une seule : Natasha Kanapé Fontaine, Dominique Fortier, Abla Farhoud, Naomi Fontaine, Jane Austen, Agatha Christie, Amélie Nothomb, Élise Gravel… La littérature est aussi orale, musicale, scénique, et bande dessinée, et les femmes en sont de plus en plus les voix essentielles.</p>



<p><strong>Rose</strong> : Annie Ernaux est lauréate du prix Nobel de littérature en 2022 et son œuvre à saveur autobiographique est un incontournable. Elle s’attaque à des sujets ayant marqué sa vie : les droits de la femme, dont l’avortement, le transfuge de classe, les relations parent-enfant et la place de l’individu dans la société. La plume d’Ernaux est percutante : elle sait se distancer des événements et en offre un rendu qui se veut objectif, descriptif, une simple évocation des faits. Une œuvre marquante qu’il faut lire (et relire).</p>



<p><strong>Salma</strong> : Fred Vargas, autrice française de romans policiers captivants, tels que <em>L’Homme à l’envers</em>.</p>



<p></p>
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		<title>Le compte est-il vraiment bon?</title>
		<link>https://www.delitfrancais.com/2026/01/28/le-compte-est-il-vraiment-bon/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Laurence Drouin]]></dc:creator>
		<pubDate>Wed, 28 Jan 2026 12:00:00 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Culture]]></category>
		<category><![CDATA[Littérature]]></category>
		<category><![CDATA[Amour]]></category>
		<category><![CDATA[Cindy_16]]></category>
		<category><![CDATA[honte]]></category>
		<category><![CDATA[Livre]]></category>
		<category><![CDATA[Louis-Daniel Godin]]></category>
		<category><![CDATA[relation complexe]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>Retour sur le nouveau livre de Louis-Daniel Godin.</p>
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										<content:encoded><![CDATA[
<p class="has-drop-cap">Après le franc succès de son premier livre, Le compte est bon, Louis-Daniel Godin revient en force avec la publication de <em>Cindy_16</em> en octobre 2025. </p>



<p></p>



<p><strong>Derrière la plume</strong> </p>



<p>Louis-Daniel Godin est un jeune auteur émergent dans la littérature québécoise. Professeur de création littéraire à l’UQAM, son premier livre Le compte est bon a été nommé pour de nombreux prix en France et au Canada. L’auteur a notamment reçu le prix Ringuet en 2024, décerné par l’Académie des lettres du Québec. S’inspirant de la psychanalyse dans ses textes, sa plume est reconnue pour recréer la trajectoire libre et vagabonde de la pensée humaine. Bien qu’on puisse y percevoir des échos de Proust, Louis-Daniel Godin met de l’avant une voix qui lui est propre.</p>



<p><strong>Le roman en bref</strong></p>



<p>Lorsque le narrateur apprend la mort de Marc-Alain dans le journal, il se met à rédiger cette histoire datant de vingt ans. Qui est Marc-Alain? À l’époque, c’est un homme de trente-sept ans, le premier partenaire du narrateur, alors âgé de dix-sept ans. Bien après leur rupture, Marc-Alain est envoyé en prison et accusé de nombreux crimes sexuels, l’un d’eux étant d’avoir utilisé le pseudonyme « Cindy_16 » pour leurrer de jeunes adolescents. Le roman revient sur cette période complexe de la vie du narrateur. Connaissait-il la vraie nature de son partenaire? Était-il lui-même une victime? L’auteur se promène dans sa mémoire avec « deux pas en arrière et trois pas en avant, en espérant arriver quelque part ».</p>



<p>Ce n’est pas une suite à son livre <em>Le compte est bon</em>, mais plutôt une continuation de l’introspection de l’auteur et du travail de sa mémoire. On retrouve tout de même plusieurs références à son premier livre ; l’auteur constatant que le compte n’est pas bon, qu’une dissonance persiste, appelant à une reprise de l’écriture.</p>



<blockquote class="wp-block-quote is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow">
<p>« Cindy_16 est un roman bouleversant, mais profondément mémorable. C’est un texte qui dresse un portrait complexe de la relation amoureuse »</p>
</blockquote>



<p><strong>Écrire pour déconstruire la honte</strong></p>



<p><em>Cindy_16</em> a une narration plutôt unique. Le roman se déploie en trois pronoms narratifs. L’auteur le met de l’avant dès les premières pages de son livre : « Il faut raconter au “on” ce qu’on n’arrive pas à raconter au “je”. Il faut parfois dire “nous” au lieu de “soi”. Il faut y aller comme ça vient, trouver les mots pour le dire. » Cette multiplicité des pronoms narratifs exprime à la fois une mise en distance pour se protéger, un désir d’aller jusqu’au bout de l’introspection et l’acceptation de sa propre vulnérabilité. L’auteur crée sa propre voix narrative et se lance dans l’exploration de cette période de sa vie pour déconstruire petit à petit la honte y étant associée.</p>



<p>La force de l’écriture réside dans l’identification qu’elle produit chez le lecteur. Autant dans la forme que dans le contenu, Louis-Daniel Godin fait preuve d’une grande authenticité dans son roman. Comme il l’explique lors d’une entrevue avec le journal Urbania : « On écrit souvent à partir de notre petite affaire qui nous apparaît unique […]. Si un livre résonne et que d’autres gens s’y retrouvent, ça me fait plaisir. Ça me confirme que c’était pas juste ma petite affaire ». Son nouveau roman s’inscrit dans cette continuité, transformant un récit intime en un récit collectif. Comme dans <em>Le compte est bon</em>, plusieurs lecteurs pourront se reconnaître dans ce qui n’était qu’au début qu’une « petite affaire ».</p>



<p><em>Cindy_16</em> est un roman bouleversant, mais profondément mémorable. C’est un texte qui dresse un portrait complexe de la relation amoureuse. En jouant entre les lignes du toxique et du sain, de l’absence et du silence, de la fiction et de la réalité, de la victime et du témoin, Godin aborde la honte sous ses multiples formes. Ce  sentiment se dresse comme un personnage à la fois invisible et omniprésent, guidant la progression du texte. Le livre agit comme un processus de libération du fardeau qu’est cette honte. Le sentiment continue d’habiter le lecteur bien après la dernière page.</p>
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			</item>
		<item>
		<title>Se réinventer ailleurs</title>
		<link>https://www.delitfrancais.com/2026/01/14/se-reinventer-ailleurs/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Jiayuan Cao]]></dc:creator>
		<pubDate>Wed, 14 Jan 2026 12:00:00 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Culture]]></category>
		<category><![CDATA[Littérature]]></category>
		<category><![CDATA[Slider]]></category>
		<category><![CDATA[expat]]></category>
		<category><![CDATA[fadwa lapieerre]]></category>
		<category><![CDATA[fadwa lapierre]]></category>
		<category><![CDATA[Livre]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>Retour sur la causerie avec Fadwa Lapierre sur <em/>Expat</em> à la librairie Livresse.</p>
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]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[
<p class="has-drop-cap">Jeudi 8 janvier 2026, à 18 h 30, la librairie Livresse accueille la journaliste, chroniqueuse et désormais autrice Fadwa Lapierre pour débuter l’année avec une discussion ouverte autour de son livre <em>Expat : Choisir de vivre à l’étranger pour le meilleur et pour le pire</em>. Le livre, adapté de l’émission <em>Expat </em>pour laquelle elle a travaillé en tant que recherchiste, est paru le 5 mai dernier aux éditions Trécarré. En seulement 216 pages, <em>Expat </em>rassemble 75 récits d’expatriés québécois afin de répondre à une question : que signifie partir vivre ailleurs?</p>



<p><strong>L’envers de l’aventure</strong></p>



<p>Le mot « expat » évoque souvent l’aventure. Il est synonyme de liberté pour certains et source d’une immense crainte pour d’autres. Si l’appel de la nouveauté et du dépaysement est impossible à ignorer, il faut être prêt à confronter les différents défis qui l’accompagnent. Après tout, quitter sa terre natale pour se lancer dans l’inconnu – un pays où les habitants ne parlent souvent pas la même langue et ne partagent ni les mêmes coutumes ni les mêmes valeurs – suscite parfois une profonde remise en question.</p>



<p>Dans <em>Expat</em>, Fadwa Lapierre nous présente le témoignage d’Emmanuelle. Au cours de son expatriation en Chine, cette dernière se retrouve souvent seule avec sa fille âgée d’un an. Malgré toutes les applications de traduction installées sur son téléphone, elle passe « ses journées au parc à communiquer à l’aide de signes et de grands sourires avec les grands-parents chinois qui gardent leurs petits-enfants ». Dans les rues de Montréal, il n’est pas rare d’entendre des débats sur la question de l’encadrement de la langue française au Québec. Cependant, ici, si un individu ne parle pas français, il peut s’en sortir assez facilement avec l’anglais. La majorité du temps, un niveau rudimentaire suffit. Dans le cas d’Emmanuelle, la situation linguistique est complètement différente. « On refusait parfois de me prendre dans les taxis parce que je ne parlais pas le mandarin », confie-t-elle à Lapierre.</p>



<p>La mère de famille exprime son regret de ne pas s’être installée dans un « ghetto », un quartier composé majoritairement d’autres expatriés ou migrants, plutôt qu’avec les locaux. Ce choix était le résultat d’un désir d’intégrer la communauté locale, mais la langue s’est imposée comme le premier obstacle sur le chemin de l’inclusion. Néanmoins, chaque expérience n’est pas identique. Lors de la discussion, l’une des participantes d’origine française a partagé son vécu lors de son séjour au Japon. D’après ses observations, il est utile de maîtriser un niveau de base de japonais pour la communication quotidienne, mais certains Japonais « te regardent bizarrement si tu parles trop bien leur langue ».</p>



<p><strong>Les moments de passage</strong></p>



<p>Si le choc culturel entraîne une rupture chez certains expatriés au sein de leur communauté d’accueil, le choix même de s’expatrier présente une mise à l’écart volontaire, autant territoriale que sociale. Ces gens font face à l’une des peurs fondamentales de l’humain : celle de la perte et de la séparation. Cela en vaut-il la peine d’établir une relation avec des gens qu’on quittera tôt ou tard? Et inversement, à quoi bon maintenir des liens avec quelqu’un qui nous quittera à tout moment? Selon l’autrice, plusieurs expats reconnaissent que, malgré la technologie actuelle, il est difficile de maintenir le contact avec ses proches : un éloignement s’installe lorsque l’on n’est plus présent physiquement quotidiennement. Dans ce contexte, les enfants sont souvent les premières victimes. Une autre participante, autrefois expat, livre une anecdote. Lors d’une rentrée scolaire, plusieurs élèves avaient demandé à son fils : « Tes parents restent ici pour combien de temps? », afin d’évaluer si cela valait la peine d’investir l’énergie nécessaire pour forger une amitié.</p>



<p>Similairement, une autre intervenante, ayant voyagé depuis l’enfance avec sa famille, affirme ne pas être en mesure d’entrer dans une relation amoureuse. Elle se sent incapable de s’imaginer avec quelqu’un qui ne partage pas les mêmes ambitions et visions de la vie qu’elle, en tant qu’habituée du voyage. Elle se prépare d’ailleurs à quitter Montréal prochainement, après y avoir habité pendant plusieurs années. Toutefois, le voyage permet également des rencontres inattendues. Lapierre nous confie que sa mère marocaine a justement rencontré son père durant son passage au Québec, puis a décidé de rester et fonder une famille. Parfois, un coup de foudre suffit pour semer dans le cœur d’un grand aventurier le sentiment d’avoir trouvé un <em>chez-soi </em>.</p>



<p><strong>Pistes de décollage</strong></p>



<p>Aujourd’hui, lorsqu’on parle de la littérature québécoise, on pense notamment à des titres comme <em>Là où je me terre </em>de Caroline Dawson ou <em>Ru </em>de Kim Thúy, deux œuvres fréquemment inscrites aux listes de lecture des cours de français du secondaire à l’université. Distinctes l’une de l’autre, elles abordent pourtant un même thème central : le racinement de jeunes migrants au Québec. Ces récits, devenus en quelque sorte canoniques, participent à la construction d’un imaginaire littéraire du Québec comme terre d’accueil.</p>



<p>Or, cette perspective laisse souvent dans l’ombre l’expérience inverse : celle du départ. En automne 2025, <a href="https://www.mcgill.ca/es/admissions-profile" data-wpel-link="external" target="_blank" rel="external noopener noreferrer">50,18 %</a> des étudiants rejoignant McGill venaient de l’extérieur de la province (dont <a href="https://www.mcgill.ca/es/admissions-profile" data-wpel-link="external" target="_blank" rel="external noopener noreferrer">27,41 % de l’international</a>), sans compter la diversité culturelle et ethnique du corps étudiant québécois. Côtoyant quotidiennement ces réalités, on en vient parfois à oublier que le Québec n’est pas uniquement un point d’atterrissage, mais aussi un point de départ pour plusieurs. C’est précisément ce renversement que propose <em>Expat</em>, dans lequel Fadwa Lapierre esquisse des portraits de soixante Québécoises et Québécois à travers leurs témoignages, parfois anecdotiques, parfois lourds. <em>Expat </em>réunit ainsi, en quelque sorte, ces personnes dispersées à travers le monde et ramène leurs histoires au Québec.</p>



<p>Au fil des échanges, une chose devient claire : partir vivre ailleurs n’est ni une promesse de liberté absolue ni une simple parenthèse exotique. C’est un choix qui transforme, fragilise parfois, et oblige à redéfinir ce que signifie appartenir à un lieu, à des gens, à une langue. <em>Expat </em>rappelle surtout l’audace nécessaire pour changer de vie. Qu’il s’agisse de quitter un pays, une ville ou simplement un milieu, ces récits témoignent d’un même élan vers le changement. C’est dans cet esprit que la librairie Livresse a ouvert l’année, nous proposant un moment de réflexion sur la manière dont vivre ailleurs nous transforme et sur ce que l’on choisit d’emporter avec nous dans la nouvelle année.</p>
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		<title>Les gens du pays viennent aussi d’ailleurs</title>
		<link>https://www.delitfrancais.com/2025/11/26/les-gens-du-pays-viennent-aussi-dailleurs/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Jiayuan Cao]]></dc:creator>
		<pubDate>Wed, 26 Nov 2025 12:00:00 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Culture]]></category>
		<category><![CDATA[Littérature]]></category>
		<category><![CDATA[les gens du pays viennent aussi d'ailleurs]]></category>
		<category><![CDATA[ruba ghazal]]></category>
		<guid isPermaLink="false">https://www.delitfrancais.com/?p=59407</guid>

					<description><![CDATA[<p>Retour sur la sortie du livre de Ruba Ghazal.</p>
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										<content:encoded><![CDATA[
<p class="has-drop-cap">Lundi 17 novembre, c’est à la librairie montréalaise Un livre à soi qu’a eu lieu le lancement du premier livre de Ruba Ghazal : <em>Les gens du pays viennent aussi d</em>’<em>ailleurs</em>. À 17 h, la salle est comble avec plus d’une centaine de curieux, de passionnés et de partisans de la députée et co-porte-parole de Québec solidaire. Comme chante le refrain de l’hymne national québécois non officiel, <em>Gens du pays </em>de Gilles Vigneault, dont le titre a inspiré celui du livre, Ghazal raconte son amour pour le Québec à travers son parcours en tant qu’immigrante d’origine palestinienne et « enfant de la loi 101 ».</p>



<p><strong>Là où tracer le début</strong></p>



<p>Nombre des gens d’ici viennent d’ailleurs, c’est une réalité incontestable au Québec. Pour Ruba Ghazal, même si elle a souvent raconté son parcours depuis qu’elle est devenue députée en 2018, cette histoire lui a toujours semblé bien banale. Au lancement, elle confie que c’est difficile de ne pas parler de politique, mais la rédaction de son livre lui a permis d’aborder l’humain derrière la politicienne. Elle a notamment eu la chance de répondre à une question qu’elle se pose souvent : « Par quel coup du sort une femme comme moi, née dans une famille musulmane plutôt traditionnelle, une fille de réfugiés palestiniens […] a pu se retrouver à la tête d’un parti politique de gauche indépendantiste et féministe? »</p>



<p>En effet, comme dans beaucoup de familles immigrantes, la politique n’était pas un sujet de discussion autour de la table chez les Ghazal. L’autrice affirme qu’arriver dans un nouveau pays pour y vivre, c’est se lancer dans une confrontation entre les valeurs familiales et celles de la nation. Celles et ceux qui arrivent plus jeunes ont l’avantage de mieux s’adapter à leur nouvel environnement, mais se retrouvent fréquemment avec un sentiment de culpabilité à devoir rejeter une partie de la famille pour davantage s’intégrer dans la société qui les entoure.</p>



<p>Si les parents et la grand-mère maternelle – la « <em>téta </em>» (« grand-mère » en arabe du Moyen-Orient) – de Ruba Ghazal ont immédiatement rejeté sa décision lorsque celle-ci s’est engagée dans la vie politique québécoise. Leur mépris se justifie par une peur chronique de l’instabilité qui remonte dans l’histoire de trois générations palestiniennes déracinées, marquée par une violence irréversible. Les grands-parents de l’autrice ont été victimes de la <em>Nakba</em>, l’exode forcé des Palestiniens au début de 1948, et figurent parmi les centaines de milliers de réfugiés qui se sont dirigés vers le Liban. Dans un récit, la crise devrait annoncer la fin. Or, cette crise se prolonge perpétuellement dans la réalité, dépassant le cadre narratif qu’on tente de lui imposer. Dans son livre, Ruba Ghazal mentionne sa <em>téta</em>, qui n’avait emporté qu’une petite valise avec elle le jour de son départ, convaincue qu’elle rentrerait bientôt chez elle. Mais, comme conclut l’autrice, « <em>Téta </em>ne remettra jamais les pieds en Palestine ».</p>



<figure class="wp-block-image size-large"><img fetchpriority="high" decoding="async" width="2000" height="1125" src="https://www.delitfrancais.com/wp-content/uploads/2025/11/1000010699-2000x1125.jpg" alt class="wp-image-59428" srcset="https://www.delitfrancais.com/wp-content/uploads/2025/11/1000010699-2000x1125.jpg 2000w, https://www.delitfrancais.com/wp-content/uploads/2025/11/1000010699-650x366.jpg 650w, https://www.delitfrancais.com/wp-content/uploads/2025/11/1000010699-150x84.jpg 150w, https://www.delitfrancais.com/wp-content/uploads/2025/11/1000010699-768x432.jpg 768w, https://www.delitfrancais.com/wp-content/uploads/2025/11/1000010699-1536x864.jpg 1536w, https://www.delitfrancais.com/wp-content/uploads/2025/11/1000010699-2048x1152.jpg 2048w" sizes="(max-width: 2000px) 100vw, 2000px"><figcaption><span class="media-credit">Jiayuan Cao</span></figcaption></figure>



<p><strong>Enfants de la loi 101</strong></p>



<p>En écrivant, Ghazal n’établit pas seulement un lien avec sa famille, mais également avec d’innombrables « petites Ruba », des « enfants de la loi 101 » qui arrivent au Québec, comme elle, sans connaître un mot de français. Pour clarifier, les « enfants de la loi 101 » font référence aux jeunes dont les parents ont immigré au Québec après l’adoption de la Charte de la langue française en 1977. La petite Ruba en fait partie lorsque, âgée de dix ans, elle s’installe au Québec en 1988.</p>



<p>Là, alors que leurs parents commencent à fréquenter les Centres d’orientation et de francisation des immigrants (COFI), réseaux malheureusement abolis en raison de coupes budgétaires en 2000, Ruba Ghazal et ses deux petites soeurs embarquent dans la classe d’accueil de francisation. Ces lieux sont des points d’échange culturel, où chacun porte en lui une graine d’histoire qu’il sèmera dans la terre commune des Québécois. Pour immerger les élèves dans la culture québécoise de plus près, ces programmes offraient souvent des sorties scolaires qui permettaient de pratiquer la communication en français, mais surtout de « découvrir un monde nouveau ».</p>



<p><strong>Double quête de la liberté</strong></p>



<p>« J’ai deux nations, mais pas de pays », dit Ruba Ghazal lors d’une entrevue en 2023. Souverainiste québécoise et descendante palestinienne, Ghazal voit souvent un parallèle entre ses deux héritages : deux peuples qui cherchent à préserver leur identité et à affirmer leur existence nationale.</p>



<p>Pour Ghazal, ces deux horizons politiques et identitaires ne sont pas contradictoires. Au contraire, ils se superposent et s’éclairent l’un l’autre. La première fois que cette idée – que le Québec ressemble à la Palestine – lui est montée à l’esprit, c’était pendant l’année scolaire 1988–1989. À l’école Cardinal-Léger, que Ghazal fréquentait, c’était « l’année Félix Leclerc » où tout le monde chantait ses chansons. Que ce soit le carême (le « ramadan des Chrétiens ») ou la culture « enracinée dans la ruralité et la force des liens familiaux », les écrits de Félix Leclerc sur le Québec ont permis à la jeune migrante de tisser des liens avec la vie et les mœurs en Palestine, tels que sa grand-mère les lui racontait.</p>



<p>Ce rapport entre les deux identités est sans doute à la base de ses engagements indépendantistes. Ghazal n’a jamais mis les pieds en Palestine, mais elle ne cessera jamais de se considérer palestinienne. Bien que la Palestine soit aujourd’hui finalement reconnue comme un État, la jeune Ruba Ghazal a grandi en entendant ses parents soupirer devant le sort de celle-ci, qui « ne deviendra jamais un pays ».</p>



<p>C’est pourquoi l’idée de l’indépendance du Québec intrigue la Ruba Ghazal de 15 ans, au moment des débats sur l’accord de Charlottetown en 1992. « C’est encore possible de devenir un pays, en 1992? » Si oui, pourquoi les Palestiniens n’avaient-ils toujours pas réussi, même après quarante ans de lutte? Si la Palestine ne le peut pas, le Québec, cette « société qui faisait place à la bonté et aux élans du coeur », dont l’hymne national a pour thème l’amour, pourrait-il? Alors que les discussions ont à nouveau alimenté la peur d’une instabilité chez ses parents , ces questionnements ont nourri l’intérêt de Ghazal pour un Québec libre, car, pour elle, « le désir d’un pays, pour un peuple, est l’aspiration la plus légitime qui soit ». Après seulement cinq ans au Québec, elle souhaitait déjà l’épanouissement de ce peuple qui l’a accueillie sur un territoire qui leur est propre, où leur identité puisse s’affirmer pleinement.</p>



<p>Somme toute, si Ruba Ghazal affirme avoir écrit son essai pour faire résonner son histoire chez les enfants d’immigrants comme elle, sa mission a bel et bien été accomplie. Pour reprendre l’une de ses phrases : « Migrer, c’est aussi découvrir la possibilité de cultiver de nouveaux jardins. » Après la lecture de <em>Les gens du pays viennent aussi d</em>’<em>ailleurs</em>, je me revois, à l’âge de sept ans, découvrir Montréal, apprendre le français et, peu à peu, aimer le Québec.</p>
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		<title>L’art de raconter</title>
		<link>https://www.delitfrancais.com/2025/11/26/lart-de-raconter/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Rose Langlois]]></dc:creator>
		<pubDate>Wed, 26 Nov 2025 12:00:00 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Culture]]></category>
		<category><![CDATA[Littérature]]></category>
		<category><![CDATA[Slider]]></category>
		<category><![CDATA[Mathieu Bélisle]]></category>
		<category><![CDATA[Montréal]]></category>
		<category><![CDATA[salon du livre]]></category>
		<category><![CDATA[Yasmina Khadra]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>Retour sur le Salon du livre de Montréal.</p>
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										<content:encoded><![CDATA[
<p class="has-drop-cap">Le Salon du livre de Montréal est le plus grand événement littéraire francophone du continent américain. Chaque année, ce véritable paradis pour les lecteurs rassemble des auteurs et des maisons d’édition de divers genres littéraires. Le Salon plaît aux petits comme aux grands, avec ses contes lus sous une tente et ses conférences sur plusieurs enjeux d’actualité littéraire. Des aires de lecture, meublées de fauteuils, permettent aux visiteurs de prendre une pause des activités et des files de dédicaces pour se plonger dans leurs nouveaux achats livresques. La thématique du Salon pour l’édition 2025 était le « (Ré)enchantement », visant à explorer comment les mots et l’art de raconter peuvent façonner notre vision du monde et redonner espoir en des temps incertains, et permettant à tous de retrouver l’enchantement de la lecture. </p>



<p><strong>Le bonheur des choses simples </strong></p>



<p>Ce samedi matin, deux auteurs se retrouvent à l’Agora, l’endroit qui accueille les conférences. Rodney Saint-Éloi, poète et écrivain fondateur de la maison d’édition Mémoire d’encrier, s’entretient avec Mathieu Bélisle, essayiste, éditeur et professeur de littérature au Collège Jean-de-Brébeuf. Tous deux ont publié cette année un livre sur l’espoir : Saint-Éloi avec <em>Fais du feu</em>, un recueil de poésie, et Bélisle avec l’essai <em>Une brève histoire de l’espoir</em>.</p>



<p>« C’est si simple, les choses simples », cite Mathieu Bélisle, le recueil de poésie de Rodney Saint-Éloi sous les yeux. Mais de quoi parle-t-on, lorsqu’on fait allusion aux « choses simples »? Les deux auteurs s’attaquent à cette question, d’apparence anodine, mais pourtant si complexe. Le chant des oiseaux, le bruit d’un ruisseau, la chaleur du soleil sur notre peau… Pourtant, ce n’est pas tout. Il y a les arbres, la terre. Le feu, celui qui nous permet de faire du thé ou du café chaque matin, mais aussi le feu qui brûle en nous, le feu de la passion, de l’amour de la vie, le feu de l’espoir. Cette confiance que nous avons envers les choses qui nous semblent acquises : l’eau, la nourriture, un lendemain. Rodney Saint-Éloi se rappelle ceux qui, dans son Haïti natal, pouvaient marcher jusqu’à sept kilomètres pour un peu d’eau. « Aujourd’hui, on nous a appris à gérer la surabondance ». Le poète déplore le manque d’appréciation pour les petites choses de la vie. Il s’agit, selon lui, de la clé du bonheur : « Dans ma cosmogonie, dans ma culture, il y a toujours deux côtés. Un décès amène une naissance. C’est notre tâche en tant qu’individu de reconstruire ce qui est mort. » </p>



<p><strong>L’espoir pour retrouver l’enchantement </strong></p>



<p>Mathieu Bélisle renchérit que nous sommes forts d’espoir personnel, individuel, mais pauvres en espoir collectif : « Si vous allez dans le rayon “bien-être” en librairie, on vous vend des livres pour vous, pour la personne que vous êtes. On ne vend pas de livres sur le bien-être du monde. » Cet espoir, en demeurant individuel, trahit l’humanité. L’essayiste rappelle l’ironie du sort de la planète : ce sont les millionnaires qui ont le plus de pouvoir sur le futur, mais, étrangement, ils ne croient pas au futur de notre planète, de notre société. Plusieurs se construisent des <em>bunkers</em> en cas d’apocalypse, presque convaincus que le pire est à venir, tandis que la population est laissée à elle-même. </p>



<figure class="wp-block-image size-large"><img decoding="async" width="2000" height="1333" src="https://www.delitfrancais.com/wp-content/uploads/2025/11/salondulivre2-2000x1333.jpeg" alt class="wp-image-59439" srcset="https://www.delitfrancais.com/wp-content/uploads/2025/11/salondulivre2-2000x1333.jpeg 2000w, https://www.delitfrancais.com/wp-content/uploads/2025/11/salondulivre2-650x433.jpeg 650w, https://www.delitfrancais.com/wp-content/uploads/2025/11/salondulivre2-150x100.jpeg 150w, https://www.delitfrancais.com/wp-content/uploads/2025/11/salondulivre2-768x512.jpeg 768w, https://www.delitfrancais.com/wp-content/uploads/2025/11/salondulivre2-1536x1024.jpeg 1536w, https://www.delitfrancais.com/wp-content/uploads/2025/11/salondulivre2-2048x1365.jpeg 2048w, https://www.delitfrancais.com/wp-content/uploads/2025/11/salondulivre2-1200x800.jpeg 1200w, https://www.delitfrancais.com/wp-content/uploads/2025/11/salondulivre2-930x620.jpeg 930w" sizes="(max-width: 2000px) 100vw, 2000px"><figcaption><span class="media-credit"><a href="https://www.delitfrancais.com/author/eliejuliette/?media=1" data-wpel-link="internal">Juliette Elie</a> | Le Délit</span></figcaption></figure>



<p><strong>La désensibilisation aux horreurs de notre siècle </strong></p>



<p>Dans notre quête d’espoir individuel, nous oublions aussi la compassion pour autrui. Bombardés presque continuellement de mauvaises nouvelles dès que nous ouvrons la télévision ou notre téléphone, nous sommes désensibilisés aux atrocités qui ont lieu dans le monde. « Deux cents morts dans un pays, un attentat terroriste dans un autre… Ces mots sont devenus habituels, déplore Saint-Éloi. On oublie que ce n’est pas une ville qui est bombardée, mais des humains. Des enfants, des arbres, la Terre ». Avec ces nouvelles en continu, il est difficile de voir comment la situation pourrait s’améliorer, mais le poète rappelle que les bonnes actions à une petite échelle sont les plus fortes. « Tous les jours, il faut avoir une petite bonté pour soi-même et pour les autres. Le monde est à nous ». En regagnant espoir, en ayant confiance en un lendemain, nous pouvons créer une nouvelle histoire, une histoire de compassion, de douceur, racontant la beauté du monde. </p>



<p><strong>« J’écris parce que j’ai du talent » </strong></p>



<p>En après-midi, l’Agora est remplie. Tous les sièges sont pris, les gradins sont pleins, cinq ou six rangées de spectateurs debout s’étirent le cou pour apercevoir l’auteur en conférence. Tout le monde attend avec impatience l’arrivée de Yasmina Khadra. L’auteur algérien, dont la dernière visite dans notre province remontait à 2019 au Salon du livre de Québec, est accueilli chaleureusement.</p>



<p>« En Occident, vous aimez dire que l’écriture est une thérapie, qu’elle aide à exorciser les démons. L’écriture, ce n’est pas une thérapie. J’écris parce que j’ai du talent », déclare l’auteur. Sa franchise est rafraîchissante. Sans fausse modestie, il explique que ses enseignants de français l’ont poussé à parfaire son vocabulaire, sa grammaire. Khadra explique qu’il a réédité <em>Morituri</em>, le roman qui a démarré son succès. « Je ne me souviens pas d’avoir écrit <em>Morituri</em>. Ma femme m’a dit que j’étais devenu insomniaque, que j’écrivais tout le temps. Il y avait des maladresses, des choses que je n’aimais pas ». Dominic Tardif, l’animateur de ce grand entretien, demande à Yasmina Khadra s’il est inquiet lorsqu’il publie un nouveau livre : « J’ai confiance en ce que je fais. Mais je ne sais jamais comment le public va réagir. Parfois les lecteurs adorent, parfois ils vous critiquent et vous détruisent. Pour la réédition de Morituri, ça n’a pas suscité de réactions ». </p>



<p><strong>L’importance des mots </strong></p>



<p>L’animateur poursuit en posant des questions à l’auteur sur son expérience dans l’armée en Algérie. Les horreurs quotidiennes, la violence, l’attentat terroriste dont il a été témoin. Tout cela façonne la perception de la vie de l’auteur. Khadra aborde <em>L’Attentat</em>, son roman à succès publié en 2005 et parlant du conflit israélo-palestinien. « Beaucoup de gens trouvent que <em>L’Attentat</em> est horrible. Tout ce qui a lieu à Gaza en ce moment est mille fois pire. C’est un génocide contre les Palestiniens ». Une vague d’applaudissements s’élève à la suite du commentaire de l’auteur. « Certains politiciens évitent d’utiliser le mot “génocide” pour parler du conflit. Pourquoi l’utilisez-vous? » demande l’animateur. « Parce qu’il faut dire les choses comme elles sont, répond simplement Khadra. Aujourd’hui, les gens ont peur des mots. Il faut dire la vérité ». Yasmina Khadra révèle que, depuis 2018, il travaille sur un manuscrit abordant le conflit israélo-palestinien. « Je l’ai suggéré à beaucoup d’éditeurs et personne n’en a voulu. On me disait : “Pas celui-là.” Et puis quelqu’un s’y est intéressé. Une femme. Le 5 mars 2026, ce sera la sortie de ce roman. Et je vous avertis, <em>L’Attentat</em>, ce n’est rien à côté de ce livre ».</p>



<blockquote class="wp-block-quote is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow">
<p>« Aujourd’hui, les gens ont peur des mots. Il faut dire la vérité »</p>



<p>Yasmina Khadra, écrivain</p>
</blockquote>



<p><strong>La magie du Salon</strong> </p>



<p>Après des applaudissements à tout rompre, la foule se disperse et retourne vers les kiosques des maisons d’édition et les tables de dédicace. Patrick Sénécal, dont les admirateurs font la file plus de 15 minutes à l’avance, India Desjardins avec une file d’attente spectaculaire, Dany Laferrière dans un kiosque à l’image de la réédition – illustrée de sa propre main – de son roman <em>Comment faire l’amour avec un nègre sans se fatiguer</em>. La centenaire Janette Bertrand est présente et signe avec amour les romans que lui tendent ses lecteurs. Tout le monde a des étoiles dans les yeux en voyant la signature de son auteur chouchou, même la mairesse de Montréal, Soraya Martinez Ferrada, qui demande à Alexandra Diaz de dédicacer son livre de recettes. Une fois de plus, le Salon du livre de Montréal remplit sa mission. 106 000 visiteurs sont unis par les mots, la force des récits, et le pouvoir de raconter.</p>
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		<title>Lire, c’est snob</title>
		<link>https://www.delitfrancais.com/2025/11/12/lire-cest-snob/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Rose Langlois]]></dc:creator>
		<pubDate>Wed, 12 Nov 2025 12:00:00 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Culture]]></category>
		<category><![CDATA[Littérature]]></category>
		<category><![CDATA[lire]]></category>
		<category><![CDATA[littérature francophone]]></category>
		<category><![CDATA[snobisme littéraire]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>Réflexion sur le canon littéraire et la place qui lui est accordé au Québec.</p>
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<p class="has-drop-cap">Pendant longtemps, les livres les plus vendus ont été considérés comme de la « paralittérature ». Aujourd’hui, on appelle cette catégorie de livres la littérature « de genre ». Si le changement d’appellation apaise les débats, la place de la littérature de genre est toujours contestée. Lire les nouveautés des auteurs à succès, est-ce une perte de temps? Devrait-on privilégier les grands auteurs classiques? Et qu’en est-il des divergences entre le Québec et l’Europe?</p>



<p><strong>Une vision tunnel</strong></p>



<p>Tout le monde connaît Balzac, Proust et Hugo. Souvent, lorsqu’on parle de littérature, ce sont leurs noms qui nous viennent à l’esprit en premier. Les grands classiques ont fait leur chemin dans les listes de lecture obligatoires des cours depuis longtemps et contribuent encore aujourd’hui à façonner l’image que nous avons de la littérature. De La Comédie humaine<em> </em>de Balzac à <em>À la recherche du temps perdu </em>de Proust, en passant bien sûr par Les Rougon-Macquart<em> </em>de Zola, certaines œuvres impressionnent par leur ampleur et leur architecture complexe. Sans aucun doute, ces légendes de la littérature méritent l’admiration qu’on porte à leur labeur.</p>



<p>Toutefois, le canon littéraire francophone formé par ces grands noms a un défaut non négligeable : il est très peu inclusif. Un rapide coup d’œil aux noms des « grands » permet de constater qu’ils sont majoritairement des hommes blancs. Il est à noter que quelques femmes blanches s’y taillent une place, comme Madame de Sévigné ou George Sand, mais elles restent globalement exclues. Depuis des siècles, tout groupe marginalisé est automatiquement exclu des « grands » auteurs. Exit les personnes racisées, exit les auteurs appartenant à la diversité sexuelle ou de genre.</p>



<p><strong>Le vent de changement qui souffle sur le canon littéraire</strong></p>



<p>Bien établi, le canon littéraire a fait sa loi dans les universités. En remontant aux années 1990, l’Université de Montréal fournissait une liste de lecture à ses étudiants en première année de littérature. En un an, ils devaient lire de soixante à quatre-vingts œuvres, le nombre prescrit différant selon les années des cohortes. La plupart de cette liste était consacrée à des écrivains classiques, de l’antiquité jusqu’au 20<em>e </em>siècle. Cette liste impressionnante visait à donner une base commune aux étudiants entrant dans le domaine. Avec le temps, la liste a été remisée et le catalogue de lectures universitaires est beaucoup plus inclusif : on y trouve de la littérature de genre, des auteurs et autrices de communautés marginalisées desquelles on valorise enfin la voix.</p>



<blockquote class="wp-block-quote is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow">
<p class="has-text-align-center">« Depuis des siècles, tout groupe marginalisé est automatiquement exclu des “grands” auteurs »</p>
</blockquote>



<p>Or, ce n’est pas la même histoire en Europe, tout particulièrement en France. Si les listes de lecture des universités québécoises se diversifient, celles de France montrent plus de rigidité. À la licence, l’équivalent du baccalauréat québécois, les étudiants doivent lire davantage ces auteurs classiques. Pourquoi la France ne suit-elle pas le vent de changement qui souffle sur le Québec?</p>



<p>Selon Michel Biron, professeur titulaire à McGill, spécialiste de littérature québécoise et belge, « l’Amérique et l’Europe n’ont pas évolué de la même manière. Le Québec est aligné sur une démocratisation de la culture, une ouverture et une contestation du canon. Cet argument est très fort en Amérique, c’est ce qui fait que les corpus et les programmes accordent plus de place à des femmes et à des genres minorisés, des formes qui ne sont pas classiques ou reconnues par des institutions. En Europe, on adhère encore à la vieille formule de Roland Barthes, qui disait “la littérature, c’est ce qui s’enseigne”. Pour eux, la définition de la littérature passe par l’institution scolaire ».</p>



<p><strong>Un canon qui fait la fierté nationale</strong></p>



<p>Les auteurs du canon francophone sont presque tous français. Cette canonisation serait-elle une fierté nationale, d’où l’importance que l’on continue à lui accorder aujourd’hui? « La France a été au cœur de l’évolution de la littérature au 19<em>e </em>siècle. C’est à partir de Paris qu’on mesure si on est en avance ou en retard sur les autres écrivains. Il y a donc une centralité qui est exceptionnelle dans le monde entier », explique M. Biron. Il ajoute que la France, très fière de cet héritage, peut montrer une certaine résistance, mais qu’elle fait preuve de plus en plus d’ouverture.</p>



<p><strong>Les prix littéraires : reconnaître le talent hors de la France</strong></p>



<p>Les prix littéraires sont une façon de reconnaître le caractère unique d’une œuvre, son importance dans le monde de la littérature. Plusieurs prix québécois sont décernés chaque année, comme le Prix littéraire des collégien·ne·s ou le Prix du Gouverneur général. Toutefois, force est d’admettre que les prix les plus prestigieux sont ceux qui viennent de France. Bien souvent, les reconnaissances québécoises ou canadiennes accordées à un livre ne le font pas rayonner à l’international, comme le prix Médicis, Goncourt ou Femina le font.</p>



<blockquote class="wp-block-quote is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow">
<p class="has-text-align-center">« Les étudiants ne veulent plus être seulement passifs et lire des textes qui sont déjà bien reconnus, ils veulent que la littérature soit liée à une forme d’expérience de la lecture et de l’écriture »<br><sup>Michel Biron, professeur titulaire à McGill</sup></p>
</blockquote>



<p>De temps à autre, c’est une œuvre québécoise qui gagne la palme, comme Kev Lambert en 2023 avec son roman <em>Que notre joie demeure </em>ou Éric Chacour qui, la même année, a remporté le prix Femina des lycéens. Deux Québécois gagnants de prix littéraires français : les journaux ont parlé d’un tel exploit pendant des semaines. Depuis quelque temps, la littérature québécoise est devenue populaire <a href="https://www.journaldequebec.com/2024/04/17/la-litterature-quebecoise-gagne-du-terrain-en-france" data-wpel-link="external" target="_blank" rel="external noopener noreferrer">en France</a>, ce qui n’est pas pour déplaire. Les prix littéraires français commencent à s’ouvrir de plus en plus sur le monde, et pas seulement sur le Québec. En 2003, le prix Femina est décerné à Dai Sijie, un auteur chinois d’expression française. La tendance se poursuit en 2013, où Léonora Miano, première lauréate camerounaise, rafle le prix, suivie en 2014 de la première lauréate haïtienne, Yanick Lahens. De plus, des prix français offrent une dimension internationale, comme le prix Médicis étranger, qui récompense chaque année depuis 1970 un roman étranger paru en traduction française. Nous sommes face à une décentralisation de la France dans la littérature francophone, ouvrant donc possiblement la porte à une diversification du canon littéraire.</p>



<p><strong>Une perte de compétences garantie?</strong></p>



<p>Certains s’inquiètent, estimant que si l’on ne met plus les grands piliers de la littérature de l’avant, il y aura forcément une perte de connaissances, de qualité, de compétences. M. Biron s’y oppose en expliquant que les nouvelles générations revendiquent d’autres valeurs. Bien qu’il y ait une perte de références communes, cela ne signifie pas une perte de compétences, mais bien une transformation de l’horizon de la culture. Selon lui, ce changement apporte une nouvelle dimension à la littérature : « Ce qui me frappe et que je trouve passionnant, c’est que la connaissance de la littérature par la lecture de textes canoniques s’accompagne aujourd’hui d’une pratique de la littérature, d’un intérêt pratique. C’est tout à fait nouveau. Les étudiants ne veulent plus être seulement passifs et lire des textes qui sont déjà bien reconnus, ils veulent que la littérature soit liée à une forme d’expérience de la lecture et de l’écriture. Je trouve que c’est très vivant. Il y a un gain du côté de l’expérience de l’écriture, un vase communicant entre les deux, qui était très peu présent auparavant. »</p>



<p>Le canon littéraire semble peu à peu se déconstruire, bien que ce soit à des rythmes différents qui dépendent des continents. Des littératures qui y sont moins attachées, comme celles du Québec, des Antilles, du Maghreb, de l’Afrique subsaharienne, se rebellent de plus en plus et créent leur propre éventail de grands écrivains. Les grands auteurs français ne sont pas près d’être détrônés, mais un vent de changement souffle sur la littérature pour en faire un domaine vivant et représentatif de ses adeptes.</p>
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		<title>« Nous sommes déjà les autres » : Leïla Slimani et le poids des héritages</title>
		<link>https://www.delitfrancais.com/2025/10/29/nous-sommes-deja-les-autres-leila-slimani-et-le-poids-des-heritages/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Jiayuan Cao]]></dc:creator>
		<pubDate>Wed, 29 Oct 2025 11:00:00 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Culture]]></category>
		<category><![CDATA[Littérature]]></category>
		<category><![CDATA[Slider]]></category>
		<category><![CDATA[héritages]]></category>
		<category><![CDATA[Leïla Slimani]]></category>
		<category><![CDATA[les autres]]></category>
		<guid isPermaLink="false">https://www.delitfrancais.com/?p=59059</guid>

					<description><![CDATA[<p>Entretien avec l’autrice autour de J’emporterai le feu à la librairie Gallimard de Montréal.</p>
<p>L’article <a href="https://www.delitfrancais.com/2025/10/29/nous-sommes-deja-les-autres-leila-slimani-et-le-poids-des-heritages/" data-wpel-link="internal">« Nous sommes déjà les autres » : Leïla Slimani et le poids des héritages</a> est apparu en premier sur <a href="https://www.delitfrancais.com" data-wpel-link="internal">Le Délit</a>.</p>
]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[
<p class="has-drop-cap">Jeudi 16 octobre, la librairie Gallimard de Montréal a accueilli l’écrivaine franco-marocaine Leïla Slimani pour un entretien animé par Claudia Larochelle. À 17 h 30, la salle est déjà comble. Plus d’une soixantaine de visiteurs ont pris place avec entrain, impatients d’assister au début de la discussion.</p>



<p><strong>Pays des autres</strong></p>



<p>Née d’un double héritage, Leïla Slimani a grandi sous le poids des questions « mais, tu viens d’où? »,  « es-tu plus française ou marocaine? », auxquelles elle a tenté de répondre dans ses écrits. En janvier 2025, avec le roman <em>J’emporterai le feu</em>, l’écrivaine a clos sa trilogie familiale <em>Le pays des autres</em>, qui part de l’histoire de ses grands-parents dans les années 1940 pour explorer les thèmes de l’identité et de l’appartenance à travers trois générations. Slimani confie que cette œuvre n’a pas seulement exigé du travail, mais aussi un moment clé où est surgi le sentiment d’être prête à l’aborder. </p>



<p>En effet, l’autrice se souvient avoir toujours perçu sa famille comme des « personnages de roman » ; la jeune Leïla absorbait les histoires que lui racontait sa grand-mère sur la guerre et son enfance en Alsace, alors qu’elles étaient toutes deux dans une ferme dans la campagne du Maroc. Elle explique qu’elle ne s’était jamais doutée de la véracité de ces récits, et qu’elle se faisait même « un petit film en technicolor dans sa tête de petite fille » qu’elle  reprendra plus tard dans ses créations. À tel point que, lorsqu’elle a raconté la vie de sa grand-mère à son éditeur pour la première fois,  celui-ci lui a déconseillé de l’écrire tout de suite, tant son histoire lui semblait déjà être « trop un roman ».  </p>



<p>Ainsi, avant de se lancer dans la rédaction, Slimani a laissé son projet reposer pendant plusieurs années.  Ce n’est qu’en 2018 qu’elle a véritablement commencé à écrire <em>Le pays des autres</em>, dans un contexte marqué par un climat social tendu en France, ébranlé par une vague d’attentats terroristes et par la montée du conservatisme au Maroc. C’est  dans ce contexte que les questionnements identitaires ressurgissent : incapable de se définir par une étiquette, Leïla Slimani se dit alors qu’« il [lui, <em>ndlr</em>] faut 1 200 pages pour y répondre ». </p>



<p><strong>Résonances générationnelles</strong></p>



<p>Si l’écriture de la chronique <em>Le pays des autres</em> a permis à Leïla Slimani d’éclaircir certaines de ses interrogations identitaires, elle  s’oppose néanmoins à l’idée que l’écriture a pour but de « trouver des réponses ». Pour elle, écrire, c’est « ne pas savoir, se poser des questions,  douter, être confus, hésiter et chercher ». L’écriture repose sur le questionnement, donc si toutes les questions trouvaient réponse, il n’y aurait plus d’écrivains. Slimani vise plutôt à trouver son chemin vers des problématiques plus précises dans le processus de réflexion. Et chacun se fraie un chemin différent face aux mêmes questions. Cette idée est notamment reflétée dans la polyphonie de son œuvre : elle construit sa voix à travers celles de différents personnages à différentes époques. « Il n’y a jamais une seule façon d’envisager un événement, dit-elle, nous vivons tous les uns à côté des autres avec une part de malentendu qu’on ne  pourra jamais totalement empêcher ». Ce « malentendu » est d’ailleurs ce  qui la fascine le plus en tant qu’écrivaine, car il nourrit, selon elle, la complexité humaine et donne à la  littérature sa raison d’être.</p>



<blockquote class="wp-block-quote is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow">
<p class="has-text-align-center">« Nous vivons tous les uns à côté des autres avec une part de malentendu qu’on ne pourra jamais totalement empêcher »</p>



<p class="has-text-align-center"><sup>Leïla Slimani, autrice de <em>J’emporterai le feu</em></sup></p>
</blockquote>



<p>Leïla Slimani souligne aussi l’influence générationnelle – à la fois  sur le plan personnel et social – sur la manière qu’ont les individus de percevoir les choses. En écrivant ses livres, elle a pris conscience  d’un véritable « système de répétition » au sein des familles. D’une génération à l’autre, certains comportements ou blessures se reproduisent à l’insu de ceux qui les  portent : « Certains personnages  finissent par reproduire les violences que ceux d’avant ont subies ou proférées. » Slimani évoque notamment sa mère, une femme marquée par le rejet et qui a  emmagasiné beaucoup de colère, de violence et de peur dans l’enfance. Elle confie n’avoir compris que bien  plus tard que ces émotions lui avaient été transmises, à elle et à  ses sœurs, et qu’il lui a fallu des années pour parvenir à les « dénouer par elle-même ».  </p>



<p>C’est d’ailleurs ce même mécanisme qui prend place lorsqu’il s’agit d’aborder la mémoire collective. « Les gens n’ont pas envie de  se souvenir d’une époque où ils étaient humiliés », commence l’écrivaine, en évoquant le sujet de la colonisation du Maroc au XX<em>e</em> siècle. « C’est un processus très très long, et il ne suffit pas que les [colonisateurs] s’en aillent [du pouvoir de l’État, <em>ndlr</em>] pour que y mettre fin ». Les grands-parents de Slimani ne lui en parlaient jamais,  et c’est seulement quand elle a demandé à sa mère qu’elle s’est rendu compte que l’histoire était bien plus sombre qu’elle ne l’imaginait. Elle voit le sentiment de honte comme une forme d’héritage qu’elle compare à la migration du papillon belle-dame « de l’Afrique du Nord  jusqu’au cercle polaire » ; le papillon qui arrive n’est jamais celui du début, mais son petit-enfant. </p>



<p><strong>Rapport à la langue </strong></p>



<p>L’héritage ne se limite toutefois pas aux émotions ni aux souvenirs. Il se glisse dans les mots que l’on emploie pour raconter. Pour expliquer son rapport à la langue française, Leïla Slimani reprend l’idée du philosophe Jacques Derrida sur la langue : « Je parle une langue qui  n’est pas la mienne. » La romancière confie qu’on lui a souvent demandé pourquoi elle écrit en  français – une question qu’elle juge complètement absurde. « J’écris en  français parce que j’écris en français, c’est tout », affirme-t-elle, refusant d’y voir un choix conscient ou un acte de justification. Le français s’est imposé naturellement,  comme la langue qu’elle maîtrisait  le mieux au moment où elle a commencé à écrire.  </p>



<figure class="wp-block-image size-large"><img decoding="async" width="1200" height="821" src="https://www.delitfrancais.com/wp-content/uploads/2025/10/PXL_20251016_2238216862-1200x821.jpg" alt class="wp-image-59062" srcset="https://www.delitfrancais.com/wp-content/uploads/2025/10/PXL_20251016_2238216862-1200x821.jpg 1200w, https://www.delitfrancais.com/wp-content/uploads/2025/10/PXL_20251016_2238216862-650x444.jpg 650w, https://www.delitfrancais.com/wp-content/uploads/2025/10/PXL_20251016_2238216862-150x103.jpg 150w, https://www.delitfrancais.com/wp-content/uploads/2025/10/PXL_20251016_2238216862-768x525.jpg 768w, https://www.delitfrancais.com/wp-content/uploads/2025/10/PXL_20251016_2238216862-1536x1050.jpg 1536w, https://www.delitfrancais.com/wp-content/uploads/2025/10/PXL_20251016_2238216862-2048x1400.jpg 2048w" sizes="(max-width: 1200px) 100vw, 1200px"><figcaption><span class="media-credit"><a href="https://www.delitfrancais.com/author/j-cao/?media=1" data-wpel-link="internal">Jiayuan Cao</a> | Le Délit</span></figcaption></figure>



<p>Au fil du temps, ce rapport à la langue s’est enrichi d’une conscience historique. L’autrice reconnaît la trace du passé colonial, sans pour autant s’y réduire : elle revendique le droit d’écrire « sans  culpabilité et sans reconnaissance ». Pour elle, la langue française, comme toute autre, vit,  change et s’enrichit des échanges. C’est d’ailleurs pourquoi elle a choisi, dans <em>Le pays des autres</em>, de ne pas traduire certains mots arabes, tels que <em>sidi</em> ou <em>kawa</em>, qu’elle considère désormais faire partie du vocabulaire commun en français. </p>



<p>En concluant la rencontre, Leïla Slimani rappelle que « nous sommes déjà les autres », que notre identité se construit et se façonne à travers les interactions avec le reste du monde. En sortant de la librairie, je vois désormais le monde un peu plus « à la Leïla Slimani ».</p>
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		<title>Survivre à la fin du monde</title>
		<link>https://www.delitfrancais.com/2025/10/01/survivre-a-la-fin-du-monde/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Elie Nguyen]]></dc:creator>
		<pubDate>Wed, 01 Oct 2025 11:00:00 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Culture]]></category>
		<category><![CDATA[Littérature]]></category>
		<category><![CDATA[culture]]></category>
		<category><![CDATA[espoir]]></category>
		<category><![CDATA[essai]]></category>
		<category><![CDATA[essayiste]]></category>
		<category><![CDATA[Livre]]></category>
		<category><![CDATA[Lux]]></category>
		<category><![CDATA[Une brève histoire de l'espoir]]></category>
		<guid isPermaLink="false">https://www.delitfrancais.com/?p=58762</guid>

					<description><![CDATA[<p>Entrevue avec Mathieu Bélisle, auteur d’<em>Une brève histoire de l’espoir</em>.</p>
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										<content:encoded><![CDATA[
<p class="has-drop-cap">Au fil du temps, plusieurs penseurs se sont penchés sur l’effondrement, le manque, le malheur. Mais que dire de l’espoir, cette force qui soulève sans bruit? Dans son dernier ouvrage, <em>Une brève histoire de l’espoir</em>, l’essayiste Mathieu Bélisle s’empare de cette question en traversant l’histoire des civilisations, des religions et des imaginaires collectifs. Nous avons eu la chance de le rencontrer pour comprendre ce qui, selon lui, continue à tenir le monde debout.</p>



<p><strong>Le Délit (LD) </strong>: <em>Nous avons souvent délaissé l’espoir au profit de thèmes plus rationnels ou critiques. Pourquoi est-ce si important, selon vous, de réhabiliter l’espoir, et particulièrement aujourd’hui?</em></p>



<p><strong>Mathieu Bélisle (MB) </strong>: Parce que tout le monde va mal. Il y a une crise de l’avenir et une perte d’élan. Aujourd’hui, on dirait qu’on peut très facilement raconter des dystopies. On peut en produire presque à volonté, mais on n’arrive plus à penser le meilleur. On est éduqués aussi à penser à ce qui manque, à ce qui fait défaut. Pour moi, c’était vraiment la volonté de donner confiance aux plus jeunes, à mes étudiants, à mes filles, aux garçons. À tout le monde qui m’a poussé à me pencher sur la question. Des fois, on a tendance à penser qu’on vit dans la pire époque. Évidemment, aujourd’hui, on ne dirait pas cela sur le plan technologique, parce qu’on a des avantages. Mais, sur le plan politique, sur celui de notre rapport au temps et peut-être aussi de la pression sociale, on ne se rend pas compte que ça n’a jamais été évident. Il faut croire au futur, parce que, si on n’y croit pas, on devrait arrêter tout de suite. Si on ne le fait pas, c’est qu’au fond, il y a quelque chose en nous qui nous dit que le monde va continuer malgré tout. C’est ce quelque chose en nous que je voulais chercher, et je me suis rendu compte que, souvent, nous les intellectuels, avons de la difficulté à penser ce qui est proche de la vie. On a beaucoup plus de facilité à penser à ce qui nous place en porte-à-faux, en recul.</p>



<p><strong>LD </strong><em>: Il y semble y avoir un retour aux valeurs traditionnelles et à la religion ces dernières années, et en particulier aux États-Unis. Ce phénomène serait-il pour plusieurs personnes un moyen de se rassurer, en « revenant à la norme »? En se rapprochant de la religion, notamment.</em></p>



<p><strong>MB </strong>: C’est intéressant parce qu’on voit que ça fait plus de 2 000 ans qu’on est dans le milieu religieux, et il continue d’y avoir des retours impressionnants. Dans le cas des États-Unis, j’ai l’impression que c’est un pays très étrange parce que c’est le plus riche, le plus puissant, où beaucoup de gens veulent encore aller. Et, paradoxalement, c’est là où on ressent le plus l’approche de la fin. Ce retour religieux, actuellement, je le sens donc beaucoup comme marqué par une sorte de mentalité d’assiégé. Il y a aussi une démission, je trouve, dans le sens où c’est comme si l’on se repliait dans la religion et que l’on attendait véritablement la fin. Le monde va trop mal, tout va trop mal. C’est comme le dernier recours. Donc, ce n’est pas une religion qui est tournée vers la vie, malheureusement. Au fond, c’est presque une manière de se détacher du monde.</p>



<blockquote class="wp-block-quote is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow">
<p class="has-text-align-center">« Plus je remontais loin en arrière, plus je me rendais compte qu’en fait, je trouvais les clés pour que le monde continue. Parce que la fin, on l’a vécue plein de fois »</p>



<p class="has-text-align-center"><sub>Mathieu Bélisle, auteur d’<em>Une brève histoire de l’espoir</em></sub></p>
</blockquote>



<p><strong>LD </strong>: <em>Vous parlez dans votre livre des ultra-riches qui se préparent à la fin du monde. Serait-ce parce qu’ils ont les moyens d’abandonner l’espoir, les moyens financiers et technologiques de chercher d’autres alternatives à notre monde si ce dernier s’effondre, alors que la majorité de la population n’a pas cette chance? Tout ce qu’ils ont, c’est justement l’espoir.</em></p>



<p><strong>MB</strong> : Il y a un moment où j’ai constaté que la dépression était un phénomène particulièrement prévalent dans les sociétés riches. Je ne veux pas dire que, dans les sociétés pauvres, il n’y a pas de problèmes de santé mentale. Mais peut-être qu’à un moment, on a déjà tout. Tout est planifié, tout est prévu. Donc l’espoir devient inutile ou, en tout cas, on ne le sent pas. Curieusement, c’est ça qui nous rend déprimés. Pour revenir aux ultra-riches, je me suis rendu compte que ces gens-là pratiquent l’espoir à une échelle tellement individuelle, tellement individualiste, qu’en fait, eux, ça ne les relie pas aux autres. Ils ont misé sur leur ambition, leurs affaires et leurs projets, puis ils sont devenus très riches. À un moment donné, ils ont découvert qu’ils étaient en réalité seuls et que tous leurs pouvoirs, leurs ambitions et leurs succès s’étaient peut-être faits au détriment du bien commun. Et à ce moment-là, que leur reste-t-il? Ils se sont détachés. C’est un groupe où il y a énormément de désir individuel, mais pas de désir collectif. Je trouve que l’espoir est une vertu qui nous relie.</p>



<p><strong>LD </strong>: <em>Peut-on réellement espérer sans quelqu’un sur qui s’appuyer?</em></p>



<p><strong>MB </strong>: Je pense que même seuls, l’espoir nous relie à ce que j’appelle une communauté imaginable, une communauté d’absents. L’espoir, d’abord, c’est ce qui relie le passé et l’avenir, qui nous met dans un mouvement qui va du passé vers l’avenir, à l’inverse de la nostalgie qui va de l’avenir au passé, voulant empêcher le mouvement. Je dirais que oui, mais que même dans la solitude, on communie malgré tout avec d’autres absents. On communie avec un auteur, on communie avec un philosophe, on communie avec une idée, aussi, qui nous rattache au monde.</p>



<p><strong>LD </strong>: <em>Que devrait-on retenir du passé pour nourrir notre espoir en l’avenir?</em></p>



<p><strong>MB </strong>: Je pense que ce qu’il faut retenir, c’est l’extraordinaire vitalité des humains, leur ingéniosité. C’est aussi leur capacité à se donner des raisons de continuer. Cela dit, je ne me place pas dans une position de supériorité par rapport au passé. J’ai l’image que le passé nous donne toute cette accumulation, qui crée une sorte de promontoire sur lequel on peut se placer, devenir comme les nains juchés sur l’épaule des géants. Il y a des chemins qu’on a empruntés, puis à un moment, on est arrivé à un cul-de-sac. Il a fallu trouver de nouveaux motifs pour poursuivre l’aventure. Cette quête-là m’impressionne.</p>



<blockquote class="wp-block-quote is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow">
<p class="has-text-align-center">« Je trouve que l’espoir est une vertu qui nous relie »<br><sub>Mathieu Bélisle, auteur d’Une brève histoire de l’espoir</sub></p>
</blockquote>



<p><strong>LD </strong>: <em>Est-ce qu’écrire ce livre vous a redonné espoir dans le monde ou vous a plutôt découragé?</em></p>



<p><strong>MB </strong>: Ça m’a donné espoir. Je crois que ça m’a vraiment apaisé. Je ne suis pas naïf, mais ça m’a apaisé parce que je me suis rendu compte que le pire n’est pas certain, que les humains ont aussi plus de résilience qu’on pense. Ce dont je voulais me rappeler, c’est qu’on est dans une époque où ce qui domine beaucoup, ce sont les discours que j’appellerais déclinistes ou crépusculaires. On est toujours dans l’image qu’il est « minuit moins une ». Ces discours sont là pour nous secouer, mais je ne pense pas qu’ils aient cet effet-là. Je pense qu’ils nous poussent plutôt à une sorte d”« aquabonisme » [de la question « à quoi bon? », <em>ndlr</em>]. Dès lors, on n’est pas en train de s’occuper du monde et ça commence par ce qui est proche de nous. Je sais qu’on aime toujours penser à des grandes révolutions à l’échelle planétaire, mais en fait, ça se passe dans le monde qu’on habite. Si le monde continue, ça veut dire qu’il faut recommencer à penser à long terme aussi. On est pris dans une boucle, une spirale que j’appellerais présentiste : avec les informations en continu, et les réseaux sociaux accélérateurs et propagateurs de mauvaises nouvelles, on est peut-être dans un rapport avec un présent bouché ou qui tourne sur lui-même, allant de catastrophe en catastrophe. On s’alimente six heures, huit heures par jour du discours en continu sur le monde. Il n’y a aucun moyen d’espérer parce qu’on est pris dans une immédiateté qui, en fait, nous rend absent au vrai monde ; on est dans sa projection, dans sa représentation. Les nouvelles en continu provoquent un découragement tout aussi continu. Mon idée, c’est de dire qu’il faut prendre un pas de recul. Pas nier ce qui se passe, évidemment. Mais il y a un moment où on en sait tellement qu’on ne fait que mesurer notre impuissance quotidiennement. Prendre un pas de recul, puis écrire l’histoire de l’espoir, c’était pour moi retrouver cette longue perspective. Et curieusement, plus je remontais loin en arrière, plus je me rendais compte qu’en fait, je trouvais les clés pour que le monde continue. Parce que la fin, on l’a vécue plein de fois.</p>
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		<item>
		<title>Ce soir l’amour est dans tes yeux</title>
		<link>https://www.delitfrancais.com/2025/10/01/ce-soir-lamour-est-dans-tes-yeux/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Loïc Arseneau]]></dc:creator>
		<pubDate>Wed, 01 Oct 2025 11:00:00 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Culture]]></category>
		<category><![CDATA[Littérature]]></category>
		<category><![CDATA[Non classé]]></category>
		<category><![CDATA[Demain l'amour]]></category>
		<category><![CDATA[Lion d'or]]></category>
		<guid isPermaLink="false">https://www.delitfrancais.com/?p=58808</guid>

					<description><![CDATA[<p>Soirée d’ouverture du Festival international de la littérature 2025.</p>
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]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[
<p class="has-drop-cap">C’est au Lion d’Or, cabaret style Art déco miraculeusement préservé de la démolition, qu’a eu lieu la soirée d’ouverture du Festival international de la littérature 2025 (FIL pour les intimes). Le spectacle intitulé <em>Demain l’amour</em> se présente comme un <em>happening</em> poétique et musical, une célébration de ce qui continue de nous unir en ces temps incertains et une lettre d’amour aux poètes et chansonnier·ère·s québécois·e·s. Mon ami Euniden et moi ne savons trop à quoi nous attendre. Nous étudions tous deux la littérature, mais nous nous avouons mutuellement que, la poésie, « c’est pas trop notre truc ». Par hasard, je tombe sur une de mes professeures du cégep (qui est aussi, je l’apprends ce soir-là, une ancienne rédactrice en chef du <em>Délit</em>). Nous échangeons jusqu’à ce que le tournage interrompe notre conversation. </p>



<p>Rien n’aurait pu nous préparer à ce que nous avons vécu ce soir-là. Ni une connaissance pointue de la poésie québécoise ni de la chanson québécoise ni de la musique ni de la performance poétique. Pendant une heure et demie, les artistes enchaînent les textes, les superposant même, parfois, avec une aisance et une ferveur qui crèvent les yeux. Les compositions des années 60 côtoient des textes contemporains inédits : Paré-Poirier, Leclerc, Vigneault, Gill, Daoust, Miron, Beauchamp… tous sont conviés à la fête. Il y a cinq voix sur scène. Elkahna Talbi, alias Queen K, met en chant un poème. En complément, le duo Célia Gouin-Arsenault et Flavie Melançon ose une déclamation extrêmement sensible de « La Vie, l’Amour, la Mort » de Félix Leclerc. À son tour, Mathieu Gosselin nous fait cadeau d’une lecture épique de <em>Regards et jeux dans l’espace</em> de Saint-Denys Garneau. Ce sont Ca- mille Paré-Poirier et Mattis Savard-Verhoeven qui complètent cette fabuleuse équipe d’interprètes.</p>



<blockquote class="wp-block-quote is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow">
<p>« Pendant une heure et demie, les artistes enchaînent les textes, les superposant même, parfois, avec une aisance et une ferveur qui crèvent les yeux »</p>
</blockquote>



<p>Du côté musical, tout au long du spectacle, la chanteuse Flavie est épaulée par le duo folk CORAIL (Julien Comptour et Philippe Noël) et Thomas Bruneau Faubert. L’accompagnement musical, souvent sous forme de percussion, transforme la simple lecture expressive en véritable expérience théâtrale. </p>



<p>Le spectacle se conclut par un extrait du <em>Journal</em> de Marie Uguay, dans lequel elle exprime l’amour immense qu’elle ressent pour ses ami·e·s. </p>



<blockquote class="wp-block-quote is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow">
<p>« L’accompagnement musical, souvent sous forme de percussion, transforme la simple lecture expressive en véritable expérience théâtrale »</p>
</blockquote>



<p>Euniden et moi sortons de ce spectacle bouleversés, gonflés d’amour pour le Québec, pour notre langue, pour notre poésie. Nous ne pouvons arrêter de parler de ce que nous venons de vivre. J’épluche la programmation du FIL : cabarets, spectacles, performances et rencontres littéraires tous les jours jusqu’au 4 octobre 2025. Mon ami rit un peu de mon engouement zélé. Je crois qu’il voit qu’en feuilletant la brochure, en imaginant toutes ces rencontres artistiques potentielles, c’est carrément de l’amour que j’ai dans les yeux.</p>
<p>L’article <a href="https://www.delitfrancais.com/2025/10/01/ce-soir-lamour-est-dans-tes-yeux/" data-wpel-link="internal">Ce soir l’amour est dans tes yeux</a> est apparu en premier sur <a href="https://www.delitfrancais.com" data-wpel-link="internal">Le Délit</a>.</p>
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		<item>
		<title>L’Autre Bout du monde : un périple pour prolonger l’été</title>
		<link>https://www.delitfrancais.com/2025/09/24/lautre-bout-du-monde-un-periple-pour-prolonger-lete/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Rose Langlois]]></dc:creator>
		<pubDate>Wed, 24 Sep 2025 11:00:00 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Culture]]></category>
		<category><![CDATA[Littérature]]></category>
		<category><![CDATA[ÉTÉ]]></category>
		<category><![CDATA[L'Autre Bout du Monde]]></category>
		<category><![CDATA[Maryse Pagé]]></category>
		<guid isPermaLink="false">https://www.delitfrancais.com/?p=58658</guid>

					<description><![CDATA[<p>Entrevue avec l’autrice Maryse Pagé.</p>
<p>L’article <a href="https://www.delitfrancais.com/2025/09/24/lautre-bout-du-monde-un-periple-pour-prolonger-lete/" data-wpel-link="internal">L’Autre Bout du monde : un périple pour prolonger l’été</a> est apparu en premier sur <a href="https://www.delitfrancais.com" data-wpel-link="internal">Le Délit</a>.</p>
]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[
<p class="has-drop-cap">Maryse Pagé est une autrice prolifique de romans jeunesse, connue notamment pour <em>Rap pour violoncelle seul</em>, paru en 2020. <em>L’Autre Bout du monde</em>, son tout nouveau livre, est arrivé en librairie le 16 septembre dernier. <em>Le Délit </em>s’est entretenu avec elle afin d’en savoir davantage.</p>



<p><strong><em>Le Délit </em>(LD) </strong>: <em>Comment avez-vous abordé cette nouvelle publication après </em>Rap pour violoncelle seul <em>qui a connu un grand succès?</em></p>



<p><strong>Maryse Pagé (MP) </strong>: Ça fait peur, c’est sûr, quand on a connu un grand succès. Si on connaissait toujours la recette d’un succès, on l’appliquerait, mais on ne sait jamais, ça dépend de tellement de choses. La peur, il ne faut pas que ça t’arrête.</p>



<p><strong>LD </strong>: <em>Quelques thématiques reviennent dans </em>L’Autre Bout du monde <em>: les amitiés intergénérationnelles, la quête de soi… Ce sont des sujets sur lesquels vous revenez souvent. Pourriez-vous expliquer pourquoi?</em></p>



<p><strong>MP </strong>: Oui, les relations intergénérationnelles, c’est plus fort que moi. Sans vouloir me psychanalyser, je n’ai jamais connu mes grands-parents, mes enfants n’ont à peu près pas connu les leurs. Je pense que c’est un manque dans ma vie que j’essaie de combler, et je trouve que les ados et les aînés peuvent beaucoup s’apporter les uns aux autres. Dans <em>L’Autre Bout du monde</em>, c’est l’histoire d’un <em>road trip</em>, complètement différent de <em>Rap pour violoncelle seul</em>, mais c’est vrai que Mira est une adolescente, accompagnée de Marguerite, plus âgée. Dès que tu écris pour des ados, la quête de soi, ça revient évidemment : je pense que ça fait partie de cette étape-là de la vie.</p>



<p><strong>LD </strong>: <em>Qu’est-ce qui vous a poussée à écrire </em>L’Autre Bout du monde<em>?</em></p>



<p><strong>MP </strong>: Premièrement, j’adore les <em>road trips</em>, j’adore les films comme <em>Thelma et Louise </em>ou <em>Little Miss</em> <em>Sunshine</em>. J’avais le goût d’écrire avec de la matière. Dans la vie, un livre qui est un <em>road trip </em>– mais j’écris sur ce qui me dérange. J’écoutais les nouvelles et encore un féminicide, encore des histoires de relations toxiques… Je me disais : «Voyons, on dirait que ça ne change pas.» C’est un peu ça, ma prémisse, de constater que tu peux être une femme de 70 ans et avoir vécu une relation toxique dans ta jeunesse alors que tu peux le vivre quand tu n’as même pas 20 ans. C’est un peu différent, mais les formes se ressemblent. J’avais envie d’un <em>road trip </em>féministe qui parle quand même du droit des femmes, mais je ne voulais pas que ça soit lourd. Oui, il se passe des choses un peu graves, mais j’essaie que ce soit quand même agréable, qu’on prolonge l’été sur la route. C’est toujours mon souci de faire passer des messages, des choses qui me tiennent à cœur, mais sous des histoires qui paraissent quand même légères.</p>



<p>Maryse Pagé offre une fois de plus un roman haut en couleur, qui s’adresse aux jeunes… et aux moins jeunes. Trouvez Mira et Marguerite dans <em>L’Autre Bout du monde </em>en librairie.</p>
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		<title>Place au français!</title>
		<link>https://www.delitfrancais.com/2025/03/19/place-au-francais/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[L&#39;équipe du Délit]]></dc:creator>
		<pubDate>Wed, 19 Mar 2025 11:00:00 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Culture]]></category>
		<category><![CDATA[Littérature]]></category>
		<category><![CDATA[recommandations]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>L’équipe partage ses recommandations littéraires francophones.</p>
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										<content:encoded><![CDATA[
<p>J’aime particulièrement les éditions Mémoire d’encrier, fondées à Montréal en 2003, qui réunissent auteurs de diverses origines. Leurs livres ont pour but de sensibiliser les lecteurs à l’histoire et aux inégalités. Si vous souhaitez découvrir des voix uniques et parvenir à apprécier le monde sous un regard différent, je ne peux que vous conseiller un de leurs livres!</p>



<p>Pierre Falardeau. Un vrai révolutionnaire. Son œuvre est le combat d’une vie – authentique, percutante, véritablement québécoise. Commencez par <em>Octobre </em>ou <em>Rien n’est plus précieux que la liberté et l’indépendance </em>et n’arrêtez jamais!</p>



<p>Je recommande les livres de René Barjavel à celles et ceux qui ont envie de rêver pendant un moment. Impossible de ne pas être marqué par son livre <em>Ravage</em>, le plus connu, mais je recommande avant tout son livre <em>La Nuit des Temps</em>, un chef‑d’œuvre qui fait aussi bien rire que pleurer. <em>Les chemins de Katmandou </em>est moins chargé en émotion, mais tout aussi agréable à la lecture!</p>



<p>J’aime la non-fiction d’Emmanuel Carrère, où les récits de vie se dévoilent dans leur crue réalité, chargés d’émotions puissantes. <em>D’autres vies que la mienne </em>est une mer déchaînée où la douleur du deuil se mêle à l’espoir. Dans <em>L’adversaire</em>, c’est une révélation psychanalytique, une plongée vertigineuse dans l’âme humaine. Mais il y a aussi la poésie, qui sculpte les mots comme des ornements délicats, suspendus dans le temps. Lisez Paul Éluard et Louis Aragon.</p>



<p>Je recommande vivement les pièces de théâtre de Yasmina Reza – <em>Conversations après un enterrement</em>, <em>La traversée de l’hiver </em>et <em>Art </em>ont de quoi plaire à tous les lecteurs. Reza parvient à construire de véritables drames, touchants et universels, à partir de sujets qui paraissent souvent banals au premier abord. Ses pièces vous feront rire et pleurer.</p>



<p>J’ai découvert un de mes récits coups de cœur à travers le film d’animation <em>L’homme qui plantait des arbres </em>(basé sur la nouvelle de Jean Giono) du réalisateur québécois Frédéric Back. L’histoire est par elle-même vivante, et les dessins ainsi que la narration du film magnifient son message en plongeant le spectateur dans un univers poétique et bouleversant, où la nature reprend peu à peu ses droits grâce à la détermination et l’altruisme d’un homme. C’est un court métrage à voir plusieurs fois dans sa vie, pour sa douceur et son rappel franc de la fragilité de l’environnement et notre indissociabilité avec celui-ci.</p>



<p>Yasmina Khadra, auteur algérien de renommée internationale et maintes fois primé, demeure pour moi l’un des meilleurs écrivains francophones. Il maîtrise l’art de décrire des réalités souvent ignorées ou incomprises avec une complexité et une profondeur rares. Ses œuvres, généralement ancrées dans des contextes musulmans, vont bien au-delà des stéréotypes et archétypes associés à l’image de l’arabe. Il dépeint des personnages d’une richesse, pris dans des dilemmes existentiels et des contradictions multiples. Ce qui m’impressionne toujours, c’est sa capacité à faire ressentir l’aliénation de façon aussi saisissante et vivante, plongeant le lecteur dans un questionnement qu’il ne peut oublier.</p>



<p>Je ne peux que soutenir ces propos. Si <em>Ce que le jour doit à la nuit</em>, le plus connu des romans de Yasmina Khadra, allie merveilleusement l’histoire de son protagoniste au contexte de la guerre d’Algérie, j’ai particulièrement aimé lire <em>L’Écrivain</em>. Dans cette autobiographie, l’auteur nous raconte son amour pour la langue française et la littérature, et narre le développement de son processus d’écriture au sein du cadre militaire rigide et disciplinaire qui l’a vu grandir.</p>



<p>Parce qu’à mes yeux, aucune œuvre ne peut égaler la gigantesque fresque d’Émile Zola des <em>Rougon-Macquart</em>, je vous recommande en particulier le roman <em>Au Bonheur des Dames</em>. Le récit décrit la naissance des grands magasins en pleine révolution industrielle en France à une époque qui n’avait encore jamais connu la surconsommation. Se replonger dans les classiques demande un peu d’effort, mais cela vaut toujours le coup. Dans le même registre, et pour un format plus court, je suggère la lecture de la nouvelle <em>Boule de Suif </em>de Maupassant.</p>



<p>La bande dessinée est un média accessible qui réussit à communiquer aux tout petits comme aux plus vieux. J’aime particulièrement <em>Le petit astronaute </em>de Jean-Paul Eid. C’est un récit qui touche le cœur et qui vient chercher la beauté par la tristesse.</p>



<p>Je trouve aussi que les bandes dessinées permettent d’explorer des sujets profonds, tout en gardant un élément visuel qui permet à nos cerveaux sursollicités de rester plongés dans des récits complexes. Un des classiques récents du genre est évidemment <em>Le monde sans fin </em>de Blain et Jancovici, qui offre une réflexion percutante sur le changement climatique. Je recommande aussi fortement <em>Shenzhen</em>, de Guy Delisle, une autobiographie visuelle savamment construite qui retrace la période de vie du Québécois dans cette ville chinoise bourdonnante, surprenante, et parfois incompréhensible.</p>



<p>Entièrement d’accord! L’univers de la BD nous emmène dans des réalités à la fois visuelles et narratives qui marquent durablement. Dans cette même lignée, je recommande <em>J’y vais mais j’ai peur </em>de Clarisse Crémer. Ce récit graphique explore avec sincérité et passion le monde de la voile, un domaine où les femmes sont encore trop peu représentées. C’est une BD qui parle d’aventure, mais aussi d’engagement et de dépassement de soi, le tout raconté avec une authenticité qui résonne. Aussi, je recommanderai toujours les livres que j’ai pu lire petite, et qui se relisent encore et encore, bien plus tard dans la vie. Ce sont ces livres-là qui m’ont le plus marqués, parce que je les ai lus ou écoutés en livre audio des dizaines de fois, et les relire plus tard leur fait prendre un tout autre sens. Je ne pourrais jamais me lasser de la version audio de <em>Zazie dans le métro</em>, par Raymond Queneau. C’est cru, c’est vivant, c’est drôle, et on en apprend beaucoup plus en redécouvrant ça des années plus tard.</p>
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		<title>Lancement de la 23e édition de la revue Lieu Commun</title>
		<link>https://www.delitfrancais.com/2025/01/29/lancement-de-la-23e-edition-de-la-revue-lieu-commun/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Tess Guillou]]></dc:creator>
		<pubDate>Wed, 29 Jan 2025 12:00:00 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Culture]]></category>
		<category><![CDATA[Littérature]]></category>
		<category><![CDATA[lancement]]></category>
		<category><![CDATA[Lieu commun]]></category>
		<category><![CDATA[McGill]]></category>
		<category><![CDATA[revue]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>Rendez-vous au pied de la lettre.</p>
<p>L’article <a href="https://www.delitfrancais.com/2025/01/29/lancement-de-la-23e-edition-de-la-revue-lieu-commun/" data-wpel-link="internal">Lancement de la 23e édition de la revue Lieu Commun</a> est apparu en premier sur <a href="https://www.delitfrancais.com" data-wpel-link="internal">Le Délit</a>.</p>
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										<content:encoded><![CDATA[
<p class="has-drop-cap">Éditer c’est rendre les mots tangibles. C’est rendre accessible l’histoire qui ne vit que par son auteur, pour son auteur. Éditer, c’est partager. C’est pourquoi Lieu Commun nous a offert un moment d’échange lors du lancement de son 23e numéro, celui de l’automne 2024. </p>



<p><strong>Revue mcgilloise depuis 2012 </strong></p>



<p>Lieu Commun est l’unique revue littéraire francophone de l’Université McGill, qui réalise chaque semestre un appel de textes. Ce dernier se base sur un thème : une expression de la langue française, telle que « l’ombre au tableau » de l’édition d’hiver 2024, que l’équipe éditoriale vous invite à déconstruire, à réinventer. Pour montrer que les mots ne sont pas figés, pour titiller votre réflexion, votre imagination. Si la revue prend racine à l’Université McGill, les soumissions sont toutefois ouvertes à tous.</p>



<p><strong>Synonyme de partage </strong></p>



<p>Tenu à la librairie N’était-ce-pas l’été, dans le quartier de la Petite Italie, le lancement a permis la rencontre entre auteur·rice·s, éditeur·rice·s et lecteur·rice·s. La soirée s’est ainsi ouverte sur les mots d’Alexandra Girlovan, éditrice et coordinatrice de la revue, accompagnée des autres membres du comité éditorial : Océane Nzeyimana, César Al-Zawahra, Irina Kjelsen, Julie Nicomette, Naomi Degueldre et moi-même. Puis, les auteur·rice·s présent·e·s ont eu l’occasion de lire leur texte édité, plongeant l’auditoire dans un moment suspendu où seuls les mots comptent. Le cadre propice à la découverte a permis un moment « inspirant », comme le souligne Robin Cros, un étudiant présent pour l’occasion, créant un véritable écrin de bienveillance. Certaines phrases ont marqué les esprits, des images ont provoqué des conversations sur le rôle de l’écriture et son importance. </p>



<blockquote class="wp-block-quote is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow">
<p class="has-text-align-center">« Pour montrer que les mots ne sont pas figés, pour titiller votre réflexion, votre imagination »</p>
</blockquote>



<p>Immergés au milieu des livres, dans une ambiance chaleureuse et conviviale, tous ont eu l’opportunité, l’espace de quelques heures, de pousser la porte de l’univers littéraire. C’est par ailleurs ce que m’a souligné Franck Menelik, étudiant de HEC : « Les lectures ont touché des cordes sensibles en moi […] c’est toujours si agréable de réaliser qu’on n’est pas le seul à écrire. C’est, sans aucun doute, une communauté qui rapproche et qui crée des liens. »</p>



<p>Chacun a ainsi pu repartir avec un exemplaire de la revue. Cet exemplaire gratuit restera une part tangible de cette parenthèse hors du temps, un souvenir des mots échangés, des rêves évoqués et des conversations inachevées qui se poursuivent à l’extérieur. Le lancement s’est terminé sur l’annonce du thème pour l’édition d’hiver 2025 : « La mer à boire», de l’expression « ce n’est pas la mer à boire ». Si, originalement, cette formule s’emploie pour dédramatiser une situation, libre à vous de la déjouer, de la défaire. Libre à vous de penser différemment. Et c’est par ailleurs ce que comptent faire plusieurs personnes interrogées lors du lancement ; leurs esprits fourmillent déjà d’idées. Alors, si l’inspiration vous vient, si les mots coulent de source, si vous rêvez de tenter une nouvelle aventure, n’hésitez plus et écrivez. Soumettez votre texte. Qu’il soit retenu ou non, vous aurez parcouru la plus grande partie du chemin en acceptant de vous livrer sur le papier ; en cherchant à voir plus loin que ce que les thèmes peuvent signifier.</p>
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		<title>Entrevue avec la maison d’édition Les coins du cercle</title>
		<link>https://www.delitfrancais.com/2024/10/09/entrevue-avec-la-maison-dedition-les-coins-du-cercle/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Philippine d'Halleine]]></dc:creator>
		<pubDate>Wed, 09 Oct 2024 11:00:00 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Culture]]></category>
		<category><![CDATA[Entrevue]]></category>
		<category><![CDATA[Littérature]]></category>
		<category><![CDATA[Slider]]></category>
		<category><![CDATA[Maison d'édition]]></category>
		<category><![CDATA[Montréal]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>Étudiant le jour, éditeur la nuit : une maison d’édition accessible.</p>
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]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[
<p class="has-drop-cap">Lundi 30 septembre dernier, j’ai retrouvé deux des fondateurs de la nouvelle maison d’édition Les coins du cercle. Ils m’ont accueillie autour d’un petit déjeuner pour discuter de leur bijou entrepreneurial, de leurs ambitions et de littérature. La maison d’édition est composée de trois éditeurs : Alice Leblanc, Kenza Zarrouki et Mattéo Kaiser. Animés par leur passion, ils reviennent dans cet entretien sur leur projet dont le but est de faire rayonner la communauté des écrivains et des lecteurs, en deux mots : créativité et accessibilité.</p>



<figure class="wp-block-image size-full"><img loading="lazy" decoding="async" width="1170" height="1475" src="https://www.delitfrancais.com/wp-content/uploads/2024/10/matteo.jpg" alt class="wp-image-56218" srcset="https://www.delitfrancais.com/wp-content/uploads/2024/10/matteo.jpg 1170w, https://www.delitfrancais.com/wp-content/uploads/2024/10/matteo-650x819.jpg 650w, https://www.delitfrancais.com/wp-content/uploads/2024/10/matteo-150x189.jpg 150w, https://www.delitfrancais.com/wp-content/uploads/2024/10/matteo-768x968.jpg 768w" sizes="auto, (max-width: 1170px) 100vw, 1170px"><figcaption class="wp-element-caption"><span class="media-credit">Les coins du cercle</span> Franco-marocaine, Kenza Zarrouki a déménagé à Montréal pour compléter ses études à l’UdeM. Aujourd’hui, elle poursuit sa scolarité à la maîtrise en études internationales, avec une spécialité en études européennes. Souvent contrainte de lire des revues académiques, elle reste passionnée de littérature, notamment les romans explorant la condition humaine. Kenza aime découvrir de nouveaux ouvrages pour analyser les différentes méthodes de pensée, qui lui permettent d’aborder le monde sous un nouvel angle. « L’un de mes processus de réflexion sur la vie en général, mais aussi sur mes propres émotions, passe par l’écriture et la lecture. [C’est] intime de publier un ouvrage, et il est important que l’auteur se sente à l’aise et en confiance : c’est mon rôle dans cette maison d’édition. »</figcaption></figure>



<figure class="wp-block-image size-full"><img loading="lazy" decoding="async" width="1170" height="1529" src="https://www.delitfrancais.com/wp-content/uploads/2024/10/kenza.jpg" alt class="wp-image-56217" srcset="https://www.delitfrancais.com/wp-content/uploads/2024/10/kenza.jpg 1170w, https://www.delitfrancais.com/wp-content/uploads/2024/10/kenza-650x849.jpg 650w, https://www.delitfrancais.com/wp-content/uploads/2024/10/kenza-150x196.jpg 150w, https://www.delitfrancais.com/wp-content/uploads/2024/10/kenza-768x1004.jpg 768w" sizes="auto, (max-width: 1170px) 100vw, 1170px"><figcaption class="wp-element-caption"><span class="media-credit">Les coins du cercle</span> Québécois de naissance, Mattéo Kaiser a grandi dans un système d’éducation francophone tout au long de son parcours académique. Il complète actuellement une maîtrise en littérature comparée, et rédige sa thèse sur la dépersonnalisation à l’UdeM. Ses études lui ont offert un tremplin dans le monde de la rédaction et de la correction. Il est guidé par la créativité et le désir de donner une chance à tous de publier. « J’aimerais justement pouvoir rendre [le monde de l’édition] un peu plus populaire pour faire en sorte que les gens aient envie de se faire publier, aient envie de partager leurs pensées globalement, puis de les proposer au marché intellectuel. »</figcaption></figure>



<figure class="wp-block-image size-full"><img loading="lazy" decoding="async" width="1170" height="1150" src="https://www.delitfrancais.com/wp-content/uploads/2024/10/alice.jpg" alt class="wp-image-56219" srcset="https://www.delitfrancais.com/wp-content/uploads/2024/10/alice.jpg 1170w, https://www.delitfrancais.com/wp-content/uploads/2024/10/alice-650x639.jpg 650w, https://www.delitfrancais.com/wp-content/uploads/2024/10/alice-150x147.jpg 150w, https://www.delitfrancais.com/wp-content/uploads/2024/10/alice-768x755.jpg 768w" sizes="auto, (max-width: 1170px) 100vw, 1170px"><figcaption class="wp-element-caption"><span class="media-credit">Les coins du cercle</span> Alice Leblanc, Montréalaise, fait partie du collectif « NOUS » qui étudie la santé mentale des jeunes au Québec, et travaille en tant qu’attachée politique pour le député de Jean-Talon, Pascal Paradis. En janvier 2024, elle publie et édite son premier recueil de poésie Jeune et Vivante chez Les coins du cercle. Alice y décrit son ressenti de jeune femme dans la société québecoise. Sa collègue Kenza salue sa créativité : « C’est un cri du coeur sincère et sensible. C’est très apprécié d’avoir ce genre d’oeuvres-là dans notre société », souligne-t-elle.</figcaption></figure>



<p><strong>Philippine d’Halleine (PH) :</strong> <em>Qui êtes-vous et en quoi consiste votre projet d’édition?</em></p>



<p><strong>Kenza Zarrouki (KZ) :</strong> Cela fait maintenant un an que nous avons officiellement créé notre entreprise, mais l’idée existait bien avant. À l’origine, nous voulions simplement créer un cercle de lecture, un espace où passionnés et débutants pouvaient échanger autour de différents ouvrages. Puis, nous avons conclu que nous voulions aller plus loin.</p>



<p><strong>Mattéo Kaiser (MK) : </strong>Notre inspiration vient de notre désir de rendre accessible le monde de l’édition aux jeunes dans la vingtaine et aux adolescents en leur proposant des services de conseils pour l’édition de leurs travaux francophones. Notre travail consiste en une relecture littéraire, toujours selon un même axe : garder l’essence du style de l’auteur pour que le travail de son texte demeure le sien.</p>



<p><strong>PH :</strong> <em>Votre projet a donc évolué d’un cercle de lecture à une maison d’édition. Comment cette transition s’est-elle effectuée?</em></p>



<p><strong>MK :</strong> Tout a commencé lorsque Alice a souhaité publier son livre. C’est en février dernier que nous avons organisé une soirée de lancement, qui s’est avérée un vif succès. Nous avons ensuite entrepris les démarches pour lancer notre maison d’édition. Lors de cette soirée, j’ai vu quelque chose de beau ; l’image du littéraire est bien trop souvent celle d’une personne recluse, qui lit seule dans son coin. Ce genre de soirée permet de constater le côté plus social de la lecture.</p>



<p><strong>KZ :</strong> Au début, après avoir consulté des membres de notre entourage, nous nous sommes demandés si ce n’était pas un projet trop ambitieux. Finalement, seul le processus administratif aurait pu nous faire reculer. Je pense que c’est une très bonne manière pour nous, à titre individuel, d’en apprendre le monde de l’entrepreneuriat.</p>



<p><strong>PH :</strong> <em>Comment faite-vous pour gérer le financement?</em></p>



<p><strong>KZ :</strong> Pour l’instant, nous ne correspondons pas aux critères pour obtenir les subventions du Québec parce qu’il faut détenir au moins deux ans d’existence ainsi que quatre publications à notre actif, en vue de prouver notre stabilité, notamment pour ce qui est de nos projections à long terme. Pour l’instant, toutes les dépenses sont à nos frais personnels. Nous avons un site internet qui sera disponible dès la semaine prochaine, sur lequel il sera possible de se procurer les livres, ce qui régulera nos dépenses.</p>



<p><strong>PH :</strong> <em>Quels sont vos objectifs d’ici les prochains mois, voire les prochaines années?</em></p>



<p><strong>KZ :</strong> Sur le court à moyen terme, nous travaillons déjà sur trois ouvrages qui seront publiés cet automne, et un quatrième pour l’hiver 2025. C’est une belle première lancée.</p>



<p><strong>MK :</strong> La priorité est de recevoir suffisamment de manuscrits pour que l’on puisse commencer à fournir nos services. Pour une maison d’édition, l’objectif, c’est d’imprimer des livres, de voir, devant nous, le produit final. Il y a quelque chose de valorisant là-dedans. C’est du carburant.</p>



<p><strong>PH : </strong><em>Comment se déroule le processus de l’envoi d’un manuscrit?</em></p>



<p><strong>KZ :</strong> Il y a d’abord une prise de contact où nous rencontrons l’auteur, puis nous discutons de ses ambitions et de ce qu’il ou elle veut partager. Il y a évidemment un contrat écrit, qui protège nos intérêts et ceux de l’auteur. Nous organisons des rencontres bi-mensuelles – dépendamment du travail nécessaire – pour discuter de l’oeuvre et de ses points d’amélioration. Nous sommes trois éditeurs à participer à la correction du livre. Ainsi, chacun peut offrir ses conseils de façon constructive. Ce à quoi nous nous attendons, c’est que l’auteur soit capable d’accepter les commentaires et critiques, qu’elles soient positives ou négatives, afin d’assurer le bon déroulement du processus.</p>



<p><strong>PH :</strong> <em>Selon vous, quelle est la principale différence entre votre maison d’édition et celles qui sont plus établies?</em></p>



<p><strong>MK :</strong> Nous offrons une accessibilité et un soutien aux jeunes auteurs. L’objectif est de leur offrir une plateforme pour les aider à faire leurs premiers pas dans le milieu de l’édition, en respectant des valeurs comme la liberté d’expression. Nous proposons aussi des services de révision de textes, de correction, et d’analyse créative, en vue d’essayer de développer le scénario ou l’histoire, s’il y a lieu.</p>



<p><strong>PH :</strong> <em>Quels conseils donneriez-vous aux jeunes auteurs?</em></p>



<p><strong>MK : </strong>La créativité est la capacité humaine la plus élevée, selon moi. Vraiment, c’est ce qui nous permet de vivre et de nous adapter. Sans elle, nous n’en serions pas là. Quand tu commences à créer, et que tu oses aller jusqu’au bout, tu vois à quel point c’est bénéfique. C’est une expérience très épanouissante. Si tu as envie de te sentir bien : crée. </p>



<p><strong>KZ : </strong>Comme le dit Mattéo, la créativité est un cri du coeur que nous avons tous à l’intérieur de nous. C’est par l’expression et l’appréciation des arts, qu’on peut se retrouver à s’élever sur tous les aspects de notre vie. Je dirais : élevez-vous autant que vous le pouvez.</p>



<p><em>Pour en savoir plus sur la maison d’édition Les coins du cercle, vous pouvez visiter <a href="https://www.lescoinsducercle.com/" data-wpel-link="external" target="_blank" rel="external noopener noreferrer">leur site internet</a>, accessible dès maintenant</em>. </p>



<figure class="wp-block-image size-full"><img loading="lazy" decoding="async" width="1002" height="1600" src="https://www.delitfrancais.com/wp-content/uploads/2024/10/ATOUCEUKILISENCORE.jpg" alt class="wp-image-56223" srcset="https://www.delitfrancais.com/wp-content/uploads/2024/10/ATOUCEUKILISENCORE.jpg 1002w, https://www.delitfrancais.com/wp-content/uploads/2024/10/ATOUCEUKILISENCORE-650x1038.jpg 650w, https://www.delitfrancais.com/wp-content/uploads/2024/10/ATOUCEUKILISENCORE-150x240.jpg 150w, https://www.delitfrancais.com/wp-content/uploads/2024/10/ATOUCEUKILISENCORE-768x1226.jpg 768w, https://www.delitfrancais.com/wp-content/uploads/2024/10/ATOUCEUKILISENCORE-962x1536.jpg 962w" sizes="auto, (max-width: 1002px) 100vw, 1002px"><figcaption class="wp-element-caption"><span class="media-credit">Les coins du cercle</span> <br><em>Mattéo publie son premier livre cet automne. Nous en avons discuté en primeur lors de notre entretien.</em></figcaption></figure>



<p><em>ATOUÇEUKILISENCORE </em>sortira en novembre, un ouvrage qu’il décrit comme léger, mais profond. Ce recueil de réflexions personnelles est assez loin d’un style académique, mais plutôt une invitation à la réflexion accessible, qui mêle humour et philosophie au quotidien. Ce n’est ni un roman traditionnel, ni un essai classique. Au fil des pages, Mattéo souhaite briser la barrière entre l’auteur et le lecteur, en instaurant un dialogue libre et spontané à travers ses écrits. Il encourage ainsi chacun à lire à son propre rythme, sans la moindre pression : « Mon livre, tu peux le lire où tu veux, l’abandonner un moment et le reprendre plus tard. C’est un acte libre : fais-en ce que tu veux. »</p>



<p>L’écriture d’<em>ATOUÇEUKILISENCORE</em> a débuté pendant la pandémie, une période pendant laquelle l’écriture était un moyen d’échappatoire du confinement pour beaucoup. Influencé par les travaux de Dany Laferrière, le livre capture une pensée journalière, à travers un style personnel, québécois et universel à la fois. Le titre, un jeu de mots sans espace, souligne la spontanéité face aux règles strictes de la langue. « Le titre représente aussi ce langage parfois malmené qu’on utilise au quotidien, un clin d’oeil à notre rapport décomplexé au français. Mais à travers cela, il y a du fond et du soin. » Ce faisant, Mattéo nous plonge dans son esprit, tout en laissant au lecteur la liberté d’y entrer ou d’en sortir à sa guise.</p>
<p>L’article <a href="https://www.delitfrancais.com/2024/10/09/entrevue-avec-la-maison-dedition-les-coins-du-cercle/" data-wpel-link="internal">Entrevue avec la maison d’édition Les coins du cercle</a> est apparu en premier sur <a href="https://www.delitfrancais.com" data-wpel-link="internal">Le Délit</a>.</p>
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		<title>Le FIL célèbre ses 30 ans</title>
		<link>https://www.delitfrancais.com/2024/09/25/le-fil-celebre-ses-30-ans/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Béatrice Poirier-Pouliot]]></dc:creator>
		<pubDate>Wed, 25 Sep 2024 11:00:00 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Culture]]></category>
		<category><![CDATA[Littérature]]></category>
		<category><![CDATA[Slider]]></category>
		<category><![CDATA[Festival]]></category>
		<category><![CDATA[Festival international de la littérature (FIL)]]></category>
		<category><![CDATA[FIL]]></category>
		<category><![CDATA[Montréal]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>Hommage à une littérature vivante.</p>
<p>L’article <a href="https://www.delitfrancais.com/2024/09/25/le-fil-celebre-ses-30-ans/" data-wpel-link="internal">Le FIL célèbre ses 30 ans</a> est apparu en premier sur <a href="https://www.delitfrancais.com" data-wpel-link="internal">Le Délit</a>.</p>
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										<content:encoded><![CDATA[
<p class="has-drop-cap">Le Festival international de la littérature (FIL), est un événement incontournable de la scène littéraire montréalaise, qui célèbre depuis maintenant trois décennies la magie des mots et des récits. Bien plus qu’un simple festival littéraire, le FIL est une véritable ode à la littérature sous toutes ses formes, offrant à chaque édition une expérience unique où la littérature se mêle au théâtre, au cinéma, à la danse et à la musique. La littérature se libère des carcans du livre et prend d’assaut les ruelles, les tavernes et les cinémas. Ce sont des lectures, des performances, des poèmes murmurés ou scandés qui résonnent, des mots qui dansent dans les rues et s’immiscent dans le quotidien des Montréalais. Des apéros littéraires aux cabarets festifs, en passant par des hommages aux grandes plumes d’ici et d’ailleurs, cet événement multidisciplinaire s’empare depuis 1994 du Quartier des spectacles, où se rencontrent écrivains, artistes et passionnés de la littérature sous toutes ses formes.</p>



<p>Au-delà de son rôle de créateur d’événements littéraires, le FIL se positionne également comme un acteur majeur dans la professionnalisation des arts littéraires. Il offre un soutien artistique et financier aux écrivains et aux artistes, leur permettant de collaborer avec des professionnels du milieu et de présenter leurs œuvres devant un public passionné. Le festival sert également de vitrine, assurant la visibilité des spectacles auprès d’un large public, et permettant à la littérature de rayonner bien au-delà des frontières québécoises.</p>



<p>L’édition de cette année marque un jalon symbolique, soit les 30 ans du festival. 30 ans d’expérimentation, au cours desquels la parole écrite a pris vie au fil des mises en scène et des dialogues entre artistes. 30 ans de programmations surprenantes, riches et diversifiées, où la littérature s’est intégrée à la vie urbaine montréalaise, où chaque coin de rue devient une scène potentielle, chaque recoin une page blanche prête à accueillir une nouvelle histoire.</p>



<p>Pour souligner comme il se doit cette 30<em>e </em>édition du FIL, <a href="https://placedesarts.com/fr/evenement/au-fil-de-nos-30-ans" data-wpel-link="external" target="_blank" rel="external noopener noreferrer">une exposition</a> installée à la galerie de l’Espace culturel Georges-Émile-Lapalme fait un retour ludique sur le parcours du festival. Elle retrace ses débuts depuis 1994 jusqu’à sa renommée d’aujourd’hui, qui s’étend bien au-delà de l’île de Montréal.</p>



<p>Lors du <a href="https://www.lapresse.ca/arts/litterature/2024-08-20/une-riche-programmation-pour-les-30-ans-du-fil.php" data-wpel-link="external" target="_blank" rel="external noopener noreferrer">dévoilement de sa programmation</a> le 20 août dernier, l’effervescence régnait déjà parmi les invités. En effet, au-delà de son exposition commémorative, le FIL a su célébrer en grand ses 30 ans : ce sont des artistes renommés qui participent à cette édition, des auteurs reconnus sur la scène littéraire, des comédiens chéris par le public québécois, et des metteurs en scène d’expertise. Parmi ces visages familiers, on reconnaît Dominique Fortier, Anaïs Barbeau-Lavalette et Antoine Charbonneau-Demers.</p>



<p><strong><em>Terrasses </em>: lecture polyphonique</strong></p>



<p>C’est d’abord le spectacle <em>Terrasses</em>, adapté du récit éponyme de Laurent Gaudé, qui a inauguré le festival ce mercredi 18 septembre. Si à Paris, en mai dernier, <a href="https://www.journal-laterrasse.fr/terrasses-de-laurent-gaude-cree-un-choc-a-la-colline-dans-la-mise-en-scene-de-denis-marleau/" data-wpel-link="external" target="_blank" rel="external noopener noreferrer">l’adaptation scénique de Denis Marleau</a> a bouleversé le public, à Montréal, c’est sous la forme d’une lecture-spectacle que le récit prend vie. La mise en scène épurée nous invite à assister aux derniers échos d’une soirée ordinaire, pour laisser place à ce moment suspendu, cette fracture entre l’avant et l’après.</p>



<p>C’est sous les yeux attentifs de l’auteur lui-même que se déroule cette lecture percutante des événements survenus au Bataclan le 13 novembre 2015, où au cœur de la chaleur humaine, l’ombre s’est glissée, implacable, prête à frapper. Le texte, à la fois intime et universel, sombre et lumineux, réinvente la poésie de Gaudé et capture les dernières lueurs d’une normalité volée, avec une simplicité désarmante. Des comédiens prêtent leurs voix aux personnages, incarnant les éclats de vies brisées qui s’entremêlent dans un tableau collectif d’une humanité fragile, mais résiliente.</p>



<p>Le texte de Gaudé, porté par la musique de Jérôme Minière, devient une véritable onde qui traverse le public. Dans le silence qui ponctue chaque réplique, la poésie des mots de Gaudé est réinventée : « Nous resterons tristes longtemps, mais pas terrifiés », répètent les voix, comme un mantra, une promesse de résilience.</p>



<p>La représentation du mercredi soir a lieu devant une salle comble, tout comme celle du jeudi soir d’ailleurs, telle que la mention « COMPLET » sur le site du FIL l’indique. À la fascination initiale s’ajoute un bouche-à-oreille convaincant, qui consacre le sort de cette deuxième représentation : c’est avec une ovation que s’est clôt l’ultime lecture-spectacle.</p>



<p><strong><em>La belle-mère </em></strong><strong>: un conte de fée réinventé</strong></p>



<p>Alors que <em>Terrasses </em>vivait pour une deuxième soirée un succès retentissant, j’assistais à la première représentation de <em>La belle-mère</em>, un spectacle mis en scène par Elkahna Talbi, elle-même comédienne et « slameuse ». Si l’aura de célébrité de Laurent Gaudé a sans doute contribué à l’engouement autour de <em>Terrasses</em>, <em>La belle-mère </em>n’a pas bénéficié d’une notoriété similaire.</p>



<blockquote class="wp-block-quote is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow">
<p class="has-text-align-center">« La belle-mère, cet archétype millénaire, objet de méfiance et de malentendus dans l’imaginaire collectif occidental, se dépouille ici de ses oripeaux de sorcière maléfique pour révéler les complexités profondes de son rôle »</p>
</blockquote>



<p>Pourtant, lorsque j’ai pénétré les lieux de la représentation à 19h00 pile (contrairement à mon habitude, je me suis assurée d’arriver à l’heure : les retardataires ne seraient pas admis), il restait à peine quelques places. Par souci de discrétion (et peut-être aussi par dépit, je l’admets), alors que les lumières s’éteignaient, j’ai pris place au fond de la salle. Heureusement, l’intérieur de la Maison de la culture de Maisonneuve, où se déroulait la représentation, était suffisamment exigüe pour que la voix des actrices retentisse jusqu’à moi.</p>



<p>Co-écrit et interprété par Amélie Prévost et Rachel McCrum, <em>La belle-mère </em>est bien plus qu’un spectacle : c’est une invitation à repenser les relations familiales sous l’angle de la vulnérabilité, de la responsabilité et de l’amour – souvent caché – mais toujours présent. À travers une succession de fragments narratifs poétiques, la protagoniste de l’histoire, une belle-mère confrontée à une crise au sein de sa famille recomposée, plonge dans un exercice d’introspection d’une honnêteté déconcertante. Face à elle-même, aux choix qu’elle a faits, elle s’évertue à se conformer, non pas aux attentes de la société en ce qui concerne son rôle au sein de cette famille particulière, mais plutôt à celles de ceux qui l’aiment.</p>



<p>Confrontée à une version d’elle-même intransigeante, lui offrant tour à tour la vérité brute et les doutes intimes qui l’assaillent, le personnage de la belle-mère prend vie sous une lumière nouvelle, loin des stéréotypes éculés et des préjugés tenaces. La belle-mère, cet archétype millénaire, objet de méfiance et de malentendus dans l’imaginaire collectif occidental, se dépouille ici de son allure de sorcière maléfique pour révéler les complexités profondes de son rôle.</p>



<p>Le jeu des deux comédiennes, Amélie Prévost et Rachel McCrum, est tout simplement renversant. D’un côté, Prévost, avec sa sensibilité à fleur de peau, déploie une palette d’émotions d’une justesse troublante. Elle incarne une femme à la fois forte et fragile, capable d’affronter les tempêtes intérieures tout en tentant de rester debout pour ceux qui l’entourent. De l’autre, McCrum, avec son discours incisif et sarcastique, se fait la voix d’une autre facette de cette même belle-mère, celle qui lutte avec les non-dits, les incompréhensions et les attentes silencieuses. À maintes reprises, le ton railleur de la comédienne sème le rire parmi le public, moi y compris. Toutefois, l’accent anglais marqué de McCrum était parfois difficile à saisir – bien que cette diction à l’anglaise ajoute encore davantage à l’excentricité du personnage. Cet aspect caractéristique du jeu de McCrum lui a probablement bénéficié lors de la représentation suivante, le lendemain, où le spectacle s’est déroulé en anglais. Peut-être me serai-je alors plainte de l’accent francophone de Prévost si j’avais assisté à cette séance.</p>



<p>La performance des deux actrices offre un portrait réimaginé des liens familiaux, un portrait plus universel, qui interroge ce modèle canonique d’une famille nucléaire. <em>La belle-mère </em>n’hésite pas non plus à explorer les zones d’ombre, à soupeser les devoirs et libertés qui incombent à ce rôle ingrat, à analyser sans complaisance les attentes et les déceptions qui en découlent. Il ne s’agit pas ici d’une réhabilitation facile de l’image de la belle-mère, mais bien d’une relecture honnête et profonde de ce que signifie être au centre d’une famille recomposée, avec tout ce que cela implique de sacrifices et de malentendus, de moments de grâce et de tendresse.</p>



<p>La mise en scène, minimaliste mais d’une efficacité redoutable, laisse toute la place à la puissance des mots et à la subtilité des émotions. Chaque geste, chaque regard compte, et les silences entre les répliques parlent tout autant que les mots. L’aspect poétique de la narration renforce cette impression que le spectacle est plus qu’un simple récit : il est une véritable réflexion sur la place de chacun dans la famille, sur les choix que l’on fait et ceux que l’on subit, sur l’amour qui unit malgré tout.</p>



<figure class="wp-block-image size-large"><img loading="lazy" decoding="async" width="1200" height="900" src="https://www.delitfrancais.com/wp-content/uploads/2024/09/received_1977078812736734-1200x900.jpeg" alt class="wp-image-55941" srcset="https://www.delitfrancais.com/wp-content/uploads/2024/09/received_1977078812736734-1200x900.jpeg 1200w, https://www.delitfrancais.com/wp-content/uploads/2024/09/received_1977078812736734-650x488.jpeg 650w, https://www.delitfrancais.com/wp-content/uploads/2024/09/received_1977078812736734-150x113.jpeg 150w, https://www.delitfrancais.com/wp-content/uploads/2024/09/received_1977078812736734-768x576.jpeg 768w, https://www.delitfrancais.com/wp-content/uploads/2024/09/received_1977078812736734-1536x1152.jpeg 1536w, https://www.delitfrancais.com/wp-content/uploads/2024/09/received_1977078812736734-2048x1536.jpeg 2048w" sizes="auto, (max-width: 1200px) 100vw, 1200px"><figcaption><span class="media-credit"><a href="https://www.delitfrancais.com/author/eileendavidson/?media=1" data-wpel-link="internal">Eileen Davidson</a> | Le Délit</span></figcaption></figure>



<p><strong><em>Triste Tigre </em></strong><strong>: le rugissement du silence</strong></p>



<p>Samedi le 21 septembre dernier, j’ai eu la chance d’assister à une lecture-spectacle que j’anticipais fortement : <em>Triste Tigre</em>. Ce <a href="https://www.delitfrancais.com/2024/01/17/triste-tigre-au-dela-du-silence/" data-wpel-link="internal">récit hybride</a>, à la fois autofiction et essai, n’est pas simplement une exploration des abus sexuels que l’autrice, Neige Sinno, a subis dans son enfance, mais une réflexion complexe  sur la violence, la survie, et la puissance du langage. <em>Triste Tigre </em>interroge la capacité de la littérature à transcender l’horreur. Sinno n’offre pas de simple témoignage, mais dissèque avec une froide lucidité la portée de ce qu’elle a vécu, et explore même la psyché de son bourreau. C’est cette démarche unique, cette complexité déroutante, qui a poussé Angela Konrad à vouloir donner vie à ce texte sur scène. Malgré les réticences initiales de l’autrice, <a href="https://www.ledevoir.com/culture/theatre/820143/triste-tigre-ensemble-face-abime" data-wpel-link="external" target="_blank" rel="external noopener noreferrer">qui a d’abord refusé la moindre adaptation scénique de son œuvre</a>, la sincérité de Konrad l’a ultimement convaincue. C’est devant une salle pleine à craquer qu’a lieu la première représentation de cette lecture, délicate et percutante.</p>



<blockquote class="wp-block-quote is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow">
<p class="has-text-align-center">« Le moindre mot compte, chaque réflexion porte un poids immense, chaque silence est calculé, chaque pause, délibérée »</p>
</blockquote>



<p>Sous une musique mélancolique, presque sinistre, la lecture-spectacle s’amorce. En arrière-plan, le visage d’une enfant, celui de Neige Sinno. De longues secondes s’écoulent, puis, l’écran s’assombrit et les lumières éclairent la scène, d’une blancheur immaculée. Une sobriété glaçante règne. Pour seul décor, une table, sur laquelle repose un MacBook et un verre d’eau. Derrière, une sculpture d’agneau en peluche. Anne-Marie Cadieux, la comédienne qui prête sa voix au récit de Sinno, s’avance lentement vers la table. Pieds nus, le visage grave, elle prend place devant l’ordinateur portable. Son regard transperce le public, qui anticipe la suite, dans un lourd silence. L’écran derrière elle s’allume : <em>Triste</em> <em>tigre. Portrait de mon violeur.</em> Pas de théâtralité excessive, pas de symbolisme appuyé. Konrad reste près du texte, laissant les mots déployer leur puissance brute. Le moindre mot compte, chaque réflexion porte un poids immense, chaque silence est calculé, chaque pause, délibérée.</p>



<blockquote class="wp-block-quote is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow">
<p class="has-text-align-center">« Ce soir-là, nous avons tous pleuré pour Neige Sinno, pour toutes les victimes dont les histoires résonnent trop souvent dans le silence »</p>
</blockquote>



<p>Anne-Marie Cadieux livre une performance d’une rare intensité. Au fil des aveux de Sinno, sa voix se brise, ses yeux larmoient, débordent parfois. Elle incarne cette lutte, cette résilience qui émane au fil des phrases. Sa présence sur scène est à la fois sobre et électrisante, bouleversante par son courage et sa sincérité. Personne ne peut rester imperturbable face à cette lecture percutante. Alors que je tente (en vain) de retenir mes larmes, j’entends les reniflements de mes voisins, qui se livrent à la même bataille perdue d’avance. Nous savons tous qu’il ne s’agit pas d’une simple performance qui se déroule devant nous, mais d’une expérience partagée, un lieu de <a href="https://www.ledevoir.com/culture/theatre/820143/triste-tigre-ensemble-face-abime" data-wpel-link="external" target="_blank" rel="external noopener noreferrer">« coprésence »</a>, tel que l’indique Konrad, où acteurs et spectateurs s’accompagnent pour affronter l’indicible, pour résoudre l’insoluble : peut-on esthétiser la violence? Pour l’autrice, la réponse est infiniment complexe, et le duo Cadieux-Konrad transmet cette réalité douloureuse sans compromis.</p>



<p>Lorsque la lecture s’achève, le silence règne dans la salle. Lorsqu’un membre de l’audience ose enfin applaudir, c’est bientôt une véritable ovation qui envahit la salle, saluant la performance de Cadieux. Plusieurs minutes s’écoulent, durant lesquelles la comédienne laisse libre cours à l’émotion qui animait sa lecture. Elle salue le public avec humilité en essuyant ses larmes, quitte la scène… et revient sous les projecteurs, lorsqu’elle constate, non sans un sourire, que les applaudissements ne se taisent pas, bien au contraire. Lorsque le silence regagne la salle, j’ai la gorge serrée et les paumes endolories. J’aurais décidément dû prévoir des mouchoirs. La salle, qui bourdonne désormais sous les murmures, semble encore enveloppée de la charge émotionnelle de ce moment partagé, de cette communion entre scène et spectateurs. C’est là toute la beauté — et la douleur — de <em>Triste Tigre</em>. À travers les mots de Neige Sinno, la salle toute entière a traversé l’obscurité, côte à côte, comme pour mieux se plonger dans l’abîme de la violence, et en ressortir, non indemne, mais transformée. Ce soir-là, nous avons tous pleuré pour Neige Sinno, pour toutes les victimes dont les histoires résonnent trop souvent dans le silence.</p>



<p><strong>L’effervescence se poursuit</strong></p>



<p>Cette 30<em>e </em>édition du FIL se poursuit jusqu’au samedi 28 septembre prochain, où la soirée de clôture du festival, <a href="https://festival-fil.qc.ca/bal-litteraire/#:~:text=Cinq%20%C3%A9crivaines%20et%20%C3%A9crivains%20d,le%20titre%20d%27une%20chanson!" data-wpel-link="external" target="_blank" rel="external noopener noreferrer">« Le bal littéraire »</a>, alliera les mots et la musique dans une fable déjantée performée par des auteurs audacieux. D’ici là se poursuivent <a href="https://festival-fil.qc.ca/les-midis-litteraires/" data-wpel-link="external" target="_blank" rel="external noopener noreferrer">les Midis littéraires</a> à l’Esplanade tranquille, où en association avec l’Espace de la diversité (EDLD), le FIL organise une série de rencontres littéraires, abordant des problématiques actuelles tout en explorant les frontières de la création littéraire. Les librairies le Port-de-Tête, la Livrairie et la Librairie du Square-Outremont accueillent les <a href="https://festival-fil.qc.ca/les-salons-litteraires/" data-wpel-link="external" target="_blank" rel="external noopener noreferrer">Salons littéraires</a>, lieux de rencontres et de lectures avec des auteurs reconnus partout dans la francophonie. La programmation complète des événements du FIL est d’ailleurs disponible sur leur <a href="https://festival-fil.qc.ca/calendrier-2024/" data-wpel-link="external" target="_blank" rel="external noopener noreferrer">site internet</a>.</p>



<p></p>
<p>L’article <a href="https://www.delitfrancais.com/2024/09/25/le-fil-celebre-ses-30-ans/" data-wpel-link="internal">Le FIL célèbre ses 30 ans</a> est apparu en premier sur <a href="https://www.delitfrancais.com" data-wpel-link="internal">Le Délit</a>.</p>
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		<title>S’émanciper de la violence par l’écriture</title>
		<link>https://www.delitfrancais.com/2024/09/18/semanciper-de-la-violence-par-lecriture/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Anouk Lefebvre]]></dc:creator>
		<pubDate>Wed, 18 Sep 2024 11:00:00 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Culture]]></category>
		<category><![CDATA[Littérature]]></category>
		<category><![CDATA[Chienne]]></category>
		<category><![CDATA[Entrevue]]></category>
		<category><![CDATA[Livre]]></category>
		<category><![CDATA[Montréal]]></category>
		<guid isPermaLink="false">https://www.delitfrancais.com/?p=55870</guid>

					<description><![CDATA[<p>Entretien avec Marie-Pier Lafontaine, autrice de Chienne et Armer la rage.</p>
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										<content:encoded><![CDATA[
<p class="has-drop-cap">C’est en 2019 que Marie-Pier Lafontaine publie <em>Chienne</em>, son premier roman, adapté de son mémoire de maîtrise. Les réactions sont immédiates : le roman se voit récompensé du Prix Sade en 2020, et devient finaliste du Prix littéraire du Gouverneur Général la même année. L’autrice québécoise explore les profondeurs de la violence familiale et la fragmentation de la mémoire traumatique à travers une écriture viscérale, hachurée, où chaque mot semble arraché à la rage qui habite la narratrice. J’ai eu la chance de la rencontrer et de m’entretenir avec elle lors d’un après-midi dans un café, où nos interactions ont été d’une grande richesse. Place à une discussion intime et riche, où Marie-Pier Lafontaine revient sur son parcours, ses choix stylistiques, et l’élaboration de <em>Chienne</em>, tout en levant le voile sur ses futurs projets.</p>



<p><strong>Anouk Lefebvre (AL) :</strong> <em>Comment la ponctuation et la phrase asyntaxique se sont-elles présentées à toi lors de l’écriture? Est-ce venu naturellement dans les premiers moments d’écriture, ou est-ce plutôt un travail de la phrase qui s’est imposé plus tard?</em></p>



<p><strong>Marie-Pier Lafontaine (MPL) :</strong> C’est une question intéressante parce que c’est un mélange des deux. J’ai d’abord été formée en théâtre par la comédienne Rita Lafontaine. Un bon texte, pour elle, était un texte qui n’avait pas un seul mot de trop. Cette idée me parlait énormément. Il y avait donc déjà cette tension dans mon écriture : essayer d’être précise, concise et juste. Puis, au fil de l’écriture de <em>Chienne</em>, je me suis mise à hachurer la phrase de plus en plus. Comment pouvais-je essayer de montrer, dans la syntaxe ellemême et dans la construction de la phrase, la répétition de la violence? Il y avait quelque chose de répétitif dans l’idée de la phrase courte et des hachures, qui rejoint un peu la question du coup de poing : comment arracher la violence des mains du père et la retranscrire dans l’écriture? </p>



<p>Ce qui était important pour moi d’exprimer, c’est qu’il y a des conséquences aux violences commises par le père. Il pense qu’il crée des pures victimes, qui seront soumises et dominées, mais le langage qu’il apprend à ses enfants, c’est le langage de la violence. Nécessairement, il leur montre comment être violents et comment employer cette violence. Il ne pense pas, à ce moment-là, qu’elle sera utilisée contre lui parce qu’il se croit tout-puissant. Alors, l’écriture me permettait de dire : « Ah ah! Moi aussi je suis capable de donner des coups! » C’est dans cette esthétique du coup de poing que j’ai voulu écrire, mais ça ne s’est pas fait spontanément. Au fil du travail, de la réflexion et de toute la littérature que je lisais autour des théories et concepts féministes, j’ai pu trouver la bonne écriture. C’était la bonne forme et la bonne construction syntaxique pour ce sujet-là. J’ai écrit d’autres textes qui ne sont pas hachurés, parce que cette logique du coup de poing ne s’appliquait pas. La forme, pour moi, est vraiment reliée au sujet. Le livre que j’écris en ce moment n’est pas construit tout à fait de la même manière.</p>



<p><strong>AL :</strong> Comment as-tu réfléchi au personnage de la mère lors de l’écriture?</p>



<p><strong>MPL : </strong>Le personnage de la mère a été le plus dur à écrire parce que je me posais beaucoup de questions sur la représentation et ce qui pouvait exister dans l’espace littéraire. <em>Chienne</em> est mon mémoire de maîtrise. Je me disais que personne n’allait le lire, mais il était tout de même important pour moi que sa représentation se fasse de manière éthique. J’avais lu un article qui portait sur le trauma, mais étudié d’une perspective féministe, et écrit par une psychologue qui venait des États-Unis dans les années 1980–1990 <em>[Not outside the range : One feminist perspective on psychic trauma, Laura S. Brown, ndlr]</em>. Elle mentionnait qu’on a souvent tendance à blâmer les femmes, lorsqu’il y a de l’abus sexuel commis par le père envers les enfants, dû à leur aveuglement volontaire.</p>



<p>Mais on ne peut pas tenir les femmes responsables des violences commises par les hommes. Dans mes convictions féministes, je suis bien d’accord, mais intimement, ma mère, je veux qu’on la tienne responsable de sa complicité. Alors j’étais coincée entre l’éthique féministe et mon propre féminisme ; comment je voulais le vivre et comment je voulais qu’il soit incarné dans ma vie intime. Ayant vécu ces abus là, j’ai le désir d’avoir justice, d’avoir droit à la dénonciation et à la colère contre cette femme-là.</p>



<p>Dans la représentation de la mère dans <em>Chienne</em>, au final, j’ai décidé d’écrire ce personnage en essayant d’être le plus impitoyable possible, tout en venant suggérer qu’elle aussi est victime du même homme que ses filles. L’accent est tout de même mis sur sa participation. Je voulais vraiment qu’on comprenne sa complicité. Je me suis dit qu’il y aurait un autre livre à écrire, et que dans cet autre livre, je pourrais alors complexifier le personnage de la mère. C’était vraiment compliqué, mais j’ai fait ce choix, et j’en suis contente. Je voulais une écriture assez radicale, directe, sans compromis, presque injuste, alors je voulais dépeindre la mère à partir d’un sentiment d’injustice et de mauvaise foi. La question de la représentation est vraiment complexe. Même si la mère est victime d’abus de violence conjugale sévères et répétés, il y aussi sa propre jouissance dans la situation. J’essaie de réfléchir, dans mon prochain roman, à comment la violence de son mari à l’égard de ses enfants la protège ; parce que pendant ce temps, elle ne vit pas de violence. Il y a aussi la question de la séparation entre femme coupable et femme victime. Elle ne peut pas être pure victime ou pure coupable, et c’est tout le chemin entre ces deux pôles que je trouve complexe.</p>



<p><strong>AL :</strong> <em>J’ai pu remarquer l’utilisation des déterminants « le » et « la » pour désigner le père ou la mère, ce qui me semble noter une distanciation et une réification des figures parentales. Pourquoi, à certains endroits, les déterminants possessifs ( « mon » et « ma » ) sont-ils utilisés?</em></p>



<p><strong>MPL :</strong> J’ai voulu utiliser « le » et « la » pour créer cette distance, pour que les parents soient nommés par leur fonction, que ce soit réducteur : c’est le père, c’est la mère, et c’est tout. Aussi, puisque je travaille près du réel, cette distance suscitée par les pronoms, elle me met à l’abri, dans le sens où les parents sont limités à leur statut de personnage. Mes parents existent dans le monde réel et sont de vraies personnes, avec d’autres enjeux que leur rôle de parent, mais ces personnes-là ne sont pas dans le livre. Je m’inspire du réel, mais la distanciation avec ma vie intime et la narratrice est importante pour moi. La narratrice, c’est la narratrice. Elle est créée et n’est pratiquement qu’un être de colère. Ce n’est pas moi, même si elle me ressemble beaucoup. Alors je pense que la distance avec les pronoms me protégeait de ma vie intime et créait une séparation entre le littéraire et le personnel.</p>



<p>Je pense que si « ma » ou « mon » se retrouvent dans le livre par moments, c’est parce que c’était naturel au moment de l’écriture. Je ne saurais pas te dire où j’ai écrit ces pronoms, précisément. En fait, je n’ai su qu’il y avait ces déterminants dans mon livre que lorsqu’il a été traduit en espagnol. La traductrice m’avait demandé si je voulais qu’elle laisse les « mon » et « ma » dans le texte et je lui avais répondu : « Mais il n’y a pas ces déterminants dans le livre! », et elle m’avait confirmé que oui. Je ne le savais pas et je connais mon texte par cœur! Si c’était à réécrire aujourd’hui, il n’y aurait pas de « mon » ou de « ma ».</p>



<p><strong>AL :</strong> <em>À un moment du récit, on voit le renversement de la parole et de l’écriture, c’est-à-dire que la parole de la narratrice, et non plus celle du père, devient toute-puissante, tandis que l’écriture manque à modifier le réel de la narratrice. Pourrais-tu me parler de ce renversement?</em></p>



<p><strong>MPL : </strong>C’est intéressant parce que cette scène du « non » de l’enfant m’est arrivée telle quelle dans ma propre enfance. C’est mon plus beau souvenir, j’étais tellement fière de moi. Il y avait quelque chose de tellement immense dans ce mot-là. Finalement, ce qui est si marquant de ce « non », c’est que le père part enfin. Je pense que je le regardais avec tellement de confiance, avec défiance presque. « Vas‑y, saute-moi dessus, on va voir ce qui va se passer. » Je l’aurais dénoncé, je serai partie. Il y avait quelque chose de tellement radical en moi, que même lui, il l’a perçu.</p>



<p>Dans mon essai <em>Armer la rage</em>, je parle de cette banalisation des événements violents par les individus qui la perpétuent ; ils reprennent le langage à leur compte, et la victime de cette violence perd l’espace d’énonciation. Avec mon « non », il y a eu un renversement. Mais il y avait également cette inquiétude qui persistait face à l’insuffisance de l’écriture parce qu’au final, le fait de dire non ne sauve pas l’enfant. C’est un moment de victoire, où soudain, le père se rend compte que l’enfant n’est pas totalement impuissante. Mais il revient. Et je pense que c’est peut-être ce que l’inquiétude représente : ce moment ultime dans la vie de l’enfant, qui s’avère insuffisant. La violence recommence. Si la colère de l’enfant qui dit non a été suffisante pour chasser le père, mais pas assez pour l’empêcher de revenir, serait-ce possible d’avoir une écriture qui le tue? Soudain, on dirait que le langage manque. Je pense que ces deux moments se sont articulés de cette façon dans l’écriture, mais je n’avais jamais réfléchi à cette inversion.</p>



<p><strong>AL :</strong> <em>Crois-tu que l’écriture a réussi à t’émanciper de cette violence?</em></p>



<p><strong>MPL :</strong> Je pense que oui, à cause de la liberté et la reprise en charge de cette violence par l’écriture. Le choix des mots est vraiment important pour moi. Ce qui me fait le plus violence dans ma vie, c’est lorsqu’on me fait dire quelque chose que je n’ai pas dit, quand on n’utilise pas les bons mots, ou lorsque je raconte un événement et qu’on le raconte autrement ensuite. On m’a tellement dit de me taire, que j’étais folle, que ce n’était pas arrivé, que c’était dans ma tête, que c’était légal au Québec de battre ses enfants. Or, dans l’écriture, il y a une reprise en charge. C’est moi qui choisis les mots. Même lorsque l’écriture est de la pure fiction, c’est moi qui rends l’histoire avec le plus de justesse possible. Ce geste m’ancre énormément dans le réel, même dans le cas de la pure fiction. C’est là que je sais qui je suis. Personne ne peut m’enlever ça.</p>



<p><strong>AL :</strong> <em>L’écriture renverse totalement la parole supposée toute-puissante du père, n’est-ce pas?</em></p>



<p><strong>MPL :</strong> Du père qui possède le langage, oui. C’est le langage qui est utilisé pour violenter, réduire et écraser. Mais la littérature ne sert pas à réduire ou à écraser, parce que ce n’est pas le but du langage. En tout cas, pas dans la question esthétique, même quand on aborde ces violences. J’essaie d’atteindre une certaine beauté par la justesse de la phrase et de l’émotion. Pas pour écraser qui que ce soit, mais pour dénoncer. Lorsqu’on dénonce, c’est pour s’émanciper et essayer d’avoir un minimum d’impact social, ne serait-ce que sur une seule personne, par la littérature. Donc, il y a le pouvoir de la parole dans cette reprise en charge, le pouvoir de faire mieux. Je cherche à m’éloigner le plus possible de ma famille, de cette logique de la violence, et la littérature m’y aide. Changer de nom m’y a aidée. L’instruction m’y aide également ; on organise et on nuance notre pensée. Dans la violence, il n’y a pas de nuances, il y a une radicalité dans le franchissement de toutes les limites et de tous les interdits. Je veux tenter d’intégrer cette part de nuance dans mes prochains romans.</p>



<p><strong>AL :</strong> <em>Et pourquoi représenter la parole en italique, la rapporter telle quelle?</em></p>



<p><strong>MPL :</strong> Je voulais qu’il y ait un contraste. Quand j’ai lu Histoire de la violence d’Édouard Louis, je trouvais que souvent, lorsqu’il donnait à lire la parole de sa sœur, il y avait un contraste dans la forme. C’était plus près de l’oralité que de l’écriture. Je voulais qu’il y ait ce genre de contraste dans la parole du père et de la mère. Je voulais qu’on l’entende, qu’il y ait un clash entre la forme esthétique de l’écriture et la parole, qu’elle soit donnée dans toute sa vulgarité, toute son oralité, afin de créer une plus grande distance.</p>



<p>La littérature donne du vocabulaire, du langage ; on a accès à des mots plus scientifiques, à des notions et des concepts. Je viens d’un milieu très pauvre aussi bien financièrement et émotionnellement qu’intellectuellement. Cela peut sembler élitiste, mais je pense qu’avoir une maîtrise du langage, mieux parler et moins « sacrer » sont des manières de m’éloigner de ma famille. Dans la littérature, je peux le faire en rapportant la parole telle quelle, en demeurant très près du langage. Non pas pour signaler une pauvreté, mais pour amplifier ce clash entre la parole et l’écriture. C’est ce que j’essaie de travailler, non pas pour mépriser l’oralité en général, mais plutôt pour distancier la voix narrative de la parole des parents. Leur parole en est une qui sert à violenter des enfants. Je veux m’en distancier le plus possible, sur toutes les dimensions.</p>



<p>Si <em>Chienne</em> a marqué par son écriture coup de poing, les prochains textes de Marie-Pier Lafontaine s’annoncent tout aussi percutants. Elle travaille désormais sur son doctorat en recherche-création dans lequel elle y complexifie la figure de la mère. Plus nuancée, mais toujours radicale, son écriture continue d’explorer des zones sombres, avec une lucidité implacable et un désir d’émancipation profonde, que l’écriture lui permet de transmettre.</p>



<p></p>
<p>L’article <a href="https://www.delitfrancais.com/2024/09/18/semanciper-de-la-violence-par-lecriture/" data-wpel-link="internal">S’émanciper de la violence par l’écriture</a> est apparu en premier sur <a href="https://www.delitfrancais.com" data-wpel-link="internal">Le Délit</a>.</p>
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		<title>Le mythe de la rentrée</title>
		<link>https://www.delitfrancais.com/2024/08/28/le-mythe-de-la-rentree/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Harantxa Jean]]></dc:creator>
		<pubDate>Wed, 28 Aug 2024 11:00:00 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Culture]]></category>
		<category><![CDATA[Littérature]]></category>
		<category><![CDATA[Slider]]></category>
		<category><![CDATA[Campus]]></category>
		<category><![CDATA[McGill]]></category>
		<category><![CDATA[réflexions]]></category>
		<category><![CDATA[rentrée]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>Réflexion sur une période qui influence bien plus que nos calendriers.</p>
<p>L’article <a href="https://www.delitfrancais.com/2024/08/28/le-mythe-de-la-rentree/" data-wpel-link="internal">Le mythe de la rentrée</a> est apparu en premier sur <a href="https://www.delitfrancais.com" data-wpel-link="internal">Le Délit</a>.</p>
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										<content:encoded><![CDATA[
<p class="has-drop-cap">Qui a dit que le Nouvel An commençait en janvier? La rentrée scolaire, tout comme les célébrations du jour de l’an, est une période de résolutions, de festivités et de retrouvailles. Les étudiants regagnent les bancs de l’université en laissant derrière eux les échos de l’été : un « moi » voyageur, audacieux et épris de liberté, où l’ivresse des jours sans responsabilité règne en maître. Septembre, tout comme son aîné Janvier, nous force à repartir à zéro et à nous fixer des objectifs aussi ambitieux que naïfs qui, soyons honnêtes, échouent souvent dès la naissance de leur frère Octobre. Ce n’est pas entièrement de notre faute, nous suivons ce que nous consommons : l’esprit écolier, avec tout son attirail d’engagement et de fébrilité, est largement influencé par les représentations que nous avons de la rentrée dans les médias. Le <em>back-to-school </em>est devenu un véritable événement mythifié dans la culture populaire : un rite de passage idéalisé, souvent présenté comme une période de transformation personnelle, de « <em>glow-up </em>», et de socialisation intense. Cependant, cette image romancée n’est pas totalement fidèle à la réalité vécue par les étudiants, notamment ceux de McGill (oui, malgré la <em>Frosh Week</em>). Entre attentes démesurées et défis quotidiens, il est temps de dévoiler les leurres qui font de la rentrée un événement à part.</p>



<blockquote class="wp-block-quote is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow">
<p class="has-text-align-center">« La rentrée est-elle vraiment ce rite de passage que l’on nous promet, ou n’est-elle qu’un mythe perpétué par une culture populaire en quête de perfection? »</p>
</blockquote>



<p><strong>Recontextualiser la rentrée</strong></p>



<p>L’origine de la rentrée scolaire remonte aux traditions éducatives anciennes, où la rentrée était le moment à travers lequel la population estudiantine reprenait sa formation après un repos estival — jusqu’ici rien n’a changé. Anthropologiquement parlant, cet événement peut se faire analyser sous le concept d’un rite de passage, qui, selon Arnold Kurr, ethnologue se spécialisant sur les rites de passages, est un moment charnière marquant la transition « d’une situation à une autre ».</p>



<p>Donc, bien qu’elle soit moins « dramatique » en termes de changement social ou culturel, la rentrée est un rite comparable au mariage et aux fêtes d’anniversaires ; un moment décisif qui marque le début d’une nouvelle phase de vie. C’est un passage symbolisant une maturation intellectuelle et sociale, qui ajoute un pas supplémentaire vers l’indépendance adulte et la construction d’une carrière plus concrète. Mais ce qui fait d’elle une période particulière, c’est qu’elle est probablement l’un des seuls rites de passages où l’enthousiasme, même au sein d’un monde idéal, n’est pas forcément au rendez-vous.</p>



<p><strong>Un chapitre où l’identité est en jeu</strong></p>



<p>En laissant la chaleur réconfortante de l’été, les étudiants se retrouvent souvent plongés dans le spleen automnal né du retour à la routine ; la rentrée universitaire rappelle la pression académique et le rafraîchissement de l’air. Cela ne signifie pas qu’on ne peut pas être naturellement impatients de reprendre les cours, cependant, c’est précisément l’idée d’une rentrée exceptionnelle qui vient combler cette angoisse et ce vide émotionnel. Une illusion parfois trompeuse, véhiculée par les médias et la culture populaire, promet aux étudiants une version enjolivée de cette période. <br>Ce contenu les aide à naviguer cette transition avec un sentiment d’espoir et d’anticipation ; un peu à la manière de « <em>I am just a girl</em>/Je ne suis qu’une fille ». Cette nouvelle expression humoristique adoptée par de nombreuses jeunes femmes, permet de dédramatiser les moments difficiles ou embarrassants de leur vie en minimisant leur maux. Tout comme cette expression incite chez son locuteur un besoin d’atténuer sa réalité et de chercher l’approbation des autres, les étudiants, face à la pression de l’intégration sociale, se tournent, consciemment ou pas, vers des modèles médiatiques pour façonner leur image. Prenons l’exemple de Cady Heron, l’héroïne de <em>Méchantes Ados (Mean Girls). </em>En tant que nouvelle élève venant d’un enseignement à domicile, elle utilise la rentrée pour se réinventer et naviguer dans les hiérarchies sociales de son lycée. Cette démarche de réinvention n’est pas unique à ce personnage fictif ; elle est également vécue par de nombreux étudiants. En effet, une étudiante qui quitte sa petite ville pour entrer dans une grande université pourrait se retrouver dans une situation similaire, où les codes sociaux sont différents de ceux qu’elle a toujours connus. Inspirée par le film, elle pourrait ajuster son comportement et son style pour s’intégrer aux groupes qui lui semblent les plus influents afin de se créer un réseau. De la même manière, un étudiant qui entame sa troisième année à l’université après un an marqué par l’isolement pourrait se retrouver dans la situation de Cher Horowitz dans <em>Les collégiennes de Beverley Hills (Clueless)</em>. Tout comme elle, il voit la rentrée comme la chance de prendre un nouveau départ : l’étudiant décidera de s’investir davantage dans sa vie sociale, cherchant à créer des liens avec des étudiants qui partagent ses intérêts, et à revoir ses priorités pour mieux équilibrer ses études et ses autres préoccupations. Ces scénarios, bien qu’ancrés dans des points de référence fictifs, révèlent un fil conducteur : la rentrée scolaire est vécue comme un chapitre où l’identité de soi est en jeu. Les étudiants, confrontés à ces changements, utilisent ce moment pour se redéfinir et ajuster leur place dans un nouvel environnement. Influencés par ces idoles cinématographiques, ils se tournent ensuite vers les réseaux sociaux pour adhérer à ce qu’ils perçoivent comme étant les critères de succès d’une rentrée réussie.</p>



<blockquote class="wp-block-quote is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow">
<p class="has-text-align-center">« […] les étudiants se concentrent excessivement sur leur apparence ex- térieure au détriment de ce qui les a en réalité permis d’être acceptés dans l’établissement : leur intelligence »</p>
</blockquote>



<p><strong>L’ère des GRWM : une rentrée médiatisée</strong></p>



<p>D’abord perçue comme un moment de discipline et d’acquisition de savoir, la rentrée se pare d’un nouvel éclat sur les plateformes de réseaux sociaux. La glamourisation de celle-ci, en particulier à travers les vlogs et les vidéos de type <em>Get Ready With Me </em>(GRWM) (Prépare toi avec moi) (<em>tdlr</em>), se manifeste par la transformation d’un moment ordinaire en un événement quasi-rituel, empreint d’une élaboration minutieuse. Sur les plateformes YouTube et TikTok, les créateurs de contenu exploitent la popularité de la rentrée en produisant des vidéos qui capitalisent sur le désir des spectateurs de voir et reproduire les péripéties passionnantes d’un étudiant universitaire. Les vidéos GRWM suivent le parcours de rentrée des étudiants ou influenceurs se préparant pour leur premier jour de classe, détaillant leur routine matinale, leur maquillage, leur tenue, et même les objets qu’ils emportent dans leur sac. Cependant, les internautes peuvent oublier que ces vidéos, bien qu’elles semblent innocentes, sont minutieusement conçues comme les films et la télévision : avec l’intention de projeter une image de perfection pour attirer les spectateurs.</p>



<p>Les tendances telles que les <em>hauls </em>de la rentrée et les vidéos <em>What’s in my bag </em>(Qu’est-ce qu’il y a dans mon sac, <em>tdlr</em>) jouent également un rôle clé dans cette mythification. Les <em>hauls </em>consistent à montrer les vêtements et accessoires scolaires récemment achetés, souvent dans le cadre d’une « préparation » pour la rentrée. Ces vidéos contribuent à l’idée qu’une rentrée réussie nécessite un renouvellement matériel, presque comme un rite de purification pendant lequel l’ancien est remplacé par le nouveau.</p>



<p>Ce processus de préparation devient alors une performance où chaque détail compte, et où l’apparence extérieure est soigneusement calibrée pour répondre aux demandes d’un public en quête d’inspiration et de modèles à suivre. Ce contenu renforce l’idée que la possession des « bons » objets est essentielle pour réussir socialement et académiquement.</p>



<blockquote class="wp-block-quote is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow">
<p class="has-text-align-center">« Il serait regrettable pour les [McGillois] de découvrir que la réalité est loin de ce qui leur avait été promis: […] un rêve américain sur sol canadien »</p>
</blockquote>



<p>De même, évoquant l’idée qu’un individu, après avoir suivi un processus de transformation, « rayonne » de manière méconnaissable, les vidéos de <em>glow-up </em>avant la rentrée sont elles aussi devenues une tendance omniprésente sur les réseaux sociaux. Ce phénomène consiste en une série de vidéos où les créateurs documentent leur métamorphose physique en préparation pour la rentrée scolaire, en passant par des changements de coupe de cheveux, de régimes alimentaires ou encore de séances d’entraînement intensives.</p>



<p>Ce mythe de la rentrée impose une image de ce à quoi elle « devrait » ressembler, et décuple ainsi le spleen automnal en ajoutant une pression supplémentaire aux jeunes adultes qui se comparent défavorablement aux influenceurs ou aux étudiants qu’ils voient. Pour ces étudiants, la rentrée représente une série de dépenses inévitables : les frais de scolarité, les fournitures scolaires, la carte mensuelle de la STM pour les déplacements, et plus encore. Face à ces dépenses, ils perçoivent leur rentrée comme un investissement dans leur avenir plutôt que comme une opportunité de se soumettre aux codes de la société ; une pratique davantage capitaliste à laquelle seuls les plus privilégiés peuvent souscrire.</p>



<p>Avec leurs tendances glorifiant la rentrée comme un événement socialement et économiquement surchargé d’attentes, les réseaux sociaux deviennent une vitrine où les étudiants sont à la fois les spectateurs et les acteurs d’une mise en scène de leur propre vie, cherchant à atteindre un idéal inspiré par les contenus qu’ils consomment. Ce type de contenu encourage une forme d’objectification de soi, où les étudiants se concentrent excessivement sur leur apparence extérieure au détriment de ce qui les a en réalité permis d’être acceptés dans l’établissement : leur intelligence.</p>



<p><strong>Et les McGillois, dans tout ça?</strong></p>



<p>Il serait regrettable pour les étudiants qui arrivent à McGill de découvrir que la réalité est loin de ce qui leur avait été promis : une vie étudiante idyllique, un campus dynamique et animé et des fêtes incessantes. En effet, lorsque l’on tape « McGill » dans la barre de recherche sur TikTok, ce sont des images d’un campus éclatant, digne des clichés Pinterest, accompagnées de bandes-son évoquant la série télévisée <em>Gossip Girl : L’Élite de New-York </em>qui nous sont présentées.</p>



<p>McGill est dépeint comme une fusion entre l’univers prestigieux de Harvard et un rêve américain sur sol canadien ; ainsi, il est impératif que la <em>Frosh Week</em>, également appelée Semaine d’Accueil, réponde à ces attentes. La <em>Frosh Week</em>, ancrée dans la culture universitaire de McGill, se déroule chaque année à la fin de l’été, juste avant le début des cours. Les événements sont organisés autour d’une thématique : cette année, avec le thème 007 qu’a adopté à la Faculté d’Art.</p>



<p>Plus qu’un simple événement d’intégration, cette semaine iconique fait allusion à des moments tout droit sortis du genre cinématographique <em>coming-of-age (</em>récit d’apprentissage<em>)</em>, surtout pour les étudiants qui franchissent les portes de l’université pour la première fois. Durant cette semaine, ils participent à une série d’activités organisées par les différentes facultés tel que associations étudiantes et comités, incluant des visites du campus et des événements sociaux tels que des soirées en boîtes, excursions et <em>raves.</em></p>



<p>Cette semaine jouit d’une réputation enviable pour sa capacité à tisser des liens sociaux, essentiels pour affronter les défis de la vie universitaire. On a tendance à penser que sans la <em>Frosh Week </em>ou un groupe d’amis préalable, le sentiment d’isolement ressenti par des étudiants venus de régions ou de pays éloignés peut se renforcer — une solitude observable dans la série télévisée <em>Normal People : Des gens normaux </em>par exemple, où le personnage principal, Connell, en fait l’expérience. Mais quelles sont les réelles impressions des nouveaux étudiants face à ce moment soi-disant « fondateur »? Pour certains, comme Reggie, étudiante de deuxième année en sciences politiques, la <em>Frosh Week </em>est un atout pour créer des liens sociaux. Elle affirme qu’elle ressentait « un décalage une fois les cours commencés, car les étudiants qui étaient allé à <em>Frosh </em>s’étaient déjà fait des amis lors des événements […] <em>Frosh</em> est un avantage et je crois que les gens devraient en profiter [malgré que je n’y sois pas allée] ».</p>



<p>Cependant, Reggie souligne le manque de diversité parmi les participants, ce qui peut rendre de nouveaux étudiants, notamment ceux issus de minorités, moins à l’aise dans ce cadre : « Je sais que certains de mes amis ont mentionné le fait qu’il y avait un manque de diversité dans le corps étudiant qui participait à <em>Frosh </em>», confie-t-elle. « Ils ont ressenti qu’ils ne se sentaient pas à leur place. » Kendra-Ann, une étudiante de deuxième année en développement international, exprime un enthousiasme pour la rentrée universitaire elle-même, décrivant cette période comme une chance de recommencer à zéro à chaque semestre, et de rencontrer de nouvelles personnes. Toutefois, elle partage son propre sentiment de décalage lors des premières semaines de cours, soulignant aussi une perception d’un manque de diversité sur le campus : « Dans mon premier semestre, je ne me sentais vraiment pas à ma place. Je trouvais que l’Université n’était pas aussi diversifiée que je le pensais », affirma-t-elle.</p>



<p>Ce sentiment de ne pas se sentir à sa place est commun chez plusieurs étudiants, et Kendra-Ann recommande de s’engager dans des clubs et événements pour surmonter ce défi : « Si j’ai une chose à recommander à tout le monde c’est de s’impliquer dans une chose, même si vous n’aimez pas ça. [En sortant de ma zone de confort], j’ai réussi à me trouver de très belles amitiés et à découvrir ce que j’aimais le plus faire dans la vie. » Son expérience montre une lumière au bout du tunnel et éclaire une réalité nuancée de la rentrée universitaire, qui va bien au-delà des festivités d’accueil ou de l’expérience dont on entend parler sur internet.</p>



<p>Pour Annecia, une étudiante de première année en sciences politiques qui a participé à <em>Frosh</em>, l’expérience a été positive : « J<em>’ai eu la chance de rencontrer des personnes issues de partout dans le monde, aussi bien d’ici qued’Europe. Je trouve que [ma rentrée] a été une belle expérience. </em>» Cependant, c’est l’ajustement académique qui s’est avéré difficile pour elle, venant directement de l’école secondaire : « <em>Je dirais que l’introduction à McGill était très submergeante. Venir du système éducatif de la Colombie-Britannique m’a beaucoup effrayé, et ça a été très difficile. Je ne savais pas quels cours choisir et j’ai commis des erreurs à ce niveau. </em>» Malgré des défis évidents, elle trouve tout de même son bonheur : « <em>McGill a toujours été un rêve pour moi. Je trouve que c’est une belle opportunité pour moi de travailler sur mes compétences linguistiques </em>» dit-elle, apprenant le français comme seconde langue.</p>



<p>Ces témoignages illustrent une panoplie d’expériences autour de la rentrée en général et de la <em>Frosh Week</em>, où les étudiants montréalais, comme l’indique Kendra-Ann, peuvent voir celle-ci comme une régression: « Si tu résides à Montréal, à mon avis, la <em>Frosh Week </em>est <em>overrated</em>. Après avoir terminé le cégep à 19 ans, tu as déjà vécu des expériences comme sortir au club, boire et participer à des moments excitants de ta jeunesse. Alors, c’est comme si on retournait en arrière ; ça devient enfantin. » Cette semaine est donc une occasion précieuse de s’intégrer dans la communauté universitaire, mais n’est pas une solution miracle aux obstacles que l’intégration sociale peut représenter pour certains.</p>



<p>Alors, la rentrée est-elle vraiment ce rite de passage que l’on nous promet, ou n’est-elle qu’un mythe perpétué par une culture populaire en quête de perfection? Il semble qu’elle oscille entre deux pôles : un instant où se mêlent une richesse d’opportunités et de défis personnels, tout en étant empreint d’une idéalisation qui rend la réalité complexe à saisir. En fin de compte, la rentrée ne doit pas être perçue comme une simple formalité ou un conte de fées moderne ; elle représente une quête d’équilibre entre qui nous sommes et ce que nous souhaitons accomplir.</p>



<p>À vous, chers étudiants : bonne rentrée!</p>
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			</item>
		<item>
		<title>Rentrée littéraire 2024</title>
		<link>https://www.delitfrancais.com/2024/08/28/rentree-litteraire-2024/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Béatrice Poirier-Pouliot]]></dc:creator>
		<pubDate>Wed, 28 Aug 2024 11:00:00 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Culture]]></category>
		<category><![CDATA[Littérature]]></category>
		<category><![CDATA[lecture]]></category>
		<category><![CDATA[recommendations]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>Huit titres à découvrir.</p>
<p>L’article <a href="https://www.delitfrancais.com/2024/08/28/rentree-litteraire-2024/" data-wpel-link="internal">Rentrée littéraire 2024</a> est apparu en premier sur <a href="https://www.delitfrancais.com" data-wpel-link="internal">Le Délit</a>.</p>
]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[
<p class="has-drop-cap">Bien que la rentrée littéraire soit un phénomène typiquement français, elle a déjà depuis plusieurs années conquis le territoire québécois. Comme son expression l’indique, il s’agit d’une période où abondent les publications littéraires : du mois d’août, qui entame la saison du <em>back-to-school</em>, jusqu’à la mi-novembre, où sont annoncés les livres en lice pour les prix littéraires. Durant cette période, les librairies bourdonnent d’une effervescence commerciale, mais attrayante à souhait pour les amateurs de littérature. Sans plus attendre, voici le meilleur du mois d’août et les parutions les plus anticipées de l’automne.</p>



<p><strong><a href="https://www.leslibraires.ca/livres/jacaranda-gael-faye-9782246831457.html" data-wpel-link="external" target="_blank" rel="external noopener noreferrer"><em>Jacaranda</em>, Gaël Faye</a></strong></p>



<p>Lauréat du prix Goncourt des lycéens en 2016, l’auteur franco-rwandais est de retour avec <em>Jacaranda</em>, un roman poignant, qui explore les répercussions du génocide rwandais au fil de quatre générations. Le narrateur, Milan, entame une quête à la recherche de ses racines et de l’histoire du Rwanda, son pays d’origine. Le récit, qui s’étend jusqu’en 2020, explore les répercussions du génocide des Tutsis et la modernisation du pays, tout en mettant en lumière le poids du silence familial et le traumatisme intergénérationnel. Gaël Faye parvient à tisser un récit complexe où les souvenirs, les douleurs, et les espoirs d’un pays se rencontrent. Ce livre est bien plus qu’un simple récit sur le génocide ; il est une réflexion sur les répercussions à long terme de la violence extrême sur les individus et les sociétés.</p>



<figure class="wp-block-image size-large"><img loading="lazy" decoding="async" width="1200" height="1727" src="https://www.delitfrancais.com/wp-content/uploads/2024/08/Sarah-1-1200x1727.jpg" alt class="wp-image-55642" srcset="https://www.delitfrancais.com/wp-content/uploads/2024/08/Sarah-1-1200x1727.jpg 1200w, https://www.delitfrancais.com/wp-content/uploads/2024/08/Sarah-1-650x935.jpg 650w, https://www.delitfrancais.com/wp-content/uploads/2024/08/Sarah-1-150x216.jpg 150w, https://www.delitfrancais.com/wp-content/uploads/2024/08/Sarah-1-768x1105.jpg 768w, https://www.delitfrancais.com/wp-content/uploads/2024/08/Sarah-1-1067x1536.jpg 1067w, https://www.delitfrancais.com/wp-content/uploads/2024/08/Sarah-1-1423x2048.jpg 1423w, https://www.delitfrancais.com/wp-content/uploads/2024/08/Sarah-1.jpg 1640w" sizes="auto, (max-width: 1200px) 100vw, 1200px"><figcaption><span class="media-credit">Eileen Davidson</span></figcaption></figure>



<p><strong><a href="https://www.leslibraires.ca/livres/prophetesse-baharan-baniahmadi-9782925059370.html" data-wpel-link="external" target="_blank" rel="external noopener noreferrer"><em>Prophétesse</em>, Baharan Baniahmadi</a></strong></p>



<p>Dans un quartier pauvre de Téhéran, en Iran, la petite Sara, âgée de sept ans, assiste impuissante à l’enlèvement de sa sœur Setayesh par un homme du voisinage. Traumatisée par cet événement, Sara perd l’usage de la parole. Muette et hantée par le souvenir de sa sœur disparue, Sara commence à développer des symptômes étranges, comme une allergie à la présence des hommes et des crises de possession par l’esprit d’une vieille femme polonaise. Des années plus tard, exilée à Montréal, Sara se réinvente en prophétesse moderne, attirant à elle des adeptes grâce à un discours enflammé contre les injustices et les souffrances que subissent les femmes dans un monde oppressif. <em>Prophétesse </em>est le premier roman de l’autrice iranienne Baharan Baniahmadi, un récit puissant et dérangeant qui explore les conséquences des traumatismes sur l’âme humaine, écrit dans un style narratif qui mêle surréalisme et critique sociale pour plonger le lecteur dans l’esprit tourmenté de Sara.</p>



<figure class="wp-block-image size-large"><img loading="lazy" decoding="async" width="1200" height="783" src="https://www.delitfrancais.com/wp-content/uploads/2024/08/Tout_Me_Revient_Maintenant_-1200x783.jpg" alt class="wp-image-55638" srcset="https://www.delitfrancais.com/wp-content/uploads/2024/08/Tout_Me_Revient_Maintenant_-1200x783.jpg 1200w, https://www.delitfrancais.com/wp-content/uploads/2024/08/Tout_Me_Revient_Maintenant_-650x424.jpg 650w, https://www.delitfrancais.com/wp-content/uploads/2024/08/Tout_Me_Revient_Maintenant_-150x98.jpg 150w, https://www.delitfrancais.com/wp-content/uploads/2024/08/Tout_Me_Revient_Maintenant_-768x501.jpg 768w, https://www.delitfrancais.com/wp-content/uploads/2024/08/Tout_Me_Revient_Maintenant_-1536x1002.jpg 1536w, https://www.delitfrancais.com/wp-content/uploads/2024/08/Tout_Me_Revient_Maintenant_-2048x1336.jpg 2048w" sizes="auto, (max-width: 1200px) 100vw, 1200px"><figcaption><span class="media-credit">Eileen Davidson</span></figcaption></figure>



<p><strong><a href="https://www.leslibraires.ca/livres/tout-me-revient-maintenant-jean-michel-fortier-9782897072070.html" data-wpel-link="external" target="_blank" rel="external noopener noreferrer"><em>Tout me revient maintenant</em>, Jean-Michel Fortier</a></strong></p>



<p>Ce quatrième roman de Jean-Michel Fortier nous présente Colin Bourque, un adolescent de 16 ans vivant à Sainte-Foy en 2003, et ses préoccupations quotidiennes : son aversion pour l’école secondaire, son appréhension pour le cégep, et sa passion pour la musique de Céline Dion. Travaillant le dimanche dans une boutique où il passe son temps libre à discuter avec sa meilleure amie Eugénie, Colin voit son univers se transformer lorsqu’il rencontre Yann Moreau, un étudiant plus âgé. Fortier offre une vision poignante et souvent humoristique de l’adolescence, où chaque page révèle les dilemmes et les émotions d’un jeune en quête de vérité et de soi-même. Un roman qui allie humour et émotion avec une grande finesse. L’auteur réussit à capturer l’essence de l’adolescence avec une authenticité désarmante et un narrateur exceptionnellement attachant, dont la sensibilité et la sincérité transforment une histoire banale en une lecture captivante.</p>



<figure class="wp-block-image size-large"><img loading="lazy" decoding="async" width="1200" height="1451" src="https://www.delitfrancais.com/wp-content/uploads/2024/08/Rue_Escali-1200x1451.jpg" alt class="wp-image-55639" srcset="https://www.delitfrancais.com/wp-content/uploads/2024/08/Rue_Escali-1200x1451.jpg 1200w, https://www.delitfrancais.com/wp-content/uploads/2024/08/Rue_Escali-650x786.jpg 650w, https://www.delitfrancais.com/wp-content/uploads/2024/08/Rue_Escali-150x181.jpg 150w, https://www.delitfrancais.com/wp-content/uploads/2024/08/Rue_Escali-768x929.jpg 768w, https://www.delitfrancais.com/wp-content/uploads/2024/08/Rue_Escali-1270x1536.jpg 1270w, https://www.delitfrancais.com/wp-content/uploads/2024/08/Rue_Escali.jpg 1638w" sizes="auto, (max-width: 1200px) 100vw, 1200px"><figcaption><span class="media-credit">Eileen Davidson</span></figcaption></figure>



<p><strong><a href="https://www.leslibraires.ca/livres/rue-escalei-laura-nicolae-9782898490309.html" data-wpel-link="external" target="_blank" rel="external noopener noreferrer"><em>Rue Escalei, </em>Laure Nicolae</a></strong></p>



<p>Récipiendaire du prix Robert-Cliche du premier roman, <em>Rue Escalei </em>nous immerge dans la capitale roumaine des années 1970, sous le régime totalitaire de Nicolae Ceaușescu, où un événement bouleverse la paix apparente du quartier Andronache : le camarade Popescu est retrouvé inconscient, victime d’une agression. Au fil de l’enquête qui se penche sur les circonstances de cette attaque, nous découvrons les habitants de la rue Escalei, chacun portant les marques des guerres passées et du régime autoritaire. La prose de Nicolae, simple mais évocatrice, rend hommage à une génération qui, malgré les traumatismes, a su préserver la beauté du quotidien et la chaleur des liens humains. C’est un portrait intimiste, empreint de nostalgie d’une Roumanie où les traditions, superstitions, et solidarités de voisinage coexistent avec les ombres du régime communiste.</p>



<p><strong><a href="https://www.leslibraires.ca/livres/le-harem-du-roi-djaili-amadou-amal-9782490155965.html" data-wpel-link="external" target="_blank" rel="external noopener noreferrer"><em>Le harem du roi</em>, Djaïli Amadou Amal</a></strong></p>



<p>Après <em>Les impatientes</em>, qui obtient le prix Goncourt des lycéens en 2020, et <em>Le Cœur de Sahel</em>, qui figure parmi les Choix Goncourt de l’été 2022, Djaïli Amadou Amal revient à la charge avec <em>Le harem du roi</em>. D’une écriture sobre, mais percutante, l’autrice camerounaise nous plonge dans un lamidat, une chefferie traditionnelle musulmane en Afrique. Le roman suit Seini, un ancien médecin devenu roi (ou lamido), après avoir été élu par sa communauté. À travers les yeux de son épouse, Boussoura, nous pouvons découvrir les réalités complexes de cette société où les traditions et la religion dictent chaque aspect de la vie. Le lamido, en tant que commandeur des croyants et garant des traditions, est entouré d’épouses, de concubines, et d’esclaves, chacun et chacune soumis à une hiérarchie implacable. Boussoura, éduquée et enseignante, incarne la modernité. Son mariage avec Seini, autrefois fondé sur l’amour et l’égalité, bascule lorsqu’il devient roi. Confrontée aux traditions du palais et à la vie des femmes du harem, elle découvre un monde où la liberté est étouffée par les coutumes séculaires. Les rivalités, les jalousies, et les luttes de pouvoir dans le harem révèlent un microcosme où chaque femme lutte pour survivre, espérant gagner la faveur du lamido. Une œuvre puissante qui jette une lumière crue sur les réalités de la condition féminine dans une société encore dominée par les traditions patriarcales.</p>



<figure class="wp-block-image size-large"><img loading="lazy" decoding="async" width="1200" height="1727" src="https://www.delitfrancais.com/wp-content/uploads/2024/08/Flamant_Rose-1200x1727.jpg" alt class="wp-image-55640" srcset="https://www.delitfrancais.com/wp-content/uploads/2024/08/Flamant_Rose-1200x1727.jpg 1200w, https://www.delitfrancais.com/wp-content/uploads/2024/08/Flamant_Rose-650x935.jpg 650w, https://www.delitfrancais.com/wp-content/uploads/2024/08/Flamant_Rose-150x216.jpg 150w, https://www.delitfrancais.com/wp-content/uploads/2024/08/Flamant_Rose-768x1105.jpg 768w, https://www.delitfrancais.com/wp-content/uploads/2024/08/Flamant_Rose-1067x1536.jpg 1067w, https://www.delitfrancais.com/wp-content/uploads/2024/08/Flamant_Rose-1423x2048.jpg 1423w, https://www.delitfrancais.com/wp-content/uploads/2024/08/Flamant_Rose.jpg 1640w" sizes="auto, (max-width: 1200px) 100vw, 1200px"><figcaption><span class="media-credit">Eileen Davidson</span></figcaption></figure>



<p><strong><a href="https://www.leslibraires.ca/livres/la-danse-des-flamants-roses-yara-el-ghadban-9782897129811.html" data-wpel-link="external" target="_blank" rel="external noopener noreferrer"><em>La danse des flamants roses, </em>Yara El-Ghadban</a></strong></p>



<p><em>La danse des flamants roses </em>est une fable d’anticipation qui se déroule dans une vallée proche de la mer Morte, où une mystérieuse « maladie du sel » décime la population. Alors que la civilisation s’effondre, un groupe de survivants, appelés le « peuple du sel », réinvente une société harmonieuse au milieu des ruines, en symbiose avec la nature et des colonies de flamants roses. Alef, le narrateur, raconte cette utopie fragile vingt ans après les événements, où des humains et des animaux cohabitent dans un équilibre précaire. Un roman profondément actuel, qui mêle réalité et fantastique pour explorer des thèmes universels comme la survie, la résilience et la réconciliation. À travers une prose poétique, l’autrice palestino-canadienne Yara El Ghadban questionne les frontières entre l’homme et la nature, la guerre et la paix, l’utopie et la réalité. Une lecture captivante et nécessaire pour tous ceux qui cherchent une lumière d’espoir dans un monde en constante mutation.</p>



<p><strong><a href="https://www.leslibraires.ca/livres/bulles-de-fantaisie-sophie-bouchard-9782897725273.html" data-wpel-link="external" target="_blank" rel="external noopener noreferrer"><em>Bulles de fantaisie, </em>Sophie Bouchard (à paraître le 12 septembre)</a></strong></p>



<p>Autrice québécoise reconnue pour son style introspectif et incisif, Sophie Bouchard poursuit sur sa lancée d’exploration des parcelles plus sombres de la psyché humaine avec <em>Bulle de fantaisie</em>. Rythmé par la vie de trois couples contemporains et la découverte de leur intimité, le prochain roman de Sophie Bouchard promet une exploration poignante des complexités des relations amoureuses et humaines, où l’amour, la fragilité et les illusions sont abordés dans toute leur intensité. À travers ces histoires, le roman révèle le secret d’une femme qui, fuyant sa propre réalité, se crée des « bulles de fantaisie » pour échapper à une vie dont l’intensité la submerge.</p>



<figure class="wp-block-image size-large"><img loading="lazy" decoding="async" width="1200" height="938" src="https://www.delitfrancais.com/wp-content/uploads/2024/08/Les_Sentiers_De_Neige-1-1200x938.jpg" alt class="wp-image-55641" srcset="https://www.delitfrancais.com/wp-content/uploads/2024/08/Les_Sentiers_De_Neige-1-1200x938.jpg 1200w, https://www.delitfrancais.com/wp-content/uploads/2024/08/Les_Sentiers_De_Neige-1-650x508.jpg 650w, https://www.delitfrancais.com/wp-content/uploads/2024/08/Les_Sentiers_De_Neige-1-150x117.jpg 150w, https://www.delitfrancais.com/wp-content/uploads/2024/08/Les_Sentiers_De_Neige-1-768x600.jpg 768w, https://www.delitfrancais.com/wp-content/uploads/2024/08/Les_Sentiers_De_Neige-1.jpg 1310w" sizes="auto, (max-width: 1200px) 100vw, 1200px"><figcaption><span class="media-credit">Eileen Davidson</span></figcaption></figure>



<p><strong><a href="https://www.leslibraires.ca/livres/les-sentiers-de-neige-kevin-lambert-9782898221613.html" data-wpel-link="external" target="_blank" rel="external noopener noreferrer"><em>Les sentiers de neige, </em>Kev Lambert (à paraître le 2 octobre)</a></strong></p>



<p>Après avoir conquis le lectorat québécois et français avec <em>Que notre joie demeure</em>, lauréat du prestigieux prix Médicis, Kev Lambert fait un retour anticipé le 2 octobre prochain avec son quatrième roman : <em>Les sentiers de neige</em>. L’histoire se déroule principalement dans une école primaire à Chicoutimi, où la nostalgie du passé se heurte à la réalité du présent. Zoey, dont les parents sont séparés, passe son premier Noël en garde partagée avec son père au Lac-Saint-Jean, tandis que sa mère souffre de cette séparation. Accompagnée de sa cousine Émie-Anne, l’héroïne s’aventure dans une forêt hivernale remplie de créatures imaginaires. <em>Les sentiers de neige </em>de Kev Lambert s’annonce comme une exploration fascinante de l’enfance et des dynamiques familiales, marquées par la séparation et les fêtes de fin d’année.</p>
<p>L’article <a href="https://www.delitfrancais.com/2024/08/28/rentree-litteraire-2024/" data-wpel-link="internal">Rentrée littéraire 2024</a> est apparu en premier sur <a href="https://www.delitfrancais.com" data-wpel-link="internal">Le Délit</a>.</p>
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			</item>
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		<title>Être libraire, ça consiste en quoi?</title>
		<link>https://www.delitfrancais.com/2024/03/27/etre-libraire-ca-consiste-en-quoi/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Jade Lê]]></dc:creator>
		<pubDate>Wed, 27 Mar 2024 11:00:00 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Culture]]></category>
		<category><![CDATA[Littérature]]></category>
		<category><![CDATA[Slider]]></category>
		<category><![CDATA[librairie]]></category>
		<category><![CDATA[Montréal]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>Entrevue avec Mario Laframboise, libraire à la librairie Gallimard de Montréal.</p>
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]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[
<p class="has-drop-cap">Cette semaine, <em>Le Délit</em> a pu s’entretenir avec Mario Laframboise, libraire à la librairie Gallimard de Montréal. Il a répondu à nos questions sur son parcours, les responsabilités de son métier et les défis du quotidien auxquels il doit faire face.</p>



<p><strong>Le Délit (LD) </strong><em>: Tout d’abord, peux-tu me parler un peu de toi et de ton parcours en tant que libraire?</em></p>



<p><strong>Mario Laframboise (ML) </strong>: J’ai commencé par faire des études de théâtre à l’École Nationale de Théâtre du Canada (ENT) en écriture dramatique. J’ai obtenu mon diplôme en 2016. Dans le contexte de la pandémie, le théâtre, ça devenait compliqué pour moi, mais j’avais besoin de sortir de chez moi. J’avais déjà de l’expérience en vente, et lorsque j’ai eu l’opportunité de travailler pour la librairie Monet, j’ai sauté sur l’occasion. Je lisais beaucoup, j’ai toujours été un littéraire. Cet intérêt pour les arts m’a poussé à travailler chez eux. J’ai commencé dans l’entrepôt, avant de devenir libraire. Dès lors, j’ai commencé à avoir un gros coup de cœur pour ce métier. Alors que j’étais très intimidé par les libraires à l’époque, travailler dans ce domaine m’a incité à poursuivre sur cette voie. Après près d’un an et demi, un poste s’est libéré à Gallimard et j’ai postulé. C’est chez Gallimard que je me suis retrouvé comme à la maison. C’est là où je me suis dit : « Je veux faire carrière ». Cela fait maintenant trois ans et demi que je suis libraire.</p>



<blockquote class="wp-block-quote has-text-align-center is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow">
<p>« On est constamment confronté à nos angles morts de nos savoirs en tant que libraire. Plus on en sait, plus on se rend compte qu’on ne sait rien »</p>
<cite>Mario Laframboise, libraire chez Gallimard à Montréal</cite></blockquote>



<p><strong>LD </strong><em>: Qu’est ce qui te plait le plus dans ton métier?</em></p>



<p><strong>ML</strong> : Le rapport aux clients, mais pas que. On a tendance à réduire le métier à ça, mais ce n’est pas seulement le cas. Ce que j’aime, c’est pouvoir apprendre quotidiennement sur la littérature et le monde de l’édition. On se rend compte qu’on ne peut jamais tout lire, car la quantité de livres publiés chaque jour est immense. Malgré cela, on rencontre des auteurs, des lecteurs, des éditeurs. Je suis baigné dans cette culture et c’est très enrichissant humainement. En plus, j’aime les tâches quotidiennes que nous devons effectuer, comme réceptionner les livres, les répertorier, les emballer… Le métier de libraire est riche.</p>



<p><strong>LD : </strong><em>Quel est le plus gros défi auquel tu es confronté?</em></p>



<p><strong>ML </strong>: La chose principale sur laquelle je travaille, c’est ma confiance en moi. On est constamment confronté aux angles morts de nos savoirs en tant que libraire. Plus on en sait, plus on se rend compte qu’on ne sait rien. Ça demande beaucoup d’humilité de dire à un client qu’on ne sait pas, mais qu’on va se renseigner. C’est une opportunité pour apprendre, mais gagner en confiance en soi, c’est le plus dur. Ça ne me diminue pas en tant que personne de ne pas savoir quelque chose. Je suis aussi épaulé par des co-directeurs qui m’aident à me développer, tout comme mes collègues. Il y a souvent des clients qui sont étonnés qu’on ne connaisse pas tel auteur ou tel livre. La beauté de la chose, c’est qu’on en apprend tous les jours !</p>



<p><strong>LD </strong><em>: En quoi consiste la journée type d’un libraire? Quelles sont les tâches que tu dois effectuer?</em> </p>



<p><strong>ML </strong>: Ce n’est pas pareil dans toutes les librairies, mais chez Gallimard, on s’occupe de tout. La journée type varie, car on a des rotations. Généralement, le matin, quelqu’un s’occupe de réceptionner les livres que nous recevons. Il y a aussi une personne qui traite les commandes en ligne. En plus, nous devons répondre quotidiennement aux courriels que l’on reçoit. Durant la journée, on doit également répertorier les livres et aider les clients, évidemment. Enfin, nous sommes aussi chargés de créer du contenu pour nos réseaux sociaux, d’écrire des notes de lecture, de gérer les stocks, et de s’informer de l’actualité pour être au courant de ce qui se passe dans le monde littéraire. Les gens ne s’en rendent pas toujours compte, mais en réalité, le métier de libraire c’est à peu près 15% de service à la clientèle et 85% de gestion de stock.</p>



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<figure class="wp-block-image size-large"><img loading="lazy" decoding="async" width="1200" height="1200" src="https://www.delitfrancais.com/wp-content/uploads/2024/03/livres-3-1200x1200.jpg" alt class="wp-image-55323" srcset="https://www.delitfrancais.com/wp-content/uploads/2024/03/livres-3-1200x1200.jpg 1200w, https://www.delitfrancais.com/wp-content/uploads/2024/03/livres-3-650x650.jpg 650w, https://www.delitfrancais.com/wp-content/uploads/2024/03/livres-3-150x150.jpg 150w, https://www.delitfrancais.com/wp-content/uploads/2024/03/livres-3-768x768.jpg 768w, https://www.delitfrancais.com/wp-content/uploads/2024/03/livres-3-1536x1536.jpg 1536w, https://www.delitfrancais.com/wp-content/uploads/2024/03/livres-3-2048x2048.jpg 2048w, https://www.delitfrancais.com/wp-content/uploads/2024/03/livres-3-600x600.jpg 600w, https://www.delitfrancais.com/wp-content/uploads/2024/03/livres-3-120x120.jpg 120w" sizes="auto, (max-width: 1200px) 100vw, 1200px"><figcaption><span class="media-credit"> </span></figcaption></figure>
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<figure class="wp-block-image size-full"><img loading="lazy" decoding="async" width="726" height="726" src="https://www.delitfrancais.com/wp-content/uploads/2024/03/livres-1.jpg" alt class="wp-image-55321" srcset="https://www.delitfrancais.com/wp-content/uploads/2024/03/livres-1.jpg 726w, https://www.delitfrancais.com/wp-content/uploads/2024/03/livres-1-650x650.jpg 650w, https://www.delitfrancais.com/wp-content/uploads/2024/03/livres-1-150x150.jpg 150w, https://www.delitfrancais.com/wp-content/uploads/2024/03/livres-1-600x600.jpg 600w, https://www.delitfrancais.com/wp-content/uploads/2024/03/livres-1-120x120.jpg 120w" sizes="auto, (max-width: 726px) 100vw, 726px"><figcaption><span class="media-credit"> </span></figcaption></figure>
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<figure class="wp-block-image size-large"><img loading="lazy" decoding="async" width="1200" height="1200" src="https://www.delitfrancais.com/wp-content/uploads/2024/03/livres-2-1200x1200.jpg" alt class="wp-image-55322" srcset="https://www.delitfrancais.com/wp-content/uploads/2024/03/livres-2-1200x1200.jpg 1200w, https://www.delitfrancais.com/wp-content/uploads/2024/03/livres-2-650x650.jpg 650w, https://www.delitfrancais.com/wp-content/uploads/2024/03/livres-2-150x150.jpg 150w, https://www.delitfrancais.com/wp-content/uploads/2024/03/livres-2-768x768.jpg 768w, https://www.delitfrancais.com/wp-content/uploads/2024/03/livres-2-1536x1536.jpg 1536w, https://www.delitfrancais.com/wp-content/uploads/2024/03/livres-2-2048x2048.jpg 2048w, https://www.delitfrancais.com/wp-content/uploads/2024/03/livres-2-600x600.jpg 600w, https://www.delitfrancais.com/wp-content/uploads/2024/03/livres-2-120x120.jpg 120w" sizes="auto, (max-width: 1200px) 100vw, 1200px"><figcaption><span class="media-credit"><a href="https://www.delitfrancais.com/author/dgrandmaison/?media=1" data-wpel-link="internal">Dominika Grand’Maison</a> | Le Délit</span></figcaption></figure>
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<p><strong>LD </strong><em>: Plus spécifiquement par rapport à Gallimard, pourquoi avoir choisi d’y travailler? Qu’est ce qui rend cette librairie unique?</em></p>



<p><strong>ML </strong>: Je dirais que c’est leur vision. La librairie Gallimard forme une toute petite équipe par rapport à d’autres. Ils ont un désir de former des libraires de carrière et la volonté d’offrir une formation à long terme avec des libraires qui connaissent leur métier en profondeur. C’est dans cette vision que je me suis reconnu. Je veux viser l’excellence, pas du jour au lendemain, mais petit à petit essayer de devenir meilleur. Chez Gallimard, je suis entouré de personnes qui m’inspirent, notamment mes co-directeurs, et qui ont beaucoup d’expérience. De plus, il y a évidemment le prestige associé avec la maison d’édition Gallimard, comme avec les collection « la Pléiade », « la Blanche », « Du monde entier », « Folio ». C’est une maison d’édition qui contribue depuis plus de cent ans au rayonnement de la littérature. Beaucoup de personnes viennent nous voir pour acheter des classiques parce que nous sommes une librairie qui travaille sur le fond. On propose aussi de la nouveauté, mais ce fond, c’est important de le connaître. Enfin, quelque chose que je trouve important de souligner, c’est la proximité avec les universités et les milieux culturels. Chaque jour, je fais face à une clientèle qui me pousse intellectuellement et me stimule malgré les difficultés que je rencontre. C’est une clientèle très variée : certains viennent pour me parler d’actualités, d’autres sont très cultivés et ont besoin de recommandations précises.</p>



<blockquote class="wp-block-quote has-text-align-center is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow">
<p>« Les gens ne s’en rendent pas toujours compte, mais en réalité, le métier de libraire c’est à peu près 15% de service à la clientèle et 85% de gestion de stock »</p>
<cite>Mario Laframboise, libraire chez Gallimard à Montréal</cite></blockquote>



<p><strong>LD </strong><em>: Quels genres de livres proposez-vous à la librairie?</em></p>



<p><strong>ML </strong>: On ne travaille pas seulement avec Gallimard, mais aussi avec d’autres maisons d’édition. On propose vraiment de tout à la librairie et on essaie de mettre la littérature québécoise en avant. En littérature du monde, on classe les livres par groupe linguistique ou par pays. Chaque librairie va proposer un classement un peu différent. Ce que j’apprécie dans cette façon de faire, c’est que ça met de l’avant la diversité littéraire. Ce n’est pas « la » littérature, mais « les » littératures du monde. Cette catégorisation nous invite à apprécier la langue et les cultures différemment.</p>



<p><strong>LD </strong><em>: Peux-tu me parler du rapport avec le client? As-tu des anecdotes?</em></p>



<p><strong>MD </strong>: Les clients ont beacoup d’attentes lorsqu’ils viennent chez Gallimard. Ils sont parfois intimidés par les libraires – d’autres fois, c’est nous qui le sommes par eux – mais aussi par le prestige de la maison d’édition. Pourtant, plus les gens nous parlent, plus ils sont surpris de voir que nous sommes des gens faciles d’accès et que notre métier est simplement de promouvoir la lecture. Ils constatent que l’on peut parler de tout et qu’on est ouvert d’esprit. Il nous arrive de ne pas viser juste lorsqu’on fait des recommandations, mais les clients reviennent nous voir pour en parler, et nous arrivons à mieux les comprendre. Le métier de libraire nous demande de faire preuve de beaucoup d’humilité et d’accepter le fait qu’un livre ne peut pas plaire à tout le monde. On lit toujours avec subjectivité. Même lorsqu’on essaie de créer une connexion avec le client, la lecture reste un voyage solitaire. J’ai deux anecdotes que j’aime partager. Je me souviens d’un client qui m’a demandé des conseils pour trouver un roman policier. Je lui avais conseillé un livre et il m’a avoué par la suite que ça allait être son premier livre en tant qu’adulte. Je lui ai dit de ne pas être gêné et j’espérais que ma recommandation allait lui donner l’envie de lire. Je trouve ça beau comme histoire, surtout le fait qu’il ait eu le courage de venir à la librairie. La deuxième, c’était un professeur au cégep qui a été forcé d’arrêter de lire après un problème de santé. Il m’avait expliqué qu’il n’arrivait plus à lire de longs chapitres. Je lui ai donc conseillé un livre avec de courts chapitres, en espérant qu’il puisse l’apprécier. Il est revenu me voir deux semaines après pour me dire qu’il avait pu le lire au complet et que ça l’avait complètement reconnecté à la lecture. C’est ce genre de situations qui valorisent notre métier.</p>



<figure class="wp-block-image size-large"><img loading="lazy" decoding="async" width="1200" height="1800" src="https://www.delitfrancais.com/wp-content/uploads/2024/03/portarit1-e1711479683432-1200x1800.jpg" alt class="wp-image-55324" srcset="https://www.delitfrancais.com/wp-content/uploads/2024/03/portarit1-e1711479683432-1200x1800.jpg 1200w, https://www.delitfrancais.com/wp-content/uploads/2024/03/portarit1-e1711479683432-650x975.jpg 650w, https://www.delitfrancais.com/wp-content/uploads/2024/03/portarit1-e1711479683432-150x225.jpg 150w, https://www.delitfrancais.com/wp-content/uploads/2024/03/portarit1-e1711479683432-768x1152.jpg 768w, https://www.delitfrancais.com/wp-content/uploads/2024/03/portarit1-e1711479683432-1024x1536.jpg 1024w, https://www.delitfrancais.com/wp-content/uploads/2024/03/portarit1-e1711479683432-600x900.jpg 600w, https://www.delitfrancais.com/wp-content/uploads/2024/03/portarit1-e1711479683432.jpg 1260w" sizes="auto, (max-width: 1200px) 100vw, 1200px"><figcaption><span class="media-credit">Portrait de Mario Laframboise par Dominika Grand’Maison | Le Délit</span></figcaption></figure>



<p><strong>LD </strong><em>: Quels sont les événements ou les activités que vous organisez régulièrement à la librairie pour engager la communauté?</em></p>



<p><strong>ML </strong>: Au sein même de notre librairie, on a une personne chargée de la coordination des évènements. Parfois, les éditeurs que nous recevons nous proposent des lancements, parfois la diffusion, ou parfois c’est nous qui les approchons. Il n’y a pas vraiment de règles. Les lancements et les autres événements promotionnels, ça permet aussi aux éditeurs de connaître le goût, le style des différentes librairies. On organise aussi régulièrement des causeries avec des auteurs étrangers, ou des discussions autour des thématiques du livre. Cela permet en quelque sorte d’abattre les barrières entre l’auteur et les lecteurs, de les démystifier. Les lecteurs sont toujours surpris de pouvoir discuter librement avec des écrivains. Enfin, on organise des événements en collaboration avec les festivals (par exemple FIKA(S) ou Métropolis Bleu) ou d’autres événements autour de la littérature, comme notre participation cette année à la Nuit Blanche avec des lectures à la librairie. Nous communiquons de trois façons : sur nos réseaux sociaux (Facebook et Instagram), notre site Internet, ainsi que notre infolettre. Il est possible de s’inscrire à cette dernière sur notre site afin de recevoir les informations concernant les événements à venir.</p>



<blockquote class="wp-block-quote has-text-align-center is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow">
<p>« Le métier de libraire nous demande de faire preuve de beaucoup d’humilité et d’accepter le fait qu’un livre ne peut pas plaire à tout le monde. On lit toujours avec subjectivité. Même lorsqu’on essaie de créer une connexion avec le client, la lecture reste un voyage solitaire »</p>
<cite>Mario Laframboise, libraire à la librairie Gallimard de Montréal.</cite></blockquote>



<p><strong>LD </strong><em>: Enfin, je suis curieuse de connaître tes goûts personnels. As-tu un livre à me recommander?</em></p>



<p><strong>ML </strong>: Au niveau de mes lectures personnelles, je lis de tout pour apprendre davantage, mais j’aime beaucoup les polars et la littérature étrangère, plus largement. Je suis également attiré par la science-fiction. Même si, pour moi, c’est très important d’acheter de la littérature québécoise, je trouve que la littérature étrangère nous permet de continuer à aiguiser notre empathie sur le monde. Je promouvoie beaucoup cette catégorie. Enfin, si je devais recommander un livre, ce serait <em>Fungus : Le Roi des Pyrénées</em> d’Albert Sánchez Piñol. C’est l’histoire d’un petit diable alcoolique qui se réfugie dans une grotte et qui réveille par accident d’énormes champignons. Il décide de créer une cellule révolutionnaire anarchiste avec eux et tient des discours sur la classe prolétaire, mais agit en réalité comme despote. Ce que j’aime, c’est le décalage entre le ton épique et la situation niaiseuse. C’est aussi une réflexion intéressante sur les enjeux de pouvoir. Je ne peux que le conseiller, c’est mon livre préféré!</p>



<p><em>La librairie Gallimard se situe au 3700 Boul. Saint-Laurent, Montréal. Plus d’informations sur leur site <a href="https://www.gallimardmontreal.com/" data-wpel-link="external" target="_blank" rel="external noopener noreferrer">https://www.gallimardmontreal.com/</a></em></p>



<figure class="wp-block-image size-full is-resized"><img loading="lazy" decoding="async" width="945" height="945" src="https://www.delitfrancais.com/wp-content/uploads/2024/03/Librairie-Gallimard-Montreal-1.jpg" alt class="wp-image-55312" style="width:402px;height:auto" srcset="https://www.delitfrancais.com/wp-content/uploads/2024/03/Librairie-Gallimard-Montreal-1.jpg 945w, https://www.delitfrancais.com/wp-content/uploads/2024/03/Librairie-Gallimard-Montreal-1-650x650.jpg 650w, https://www.delitfrancais.com/wp-content/uploads/2024/03/Librairie-Gallimard-Montreal-1-150x150.jpg 150w, https://www.delitfrancais.com/wp-content/uploads/2024/03/Librairie-Gallimard-Montreal-1-768x768.jpg 768w, https://www.delitfrancais.com/wp-content/uploads/2024/03/Librairie-Gallimard-Montreal-1-600x600.jpg 600w, https://www.delitfrancais.com/wp-content/uploads/2024/03/Librairie-Gallimard-Montreal-1-120x120.jpg 120w" sizes="auto, (max-width: 945px) 100vw, 945px"><figcaption><span class="media-credit"> </span></figcaption></figure>
<p>L’article <a href="https://www.delitfrancais.com/2024/03/27/etre-libraire-ca-consiste-en-quoi/" data-wpel-link="internal">Être libraire, ça consiste en quoi?</a> est apparu en premier sur <a href="https://www.delitfrancais.com" data-wpel-link="internal">Le Délit</a>.</p>
]]></content:encoded>
					
		
		
			</item>
		<item>
		<title>Aux oubliées de l’histoire</title>
		<link>https://www.delitfrancais.com/2024/02/28/aux-oubliees-de-lhistoire/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Hugo Vitrac]]></dc:creator>
		<pubDate>Wed, 28 Feb 2024 12:00:00 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Culture]]></category>
		<category><![CDATA[Littérature]]></category>
		<category><![CDATA[Slider]]></category>
		<category><![CDATA[Hollis Jeffcoat]]></category>
		<category><![CDATA[littérature québécoise]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>Ça aurait pu être être un film, le dernier livre de Martine Delveaux.</p>
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]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[
<p class="has-drop-cap">Paru le 20 septembre 2023 dernier aux éditions Héliotrope, le dernier roman de l’autrice québécoise Martine Delvaux, <em>Ça aurait pu être être un film</em>, plonge le lecteur dans l’enquête passionnée du triangle amoureux formé par les deux artistes Joan Mitchell, figure du mouvement expressionniste américain et Jean Paul Riopelle, peintre canadien vedette, avec la jeune américaine Hollis Jeffcoat. Habituellement, dans les documentaires sur le couple que forment Joan et Jean Paul, Hollis est à peine mentionnée. Les seules traces de son existence sont une note de bas de page dans une biographie de Jean Paul, et une phrase de Joan lancée lors d’une entrevue, « Jean Paul est parti avec la <em>dogsitter</em> [Hollis, ndlr] ». Pourtant, lorsque Martine Delvaux se voit proposer un scénario sur le couple d’artistes, c’est le personnage d’Hollis qui obsèdera l’autrice et qu’elle placera au centre de son roman.</p>



<p><strong>« Beaucoup étaient célèbres mais on ne parle pas des seconds »</strong></p>



<p>L’enquête commence par l’arrivée de Hollis Jeffcoat dans le Paris des années 70 en tant qu’administratrice de la New York Studio School, et sa rencontre avec le couple Joan et Jean Paul. Hébergée dans la Tour, la propriété de Joan, à partir de l’été 76 en échange de la garde de ses chiens, Hollis peint avec elle jusqu’au petit matin. Jumelles, mère-fille, amantes, leur relation s’affranchit de toute étiquette. Comme autant d’ébauches d’un même tableau, Martine Delvaux réécrit plusieurs fois au fil des pages une même histoire qui tiendrait dans un paragraphe : la rencontre de Hollis et Joan, leur amitié, l’arrivée de Jean Paul, et son départ avec la <em>dogsitter</em>. Autant de regards étrangers sur une relation dont l’autrice cherche à percer les mystères à travers l’exploration des archives, les plongées dans  les œuvres des trois artistes, et les rencontres avec leurs proches. Martine Delvaux s’immisce dans leur vie, jusqu’à en faire partie. </p>



<blockquote class="wp-block-quote is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow">
<p class="has-text-align-center">« C’est finalement cette lutte pour la postérité d’Hollis qui forme le corps du roman, ce lien post-mortem entre l’autrice et son personnage, qu’elle appelle sa jumelle »</p>
</blockquote>



<p>Ce roman est un questionnement permanent. Pourquoi pas elle? Pourquoi pas Hollis? Pourquoi l’avoir condamnée à l’oubli? Figée pour la postérité dans le rôle de l’étudiante séductrice qui part avec le compagnon de celle qui l’a accueillie, Hollis aurait pu jouir du même succès que Jean Paul et Joan. Hollis est une artiste, dont le talent a été immédiatement reconnu par Joan et Jean Paul, qui sollicitent tous deux son avis sur leurs peintures. Pourquoi alors a‑t-elle été cantonnée à cette note de bas de page, elle qui a occupé une place si importante dans l’œuvre des deux? Muse, amie ou amante, la femme est systématiquement mise au second plan de l’oeuvre, rapportée à une figure masculine dont elle ne peut se détacher. Comme Martha Gellhorn et Hemingway, Hollis n’existe que dans le sillage de Jean Paul. Véritable anthologie féministe de l’art, le roman de Martine Delveaux met l’histoire d’Hollis en perspective avec d’autres similaires, d’artistes et de leurs muses, elles-mêmes créatrices, et pourtant reléguées au second plan.</p>



<p>Le récit est décousu, organisé comme le carnet de notes de l’autrice, sautant d’une période, d’un personnage à un autre au gré des comptes rendus de ses entrevues et de ses recherches, agrémenté de ses commentaires, de digressions féministes sur la peinture ou le cinéma. Comme un passant observant un peintre à l’œuvre, le lecteur suit deux trames : l’ébauche de la vie de Hollis et du couple Jean Paul et Joan ; et le cheminement de l’autrice, son travail, ses passions et ses doutes. Perdu dans les détails décousus et les digressions, le lecteur voit apparaître une vie complexe et libre, et découvre une personne centrale aux deux artistes, mais ignorée du grand public. Ce roman raconte aussi le combat de l’autrice, luttant contre le magnétisme de Jean Paul et Joan pour écrire l’histoire de Hollis, le récit que personne n’a écrit. Face à la myopie de l’histoire officielle, qui, pour un nom sauvé de l’oubli en condamne tant d’autres, Martine Delvaux replace Hollis au centre du triangle amoureux, et place les deux artistes dans son orbite. C’est finalement cette lutte pour la postérité d’Hollis qui forme le corps du roman, ce lien post-mortem entre l’autrice et son personnage, qu’elle appelle sa jumelle. C’est l’histoire d’un rendez-vous manqué, Martine Delvaux s’emparant du sujet un mois après la mort d’Hollis Jeffcoat. Ça aurait pu être un film…</p>
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			</item>
		<item>
		<title>Plongée dans une librairie indépendante : De Stiil</title>
		<link>https://www.delitfrancais.com/2024/02/21/plongee-dans-une-librairie-independante-de-stiil/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Philippine d'Halleine]]></dc:creator>
		<pubDate>Wed, 21 Feb 2024 12:00:00 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Culture]]></category>
		<category><![CDATA[Littérature]]></category>
		<category><![CDATA[Slider]]></category>
		<category><![CDATA[entretien]]></category>
		<category><![CDATA[librairie]]></category>
		<category><![CDATA[Montréal]]></category>
		<guid isPermaLink="false">https://www.delitfrancais.com/?p=54931</guid>

					<description><![CDATA[<p>Entretien particulier avec Aude Le Dubé.</p>
<p>L’article <a href="https://www.delitfrancais.com/2024/02/21/plongee-dans-une-librairie-independante-de-stiil/" data-wpel-link="internal">Plongée dans une librairie indépendante : De Stiil</a> est apparu en premier sur <a href="https://www.delitfrancais.com" data-wpel-link="internal">Le Délit</a>.</p>
]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[
<p class="has-drop-cap">Au cœur du Plateau Mont-Royal, nichée dans la rue Duluth, se trouve la librairie <a href="https://destiil.com/fr" data-wpel-link="external" target="_blank" rel="external noopener noreferrer">De Stiil</a>. Une véritable oasis littéraire au milieu du tumulte urbain, cette boutique d’angle, baignée dans un vernis blanc, évoque l’atmosphère des quartiers bohèmes de Notthing Hill ou de Brooklyn. J’ai eu la chance de m’entretenir avec Aude Le Dubé, la fondatrice de la boutique. Installées près d’une des nombreuses fenêtres qui encadrent la boutique, un rayon de soleil timide nous réchauffait, nous faisant momentanément oublier la température glaciale de l’extérieur. Nous nous sommes alors plongées dans une conversation envoûtante sur la littérature, l’art et l’importance des librairies indépendantes dans notre société.</p>



<blockquote class="wp-block-quote is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow">
<p class="has-text-align-center">« Véritable oasis littéraire au milieu du tumulte urbain, cette boutique d’angle, baignée dans un vernis blanc, évoque l’atmosphère des quartiers bohèmes de Notthing Hill ou de Brooklyn »</p>
</blockquote>



<p><em>L’entretien a été édité dans un souci de clarté et de concision.</em></p>



<p><strong>Philippine</strong> : <em>Est ce que vous pouvez vous présenter?</em></p>



<p><strong>Aude Le Dubé (ALD)</strong> : Je m’appelle Aude, je suis née en France, j’ai déménagé au États-Unis où j’ai vécu 16 ans, pour ensuite partir en Suisse pour dix années. Ça fait maintenant 12 ans que j’habite à Montréal.</p>



<p><strong>Philippine</strong> : <em>D’où vient cette passion pour la lecture et l’écriture? Comment en êtes-vous arrivée à ouvrir une librairie?</em></p>



<p><strong>ALD</strong> : Je dirais que ma fascination pour la littérature a débuté dès mon enfance avec Agatha Christie et s’est approfondie avec Marguerite Duras, que j’admire notamment pour <em>Le Ravissement</em> <em>de Lol V. Stein</em>. J’aime son style d’écriture faussement simple, qui va au cœur des choses. Sartre disait « J’ai pas le temps de faire court », et bien, je dirais que Duras avait le temps de faire court. Alors j’ai décidé de poursuivre une carrière en tant qu’autrice et traductrice. L’aventure De Stiil a donc émergé de mon histoire dans le monde de l’édition. En arrivant à Montréal en 2018, j’ai ouvert une boutique qui vendait initialement ce qu’on peut appeler des beaux livres et des objets d’art. C’est lors du premier confinement que j’ai constaté que les clients s’intéressaient principalement aux romans. J’ai donc rapidement élargi notre assortiment pour répondre à cette demande croissante.</p>



<p><strong>Philippine</strong> : <em>Pourquoi ce choix de vous tourner vers de la littérature anglophone en tant que française?</em></p>



<p><strong>ALD</strong> : Ça fait maintenant 45 ans que je lis de la littérature anglophone. Je trouve que c’est plus vivant, avec davantage de place pour les voix féminines, différents genres et styles, que je trouve moins dans d’autres langues. Nous vendons surtout des livres traduits. Les livres traduits de langues étrangères en anglais représentent seulement 3% de la production dans le monde de l’édition. Alors, en tant que francophone, si on veut lire beaucoup, la production de littérature en français pourrait ne plus être adéquate pour répondre à nos besoins. Moi, j’ai simplement reproduit ce qui m’attire. Je suis particulièrement attirée par la littérature allemande, donc j’en ai beaucoup, mais il y aussi des traductions du japonais, de l’hébreu, de l’italien, de l’arabe, du français, ça voyage beaucoup.</p>



<figure class="wp-block-image size-full"><img loading="lazy" decoding="async" width="480" height="640" src="https://www.delitfrancais.com/wp-content/uploads/2024/02/image0-rotated.jpeg" alt class="wp-image-54941" srcset="https://www.delitfrancais.com/wp-content/uploads/2024/02/image0-rotated.jpeg 480w, https://www.delitfrancais.com/wp-content/uploads/2024/02/image0-150x200.jpeg 150w" sizes="auto, (max-width: 480px) 100vw, 480px"><figcaption><span class="media-credit">Philippine d’Halleine</span></figcaption></figure>



<p><strong>Philippine</strong> <em>: Comment décririez-vous le concept de votre boutique? L’esthétique de vos livres joue-t-elle un rôle dans vos ventes? Et quel type de clientèle vous cherchez?</em></p>



<p><strong>ALD</strong> : Évidemment que l’esthétique joue un rôle important pour moi, mais aussi pour les clients. Les livres qu’on ne propose pas, c’est-à-dire, les romances, les livres <em>young adult</em>, sont généralement laids, mais de toute manière ils ne m’intéressent pas, donc le choix n’est pas difficile. À l’inverse, il m’est déjà arrivé de commander des livres passionnants, mais la couverture était si hideuse qu’il m’a été impossible de les vendre ; les consommateurs ne sont pas réceptifs. La clientèle est très jeune. Il y a des préjugés sur le fait que les jeunes ne lisent plus la littérature papier à cause des nouvelles technologies, mais moi je pense que ce sont surtout les personnes âgées qui sont concernées par ce déclin.</p>



<p><strong>Philippine</strong> : <em>Vous ne constatez donc pas de baisse de lecture chez les jeunes? En tout cas au niveau papier?</em></p>



<p><strong>ALD</strong> : Au contraire! Maintenant, plus rien ne nous appartient. On n’achète plus de disques, on <em>stream </em>la musique, et c’est pareil pour les livres ; on achète en ligne ou sur Kindle. Donc je pense que les gens constatent cela et préfèrent posséder un livre papier. Souvent, ils lisent en bibliothèque, et après, ils viennent acheter ici, parce que c’est important de pouvoir échanger, de pouvoir prêter, donner et partager ses livres. Tandis que les clients qui viennent, savent ce qu’ils veulent et savent qu’ils peuvent le trouver ici. On fonctionne beaucoup par thème. On a une table appelée <em>Uplifting Reads </em>[lecture édifiante, <em>ndlr</em>] parce que le monde est déprimant en ce moment. J’achète comme une lectrice, pas comme une libraire. C’est donc ça la différence.</p>



<blockquote class="wp-block-quote is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow">
<p class="has-text-align-center">« La fiction, la littérature, ce n’est pas pour nous aider à vivre, c’est pour nous aider à sortir de nos vies. C’est pour nous aider à ne pas vivre. »</p>
</blockquote>



<p><strong>Philippine</strong> : <em>Des conseils pour parvenir à se mettre à la lecture pour le plaisir, pour sortir des cours?</em></p>



<p><strong>ALD</strong> : Les gens qui veulent lire, c’est très simple, mais ça peut être difficile de le faire naturellement, notamment pour les étudiants qui lisent pour les cours toute la journée. J’ai un seul conseil : se débarrasser de son téléphone. Seulement 15 minutes pour commencer ; se mettre dans une autre pièce silencieuse pour quelques minutes de lecture. Le lendemain 20 minutes, puis 30. Il faut laisser la magie opérer. La fiction, la littérature, ce n’est pas pour nous aider à vivre, c’est pour nous aider à sortir de nos vies. C’est pour nous aider à ne pas vivre.</p>



<p><strong>Philippine</strong> : <em>Vous me parliez de la littérature expérimentale comme un style de lecture qu’on peut trouver ici, auriez-vous des conseils de livres pour débuter?</em></p>



<p><strong>ALD</strong> : En fait, la littérature expérimentale, ce n’est pas un narratif littéraire, ce n’est pas nécessairement une histoire, ça prend diverses formes. Huysmans, George Perec ou Prévert étaient de cette littérature. C’est de l’art facile à lire, qui sort des sentiers battus, d’une l’histoire avec une introduction et un développement et une conclusion. C’est peut-être plus original. Encore plus moderne, je conseillerais <em><a href="https://destiil.com/fr/products/wild-milk?_pos=1&amp;_sid=04b93e247&amp;_ss=r" data-wpel-link="external" target="_blank" rel="external noopener noreferrer">Wild Milk</a> </em>de Sabrina Orah Mark.</p>



<p><strong>Philippine</strong> : <em>Pour conclure, deux livres à acheter chez De Stiil ce mois-ci?</em></p>



<p><strong>ALD</strong> : Le <em><a href="https://destiil.com/fr/products/prophet-song?_pos=1&amp;_sid=6d2395e85&amp;_ss=rhttps://destiil.com/fr/products/prophet-song?_pos=1&amp;_sid=6d2395e85&amp;_ss=r" data-wpel-link="external" target="_blank" rel="external noopener noreferrer">Prophet’s Song</a> </em>de Paul Lynch, je pense qu’il deviendra un grand classique contemporain. Et <em><a href="https://destiil.com/fr/products/kairos?_pos=1&amp;_sid=725776d15&amp;_ss=r" data-wpel-link="external" target="_blank" rel="external noopener noreferrer">Kairos</a> </em>par Jenny Erpenbeck, tout simplement brillant.</p>



<p><em>Retrouvez la librairie au 351 Avenue Duluth E, Montréal, et suivez la page <a href="https://www.instagram.com/destiil_books/?hl=en" data-wpel-link="external" target="_blank" rel="external noopener noreferrer">instagram</a> pour vous tenir au courant des événements organisés par l’équipe De Stiil, qui réserve régulièrement de jolis moments à partager entre passionnés et débutants.</em></p>
<p>L’article <a href="https://www.delitfrancais.com/2024/02/21/plongee-dans-une-librairie-independante-de-stiil/" data-wpel-link="internal">Plongée dans une librairie indépendante : De Stiil</a> est apparu en premier sur <a href="https://www.delitfrancais.com" data-wpel-link="internal">Le Délit</a>.</p>
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