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	<title>Archives des 2023-11-29 - Le Délit</title>
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	<link>https://www.delitfrancais.com/edition_categorie/2023-11-29/</link>
	<description>Le seul journal francophone de l&#039;Université McGill</description>
	<lastBuildDate>Tue, 09 Jan 2024 01:38:20 +0000</lastBuildDate>
	<language>fr-FR</language>
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	<item>
		<title>Un monde bâti par les hommes, pour les hommes</title>
		<link>https://www.delitfrancais.com/2023/11/29/un-monde-bati-par-les-hommes-pour-les-hommes/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Anouchka Debionne]]></dc:creator>
		<pubDate>Wed, 29 Nov 2023 12:00:00 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Au féminin]]></category>
		<category><![CDATA[Militante]]></category>
		<category><![CDATA[finance]]></category>
		<guid isPermaLink="false">https://www.delitfrancais.com/?p=53796</guid>

					<description><![CDATA[<p>« Oser » être femme dans une industrie financière.</p>
<p>L’article <a href="https://www.delitfrancais.com/2023/11/29/un-monde-bati-par-les-hommes-pour-les-hommes/" data-wpel-link="internal">Un monde bâti par les hommes, pour les hommes</a> est apparu en premier sur <a href="https://www.delitfrancais.com" data-wpel-link="internal">Le Délit</a>.</p>
]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[
<p class="wp-block-paragraph">Selon <a href="https://www150.statcan.gc.ca/n1/pub/89-503-x/2015001/article/14694-fra.htm" data-wpel-link="external" target="_blank" rel="external noopener noreferrer">Statistiques Canada</a>, « Au début des années 1950, environ un quart des femmes de 25 à 54 ans étaient actives dans le monde du travail, tandis que presque <em>tous les hommes </em>du même groupe d’âge étaient actifs au cours de la même période. »</p>



<p class="wp-block-paragraph">Cette observation met en contexte la disparité des genres dans les milieux bureaucratiques comme la finance. L’histoire relatée par la culture médiatique ne se souvient pas des femmes occupant des postes de cadre – mais met plutôt de l’avant celles étant secrétaires. Bien qu’aujourd’hui beaucoup croient ces disparités disparues, les expériences féminines singulières montrent bien souvent le contraire. La situation des femmes dans le monde du travail s’est améliorée ces dernières années, c’est certain, mais elle est encore loin d’être optimale. Pour mieux comprendre les difficultés auxquelles les femmes font face aujourd’hui dans des milieux professionnels majoritairement masculins, j’ai interrogé Marine*, une analyste de marché boursier, fraîchement diplômée de cinq années d’études dans le domaine. Elle nous partage son expérience dans un fonds de placement au Québec, un milieu dominé par une écrasante majorité d’hommes. Dans son équipe d’analyse de marché boursier composée de quinze personnes, les femmes ne sont que trois. Nous parlons notamment de son rapport à la compétition en finance, son syndrome de l’imposteur, et ses aspirations pour le futur.</p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>Anouchka Debionne (AD) </strong>: <em>As-tu l’impression qu’il y a moins de femmes dans le milieu de la finance car celles-ci sont peu représentées dans les médias et autres?</em></p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>Marine (M) </strong>: Oui. En grandissant, je n’ai pas vu de femmes occuper de grands postes de cadres à la télévision. Les médias sont un miroir de la réalité, et les ambitions de chacun s’inspirent grandement de ce à quoi nous sommes exposés. Les représentations masculines stéréotypées des personnages occupant de hauts postes dans le monde de la finance dans les séries, films et livres peuvent impacter l’ambition de certaines. Le <em>Loup de Wall Street </em>en est un bon exemple : c’est l’histoire d’un homme qui a réussi à gagner toutes les gloires – titres, réputation, argent – en étant un as du marché boursier. Cette quête du succès s’accompagne d’une pression, compétition et obsession pour la finance que je peux observer chez une majorité d’hommes dans mon industrie, mais pas chez les femmes. Les femmes, elles, se sentent moins à leur place puisqu’elles ont l’impression d’être dans des milieux inventés par l’homme et pour l’homme. Si le monde de la finance était d’inspiration plus féminine, il ne serait sûrement pas autant empreint de cet esprit compétitif parfois déraisonné. Je veux simplement donner le meilleur de moi-même, et c’est en discutant avec mes collègues femmes que je me suis aperçue que c’est un sentiment partagé.</p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>AD </strong>: <em>Qu’est-ce qui, en tant que femme, te fait parfois sentir en marge de tes collègues hommes?</em></p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>M </strong>: Je pense qu’on diverge sur la place que prend la compétition dans notre travail. Je suis carriériste, mais le titre et le salaire ne sont pas ce qui vont me faire rester dans la finance. Mon ambition est axée sur le rendement, bien sûr, mais aussi sur les impacts des investissements que je supervise. Je suis intéressée par la géopolitique qui influence les chiffres. La simple compétition pour avoir les meilleurs chiffres ne me motive pas.<br></p>



<blockquote class="wp-block-quote has-text-align-center is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow">
<p class="has-text-align-center wp-block-paragraph">« Si le monde de la finance était d’inspiration plus féminine, il ne serait sûrement pas autant empreint de cet esprit compétitif parfois déraisonné » </p>
<cite>Marine*</cite></blockquote>



<p class="wp-block-paragraph">Je me rends aussi compte de la différence que prend ce travail dans ma vie quand je me compare à mes collègues. Lors des pauses dîner, une séparation des tables va naturellement se former entre les femmes et les hommes. Ils continuent à parler de finance entre leurs bouchées alors que nous n’hésitons pas à quitter cet univers le temps d’une heure pour souffler et apprendre à mieux se connaître. Si les hommes ont souvent tendance à se définir par leur travail, personnellement, mon travail ne me définit pas. Je n’en suis pas moins passionnée pour autant, mais la compétition et la quête du plus ne me motivent pas.</p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>AD </strong>: <em>Souffres-tu parfois du syndrôme de l’imposteur, et si oui, as-tu l’impression qu’il soit lié à ton identité de femme?</em></p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>M </strong>: C’est important pour moi d’être stimulée au travail, et c’est ce qui m’a conduit à poursuivre une carrière en finance. L’intensité de mes collègues et de certains amis hommes dans le milieu m’ont fait douter de ma place. C’est après avoir discuté avec mes collègues femmes que j’ai pu relativiser : elles me disaient aussi que leur métier ne les définissait pas et qu’elles avaient des aspirations et d’autres projets la fin de semaine par exemple. Le syndrome de l’imposteur est probablement accentué par les différences physiologiques que l’on a avec les hommes, qui peuvent jouer en notre défaveur et nous empêcher d’être nous-mêmes. Par exemple, il faut faire attention à ce que notre voix ne soit pas trop aiguë, si on veut se faire entendre. Il faut qu’on se montre plus ferme que l’on a l’habitude de l’être. On ne peut pas juste être sensible, être sympa, rigoler, parler d’autre chose que la finance parce que ce sera reçu comme n’étant pas vraiment à ses affaires, trop sensible. Incarner un personnage dans son quotidien alimente l’impression de ne pas être assez. Cela demande de l’énergie. À l’inverse, un homme se sentirait naturellement à sa place, il n’hésiterait pas à plus participer et communiquer, ce qui jouerait en sa faveur.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Je pense que l’insécurité vient du manque de représentation. C’est prometteur de voir que de plus en plus de femmes s’affirment dans leur travail, et cela aidera les jeunes filles qui veulent se lancer en finance à moins de se remettre en question.</p>



<blockquote class="wp-block-quote has-text-align-center is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow">
<p class="has-text-align-center wp-block-paragraph">« Si les hommes ont souvent tendance à se définir par leur travail, personnellement, mon travail ne me définit&nbsp;pas&nbsp;»</p>
<cite>Marine *</cite></blockquote>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>AD </strong>: <em>Qu’est-ce qui t’as aidé à t’intégrer?</em></p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>M</strong>: Il y a un soutien entre les femmes dans ce milieu sans lequel je serai probablement déjà partie! J’ai eu pour mentore une femme, et cela a grandement facilité mon intégration dans le milieu : elle expliquait d’une façon qui me convenait et je pouvais lui partager mes questions sans gêne.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Mon entreprise offre aussi parfois des conférences pour les femmes, qui nous invite à examiner nos doutes comme des signes du syndrome de l’imposteur et à apprendre à les surmonter. Il m’est arrivé qu’une conférencière m’inspire à demander plus de retours sur ma performance à mon employeur, et à lui partager que j’aspirais à avoir le poste que j’occupe maintenant.</p>



<p class="wp-block-paragraph">*Nom fictif</p>
<p>L’article <a href="https://www.delitfrancais.com/2023/11/29/un-monde-bati-par-les-hommes-pour-les-hommes/" data-wpel-link="internal">Un monde bâti par les hommes, pour les hommes</a> est apparu en premier sur <a href="https://www.delitfrancais.com" data-wpel-link="internal">Le Délit</a>.</p>
]]></content:encoded>
					
		
		
			</item>
		<item>
		<title>Censure : Quand les portes se ferment sur Gaza</title>
		<link>https://www.delitfrancais.com/2023/11/29/censure-quand-les-portes-se-ferment-sur-gaza/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Maïna Mallette]]></dc:creator>
		<pubDate>Wed, 29 Nov 2023 12:00:00 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Opinion]]></category>
		<category><![CDATA[Slider]]></category>
		<category><![CDATA[Société]]></category>
		<category><![CDATA[Politique]]></category>
		<guid isPermaLink="false">https://www.delitfrancais.com/?p=53802</guid>

					<description><![CDATA[<p>La lutte pour la voix palestinienne dans les médias québécois.</p>
<p>L’article <a href="https://www.delitfrancais.com/2023/11/29/censure-quand-les-portes-se-ferment-sur-gaza/" data-wpel-link="internal">Censure : Quand les portes se ferment sur Gaza</a> est apparu en premier sur <a href="https://www.delitfrancais.com" data-wpel-link="internal">Le Délit</a>.</p>
]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[
<p class="has-drop-cap wp-block-paragraph">Des portes closes, voilà ce qui nous attendait, mon ami et moi, lundi le 6 novembre dernier, alors que nous devions assister à la projection de trois documentaires de la réalisatrice Jocelyne Saab dans le cadre d’une levée de fond en vue de venir en aide au peuple de Gaza, organisée par le collectif <em>Regards Palestiniens</em>. À notre grand désarroi, le conseil d’administration et la direction générale de la Corporation du Cinéma du Parc ont décidé d’annuler l’événement « compte tenu des malaises suscités par rapport à [sa] teneur politique », comme l’indiquait l’<a href="https://www.24heures.ca/2023/11/07/une-censure-gratuite-la-projection-de-films-en-soutien-aux-palestiniens-annulee-par-le-cinema-du-parc" data-wpel-link="external" target="_blank" rel="external noopener noreferrer">affiche</a> qui annonçait son annulation. Nous avons appris plus tard dans la soirée qu’une <a href="https://pivot.quebec/2023/11/07/annulation-forcee-dune-projection-de-films-sur-la-palestine/#:~:text=Le%20Cin%C3%A9ma%20du%20Parc%20a,de%20Montr%C3%A9al%20et%20du%20Canada" data-wpel-link="external" target="_blank" rel="external noopener noreferrer">pétition</a> avait été signée contre la tenue de l’événement, notamment dû au titre de la levée de fond, « Du fleuve à la mer », phrase qui aurait des sous-entendus génocidaires à l’égard du peuple israélien.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Heureusement, les organisateurs ont été assez généreux et patients pour, en contrepartie, offrir une soirée de «<em>teach in </em>», tenue devant les portes closes du Cinéma du Parc. Lors de cette occasion, ils ont répondu à des questions par rapport à la situation actuelle, tout en nous éclairant sur les motifs invoqués pour justifier la décision injustifiable du comité du cinéma. Bien que cet événement improvisé fût informatif, il m’a aussi permis de réaliser l’omniprésence de la censure et de la fausse représentation que reçoivent les Gazaouis et les activistes défenseurs des droits humains palestiniens.</p>



<blockquote class="wp-block-quote is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow">
<p class="has-text-align-center wp-block-paragraph">« À la vue du nombre grandissant de personnes faisant un appel à la paix, il est important de reconnaître que la paix ne devrait pas être une façon détournée de condamner les Palestiniens au silence, une fois de plus.»</p>
</blockquote>



<p class="wp-block-paragraph">Un baccalauréat en communications n’est pas nécessaire pour concevoir que la Palestine et l’Israël ont été représentés de manière bien différente depuis le 7 octobre, jour des attaques perpétrées par le Hamas sur Israël. Samar Saheed écrit notamment sur le site d’information <em>The New Arab</em>, que plusieurs médias occidentaux refusent de considérer la nature anticoloniale et résistante des évènements du 7 octobre, et au contraire, s’en limitent à sa nature terroriste, enlevant une immense nuance au conflit. De plus, il y a également un bais dans les mots que les reportages utilisent. Par exemple, l<a href="https://www.youtube.com/watch?v=NwSC5hacBCI" data-wpel-link="external" target="_blank" rel="external noopener noreferrer">es Israéliens « sont tués », tandis que les Palestiniens « sont morts »</a>, tel que le démontre un article de la BBC. Toutefois, il est évident que les plus de 14 500 Gazaouis décédés depuis les ripostes criminelles des forces armées israéliennes ne sont pas morts de causes naturelles. Alors comment expliquer un tel écart dans la représentation médiatique en Occident entre Gazaouis et Palestiniens?</p>



<p class="wp-block-paragraph">Je me considère assez privilégiée d’être entourée d’un cercle d’amis et de connaissances qui ne se laissent pas influencer par les biais véhiculés par plusieurs des médias occidentaux au sujet des événements actuels. J’ai donc la chance de pouvoir obtenir une quantité importante d’informations provenant de sources primaires, comme des vidéos prises par des citoyens et des témoignages en temps réel, qui ne sont pas filtrés par les journaux et bulletins télévisés de l’Occident. Comme <a href="https://www.aljazeera.com/news/2023/10/29/western-coverage-of-israels-war-on-gaza-bias-or-unprofessionalism" data-wpel-link="external" target="_blank" rel="external noopener noreferrer">Isräel n’autorise pas l’entrée de journalistes internationaux sur le territoire de Gaza,</a> il est crucial d’orienter ses recherches sur les événements actuels vers les journalistes palestiniens, qui sont sur le terrain et qui montrent des images que plusieurs médias externes ne peuvent pas fournir. Je reconnais que plusieurs n’ont pas ma chance : il est alors nécessaire de reconnaître l’impact considérable que la représentation biaisée des Palestiniens peut avoir sur une grande partie de la population, qui voit déjà trop souvent sa perception du monde arabe négativement influencée depuis les événements du 11 septembre 2001.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Non seulement, plusieurs médias imposent une subjectivité dans leur représentation de l’actualité du Moyen-Orient, mais il me semble également qu’ils omettent la représentation des activistes palestiniens et leurs alliés. Depuis le 7 octobre, plusieurs manifestations appelant au cessez-le-feu ont eu lieu dans les rues montréalaises, certaines réunissant même jusqu’à <a href="https://www.instagram.com/reel/CzPS010Ak0e/?utm_source=ig_web_copy_link&amp;igshid=N2ViNmM2MDRjNw%3D%3D" data-wpel-link="external" target="_blank" rel="external noopener noreferrer">50 000 manifestants</a>. Il aura fallu la présence de l’imam controversé <a href="https://www.cbc.ca/news/canada/montreal/charkaoui-politicians-jewish-groups-react-1.7022426" data-wpel-link="external" target="_blank" rel="external noopener noreferrer">Adil Charkaoui</a> lors du rallye du 28 octobre, pour que ces rassemblements se voient accorder une once de représentation dans la presse québécoise, affaiblissant ainsi la voix d’une population qui marche en faveur de tous les principes qui sont supposés être au coeur même de notre démocratie : les droits humains, la paix et les libertés civiles et individuelles.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Ayant participé à plusieurs de ces manifestations, j’ai pu observer que celles auxquelles j’ai eu la chance d’assister s’étaient déroulées de manière très pacifiste, et dans un respect sans équivoque de la communauté juive. À noter que l’organisation des Voix Juives Indépendantes de Montréal est un acteur très important dans ces rassemblements et que presque à chaque fois, l’un de leurs représentants a été invité à prendre le micro. Néanmoins, ces aspects des rassemblements appelant au respect des lois internationales et des droits humains sont absents de la plupart de nos médias, puisque Adil Charkaoui, aux yeux du <em><a href="https://www.journaldemontreal.com/2023/11/11/non-a-la-haine-chez-nous" data-wpel-link="external" target="_blank" rel="external noopener noreferrer">Journal de Montréal</a></em>, du <a href="https://www.journaldequebec.com/2023/11/07/un-imam-controverse-incite-a-la-violence-a-montreal" data-wpel-link="external" target="_blank" rel="external noopener noreferrer">J<em>ournal de Québec </em></a>ou encore de <em><a href="https://www.lapresse.ca/actualites/chroniques/2023-11-07/l-imam-qui-se-fout-de-gaza.php" data-wpel-link="external" target="_blank" rel="external noopener noreferrer">La Presse</a></em>, s’avère plus intéressant qu’un appel à la paix.</p>



<blockquote class="wp-block-quote is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow">
<p class="has-text-align-center wp-block-paragraph">« Toutefois, il est évident que les plus de 14 500 Gazaouis décédés depuis les ripostes criminelles des forces armées israéliennes ne sont pas morts de causes naturelles »</p>
</blockquote>



<p class="wp-block-paragraph">Hélas, McGill n’est pas à l’abri de cette représentation biaisée des activistes des droits humains. Depuis le 7 octobre, <a href="https://www.mcgill.ca/principal/article/communications-messages-community/upholding-compassion-inclusivity-and-respect" data-wpel-link="external" target="_blank" rel="external noopener noreferrer">nombreux sont les courriels</a> de l’administration qui appellent à des dialogues respectueux et civils, ainsi qu’à la compassion envers les communautés affectées par la situation actuelle. Certes, ces courriels offrent leur support total aux étudiants juifs de McGill, mais ils sont, selon moi, tout sauf empathiques envers la communauté palestinienne de notre université ; celle-ci, en plus d’être endeuillée, doit justifier son soutien à la libération d’un peuple opprimé à l’administration de son université, qui prétend se positionner <a href="https://www.mcgill.ca/provost/indigenous-success" data-wpel-link="external" target="_blank" rel="external noopener noreferrer">en faveur de la décolonisation</a> au Canada, sans pour autant reconnaître les similarités avec le vécu du peuple palestinien. Bien que les messages demandent le respect des deux communautés sans qu’il n’y ait un parti pris explicite, le simple fait que l’administration ne cesse de mettre des bâtons dans les roues des étudiants palestiniens, qui doivent passer à travers une série de troubles administratifs, en plus d’être en deuil, démontre un grand manque d’empathie. Les mots et les actions ne se suivent pas toujours, et ici, on peut voir que les appels à l’empathie et au respect sont souvent synonyme d’un appel au silence des activistes palestiniens.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Il y a deux semaines, le principal Deep Saini a envoyé <a href="https://www.mcgill.ca/principal/article/communications-messages-community/antisemitic-posters-circulating-social-media" data-wpel-link="external" target="_blank" rel="external noopener noreferrer">un courriel condamnant le rassemblement prévu le jeudi 9 novembre</a>, informant que des mesures de sécurité supplémentaires allaient être mises en place si l’événement avait toujours lieu. Ce rassemblement demandait à l’Université McGill de couper ses liens avec toute entité qui lui permet de bénéficier de l’oppression des Palestiniens, notamment par <a href="https://docs.google.com/spreadsheets/d/e/2PACX-1vRAGXKCqTl0MwbkuagKGhD45vv3uhjk2a1ZWmhMHLKHmtrKeJxB6E3r5BEGC1_lpQ31-hU9QpbPGVaD/pubhtml" data-wpel-link="external" target="_blank" rel="external noopener noreferrer">l’investissement dans des compagnies qui profitent de l’occupation</a>, comme les compagnies Safran et Lockheed Martin, qui fournissent des armes à l’armée israélienne. Le motif de ce renforcement de sécurité à la manifestation était la présence d’affiches sur les réseaux sociaux, qui montraient des manifestants en train de briser des fenêtres, image qui faisait soi-disant allusion à la destruction de propriété durant la <em>Kristallnacht</em>, une soirée d’attaques du régime nazi en 1938 pendant laquelle plusieurs synagogues et magasins juifs ont été vandalisés. Toutefois, il a plus tard été révélé sur la <a href="https://www.instagram.com/p/Czb0C9GgefG/?utm_source=ig_web_copy_link&amp;igshid=N2ViNmM2MDRjNw==" data-wpel-link="external" target="_blank" rel="external noopener noreferrer">page Instagram de <em>Independent Jewish Voices McGill</em></a><em> </em>que cette même photo était tirée du documentaire <em>Discordia</em>, qui suit les manifestations d’étudiants de Concordia contre la visite du premier ministre d’Israël Benjamin Netanyahu sur le campus en 2002. Ainsi, la réappropriation d’un moment traumatisant de l’histoire juive dans le but de dissuader les étudiants de McGill de se rassembler est une atteinte directe au droit des élèves de manifester, tout en étant une représentation hautement déformée des actions du corps étudiant et des associations ayant participé à l’organisation de cet événement.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Je reconnais entièrement qu’il est impossible pour moi de comprendre la douleur de la communauté juive québécoise et internationale et je ne supporte aucun des actes antisémites qui ont été commis dans les dernières semaines. Toutefois, trop souvent cette douleur a été utilisée comme arme contre la liberté du peuple palestinien et de ses alliés d’exprimer leur désir pour la libération. Le soutien pour la communauté juive ne devrait pas venir au détriment du soutien des Palestiniens, qui souffrent depuis plus de 70 ans. À la vue du nombre grandissant de personnes faisant un appel à la paix, il est important de reconnaître que la paix ne devrait pas être une façon détournée de condamner les Palestiniens au silence, une fois de plus.</p>
<p>L’article <a href="https://www.delitfrancais.com/2023/11/29/censure-quand-les-portes-se-ferment-sur-gaza/" data-wpel-link="internal">Censure : Quand les portes se ferment sur Gaza</a> est apparu en premier sur <a href="https://www.delitfrancais.com" data-wpel-link="internal">Le Délit</a>.</p>
]]></content:encoded>
					
		
		
			</item>
		<item>
		<title>L’instrumentalisation de la tradition, de l’histoire et de la mémoire</title>
		<link>https://www.delitfrancais.com/2023/11/29/linstrumentalisation-de-la-tradition-de-lhistoire-et-de-la-memoire/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Titouan Paux]]></dc:creator>
		<pubDate>Wed, 29 Nov 2023 12:00:00 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Opinion]]></category>
		<category><![CDATA[Société]]></category>
		<category><![CDATA[culture]]></category>
		<category><![CDATA[histoire]]></category>
		<category><![CDATA[mémoire]]></category>
		<category><![CDATA[Politique]]></category>
		<category><![CDATA[tradition]]></category>
		<guid isPermaLink="false">https://www.delitfrancais.com/?p=53804</guid>

					<description><![CDATA[<p>Comment les politiciens jouent-ils avec le passé?</p>
<p>L’article <a href="https://www.delitfrancais.com/2023/11/29/linstrumentalisation-de-la-tradition-de-lhistoire-et-de-la-memoire/" data-wpel-link="internal">L’instrumentalisation de la tradition, de l’histoire et de la mémoire</a> est apparu en premier sur <a href="https://www.delitfrancais.com" data-wpel-link="internal">Le Délit</a>.</p>
]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[
<p class="has-drop-cap wp-block-paragraph">Le passé joue un rôle majeur dans le développement des sociétés humaines et des individus. C’est ce qui atteste de nos origines géographiques, historiques, ce qui forge notre identité. Le passé façonne directement le développement des sociétés à travers les traditions, l’histoire et la mémoire. En effet, les traditions ont un lien avec le temps long, et correspondent à la transmission intergénérationnelle de pratiques et d’habitudes. D’un autre côté, la mémoire est elle aussi fondamentalement temporelle, puisqu’elle relate des événements du passé.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Ces deux éléments sont propres à l’Homme : la poursuite des pratiques inculquées par ses aînés est un acte purement naturel, tout comme le souvenir du passé l’est. La mémoire et la tradition sont aussi partagées à l’échelle des sociétés, et c’est justement ce qui fait de ces deux concepts des choses éminemment politiques. Les acteurs politiques, comme les gouvernements, ont utilisé les traditions et la mémoire à de nombreuses reprises pour servir leurs fins politiques ; par exemple pour engendrer un sentiment d’appartenance à la nation. Cet article s’intéresse au caractère politique des traditions, et de la mémoire plus généralement.</p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>Comprendre le pouvoir et l’artificialité des traditions</strong></p>



<p class="wp-block-paragraph">Dans nos sociétés modernes, les traditions jouent un rôle clé, parce qu’elles possèdent un pouvoir de mobilisation. En effet, que ce soit à des fins culturelles, économiques, ou politiques, les traditions créent de la cohésion, un sentiment d’appartenance important, et permettent de mobiliser des populations pour des causes diverses et variées. Par définition, la tradition est un héritage, et possède forcément une composante temporelle. Ainsi, la personne qui a l’habitude d’aller ramasser des champignons dans la forêt tous les dimanches emmènera ses enfants faire de même, et ces derniers transmettront à leur tour cette habitude aux leurs, et ainsi de suite. C’est ainsi qu’au bout d’un certain temps, l’habitude devient la tradition.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Il est possible de contrevenir à l’habitude, puisqu’elle est souvent personnelle. Mais il est compliqué de contrevenir à la tradition, puisqu’elle remonte à plusieurs générations et implique un certain respect ancestral. Ne pas la respecter constitue une entorse à une règle non écrite, une insulte aux anciens, alors qu’un tel règlement n’existe pas pour une simple habitude. C’est donc l’aspect temporel de la tradition qu’il convient de remettre en question.</p>



<blockquote class="wp-block-quote is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow">
<p class="has-text-align-center wp-block-paragraph">« Les traditions créent de la cohésion, un sentiment d’appartenance important, et permettent de mobiliser des populations pour des causes diverses et variées »</p>
</blockquote>



<p class="wp-block-paragraph">Alors que l’exemple cité ci-dessus n’implique qu’une famille, bon nombre de traditions s’étendent à des échelles bien plus importantes, parfois nationales et internationales. À de telles échelles, ces traditions ont un impact d’une magnitude impressionnante. Pourquoi obéissons-nous aux traditions? Pourquoi nous sentons-nous obligés d’aller magasiner pour Noël, pour la Saint-Valentin ou pour l’Halloween? Ce genre de tradition a un pouvoir significatif, puisqu’elles poussent les gens à adopter des comportements à première vue irrationnels, sans se poser de questions, simplement parce que « c’est la tradition ».</p>



<p class="wp-block-paragraph">Les traditions forment les sociétés telles qu’on les connaît, elles définissent nos mœurs, nos fêtes nationales et nos cultures. En raison de cette capacité à structurer une société toute entière, les traditions ont souvent été utilisées par les acteurs politiques à des fins bien précises. Au cours du 19<em>e </em>siècle, les traditions ont souvent permis aux acteurs politiques de consolider leur pouvoir en créant un sens d’identité partagée et un sentiment d’appartenance au sein de la société. L’historien britannique <a href="https://doi.org/10.1017/CBO9781107295636.001" data-wpel-link="external" target="_blank" rel="external noopener noreferrer">Eric Hobsbawm</a> a publié dès les années 80 une collection d’essais analysant certaines traditions, et faisait le postulat que « <em>les ‘‘traditions’’ qui semblent ou prétendent être anciennes sont souvent d’origine très récente et parfois inventées </em>(<em>tdlr</em>) ».</p>



<blockquote class="wp-block-quote is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow">
<p class="has-text-align-center wp-block-paragraph">« Cette évolution du concept de <em>bushido </em>montre donc que les traditions, en plus d’être des émanations intrinsèques aux sociétés, sont aussi influençables et modelables, pouvant-être adaptées à diverses applications et utilisées à des fins économiques ou politiques. »</p>
</blockquote>



<p class="wp-block-paragraph">Au Japon, le <em>bushido </em>est un exemple de tradition inventée. Le <em>bushido</em> correspond à la « voie du samouraï », le code moral définissant les pratiques, valeurs, et habitudes des samouraïs dans un Japon féodal. Cet élément est encore aujourd’hui très important au sein de la société japonaise. Néanmoins, le concept de <em>bushido </em>a changé : alors que certains de ses principes étaient transmis – en grande partie oralement – à l’époque des samouraïs, sa forme moderne date du début du 20<em>e </em>siècle, quand des intellectuels et hommes d’État japonais l’ont remodelé afin de servir un nationalisme japonais naissant pendant la restauration de Meiji. Très présent dans le monde des affaires japonais, il est l’inspiration directe du respect, de l’harmonie et de la confiance au sein des relations professionnelles. Dans les années 70, la <a href="https://www.thoughtco.com/role-of-bushido-in-modern-japan-195569" data-wpel-link="external" target="_blank" rel="external noopener noreferrer">croissance économique fulgurante du Japon</a> peut en partie être expliquée par le <em>bushido</em>. Le terme a été réinterprété et intégré dans une culture du travail plus large ; il était alors synonyme de travail acharné, loyauté, dévotion et perfectionnisme. Ainsi, le <em>bushido </em>qui structure aujourd’hui le monde industriel du Japon, autant économiquement que socialement, a permis au gouvernement de mettre en place l’idéologie de l’harmonie industrielle et de devenir un chef de file économique en Asie.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Cette évolution du concept de <em>bushido </em>montre donc que les traditions, en plus d’être des émanations intrinsèques aux sociétés, sont aussi influençables et modelables, pouvant-être adaptées à diverses applications et utilisées à des fins économiques ou politiques. Mais plus généralement, c’est l’histoire et la mémoire toute entière qui sont parfois altérées et mobilisées à des fins politiques.</p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>Au delà de la tradition : l’histoire et la mémoire</strong></p>



<p class="wp-block-paragraph">Le passé est souvent instrumentalisé à travers l’établissement d’une mémoire officielle, sélective et stratégique. La mémoire officielle, c’est celle qui est posée par l’État, célébrée officiellement et cultivée par les pouvoirs centraux. Elle n’est donc pas complètement naturelle, ni établie indépendamment par les individus. Elle est plutôt choisie de manière sélective. À travers cette pratique, les États et acteurs politiques visent souvent à défendre une version avantageuse des événements du passé, en posant la mémoire officielle comme « l’unique » et « vraie » représentation du passé. Les mémoires officielles peuvent parfois entrer en conflit et présenter des visions du passé divergentes, en décalage.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Par exemple, les relations entre l’Algérie et la France ont jusqu’à aujourd’hui été façonnées par un <a href="https://www.cairn.info/revue-cites-2008-1-page-31.htm" data-wpel-link="external" target="_blank" rel="external noopener noreferrer">conflit mémoriel</a> découlant de la guerre d’Algérie (1954–1962). À la suite de l’indépendance de l’Algérie en 1962, son gouvernement s’est beaucoup appuyé sur l’oppression dont le pays avait été victime lors de la colonisation, dans le but de fédérer sa population et bâtir sa légitimité. Au sein de cette construction mémorielle, la mémoire d’une opposition unanime à la France à été construite par le gouvernement algérien et fait aujourd’hui partie intégrante de l’imaginaire collectif. Pourtant, la mémoire à été choisie et les faits, précisément sélectionnés. Cette mémoire d’une unité nationale contre la France occulte une partie de la population algérienne, qui était favorable à la gouvernance française. Par exemple, les <a href="https://perspective.usherbrooke.ca/bilan/servlet/BMEve/913" data-wpel-link="external" target="_blank" rel="external noopener noreferrer">Harkis</a> ont combattu aux côtés de la France pendant la guerre, leur nombre allant jusqu’à <a href="https://www.geo.fr/histoire/guerre-dalgerie-qui-sont-les-harkis-206329" data-wpel-link="external" target="_blank" rel="external noopener noreferrer">200 000</a> combattants.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Le gouvernement algérien cultive ce passé de martyr encore aujourd’hui, notamment avec la réintroduction récente d’un <a href="https://information.tv5monde.com/international/hymne-algerien-le-couplet-anti-francais-contretemps-selon-la-cheffe-de-la-diplomatie" data-wpel-link="external" target="_blank" rel="external noopener noreferrer">couplet anti-français</a> dans son hymne national.</p>



<p class="wp-block-paragraph">De son côté, la France avait mis du temps à assumer son histoire et ses actes en Algérie. Longtemps appelés «<a href="https://www.jstor.org/stable/24274201" data-wpel-link="external" target="_blank" rel="external noopener noreferrer">évènements d’Algérie </a>», la guerre n’a été <a href="https://www.legifrance.gouv.fr/loda/id/JORFTEXT000000578132" data-wpel-link="external" target="_blank" rel="external noopener noreferrer">reconnue </a>par les institutions françaises qu’en 1999, 37 ans après les faits. Encore aujourd’hui, la République française nie avoir employé la torture et commis des exactions sur les membres indépendantistes du Front de Libération Nationale (FLN) pendant la guerre. Seule la responsabilité de l’État français dans la mort de <a href="https://www.lemonde.fr/emmanuel-macron/article/2018/09/13/guerre-d-algerie-emmanuel-macron-reconnait-le-role-de-l-etat-dans-la-mort-de-maurice-audin_5354271_5008430.html" data-wpel-link="external" target="_blank" rel="external noopener noreferrer">Maurice Audin</a> en 1957 a été reconnue par le Président français Emmanuel Macron, en 2018. L’histoire et la mémoire façonnent donc autant les traditions que les relations diplomatiques entre les pays. Le passé structure autant les sociétés que les projets politiques de notre temps.</p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>Quelle responsabilité face au passé?</strong></p>



<p class="wp-block-paragraph">Tradition et mémoire se rejoignent donc sur leur caractère temporel, et correspondent toutes deux à des actions du présent, dépendantes des événements du passé. Tout comme les traditions évoluent avec le temps, la mémoire officielle est elle aussi décidée par l’évolution des climats politiques dans lesquels se développent les sociétés. En raison de leur capacité à former et transformer les sociétés, les traditions, l’histoire et la mémoire ont été utilisées à des fins politiques. La mémoire officielle est une mémoire sélective, qui occulte une partie des faits, et qui ne retranscrit que rarement la pleine réalité. Alors que l’instrumentalisation des traditions a pour principale conséquence modification culturelle dans nos sociétés, la manipulation de la mémoire et la déformation de la réalité peuvent avoir des impacts juridiques plus profonds.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Il est nécessaire de reconnaître que les traditions et les mémoires peuvent parfois être dénaturées à des fins politiques. En effet, il est important de garder un esprit critique et de conserver des pratiques d’historicisations indépendantes. Il est dans le devoir des citoyens et des historiens de privilégier une commémoration et un souvenir fidèle à la réalité des faits, prenant en considération tous les éléments du passé, afin d’apaiser et de concilier les peines, ainsi que de pré- server et cultiver les richesses de nos héritages collectifs.</p>
<p>L’article <a href="https://www.delitfrancais.com/2023/11/29/linstrumentalisation-de-la-tradition-de-lhistoire-et-de-la-memoire/" data-wpel-link="internal">L’instrumentalisation de la tradition, de l’histoire et de la mémoire</a> est apparu en premier sur <a href="https://www.delitfrancais.com" data-wpel-link="internal">Le Délit</a>.</p>
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		<title>Commissions de vérité et réconciliation</title>
		<link>https://www.delitfrancais.com/2023/11/29/commissions-de-verite-et-reconciliation/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Margaux Thomas]]></dc:creator>
		<pubDate>Wed, 29 Nov 2023 12:00:00 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Opinion]]></category>
		<category><![CDATA[Société]]></category>
		<guid isPermaLink="false">https://www.delitfrancais.com/?p=53808</guid>

					<description><![CDATA[<p>Quelles mémoires écrivent la vérité ?</p>
<p>L’article <a href="https://www.delitfrancais.com/2023/11/29/commissions-de-verite-et-reconciliation/" data-wpel-link="internal">Commissions de vérité et réconciliation</a> est apparu en premier sur <a href="https://www.delitfrancais.com" data-wpel-link="internal">Le Délit</a>.</p>
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										<content:encoded><![CDATA[
<p class="has-drop-cap wp-block-paragraph">Entre les replis de l’Histoire, là où les souvenirs s’entremêlent avec les ombres du passé, se trouve un terrain chargé d’émotions, de vérités enfouies et de quêtes de rédemption. Les Commissions de vérité et réconciliation – connues au Canada pour avoir dévoilé les récits murmurés des pensionnats autochtones – sont éclairées par la mémoire. <em>Le Délit </em>a voulu plonger dans ce processus mémoriel où la vérité devient une boussole, et où la réconciliation tente de se dessiner entre les lignes de l’Histoire. Pour cela, nous avons discuté avec le professeur en sciences politiques, Daniel Douek.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Au cœur des débats sur la vérité et la réconciliation, la mémoire émerge en tant qu’élément central, définissant les contours de notre histoire collective. Les Commissions de vérité et réconciliation (CVR), à travers le monde, se sont engagées dans une exploration profonde de la mémoire, cherchant à éclairer les zones d’ombre, révéler les injustices et façonner un chemin vers la réconciliation.</p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>De quelle vérité parlons-nous?</strong></p>



<p class="wp-block-paragraph">Au sein des débats philosophiques, la vérité a souvent été conceptualisée comme une réalité objective et indépendante de nos perceptions individuelles. Cependant, son essence demeure énigmatique. La vérité pourrait être considérée comme l’objectif d’une quête perpétuelle, un horizon inaccessible, mais qui guide perpétuellement notre exploration intellectuelle. Sa nature réside en une recherche constante de compréhension, et en une remise en question continue de nos croyances et perceptions. La vérité, dans cette optique, devient un processus dynamique plutôt qu’une destination fixe, qui est influencée par notre compréhension du monde, nos expériences individuelles et les contextes culturels. Le souvenir que l’on a de cette vérité sera, par conséquent, forgé par nos mémoires. Quand je dis « les mémoires », c’est pour souligner la pluralité et la diversité de celles- ci. Mais, peut-on dire « à chacun sa vérité »? Devons-nous parler d’une vérité collective ou individuelle? Je pense que c’est l’ensemble des vérités individuelles qui peuvent former une vérité collective.</p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>Les commissions pour conserver la mémoire</strong></p>



<p class="wp-block-paragraph">Les Commissions de vérité et réconciliation sont des institutions et organisations mises en place dans des contextes post-conflit ou post-régime autoritaire pour examiner les violations des droits de l’Homme qui ont eu lieu pendant ces périodes spécifiques. Leur objectif principal est de faire émerger la vérité sur ces violations, de promouvoir la réconciliation entre les communautés autochtones et l’autorité coloniale afin de faciliter la reconstruction de la société. Par exemple, de 2007 à 2015, les <a href="https://nctr.ca/a-propos/?lang=fr" data-wpel-link="external" target="_blank" rel="external noopener noreferrer">membres de la commission canadienne</a> ont passé six ans aux quatre coins du Canada pour écouter plus de 6 500 témoignages. Ils ont également tenu sept événements nationaux dans différentes régions du pays afin de mobiliser la population canadienne.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Dans ce processus, la mémoire individuelle et collective joue un rôle crucial. Les CVR contribuent à la reconstruction de la mémoire collective d’une société en confrontant les réalités souvent douloureuses du passé. En exposant les vérités souvent dissimulées, ces commissions cherchent à éviter l’oubli sélectif et à encourager une compréhension partagée de l’histoire. Les victimes, les témoins et même les auteurs des violences partagent leurs souvenirs, contribuant ainsi à la construction d’une vérité historique la plus complète possible. La vérité, dans le contexte des CVR, va au-delà de la simple correspondance avec les faits. Elle englobe la révélation des motivations derrière les violations et la contextualisation des événements dans le cadre sociopolitique de l’époque.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Néanmoins, le rôle principal des CVR est de permettre la reconnaissance des responsabilités, et l’initiation d’un processus judiciaire. À travers cela, les CVR visent à l’apaisement, et à faciliter la réconciliation nationale. En effet, la reconnaissance des souffrances passées et l’assignation des responsabilités accélèrent la guérison des blessures sociales, et permettent ainsi à la société de progresser vers un avenir plus juste et éclairé. Mais la création des CVR, mène-t-elle réellement à la vérité? Lorsqu’on parle des Commissions de vérité et réconciliation, on ne prend pas un point de vue métaphysique de vérité absolue, mais de vérité relative.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Que ce soit sur le continent africain ou ce qui est aujourd’hui considéré comme le Canada, les CVR ont tenté d’enluminer la mémoire de ceux qui ont souffert. En Afrique du Sud, la CVR a été mise en place après la fin de l’apartheid pour confronter les abus des Droits de l’Homme commis pendant cette période. Au Canada, la CVR a particulièrement ciblé le système des pensionnats autochtones, soulignant les injustices historiques et les séquelles de la colonisation. Le professeur Douek a évoqué des corrélations dans leurs objectifs, leur approche et leurs répercussions entre les CVR en Afrique du Sud et au Canada&nbsp;: « <em>Bien que ce ne soit en aucun cas identique, il existe des dynamiques similaires </em>(<em>tdlr</em>) ». Les CVR ont accordé une place centrale aux témoignages des victimes et des responsables – parfois amnistiés en échange d’une prise de parole – et cette implication directe a contribué à la construction de la vérité et à la prise de conscience collective des conséquences des politiques passées. En ce qui concerne la question délicate de l’amnistie en échange de vérité, il est important de questionner la facilité à accepter le « pardon » des criminels. Comment trouver le juste milieu entre la nécessité de rendre des comptes et la promotion de la réconciliation?</p>



<blockquote class="wp-block-quote is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow">
<p class="has-text-align-center wp-block-paragraph">« Les victimes, les témoins et même les auteurs des violences partagent leurs souvenirs, contribuant ainsi à la construction d’une vérité historique la plus complète possible »</p>
</blockquote>



<p class="wp-block-paragraph">Pour le professeur Douek, interrogé sur la CVR au Canada, « <em>le fossé entre le récit officiel, étatique, et les récits des peuples colonisés peut être énorme </em>». Dans le <a href="https://publications.gc.ca/collections/collection_2015/trc/IR4-5-2015-eng.pdf" data-wpel-link="external" target="_blank" rel="external noopener noreferrer">communiqué de la Commission de vérité et réconciliation du Canada</a>–qui a eu lieu en 2008– Margaret Simpson, une survivante des pensionnats autochtones, explique cette dissimulation de la vérité : « <em>J’ai appris à mentir pour pouvoir faire tout ce que ma “sœur”</em> <em>voulait que je fasse et lui dire tout ce qu’elle voulait entendre .</em>» Margaret fait référence aux Bonnes sœurs présentes dans les pensionnats. Elle explique que l’une des techniques de survie consistait à cacher la vérité, cacher leurs sentiments, cacher leur culture, cacher leur identité. Le rôle de ces commissions est donc de rétablir la vérité – même si celle-ci est relative – sur l’étendue des dommages causés par les pensionnats, afin de « <em>proposer des solutions et prévenir de futurs abus envers les communautés autochtones </em>». Toutefois, c’est le processus en lui- même qui est important. Comme Douek le souligne : « <em>Si vous ne faites pas connaître les histoires des gens qui ont vécu le système des pensionnats, vous n’aurez jamais une idée complète de ce qui s’est passé. Et leurs expériences, leurs souvenirs sont primordiaux. </em>» La commission au Canada a permis une réflexion d’autant plus globale du démantèlement, de la dissolution, de la suppression totale des cultures autochtones à travers le pays, qui ont eu lieu par la force et la violence.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Alors, quel est le risque d’oublier? Le risque est de raconter l’histoire d’un peuple d’une manière qui renforce non seulement son asservissement, mais aussi son effacement de l’imaginaire collectif. Les CVR sont un moyen de conserver cette mémoire, de la faire vivre et c’est notre responsabilité en tant que communauté, en tant qu’individu, de dévoiler des histoires souvent cachées, mais dont l’écho résonne à travers les époques.</p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>Serons-nous capable de nous souvenir?</strong></p>



<p class="wp-block-paragraph">Les commissions en Afrique du Sud ont été considérées comme des succès. Au Canada, les avancées continuent, même si elles sont loin d’être parfaites. En juin 2015, la commission canadienne a tenu son événement de clôture, au cours duquel elle a rendu public le sommaire exécutif de son rapport final, énonçant « 94 appels à l’action » afin de favoriser la réconciliation entre les Canadiens et les peuples autochtones. Pour le Professeur Douek, il y a un besoin de partager l’histoire du Canada. Il faut rendre compatibles les revendications et la mémoire des autochtones avec les institutions et les autorités dominantes canadiennes, « <em>il faut atteindre un point où ils disent, “oui, nous devons trouver une solution, quoi qu’il arrive, nous sommes dans la même équipe ici”. Cela fait partie de l’histoire du Canada </em>».</p>



<p class="wp-block-paragraph">Si nous voulons construire ensemble, il faudra reconnaître et assumer entièrement notre passé, et cela passe à travers la mémoire de l’ensemble des personnes touchées. Pour cela, il faut que les institutions soient capables et déterminées à révéler cette vérité. Une question s’est posée avec les commissions au Canada et dans d’autres autres pays&nbsp;: s’agit-il d’un exercice cosmétique visant à nettoyer le passé, afin de rétablir un statut quo dans lequel le pays peut avancer et être stable, et ainsi rassurer les élites dans leur bonne conscience? Ou existe-t-il un véritable engagement en faveur de l’égalité, de la transformation, de l’équité, de la réconciliation? Le professeur Douek, optimiste, laisse une certaine marge à la possibilité qu’un tel changement soit possible, et que celui-ci soit approfondi. </p>
<p>L’article <a href="https://www.delitfrancais.com/2023/11/29/commissions-de-verite-et-reconciliation/" data-wpel-link="internal">Commissions de vérité et réconciliation</a> est apparu en premier sur <a href="https://www.delitfrancais.com" data-wpel-link="internal">Le Délit</a>.</p>
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		<title>Le trésor du cinéma québécois</title>
		<link>https://www.delitfrancais.com/2023/11/29/le-tresor-du-cinema-quebecois/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Olivier Turcotte]]></dc:creator>
		<pubDate>Wed, 29 Nov 2023 12:00:00 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Cinéma]]></category>
		<category><![CDATA[Culture]]></category>
		<category><![CDATA[film]]></category>
		<category><![CDATA[Montréal]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>L’Office National du Film invite Le Délit dans ses coulisses.</p>
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]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[
<p class="has-drop-cap wp-block-paragraph">C’est au cours de la matinée du mardi 31 octobre que <em>Le Délit </em>fut invité à visiter le nouveau bâtiment de l’Office National du Film (ONF) dans l’arrondissement de Saint-Laurent. Après des décennies d’activité depuis le chemin de la Côte-de-Liesse, l’ONF s’était lancé en 2019 dans un long processus de déménagement vers deux nouveaux bâtiments. Le premier, « l’Îlot Balmoral », situé sur la Place des Arts, est maintenant le lieu de gestion et production de projets en cours et à venir pour l’ONF (environ 45 films par année). Le second bâtiment s’intéresse plutôt au passé de l’Office : c’est un lieu de conservation et de restauration. Situé à Saint-Laurent, ce bâtiment restera fermé au public pour l’instant.</p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>L’ONF au fil du temps</strong></p>



<p class="wp-block-paragraph">Montréal occupe une place importante dans l’histoire de l’ONF. La métropole québécoise est rapidement devenue le siège d’un des huit studios de production de l’Office à travers le Canada, ayant vu le jour dans une ancienne scierie d’Ottawa il y a 84 ans. C’est aussi à Montréal qu’ont émergé plusieurs des plus grands noms de l’ONF, comme Michel Brault et Pierre Perrault. Pourtant, ce n’est pas uniquement par ses artistes que l’Office s’est taillée une place dans l’histoire du cinéma. Au cours des années, l’ONF a participé à l’avancée technologique du cinéma (une part de crédit est due à ses technicien·ne·s pour le développement des caméras IMAX). C’est d’ailleurs pour cette contribution soutenue aux technologies du cinéma que l’ONF s’est vu décerner un Oscar honorifique en 1988.</p>



<blockquote class="wp-block-quote is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow">
<p class="has-text-align-center wp-block-paragraph">« Permettre aux Canadien·ne·s de cultures différentes d’avoir une visibilité à l’échelle nationale et internationale; là est le projet fondateur de l’ONF »</p>
</blockquote>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>Une collection colossale à l’entretien exigeant</strong></p>



<p class="wp-block-paragraph">La statuette d’or est loin d’être la relique la plus impressionnante qu’il est possible de trouver dans ce bâtiment de l’ONF à Saint-Laurent. Entouré d’une troupe de journalistes cinéphiles excité·e·s, <em>Le Délit </em>y fut accueilli avec cordialité par une dizaine d’expert·e·s responsables de l’entretien de l’énorme collection détenue par l’ONF. Cette collection consiste en 14 000 films, dont 6 500 ont déjà été numérisés, et dont certains sont accessibles en ligne. Ces courts et longs-métrages ne représentent pourtant qu’une « pointe de l’iceberg », puisque l’ONF détient jusqu’à 80&nbsp;000 plans d’archives, dont 50 000 sont disponibles sur <a href="https://archives.onf.ca/accueil/" data-wpel-link="external" target="_blank" rel="external noopener noreferrer">le site d’archives de l’ONF</a>. Une bonne partie de ces plans d’archives sont des « stock shots » ; des éléments inutilisés provenant d’anciennes productions, permettant d’établir une archéologie des étapes et états de la création d’un film.</p>



<figure class="wp-block-image size-full"><img fetchpriority="high" decoding="async" width="918" height="1196" src="https://www.delitfrancais.com/wp-content/uploads/2023/11/Screen-Shot-2023-11-28-at-8.42.18-PM.png" alt class="wp-image-53948" srcset="https://www.delitfrancais.com/wp-content/uploads/2023/11/Screen-Shot-2023-11-28-at-8.42.18-PM.png 918w, https://www.delitfrancais.com/wp-content/uploads/2023/11/Screen-Shot-2023-11-28-at-8.42.18-PM-650x847.png 650w, https://www.delitfrancais.com/wp-content/uploads/2023/11/Screen-Shot-2023-11-28-at-8.42.18-PM-150x195.png 150w, https://www.delitfrancais.com/wp-content/uploads/2023/11/Screen-Shot-2023-11-28-at-8.42.18-PM-768x1001.png 768w" sizes="(max-width: 918px) 100vw, 918px"><figcaption><span class="media-credit"><a href="https://www.delitfrancais.com/author/olivierturcotte/?media=1" data-wpel-link="internal">Olivier Turcotte</a> | Le Délit</span></figcaption></figure>



<p class="wp-block-paragraph">Les employé·e·s de l’ONF ont souligné le lot de défis accompagnant la conservation d’une aussi imposante collection. Selon ceux·celles-ci, dans de mauvaises conditions, une bobine de 250 pieds d’acétate peut se dégrader, et dégager jusqu’à une vingtaine de cuillères à thé d’acide acétique ; ce qu’on appelle le « syndrome du vinaigre ». Pour prévenir cette forme de dégradation, les bobines entretenues font le sujet de suivis et de tests d’acidité, constamment maintenues à une humidité et température optimales. Les bobines sont entreposées dans des boîtiers non-hermétiques, conçus avec un relief leur permettant d’être aérées. Les mesures prises pour assurer la sécurité de l’inventaire vont jusqu’à la création de doubles de chaque film dans un format différent, qui sont envoyés dans d’autres villes en cas d’accident grave. Une précaution nécessaire quand il est question, comme dans plusieurs cas, de la dernière copie existante d’une relique du cinéma québécois! Des efforts sont déployés au bâtiment de Saint-Laurent pour restaurer environ 120 films québécois par année, dans l’objectif de rendre disponible aux futures générations canadiennes tout le patrimoine cinématographique possible. Ce patrimoine, c’est une collection de plans d’archives remontant jusqu’aux années 1890 et dont le plus vieux film date de 1919.</p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>Un artisan du nouveau cinéma</strong></p>



<p class="wp-block-paragraph">Ce travail de conservation du passé contribue pourtant aussi à des productions actuelles : il arrive souvent que l’ONF reçoive une demande d’utilisation d’un de ses plans d’archives ou d’un extrait de film, ce qui nécessite parfois un travail de restauration. Dans des cas plus particuliers, l’ONF est invité à collaborer à des projets s’enracinant dans d’autres pays. C’est ce qui est arrivé lorsqu’il a participé à la création du film <em>The Forbidden Reel</em>, un documentaire du cinéaste canado-afghan Ariel Nasr, qui raconte les efforts des résistants face aux talibans pour cacher et protéger des films en Afghanistan. Ce projet, <a href="https://www.nfb.ca/film/forbidden-reel/" data-wpel-link="external" target="_blank" rel="external noopener noreferrer">disponible sur le site de l’ONF</a>, a été possible grâce aux ressources de l’Office, qui a pu créer un cadre dans lequel il est possible de restaurer ces films et en extraire des segments pour les transformer en un documentaire leur faisant honneur. Les expert·e·s de l’ONF racontent qu’en recevant les acétates afghans survivants, ils ont été étonné·e·s de constater que malgré le climat sec et difficile du pays, les bobines étaient restées en bon état. Dans un travail où l’humidité et la température jouent un rôle crucial, cette anecdote souligne en quoi la préservation de films fonctionne différemment d’un climat à l’autre.</p>



<blockquote class="wp-block-quote is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow">
<p class="has-text-align-center wp-block-paragraph">« Cette collection consiste en 14 000 films, dont 6 500 ont déjà été numérisés »</p>
</blockquote>



<p class="wp-block-paragraph">Un long processus légal est nécessaire pour distribuer la version numérisée d’un film appartenant à l’ONF. Une fois les droits accordés, si aucune loi d’archivage ou de la société concernée n’a entravé le processus, le film peut apparaître sur le site de l’ONF (un service de <em>streaming </em>rendu disponible depuis 2009). La Cinérobothèque, ce bâtiment du Quartier latin fermé depuis une quinzaine d’années, a précédé la création du site innovateur de l’ONF. Autrefois ouvert à tous, cet endroit permettait à ses visiteur·euse·s de parcourir et de visionner une sélection de films de l’ONF.</p>



<figure class="wp-block-image size-full"><img decoding="async" width="906" height="1220" src="https://www.delitfrancais.com/wp-content/uploads/2023/11/Screen-Shot-2023-11-28-at-8.42.59-PM.png" alt class="wp-image-53949" srcset="https://www.delitfrancais.com/wp-content/uploads/2023/11/Screen-Shot-2023-11-28-at-8.42.59-PM.png 906w, https://www.delitfrancais.com/wp-content/uploads/2023/11/Screen-Shot-2023-11-28-at-8.42.59-PM-650x875.png 650w, https://www.delitfrancais.com/wp-content/uploads/2023/11/Screen-Shot-2023-11-28-at-8.42.59-PM-150x202.png 150w, https://www.delitfrancais.com/wp-content/uploads/2023/11/Screen-Shot-2023-11-28-at-8.42.59-PM-768x1034.png 768w" sizes="(max-width: 906px) 100vw, 906px"><figcaption><span class="media-credit"><a href="https://www.delitfrancais.com/author/olivierturcotte/?media=1" data-wpel-link="internal">Olivier Turcotte</a> | Le Délit</span></figcaption></figure>



<p class="wp-block-paragraph">Disponibles gratuitement, sinon avec un abonnement ou par paiement sur le site de l’ONF, plusieurs films sont enseignés dans des cours de l’Université McGill, entre autres. C’est le cas du cours de cinéma québécois (FREN 315), donné chaque hiver par le Département de littératures de langue française, de traduction et de création (DLTC), qui inclut dans son plan de cours une sélection de classiques québécois disponibles gratuitement sur le site. Permettre aux Canadien·ne·s de cultures différentes d’avoir une visibilité à l’échelle nationale et internationale ; là est le projet fondateur de l’ONF. Avec un premier bâtiment grouillant de nouvelles productions, et un second remettant en lumière plus d’une centaine d’œuvres chaque année, tout semble signaler que ce projet a survécu au cœur de l’ONF, alors qu’il s’apprête à célébrer ses 85 ans.</p>
<p>L’article <a href="https://www.delitfrancais.com/2023/11/29/le-tresor-du-cinema-quebecois/" data-wpel-link="internal">Le trésor du cinéma québécois</a> est apparu en premier sur <a href="https://www.delitfrancais.com" data-wpel-link="internal">Le Délit</a>.</p>
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		<title>À la mémoire de Karl Tremblay</title>
		<link>https://www.delitfrancais.com/2023/11/29/cowboys-fringants/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Béatrice Poirier-Pouliot]]></dc:creator>
		<pubDate>Wed, 29 Nov 2023 12:00:00 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Culture]]></category>
		<category><![CDATA[Musique]]></category>
		<category><![CDATA[Slider]]></category>
		<category><![CDATA[québécois]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>Hommage au chanteur des Cowboys Fringants.</p>
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										<content:encoded><![CDATA[
<p class="has-drop-cap wp-block-paragraph">Il y a déjà presque deux semaines, le monde de la musique québécoise a perdu l’une de ses étoiles les plus brillantes, Karl Tremblay, l’inimitable chanteur des Cowboys Fringants. À seulement 47 ans, il a succombé à une longue bataille contre le cancer de la prostate. C’est le 15 novembre que le groupe en a fait l’annonce sur sa p<a href="https://www.facebook.com/photo/?fbid=940780000747469&amp;set=a.265683374923805&amp;locale=fr_CA" data-wpel-link="external" target="_blank" rel="external noopener noreferrer">age Facebook officielle</a>, déclenchant une vague d’émotion parmi les internautes. Avec plus de 38 000 commentaires exprimant condoléances et souvenirs nostalgiques étroitement liés aux paroles de Karl, il devient clair que son influence transcende le domaine artistique : il s’agit d’un deuil collectif pour le Québec.</p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>Le reflet d’une identité</strong></p>



<p class="wp-block-paragraph">Karl Tremblay était bien plus qu’un simple interprète engagé. Ses chansons, imprégnées d’humour et de critiques sociales, sont devenues le reflet de l’identité québécoise contemporaine. Sa voix distinctive se fait parfois nostalgique, parfois (souvent) revendicatrice, parfois complètement déjantée. Connu pour son engagement social, notamment pour la cause environnementale, Tremblay intégrait ces préoccupations</p>



<p class="wp-block-paragraph">au cœur même de ses paroles, interpellant la fibre revendicatrice de son public, qui pouvait ainsi s’identifier à sa musique. Au-delà des préoccupations écologiques et politiques, Tremblay et les Cowboys Fringants abordent des thèmes profondément humains, qui évoquent la réalité quotidienne québécoise, par des référents communs qui ancrent encore davantage la musique du groupe dans le paysage québécois. Sans jamais déroger d’un « français québécois », le groupe puise dans le folklore local pour relier le passé au présent, transcendant les générations à travers des mélodies rassembleuses.</p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>Des souvenirs, bien gravés dans la mémoire</strong></p>



<p class="wp-block-paragraph">Même pour ceux qui ne sont pas des auditeurs assidus des Cowboys Fringants, il est difficile d’échapper à leur influence. Leurs chansons résonnent inlassablement à la radio, dans les réunions familiales ou lors de soirées karaoké. Leur musique est devenue pour plusieurs synonyme de la musique québécoise, un véritable emblème de notre culture. Chaque chanson évoque des souvenirs uniques, des émotions différentes, témoignant de l’impact profond de la musique de Karl et ses cowboys sur le Québec. En hommage à ce pilier de la musique québécoise, plutôt que de <a href="https://www.journaldequebec.com/2023/11/16/bernard-drainville-chante-une-chanson-des-cowboys-fringants-en-point-de-presse" data-wpel-link="external" target="_blank" rel="external noopener noreferrer">chanter <em>a capella </em>« Toune d’automne » en conférence de presse</a>, <em>Le Délit </em>recueille les meilleurs souvenirs des membres de l’équipe sous la trame sonore des Cowboys.</p>



<p class="wp-block-paragraph">« La marine marchande » est devenue pour moi un écho de mon après-bal, une nuit inoubliable autour du feu, où nous entonnions cet air loufoque. Chaque note de cette mélodie me transporte instantanément vers ce moment, qui a marqué la fin de mon secondaire. (Béatrice, Coordonnatrice à la correction)</p>



<blockquote class="wp-block-quote is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow">
<p class="has-text-align-center wp-block-paragraph">« Il devient clair que son influence transcende le domaine artistique »</p>
</blockquote>



<p class="wp-block-paragraph">Lors de mon premier séjour à un camp de vacances en tant que monitrice, « Shack à Hector » était l’hymne non officiel de nos soirées entre moniteurs. On l’a un peu réécrite à notre manière, en ajoutant après chaque phrase des « oui madame » et « oui monsieur ». Ça a été des moments rassembleurs marquants. (Juliette, Éditrice Culture)</p>



<p class="wp-block-paragraph">Bien que récemment installée au Québec en tant qu’étudiante Française, les mélodies des Cowboys Fringants m’ont interpellée, notamment en partageant mes préoccupations écologiques. Parmi leur répertoire, les chansons emblématiques « 8 secondes » et « Plus rien » ont particulièrement capté mon attention par leur message poignant en faveur de la préservation de l’environnement. (Adèle, Éditrice Culture)</p>



<p class="wp-block-paragraph">L’album <em>Expédition </em>est devenu la trame sonore constante de mes escapades en voiture. Chaque trajet était enveloppé de ces mélodies, qui accompagnaient chaque virage et chaque kilomètre parcouru. (Jeanne, Éditrice Opinion)</p>



<p class="wp-block-paragraph">Les Cowboys Fringants incarnent l’esprit d’un groupe rassembleur, qui transcende les générations lors des fêtes familiales, où leurs chansons résonnent, créant une ambiance joyeuse et complice. Les balades en voiture avec ma grand-maman étaient particulièrement marquées par la présence de leur musique, transformant chaque trajet en un moment partagé empreint de nostalgie. (Léonard, Rédacteur en chef )</p>



<p class="wp-block-paragraph">En octobre dernier, lors d’une conversation téléphonique avec mes grands-parents, j’ai décidé de leur faire découvrir la musique des Cowboys Fringants, consciente de l’importance que ce groupe revêt au Québec. Ma grand-mère, séduite par leur sonorité, m’a exprimé son souhait d’assister à l’un de leurs concerts. Lors de cette conversation, mes parents étaient présents, et cette mention n’est pas passée inaperçue. En un élan spontané, ils ont décidé d’acheter des billets pour la tournée des Cowboys, prévue en France en 2024. La confirmation de cet achat m’a été transmise par mon père via courriel, la veille de l’annonce du décès de Karl Tremblay… Ma colocataire québécoise, grande admiratrice des Cowboys Fringants, a réagi avec émotion à la triste nouvelle. En hommage, elle a décidé de faire résonner à plein volume les chansons du groupe dans notre appartement. (Camille, Coordonnatrice à la production)</p>
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		<title>Chorégraphies théâtrales</title>
		<link>https://www.delitfrancais.com/2023/11/29/choregraphies-theatrales/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Sabrina Nelson]]></dc:creator>
		<pubDate>Wed, 29 Nov 2023 12:00:00 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Culture]]></category>
		<category><![CDATA[Théâtre]]></category>
		<category><![CDATA[critique]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>Génération Danse captive l’essence de l’adolescence.</p>
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										<content:encoded><![CDATA[
<p class="has-drop-cap wp-block-paragraph">G<em>énération Danse</em>, mise en scène par Sophie Cadieux, reflète les inquiétudes et les troubles associés à l’adolescence. Nous suivons l’histoire d’une troupe de danse composée de six filles et d’un garçon, qui s’apprête à participer à une compétition de danse régionale, espérant gagner une place dans la compétition nationale à Tampa, en Floride. Afin d’atteindre cet objectif, l’équipe se prépare à interpréter une chorégraphie « acro-lyrique » ayant pour thème l’héritage de Gandhi. Bien entendu, seulement une danseuse peut interpréter ce rôle, ce qui suscite des tensions parmi les membres de l’équipe, alors qu’un sentiment de rivalité les envahit.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Au fil de la pièce, nous devenons témoins de l’intériorité des personnages, de leurs désirs et de leurs insécurités, alors qu’ils cherchent à se comprendre les uns les autres et à se démarquer au sein de la troupe. Le texte autopsie le rapport au corps, les apparences physiques, le sentiment d’échec et le regard de l’autre. Chaque monologue interprété par les personnages nous donne un aperçu des pensées intimes et des préoccupations de ces adolescents, qui se sentent incompris et impuissants, malgré un fort désir d’indépendance.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Voir ces adolescents s’exprimer avec autant de passion a suscité l’émoi chez le public : l’adolescence est une période fondatrice de l’existence, ponctuées par des premières expériences caractérisées par leur intensité. Les acteurs parviennent avec expertise à rendre compte de ces émotions, exacerbées par des mouvements théâtraux et des expressions faciales exagérées, frôlant parfois le ridicule. Malgré l’écart d’âge entre les personnages et leurs interprètes – la production a accordé le rôle à des adultes plutôt qu’à des adolescents -, les acteurs conservent une énergie juvénile, mise en évidence durant des chorégraphies dynamiques et effrénées. J’ai trouvé particulièrement intéressants les nombreux monologues qui ponctuent la pièce, au fil desquels les personnages s’adressent directement au public, brisant le quatrième mur. Ces monologues transmettent un sentiment d’angoisse, décuplé par les lumières tamisées et le battement de cœur en bruit de fond, qui contraste avec la tonalité comique de la pièce. Ces moments plus dramatiques incitent ainsi les spectateurs à réfléchir sur les thèmes plus sérieux qu’abordent la pièce.</p>



<blockquote class="wp-block-quote is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow">
<p class="has-text-align-center wp-block-paragraph">«  l’adolescence est une période fondatrice de l’existence, ponctuées par des premières expériences caractérisées par leur intensité. »</p>
</blockquote>



<p class="wp-block-paragraph">Les membres de la troupe de danse discutent de leurs projets d’avenir, hantées par les spectres de ce qu’elles deviendront inévitablement. <em>Génération Danse </em>nous rappelle les drames de l’adolescence, qu’ils soient majeurs ou insignifiants, et leur impact durable sur l’adulte que nous devenons. C’est dans cette optique que le choix d’avoir des acteurs adultes pour interpréter des rôles d’adolescents devient intéressant : il met en avant cette idée qu’une grande partie de ce que nous sommes en tant qu’adulte est liée à nos expériences vécues en tant qu’adolescent. </p>
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		<title>Un lieu pour rassembler et célébrer</title>
		<link>https://www.delitfrancais.com/2023/11/29/un-lieu-pour-rassembler-et-celebrer/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Adèle Doat]]></dc:creator>
		<pubDate>Wed, 29 Nov 2023 12:00:00 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Culture]]></category>
		<category><![CDATA[Exposition]]></category>
		<category><![CDATA[Montréal]]></category>
		<guid isPermaLink="false">https://www.delitfrancais.com/?p=53817</guid>

					<description><![CDATA[<p>Le Centre des mémoires montréalaises : entre histoire et avenir.</p>
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]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[
<p class="has-drop-cap wp-block-paragraph"><em>C</em>’est au cœur du Quartier des Spectacles, au 1210 boulevard Saint-Laurent, à l’intersection avec la rue Sainte-Catherine, qu’a été inauguré le 28 septembre le nouveau Centre des mémoires montréalaises (MEM). Ce musée a ouvert ses portes le 6 octobre, remplaçant l’ancien Centre d’histoire de Montréal, qui existait depuis 1983. À l’ambition plus large, le MEM vise, non plus seulement à raconter l’histoire de la ville de Montréal, mais à collecter les histoires multiples des Montréalais·es. Son nom correspond à la contraction des mots Mémoire et Montréalais·es. Sa mission reste de valoriser le patrimoine historique de la ville, ainsi que de célébrer les mémoires dans ses projets de commémoration.</p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>Montréal en concentré</strong></p>



<p class="wp-block-paragraph">Le MEM, par ses installations interactives, ses expositions, ses affiches informatives et sa décoration typiquement montréalaise, est un miroir de la ville et de sa population dans son ensemble. Ce musée innovateur cherche autant à informer qu’à être alimenté par les témoignages de ses visiteur·se·s. Dans les mots du MEM, «&nbsp;que vous soyez originaire de Montréal ou que vous ayez adopté la ville, vous faites partie de son histoire. Le MEM veut vous entendre et partager votre mémoire ». La gratuité du musée (à part une exposition temporaire en collaboration avec le magazine Urbania) rend le tout très accessible. Chacun et chacune peut y trouver son bonheur, grâce à son offre considérable d’<a href="https://memmtl.ca/programmation/activites-culturelles" data-wpel-link="external" target="_blank" rel="external noopener noreferrer">activités culturelles</a> éducatives et créatives. Le patrimoine culturel matériel de la métropole est également mis en valeur : anciens lampadaires, bancs, balcons typiques, etc. Bref, il y en a pour tous les goûts, tous les âges, et toutes les expériences, même pour les passionné·e·s de panneaux de signalisation, qui pourront s’essayer au jeu intitulé : « Est-ce qu’on peut se stationner ici? »</p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>Montréal exposée</strong></p>



<p class="wp-block-paragraph">On peut visiter au MEM une foule d’expositions temporaires et permanentes, qui racontent à leur manière l’histoire de Montréal et les projets qui en font une ville qui rayonne internationalement. L’exposition temporaire <em>Célébrer le Chaînon : 90 ans de dévouement pour les femmes</em>, présentée jusqu’en janvier 2024, souligne le travail essentiel de ce pilier montréalais, qui aide les femmes en situation de vulnérabilité depuis 1932. L’exposition interactive <em>Vox Pop</em>, accessible elle aussi jusqu’en janvier 2024, invite les visiteur·se·s à une réflexion critique à propos d’enjeux sociaux du passé, du présent et du futur. Le Projet Polytechnique s’est associé à <em>Vox Pop </em>pour proposer une réflexion sur la question suivante : « Devrions-nous continuer à nous intéresser à la tuerie du 6 décembre 1989, plus de 30 ans après les événements? » L’histoire de Montréal comporte des périodes sombres, non négligeables puisqu’elles alimentent autant sa « personnalité » que ses périodes plus lumineuses.</p>



<blockquote class="wp-block-quote is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow">
<p class="has-text-align-center wp-block-paragraph">«&nbsp;que vous soyez originaire de Montréal ou que vous ayez adopté la ville, vous faites partie de son histoire. Le MEM veut vous entendre et partager votre mémoire ».</p>
</blockquote>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>Réconcilier les mémoires</strong></p>



<p class="wp-block-paragraph">Concilier histoire et mémoire permet de porter un regard sur le passé avec plus de recul. L’histoire se construit par les mémoires, qui évoluent et fournissent des témoignages que les historiens peuvent exploiter comme sources dans leurs recherches. Plus qu’un objet d’histoire, la mémoire joue aussi un rôle crucial dans la société. Étant un souvenir vécu par un individu, la mémoire est subjective et plusieurs personnes peuvent avoir un souvenir différent d’un même événement passé. Il arrive souvent que certaines mémoires collectives soient conflictuelles, ce qui engendre des tensions entre les générations suivantes, car la mémoire se transmet au cours du temps. Réconcilier les mémoires qui s’opposent est essentiel pour permettre le bon vivre-ensemble et le fonctionnement d’une société.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Le MEM cherche à rassembler les mémoires d’une ville au passé douloureux. Depuis des milliers d’années, la région est habitée par les peuples autochtones, qui ont vu leurs terres être colonisées par les Européen·e·s à leur arrivée dans les années 1500–1600. En collaboration avec les membres du comité autochtone, le MEM a construit un banc de forme circulaire, sur lequel on peut lire les noms qui désignent Montréal dans différentes langues autochtones. La forme du cercle n’est pas anodine. Elle invite les visiteur·ses à s’y asseoir ensemble pour partager leurs expériences et échanger. Cette œuvre est un pas vers la réconciliation avec les communautés autochtones de Montréal (notamment les communautés kanien’kehà:ka), après les violences qu’elles ont subies dans le passé et dont elles souffrent encore aujourd’hui. En effet, Montréal est aujourd’hui la ville du Québec qui compte la plus importante population autochtone, avec plus de 34 000 habitants dans la région métropolitaine. Il est ainsi primordial de leur laisser la possibilité de libérer leur parole pour leur rendre justice.</p>



<p class="wp-block-paragraph">De la même manière, l’exposition <em>Vox Pop</em>, invitant les citoyens à témoigner d’un féminicide, offre un lieu de discussion et de rétrospection. Il permet de se repencher sur les erreurs commises dans le passé afin de mieux comprendre leurs causes pour mieux empêcher leur répétition. Ce n’est qu’une fois leurs souffrances reconnues et les solutions mises en place que les victimes se sentiront en paix. Entretenir la mémoire a donc une fonction autant historique que sociale.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Le Centre des mémoires montréalaises, qui a eu seulement deux mois le 28 novembre, a déjà fait ses preuves comme institution culturelle et touristique mettant en valeur la « montréalité », dans toutes ses définitions. En planifiant votre visite, n’hésitez pas à explorer l’encyclopédie en ligne disponible sur le <a href="https://memmtl.ca/" data-wpel-link="external" target="_blank" rel="external noopener noreferrer">site du musée</a>, regroupant plus de 600 témoignages, qui font partie de la mémoire complexe de la métropole. </p>
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		<title>Des kiosques aux archives</title>
		<link>https://www.delitfrancais.com/2023/11/29/des-kiosques-aux-archives/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Léonard Smith]]></dc:creator>
		<pubDate>Wed, 29 Nov 2023 12:00:00 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Éditorial]]></category>
		<guid isPermaLink="false">https://www.delitfrancais.com/?p=53831</guid>

					<description><![CDATA[<p>Le McGill Daily et Le Délit ont servi la communauté mcgilloise bien avant que nous soyons étudiant·e·s et continueront à favoriser l’échange d’informations et d’idées bien après l’obtention de notre diplôme. Le McGill Daily a été fondé en 1911 en tant que journal sportif quotidien. C’est le plus ancien journal étudiant du campus qui existe&#8230;&#160;<a href="https://www.delitfrancais.com/2023/11/29/des-kiosques-aux-archives/" rel="bookmark" data-wpel-link="internal">Lire la suite &#187;<span class="screen-reader-text">Des kiosques aux archives</span></a></p>
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]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[
<p class="has-drop-cap wp-block-paragraph">Le <em>McGill Daily </em>et <em>Le Délit </em>ont servi la communauté mcgilloise bien avant que nous soyons étudiant·e·s et continueront à favoriser l’échange d’informations et d’idées bien après l’obtention de notre diplôme.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Le <em>McGill Daily </em>a été fondé en 1911 en tant que journal sportif quotidien. C’est le plus ancien journal étudiant du campus qui existe encore à ce jour et l’un des plus anciens au Canada. Maintenant publié « hebdomadairement » au lieu de « quotidiennement », le <em>Daily </em>a élargi sa ligne éditoriale pour couvrir les nouvelles de dernière heure, publier des commentaires importants, célébrer les arts et la culture et explorer les derniers développements en sciences et en technologie. Nous avons également adopté un <a href="https://www.mcgilldaily.com/statement/" data-wpel-link="external" target="_blank" rel="external noopener noreferrer">mandat anti-oppression</a> et nous nous sommes engagé·e·s à « <em>dépeindre et analyser les relations de pouvoir aussi précisément que possible dans notre couverture </em>(<em>tdlr</em>) ». Ce mandat a guidé nos efforts pour exiger des <a href="https://www.mcgilldaily.com/2023/02/food-for-thought/" data-wpel-link="external" target="_blank" rel="external noopener noreferrer">options alimentaires abordables sur le campus</a>, pour condamner la <a href="https://www.mcgilldaily.com/2023/09/a-national-shame/" data-wpel-link="external" target="_blank" rel="external noopener noreferrer">violence à l’encontre des femmes autochtones</a>, pour protester contre la <a href="https://www.mcgilldaily.com/2023/10/quebecs-tuition-hikes-are-prohibitive-not-protective/" data-wpel-link="external" target="_blank" rel="external noopener noreferrer">législation discriminatoire</a> du gouvernement québécois et pour mettre en lumière des histoires et des voix négligées par les médias traditionnels.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Dès le départ, <em>Le Délit </em>avait pour but de représenter la voix des étudiant·e·s francophones du campus, qui n’avaient jusqu’alors pas leur propre journal. <em>Le Délit </em>se distingue par son journalisme d’investigation sur nombre d’enjeux liés au campus. Une <a href="https://www.delitfrancais.com/2023/09/27/jouer-toujours-et-encore-plus/" data-wpel-link="internal">enquête récente</a> sur la dépendance aux jeux vidéo a permis au <em>Délit </em>de révéler l’ampleur du phénomène grâce aux témoignages d’un expert, d’un concepteur de jeux à succès international et d’un étudiant de McGill. Dans la section <a href="https://www.delitfrancais.com/category/actualites/" data-wpel-link="internal">Actualités</a>, notre dossier sur les Mères Mohawk a permis de fournir les derniers développements sur la <a href="https://www.delitfrancais.com/2023/11/01/mohawk-mothers/" data-wpel-link="internal">fouille des tombes anonymes</a> d’enfants autochtones, qui auraient été victimes des expériences MK-Ultra à McGill. Parallèlement, <em>Le Délit </em>a eu l’occasion de passer en <a href="https://www.delitfrancais.com/2023/10/18/mk-ultra-les-victimes-reclament-justice/" data-wpel-link="internal">entrevue</a> l’une des rares survivantes de ces expériences. La section tournante du journal, destinée à se renouveler, permet également de jeter un regard différent sur l’actualité. Cette année, la rubrique <a href="https://www.delitfrancais.com/category/aufeminin/" data-wpel-link="internal">Au Féminin</a> aborde des enjeux politiques et sociaux sous un angle féministe, notamment le leadership et l’entrepreneuriat, la santé, la sexualité, le militantisme, l’intersectionnalité et la philosophie.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Le monde évolue rapidement, et tout comme les vêtements peuvent se démoder aussi vite qu’ils sont devenus à la mode, les nouvelles de dernière minute sont rapidement considérées comme de l’information ancienne. Mais les exemplaires non réclamés du <em>Daily </em>et du <em>Délit </em>qui se retrouvent chaque semaine dans les bacs de recyclage sont bien plus que de « vieilles actualités ». Chaque article, photographie et illustration que nous publions fait partie des archives de nos journaux. Ces archives sont constituées de plusieurs dizaines de gros volumes reliés en cuir conservés dans nos bureaux ainsi que dans les collections imprimées et numériques de la bibliothèque de McGill. Les chercheurs intéressés peuvent également accéder à tous les numéros du <em>Daily </em>et du <em>Délit </em>publiés avant 2001 sur <a href="https://archive.org/details/mcgilluniversitystudentpublications?query=le+delit+2000" data-wpel-link="external" target="_blank" rel="external noopener noreferrer">Internet Archive</a> et à tous les numéros publiés depuis 2009 sur les pages du site Issuu du <em><a href="https://issuu.com/mcgilldaily" data-wpel-link="external" target="_blank" rel="external noopener noreferrer">Daily</a> </em>et du <em><a href="https://issuu.com/delitfrancais" data-wpel-link="external" target="_blank" rel="external noopener noreferrer">Délit</a></em>. La numérisation de plus de 9 000 numéros publiés entre 1911 et 2001 a été rendue possible grâce aux efforts inlassables de l’équipe de <a href="https://blogs.library.mcgill.ca/digitization/tag/mcgill-university-archives/" data-wpel-link="external" target="_blank" rel="external noopener noreferrer">numérisation de la bibliothèque de McGill</a>.</p>



<p class="wp-block-paragraph">En tant que membres du <em>Daily </em>et du <em>Délit</em>, nous nous retrouvons fréquemment à plonger dans les archives de nos journaux. Il est crucial de le faire afin de rappeler les succès et les échecs des mouvements étudiants passés, de suivre les changements dans les politiques de l’administration de McGill et de notre gouvernement étudiant, et de réfléchir aux événements importants qui ont façonné notre corps étudiant tout en continuant de le faire.</p>



<p class="wp-block-paragraph">En rédigeant son dernier éditorial, sur la politique de l’Association étudiante de l’Université McGill (AÉUM) contre le génocide en Palestine, le <em>Daily </em>a souligné le succès des manifestants étudiants qui ont convaincu l’administration de McGill de se désinvestir de ses avoirs en Afrique du Sud lors de l’apartheid en 1985. La couverture du <em>Daily </em>de cette même année a fourni une preuve importante de la résistance étudiante, et, nous l’espérons, un encouragement pour les étudiants actuels qui se battent pour que McGill désinvestisse.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Lors du référendum de l’année dernière sur le renouvellement des frais facturés par la Société des publications du <em>Daily </em>aux étudiant·e·s de McGill, un <a href="https://www.delitfrancais.com/2022/11/16/le-delit-a-besoin-de-vous/" data-wpel-link="internal">éditorial</a> du <em>Délit </em>citait une lettre intitulée « <em>French, with tears </em>» publiée la veille de la parution du premier exemplaire du <em>Délit </em>en 1977, et signée par « <em>an Irate Mother </em>». Cette lettre affirmait que l’édition hebdomadaire en français était une « <em>sottise </em>», une « <em>action scandaleuse </em>» qui allait «&nbsp;<em>détruire </em>» l’Université et « <em>miner l’unité canadienne </em>». Malgré les objections, 46 ans plus tard, <em>Le Délit </em>a prouvé son importance en tant que source principale d’informations en français sur le campus.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Comment choisir judicieusement ses mots, et s’ils parviendront à atteindre notre public sont des questions qui préoccupent tous⋅te⋅s aspirant·e·s journalistes au <em>Daily </em>et au <em>Délit</em>. En variant les angles de reportages plus neutres aux articles d’opinion, nous pouvons offrir un large espace d’expression dans nos pages. Malgré les différences dans la manière dont nous couvrons certains événements, nos deux journaux partagent la responsabilité de décrire les réalités difficiles des étudiant·e·s et des autres personnes sur le campus. Une attention particulière aux faits et aux détails est nécessaire si nous voulons traduire et communiquer ces histoires. En ce sens, nos journaux doivent continuer à ouvrir leurs portes aux personnes qui souhaitent découvrir des écoles de journalisme alternatives sans pareil à McGill.</p>



<p class="wp-block-paragraph">En effet, bien que McGill n’offre pas de programme de journalisme, le <em>Daily </em>et <em>Le Délit </em>offrent depuis des décennies une formation inestimable aux aspirants journalistes. Les rédacteur·rice·s en chef des deux journaux ont ensuite travaillé pour des publications aussi renommées que <em>CBC/Radio-Canada</em>, le <em>Montreal Gazette</em>, le <em>National Post</em>, <em>Slate</em>, <em>La Presse</em>, <em>Le Journal de Montréal</em>, <em>Le Droit </em>et <em>TF1</em>. Tout en honorant le travail de ceux qui nous ont précédés, nous nous réjouissons d’accueillir la prochaine génération de rédacteur·rice·s, de collaborateur·rice·s et de lecteur·rice·s du <em>Daily </em>et du <em>Délit</em>. Nous vous remercions de votre soutien continu et nous vous invitons à explorer les vastes archives de nos journaux et à collaborer dans notre projet d’enregistrement, de commémoration et de célébration de la vie étudiante à McGill.</p>
<p>L’article <a href="https://www.delitfrancais.com/2023/11/29/des-kiosques-aux-archives/" data-wpel-link="internal">Des kiosques aux archives</a> est apparu en premier sur <a href="https://www.delitfrancais.com" data-wpel-link="internal">Le Délit</a>.</p>
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		<title>Loi C‑18 et la désinformation sur le conflit à Gaza</title>
		<link>https://www.delitfrancais.com/2023/11/29/loi-c-18-et-la-desinformation-sur-le-conflit-a-gaza/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Ysandre Beaulieu]]></dc:creator>
		<pubDate>Wed, 29 Nov 2023 12:00:00 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Actualités]]></category>
		<category><![CDATA[Campus]]></category>
		<category><![CDATA[Slider]]></category>
		<category><![CDATA[conflit]]></category>
		<category><![CDATA[Politique]]></category>
		<guid isPermaLink="false">https://www.delitfrancais.com/?p=53789</guid>

					<description><![CDATA[<p>Entretien avec trois professionnels en journalisme.</p>
<p>L’article <a href="https://www.delitfrancais.com/2023/11/29/loi-c-18-et-la-desinformation-sur-le-conflit-a-gaza/" data-wpel-link="internal">Loi C‑18 et la désinformation sur le conflit à Gaza</a> est apparu en premier sur <a href="https://www.delitfrancais.com" data-wpel-link="internal">Le Délit</a>.</p>
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										<content:encoded><![CDATA[
<p class="has-drop-cap wp-block-paragraph">Le 21 novembre dernier, la Cour supérieure du Québec <a href="https://ici.radio-canada.ca/nouvelle/2029177/mcgill-cour-superieure-politique-propalestinienne" data-wpel-link="external" target="_blank" rel="external noopener noreferrer">a bloqué</a> la politique contre le génocide en Palestine proposée par l’Association étudiante de l’Université McGill (AÉUM), et adoptée à 78,7 % par les étudiants lors d’un référendum. Les tensions et la polarisation sur le campus de McGill sont évidentes, et maintenant plus que jamais, ce qui <a href="https://www.mcgill.ca/newsroom/article/campus-updates/looking-out-each-other-sorrowful-times-se-soutenir-en-periode-de-crise" data-wpel-link="external" target="_blank" rel="external noopener noreferrer">inquiète</a> l’administration mcgilloise. Le <a href="https://ici.radio-canada.ca/nouvelle/1991682/medias-canada-facebook-google-c18-explicatif" data-wpel-link="external" target="_blank" rel="external noopener noreferrer">projet de loi C‑18</a>, qui vise à compenser financièrement les médias d’information canadiens, pourrait indirectement contribuer à la polarisation autour du conflit à Gaza, selon trois experts en communication interviewés.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Le projet de loi C‑18, annoncé en juin 2023 par le gouvernement fédéral et <a href="https://www.parl.ca/legisinfo/fr/legislation-en-bref" data-wpel-link="external" target="_blank" rel="external noopener noreferrer">adopté</a> par le Sénat et la Chambre des Communes, vise à établir un système d’indemnisations équitables pour les entreprises de nouvelles canadiennes, par les réseaux sociaux et autres plateformes intermédiaires qui tirent profit des clics d’utilisateurs vers ces sites d’information. Cette loi mettrait en œuvre des règlements pour instaurer un système de redevance des géants du web comme Meta, en faveur des médias d’information canadiens.</p>



<p class="wp-block-paragraph">La loi prend effet le <a href="https://www.ledevoir.com/culture/medias/794127/medias-la-loi-sur-les-nouvelles-en-ligne-en-sept-questions?" data-wpel-link="external" target="_blank" rel="external noopener noreferrer">19 décembre</a>, mais Meta, la société mère de Facebook et Instagram, l’une des plateformes affectée par la loi C‑18, a déjà pris des mesures pour s’y opposer. En effet, dès le 1<em>er </em>août 2023, les Canadiens ont pu remarquer que le contenu journalistique <a href="https://about.fb.com/news/2023/06/changes-to-news-availability-on-our-platforms-in-canada/" data-wpel-link="external" target="_blank" rel="external noopener noreferrer">était bloqué</a> sur ces plateformes.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Trois experts ont été consultés afin de comprendre comment le blocage des nouvelles par Meta influence la perception des étudiants sur le conflit à Gaza : Alain Saulnier, directeur général de l’information à Radio Canada, professeur et journaliste de carrière, Jean-Hugues Roy, journaliste et professeur à l’Université du Québec à Montréal (UQAM), et Patrick White, également professeur de journalisme à l’UQAM.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Plusieurs études menées sur l’utilisation des réseaux sociaux par les Canadiens révèlent qu’environ <a href="https://librarianship.ca/news/canadian-news-consumption/" data-wpel-link="external" target="_blank" rel="external noopener noreferrer">25 %</a> d’entre eux s’informent de l’actualité majoritairement par l’entremise des réseaux sociaux. Bien qu’on s’attende à ce qu’une majorité d’entre eux provienne du groupe d’âge 18–34 ans, il est fort probable qu’il y ait une certaine variation sur un campus universitaire. <em>Le Délit </em>a donc passé en entrevue au hasard une quinzaine d’étudiants sur le campus de McGill, pour mieux comprendre d’où ils obtenaient leur information sur le conflit, et plus spécifiquement, à quelles sources ils faisaient confiance.</p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>La désinformation</strong></p>



<p class="wp-block-paragraph">Le plus grand risque associé au blocage d’information est celui de la désinformation. Alain Saulnier prédit que sans les entreprises de nouvelles établies sur les réseaux sociaux, la désinformation deviendra telle que les réseaux sociaux en deviendront inutilisables. Selon lui, c’est un phénomène que l’on peut déjà observer. Il explique que «la désinformation va prendre tout l’espace […] parce que quand un espace est disponible, il se remplit d’une autre façon, notamment par la propagande, les trolls et la désinformation ». Il prévoit un «appauvrissement de la connaissance des nouvelles et de la capacité des Canadiens à réagir correctement lorsque les événements comme ceux à Gaza surviennent ». Selon lui, les Canadiens doivent faire leur deuil de ces plateformes comme sources d’information fiables.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Cette observation est corroborée par Jean-Hugues Roy, qui ajoute que « dans les sociétés plus polarisées, la désinformation est plus visible sur les réseaux sociaux », et que « le conflit entre Israël et le Hamas est un cas de polarisation assez patent ». Comme nous avons pu le constater ces dernières semaines, les tensions entre les étudiants de McGill autour du conflit à Gaza sont <a href="https://www.delitfrancais.com/2023/11/01/activisme-palestine/" data-wpel-link="internal">élevées</a>.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Néanmoins, la manière dont les étudiants mcgillois obtiennent leur information ne semble pas être directement influencée par la loi. En effet, plusieurs étudiants disent se fier de moins en moins aux médias établis, notamment le <em>New York Times</em>, le <em>Washington Post</em>, et la BBC. Certains expliquent avoir peu confiance en ce que ces médias avancent, citant la désinformation dont ils ont témoigné au début du conflit. Il serait donc possible de penser que leur perception du conflit ne sera pas affectée par la loi. Malgré cela, le blocage du contenu journalistique en réponse à la loi C‑18 crée un vide informationnel qui a des répercussions sur tous les utilisateurs de réseaux sociaux, qu’ils se fient aux informations provenant de sources établies ou pas. Jean-Hugues Roy explique que la présence de sources journalistiques sur les réseaux sociaux, même si elles ne sont pas consultées, joue un rôle médiateur. Ces informations limitent, en quelque sorte, la polarisation, en ajoutant de la nuance au contenu qui défile sur nos réseaux. D’après les entrevues avec des étudiants de McGill, ces derniers sont particulièrement à risque de sombrer dans cette désinformation. En effet, une grande majorité d’entre eux expliquent prendre de leurs nouvelles sur les réseaux sociaux. Bien que la plupart n’obtiennent pas exclusivement leurs nouvelles concernant le conflit à Gaza sur les médias sociaux, plusieurs en dépendent. Ceci met donc les mcgillois à risque de tomber dans la désinformation, qui augmente sans cesse sur les réseaux sociaux.</p>



<blockquote class="wp-block-quote is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow">
<p class="has-text-align-center wp-block-paragraph">« Le blocage du contenu journalistique en réponse à la loi C‑18 crée un vide informationnel qui a des répercussions sur tous les utilisateurs de réseaux sociaux, qu’ils se fient aux informations provenant de sources établies ou pas »</p>
</blockquote>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>Perte de crédibilité et normes</strong> <strong>d’informations</strong></p>



<p class="wp-block-paragraph">Patrick White, professeur de journalisme à l’UQAM, reconnaît la perte de confiance en la crédibilité des médias établis chez certains étudiants, et la nécessité de regagner cette confiance. Cependant, selon lui, l’abondance de désinformation liée au blocage de nouvelles sur les réseaux sociaux exige plus que jamais l’accès aux médias établis. Jean-Hugues Roy ajoute que les articles journalistiques produits par les entreprises de nouvelles, que Meta menace d’éliminer de manière permanente de ses plateformes, procurent aux utilisateurs le contexte et l’expertise journalistique nécessaires pour combattre cette désinformation et toute polarisation potentielle. Il explique que « ça fait partie des normes journalistiques d’admettre qu’on s’est trompé et de corriger ses erreurs. Ça arrive. Il faut être transparent ».</p>



<p class="wp-block-paragraph">Cette désinformation, nous explique Patrick White, n’est pas seulement causée par le blocage des nouvelles sur les plateformes de Meta. Le conflit à Gaza <a href="https://www.francetvinfo.fr/monde/proche-orient/israel-palestine/guerre-entre-le-hamas-et-israel-la-bataille-de-l-emotion-est-un-element-central-de-cette-guerre-de-l-information-selon-un-historien_6139590.html" data-wpel-link="external" target="_blank" rel="external noopener noreferrer">carbure à l’émotion</a> et à la désinformation, ce qui mène au «pullulement des comptes automatisés à l’intelligence artificielle qui propagent la désinformation ». Bien que ce problème ait toujours été présent, le blocage de contenu journalistique enlève ce que Jean- Hugues Roy qualifie de « rempart » ou de « bouclier » contre la désinformation. Du moment que l’information est présente, qu’elle soit consultée ou non par les utilisateurs, elle fait partie du paysage numérique. En bloquant ce contenu bouclier, Meta envoie, en quelque sorte, un message comme quoi « l’information pour l’intérêt public n’existe pas », nous affirme Jean-Hugues Roy.</p>



<blockquote class="wp-block-quote has-text-align-center is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow">
<p class="has-text-align-center wp-block-paragraph">«la désinformation va prendre tout l’espace […] parce que quand un espace est disponible, il se remplit d’une autre façon, notamment par la propagande, les trolls et la désinformation »</p>
<cite>Alain Saulnier, directeur général de l’information à Radio-Canada</cite></blockquote>



<p class="wp-block-paragraph">Il est clair que les étudiants de McGill passés en entrevue ne se fient pas exclusivement aux réseaux sociaux. En effet, plusieurs sont conscients de l’enjeu de la désinformation, et disent corroborer l’information qu’ils partagent sur les réseaux. Certains lisent des articles académiques sur l’histoire de la région touchée par le conflit. Le contexte, qui manque si clairement sur les réseaux sociaux à la suite des mesures prises par Meta, n’est donc pas nécessairement absent.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Il semblerait que la perception de certains étudiants continue à être ancrée dans la recherche et les faits. Bien que cette prise de conscience soit importante, la plupart des étudiants trouvent leur information à l’intérieur des <a href="https://www.banq.qc.ca/calendrier/en-tout-temps/120995" data-wpel-link="external" target="_blank" rel="external noopener noreferrer">chambres d’écho médiatiques</a>. Celles-ci amplifient les croyances des utilisateurs à travers un algorithme qui propose rarement de l’information contraire à ces croyances. En effet, la plupart des étudiants passés en entrevue disent rarement obtenir de l’information avec laquelle ils ne sont pas d’accord sur les réseaux sociaux, mais qu’ils ont plus tendance à la corroborer s’ils sont en désaccord. La polarisation sur le conflit à Gaza en est donc intensifiée. Indépendamment de la bonne volonté des étudiants, il devient difficile de sortir de ces chambres d’écho, exacerbées par le blocage du contenu sur les réseaux sociaux.</p>
<p>L’article <a href="https://www.delitfrancais.com/2023/11/29/loi-c-18-et-la-desinformation-sur-le-conflit-a-gaza/" data-wpel-link="internal">Loi C‑18 et la désinformation sur le conflit à Gaza</a> est apparu en premier sur <a href="https://www.delitfrancais.com" data-wpel-link="internal">Le Délit</a>.</p>
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		<title>Désacraliser la guerre</title>
		<link>https://www.delitfrancais.com/2023/11/29/desacraliser-la-guerre/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Hugo Vitrac]]></dc:creator>
		<pubDate>Wed, 29 Nov 2023 12:00:00 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Actualités]]></category>
		<category><![CDATA[Montréal]]></category>
		<category><![CDATA[Guerre]]></category>
		<category><![CDATA[Politique]]></category>
		<guid isPermaLink="false">https://www.delitfrancais.com/?p=53792</guid>

					<description><![CDATA[<p>Comprendre l’évolution de la « paix » dans le contexte du conflit Israël-Hamas.</p>
<p>L’article <a href="https://www.delitfrancais.com/2023/11/29/desacraliser-la-guerre/" data-wpel-link="internal">Désacraliser la guerre</a> est apparu en premier sur <a href="https://www.delitfrancais.com" data-wpel-link="internal">Le Délit</a>.</p>
]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[
<p class="has-drop-cap wp-block-paragraph">Le 14 novembre dernier, des dizaines de milliers d’américains <a href="https://www.theguardian.com/us-news/2023/nov/14/march-washington-dc-israel-no-ceasefire" data-wpel-link="external" target="_blank" rel="external noopener noreferrer">se sont réunis</a> à Washington DC pour soutenir Israël dans sa guerre contre le Hamas, et pour s’opposer aux appels au cessez-le-feu. Ce rassemblement a réuni des figures politiques américaines des deux côtés, du chef de la majorité démocrate au Sénat, Chuck Schumer, au porte-parole des républicains au Congrès, Mike Johnson. Au cours du rassemblement, ce dernier a pris la parole : « <em>Ces appels pour un cessez-le-feu sont outrageux </em>(<em>tdlr</em>).&nbsp;» La foule avait répondu à son discours en criant : « <em>Pas de cessez-le-feu! </em>»</p>



<p class="wp-block-paragraph">Alors que la réponse militaire israélienne aux <a href="https://www.theguardian.com/us-news/2023/nov/14/march-washington-dc-israel-no-ceasefire" data-wpel-link="external" target="_blank" rel="external noopener noreferrer">attaques meurtrières</a> du Hamas du 7 octobre dernier a tué plus de 12 000 Palestiniens, selon le ministère de la santé palestinien, et <a href="https://www.lemonde.fr/international/article/2023/11/20/l-errance-des-habitants-de-gaza-dans-leur-ville-transformee-en-champ-de-ruines_6201294_3210.html" data-wpel-link="external" target="_blank" rel="external noopener noreferrer">détruit ou endommagé</a> près de la moitié de la ville de Gaza, les discours sur une potentielle évolution vers la paix <a href="https://www.theguardian.com/world/2023/nov/16/joe-biden-israel-hamas-war-ceasefire-defence-gaza-why-palestine" data-wpel-link="external" target="_blank" rel="external noopener noreferrer">peinent à s’imposer</a> dans les débats politiques aux États-Unis et en Europe.</p>



<p class="wp-block-paragraph"><em>Le Délit </em>s’est interrogé sur l’évolution des conceptions de la paix dans le cadre du conflit qui oppose Israël au Hamas. Pour ce faire, nous nous sommes entretenus avec un ancien professeur d’études religieuses de McGill, Norman Cornett.</p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong><em>Le Délit </em></strong>(<strong>LD</strong>) : <em>Comment comprendre ce rejet du cessez-le-feu par une partie de la population en Israël et aux États-Unis? La paix n’est-elle plus un idéal?</em></p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>Norman Cornett </strong>(<strong>NC</strong>) : Quand Mike Johnson a dit qu’un cessez-le-feu était un outrage, ça revenait à dire : « On appuie la guerre. » C’est s’afficher comme des belliqueux et dire que cette guerre est juste. Peut-on parler d’une guerre juste? N’y a‑t-il pas là une contradiction?</p>



<p class="wp-block-paragraph">Cette approche est dangereusement binaire. C’est soit Israël, soit Palestine. Vous êtes soit pour nous, soit contre nous. Quand on regarde ce qui se passe depuis le début de ce conflit, ceux et celles qui prônent un cessez-le-feu, ou plus, la paix, sont décriés et réduits au silence. C’est comme si la paix revenait à céder au terrorisme, céder au Hamas. La paix, pour ces personnes, c’est la trahison des pauvres innocents et innocentes morts lors des attaques du 7 octobre 2023. Donc, il n’y a pas de marge de manœuvre. Il n’existe aucune zone grise. Comment peut-on arriver à une solution quand tout est noir ou blanc, vrai ou faux, bon ou mauvais? Pour arriver au bout de ce conflit Israël-Hamas, il faut des compromis.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Pour moi, cette approche binaire revient à jumeler la guerre et la sainteté ou la guerre et le sacré. Pour les colons juifs en Israël, il ne s’agit pas d’un simple conflit géopolitique, de même, les combattants du Hamas sont engagés jusqu’à la mort dans une guerre sainte. Pour ces derniers, il s’agit de combattre jusqu’à sa destruction, il s’agit d’éradiquer Israël. Des deux côtés, les extrêmes ont sacralisé les enjeux. Ce phénomène est loin d’être unique à une religion. Dans les religions monothéistes, il y a cette idée centrale qu’on peut marier une cause sacrée avec le militarisme. Évidemment, on pense aux croisades du Moyen Age. C’était la guerre sainte. Il fallait se réapproprier la Terre sainte, Jérusalem, peu importe les pertes en vies humaines, peu importe les coûts. Sitôt qu’une religion vient sacraliser un conflit militaire, on se trouve dans une impasse. Donc, pour arriver à une solution et à la paix, il faut désacraliser.</p>



<blockquote class="wp-block-quote is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow">
<p class="has-text-align-center wp-block-paragraph">« C’est comme si la paix revenait à céder au terrorisme, céder au Hamas. La paix, pour ces personnes, c’est la trahison des pauvres innocents et innocentes morts lors des attaques du 7 octobre 2023 »</p>
</blockquote>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>LD </strong>: <em>Vous parlez d’une guerre sacralisée, est-ce que vous pouvez nous en dire plus?</em></p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>NC </strong>: Un cessez-le-feu de quatre jours a été déclaré, mais le cabinet israélien et le premier ministre Netanyahou ont dit : « Nous, on va continuer la guerre. » Au sein du cabinet israélien, plusieurs ministres affiliés à des mouvements d’extrême droite ont dit vouloir une nouvelle Nakba [exode de 800 000 Palestiniens après la défaite des pays arabes face à Israël en 1948, <em>ndlr</em>]. Ça veut dire : « On va se battre, on va les chasser du territoire. » Au début, on croyait que c’était pour répliquer à l’attaque meurtrière du Hamas le 7 octobre. Maintenant, on nous dit qu’après, il nous faut gérer Gaza. Rappelons que jusqu’en 2007, Israël occupait Gaza et avait des <em>kibboutz</em>, avant qu’Ariel Sharon les obligent à quitter Gaza, tout en maintenant un contrôle complet. Netanyahou dit maintenant : « On va assurer la sécurité d’Israël, peu importe l’issue du conflit. »</p>



<p class="wp-block-paragraph">Aussi longtemps qu’on a recours aux solutions uniquement militaires, on est pris dans ce cercle vicieux. À quand des pourparlers sur une solution à deux États, avec un État palestinien viable et des frontières contiguës? Sans solution politique, on est pris dans un engrenage de guerre éternelle, où le but n’est pas de chercher une solution autre que de les massacrer.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Quand on parle du conflit Israël-Hamas, c’est un euphémisme ; les deux belligérants sont engagés dans une guerre totale, une guerre où tous les moyens sont mobilisés et justifiés, et où il n’y pas de distinction entre civils et combattants. Il faut garder en tête que quand Netanyahou et les généraux israéliens nous parlent d’attaques précises, de bombardements ciblés, la réalité est toute autre. On est dans la guerre totale. Qui plus est, ce qui est pratiqué actuellement, c’est ce qu’on appelle la politique de la terre brûlée. On ne laisse rien. C’est exactement ce qu’Israël a fait en 2007 quand les colons ont quitté Gaza. Toutes les infrastructures qui étaient en place ont été rasées, pour ne plus rien laisser à la population sur place. Qu’est-ce qui se passe actuellement? La même politique de la terre brûlée. Qu’est-ce qui reste des infrastructures? Que ce soient les aqueducs, les hôpitaux, les centres d’accueil, presque tout a été détruit.</p>



<blockquote class="wp-block-quote is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow">
<p class="has-text-align-center wp-block-paragraph">« Il n’existe aucune zone grise. Comment peut-on arriver à une solution quand tout est noir ou blanc, vrai ou faux, bon ou mauvais? »</p>
</blockquote>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>LD </strong>: <em>Alors comment parler de paix?</em></p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>NC </strong>: Il faut démystifier, car la sacralisation du militarisme écarte la paix comme valeur fondamentale. Tant et aussi longtemps que la guerre reste plus grande que nature, qu’aucun compromis n’est permis, il n’y a pas de paix. Et je tiens encore comme spécialiste en sciences des religions, à souligner l’importance de la paix dans les religions monothéistes, en politique et en géopolitique. Chez les juifs, pour se saluer, on dit « Shalom », ce qui veut dire « la paix ». Et quand on salue quelqu’un, en tant que musulman, on dit « As-salaamu alaikum » : « que la paix soit sur vous. » Donc en philosophie et en théologie, on parle de hiérarchie des valeurs. Or, au sommet de cette hiérarchie, dans chacune des religions monothéistes, c’est la paix. Au point qu’elle a infusé la langue et même les liturgies. C’est là-dessus qu’il faut insister.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Il y a des idéaux vers lesquels on peut tendre, des rêves que l’on peut chercher à réaliser. La paix est l’un d’entre eux. Un excellent exemple ici, c’est Nelson Mandela, qui a reçu le prix Nobel de la paix. Retournons dans l’Histoire. Nelson Mandela est jeune, en Afrique du Sud, dans une société avec l’apartheid, et il se joint au Parti Africain en tant que marxiste où il prend les armes. Ça, on l’oublie bien souvent. Il a embrassé le militarisme pour atteindre son but : la fin de l’apartheid. Mais qu’est-ce qui est arrivé alors qu’il était emprisonné pendant plus de 20 ans sur l’île Robben? Il a réfléchi, et il y a eu un changement de cap chez lui. Son message, ce n’était plus la lutte armée pour en finir avec l’apartheid, mais c’était la résistance non violente. Or, vous le savez, l’Afrique du Sud en ce moment a appuyé haut et fort les Palestiniens dans le conflit présent, étant donné qu’ils se sont vus dans cette tentative de se libérer et ils sont conscients de l’héritage de Nelson Mandela et du modèle de son évolution politique.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Depuis le début de ce conflit, le récit qu’il faut suivre de près, c’est celui d’une perspective fataliste, portée par une partie de la classe politique et de la population, que la guerre est inévitable et qu’elle fait partie intégrante de la condition humaine, plus spécifiquement de l’histoire humaine. La question existentielle se pose, est-ce qu’on peut céder à un tel fatalisme? Non, mais où doit-on chercher la paix?</p>



<p class="wp-block-paragraph">Aujourd’hui, Biden est hautement critiqué sur la scène internationale, mais aussi domestique. Parce qu’au lieu d’être un médiateur, il affiche un soutien inconditionnel à Israël dans son offensive. Dans quelle mesure peut-il contribuer à des négociations sur la paix? On assiste peut-être à la fin de la « Pax Americana » des États-Unis comme gendarme du monde. Mais qui a créé l’onde de choc sur la scène diplomatique internationale en mars dernier, en actant le rapprochement de l’Iran Chi’ite, et de l’Arabie Saoudite Sunnite? Il s’agit de la Chine. Nous sommes peut-être au seuil d’un nouvel ordre mondial établi par la Chine, qui vient inaugurer au 21<em>e </em>siècle un autre <em>modus vivendi </em>sur les conflits : la « Pax Sinae ». Finalement, c’est peut-être la Chine qui pèsera sur le processus de paix au Moyen-Orient.</p>
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		<title>Elle s’appelait au féminin</title>
		<link>https://www.delitfrancais.com/2023/11/29/elle-sappelait-au-feminin/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Marie Prince]]></dc:creator>
		<pubDate>Wed, 29 Nov 2023 12:00:00 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Au féminin]]></category>
		<category><![CDATA[Philosophesse]]></category>
		<category><![CDATA[Slider]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>La fin d'un chapitre. </p>
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<p class="has-drop-cap wp-block-paragraph">La mémoire. Que reste-t-il des choses qui s’évaporent? Des choses dont on cesse de prendre soin? Que l’on cesse de nourrir? Qui n’ont existé que pour un temps, mais qui marquent si intensément nos coeurs? Le thème de cette édition résonne d’une façon bien particulière pour <em>Au Féminin</em>, car il s’agit de la dernière fois que la section est publiée au sein du <em>Délit</em>, la dernière fois que, pour elle, de nouveaux articles sont écrits. La dernière fois que j’écris un article pour ma section. Ma section que j’ai créée de toutes pièces pour parler de ce qui me fait le plus vibrer, parler de philosophie, de politique, d’affaires, de sexualité… au féminin. Donner à des sujets passionnants une couleur plus personnelle et créative et des nuances plus sensibles, écrire avec toute la force de ma féminité, pour faire vivre au sein du journal, au sein de notre université, le féminisme.</p>



<blockquote class="wp-block-quote is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow">
<p class="has-text-align-center wp-block-paragraph">« Dans notre journal, aura existé un espace dédié aux pensées, aux expériences et aux réflexions féminines d’une époque. Nous avons eu notre espace, celui dont Viriginia Woolf rêvait. Notre espace pour nous écrire. Un espace de liberté »</p>
</blockquote>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>Défi relevé?</strong></p>



<p class="wp-block-paragraph">Lorsque <em>Au Féminin </em>a été créé, on craignait qu’il n’y ait pas assez de sujets à aborder, que la section soit trop excluante et niche pour capter l’attention de son lectorat et ses écrivaines, que la section tourne en rond, tandis que je voulais parler du monde avec la même ferveur que le font les regards neutres et masculins. Alors, les contributrices et moi-même avons montré que le regard féminin, dans toute sa subjectivité, peut en dire autant sur le monde, et parvient même parfois à mieux en percevoir les contours. Chacune a pu démontrer, argumenter, prouver, aborder et revendiquer. Chaque semaine, le journal a fait vivre avec fierté les mots au féminin. Sans honte, le blanc de nos feuilles a fait ressortir l’écriture inclusive, les milliers de « e » et les prénoms aux sonorités si féminines. Parce qu’il y a tant à dire, j’aurais encore pu écrire durant des années, mais je suis déjà si fière de cette section, et de ce qu’elle est devenue. Nous avons parlé de révolution sexuelle, de lutte sociale, de confiance en soi, de mode, de positivité corporelle, d’intersectionnalité et de handicap. Deux violonistes nous ont même fait l’honneur de nous parler de leur parcours, de musique et de sensibilité. Pour l’édition spéciale sur la sexualité, la section a abrité un débat sur la pilule contraceptive, les expériences honnêtes d’étudiantes qui entretenaient des relations à distance, et un article qui me tenait particulièrement à coeur, sur les représentations des femmes au cinéma, en particulier au travers du sous-genre <em>Rape and Revenge</em>. Nous ne nous sommes pas arrêtées là, <em>Au Féminin </em>a pris le temps de l’été pour chercher de nouvelles inspirations chez les écrivaines, artistes et activistes qui font vivre notre société. Dès la rentrée, Layla a rédigé un article sur la Coupe du monde féminine de soccer, à côté de laquelle nous ne pouvions pas passer. Puis, il était temps de rendre hommage aux femmes ayant marqué mon été ; j’ai écrit sur Reality Winner. Ensuite, nous avons parlé d’engagement à l’université, de l’histoire littéraire des femmes, du regard masculin dans l’art, le cinéma et la société de consommation, du test de Bechdel, d’éducation sur la sexualité et l’identité de genre, et du culte de la femme-enfant en littérature. Une grande partie de la réalité humaine est intrinsèquement féminine, pour le meilleur, mais malheureusement aussi pour le pire. Avoir une section qui ne pense qu’à celles qu’on évince sans cesse de l’actualité est ainsi vital, en temps de guerre particulièrement. Lorsque les tensions au Moyen-Orient se sont ravivées, et ont fait trembler de tristesse notre conseil éditorial, j’ai écrit sur les violences contre les femmes et les filles en temps de guerre, pour ces victimes dont nous devons nous souvenir. J’ai aussi rédigé une ode à l’ennui, une réflexion sur le temps qui passe, quand les injonctions dictent de plus en plus l’existence féminine. Margaux a écrit sur les poils, avec une insolence saillante, mais si nécessaire, et finalement <em>Au féminin </em>a partagé son guide de voyage solitaire.</p>



<blockquote class="wp-block-quote is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow">
<p class="has-text-align-center wp-block-paragraph">« Chaque semaine, le journal faisait vivre avec fierté les mots au féminin »</p>
</blockquote>



<p class="wp-block-paragraph">La section a vraiment vécu et retrace maintenant quelques réflexions des étudiantes de notre temps. Alors à toutes les merveilleuses contributrices qui ont fait vivre un projet que j’aime tant : merci.</p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>Qu’en restera-t-il?</strong></p>



<p class="wp-block-paragraph">Maintenant, il semble qu’il est temps de tourner la page. Littéralement. Pour laisser place à de nouveaux esprits. Cela veut-il dire qu’ <em>Au Féminin </em>a fait son temps? Je crois que cela veut surtout dire qu’ <em>Au Féminin </em>est lié à qui je suis, et qu’il est maintenant temps pour d’autres de parler de ce qui les anime. Et je crois surtout que la section existera toujours, à travers les réflexions qu’elle a engendrées chez nos lecteur·rices, à travers les discussions et débats qu’elle a fait naître au sein de notre conseil éditorial et de toutes les possibilités qu’elle a offertes. Elle ne disparaît pas, elle fait maintenant partie de l’histoire du <em>Délit</em>, sa mémoire sera inscrite dans les archives, et je ferai lire les copies sur lesquelles elle était imprimée pendant des années encore. Les archives de journaux gardent en eux les pensées, les intentions et les problématiques d’un temps. Ils révèlent toute l’essence d’une époque, d’une communauté, d’un environnement. Tout? Vraiment? Comme Virginia Woolf le déplorait déjà en 1929, les femmes ont toujours manqué de cet espace physique et mental qui leur soit propre pour pouvoir créer, penser et exister en toute liberté. Alors, l’Histoire comme elle nous a été racontée ne dit souvent que très peu des expériences féminines, et on visualise les femmes du passé comme ces créatures soumises et enchaînées, qui n’ont que très peu apporté au monde. Mais ont-elles vraiment été si absentes de l’histoire ou n’avaient-elles justement pas cet espace pour se raconter? Dans notre journal, aura existé un espace dédié aux pensées, aux expériences et aux réflexions féminines d’une époque. Nous avons eu notre espace, celui dont Virginia Woolf rêvait. Notre espace pour nous écrire. Un espace de liberté.</p>



<blockquote class="wp-block-quote is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow">
<p class="wp-block-paragraph">« La section a vraiment vécu et retrace maintenant quelques réflexions des étudiantes de notre temps. Alors à toutes les merveilleuses contributrices qui ont fait vivre un projet que j’aime tant : merci »</p>
</blockquote>



<p class="wp-block-paragraph"><em>Au Féminin </em>vous dit au revoir. Je suis fière d’avoir eu la possibilité de créer une section qui a pu rendre hommage à tout ce que le féminisme m’a apporté. Je suis fière d’avoir pu le partager. Et je remercie mon équipe de m’avoir fait confiance, et d’avoir fait vivre la section par toutes leurs recommandations et objections. Je n’arrêterai pas d’écrire, car les mots existent à travers le temps et me rappellent de croire en mes doutes. Il y a eu un temps où je criais les mots sur les murs, ceux des collages contre les féminicides, où je les confinais dans les tréfonds de mes journaux intimes, où je les donnais à mes professeurs sans comprendre leur sens, où je les laissais hanter mon existence. Ici les mots, ils étaient pour vous aussi. J’espère qu’ils vous ont inspiré·e·s. Et surtout qu’ils vous rappelleront toujours, d’épouser votre féminité, de la brandir comme vous le souhaitez et de la laisser vous guider.</p>
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