Flagrant délit de tendresse
12 janvier 2010
ÉPISODE 12 Résumé de l’épisode précédent : Au point fort de la révolte syndicale, Steeve pose un geste symbolique contre l’hégémonie anglophone en plaçant une bombe dans le Leacock. Notre héros tente de secourir son amante avant l’explosion fatale mais l’aperçoit, saine et sauve, abandonnée dans les bras de Richard, son ancien amant.

Passant sous les imposantes Roddick Gates, Il tente de faire le focus sur la carte du campus malgré ses yeux plongés dans la graisse de bines depuis le 31 décembre. Les yeux rougis, rapetissés par sa consommation matinale de «thé», grattant sa barbe, Steeve l’avait brutalement réveillé ce matin-là en faisant irruption dans sa chambre. «Les polices sont partout, man!», ditil en se désempêtrant de sa cape rouge pour recouvrir de vieux journaux la minuscule fenêtre. Il ressortit aussi rapidement de la chambre qu’il y était entré, laissant derrière lui un parfum révolutionnaire. Steeve se terrait dans leur demi sous-sol depuis les événements de décembre, s’imaginant figurer sur la liste des America’s Most Wanted.

Il localise enfin son pavillon pour constater, une fois à l’intérieur du Burnside, que son cours a été déplacé au Leacock. Il maudit l’incompétence de Steeve en matière d’explosifs; il aurait aimé que le Leacock disparaisse, et ses souvenirs avec lui. En effet, la montre du Dollarama que Steeve avait utilisée dans le mécanisme de la bombe avait arrêté de fonctionner avant de déclencher l’explosion. Ses pieds avancent à reculons dans les corridors, son coeur se débattant dans sa poitrine à chaque coin qu’il tourne de crainte de la croiser. Sans trop s’en rendre compte, il avait renoué avec son ex Nathalie la veille du jour de l’an entre sa vingt-deuxième et sa vingt-troisième Black Label.

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Elle a rêvé de lui cette nuit. Comme toutes les autres nuits depuis. Moulé dans un costume de Superman, il entrait dans le bureau au septième étage en brisant la vitre. Il la ravissait des mains tripoteuses de son professeur et, elle, serrée contre son torse musclé, échappait de justesse avec lui à l’explosion du pavillon Leacock en s’envolant dans la nuit. Faisant mine de remplir sa bouteille d’eau à l’abreuvoir, elle l’attend, frémissante.

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Absorbé dans des pensées négatives à propos de la vie, il sent une douce main attraper la sienne. Il se retourne et la regarde, une tristesse intense se lisant dans ses yeux. Alors qu’elle se rapproche de lui, il se raidit et se défait de l’étreinte de sa main. « Where’s your boyfriend? », lui demande-t-il d’un ton amer. Il entre dans la salle de cours et ferme la porte derrière lui.

 
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