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	<title>Archives des Roman feuilleton - Le Délit</title>
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	<description>Le seul journal francophone de l&#039;Université McGill</description>
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	<item>
		<title>Récession</title>
		<link>https://www.delitfrancais.com/2011/11/01/recession/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Alexandra Gosselin]]></dc:creator>
		<pubDate>Tue, 01 Nov 2011 20:02:28 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Culture]]></category>
		<category><![CDATA[Roman feuilleton]]></category>
		<category><![CDATA[bronx]]></category>
		<category><![CDATA[feuilleton]]></category>
		<category><![CDATA[fiction]]></category>
		<category><![CDATA[fiction d'actualité]]></category>
		<category><![CDATA[histoire]]></category>
		<category><![CDATA[new york]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>En 2011, une seconde crise financière déferle sur les États-Unis d’Amérique et bouleverse la vie de bien des hommes.</p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p>En m’installant au volant de ma voiture, j’avais vraiment eu l’intention de me rendre chez moi, de prendre une douche avant d’affronter Michelle, ma femme, et de lui annoncer mon chômage tout récent. Les premières minutes, je m’étais efforcé de dénicher une façon adéquate d’aborder le sujet avec délicatesse, pour la rassurer quant à notre avenir et celui des enfants. Nous vivions au-dessus de nos moyens et il était inévitable que nous allions devoir modifier, voire perturber notre confort et notre quotidien. Toutefois, plus la distance qui me séparait du foyer rétrécissait, plus je réalisais que cette tâche de scénarisation était vaine.</p>
<p>Michelle savait déjà.</p>
<p>Je m’en voulais de ne pas y avoir songé plus tôt! Le père de Michelle, Monsieur Jacobs, avait certainement déjà vendu la mèche. Je l’entendais se délecter silencieusement des pleurs de sa fille, la serrer dans ses bras en lui promettant qu’il l’aiderait, qu’il savait que ce jour allait arriver, que je n’étais qu’un nègre qui n’avait pas sa place parmi les grands… Non, il n’oserait pas, du moins pas si les enfants étaient dans les parages. Évidemment que Jacobs était déjà informé de l’affaire! Il savait tout et scrutait à la loupe chacune de mes transactions, utilisait ses contacts pour vérifier mes performances et mes statistiques de profit.</p>
<p>Le jour qu’il attendait, depuis notre mariage à Michelle et moi, était enfin arrivé. Je rentrais donc à la maison, mais la peur de croiser mon beau-père et surtout la honte d’être devancé par cet homme fourbe qui me détruirait volontiers devant Michelle et les enfants me fit revoir mon itinéraire.</p>
<p>Je roule donc vers le Nord-Est de la ville. J’ignore pourquoi je me sens si attiré par cette destination. Il y a si longtemps. Nous sommes en novembre et la nuit est déjà presque installée. J’hésite à allumer mes phares, l’espèce d’invisibilité dans laquelle l’obscurité plonge ma voiture noire me fait du bien. J’ai l’impression de disparaître parmi les millions de New-Yorkais, les milliers de regards vicieux que j’imagine me foudroyer de toutes parts s’estompent et enfin je parviens à respirer.</p>
<p>J’accélère.</p>
<p>D’un doigt, je baisse entièrement ma fenêtre pour embrasser un maximum d’atmosphère. J’inspire tout mon soûl et l’euphorie gagne mon âme. J’oublie, pour un temps, toute cette galère. Mais comme la sensation de liberté s’estompe rapidement, je ressens à nouveau toute cette détresse me prendre d’assaut. J’accélère encore et j’abaisse une deuxième fenêtre, celle côté passager. Le vent automnal envahit aussitôt ma trachée, puis mes bronches. Bientôt, les deux autres embrasures sont béantes et laissent s’engouffrer de puissantes bourrasques froides qui chassent mes préoccupations, qui engourdissent mon être, qui font vaciller mes roues. Les mains qui tiennent solidement mon volant sont ankylosées par le froid. Tout va très vite.</p>
<p>Je débouche sur une artère familière, du moins me semble-t-il. Ma vitesse vertigineuse est freinée par mon étonnement. Je ralentis, instinctivement je remonte les fenêtres, car mon attention est si sollicitée par le nouveau décor qui se dessine que le froid devient vite insupportable. Le Bronx de ma jeunesse n’a rien à voir avec celui qui se dévoile peu à peu à moi.</p>
<p>Les rues et les trottoirs, autrefois jonchés de détritus, de poubelles et de carcasses, avaient été nettoyés et visiblement désinfectés. La nuit est tombée, mais j’aperçois quand même des enfants qui déambulent seuls ou en petits groupes. Les avenues principales sont maintenant éclairées et flanquées de commerces divers qui accordent au quartier le plus pauvre de la ville un aspect de quartier typique et branché. Des parcs ont remplacé les terrains vagues. Les façades vandalisées, tantôt tapissées de propos injurieux et d’images sordides sont devenues des galeries d’art urbain.</p>
<p>C’est à n’y rien comprendre. Je parcours, troublé, encore quelques mètres de la Bronxdale Avenue. Inconsciemment, je guette les traces de ce passé macabre, des guerres raciales qui ont marqué mon enfance et forgé mon caractère. Le J&amp;D Snack apparaît à ma gauche, tel qu’il avait toujours été, misérable, mais réconfortant.</p>
<p>En moi surgit un sentiment confus de nostalgie, mais aussi de chaleur: je me revois attablé avec ma mère, chaque jeudi, pour déguster religieusement le meilleur repas de la semaine. Dès le lundi, je salivais en imaginant toute la somptuosité des repas du jour de paie. Je savoure mentalement le bouillon de bœuf épais, les légumes longtemps macérés et les nouilles trop cuites qui comblaient tant mes papilles à l’époque: j’en ai l’eau à la bouche. Les sushis, les filets mignons et les carrés d’agneau qui garnissent quotidiennement mon assiette me semblent fades et peu appétissants.</p>
<p>Tandis que je m’arrête quelques secondes pour admirer la façade de ce restaurant typique du quartier, j’envisage l’immense sourire de maman qui se délectait de me voir manger à ma faim. J’hésite. J’adorerais y retourner, je n’y ai pas mis les pieds depuis la mort de ma mère, mais l’appétit me manque, c’est terrible.</p>
<p>À droite, j’emprunte Morris Park Avenue, je me stationne, environ trois rues plus loin, et m’extirpe douloureusement de la voiture; mon corps affligé par la tension et le stress, je suppose.<br>
Le trajet devient presque automatique, mes muscles et mes sens reconnaissent intuitivement chaque dénivellation de la rue et chaque passage dissimulé: le Bronx retrouve son visage d’autrefois.</p>
<p>Masque tombé, le vrai Bronx, sauvage et brut comme dans mes souvenirs, surgit davantage à chaque détour: un gang qui danse au son d’une musique lascive et dure à la fois, plus loin, quelques jeunes affaissés sur le sol et carrément ivres s’esclaffent grassement.</p>
<p>Les échos de mon passé deviennent de plus en plus assourdissants tandis que je m’engage, entre Matthew et Muliner, vers le terrain de basket, véritable temple de mon adolescence. Les paniers sont encore plus déplorables que lors de mon départ, quinze ans plus tôt, et la chaussée est parsemée de petits cratères qui nuisent certainement au jeu. Je reconnais les lignes éternellement effacées, les estrades de métal rouillé, vides, mes vieux copains qui m’accueillent chaleureusement. J’aurais dû être surpris de les retrouver presque tous là, comme avant, mais non. Je savoure plutôt l’étreinte de mes frères qui, silencieux, me sautent tour à tour au cou. Rapidement, ils retournent, sans prononcer un mot, à leur partie. Une envie irrésistible de les rejoindre m’envahit. Sean saute pour marquer et je distingue, effrayé, un trou qui déchire son flan, puis une cicatrice qui traverse l’échine de Robert qui le marque de près. Accablé par l’évidence, j’examine mes vieux amis: vêtements tâchés, membres disloqués ou abdomens éventrés, visages défigurés, beaucoup de petits trous, encore plus de bras bleuis. Je n’ose imaginer la suite. Je baisse les yeux avec dépit sur ma propre carcasse. Je retire ma chemise blanche griffée et laisse tomber sur le sol l’étoffe déchirée et marbrée de sang. Je m’élance sur le terrain, mon torse brille d’un éclat lugubre. Au même instant, Sean me passe la balle le regard inondé de tristesse.</p>
<p>Tout s’est passé très vite.</p>
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		<item>
		<title>mascara</title>
		<link>https://www.delitfrancais.com/2011/10/18/mascara/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[A. Gosselin]]></dc:creator>
		<pubDate>Wed, 19 Oct 2011 04:40:51 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Culture]]></category>
		<category><![CDATA[Exclusif Web]]></category>
		<category><![CDATA[Roman feuilleton]]></category>
		<category><![CDATA[burka]]></category>
		<category><![CDATA[fiction d'actualité]]></category>
		<category><![CDATA[Halloween]]></category>
		<category><![CDATA[hijab]]></category>
		<category><![CDATA[occident]]></category>
		<category><![CDATA[somalie]]></category>
		<category><![CDATA[terrorisme]]></category>
		<category><![CDATA[voile]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>Fiction d'actualité</p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p>Maissane Soraya<br>
Somalie, octobre 2011</p>
<p>Halloween approche et je vais mourir. Je connais cette fête car, pendant mes études universitaires, j’ai séjourné au Canada. C’est une tradition idiote et ridicule à mes yeux, mais particulièrement populaire chez les anglo-saxons… Je dis «ridicule» parce que chez moi, مسخرة–mascara, c’est ce que cela signifie. </p>
<p>Lorsque que j’ai été confrontée à cette mascarade, j’admets avoir trouvé assez charmant ou du moins acceptable chez les jeunes enfants qu’ils se masquent le visage  pour obtenir des friandises, jouant dans le seul objectif  naïf de se satisfaire la panse. Toutefois, de voir les filles de ma faculté se dissimuler ou encore s’exposer pratiquement à nu pour récolter des petites douceurs bien différentes, cela me soulevait le cœur. Leurs soirées «mascarades» où tous et chacun revêtaient un masque n’avait rien d’amusant, rien d’excitant, c’était, à mes yeux, une âcre supercherie créée par et pour les hommes.  Elles ne savaient pas, elles ne comprenaient pas. Je ne détestais pas Halloween, ni la mascarade en soi, c’est sa version garce conditionnée par les pubs, par le plaisir sexuel, par la profusion d’alcool et d’excitation qui me répugnait. </p>
<p>J’étais alors en résidence et je ne voyais vraiment pas l’intérêt de participer à ce genre de festivités. Ma colocataire de l’époque, une trainée en soit, ne saisissait rien. </p>
<p>–Mais je ne comprends pas Mia (Elle était incapable de prononcer mon prénom), tu devrais profiter de ta liberté. Tu es au Québec, amuse-toi, défoule-toi… ça te fera du bien. C’est comme un lavage de cerveau juste avant les intras! Tu vas voir, c’est presque une thérapie. Et puis en plus, personne ne te reconnaîtra, tu n’as qu’à enlever ce /shebab/.<br>
–Hijab, ça s’appelle.<br>
–C’est ça! T’as qu’à pas mettre ton truc et personne ne saura qui t’es! C’est tellement excitant.<br>
–Ça ne m’intéresse pas Véronique, vas‑y si tu veux. Ma thérapie pour les intras c’est d’étudier.<br>
–Si tu le dis, mais tu vas t’en mordre les doigts demain, j’te le dis moi, quand je t’aurai raconté ma nuit avec Simon.<br>
–C’est ça Véro, je m’en mordrai les doigts, maintenant laisse moi tranquille avec ton «party d’Halloween trop fucked up».<br>
–Maudit que t’es plate Mia. </p>
<p>Je la haïssais. Toujours est-il que cette fête approche. C’est curieux qu’en ce moment précis, ce soit ce banal souvenir qui traverse mon esprit. La grande mascarade pour moi, c’est depuis ma naissance qu’on me l’impose, qu’on me force à n’être que la moitié de moi-même.  Contrairement à ce qu’ils peuvent s’imaginer avec leurs Celtes, c’est peut-être de nous que provient leur fameuse tradition masquée. J’imagine les Européens s’amusant de nos coutumes à la cour du roi, dans leurs bals masqués de nobles vêtus de nos plus beaux tissus, se délectant des épices qu’on nous avait pillées. </p>
<p>Pourquoi avais-je tant détesté cette fête, cette fille, ce pays? Peut-être par jalousie. Oui, peut-être un peu par jalousie, mais j’étais surtout répugnée de voir ce monde émancipé qui jouissait de la liberté d’être lui-même, de s’amuser à se costumer. Pour moi c’était comme un sacrilège: se dissimuler le visage en ignorant ce que c’était de ne pas avoir droit au sien. </p>
<p>Nous sommes le 4 octobre, je suis secouée par mes souvenirs et par les soubresauts du véhicule, une camionnette. J’ai eu tort de ne pas apprécier ces années de répit, ces mois où j’étais épargnée des instabilités sociales de mon pays, des guerres civiles qui datent d’avant ma naissance et de la famine. La religion, là-bas, ce n’était pas une question de vie ou de mort. J’étais malade d’eux, j’avais le mal du pays et maintenant, c’est mon pays qui souffre trop. </p>
<p>À Halloween, mon masque c’était mon vrai visage, ma figure à nue. J’étais probablement incapable d’affronter toute cette ambiguïté, j’étais incurable et sans courage. Je suis rentrée chez moi il y a moins de six mois, mais je n’ai pas guéri de tout ce cynisme, de toute cette absurdité. Je porte mon hijab pour la dernière fois.</p>
<p>La fourgonnette parcourt la ville de Mogadiscio, à l’intérieur nous sommes trois: deux femmes et un homme qui est au volant. Je suis seule derrière et des sueurs froides coulent sur mon front, immédiatement absorbées par le voile de coton qui masque mon  identité.  Seuls mes yeux globuleux, terrifiés et larmoyants, témoignent du combat interne qui me tiraille. Il est trop tard, ils n’arrêteront plus. L’homme tient la main de la femme; je crois qu’ils pleurent eux aussi. La main tremblante de la femme caresse la joue du conducteur. Moi, je suis seule.</p>
<p>Les parois du véhicule semblent rétrécir de sorte que je n’arrive plus à bouger, je ne sens plus mon corps meurtri par le long voyage sur ma terre natale. Une terre aride et sèche qui a choisi de mettre fin au calvaire de son peuple. Nous sommes tous affamés. Je ne sens plus que les chocs, je ne sens plus que les secousses de cette glèbe en colère qui se bat avec les roues de la fourgonnette remplie d’explosifs.</p>
<p>Ma dernière supplication reste muette, tandis que mes pairs marmonnent inlassablement des prières… «Al Shabbaab, Al Shabbaab, Al Shabbaab» clament-ils quelques secondes avant l’explosion. Quelle tragédie. Je pense à mes parents, à ma famille, à Véronique aussi. Camus disait que le suicide n’était pas la vraie solution, qu’il fallait se battre. Mais Camus, il était Algérien.</p>
<p>On dit que l’attentat a fait 70 victimes, mais je ne pense pas faire partie du compte. </p>
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			</item>
		<item>
		<title>Mascarade funèbre</title>
		<link>https://www.delitfrancais.com/2011/10/18/mascarade-funebre/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Raphaël Dallaire Ferland]]></dc:creator>
		<pubDate>Tue, 18 Oct 2011 15:24:27 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Culture]]></category>
		<category><![CDATA[Roman feuilleton]]></category>
		<category><![CDATA[absurde]]></category>
		<category><![CDATA[André de Vébaire]]></category>
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		<category><![CDATA[Edouard]]></category>
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		<category><![CDATA[nouvelle]]></category>
		<category><![CDATA[récit]]></category>
		<category><![CDATA[Reuben]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>Les cieux éventrés par l’orage se déversaient sur Édouard et Ruben. Les deux frères avançaient, recroquevillés sous le vent qui leur fouettait les flancs, vers un immense manoir néo-gothique qui reposait au faîte d’une colline boisée. </p>
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]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<p>Sur le seuil de la porte, Édouard regarda son grand frère Ruben qui humait l’air en tous sens, en agitant son imposante crinière comme une marée d’algues noires. Édouard écarquillait les yeux sous la pluie pour ne pas manquer un seul des mouvements de son ours de frère. Soudain Ruben lui serra l’épaule. La foudre dans le regard, il lui dit: «Je te l’ai toujours promis, petit frère. Le temps est maintenant venu.» De sa main libre, il poussa le battant de la grande porte et poussa Édouard dans la gueule du manoir.</p>
<p>À l’intérieur, une salle de bal pullulait d’invités. L’éclair d’un unique candélabre pendu au centre du plafond révélait une atmosphère poussiéreuse d’où cavalcadaient les silhouettes comme dans un théâtre d’ombres chinoises. Au fond du hall, une dizaine de Léviathans de marbre surgissaient à la base de deux immenses escaliers qui perçaient le plancher et s’élevaient en spirale jusqu’à un nombre d’étages inconcevable. Les invités, tous en chair et en os, certains plus en os qu’en chair, saturaient la salle entière d’une odeur de viande en putréfaction. La plupart s’étaient engagés dans une danse tournoyante sur les larges marches des escaliers. Un homme en habit d’arlequin se tenait à l’embrasure de la porte, une main serrée sur sa propre gorge. Lorsqu’il vit les deux frères, il s’élança vers Ruben en poussant un tonitruant cri de joie. Les deux hommes rirent chaleureusement en se serrant la main. L’arlequin, en prenant de ses deux mains celle de Ruben, avait laissé grande ouverte la large fissure qui lui ceignait le cou. Un flot de sang noir s’écoulait encore de sa gorge lorsqu’il se tourna vers Édouard: «Enchanté, maître Édouard! On m’a souvent parlé de vous. Je suis le baron Sanche, et je vous prie sincèrement de vous joindre à nous en cette funèbre soirée.»</p>
<p>Édouard lui serra distraitement la main, les yeux écarquillés et la nausée au cœur: derrière le baron Sanche se trouvaient des tables où s’alignait un grotesque buffet consommé par des êtres au visage rongé jusqu’à l’os. Au centre de la table, un sanglier déployait ses entrailles où festoyait une mare d’asticots. Une horde de mains en lambeaux déchiraient la bête de leurs serres de charognards. Dans les assiettes s’étalaient un véritable potager de pourriture, un pot-au-feu de pestilence. Au-dessus des mangeurs volaient des souris mortes et des crânes de chats, projetés par des bouffons masqués et squelettiques qui jonglaient à chaque extrémité de la table.</p>
<p>Le baron Sanche prit congé en se courba d’une respectueuse révérence, puis retourna danser avec la macabre assemblée. Édouard, en s’avançant à pas incertains à travers la macabre assemblée, s’enfonça dans un énorme kyste vêtu d’une robe de soirée bleu poudre.</p>
<p>«Bonsoir, seigneur Édouard, dit le kyste. Tu ne te rappelles probablement pas la dernière fois où nous nous sommes rencontrés. Je suis madame Öklesse… je suis ravie de te revoir enfin.»</p>
<p>La grosse dame s’éloigna tandis qu’Édouard la regardait valser d’invité en invité, en traînant avec elle une énorme épée enfoncée dans son crâne selon une parfaite ligne verticale. «Pour seule fin d’ornement» disait la dame.</p>
<p>Édouard tenta de s’approcher de la table mais fut assailli par une meute d’enfants qui laissaient sur leur passage une traînée de morceaux de peau et de doigts minuscules, comme autant de petits poucets en décrépitude. À cheval sur leur monture, composée d’une tête chevaline montée sur un pieu en bois, ils effleuraient Édouard dans leur charge épique vers la nourriture. Les gamins atteignirent un majordome assis à table, qui bondit aussitôt sur ses pieds et se précipita vers les deux frères.</p>
<p>«Je suis André de Vébaire. Bienvenue! Nous vous attendions depuis longtemps!»</p>
<p>À ces mots, plusieurs se retournèrent et levèrent leur chapeau en souriant. À de nombreuses reprises, la tête se souleva au-dessus du corps en même temps que le chapeau. André de Vébaire toisait Édouard et Ruben avec un demi sourire. En réalité, il n’aurait pu faire autrement étant donné la moitié du visage qu’il lui manquait. L’autre moitié était recouverte d’une bande de cuir clouté qui lui recouvrait le front et les yeux, avant d’aller s’enrouler autour de son demi-crâne. Le bandeau retenait tant bien que mal la masse cérébrale qui se liquéfiait à travers les pores du cuir.</p>
<p>«Si vous me le permettez, messeigneurs, je vais vous guider jusqu’à la chambre des maîtres.»</p>
<p>Édouard et Ruben s’engagèrent à la suite de Vébaire. Les trois hommes se dirigèrent vers l’un des deux escaliers, puis se frayèrent un chemin entre les danseurs. Les partenaires de danse, bien qu’ils valsassent sans se déplacer, restaient étrangement nobles dans leur fixité; des geysers de grâces issus des fleurs du tapis rouge. Ruben désigna les portraits mangés aux mites qui ornaient chacun des pans de mur au-dessus de chaque marche. «Oncle Werben… tante Zinar, cousine Alaistair…», marmonnait-il, absorbé par lui-même. Puis il sursauta et se tourna vers son frère:</p>
<p>- Ah, Édouard! Tu te souviens de nos parents morts dans cet accident de carriole, n’est-ce pas?</p>
<p>- Ruben, voyons, comment pourrais-je…</p>
<p>- Eh bien, les voilà!</p>
<p>- Ruben avait défoncé d’un coup de pied la porte de la chambre des maîtres. À l’intérieur, une carriole déglinguée gisait sur les carcasses de quatre braves chevaux qui n’avaient connu que le devoir. Dans l’amas des corps chevalins, les parents d’Édouard étaient nichés langoureusement. À la vue de leur enfant, ils s’animèrent simultanément d’un chaleureux sourire. La mère ouvrait les bras et penchait la tête vers le bas, une roue de la carriole enfoncée dans la nuque. Le père avait la gorge transpercée d’un essieu. Il s’exprima d’une voix métallique:</p>
<p>«C’est si bon de te revoir, mon fils. Bienvenue chez toi, seigneur Édouard.»</p>
<p>Édouard, les larmes aux yeux, laissa tomber son paletot d’écolier, dévoilant ainsi les huit trous de balles qui rougissaient sa chemise blanche. Puis il s’élança pour embrasser ses parents. Ruben hoqueta d’un rire ému, rangea son fusil, puis se joignit à l’étreinte familiale.</p>
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			</item>
		<item>
		<title>Fictions d’actualité</title>
		<link>https://www.delitfrancais.com/2011/10/04/fictions-d%e2%80%99actualite/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[A. Gosselin]]></dc:creator>
		<pubDate>Tue, 04 Oct 2011 13:59:23 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[BD]]></category>
		<category><![CDATA[Photos/Vidéos]]></category>
		<category><![CDATA[Roman feuilleton]]></category>
		<category><![CDATA[assimilation]]></category>
		<category><![CDATA[collusion]]></category>
		<category><![CDATA[durham]]></category>
		<category><![CDATA[Français]]></category>
		<category><![CDATA[jean charest]]></category>
		<category><![CDATA[peuple canadien français]]></category>
		<category><![CDATA[roman feuilleton]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>La crise d’octobre 2011</p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p>Le premier ministre franchit la porte de son cabinet sans prendre la peine de fermer derrière lui. Ce geste anodin, qu’un observateur peu attentif expliquerait par les nombreuses préoccupations de l’homme d’État n’avait, en fait, rien d’une étourderie. Comme pour justifier ou encore dissimuler sa conduite délibérée, l’homme gardait ses mains enfoncées dans les poches de son pantalon. Il parcourut nerveusement la pièce pour se poster devant l’immense baie vitrée qui illuminait son bureau. Devant lui s’étendait une ville vieille de quatre siècles, une ville magnifique qui avait gardé son cachet pittoresque et réconfortant pour notre époque. Ce spectacle qui lui semblait pourtant quelconque attirait tant son attention que sa fascination tout comme l’embrasure toujours béante avaient quelque chose de suspect.</p>
<figure class="wp-caption aligncenter" style="max-width: 595px">
			<a href="https://www.delitfrancais.com/wp-content/uploads/2011/10/Roman-feuilleton-dessin.jpg" data-wpel-link="internal"><img fetchpriority="high" decoding="async" class="size-large wp-image-8934" title="Roman feuilleton dessin" src="https://www.delitfrancais.com/wp-content/uploads/2011/10/Roman-feuilleton-dessin-595x572.jpg" alt width="595" height="572"></a>		<figcaption class="wp-caption-text">
			<span class="media-credit"><a href="https://www.delitfrancais.com/author/alice-des/?media=1" data-wpel-link="internal">Alice Des</a> | Le Délit</span>		</figcaption>
	</figure>

<p>La porte se referma doucement, comme si une brise légère l’avait poussée, le plus naturellement du monde, on aurait pu croire que le premier ministre lui-même s’en était chargé tant l’opération ne suscita aucune réaction de ses collègues restés hors du cabinet. Un visiteur était pourtant à l’origine de ce mouvement quasi imperceptible. D’ailleurs personne ne l’avait remarqué.</p>
<p>Confortablement assis dans l’un des fauteuils du cabinet, il semblait faire partie intégrante du décor –même son ombre se mêlait à celle du mobilier: il n’était qu’à demi présent.</p>
<p>–Personne ne vous a vu?<br>
Le premier ministre avait parlé sans bouger. Il lui semblait être au sommet d’une tour d’ivoire, détenant une vérité qu’aucun autre homme ne saurait jamais. Il avait sentit la présence de l’intrus –elle lui était presque devenue familière.</p>
<p>–Personne ne me remarque jamais, Monsieur.<br>
–C’est vrai, dit l’homme d’État avec une pointe de dépit qui n’échappa pas à son interlocuteur. Qu’y a‑t-il, Monsieur? N’avez-vous pas obtenu ce que vous souhaitiez? Ce pourquoi nous travaillons depuis maintenant huit ans est sur le point de se réaliser. Votre plan, notre plan, est un succès, plus hâtif que nous l’espérions, certes, mais l’essentiel est déjà accompli.<br>
–… Sans doute.</p>
<p>Le visiteur, entièrement vêtu de noir, exception faite de son nœud papillon écarlate, s’était levé pour se diriger vers l’espace le plus sombre du bureau. Il faisait maintenant face au premier ministre qui n’arrivait plus à distinguer chez son interlocuteur autre chose que cette étrange boucle rouge. Devant lui, le visiteur s’impatientait.</p>
<p>–Je ne te comprends pas. Tout est comme prévu: tu devras quitter tes fonctions, aucune preuve ne peut être utilisée contre toi, ta famille est sous ma protection. Tu es enfin libre de faire ce qu’il te plaît, tu es riche, tu…<br>
–Je sais, je sais. La question n’est pas là, je sens seulement monter en moi un sentiment qui m’est totalement étranger. C’est difficile à décrire, ni honte, ni regrets, enfin…<br>
–C’est normal.<br>
–Que voulez vous dire?<br>
–Il est tout à fait normal que tu ne trouves pas le mot, car il n’est pas propre à ta race… C’est l’impression de perdre ton humanité qui te tiraille à ce point.<br>
–Alors il vaut mieux démissionner immédiatement, un homme qui n’en est plus un ne peut diriger ses semblables. Autrement, vous n’auriez pas eu besoin de moi.</p>
<p>Le visiteur ricana.<br>
–Pourtant, il y a autre chose…<br>
–Je ne comprends pas.<br>
–Tu sens le remords à plein nez, Jean. Je ne suis pas dupe, tout n’est peut-être pas perdu dans ton cas.<br>
–Fuir serait peut-être ma seule option. Partir et ne plus jamais revenir. Refaire ma vie en traînant avec moi son fardeau. Déchu par mon avarice et mon ambition. C’est probablement…<br>
–Tu me fatigues. Dans mon cas, tout va pour le mieux. Tout ce que les hommes de ce pays, de cette petite province, ont bâti s’écroule et tombe dans les mains crottées du privé et du crime organisé. Rien ni personne ne peut vous sauver désormais hormis nous. Voilà plus de deux siècles que mes ancêtres attendent ce moment. Ils avaient eu tort d’essayer de vous convaincre, de vous raisonner, le Québec ne pouvait tomber ni se détruire que par lui-même. Vous voilà au bord du gouffre, le Canada est votre seul allié, peuple canadien français.<br>
–Et on se souviendra de moi comme de celui qui aura anéanti le Québec, sa culture et sa langue. On me réservera un sort bien pis qu’à Trudeau ou qu’à Duplessis. Quoi qu’il arrive je suis un homme mort.<br>
–Cela sera temporaire, lorsque l’assimilation sera complète, honorant ainsi le souhait de mes ancêtres, la propagande politique aura raison de l’Histoire réelle. On réécrira le passé et comment le premier ministre Charest aura sauvé le Québec de sa plus profonde crise économique et sociale. Le passé ça se réécrit Jean, ce n’est jamais objectif, car l’Histoire appartient toujours aux vainqueurs. Tu seras le héros qui aura permis la suprématie canadienne dans un monde où la décadence écologique est déjà entamée. Les États du Nord deviendront la nouvelle Arabie Saoudite. Or, on peut vivre sans pétrole, mais pas sans eau.</p>
<p>Le premier ministre se tut un moment, l’accent hautain, tranchant et britannique de son interlocuteur le terrorisait à présent. Il se ressaisit quelque peu, rassemblant les quelques miettes de courage qui subsistaient encore en lui.<br>
–Ne craignez-vous donc pas les révoltes, les émeutes?<br>
–Quelles révoltes? Votre peuple est paresseux, passif, confortablement installé devant son téléviseur. Vos seules marques de passion et de militantisme sont vouées à votre club de hockey. Encrés dans leur quotidien si plaisant, ils ne se révolteront pas et attendront nos directives au téléjournal de 18 heures.</p>
<p>Jean ne répliqua pas. Leur entretien et leur collaboration, par la même occasion, venaient de prendre fin. Cameron Durham tourna les talons et disparut aussi étrangement qu’il était venu.</p>
<p>Le premier ministre resta longtemps seul, une fois de plus absorbé par le spectacle de la ville ancestrale qui illuminait maintenant l’obscurité.</p>
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		<title>Flagrant délit de tendresse</title>
		<link>https://www.delitfrancais.com/2010/03/30/flagrant-delit-de-tendresse-21/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Catherine Renaud]]></dc:creator>
		<pubDate>Tue, 30 Mar 2010 16:47:59 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Culture]]></category>
		<category><![CDATA[Roman feuilleton]]></category>
		<category><![CDATA[Flagrant délit de tendresse]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>DERNIER ÉPISODE<br />
Résumé de l’épisode précédent:<br />
Steeve est troublé par l’attirance indéniable qu’il éprouve envers Emma. En quête de réconfort et de réponses à ses questions, il se dirige vers le Café Chaos, où l’attend une copie de Trente Arpents. Delilah annonce à sa mère qu’elle est enceinte; cette dernière vient la rejoindre à Montréal et prend la situation en main. Francis, apprenant la nouvelle de la grossesse de Delilah, ressent un déchirement intérieur qu’il s’explique mal.</p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p>Margaret avait engagé le plus instruit historien de la Société généalogique canadienne-française pour mener une recherche discrète sur les origines de Francis. Au comble de la stupeur et, au même moment, du soulagement, elle apprit que Francis cachait, sous son allure prolétaire, deux quarts de noblesse irlandaise. Margaret pourrait donc faire l’annonce officielle, d’abord à ses amies du Daughters of the American Revolution, puis à la presse, du grand mariage en blanc qu’elle organisait pour Delilah. Elle composa le numéro de son majordome-chauffeur, qu’elle conservait sur <em>speed dial</em>, et lui ordonna de mettre en branle les préparatifs; Delilah serait mariée avec la première éclosion de fleurs, <em>with no baby bump in sight</em>, pensa Margaret.</p>
<p style="text-align: center;">* * *</p>
<p>Une sonnerie lancinante sort Francis du sommeil chimique dans lequel il était plongé.</p>
<p>«… Allô…», marmonne-t-il, la bouche sèche comme le fond d’un vieux cendrier.</p>
<p>- Francis, est-ce que tu dors? demande Delilah d’une petite voix.</p>
<p>(longue pause)</p>
<p>- Nenon, je suis toute là, dit Francis de sa voix cassée par la fumée.</p>
<p>- J’aimerais ça qu’on parle… des bébés. <em>What do you think of Blanche and Scarlett for girls?</em></p>
<p>- Euh… Francis se gratte la tête, tentant de stimuler ses neurones encore endormis par ce qu’il avait pris la veille. Ah ouin… j’vais être papa.</p>
<p>- <em>So?</em></p>
<p>- J’pense que ça me plaît… un nom français et un nom anglais, ça marche bin.</p>
<p>- C’est ça exactement ce que j’avais en tête. <em>I want our babies to represent the union of our two cultural heritages. And I’ve always liked the name Blanche…</em></p>
<p>Le choix du nom Blanche était venu naturellement à Delilah, puisqu’elle avait vu se transposer les traits de Roy Dupuis à ceux de Francis, et ce, depuis le premier jour. La voix virile de Charlebois retentit soudainement et avec violence dans l’appartement.</p>
<p>- Faut que je te laisse, je pense que Steeve file pas. Je te rappelle plus tard mon amour, dit Francis en raccrochant.</p>
<p style="text-align: center;">* * *</p>
<p>Francis pénétra dans la cuisine emboucanée et se dirigea, sur le pilote automatique, jusqu’à la cafetière. Steeve, attablé, badtrippait littéralement depuis la veille. Emma ne cessait de le surprendre. Honteux, mais cédant à ses désirs, il l’avait ramenée chez lui, c’est-à-dire dans son sous-sol glauque de Longueuil, au plancher recouvert d’un tapis brun-de-gris marqué de brûlures de cigarettes, aux murs inégaux, graisseux et mal peinturés, et aux meubles plus qu’élimés. À la vue des lieux, l’excitation d’Emma crut à vue d’oeil. Elle fit passer sa robe par-dessus sa tête et la lança dans un recoin poussiéreux de l’appartement. Elle lui fit signe de la suivre dans le salon et, trouvant qu’il ne s’approchait pas assez rapidement, elle saisit le col de son chandail et le lui déchira sur le corps. Elle s’étendit sur le vieux futon Ikéa et poussa un soupir s’apparentant à un rugissement. Steeve n’attendit pas plus longtemps pour se précipiter sur elle. Il lui arracha sa culotte et plongea, langue première, dans sa faille de San Andreas. Au fond y coulait un ruisseau; il ne demandait mieux que de remonter à sa source. Il employait sa rame, d’un bois dur, pour y naviguer. Elle, comme des flots tumultueux, le faisait tanguer d’avant en arrière. Il sentit enfin qu’il touchait au but lorsque le corps d’Emma, comme la mer pendant l’orage, fut secoué de soubresauts. Il jaillit tel un geyser, inondant sa faille d’une douce liqueur.</p>
<p>Bref, ils avaient eu une christie de bonne baise, pensait Steeve. Mais le sexe, c’est pas tout. Il peinait à surmonter le conflit identitaire que cette relation faisait surgir en lui. Lésait-il ses convictions et ses valeurs québécoises en s’unissant à une anglo? Il se rappelait le discours qu’il avait fait à Francis quand ce dernier lui avait annoncé qu’il sortait avec son Américaine. Mais il se remémorait très graphiquement le plaisir qu’avait pris Emma dans son salon hier… Les deux arguments pesaient aussi lourd dans la balance.</p>
<p>De l’autre côté de la table, Francis ressentait un déchirement semblable à celui de Steeve. Sirotant un mauvais café filtre, il songeait à son futur en tant qu’Américain. Perdrait-il son français après quelques années là-bas? Demeurerait-il, au fond de lui-même, un vrai Québécois? «Au moins, se dit-il, j’vais améliorer mon anglais pis je vais avoir l’air moins con quand je vais parler avec Delilah.» La question était tranchée et il se sentit serein d’avoir pris une aussi bonne décision. Steeve et Francis émergèrent de leurs pensées à ces mots de Charlebois: «Entre deux joints tu pourrais faire quequ’chose, entre deux joints tu pourrais t’grouiller l’cul.» Ils furent frappés de la vérité des paroles de cette chanson et, se regardant dans les yeux, ils comprirent qu’ils avaient tous deux fait leur choix, le bon.</p>
<p style="text-align: center;">* * *</p>
<p>Ils se tenaient près de la porte d’embarquement 26. Delilah s’accrochait à sa valise comme à une bouée de sauvetage. La tristesse donnait un air plus petit, plus fragile à son visage. Francis lui caressa la joue doucement. Comme ces deux semaines seraient longues et déchirantes! Francis tenta de prendre une voix virile pour rassurer sa fiancée, mais les mots se perdirent dans sa gorge.</p>
<p>Deux semaines avant que je te revoie… dans ta belle robe blanche, t’avançant vers moi dans l’église, dit Francis d’un ton qu’il voulait poétique. Delilah leva des yeux emplis de larmes vers lui; elle l’aimait si profondément, elle en avait mal à l’âme. Ou était-ce un coup de pied d’un des bébés?</p>
<p>-<em>I really don’t care about the wedding right now. All I want is to be with you… sanglota Delilah.</em></p>
<p>- Je sais, mon amour, mais pour qu’on puisse être vraiment ensemble, on doit se marier, répondit Francis, qui assumait maintenant pleinement son futur rôle de mari et de père de famille.</p>
<p>On appela les passagers du vol de Delilah; le moment si redouté était venu. Delilah marcha d’un pas flageolant vers le quai d’embarquement.</p>
<p>Dans l’avion, Delilah sortit un mouchoir blanc de son sac à main. Sentant l’appareil prendre de la vitesse et décoller de terre, elle secoua son mouchoir frénétiquement devant le hublot, comme le faisaient les personnages des films romantiques qu’elle affectionnait tant. Elle vomit dans son mouchoir alors que l’avion atteignait son altitude de croisière. «<em>Goddamned morning sickness!</em>»</p>
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		<item>
		<title>Flagrant délit de tendresse</title>
		<link>https://www.delitfrancais.com/2010/03/23/flagrant-delit-de-tendresse-20/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Marie-France Barrette]]></dc:creator>
		<pubDate>Wed, 24 Mar 2010 02:13:53 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Culture]]></category>
		<category><![CDATA[Roman feuilleton]]></category>
		<category><![CDATA[Flagrant délit de tendresse]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>ÉPISODE 21<br />
Résumé de l’épisode précédent: Delilah baigne dans le bonheur avec Francis, mais se rappelle des souvenirs douloureux de son passé pas aussi virginal qu’on aurait pu le croire. Elle fait un rêve prémonitoire: toujours le chiffre «2», une dualité qui la rend confuse. Emma et Steeve se retrouvent au cinéma, où ils découvrent leurs passions communes. C’est devant le grand écran qu’ils s’embrassent pour la première fois, mais c’est dans les toilettes qu’ils s’enlacent fougueusement.</p>
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]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<p>Comme à chaque fois qu’il était déprimé, Steeve se rendit au Café Chaos. Généralement, le temps de quelques bières, le malheur passait et il reprenait ses esprits. Mais cette fois, l’image d’Emma, la fille bourgeoise, persistait malgré les heures et l’alcool. Il ne parvenait pas à oublier ses lèvres et les folies qu’elle avait murmurées au creux de sa nuque, entre deux soupirs passionnés. Il aperçut un livre sur la table devant lui. Trente arpents. Ça ne lui disait rien. Il l’ouvrit et lut un passage au hasard: «Sur la terre, on se comprend sans presque jamais se parler; tandis que dans les villes, on se parle sans presque jamais se comprendre.» C’est fou comme cela résumait bien ce qu’il sentait avec Emma. Ils s’étaient à peine parlé, mais Steeve se sentait lié à elle d’une manière presque inexplicable. Et pourtant, Emma n’était pas québécoise; elle n’était pas «une vraie fille d’icitte». Il continua de feuilleter le livre, distrait. Un autre passage l’accrocha: «La patrie c’est la terre, et non le sang.» Il s’arrêta un moment. Si Emma acceptait de rester au Québec, elle deviendrait tout de même québécoise…</p>
<p style="text-align: center;">* * *</p>
<p>- <em>Mom? You need to come to Montreal. I, I… I don’t know what to do</em>, balbutie enfin Delilah au téléphone.</p>
<p>Deux jours plus tôt, Emma, qui avait eu une nuit particulièrement mémorable avec Steeve après leurs ébats dans les toilettes du Cinéma du Parc, s’était rendue à la pharmacie pour se procurer un test de grossesse, car malgré ses précautions habituelles, elle savait les femmes de sa famille très fertiles. Elle en avait pris deux, à cause du rabais. Le test lui avait annoncé en clair et en rose qu’elle n’était pas enceinte.</p>
<p>De son côté, Delilah couvait le désir d’essayer un test de grossesse. Chaque fois qu’elle regardait les comédies romantiques d’Hollywood, les yeux rivés sur l’écran, elle attendait le moment où tout allait changer, celui où la vie des personnages serait bousculée par les nombreuses péripéties déclenchées par la nouvelle d’un enfant à naître. Elle s’emporta en lisant l’emballage. Elle avait l’intention d’en racheter un, de cacher son petit dérapage irrationnel à Emma, mais quand la deuxième barre est apparue, elle n’a pu s’empêcher de hurler. Emma était accourue, l’avait calmée, consolée, conseillée. Emma avait aussi dit qu’il était impératif que Delilah appelle sa mère, la seule personne qui l’aimait inconditionnellement.</p>
<p>- <em>Sweetie? What’s wrong? What’s going on?</em></p>
<p>Margaret était une bonne maman, une femme dévouée au bien-être de sa fille.</p>
<p>- <em>Mom, I don’t know how to say this. I can’t find the words, I just can’t cope.</em></p>
<p>- <em>Sweetie, whatever it is, I’m here for you, I love you, and I can help you. Just tell me.</em></p>
<p>- <em>I’m pregnant.</em> – <em>Oh dear! Stay put, I’ll be on the next flight to Montreal.</em></p>
<p>Femme autoritaire et quelque peu agressive, Margaret avait agi de manière remarquable. Celle qui avait toujours été le bras de fer de la famille avait comme devise: «C’est le coq qui chante, mais c’est la poule qui pond les oeufs.» Inutile de dire qu’elle n’attendait jamais l’approbation d’un homme ou, à bien y penser, de qui que ce soit pour se placer à la tête de l’action. Dès son arrivée, elle et sa fille étaient allées à une clinique privée où:</p>
<p>la gynécologue avait confirmé lagrossesse;</p>
<p>le radiologue avait souri: «des jumeaux»;</p>
<p>Delilah avait failli s’évanouir;</p>
<p>Margaret avait poussé un cri de joie;</p>
<p>Emma avait eu une larme;</p>
<p>et où les embryons s’étaient retournés dans leur liquide amniotique.</p>
<p>Après les premières réactions, Margaret avait regardé sa fille et lui avait dit: «<em>I need to meet him. Invite him to High Tea. We’ll go to the Ritz.</em>» Delilah avait appelé Francis, lui avait donné rendezvous. Au Ritz, elle lui avait expliqué ce qui lui était arrivé. Elle avait précisé qu’elle ne savait pas encore ce qu’elle voulait faire, mais que sa mère était prête à tout pour l’aider.</p>
<p style="text-align: center;">* * *</p>
<p>Francis était rentré perplexe. Il voulait parler à quelqu’un, mais Steeve n’était pas là. Il remarqua un livre sur la table du salon: Trente arpents. Ça ne lui disait rien. Il regarda l’affiche de Che et lui demanda: «Toi, Che, tu ferais quoi?» Pour se changer les idées, il se prépara du popcorn et s’assit devant The Motorcycle Diaries, un des films préférés de Steeve. Les images défilaient, mais rien ne parvenait à lui faire oublier la mère de Delilah et la déception qui transparaissait dans son regard lorsqu’il lui tendit la main. Il ne se sentait pas à sa place au Ritz-Carlton. Son seul pantalon propre était malheureusement un peu sale (il n’avait pas eu le temps de le déposer chez le nettoyeur). À la fin de l’après-midi, Margaret lui avait dit: «<em>You’re a good kid, but stay in school.</em>» Qu’est-ce que cela pouvait bien vouloir dire, alors qu’elle avait parlé de mariage blanc à Boston, de ramener Delilah avec elle à Boston, d’aider avec les enfants?</p>
<p>Avec ses yeux plus bleus que le bleu des cieux, Gael García Bernal avait résumé le dilemme de vie de Francis: «<em>What do we leave behind when we cross each frontier? Each moment seems split in two; melancholy for what was left behind and the excitement of entering a new land.</em>»</p>
<p>Francis poussa un soupir avant de se mettre à pleurer. «Je serai papa.»</p>
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			</item>
		<item>
		<title>Flagrant déni de grossesse</title>
		<link>https://www.delitfrancais.com/2010/03/16/flagrant-deni-de-grossesse/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Marie-France Guénette]]></dc:creator>
		<pubDate>Tue, 16 Mar 2010 16:32:17 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Culture]]></category>
		<category><![CDATA[Roman feuilleton]]></category>
		<category><![CDATA[Flagrant délit de tendresse]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>ÉPISODE 20<br />
Résumé de l’épisode précédent: Emma et Steeve découvrent, chacun de leur côté, qu’ils ont toujours cherché l’amour chez des personnes qui n’étaient pas compatibles avec leurs désirs inconscients. Francis et Delilah se «pognent» dans le nouveau bureau de Delilah.</p>
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]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<p class="boiteg">«So maybe it’s true That I can’t live without you And maybe two is better than one But there’s so much time To figure out the rest of my life And you’ve already got me coming undone And thinking two is better than one.»<br>
‑Taylor Swift</p>
<p></p>
<p>Les semaines passaient, et chaque dimanche, lundi, mardi, jeudi et samedi, sans exception, main dans la main, Francis et Delilah franchissaient les portes du Gainsbar sur St- Hubert. Delilah était agréablement surprise lorsqu’elle constatait, maintes et maintes fois, combien Francis était patient et attentionné. Lors de leurs rencontres au grand jour, il était galant. Et la nuit ‑oh la nuit- il était si fougueux, si vigoureux et tellement amoureux qu’il la pénétrait avec douceur pour faire durer son plaisir. Il s’abreuvait à Delilah comme une vieille Anglaise fripée à une tasse de porcelaine.</p>
<p>Un jour, au retour d’une promenade particulièrement mauve, Delilah se sent ballonnée. Ce doit être cette période du mois, penset- elle. Elle se dirige systématiquement vers la toilette pour insérer un tampon, à l’avance, comme elle le fait tous les mois. Elle avait pris cette habitude après le malheureux incident à son bal des débutantes, où elle avait entendu un rire sardonique lorsqu’elle s’était levée avec son escorte. Sa robe blanche, symbole de sa jeunesse et de sa virginité, était tachée de rouge sang. Sans que Delilah ne s’en rende compte, ce rouge trahissait les intentions et les désirs charnels de son escorte. Delilah frissonne en repensant au moment où elle avait cédé aux avances de Craig. Elle s’en souvient comme si c’était hier: elle s’était tellement humiliée! Craig avait tenté de la recouvrir de son veston quand, saoule et grelottante, elle avait lancé, d’un ton irrité qui s’avérait extraordinairement séduisant: «<em>I don’t need that. I’m way to hot to be cold!</em>»</p>
<p>Elle s’assoit devant la télévision, chose qu’elle ne fait que dans les moments où elle cherche désespérément à se changer les idées. Machinalement, elle choisit une chaîne alors que l’émission prend justement fin. Elle n’a même pas le courage de se lever pour changer de chaîne quand une annonce publicitaire attire son attention:</p>
<p>«Saviez-vous que vous pourriez être à peine enceinte? Première Réponse décèle l’hormone de grossesse cinq jours avant les autres. Et si Première Réponse vous l’annonçait en premier?»</p>
<p>«Pfff!», souffle-t-elle. Delilah a toujours trouvé les filles qui ont besoin de tests de grossesse irresponsables. Ces filles qui coucheraient avec un homme méconnu sans protection, elle les considère particulièrement épaisses. «<em>How dumb do you have to be to not think practically about your own health and future!</em>» grommèle-t-elle en pensant aux nombreux épisodes du Maury Show qu’elle a regardés avec Emma, durant lesquels des filles à peine adultes cherchent désespérément le père de leur enfant, et en sont au seizième prétendant pour le test de paternité… Delilah soupire. «<em>Anyway, I know exactly what I would do if it happened to me. I wouldn’t tell anyone, and I’d go straight to the clinic to take care of things. Like I need a kid right now, of all things!</em>»</p>
<p style="text-align: center;">* * *</p>
<p>Emma n’est pas une fille ponctuelle, mais quand elle va au cinéma, elle se met belle et s’assure d’y être au moins quinze minutes avant la projection. Ce qu’elle aime par-dessus tout, c’est de scruter les gens dans la salle, un à un, afin de deviner leurs habitudes, le genre de personne qu’ils sont à l’extérieur du monde cinématographique.</p>
<p>Steeve n’est pas un gars ponctuel, mais quand il va au cinéma, il se met beau et s’assure d’y être au moins quinze minutes avant la projection. Ce qu’il aime par-dessus tout, c’est de scruter les gens dans la salle, un à un, afin de deviner leurs habitudes, le genre de personne qu’ils sont à l’extérieur du monde cinématographique.</p>
<p>Emma s’assoit toujours à huit rangées de l’avant, et à huit sièges du côté jardin.</p>
<p>Steeve s’assoit toujours à huit rangées de l’avant, à huit sièges du côté gauche quand tu rentres dans la salle.</p>
<p>Deux solitudes, une même habitude. Aujourd’hui, le destin s’interpose. Les coutumes de l’un se heurtent aux coutumes de l’autre. Leurs regards se croisent. Tina Turner, du haut des hautparleurs, chante:</p>
<p>«<em>You’re simply the best, better than all the rest / Better than anyone, anyone I’ve ever met</em>».</p>
<p>Ils se reconnaissent. Emma a vu Steeve à RDI, dans le reportage spécial sur la grève, et Steeve a vu Emma dans les photos de Delilah, sur Facebook.</p>
<p>«<em>When worlds collide, everything is possible…</em>» La première phrase du film libère le magnétisme épouvantable, la tension qui s’est installée entre les corps de Steeve et d’Emma. Leurs mains hésitantes se joignent, s’entrechoquent, et dans un bruissement final, alors que les lumières s’éteignent, leurs lèvres s’unissent.</p>
<p style="text-align: center;">* * *</p>
<p>Après deux tasses de café et deux heures supplémentaires à corriger les travaux de ses étudiants de philo, Delilah n’en peut plus. Elle est forcée de reconnaître ses limites. Elle pose son stylo, fait machinalement sa toilette, comme d’habitude. Les paupières lourdes, elle s’endort dès que sa tête touche l’oreiller. Le bonheur qu’elle vit à deux depuis peu avec Francis ne suffit pas pour la protéger du poison de Morphée. La fatigue, le stress, les souvenirs de Craig qui l’ont tourmentée en début d’après-midi s’emmêlent dans le rêve qui s’emporte en elle. À la manière d’Alice dans le conte de Lewis Carroll, Delilah bascule dans un trou profond. Elle ne peut s’arrêter de tourbillonner, comme entre deux vents. Elle se voit prises entre deux entités, l’une rose, l’autre rouge, qui se confondent à la manière d’une double hélice. Elle se réveille en sursaut: le chat d’Emma vient de lui lécher le nez.</p>
<p>Ce n’était qu’un rêve…</p>
<p class="boiteg">Marie-France Guénette aimerait remercier Taylor Swift, Amélie Lemieux, Catherine Renaud, Sophie Charbonneau-Saulnier, Tina Turner et Céline Dion pour leur précieuse aide lors de la rédaction de cet épisode. Si elle avait une salle pleine de gens fatigués devant elle, elle leur chanterait une chanson.</p>
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		<title>Flagrant délit de tendresse</title>
		<link>https://www.delitfrancais.com/2010/03/09/flagrant-delit-de-tendresse-19/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Webmestre, Le Délit]]></dc:creator>
		<pubDate>Tue, 09 Mar 2010 13:00:22 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Culture]]></category>
		<category><![CDATA[Roman feuilleton]]></category>
		<category><![CDATA[Flagrant délit de tendresse]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>ÉPISODE 19<br />
Résumé de l’épisode précédent: Delilah doit remplacer son directeur de maîtrise pour le cours qu’il donnait, celui-ci étant hospitalisé pour une durée indéterminée. Elle annonce à Francis qu’ils ne peuvent pas recommencer à se fréquenter.</p>
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]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<p>Francis se sentait ivre. Et pourtant, il n’avait rien bu, ni aujourd’hui, ni la veille. Il était dans un état de confusion extatique, ses oreilles n’entendant qu’avec un certain décalage le son qui sortait des lèvres roses et gonflées de Delilah, qui goûtaient sans doute les fraises des champs. Depuis le début du cours, il ne savait plus où poser le regard. Ses yeux suivaient la couture de ses bas de nylon, de bas en haut, jusqu’à l’intérieur de sa jupe légèrement fendue à l’arrière. À ce point, Francis poursuivait l’ascension de la couture dans sa tête, du rondement des fesses jusqu’à la culotte ambrée. Quelqu’un, quelque chose, le tira douloureusement de sa fantaisie et il se concentra, mais pour un moment seulement, sur le contenu du cours. Delilah était superbe. Elle portait une petite jupe noire, style tailleur, à laquelle elle avait agencé un chandail à rayures. Ses cheveux roux cascadaient en boucles souples sur ses épaules, et une mèche indiscrète reposait sur sa poitrine claire, dévoilée par la large encolure de son chandail. Francis ne pouvait que fuir son regard, car il savait que si leurs yeux se croisaient, la tension sexuelle entre eux deviendrait insoutenable.</p>
<p>Delilah s’habituait tranquillement à ses nouvelles tâches de chargée de cours. Elle devait offrir des heures de bureau, guider les étudiants dans leurs travaux, corriger les copies d’examen, en plus de préparer la matière des cours suivants. Perdue dans ses pensées, elle cherchait la clé de son bureau dans ses poches quand elle le vit, l’attendant devant la porte. Son coeur fit un bond inhabituel dans sa poitrine, mais elle se concentra sur la tâche, maintenant difficile, de débarrer la porte.</p>
<p>- <em>Hello Francis…</em>, dit-elle, à bout de souffle, en s’engouffrant dans son bureau. <em>You need help with your essay topic?</em></p>
<p>- <em>Yes… I think I want to work on the concept of beauty</em>, répondit-il en lui emboîtant le pas.</p>
<p>- <em>Yes, anything specific about this concept?</em>, demanda Delilah, toujours dos à lui, fourrageant dans son sac.</p>
<p>- <em>Your legs</em>, murmura Francis d’une voix devenue soudainement rauque.</p>
<p>Bien que ces mots aient été à peine audibles, Delilah avait parfaitement entendu ce que Francis venait de dire. Un frisson partit de sa nuque et emplit son corps entier de vibrations. Elle fit toutefois comme si de rien n’était et se retourna vers lui en lui tendant un poème de John Donne. «<em>I think it may be interesting for you to work on the metaphysical poets in relation to your essay topic.</em>»</p>
<p>- Francis lut la première strophe de «<em>The Flea</em>»:</p>
<p>- <em>Marke but this flea, and marke in this,</em></p>
<p>- <em>How little that which thou deny’st me is;</em></p>
<p>- <em>Me it suck’d first, and now sucks thee,</em></p>
<p>- <em>And in this flea our two bloods mingled bee;</em></p>
<p>- <em>Confesse it, this cannot be said</em></p>
<p>- <em>A sinne, or shame, or losse of maidenhead,</em></p>
<p>- <em>Yet this enjoyes before it wooe,</em></p>
<p>- <em>And pamper’d swells with one blood made of two,</em></p>
<p>- <em>And this, alas, is more than wee would doe.</em></p>
<p>Il ne comprenait pas tous les mots, mais se sentait troublé à l’idée du sang des deux amants se fusionnant à l’intérieur de l’insecte. La seule chose à laquelle il pouvait penser à ce moment était à quel point il avait envie de se fusionner à Delilah.</p>
<p>Il se sentit très viril à cet instant et avança d’un pas décidé vers elle. Avant qu’elle ne puisse dire un mot, ses lèvres étaient déjà sur les siennes. Francis prit entre ses doigts la mèche coincée entre ses deux seins, mèche dont il avait été jaloux pendant tout le cours, et la respira. L’effluve délectable qui en émanait faillit le rendre fou. Il retira, autoritaire, le chandail de Delilah pour découvrir, non pas un Wonderbra beige, mais un délicat soutien-gorge de dentelle blanche, cachant à peine les auréoles roses. Il sut alors qu’elle n’avait pu s’empêcher de penser à lui. Delilah, les yeux enflammés, s’étendit sur le bureau d’acajou. Ils vécurent alors un moment magique…</p>
<p style="text-align: center;">* * *</p>
<p>- Devine qui a scoré cet après-midi! cria Francis à S teeve en entrant dans l’appartement.</p>
<p>- Toé, j’imagine, répondit laconiquement Steeve. Là là, si c’est pour devenir sérieux vo’ deux, va falloir que tu m’a présente, que j’vois si ça vaut le coup de vendre son âme pour une anglo.</p>
<p>- J’peux te la montrer tu suite, elle est sur Facebook, dit Francis, d’un ton amoureux.</p>
<p>Francis ouvrit la page Facebook de Delilah et exhiba fièrement sa belle. Delilah était souvent accompagnée d’Emma, sur ses photos, et cette dernière ne passa pas inaperçue aux yeux de Steeve. Sans se l’avouer, il craquait pour son look bobo et ses yeux rêveurs. «Ouin, j’avoue qu’est belle là», marmonna Steeve, les yeux toujours fixés sur Emma.</p>
<p style="text-align: center;">* * *</p>
<p>À l’autre bout du cyberespace, Emma venait de compléter un quiz sur le site de Cosmo intitulé «<em>What you never knew about yourself… in bed</em>». Cette étudiante en psychologie lisait, depuis longtemps, des <em>self-help</em> books en cachette. Ce soir-là, elle eut une épiphanie digne de James Joyce: elle n’était pas attirée, comme elle le croyait, par les intellectuels sensibles, mais plutôt par les rebelles révolutionnaires. «<em>God, I’ve been looking in all the wrong places!</em>», se mumura- t‑elle.</p>
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		<title>Flagrant délit de tendresse</title>
		<link>https://www.delitfrancais.com/2010/03/02/flagrant-delit-de-tendresse-18/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Catherine Renaud]]></dc:creator>
		<pubDate>Tue, 02 Mar 2010 13:00:49 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Culture]]></category>
		<category><![CDATA[Roman feuilleton]]></category>
		<category><![CDATA[Flagrant délit de tendresse]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>Épisode 18<br />
Résumé de l’épisode précédent:<br />
Delilah est ambivalente dans ses sentiments envers l’espoir olympique. Francis, quelques bières dans le corps, se présente à sa porte. Notre héroïne flanchera-t-elle?</p>
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]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<p>Ses cheveux blancs jaunis par la nicotine ramenés derrière les oreilles, il se lèche les lèvres en anticipant le festin charnel auquel il s’apprête à prendre part. Sa voiture roule tranquillement dans la rue où les âmes perdues viennent s’échouer. Au coin Ontario et Papineau, il ralentit. Il sait que la chair fraîche dont il veut se délecter se trouve ici, non loin. Il se penche sur le siège côté passager et baisse la vitre. Arrêté à un feu rouge, il voit celle qui satisfera ses bas instincts.</p>
<p>-<em>You want to go for a ride honey?</em> dit-il, un sourire sardonique fendant ses lèvres aux commissures brunâtres.</p>
<p>Un objet contondant frappe la vitre, à quelques centimètres de son visage, et la fait voler en éclats. Une main, qui semble avoir connu plus d’un combat, s’introduit dans la voiture et débarre la portière. Cette main agrippe la tignasse filandreuse et grasse de l’homme et tire celui-ci hors de la voiture. La tête dans un nid de poule, des coups font convulser son vieux corps. Avant de sombrer dans de noires abysses, il voit sa voiture s’éloigner, impuissant.</p>
<p style="text-align: center;">* * *</p>
<p>«<em>And I feel pretty… pretty enough for youuuuu! I felt so ugly before, didn’t know what to do… That somebody wants you, someone that’s more for real.…</em>» Delilah chante sa nouvelle chanson préférée, une rengaine d’Elliott Smith, tout en se préparant à aller au lit. Elle a soudainement l’impression que les paroles ont été écrites tout spécialement pour elle. En voyant le visage de son beau hockeyeur la veille à la télévision, elle avait pris conscience qu’elle ne voulait pas d’un homme qui vivait dans l’espoir d’une médaille. Elle avait déjà donné avec Richard et ses rêves de manuscrits byzantins. Comme Émilie Bordeleau, elle avait besoin d’un homme vrai, fort et manuel… Elle s’imaginait très bien son bel étudiant, vêtu uniquement d’une salopette de travail, le visage luisant de sueur, les mains noircies par le labeur, lui construisant une cabane en Canada…</p>
<p>- <em>I think I’m ready to give him another chance, Em’</em>, glousse malicieusement Delilah.</p>
<p>- <em>Oh my God!!! Oh my God!!!</em>, hurle Emma, en reversant son Earl Grey sur la nappe de dentelle.</p>
<p>- <em>Stay with me while I call him, or else I don’t know what I’m going to say!</em>, dit Delilah en levant de table.</p>
<p>Elle pose la main sur le téléphone et celui-ci, au même instant, se met à sonner.</p>
<p>- <em>Oh my God, Del’! That’s a sign!</em>, lance Emma, surexcitée.</p>
<p>Rayonnante de bonheur, Delilah répond. Emma voit le visage de son amie se décomposer à mesure que les secondes s’écoulent. Au bout d’un moment, Delilah acquiesce et raccroche.</p>
<p style="text-align: center;">* * *</p>
<p>Elle entre dans l’hôpital, incertaine de l’endroit où elle doit se rendre. Voyant un agent de sécurité venir vers elle, elle l’intercepte.</p>
<p>- Excusez-moi… Le pavillon Lachapelle, c’est où?</p>
<p>- Quelle chambre cherchez-vous<br>
exactement?</p>
<p>Elle lui donne le numéro, qu’elle avait précipitemment grifonné sur un morceau de papier avant de se précipiter à l’hôpital.</p>
<p>- Ah oui… Prenez le prochain corridor à gauche, puis les ascenseurs jusqu’au septième étage.</p>
<p>En entrant dans la chambre, elle voit son professeur allongé dans le lit, la figure pleine de contusions et de points de suture. Un énorme pansement lui couvre l’abdomen. Sur une chaise, à sa gauche, est assise une femme d’un certain âge qu’elle devine être son épouse. Elle lui tend la main et se présente.</p>
<p>- <em>Hi, I’m Delilah, your husband’s masters student. What happened to him?</em></p>
<p>- <em>He was assaulted and got his car stolen as he was looking for a prostitute on Ontario. Needless to say I’m getting a divorce as soon as he gets out of here.</em></p>
<p>Delilah, estomaquée, ne sait que répondre à cette pauvre femme. Elle se tait, et son interlocutrice reprend en lui tendant un petit objet :</p>
<p>- <em>The university called. Here’s the key to his office. Now if you’ll leave us…</em></p>
<p>- <em>Of course.</em></p>
<p>Delilah quitte la chambre, pleine de sentiments contradictoires.</p>
<p style="text-align: center;">* * *</p>
<p>- Est-ce que je peux parler à Francis s’il-vous-plaît, dit Delilah.</p>
<p>- Oué, un instant mamzelle. FRANCIS!!! C’est ton anglaise au téléphone, crie Steeve en couvrant à peine le combiné.</p>
<p>Delilah rougit à l’autre bout du fil en songeant que son accent l’a trahie. Francis, de son côté, prend une bonne inspiration avant de décrocher.</p>
<p>- Delilah? dit-il, la voix remplie d’espoir.</p>
<p>- Oui, c’est moi…</p>
<p>- Comment ça va?</p>
<p>- Écoute, Francis, je ne veux pas passer par les quatre chemins pour te dire ce que je veux dire.</p>
<p>- Je t’écoute, répond-il, charmé par son français approximatif.</p>
<p>- Mon directeur de mémoire est à l’hôpital pour un temps indéterminé et la faculté m’a demandé de le remplacer pour le reste de la session. Et, if I’m not mistaken, tu es encore inscrit à ce cours.</p>
<p>- Cool, ça veut dire qu’on va passer plus de temps ensemble, dit-il, la voix pleine de sous-entendus.</p>
<p>- Non, Francis, ça veut dire que je suis à nouveau en position d’autorité par rapport à toi et qu’on ne peut pas recommencer à se voir. Je… (sa voix se brisa) <em>I’m really upset about this turn of events. I’ll see you next week…</em></p>
<p>Francis raccroche rageusement en ravalant ses larmes. La grosse face niaise et surexcitée de Steeve s’insère dans l’entrebâillement de la porte. «Pis?»</p>
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		<title>Flagrant délit de tendresse</title>
		<link>https://www.delitfrancais.com/2010/02/16/flagrant-delit-de-tendresse-17/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Rosalie Dion-Picard]]></dc:creator>
		<pubDate>Tue, 16 Feb 2010 13:00:06 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Culture]]></category>
		<category><![CDATA[Roman feuilleton]]></category>
		<category><![CDATA[Flagrant délit de tendresse]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>ÉPISODE 17<br />
Résumé des épisodes précédents:<br />
Francis, un jeune québécois étudiant à McGill, a rencontré Delilah, une T.A. rousse et farouche. Après maints rebondissements, Delilah et Francis sont en froid. Les amoureux sont-ils définitivement séparés? Leur désir brûlant les réunira-t-il?</p>
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]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<p>Delilah et Emma, assises dans les fauteuils Louis XV en velours rouge de leur appartement, discutent à la douce lueur d’une lampe Tiffany en buvant du orange pekoe – avec un nuage de lait.</p>
<p>DELILAH: <em>Welll, you know, it’s not</em> that great.</p>
<p>EMMA (<em>s’emportant, avec des étincelles</em> dans les yeux<em>):</em> But how gorgeous<em>, je</em> veux dire il est tellement beau! Je veux dire, c’est cliché mais… C’est un vrai homme, fort et décidé et…</p>
<p>DELILAH: Tu sais quoi? Si tu le veux je te le laisse!</p>
<p>EMMA: Non, mais je disais pas ça dans le sens de … Franchement!</p>
<p>Long silence. Emma ne sait plus où se mettre et jette de brefs coups d’oeil à Delilah. Celle-ci, blasée, sirote son thé en regardant dans le vide.</p>
<p>DELILAH: Mais je ne te le recommande pas… Ça fait deux mois qu’on date et… bien… Il a beau avoir un corps magnifique, il a… (<em>elle hésite</em> <em>et finalement, avec un sourire coquin</em>) beaucoup à apprendre sur le fonctionnement du corps féminin.</p>
<p>Emma se lève et chuchote à l’oreille de Delilah, qui pouffe avec elle et lui assène un coup de coussin. La sonnette de la porte se fait entendre.</p>
<p>EMMA: Tu attends quelqu’un?</p>
<p>DELILAH: Non…</p>
<p>Toutes les deux se regardent, et Emma fait signe à Delilah d’y aller. Elle ouvre la porte et voit son bel étudiant, des flocons recouvrant ses cheveux châtains et ses épaules.</p>
<p>FRANCIS (<em>titubant et l’oeil enflammé</em>): Je sais que… que tu vois le numéro 9 de l’équipe, que…</p>
<p>DELILAH (<em>estomaquée</em>): <em>How the hell do you know my address?</em></p>
<p>FRANCIS&nbsp;: Ben… J’ai cherché dans le bottin, tu m’avais donné ton numéro de téléphone à l’Halloween, mais je pensais bien que tu t’en souviendrais pas… Mais c’est pas pour ça que je suis venu… Je voulais te dire que je pense à toi tout le temps. J’ai laissé ma blonde hier, j’ai pas dormi de la nuit, j’ai un peu bu, O.K., mais je…</p>
<p>Francis plante son regard dans les yeux de Delilah.</p>
<p>FRANCIS: Je voudrais vraiment qu’on se revoie.</p>
<p>L’article <a href="https://www.delitfrancais.com/2010/02/16/flagrant-delit-de-tendresse-17/" data-wpel-link="internal">Flagrant délit de tendresse</a> est apparu en premier sur <a href="https://www.delitfrancais.com" data-wpel-link="internal">Le Délit</a>.</p>
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			</item>
		<item>
		<title>Flagrant délit de tendresse</title>
		<link>https://www.delitfrancais.com/2010/02/09/flagrant-delit-de-tendresse-16/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Marie-France Guénette]]></dc:creator>
		<pubDate>Wed, 10 Feb 2010 00:48:09 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Culture]]></category>
		<category><![CDATA[Roman feuilleton]]></category>
		<category><![CDATA[Flagrant délit de tendresse]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>ÉPISODE 16<br />
Résumé de l’épisode précédent:<br />
Delilah, notre héroïne, avec la résolution d’être belle et en forme, se rend au centre de sport de McGill, et se lie d’«amitié» avec un espoir olympique de l’équipe de hockey du Canada. Il est quant à lui tourmenté par les sentiments irrépressibles qui l’assaillent à la vue de sa belle au bras du sportif.</p>
<p>L’article <a href="https://www.delitfrancais.com/2010/02/09/flagrant-delit-de-tendresse-16/" data-wpel-link="internal">Flagrant délit de tendresse</a> est apparu en premier sur <a href="https://www.delitfrancais.com" data-wpel-link="internal">Le Délit</a>.</p>
]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<p>Une semaine s’était écoulée depuis qu’il avait vu Delilah au bras de l’espoir olympique, et notre bel étudiant se demandait encore comment Il allait faire pour regagner l’estime de sa dulcinée. C’est à ce moment que son ami Mikhaël passa dans le couloir en fredonnant le dernier tube de Lady Gaga. Mikhaël, étudiant en <em>Cultural Studies</em>, préparait sa thèse intitulée <em>Gender Performance and Subculture: Representation through the Poetics and Imagery in Lady Gaga’s Semiotic Identity Construction</em>. Francis n’y comprenait rien, mais savait que Mikhaël organisait les meilleures fêtes. Justement, il recevait ses amis pour un <em>Sexy Party</em> ce vendredi. Entremetteur par excellence, celui-ci y avait invité Delilah, une amie de longue date qui lui avait raconté, dans les menus détails, son expérience avec l’espoir olympique qui s’était avéré un amant fougueux quoiqu’épris de son passé. Mikhaël avait compris que c’était à son ami qu’elle rêvait, même si elle croyait chercher une signification philosophique à ses ébats avec le sportif.</p>
<p>Du côté du bel étudiant, sa relation avec Nathalie battait de l’aile. Elle lui avait reproché d’être absent d’esprit et lui avait fait comprendre subtilement, comme toujours, qu’elle s’attendait à ce qu’il la respecte en l’aimant entièrement, complètement et avec attention, mais elle ne l’avait pas dit comme ça. Elle avait plutôt lancé: «Eille, là là, ça s’passra pas d’même. Si tu m’traites pas mieux qu’ça, m’aste crisser là.» Il n’en pouvait plus. Ce discours de blâme ne l’avait certes pas laissé indifférent, mais Delilah l’attirait comme nulle autre femme ne l’avait fait dans toute sa vie.</p>
<p>Stewie Griffin se trémoussait à l’écran devant la foule d’invités, les gens dansaient, et Mikhaël orchestrait les différents <em>hook-ups</em> qui se déroulaient dans les chambres. Quand Il entra, Delilah en était à son cinquième verre de vin. Elle avait les joues enflammées et le regard étincelant. Elle était éblouissante dans sa jupe moulante. Elle semblait dans son élément, discutant de concepts abstraits avec ses amis de l’école, et dansant avec Mikhaël. Francis soupira. Il avait soif de ce monde qui était le sien, de ces lèvres pulpeuses qu’il avait connu, jadis… Tout cela lui semblait si lointain maintenant. Delilah se retourna un instant et Il n’eut qu’une fraction de seconde pour lui faire connaître ses désirs les plus profonds avec un seul regard. Avait-elle rougi?</p>
<p>«Francis…», murmura-t-elle tout bas, mais au même moment, le sportif caressa son bras et l’embrassa sur la nuque. «<em>Hot body, or hot brains? Is that even up for debate?</em>» L’alcool jouait avec ses pensées mais il semble que le sportif n’avait pas besoin d’alcool pour être incompétent dans la conversation. Exaspérée mais désireuse de se prouver qu’elle n’avait pas besoin de Francis pour être heureuse, Delilah choisit d’appeler un taxi et de partir avec sa <em>date</em>, au grand désespoir de notre héros.</p>
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			</item>
		<item>
		<title>Flagrant délit de tendresse</title>
		<link>https://www.delitfrancais.com/2010/02/02/flagrant-delit-de-tendresse-15/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Catherine Renaud]]></dc:creator>
		<pubDate>Tue, 02 Feb 2010 13:00:11 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Culture]]></category>
		<category><![CDATA[Roman feuilleton]]></category>
		<category><![CDATA[Flagrant délit de tendresse]]></category>
		<guid isPermaLink="false">http://delitfrancais.com/?p=2484</guid>

					<description><![CDATA[<p>Épisode 15<br />
Résumé de l’épisode précédent:<br />
Ayant mis une fois pour toutes fin à sa relation avec Richard, Elle, suivant les conseils d’Emma, se rend à une soirée de speed dating pour se changer les idées. Elle y rencontre une jeune femme attirante qui lui fait miroiter les plaisirs de Sappho. Elle ne peut toutefois se résoudre à tourner la page sur son bel étudiant…</p>
<p>L’article <a href="https://www.delitfrancais.com/2010/02/02/flagrant-delit-de-tendresse-15/" data-wpel-link="internal">Flagrant délit de tendresse</a> est apparu en premier sur <a href="https://www.delitfrancais.com" data-wpel-link="internal">Le Délit</a>.</p>
]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<p>Ayant constaté qu’elle était toujours profondément éprise de Lui, Elle décida, tard dans la nuit après un marathon de Jersey Shore, que ce qu’il lui fallait, c’était un plan d’attaque. «<em>Confidence and a banging body</em>», se répétait-elle comme un mantra en faisant les cent pas dans sa chambre. Elle se mit en sous-vêtements, devant le miroir. Elle se tâta la cuisse, mince, mais un peu molle, et soupira.</p>
<p>C’était la première fois qu’elle entrait dans le pavillon Molson et, évidemment, elle aboutit à l’aréna plutôt qu’au <em>Fitness Centre</em>, où se donnait le cours de <em>spinning</em> auquel elle s’était inscrite en hâte le matin même. Énervée, Elle retourna brusquement sur ses pas et entra en collision avec un jeune homme qui sortait du vestiaire. Elle laissa échapper son sac de sport et, en tentant de le récupérer, s’empêtra dans son sac à main, dont le contenu se déversa sur le plancher. «<em>I am such a klutz, sorry</em>», marmonna-t-elle. Elle releva la tête, et ce qu’elle vit lui coupa le souffle: un corps parfaitement découpé se devinait à travers son chandail de hockey. Il avait des cheveux bruns bouclés, le physique sensuel de Pierre Lambert et les yeux tristes de Marc Gagnon. Elle n’arrivait pas à reprendre le contrôle de sa respiration alors qu’elle inhalait l’aura sexuelle qu’il dégageait. Il lui décocha un sourire à faire fondre la calotte glaciaire et lui rendit son sac de sport.</p>
<p>- <em>I bet you don’t come here often</em>, dit-il.</p>
<p>- <em>God no, dit-elle en riant, and now I’ve missed half of my spinning class.</em></p>
<p>- <em>Well… If you’ve already missed half of it, it wouldn’t really make sense to go all the way up there and change for a 20-minute workout, would it?</em> Elle sourit discrètement en secouant la tête.</p>
<p>- <em>Would you care to join me for lunch then?</em></p>
<p>Elle lui emboîta le pas, les joues enflammées.</p>
<p>Il se trouvait au même moment dans le vestiaire, enfilant ses patins pour une heure de patinage libre entre deux cours. Ouvrant la porte, Il la vit en conversation avec un des espoirs olympiques de McGill. Il referma un peu la porte et les épia. Une vague de jalousie déferla en Lui quand Il les vit s’éloigner, le visage radieux. «Un gars de l’équipe de hockey du Canada asteure! Câlice de crisse!» Il fit plusieurs tours de patinoire, puis passa sa rage sur une série de lancers frappés, imaginant son rival devant le but. Alors qu’il patinait tranquillement en direction des vestiaires, il s’arrêta subitement et, les yeux levés vers les bannières suspendues au plafond de l’aréna, il laissa échapper un profond cri de douleur : « DELILAAAAAAAH».</p>
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		<title>Flagrant délit de tendresse</title>
		<link>https://www.delitfrancais.com/2010/01/26/flagrant-delit-de-tendresse-14/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Marie-France Guénette]]></dc:creator>
		<pubDate>Tue, 26 Jan 2010 13:00:51 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Culture]]></category>
		<category><![CDATA[Roman feuilleton]]></category>
		<category><![CDATA[Flagrant délit de tendresse]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>ÉPISODE 14<br />
«Il y a un but, mais pas de chemin; ce que nous nommons chemin est hésitation.»<br />
Franz Kafka</p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p>Depuis qu’Elle a lu la lettre de Richard, Elle est perdue et frustrée. Toutes les promesses qu’il lui avait faites se sont envolées avec le pigeon voyageur. Richard s’est avéré un patient à risque pour les crises cardiaques; il ne peut donc plus prendre les miraculeuses pilules bleues qui l’avaient transformé en dieu du sexe. Son bel étudiant est distant. Elle ne le croise plus dans les couloirs, seulement dans les aléas de ses songes. Elle ne sait plus comment l’oublier… Comment oublier la ferveur, la passion, l’a… l’amour?</p>
<p>-Elle avait suivi le conseil d’Emma et s’était forcée à se rendre au speed dating organisé par des étudiants désespérément amoureux qui voulaient offrir aux âmes perdues l’opportunité de trouver un point à leur «i», une virgule à leur point virgule, un soupçon de tendresse dans le gris inconsolable du mois de janvier.</p>
<p>-<em>How was the speed dating? Oh, right</em>, il faut parler français. Je dois pratiquer pour impressionner mon amant parisien, Guillaume.</p>
<p>(<em>clin d’oeil et sourire en coin</em>)</p>
<p>-Euh, j’ai rencontré un gars qui étudie en éducation physique. Même si je ne veux pas généraliser en disant que personne ne lit aujourd’hui, sauf les étudiants en Arts, quand je lui ai demandé ce qu’il aimait lire, il m’a répondu «la circulaire de Canadian Tire, et des magazines de moto».</p>
<p>-(<em>Éclat de rire</em>) Il n’y avait personne qui t’intéressait plus que ça?</p>
<p>-Si on exclut M. Publisac, l’organisatrice m’a regardé tout le long en souriant. Elle m’a dit à la fin de la soirée qu’elle me trouvait belle.</p>
<p>-<em>Honey, I know you’re disappointed in men right now, but I really don’t think looking to women for consolation is the answer.</em></p>
<p>-<em>I suppose, but she…</em></p>
<p>-<em>I don’t mean to be reductive or vulgar, but you do know that women don’t have quite what you’re looking for…</em></p>
<p>Elle n’aurait su mieux verbaliser sa pensée. À la fin de la soirée <em>speed dating</em>, Annie l’avait approchée et lui avait dit: «Tu dégages quelque chose de séduisant. Si tu m’en donnes la chance, je te promets que je te ferai oublier tous les hommes de ton passé avec un simple coup de ma langue.»</p>
<p>Intriguée, Elle avait accepté de rejoindre Annie au Drugstore, un bar de lesbiennes sur Sainte-Catherine, pour une soirée karaoké. Annie semblait parfaitement à l’aise parmi les jeunes femmes aux cheveux courts qui ne cessaient de les regarder comme de la viande fraîche. Malheureusement, la soirée karaoké avait viré soirée matante lorsqu’une vague de femmes dans la mi-quarantaine complètement ivres affichant un look banlieusard s’étaient mises à chanter.</p>
<p>Elle s’était réjouie de ne pas penser à Lui pendant la soirée, mais même si Annie avait le regard sulfureux d’une amante d’exception, Elle cherchait partout le noir des yeux du sosie d’Ovila. Elle se sentait mal à l’idée de faire croire à cette charmante jeune dame qu’Elle pourrait en être amoureuse. Peut-être que sa pudeur la privait de vivre une histoire d’amour avec une femme, ou peut-être qu’Elle était amoureuse de Lui… Il lui fallait réfléchir à ces propos. Annie l’avait invitée dans son lit pour un bref moment d’amour, en précisant qu’elle employait le terme «bref» au sens lesbien du terme où il signifie «au moins quelques heures». Difficile de résister, et <em>why not</em>? Quand Annie la caressa et lui apposa un tendre baiser à la commissure des lèvres, Elle faillit remettre sa sexualité en question, mais la torpeur de son bel étudiant lui était impossible à oublier. </p>
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		<title>Flagrant délit de tendresse</title>
		<link>https://www.delitfrancais.com/2010/01/19/flagrant-delit-de-tendresse-13/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Rosalie Dion-Picard]]></dc:creator>
		<pubDate>Tue, 19 Jan 2010 13:00:37 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Culture]]></category>
		<category><![CDATA[Roman feuilleton]]></category>
		<category><![CDATA[Flagrant délit de tendresse]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>ÉPISODE 13<br />
Résumé de l’épisode précédent:<br />
Lui, le jeune Québécois pure laine, a pris pour la deuxième fois un cours de philo donné par Elle, la belle anglophone réservée. Pourtant, depuis qu’Il a vu Richard (l’ex) secourir sa beauté rousse d’une alerte à la bombe dans le Leacock, Il l’évite. Elle, de son côté, n’arrive pas à oublier le tonitruant «Fuck la  bourgeoisie!» avec lequel il a expliqué à un journaliste la raison de la colère étudiante. Tandis qu’Elle rêve de Lui toutes les nuits, il a repris avec son ex, Nathalie. Bien que tout semble les séparer, ils ne peuvent<br />
s’oublier l’un l’autre.</p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p>Dans la chambre du demi sous-sol partagé avec Steeve, il faisait nuit. Seule la lueur orangée des lampadaires éclairait Nathalie et Lui. Ils étaient dans son lit jumeau, elle lui tournait le dos et, les yeux grands ouverts, semblait attendre quelque chose. Il commençait à s’endormir et ronflait par intermittence. Elle se retourna sur le dos, tira les couvertures et le fixa, attendant visiblement qu’il se réveille. Il ouvrit les yeux et vit qu’elle le regardait. Il grogna un peu, se souleva sur ses coudes.</p>
<p>-Ça va?</p>
<p>-Oui oui, ça va, j’m’endors pas.</p>
<p>Silence.</p>
<p>Il espéra un instant pouvoir se rendormir, mais elle reprit:</p>
<p>-C’tait bon le film hen?</p>
<p>-Mmmh… Mais tsé moi, la science-fiction avec des bonshommes bleus, j’suis pas sûr que c’est de l’art.</p>
<p>Elle le regarda, exaspérée.</p>
<p>-Mais on s’en fout! Le but, me semble que c’est d’avoir du fun, c’est quoi ton problème? C’est toi qui m’as fait écouter toooooutes les Star Wars, pis là t’es trop cool pour la science-fiction? Elle soupira.</p>
<p>-T’es plate en crisse depuis que l’école a recommencé, c’est quoi l’affaire?</p>
<p>-Rien.</p>
<p>-Comment ça rien? On aime jamais les mêmes affaires, y’a rien qui est assez bon pour toi, tu trouves toute plate, pas intéressant, pas de l’art, pas beau, pas assez recherché, pas assez rien! Jamais!</p>
<p>Elle planta ses yeux scintillants de colère dans les siens. Il tenta un demi-sourire, tout sauf convaincant.</p>
<p>-Tu me parles plus… tu me dis jamais que j’suis belle… Je me rappelle même pas de la dernière fois que tu m’as regardée dans les yeux.</p>
<p>Elle baissa la tête. Une larme roula sur sa joue, elle se redressa.</p>
<p>-C’est parce que tu me trouves grosse hein?</p>
<p>Il soupira.</p>
<p>-Ben non, c’est pas ça…</p>
<p>-Essaye pas, je l’ai ben vu que tu l’avais remarqué au jour de l’An! Je l’sais que j’ai pris vingt livres tsé. J’suis pas folle non plus! Mais je vais redevenir comme avant!</p>
<p>-T’as pas rapport, j’te dis que c’est pas ça! C’est pas toi, c’est moi…</p>
<p>-Ah maudit niaisage, t’es-tu capable de dire plus de trois mots de suite?</p>
<p>-Pis toi arrête de chialer pis laisse-moi parler.</p>
<p>Il prit une grande respiration et expira en soupirant.</p>
<p>-Tsé, ça a pas marché la grève. Steeve dit qu’on s’est fait avoir, mais moi je pense que, dans le fond, les étudiants voulaient pas assez fort, pis ça m’écoeure, pis j’ai eu des notes dégueulasses dans tous mes cours à cause de la grève, pis cette session-ci j’ai pris un cours de philo, pis… Pfff je sais pas, je sais pus…</p>
<p>-Chhhhut…. penses‑y pus… Elle le prit dans ses bras, l’embrassa. Il lui rendit son baiser puis, très vite, ils étaient enlacés. Il était sur le dos. Elle avait les yeux fermés. Il n’avait jamais réalisé à quel point ce ventilateur était laid. Et cette tache d’humidité dans le coin du plafond. Elle, sa belle rousse, sa lionne, sa délicieuse Anglaise à la peau de lait, Elle, aurait trouvé ça glauque.</p>
<p style="text-align: center;">* * *</p>
<p>Richard lui versa un troisième verre de scotch vieux de plus de vingt ans. Elle enroulait une mèche de ses cheveux d’un roux très britannique autour de son doigt, alors qu’il semblait oublier sa présence, pris qu’il était dans leur discussion ‑ou son monologue plutôt- sur Sénèque.</p>
<p>-Quand je pense que tout le monde a lu et relu Montaigne… Pfff… Sénèque, lui, était un réel esprit, pas un chien savant!</p>
<p>- Mmoui, bien sûr.</p>
<p>Elle attrapait une bribe de temps en temps, approuvait à l’occasion, et il repartait pour un tour. Faites qu’il obtienne bientôt un poste, Seigneur, qu’il en parle à ses étudiants, de ses vieux philosophes moisis. L’Antiquité, faudrait s’en remettre un jour. Pourtant, songea-t-elle, j’aimerais tant avoir cette passion, ce feu sacré qu’il a… Il pourrait quand même parler d’autre chose, ou <em>faire</em> autre chose de temps à autre, des choses, disons, plus excitantes.</p>
<p>Même s’ils avaient fait l’amour quelques fois, Elle avait l’impression de n’en avoir jamais assez… Et ça ne se comparait définitivement pas à ce soir d’Halloween, avec son bel étudiant, dont l’évocation la faisait toujours soupirer, un sourire aux lèvres.</p>
<p>Mais son expression de félicité s’effaça au souvenir du regard froid de son bel Ovila. Lorsqu’Elle avait tenté de l’aborder, la semaine précédente, il l’avait gratifiée d’un regard dur, en lui lançant un «Where’s your boyfriend?» rempli autant d’orgueil blessé que de jalousie. Elle dut faire appel à des générations d’éducation anglosaxonne pour ne pas laisser paraître son trouble.</p>
<p>-Tu ne m’écoutes pas! Elle se ressaisit. Aussi bien faire avec ce qu’on a, conclut-elle avec philosophie.</p>
<p>-Non, tu as raison… C’est que je pense trop à hier soir, je n’arrive pas à me concentrer, minauda-telle en défaisant le premier bouton du gilet carotté de Richard. Richard rougit instantanément, se recula et bafouilla qu’il devait se retirer un instant.</p>
<p>Elle crut entendre la pilule bleue crever la pellicule d’aluminium du paquet, bien qu’il ait fermé la porte de la salle de bain. Si c’est ce qu’il lui faut, pourquoi pas, raisonna-t-elle. Si, en plus, ça peut m’empêcher de rêver à ce jeune arrogant. «Fuck la bourgeoisie», et c’est sensé être un argument? On voit tout de suite qu’il n’est pas un intellectuel… Tant pis pour lui!</p>
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		<title>Flagrant délit de tendresse</title>
		<link>https://www.delitfrancais.com/2010/01/12/flagrant-delit-de-tendresse-12/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Catherine Renaud]]></dc:creator>
		<pubDate>Wed, 13 Jan 2010 02:49:20 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Culture]]></category>
		<category><![CDATA[Roman feuilleton]]></category>
		<category><![CDATA[Flagrant délit de tendresse]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>ÉPISODE 12<br />
Résumé de l’épisode précédent :<br />
Au point fort de la révolte syndicale, Steeve pose un geste symbolique contre l’hégémonie anglophone en plaçant une bombe dans le Leacock. Notre héros tente de secourir son amante avant l’explosion fatale mais l’aperçoit, saine et sauve, abandonnée dans les bras de Richard, son ancien amant.</p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p>Passant sous les imposantes Roddick Gates, Il tente de faire le <em>focus</em> sur la carte du campus malgré ses yeux plongés dans la graisse de bines depuis le 31 décembre. Les yeux rougis, rapetissés par sa consommation matinale de «thé», grattant sa barbe, Steeve l’avait brutalement réveillé ce matin-là en faisant irruption dans sa chambre. «Les polices sont partout, <em>man</em>!», ditil en se désempêtrant de sa cape rouge pour recouvrir de vieux journaux la minuscule fenêtre. Il ressortit aussi rapidement de la chambre qu’il y était entré, laissant derrière lui un parfum révolutionnaire. Steeve se terrait dans leur demi sous-sol depuis les événements de décembre, s’imaginant figurer sur la liste des <em>America’s Most Wanted</em>.</p>
<p>Il localise enfin son pavillon pour constater, une fois à l’intérieur du Burnside, que son cours a été déplacé au Leacock. Il maudit l’incompétence de Steeve en matière d’explosifs; il aurait aimé que le Leacock disparaisse, et ses souvenirs avec lui. En effet, la montre du Dollarama que Steeve avait utilisée dans le mécanisme de la bombe avait arrêté de fonctionner avant de déclencher l’explosion. Ses pieds avancent à reculons dans les corridors, son coeur se débattant dans sa poitrine à chaque coin qu’il tourne de crainte de la croiser. Sans trop s’en rendre compte, il avait renoué avec son ex Nathalie la veille du jour de l’an entre sa vingt-deuxième et sa vingt-troisième Black Label.</p>
<p style="text-align: center;">* * *</p>
<p>Elle a rêvé de lui cette nuit. Comme toutes les autres nuits depuis. Moulé dans un costume de Superman, il entrait dans le bureau au septième étage en brisant la vitre. Il la ravissait des mains tripoteuses de son professeur et, elle, serrée contre son torse musclé, échappait de justesse avec lui à l’explosion du pavillon Leacock en s’envolant dans la nuit. Faisant mine de remplir sa bouteille d’eau à l’abreuvoir, elle l’attend, frémissante.</p>
<p style="text-align: center;">* * *</p>
<p>Absorbé dans des pensées négatives à propos de la vie, il sent une douce main attraper la sienne. Il se retourne et la regarde, une tristesse intense se lisant dans ses yeux. Alors qu’elle se rapproche de lui, il se raidit et se défait de l’étreinte de sa main. «<em> Where’s your boyfriend? </em>», lui demande-t-il d’un ton amer. Il entre dans la salle de cours et ferme la porte derrière lui.</p>
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		<item>
		<title>Flagrant délit de tendresse</title>
		<link>https://www.delitfrancais.com/2009/11/24/flagrant-delit-de-tendresse-11/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Audrey Wilhelmy]]></dc:creator>
		<pubDate>Tue, 24 Nov 2009 15:00:43 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Culture]]></category>
		<category><![CDATA[Roman feuilleton]]></category>
		<category><![CDATA[Flagrant délit de tendresse]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>ÉPISODE 11<br />
Résumé de l’épisode précédent:<br />
Désespérée par la trahison de son Ovila, Elle s’abandonne aux caresses de Richard, ancien amoureux réapparu dans sa vie. Pendant ce temps, la rébellion bat son plein, menée par Steeve, l’entraînant Lui au coeur de l’action.</p>
<p>L’article <a href="https://www.delitfrancais.com/2009/11/24/flagrant-delit-de-tendresse-11/" data-wpel-link="internal">Flagrant délit de tendresse</a> est apparu en premier sur <a href="https://www.delitfrancais.com" data-wpel-link="internal">Le Délit</a>.</p>
]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<p>Ce sont les cellulaires vibrant à l’unisson au beau milieu de son cours qui, les premiers, ont suggéré à notre T.A que la situation dégénérait. Les regards soudainement terrifiés de ces jeunes étudiants à peine sortis du cégep, le tumulte et l’agitation dans la classe puis le mouvement de foule vers la porte, les chaises renversées, la course, les cris dans les corridors, les alarmes du Leacock qui, tout d’un coup, se sont rajoutées au désordre général… la panique a soufflé à travers tout l’édifice et Elle, elle est restée derrière, la craie encore serrée entre ses doigts, tremblante devant la classe déserte.</p>
<p>Par terre, un téléphone abandonné passe en boucle le message à l’origine du drame. «<em>This is a bomb alert, please remain calm, evacuate the building and follow the instructions of any security officer. This is not a practice, please locate the closest exit and calmly evacuate the building…</em>»</p>
<p>Une alerte à la bombe. Et sa place béante à Lui, le vide infini de sa présence en classe, depuis deux semaines déjà. Toujours, les images de sa révolte lui tournent en boucle dans la tête. «<em>Fuck</em> la bourgeoisie». Est-ce lui, vraiment, qui vient de poser une bombe au coeur même de l’institution la plus respectée au Québec? Est-ce lui, son bel amant, qui menace non seulement la vie de centaines d’inconnus, mais sa vie à elle? Le vertige la saisit et elle tombe sur le sol.</p>
<p style="text-align: center;">* * *</p>
<p>Steeve le regarde, béat, le sourire fendu jusqu’aux oreilles. Lui n’en croit pas un mot.</p>
<p>-Tu as posé une bombe dans mon université, à l’instant précis où la femme de ma vie donne son cours?!</p>
<p>-La femme de ta vie? Ta <em>fucking british</em> bourgeoise? Je pensais que c’était fini ces niaiseries-là.</p>
<p>-Steeve, s’il lui arrive quelque chose, je t’arrache les yeux avec mes dents.</p>
<p>Le très glorieux Steeve, encore enroulé dans son drapeau rouge, n’a pas le temps d’ajouter quoi que ce soit. Son cousin a déjà quitté le quartier général des manifestants en claquant la porte derrière lui.</p>
<p style="text-align: center;">* * *</p>
<p>Elle aurait pu se réveiller entre ses bras forts à lui, elle aurait pu se réveiller collée contre le torse de Richard ou réfugiée contre la poitrine velue d’un pompier viril et puissant. Mais entre tous les hommes héroïques qui auraient pu venir à sa rescousse, pourquoi fallaitil que ça soit son horrible directeur qui apparaisse au milieu de la tourmente? Le voir là, déguisé en Père Noël, visiblement ivre, sans doute arraché au party de fin de session du département, suffit à la réveiller d’un coup sec. Il la dévisage en riant, ses petits yeux porcins fixés sur son décolleté, un filet de bave collé entre ses lèvres.</p>
<p>-Eh bien, mademoiselle, Dieu merci certains hommes ont plus de sang-froid que leurs T.A. rouquines…</p>
<p>Elle lance un gémissement d’effroi, se précipite vers la porte et parcourt en panique le corridor désert. Le bruit de ses talons résonne entre l’alarme du Leacock et le rire machiavélique de son professeur.</p>
<p>Elle court et court et court encore, trébuche dans les escaliers, manque une ou deux marches et se retrouve sur le sol, la cheville engourdie, les yeux noyés de pleurs. Cette journée ne finira donc jamais?</p>
<p>Mais soudain, Richard est là, comme sorti de nulle part, <em>deus ex machina</em>. Il la lève et la prend contre lui, elle pose sa tête contre son épaule, s’abandonne aux larmes et perd la notion du temps.</p>
<p style="text-align: center;">* * *</p>
<p>Il est devant la fontaine des trois nus. Franchir la ligne de sécurité n’a pas été simple. Il a croisé parmi la foule paniquée quelques compatriotes académiques, mais nulle part il n’a vu la tignasse flamboyante de sa douce, aussi a‑t-il décidé de voler à son secours, malgré les interdits policiers.</p>
<p>Il a pratiquement atteint le Leacock quand soudain, il croise un grand blond frisotté qui porte dans ses bras sa petite lionne, sa T.A. adorée, visiblement sous le choc.</p>
<p>Leurs regards se croisent un instant. Un bref moment hors du temps. Trop vite, Elle baisse les cils, l’air contrit, avant de relever des yeux pleins de larmes vers Lui. Mais il a déjà détourné le regard, furieux, blessé jusqu’au plus profond de l’âme.</p>
<p>L’article <a href="https://www.delitfrancais.com/2009/11/24/flagrant-delit-de-tendresse-11/" data-wpel-link="internal">Flagrant délit de tendresse</a> est apparu en premier sur <a href="https://www.delitfrancais.com" data-wpel-link="internal">Le Délit</a>.</p>
]]></content:encoded>
					
		
		
			</item>
		<item>
		<title>Flagrant délit de tendresse</title>
		<link>https://www.delitfrancais.com/2009/11/17/flagrant-delit-de-tendresse-10/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Catherine Renaud]]></dc:creator>
		<pubDate>Tue, 17 Nov 2009 15:00:43 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Culture]]></category>
		<category><![CDATA[Roman feuilleton]]></category>
		<category><![CDATA[Flagrant délit de tendresse]]></category>
		<guid isPermaLink="false">http://delitfrancais.com/?p=1867</guid>

					<description><![CDATA[<p>ÉPISODE 10<br />
Résumé de l’épisode précédent:<br />
Une manifestation populaire a creusé un fossé inattendu entre Lui,cousin influençable d’un militant syndicalo-révolutionnaire et Elle, membre de la bourgeoise capitaliste anglophone… Un retour en force des deux solitudes dans l’existence des deux amants est-il à craindre?</p>
<p>L’article <a href="https://www.delitfrancais.com/2009/11/17/flagrant-delit-de-tendresse-10/" data-wpel-link="internal">Flagrant délit de tendresse</a> est apparu en premier sur <a href="https://www.delitfrancais.com" data-wpel-link="internal">Le Délit</a>.</p>
]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<p>Elle sortit de la chambre, l’air hagard. Serrant la ceinture de sa vieille robe de chambre en velours vert, elle retira du feu la bouilloire sifflante, oubliée là par Emma. Cette dernière fit irruption dans la cuisine, les yeux maniaques et l’air surexcité. Elle, hébétée par les événements de la veille, continuait à verser l’eau chaude sur les poches de thé. Une forte odeur de myrrhe mêlée de musc attaqua vivement ses muqueuses olfactives. Elle se redressa et vit alors une enveloppe fort travaillée, scellée à l’ancienne avec de la cire, adressée en lettres gothiques qu’elle ne connaissait que trop bien. Elle attrapa la lettre qu’Emma agitait sous son nez en lui lançant un regard sans équivoque. Son bol de thé à la main, elle s’effondra sur le canapé et lança la lettre toujours cachetée sur le guéridon style <em>Queen Anne</em>. Histoire de se changer les idées, elle alluma la télévision, où passaient en boucle des images de la manifestation de la veille, avec un <em>close-up</em> sur Lui et son ignoble acolyte en train de scander «<em>Fuck</em> la bourgeoisie!». Elle éteignit l’appareil brusquement, se pencha et reprit la lettre. Elle inspira profondément, s’imprégna du lourd parfum que dégageait l’enveloppe, et l’ouvrit.</p>
<p><em>My dear,</em></p>
<p><em>I have truly missed thee ever since you left me. I know we somehow grew apart; however, my feelings, they never changed. I have just submitted my Master’s thesis in Byzantine Studies and have now a lot of time on my hands. ’Tis why I dearly wish that thou willst meet me on the steps of the Birks building, at sundown, in a fortnight.</em></p>
<p style="text-align: right;"><em>Richard Wilde III</em></p>
<p>«<em>In a fortnight?!</em>» En se fiant à la date écrite en entête, cela voulait dire… le lendemain. Perplexe, elle examina l’enveloppe et constata qu’il n’y avait pas de cachet de la poste, mais remarqua quelques petites marques de pinces et une plume minuscule coincée entre la cire et le papier. Il se servait donc toujours de son vieux pigeon voyageur! Ah… Richard… soupira-t-elle.</p>
<p style="text-align: center;">* * *</p>
<p>La pluie battait contre les carreaux de la fenêtre du bureau froid et sombre des T.A., au sous-sol du pavillon des Arts. Elle triturait de rage l’ourlet de sa jupe, l’oeil fixé sur la pendule. Il ne s’était pas présenté au rendez-vous qu’il avait lui-même quémandé il y a deux semaines, sous prétexte de discuter de son travail final. Dans sa tête alternaient, de façon stroboscopique, l’image captée par le journaliste de CTV qui montrait son jeune loup condamnant la bourgeoisie, et celle de son directeur de maîtrise, le visage fendu par un sourire pervers, faisant allusion à ses petites indiscrétions. Elle ignorait qu’à ce moment même, il ne pouvait venir au rendez-vous; il était à la merci de Steeve, qui lui faisait découper le restant des rideaux rouges de la cuisine depuis l’aube.</p>
<p style="text-align: center;">* * *</p>
<p>Elle suivait avec appréhension dans le corridor de l’hôtel celui qui venait de réapparaître soudainement dans sa vie. Il y avait à présent chez lui quelque chose de changé. Elle n’arrivait pas tout à fait à mettre le doigt dessus – était-ce sa démarche, l’ondulation de ses cheveux, un certain négligé dans sa tenue? Il ouvrit la porte de la chambre: «<em>Apwrès vous madmezelle</em>». Les chandelles, l’effluve de myrrhe, la musique baroque… il la renversa sur le lit sans effort. Torturée par la culpabilité qu’elle ressentait envers Lui mais courroucée de ce qu’elle percevait comme une trahison de sa part, elle laissa Richard lui enlever sa blouse. Les yeux clos, elle se délassait à ses caresses, ses mains qui s’inséraient sous son soutiengorge couleur chair, sa bouche qui l’embrassait à perdre haleine. Elle le sentait étonnamment vigoureux contre elle et, elle, sentait le désir monter d’entre ses cuisses. Elle succomba.</p>
<p>Les sirènes d’une ambulance troublèrent son doux sommeil, bercé par la respiration virile de Richard. Elle se leva discrètement, enroulée dans le couvre-lit, et alla à la salle de bain. Sur le bord de l’évier, elle vit une bouteille de comprimés, sur laquelle était clairement écrit : VIAGRA 25 MG DE 1 À 2 COMPRIMÉS POUR DIFFICULTÉS ÉRECTILES.</p>
<p>« <em>That’s why he felt so young…</em> »</p>
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		<title>Flagrant délit de tendresse</title>
		<link>https://www.delitfrancais.com/2009/11/10/flagrant-delit-de-tendresse-9/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Julie Turcotte]]></dc:creator>
		<pubDate>Wed, 11 Nov 2009 01:51:00 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Culture]]></category>
		<category><![CDATA[Roman feuilleton]]></category>
		<category><![CDATA[Flagrant délit de tendresse]]></category>
		<guid isPermaLink="false">http://delitfrancais.com/?p=1724</guid>

					<description><![CDATA[<p>Épisode 9</p>
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]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<p><em>Longueuil. 8:43 AM</em></p>
<p>Domicile du 1434, Rue Dollard, app. 6.</p>
<p>Il ouvre un oeil, puis l’autre. Il se rend compte tout de suite d’un changement subtil dans la composition de l’air. De l’électricité, pense-t-il. Oui, il y a de l’électricité dans l’air.</p>
<p>Dans la cuisine, son cousin est assis à la table et s’affaire à découper un bout de rideau rouge avec des ciseaux. Décidément, il se passe quelque chose de pas normal. Des dizaines de carrés rouges aux angles croches sont éparpillés partout. Steeve n’a jamais eu beaucoup de talent pour le découpage. Le voici qui lève vers lui des yeux écarquillés et qui lance : «<em>Man</em>, ça y est, c’est à matin que ça commence!»</p>
<p style="text-align: center;">* * *</p>
<p><em>Montréal. 9:05 AM</em></p>
<p>7e étage du Leacock, McGill University. Un bureau.</p>
<p>Elle frissonne, pas à cause de la fraîcheur de l’air de novembre. Son directeur la dévisage, de ses yeux où luit une colère hagarde. «Vous avez eu vent de ce qui se passe, n’est-ce pas, <em>Miz</em>?» Elle acquiesce et retient sa respiration. Ne pas sentir son odeur, cette exécrable haleine de café moisi.</p>
<p>Elle ne l’a jamais vu dans un tel état. La veine de son front palpite si fort qu’elle menace d’exploser. «Je tiens à vous prévenir. Restez en dehors de ces histoires ridicules. Ne vous retrouvez pas mêlée à cette bande de babouins qui ne cherchent qu’à perturber le bon ordre social. Vous n’avez rien à faire avec cette populace inférieure… vous savez, certains ont pénétré les murs de cette vénérable institution à laquelle nous appartenons, vous et moi. <em>Vous et moi…</em>»</p>
<p>Partir. Au plus vite. S’enfuir de l’âtre nauséabond de cette brute sanguinaire. «Veuillez m’excuser, je… on m’attend.»</p>
<p style="text-align: center;">* * *</p>
<p><em>Montréal, 11:29 AM</em></p>
<p>Coin Berri-Sainte-Catherine, place Émilie-Gamelin. Une foule.</p>
<p>L’électricité, ici, se sublime en énergie pure. La fièvre syndicaliste le gagne, et déjà il regarde avec une affection fraternelle tous ces manifestants qui, comme lui, arborent un carré de rideau rouge. Qu’importe qu’il ne sache pas exactement ce qu’il fait là, il a l’impression de trouver ici, dans cette foule disjonctée, une communauté prête à l’accueillir. Pas comme ces hostiles anglophones de McGill… Sauf, bien sûr…</p>
<p>Des slogans sont lancés. «À mort le capitalisme». «Soso- so, solidarité». «<em>Fuck</em> les chiens». Il gueule, lui aussi. Une caméra s’approche de lui et de son cousin. Un journaliste cherche à capter l’esprit de la manifestation. «Pourquoi êtes-vous ici aujourd’hui?» Trouver une réplique intelligente pour le monsieur de la télé. Son cousin le devance. «Pour faire la révolution, <em>man</em>! Le pouvoir au peuple, pis <em>fuck</em> la bourgeoisie!» Ne trouvant rien de mieux à ajouter, il répète bêtement: «Ouin, <em>fuck</em> la bourgeoisie!»</p>
<p>Le journaliste s’éloigne, l’air satisfait.</p>
<p style="text-align: center;">* * *</p>
<p><em>Québec. 2:45 PM</em></p>
<p>Colline parlementaire, cabinet du Premier Ministre.</p>
<p>L’attaché politique, nerveux comme à chaque fois qu’il s’adresse au Premier Ministre, ramasse tout son petit courage et ouvre la bouche. «Je viens d’avoir le chef de la police de Montréal au téléphone. La manifestation est sous contrôle, mais… Vous savez que les leaders syndicalistes et étudiants ont lancé un… appel à la <em>grève nationale</em>?»</p>
<p>Le Premier Ministre gratte sa tête bouclée, feignant l’indifférence. «Ne vous en faites pas, je commence à avoir l’habitude avec ces gens-là.» Une pointe d’inquiétude, malgré lui, a percé dans sa voix.</p>
<p style="text-align: center;">* * *</p>
<p><em>Outremont. 5:02 PM</em></p>
<p>Domicile du 6528, rue Van Horne.</p>
<p>Assise dans le fauteuil style voltaire restauré de son amie Emma, une tisane gingembre et eucalyptus fumante à la main, elle respire un peu mieux. Il lui semble qu’elle vient de passer ce qui pourrait bien avoir été l’une des pires journées de sa vie. D’abord la rencontre avec l’Affreux. Puis son séminaire, où Lui n’est pas venu. Finalement, les restes hostiles d’une manifestation qui l’avaient «accueillie» à sa sortie de McGill.</p>
<p>Emma tente de lui remonter le moral. À la télé, des images de la manifestation tournent en boucle. Distraite, elle se croit soudain prise d’hallucinations lorsqu’elle aperçoit à l’écran son Ovila, au beau milieu d’une jungle de malfamés, qui l’insulte, <em>elle</em>, la bourgeoise.</p>
<p>La voix d’Emma, au loin. «Hey, c’est pas ton étudiant à la télé?»</p>
<p style="text-align: center;">* * *</p>
<p><em>Montréal. 7:51 PM</em></p>
<p>Café Chaos, rue Saint-Denis.</p>
<p>Épuisé, les cordes vocales à feu et à sang, il parvient tout de même au bar où s’est réuni le groupe de syndicalistes radicaux. Les plus modérés sont rentrés chez eux. Musique punk, bruit des bouteilles que l’on cogne sur la table. Ça parle de complot, de coup d’éclat.</p>
<p>«Moi j’pense qu’y faut fesser là où ça va faire le plusse mal, dit Steeve. Attaquer les bourgeois chez-eux!»</p>
<p>«Ouais, répond un autre. Y faut frapper à McGill. Pis y faut frapper fort.»</p>
<p>McGill. Le symbole de la bourgeoisie capitaliste anglophone. Merde, pense tout à coup Ovila.</p>
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		<title>Référendum de l’AÉUM: trois questions</title>
		<link>https://www.delitfrancais.com/2009/11/10/referendum-de-l%e2%80%99aeum-trois-questions/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Alexandre Ruiz de Porras Guédon]]></dc:creator>
		<pubDate>Tue, 10 Nov 2009 05:00:18 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Roman feuilleton]]></category>
		<category><![CDATA[Campus]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>L’Association des étudiants de l’Université McGill (AÉUM) a invité les trois comités concernés à un débat tenu jeudi pour discuter des trois questions qui seront soumises au jugement de tous les étudiants de premier cycle. Le premier comité du «oui» à avoir pris la parole a été celui du Fond pour projets à développement durable&#8230;&#160;<a href="https://www.delitfrancais.com/2009/11/10/referendum-de-l%e2%80%99aeum-trois-questions/" rel="bookmark" data-wpel-link="internal">Lire la suite &#187;<span class="screen-reader-text">Référendum de l’AÉUM: trois questions</span></a></p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p>L’Association des étudiants de l’Université McGill (AÉUM) a invité les trois comités concernés à un débat tenu jeudi pour discuter des trois questions qui seront soumises au jugement de tous les étudiants de premier cycle.</p>
<p>Le premier comité du «oui» à avoir pris la parole a été celui du Fond pour projets à développement durable (FPDD). Si la question reçoit une majorité de votes en sa faveur, l’Université McGill s’est engagée à débourser dans le FPDD un montant équivalent à chaque dollar versé par les étudiants. Dès le semestre prochain, pour une période de trois ans, les étudiants auraient à verser 50 cents par crédit et par session, soit un montant de 6 à 7,50 dollars par semestre, afin de financer des projets durables sur le campus. Toutefois, les étudiants du premier cycle n’auront pas la possibilité de retirer leur cotisation comme il est possible de le faire pour plusieurs autres services, le Midnight Kitchen, par exemple.</p>
<p>Le montant récolté serait géré par un comité paritaire chargé d’évaluer et de donner la priorité à des projets proposés par les étudiants eux-mêmes. Le groupe de travail du FPDD serait composé de huit membres, à savoir quatre étudiants et quatre personnes de l’administration, qui approuveraient par consensus les projets proposés.</p>
<p>C’est le président de l’AÉUM, Ivan Neilson, qui est venu défendre la deuxième proposition sur les frais des ambassadeurs. D’après lui, les étudiants «devraient être en faveur de cette question parce qu’elle remplit un besoin que nous avons chaque année, c’est-à-dire d’aider un plus grand nombre d’étudiants à enrichir leur expérience académique à l’extérieur [de McGill], mais aussi de nous aider localement à envoyer nos étudiants talentueux à l’extérieur pour contribuer au rayonnement de notre campus».</p>
<p>Le financement des délégations étudiantes s’élèverait à un dollar par étudiant par semestre, mais les étudiants auront la possibilité de retirer leur cotisation à chaque semestre. Ivan Neilson a noté que des voyages pour des compétitions ou des conférences ont déjà lieu, «mais ils ne sont pas accessibles à tous les étudiants parce que le coût est trop élevé». Il a indiqué que «tous les étudiants devraient contribuer aux divers déplacements [des délégations étudiantes] parce que ça nous rapporte à tous».</p>
<p>La troisième question du référendum porte sur le renouvellement des frais payés par les étudiants à la Clinique d’information juridique de McGill (CIJM). La CIJM est un service gratuit offert par les étudiants de la Faculté de droit de l’Université McGill depuis 1973 qui offre de l’information juridique de qualité, confidentielle et bilingue aux étudiants de McGill et au public en général. Afin de pouvoir continuer ses opérations, la CIJM demande aux étudiants de voter pour le renouvellement des frais payés pour les cinq prochaines années. Depuis 1999, les frais sont de 3,25 dollars par étudiant et par semestre, ce qui représente 94% du budget de la clinique. Si le «non» l’emportait, la CIJM fermerait ses portes, faute de budget. «Beaucoup d’étudiants viennent nous voir pour obtenir de l’information sur comment résoudre des problèmes de location ou sur des litiges au travail», a lancé Charles Gauthier, étudiant en droit et directeur de la clinique.<br>
<strong><br>
Pour voter:</strong> <a href="http://ovs.ssmu.mcgill.ca" data-wpel-link="external" target="_blank" rel="external noopener noreferrer">http://ovs.ssmu.mcgill.ca</a> ou <a href="www.vote.electionsmcgill.ca" data-wpel-link="internal">www.vote.electionsmcgill.ca</a>, du 10 au 12 novembre. </p>
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		<title>Flagrant délit de tendresse</title>
		<link>https://www.delitfrancais.com/2009/11/03/flagrant-delit-de-tendresse-8/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Laurence Côté-Fournier]]></dc:creator>
		<pubDate>Wed, 04 Nov 2009 02:03:26 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Culture]]></category>
		<category><![CDATA[Roman feuilleton]]></category>
		<category><![CDATA[Flagrant délit de tendresse]]></category>
		<guid isPermaLink="false">http://delitfrancais.com/?p=1508</guid>

					<description><![CDATA[<p>Épisode 8<br />
Résumé de l’épisode précédent:<br />
Au cours d’un party d’Halloween ou Lui (en Ovila Pronovost) et Elle (en lionne incandescente) se retrouvent réunis par un heureux hasard, les braises du désir s’enflamment subitement et le mariage charnel entre les deux amants est consommé.</p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p>De son costume de lionne en lambeaux la rousse s’est maladroitement fabriqué un pagne, et a passé les jours suivant le party d’Halloween alanguie sur le canapé à s’imaginer jouant à «Toi Tarzan, moi Jane» avec son bel étudiant. Tout en écoutant en boucle les Doors, elle songe au retour en classe qui, après l’explosion des sens qu’elle a vécue avec l’Homme quelques jours plus tôt, ne pourra que ressembler à un pétard mouillé, le feu d’artifice de leur passion condamné à être caché par peur de représailles.</p>
<p>Depuis la fête, pas même un courriel n’a été échangé entre les amants. L’aurait-il oubliée? En se préparant pour se rendre à l’université, elle ne peut s’empêcher de chercher quelque chose à mettre qui lui rappellera leur amour, un code secret pour amoureux clandestins, comme il était de mise d’en deviser au Moyen Âge. Faute de mieux, elle agrafe à sa blouse un macaron de <em>The Lion King</em>. Son coureur des bois comprendra.</p>
<p>En classe, elle tente nerveusement de relire ses notes tandis que ses étudiants prennent place un à un. Soudain, une énorme poignée de citrouilles en chocolat et de tires Sainte-Catherine s’interpose entre elle et Kant. Elle lève les yeux. Ovila Pronovost, dans ses plus beaux habits de ville, se tient devant elle. «Ma récolte d’Halloween a été bonne cette année», explique-t-il d’un air par trop ambigu, avant de s’asseoir bien à l’avant, les yeux rivés sur sa blouse. Le coeur de la rousse bat à tout rompre, et elle pourrait presque entendre le petit Simba rugir de bonheur sur son macaron.</p>
<p>La leçon commence. Arthur Schopenhauer est au programme. La <em>T.A</em> disserte avec le plus grand sérieux du concept de Perfection de la Forme chez le philosophe. Regard équivoque du bellâtre, qui contemple un peu trop attentivement ses formes à elle. Elle frissonne. Toutefois, les propos de la jeune femme sont rapidement interrompus par une étudiante aux cheveux courts et au visage viril. «<em>Miss, while I was doing my research on Wikipedia, I found this website on Schopenhauer. He said really awful things about women. It’s outrageous. I don’t think we should study such a mysogynist.</em>»</p>
<p>Voyant trop bien quel problème cette étudiante –probablement égarée hors de ses Queer Studies natales– pourrait poser à son cours, la rousse tente de contourner l’obstacle et de ramener la question à sa dimension esthétique. «<em>Well, true, from an aesthetic point of view he was rather harsh with women. He did say that men must be driven mad by their sexual desires to find women, with their short legs and broad hips, attractive.</em>» Son Roy Dupuis à elle lève la main. C’est la première fois qu’il prend la parole en classe. «<em>Eh, I am only an engineer, you know, but I don’t agree with that Schopin guy. Many women have long legs…</em>» La <em>T.A</em> décroise les jambes. Il poursuit: «<em>And sometimes, eh, I don’t just want to sleep with them, and I still find them beautiful.</em>»</p>
<p>Il la dévisage. La rousse se sent rougir et détourne les yeux. Une des citrouilles en chocolat lui fait un clin d’oeil coquin. Elle doit reprendre le contrôle. «<em>Maybe we can try to see what he meant. Does pure beauty exist? Or are we blinded by our animal impulses? Pause. Haven’t we all been carried away by them at one point?</em>»</p>
<p>Il sourit, et inspiré comme jamais, lève la main à nouveau. «<em>I would never be carried away by my sexual desires if there wasn’t exceptionnal beauty. Pause. Very exceptionnal beauty.</em>» L’étudiante des Queer Studies s’interpose à nouveau. «<em>Women are not sexual objects!</em>», vocifère-t-elle. Qu’importe celle-là, pense la <em>T.A.</em> Elle sait que le trappeur a pris au piège son coeur pour de bon.</p>
<p>Le cours se termine trop rapidement. Après l’intensité de leurs échanges, elle n’ose regarder son amant tandis qu’il ramasse ses affaires. Il s’approche pourtant d’elle. Sans mot dire, il pointe du doigt les bonbons, puis part. Elle les observe sans comprendre. Une des tires lui saute soudainement aux yeux: son numéro de téléphone est inscrit sur l’emballage. Quel ingénieux stratagème! Quel romantisme échevelé!</p>
<p>Une voix derrière elle la fait tout à coup sursauter, une voix qu’elle connaît trop bien. «<em>What an interesting topic for a seminar, Miz… Sexual desire, hey?</em>» Elle tremble. Son dégoûtant professeur ne la laissera donc jamais tranquille… </p>
<p>L’article <a href="https://www.delitfrancais.com/2009/11/03/flagrant-delit-de-tendresse-8/" data-wpel-link="internal">Flagrant délit de tendresse</a> est apparu en premier sur <a href="https://www.delitfrancais.com" data-wpel-link="internal">Le Délit</a>.</p>
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