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	<title>Archives des Le Délit et des livres - Le Délit</title>
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	<description>Le seul journal francophone de l&#039;Université McGill</description>
	<lastBuildDate>Tue, 15 Feb 2022 20:25:27 +0000</lastBuildDate>
	<language>fr-FR</language>
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		<title>Quelle heure est-il?</title>
		<link>https://www.delitfrancais.com/2022/02/16/quelle-heure-est-il/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Elissa Kayal]]></dc:creator>
		<pubDate>Wed, 16 Feb 2022 13:00:00 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Culture]]></category>
		<category><![CDATA[Le Délit et des livres]]></category>
		<category><![CDATA[Littérature]]></category>
		<category><![CDATA[Réflexion]]></category>
		<category><![CDATA[Barthes]]></category>
		<category><![CDATA[contemporain]]></category>
		<category><![CDATA[histoire]]></category>
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		<category><![CDATA[occident]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>Modernes, postmodernes, contemporains : réflexions sur le temps.</p>
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]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[
<p class="has-drop-cap">Apprendre à lire l’heure, ça prend toute une vie. Pourtant, nous nous obsédons à dire le temps. Une intuition&nbsp;nous gratte: <em>qui</em> nous sommes dépend de <em>quand</em> nous sommes. Alors chaque époque choisit ses termes. Chaque époque s’autodésigne et d’un même geste désigne les autres: ceux-ci sont antiques, ceux-là sont modernes. Et nous, qui et quand sommes-nous?</p>



<p>«Les moments de grande intensité se caractérisent par la formation ou la réactivation d’un mot», écrit l’historien allemand Hans Robert Jauss dans <em>Pour une esthétique de la réception. </em>Notre mot réactivé à nous, c’est «contemporain». Si, à son origine, l’adjectif désignait simplement un rapport de coprésence au temps qui passe, depuis un bon demi-siècle, «contemporaines» sont nos pratiques, littératures et danses, architectures et musiques; «contemporaine» est notre époque.&nbsp;</p>



<blockquote class="wp-block-quote has-text-align-center is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow"><p>«Notre mot réactivé à nous, c’est “contemporain”»</p></blockquote>



<p>Au 21<em>e</em> siècle, le marqueur d’époque se substantive: <em>le</em> contemporain, unité de désignation indépendante, semble surtout remplacer le concept de modernité et s’ajoute de ce fait à la longue liste des autres catégories historico-esthétiques (Modernité, Renaissance, Lumières, etc.). Toutefois, le contemporain résiste aux catégories. Il ne s’intéresse pas à <em>dire</em> notre temps, mais cherche au contraire à redéfinir notre rapport avec lui.</p>



<p><strong>Contre la (post)modernité&nbsp;</strong></p>



<p>Si le contemporain s’oppose à la modernité, c’est justement pour critiquer sa compréhension&nbsp;épochale de l’histoire et son problème de périodisation.&nbsp;Selon le critique littéraire français Lionel Ruffel, le rapport moderne au temps mène à une représentation bornée, séquentielle et homogénéisante de l’histoire, faisant taire le «brouhaha» ambiant de chaque époque (<em>Brouhaha. Les mondes du contemporain</em>). Et en plus d’être trop fausse pour être vraie, la conception historique de la modernité appartient à une conception coloniale, ségrégationniste et eurocentrique du monde, où l’histoire de l’Occident s’impose à tous comme l’Histoire avec un grand «H».</p>



<blockquote class="wp-block-quote has-text-align-center is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow"><p> «En plus d’être trop fausse pour être vraie, la conception historique de la modernité appartient à une conception coloniale, ségrégationniste et eurocentrique du monde, où l’histoire de l’Occident s’impose à tous comme l’Histoire avec un grand “H”»</p></blockquote>



<p>Rejetant la vision de l’histoire et les valeurs de la modernité, plusieurs sociologues et artistes après la Deuxième Guerre mondiale ont qualifié leur temps de «postmoderne». Toutefois, comme Lionel Ruffel et d’autres théoriciens le soulignent, le terme «postmoderne» renforce la conception linéaire et catégorique (donc moderne) de l’histoire, où les paradigmes se substituent au lieu de se chevaucher. Le suffixe <em>post</em>- implique aussi l’existence de l’histoire moderne alors que les penseurs contemporains cherchent plutôt à dénoncer le caractère <em>illusoire</em> du métarécit (Jean-François Lyotard). Car si le contemporain marque la fin d’une époque pour l’Europe et pour les États-Unis, il s’agit d’une continuation ou, au contraire, d’une naissance pour les autres nations sur la scène mondiale. Le mot «postmoderne», rejeté, renforce un «imaginaire de la fin».&nbsp;</p>



<p><strong>Mais alors, qu’est-ce que le contemporain?</strong></p>



<p>Le contemporain est, avant tout, une <em>décentralisation</em> du pouvoir et une ouverture aux voix les plus diverses, même si contradictoires. C’est aussi une ouverture aux autres temps et, de ce fait, une ouverture aux autres approches narratives de l’histoire. En art, le contemporain se dote de la valeur de l’indistinction. Concrètement, l’espace artistique et culturel devient plus horizontal, démocratique, social, populaire. Le lieu sacralisé de la contemplation, le musée, perd en quelque sorte de son autorité devant de nouveaux espaces multifonctionnels, tournés vers l’expérience et la diversité.</p>



<p>Le nouvel espace artistique est celui de la <em>multitude</em>. C’est ce qui explique les nouvelles formes de la publication littéraire aujourd’hui (micro ouverts, festivals, blogues, etc.): pour la multitude, il ne faut pas <em>une</em> sphère publique, mais une <em>multitude</em> d’espaces publics. L’art contemporain, même le plus silencieux et solitaire (la littérature), est donc exposé, performé, in situ, multi-support. S’éloignant du <em>sacré</em>, l’écrivain est visible, accessible, médiatisé (doit l’être), et la publication n’est plus seulement celle de la littérature-texte, qui est de plus en plus remise en question par la mercantilisation du monde littéraire et par le capitalisme culturel.</p>



<blockquote class="wp-block-quote has-text-align-center is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow"><p>«L’art contemporain, même le plus silencieux et solitaire (la littérature), est donc exposé, performé, in situ, multi-support»</p></blockquote>



<p>Gardons cependant en tête le «brouhaha» contemporain: le nouvel espace artistique ne remplace pas l’ancien, mais l’accompagne dans une arène conflictuelle proprement contemporaine. Le musée existe toujours et la vision sacralisée de la littérature aussi. Seulement, ils ne sont plus qu’une des actualisations <em>possibles</em> de l’art. Cette logique de «l’ajout» est primordiale pour comprendre le contemporain: «Pas de substitution, des additions», répète Ruffel.</p>



<p><strong>Dans l’ombre des mots</strong></p>



<p>Toutefois, malgré les valeurs identifiables de l’art d’aujourd’hui, le contemporain n’est pas un «courant» et nous n’en sommes ni les précurseurs ni les principaux acteurs. Si l’anthropologue Bruno Latour a eu raison d’écrire <em>Nous n’avons jamais été modernes</em>, alors nous avons <em>toujours</em> été contemporains. Chaque époque, avant d’être introduite à l’histoire cohérente et sans relief de la modernité, est contemporaine, c’est-à-dire chaotique, multiple, contradictoire. Si nous sommes «les&nbsp;contemporains», ce n’est pas pour nous démarquer de l’identité historique des autres époques, mais justement pour nous définir par l’insaisissable et indéfinissable contemporanéité propre à <em>toutes</em> les époques. Nœud du paradoxe: en refusant de s’attribuer une catégorie historico-esthétique homogénéisante, le «contemporain», en quelque sorte et par dépit, devient la nôtre.&nbsp;</p>



<p>Revenons donc à notre question&nbsp;première: qui et quand sommes-nous? Selon Roland Barthes, «le contemporain est inactuel». Nous ne pouvons donc pas être «contemporains». Pour Giorgio Agamben, on ne peut pas «être contemporain» comme on ne peut pas «être à la mode». Dès que nous sommes «à la mode», nous sommes déjà démodés. Parallèlement, le contemporain est ce regard constamment tourné vers l’obscurité, c’est-à-dire cette part encore inconnue, non explorée, indicible de chaque présent. Car le contemporain est le présent pur, exact, qui nous dépasse tout le temps: il est une asymptote, et nous ne pouvons pas nous y tenir. Comme le présent, nous ne pouvons que vivre dans son ombre.&nbsp;</p>



<blockquote class="wp-block-quote has-text-align-center is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow"><p>«Selon Roland Barthes, “le contemporain est inactuel”. Nous ne pouvons donc pas être “contemporains”»</p></blockquote>



<p>Alors, l’art contemporain existe-t-il vraiment? À certaines questions n’existent que de mauvaises réponses. Mais il faut encore savoir chercher quelle heure il est.</p>



<p></p>



<p></p>



<p></p>
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		<item>
		<title>La terre lie le corps au ciel, la poésie aussi</title>
		<link>https://www.delitfrancais.com/2022/02/09/la-terre-lie-le-corps-au-ciel-la-poesie-aussi/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Kamélia Hadjadji]]></dc:creator>
		<pubDate>Wed, 09 Feb 2022 13:00:24 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Culture]]></category>
		<category><![CDATA[Le Délit et des livres]]></category>
		<category><![CDATA[Littérature]]></category>
		<category><![CDATA[Création]]></category>
		<category><![CDATA[critique]]></category>
		<category><![CDATA[culture]]></category>
		<category><![CDATA[mémoire d&#039;encrier]]></category>
		<category><![CDATA[poésie]]></category>
		<category><![CDATA[Recueil de poésie]]></category>
		<guid isPermaLink="false">https://www.delitfrancais.com/?p=47029</guid>

					<description><![CDATA[<p>Retour sur le recueil La danse du figuier.</p>
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										<content:encoded><![CDATA[
<p class="has-drop-cap">La poète Emné Nasereddine écrit aux sien·ne·s. D’une encre faite de terre et d’arbres fruitiers, elle raconte un monde, une poésie qui s’échappe d’un recueil en trois parties: la grand-mère, la mère et la fille. Trois branches du figuier coupé à l’entrée de la maison familiale. </p>



<blockquote class="wp-block-quote has-text-align-center is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow"><p>&nbsp;«La poésie, c’est le présage offert dans la paume de sa main droite, dans le marc de son café»</p></blockquote>



<p>Il y a la grand-mère, Khawla. On l’appelle Téta, terme intime pour désigner la grand-mère en arabe libanais. Elle prépare le thé. La poète trace ses contours, lui offre une voix. Une voix prévenue, celle d’après les violentes catastrophes provoquées par les convoiteurs du Sud-Liban: «Plus loin que le mûrier, c’est l’enfer me dit Téta». Rien ne semble avoir bougé dans le creux maternel de ses bras. Elle distribue les denrées de l’héritage, joue le rôle de toutes les mères du passé. Nourrice originelle qui somme ses enfants fuyant·e·s de ne pas oublier la mer, les figuiers. Mère-terre, la grand-mère entretient un rapport immédiat au territoire et à ses éléments; la poésie, c’est le présage offert dans la paume de sa main droite, dans le marc de son café. La poète lui lance des questions et c’est la terre qui répond, le mûrier qui sert de barbelés. «Chez nous, tout commence par la poésie. Mais cela dépend de l’idée qu’on se fait de la poésie», disait l’écrivain algérien Kateb Yacine à propos des fellahs<strong><span class="has-inline-color has-actu-color"> </span></strong>de son pays. Au Sud-Liban, la guerre a figé l’espace, fait tarir la source des voix, mais Téta continue de préparer le thé. La poésie est parente du miracle.</p>



<p>Il y a la mère, Fadwa,<em> la sacr(ifi)ée </em>– ou plutôt sa disparition: la mère est décédée, la deuxième partie du recueil s’ouvre sur sa mise en terre. Or, elle n’est pas absente, seulement liminale. Entre le passé de la grand-mère et le présent de la fille, la mère est au ciel. Entre son corps et son nom s’infiltrent le sable, l’eau, l’argile, car si c’est<em> </em>la terre qui lie le corps au ciel, alors «à quoi bon retenir la chair?» Dans le vertige du deuil, la fille rappelle la défunte en quelques mots; ceux du corps –&nbsp;«le fil à coudre», «ton manteau d’hiver»&nbsp;– rencontrent ceux de la terre –&nbsp;«les dattes», «l’eau de rose»&nbsp;– et s’entrelacent. Ainsi se présente l’invisible, <em>la sacrée</em>, invitée rituellement par les sien·ne·s pour un café, du pain. La femme-soleil devient mère-étoile, le corps archivé par la terre.</p>



<p>Il y a la fille-poète, Emné. Après la mort, il y a l’exil, puis le retour au pays, et l’exil de nouveau – un cycle qui ne se raconte plus. Entre ici et là-bas, elle n’a qu’un corps. Il s’épanche, fait de son mieux pour supporter l’angoisse et le froid brûlant de Montréal. Une question s’impose: comment lier le corps au ciel lorsque la terre n’est plus? «J’écrirai», «j’échafaude des poèmes» ou encore «j’ai signé», nous dit Emné. Il faut (ac)coucher (de) la terre sur papier, restituer le figuier coupé, le thym sauvage et le vent sec de la plaine par les mots. Cette troisième partie du recueil est la plus riche en références au pays, justement parce qu’il a fallu le quitter. La poésie devient alors un refuge (le dernier?) qui puisse accueillir la «femme cardamome» et le «soleil sumac». Écrire, donc, son corps-terre après l’exil pour continuer de pousser, sauf que les choses ne sont pas si simples car son enfant refusera peut-être de naître, nous avertit Emné, héritière pourtant de «l’ossature des femmes fertiles» de sa contrée. Dans les non-lieux du déracinement, la fille-poète qui pleure la mer voit se profiler la fin de sa lignée. Le ton est amer, l’espoir ténu, mais il faut louer la ténacité d’une terre incrustée sous les ongles. Un mot de Miron pour clore l’œuvre porte le souhait de cette ardeur: «j’ai quitté mon pays mais je ne désoleillerai pas».</p>



<blockquote class="wp-block-quote has-text-align-center is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow"><p>«La femme-soleil devient mère-étoile, le corps archivé par la terre»</p></blockquote>



<p>Un figuier ne se laisse pas abattre facilement. Dans le pays de Kateb Yacine, ils sont sacrés par la mémoire, portent les noms des fellahs qui les ont plantés. Dans le pays d’Emné, l’ombre planante du figuier coupé nous accompagne du prologue à la toute fin dans sa subtile danse faite de femmes et de poésie.</p>



<p class="has-text-align-right">«Entre ciel et mère,</p>



<p class="has-text-align-right">me terrer.»</p>



<p></p>



<p></p>



<p></p>
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			</item>
		<item>
		<title>Nous n’avons pas à être seul·e·s</title>
		<link>https://www.delitfrancais.com/2022/02/09/nous-navons-pas-a-etre-seul%c2%b7e%c2%b7s/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Étienne Maillé]]></dc:creator>
		<pubDate>Wed, 09 Feb 2022 13:00:05 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Culture]]></category>
		<category><![CDATA[Le Délit et des livres]]></category>
		<category><![CDATA[Littérature]]></category>
		<category><![CDATA[Slider]]></category>
		<category><![CDATA[Arts visuels]]></category>
		<category><![CDATA[bande dessinée]]></category>
		<category><![CDATA[BD]]></category>
		<category><![CDATA[critique]]></category>
		<category><![CDATA[illustration]]></category>
		<category><![CDATA[littérature québécoise]]></category>
		<category><![CDATA[pow pow]]></category>
		<category><![CDATA[roman graphique]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>Le très doux Symptômes de Catherine Ocelot.</p>
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										<content:encoded><![CDATA[
<p class="has-drop-cap">L’état de santé de Mireille s’est détérioré depuis quelque temps. «Vue trouble, tremblements sporadiques, douleurs aux jambes, paralysies temporaires… Sang qui tire sur le orange… » L’âge? Une maladie plus inquiétante? Dans un épisode de <em>Grey’s Anatomy</em>, la pauvre dame se verrait sans doute diagnostiquer une quelconque infection rare, un rien abracadabrant, qui serait heureusement réglé <span class="has-inline-color has-grisfonce-color">in extremis</span>, juste avant le générique de l’épisode. Dans <em>Symptômes</em>, la plus récente bande dessinée de Catherine Ocelot, c’est plutôt d’une solitude aiguë dont Mireille souffre. D’urgence, on lui recommande de joindre les Solitaires Anonymes. Une analyse de rêve et des muffins lui sont prescrits. </p>



<p>Sans même avoir vu – <span class="has-inline-color has-grisfonce-color">mea culpa</span> – un seul épisode de l’éternelle série de Shonda Rhimes, il semble assez peu risqué d’affirmer que la BD, bien qu’elle s’ouvre sur une déclaration d’amour pour <em>Grey’s Anatomy</em> et ses docteur·e·s à la beauté/carrure/compétence/adresse/etc. quasi-caricaturale, nous emporte vers des chemins plus oniriques. Après <em>La vie d’artiste</em>, Catherine Ocelot signe de nouveau une œuvre vaguement autofictionnelle, dont le noyau amalgame les liens interpersonnels, la médecine, notre rapport à la santé et au bien-être, les rêves, des réflexions plus ou moins psycho-pop, et des plantes. La forme, qui fait alterner quelques trames narratives et des moments qui relèvent plus d’une sorte de poésie visuelle, permet à l’ensemble d’évoluer d’une manière très naturelle, organique, de façon à ce que les presque 300 pages de l’album en paraissent beaucoup moins. La lecture est fluide, et le texte-image coule de source.</p>



<blockquote class="wp-block-quote has-text-align-center is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow"><p>«Dans son œuvre, Catherine Ocelot nous invite à réaliser que nous ne sommes pas si différent·e·s de ces plantes: nous avons tout autant besoin de soins, d’attention et d’amour»</p></blockquote>



<p><strong>Histoires de plantes</strong></p>



<p>Les plantes qu’on invite chez nous ne survivront pas seules. Elles ont besoin de soins, d’attention, d’amour, même si certaines doivent se méfier lorsqu’elles rencontrent ceux·lles qui seront appelé·e·s à remplir ce rôle délicat. Dans son œuvre, Catherine Ocelot nous invite à réaliser que nous ne sommes pas si différent·e·s de ces plantes: nous avons tout autant besoin de soins, d’attention et d’amour. Les Solitaires Anonymes, comme des plantes qu’on abreuve pour la première fois depuis trop longtemps, semblent revivre et s’épanouir lentement au contact de leurs semblables. Planche par planche, une communauté se crée. Mireille qui ne s’écoute pas. Esther qui ne peut accueillir les confidences des autres. Catherine qui se cherche une «mère intérieure», une figure capable de bienveillance envers elle. Ces histoires s’entremêlent, se donnent brièvement aux lecteur·rice·s, puis disparaissent, laissent la place aux fragments suivants. On comprendra que <em>Symptômes </em>ne se présente pas vraiment comme une histoire suivie, mais le livre n’en garde pas moins une cohérence, une unité qui laisse une impression de douceur, un confort de lecture certain. L’album s’offre un peu à la manière d’une courtepointe: chaque élément qui le compose tire force et sens de ses voisins.</p>



<p><strong>L’universalité qu’on veut bien lui donner</strong></p>



<p><em>La vie d’artiste </em>(2018), le titre précédent d’Ocelot, a en quelque sorte pavé le chemin à <em>Symptômes</em>. On y suivait déjà cette Catherine – le personnage, pas (nécessairement) l’autrice – dans ses questionnements plus ou moins existentiels, ses inquiétudes, ses joies et ses peines. La quatrième BD de l’artiste est à mon sens plus radicale encore dans ce virage intimiste: dans le ton comme dans la forme, on a parfois l’impression d’assister, presque en direct, au spectacle d’une pensée qui se fait et qui tourne autour d’une question, incertaine d’arriver un jour à une réponse définitive. On en vient même à se demander si une telle chose nous apporterait vraiment un réconfort. Il y a quelque chose de l’impressionnisme dans la proposition de Catherine Ocelot: la promesse d’un regard particulier sur le monde – et ses habitant·e·s.&nbsp;</p>



<blockquote class="wp-block-quote has-text-align-center is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow"><p>«On comprendra que <em>Symptômes </em>ne se présente pas vraiment comme une histoire suivie, mais le livre n’en garde pas moins une cohérence, une unité qui laisse une impression de douceur, un confort de lecture certain. L’album s’offre un peu à la manière d’une courtepointe: chaque élément qui le compose tire force et sens de ses voisins» </p></blockquote>



<p><strong>Une éthique&nbsp;</strong></p>



<p>Dans les plus belles planches de ce livre, des femmes s’enlacent, s’offrent mutuellement leur soutien. Une grand-mère et sa petite-fille. Des amies. Une mère et sa fille. Les Solitaires Anonymes. Sans l’accompagnement du texte, occupant souvent toute la page, ces dessins rythment le récit, offrent des moments de répits après les moments où la vulnérabilité des personnages atteint son paroxysme. À la souffrance et à la solitude, Catherine Ocelot répond dans son livre par une véritable déclaration: nous n’avons pas à être seul·e·s. Un programme auquel il est difficile de ne pas adhérer, ne serait-ce que le temps d’une lecture, puis d’une autre. </p>



<blockquote class="wp-block-quote has-text-align-center is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow"><p>«À la souffrance et à la solitude, Catherine Ocelot répond dans son livre par une véritable déclaration: nous n’avons pas à être seul·e·s»</p></blockquote>



<p>Le message de cette œuvre convient-il à tout le monde? Est-ce que <em>Symptômes</em> révèle des vérités cachées du monde, un sens commun à l’existence humaine? Ce serait, je crois, mal lire l’œuvre que de lui prêter ces intentions: nos vies se croisent comme autant de fils. Nos existences sont tricotées serrées, ou lâchement, pour le meilleur et pour le pire: on peut s’y sentir enveloppé·e·s ou étouffé·e·s. En paix, ou esseulé·e·s. <em>Symptômes</em> brosse le portrait de quelques-unes de ces existences le temps d’une convergence, d’un moment où les paroles sont douces et les sentiments et les secrets, partagés. Certain·e·s, dans cet universalisme subjectif, se retrouveront. C’est à eux·lles que l’œuvre s’adresse.</p>
<p>L’article <a href="https://www.delitfrancais.com/2022/02/09/nous-navons-pas-a-etre-seul%c2%b7e%c2%b7s/" data-wpel-link="internal">Nous n’avons pas à être seul·e·s</a> est apparu en premier sur <a href="https://www.delitfrancais.com" data-wpel-link="internal">Le Délit</a>.</p>
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		<title>Casque fa camion loi mille livret latin</title>
		<link>https://www.delitfrancais.com/2022/01/19/casque-fa-camion-loi-mille-livret-latin/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Étienne Maillé]]></dc:creator>
		<pubDate>Wed, 19 Jan 2022 13:00:00 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Culture]]></category>
		<category><![CDATA[Le Délit et des livres]]></category>
		<category><![CDATA[Littérature]]></category>
		<category><![CDATA[Slider]]></category>
		<category><![CDATA[bande dessinée]]></category>
		<category><![CDATA[BD]]></category>
		<category><![CDATA[football fantaisie]]></category>
		<category><![CDATA[littérature québécoise]]></category>
		<category><![CDATA[pow pow]]></category>
		<category><![CDATA[zviane]]></category>
		<guid isPermaLink="false">https://www.delitfrancais.com/?p=46230</guid>

					<description><![CDATA[<p>Traduction: «C’est l’histoire de deux petites filles».</p>
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										<content:encoded><![CDATA[
<p class="has-drop-cap">Nous sommes en 2017, et les élections canadiennes battent leur plein. Si la course entre le parti libertaniste et le Nouveau-parti est serrée, une province paraît décidée à voter une fois de plus pour le parti chargé de représenter ses intérêts dans un Canada qui ne semble que trop souvent vouloir les oublier… Le Québec? Non, il s’agit plutôt de l’archipel de Banane-banane, situé au nord de la Gaspésie, dont la langue donne son titre au présent article, mais aussi à la bande dessinée dont il est question. Pour des locuteur·rice·s du français, cette langue est étrangement familière et pourtant radicalement incompréhensible: «Le Canada nous déteste» devient «Si Canada poste noir», et «Mot-si grec Youtube» veut sûrement dire quelque chose comme «&nbsp;Mets-la [une vidéo] sur Youtube». <em>Football-Fantaisie</em>, le titre de l’album, n’est d’ailleurs que le nom de l’une des villes de l’archipel, qui compte également Football-Marshall et Football-Simplement. Bien malin·<span class="has-inline-color has-grisfonce-color">gn</span>e qui dira le sens que Zviane donne à ces mots; les lecteur·rice·s sont forcé·e·s de tenter de traduire la langue de Banane-banane&nbsp;en se fiant au contexte, et ce n’est souvent pas si simple! C’est justement là que réside à mon sens l’un des grands plaisirs de cette œuvre: la babélisation que subit le français, dont on reconnaît les mots mais plus le sens, rend la lecture de cette «&nbsp;langue pas possible» étonnamment divertissante.</p>



<p><em>Football-Fantaisie</em> n’est toutefois pas (qu’)une fiction politique: la campagne électorale et les manifestations faisant rage à Banane-banane ne font en fait qu’une toile de fond à l’histoire de Frédérique et d’Annabelle, deux jeunes filles («mille livret latin», dans la langue locale) en cavale depuis qu’elles ont fui l’antre d’un authentique savant fou, robots tueurs compris. L’expérience, pour laquelle les enfants de douze et six ans faisaient office de cobayes, consiste <em>grosso modo</em> à leur conférer le pouvoir de réorganiser la matière. Bien entendu, un tel pouvoir se révèle rapidement dangereux, et Joan, l’ex-universitaire à l’origine du projet, sombre rapidement dans la paranoïa à l’idée que l’armée tente de lui dérober les résultats de ses recherches. Beaulieu, l’assistant du projet et lui-même le premier cobaye doté de cet incroyable pouvoir, trouve d’ailleurs la mort en tentant de libérer les deux jeunes filles, et ce, dès les premières planches. Apeurées, esseulées, perdues dans une ville où on ne parle pas leur langue, les deux fillettes tentent par tous les moyens de contacter le monde extérieur tout en échappant à leurs poursuivants.</p>



<blockquote class="wp-block-quote has-text-align-center is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow"><p>«La facture graphique respire ce joyeux anarchisme du projet porté par Zviane»</p></blockquote>



<p><strong>De l’efficacité du récit</strong></p>



<p>Zviane entremêle dans <em>Football-Fantaisie</em> plusieurs trames narratives, se bornant à un élément formel simple: le noir et blanc concerne les analepses qui mènent à la mort de Beaulieu, un personnage dont la mort annoncée devient de plus en plus tragique à mesure que sa vie nous est révélée. La couleur est réservée au présent des autres histoires qui se déroulent: la campagne électorale, la fuite des deux filles, les déboires de Joan, les manigances d’une vieille dame qui entraîne des rats, l’éveil politique d’Alice, une jeune banane-bananienne en butte à l’autorité, et j’en passe. Ces nombreuses trames se mélangent, se croisent à l’occasion, donnant parfois une impression de désordre qui est loin de nuire au plaisir de ce texte. Cet apparent désordre s’explique facilement lorsqu’on sait que <em>Football-Fantaisie</em>, le livre, est en quelque sorte l’intégrale d’un feuilleton publié par Zviane dans sa «revue» autopubliée <em>La jungle</em>. Dans la présentation de cette revue, l’autrice conclut en nous rappelant que «dans <em>La jungle</em>,&nbsp;il n’y a pas de règles; c’est la jungle!» On retrouve cette énergie dans <em>Football-Fantaisie</em>, dont la facture graphique respire ce joyeux anarchisme du projet porté par Zviane. Les dessins sont nerveux, les mouvements exagérés – les jambes dans les scènes de course occupent par exemple la moitié d’une case ou même d’une planche, en dépit de toute proportion. Ce style, qui peut sembler moins travaillé qu’un ancien album de l’autrice comme <em>Les deuxièmes</em> (2013) ou <em>Apnée</em> (2010), s’explique par un défi personnel: ne pas faire de crayonné – sorte de brouillon avant le dessin final –, mais travailler à l’encre tout de suite. L’esthétique de Zviane – qui se réinvente d’ailleurs de projet en projet – donne ici une impression d’urgence, de quasi-immédiateté parfaitement en phase avec le récit qui se déroule devant nous.</p>



<p><strong>Histoire de langage(s)</strong></p>



<p>Si la langue de Banane-banane, menacée par le français parlé dans le reste de ce drôle de Canada inventé par Zviane, est un élément important de cette œuvre, elle n’est en fait qu’un élément d’un thème plus vaste, à savoir une réflexion sur la langue que semble sous-tendre le texte en entier. En plus de cette langue, on trouve des personnages qui zozotent, qui parlent du nez, qui bégaient, qui utilisent la langue des signes québécoise, l’anglais… L’autrice remercie même quelqu’un pour les conseils sur l’hindi (à noter que l’auteur de ces lignes, il faut humblement l’avouer, n’a pas su repérer l’hindi dans le texte)! Le français lui-même est trituré selon un procédé simple, mais excessivement amusant: les personnages «&nbsp;parlent&nbsp;» le français selon leur niveau de maîtrise de cette langue. Ainsi, les participes passés, les homophones, les mots compliqués sont assujettis à l’identité des personnages d’une manière qui échappe – heureusement – au bête jugement de valeur. Il aurait été trop facile d’accentuer la bêtise de certains protagonistes par leur maîtrise inégale de la grammaire française, mais c’est là un piège que Zviane évite avec une élégance certaine: en généralisant le procédé, qui n’épargne finalement que très peu de personnages, l’œuvre en vient à rendre acceptable ce petit décalage par rapport à la norme. Anabelle, qui a six ans, prononce donc les mots de manière quasi-phonétique, ce qui ne fait que la rendre plus attachante encore. L’amoureuse de Beaulieu fait aussi des fautes, mais le texte ne lui en tient pas rigueur. Au même titre que la langue mystérieuse de Banane-banane, ce français légèrement à côté de celui qu’on doit parler à l’Académie est vivant, attachant, et beaucoup plus significatif qu’une langue qui chercherait à aplanir les différences linguistiques.&nbsp;</p>



<blockquote class="wp-block-quote has-text-align-center is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow"><p>«L’esthétique de Zviane – qui se réinvente d’ailleurs de projet en projet – donne ici une impression d’urgence, de quasi-immédiateté parfaitement en phase avec le récit qui se déroule devant nous»</p></blockquote>



<p>C’est là, à mon sens, l’une des grandes réussites de Zviane: par des personnages hauts en couleurs, elle parvient non seulement à faire tenir une intrigue volontairement un peu bancale, mais aussi à faire de la langue, ou plutôt du langage, un matériau au service d’une œuvre intelligente, originale et excessivement réjouissante.</p>
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		<title>Septembre poésie</title>
		<link>https://www.delitfrancais.com/2021/09/21/septembre-poesie/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Florence Lavoie]]></dc:creator>
		<pubDate>Tue, 21 Sep 2021 15:34:01 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Culture]]></category>
		<category><![CDATA[Le Délit et des livres]]></category>
		<category><![CDATA[Littérature]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>Le Délit vous présente quelques parutions récentes en poésie québécoise.</p>
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										<content:encoded><![CDATA[
<blockquote class="wp-block-quote has-text-align-left is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow"><p>il faut te trouer encore</p><p>tu es une passoire</p><p>tes cernes coulent sur le plancher</p><p>le vent te traverse en sifflant</p><cite>Camille Paré-Poirier</cite></blockquote>



<p><strong><em>Dis merci</em>, Camille Paré-Poirier (Ta Mère)</strong></p>



<p><em>Dis merci</em> raconte en s’affranchissant de la prose ; il va droit à l’essentiel. Honnête, réel, le recueil suit Camille et s’adresse à elle à travers un <em>tu</em> douloureusement vrai, de ses douze à ses vingt-trois ans. Camille est diagnostiquée, à l’aube de l’adolescence, d’une tumeur à la moelle épinière ; à douze ans, son corps ne lui appartient subitement plus. Tout en soulevant des questions sur l’écriture de soi, <em>Dis merci</em> livre un narratif de manière franche et décomplexée.</p>



<figure class="wp-block-image size-large"><img fetchpriority="high" decoding="async" width="667" height="1000" src="https://www.delitfrancais.com/wp-content/uploads/2021/09/dis_merci_c1_web-1-667x1000.jpg" alt class="wp-image-44636" srcset="https://www.delitfrancais.com/wp-content/uploads/2021/09/dis_merci_c1_web-1-667x1000.jpg 667w, https://www.delitfrancais.com/wp-content/uploads/2021/09/dis_merci_c1_web-1-330x494.jpg 330w, https://www.delitfrancais.com/wp-content/uploads/2021/09/dis_merci_c1_web-1-768x1151.jpg 768w, https://www.delitfrancais.com/wp-content/uploads/2021/09/dis_merci_c1_web-1-1025x1536.jpg 1025w, https://www.delitfrancais.com/wp-content/uploads/2021/09/dis_merci_c1_web-1-1367x2048.jpg 1367w, https://www.delitfrancais.com/wp-content/uploads/2021/09/dis_merci_c1_web-1-600x900.jpg 600w, https://www.delitfrancais.com/wp-content/uploads/2021/09/dis_merci_c1_web-1.jpg 1501w" sizes="(max-width: 667px) 100vw, 667px"><figcaption><span class="media-credit"> </span></figcaption></figure>



<blockquote class="wp-block-quote is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow"><p>courir dehors et tout prendre</p><p>tout perdre à gorge déployée</p><p>les portes grandes ouvertes</p><p>les mains pleines d’espace</p><p>la bouche remplie de joie et de tiges sauvages</p><cite>Anick Arsenault</cite></blockquote>



<p><strong><em>Habitantes</em>, Anick Arsenault (L’Écrou)</strong></p>



<p>Avant-dernière parution des Éditions de l’Écrou, <em>Habitantes</em> creuse les souffrances d’une femme, celles qu’apportent toutes les facettes de l’identité. La voix du recueil creuse l’individuel tout autant que le collectif ; elle est vulnérable et solidaire. L’imaginaire déployé est large mais garde le cap, convoque habilement l’urbain et le naturel, les fait se côtoyer, cohabiter l’un dans l’autre. Les images sont plurielles, comme les expériences du <em>je</em> qui y prend parole.</p>



<p></p>



<figure class="wp-block-image size-large"><img decoding="async" width="667" height="1000" src="https://www.delitfrancais.com/wp-content/uploads/2021/09/couvertureHabitantes-dessus-667x1000.jpg" alt class="wp-image-44637" srcset="https://www.delitfrancais.com/wp-content/uploads/2021/09/couvertureHabitantes-dessus-667x1000.jpg 667w, https://www.delitfrancais.com/wp-content/uploads/2021/09/couvertureHabitantes-dessus-330x494.jpg 330w, https://www.delitfrancais.com/wp-content/uploads/2021/09/couvertureHabitantes-dessus-768x1151.jpg 768w, https://www.delitfrancais.com/wp-content/uploads/2021/09/couvertureHabitantes-dessus-1025x1536.jpg 1025w, https://www.delitfrancais.com/wp-content/uploads/2021/09/couvertureHabitantes-dessus-1367x2048.jpg 1367w, https://www.delitfrancais.com/wp-content/uploads/2021/09/couvertureHabitantes-dessus-600x900.jpg 600w, https://www.delitfrancais.com/wp-content/uploads/2021/09/couvertureHabitantes-dessus.jpg 1419w" sizes="(max-width: 667px) 100vw, 667px"><figcaption><span class="media-credit"> </span></figcaption></figure>



<blockquote class="wp-block-quote is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow"><p>Comme il</p><p>doit être doux</p><p>ce luxe</p><p>de se voir partout</p><p></p><p>pour ne pas avoir à écrire</p><p>sur soi</p><cite>Elkahna Talbi&nbsp;</cite></blockquote>



<p><strong><em>Pomme Grenade</em>, Elkahna Talbi (Mémoire d’encrier)</strong></p>



<p>Le deuxième recueil d’Elkahna Talbi porte un regard doux, mais critique sur l’identité, les relations amoureuses et le politique. Les vers sont courts et intimes, dans un souffle à la fois direct et délicat, tout en musicalité. Le lien entre intime et politique est paradoxal&nbsp;; le recueil le convoque avec justesse, questionnant notamment la représentation des femmes racisées dans la culture populaire romantique. Les enjeux sociaux y côtoient néanmoins les expériences amoureuses en toute subtilité.</p>



<figure class="wp-block-image size-large"><img decoding="async" width="604" height="1000" src="https://www.delitfrancais.com/wp-content/uploads/2021/09/C1_Pomme-Grenade_VF-604x1000.jpg" alt class="wp-image-44638" srcset="https://www.delitfrancais.com/wp-content/uploads/2021/09/C1_Pomme-Grenade_VF-604x1000.jpg 604w, https://www.delitfrancais.com/wp-content/uploads/2021/09/C1_Pomme-Grenade_VF-302x500.jpg 302w, https://www.delitfrancais.com/wp-content/uploads/2021/09/C1_Pomme-Grenade_VF-768x1272.jpg 768w, https://www.delitfrancais.com/wp-content/uploads/2021/09/C1_Pomme-Grenade_VF-927x1536.jpg 927w, https://www.delitfrancais.com/wp-content/uploads/2021/09/C1_Pomme-Grenade_VF-1236x2048.jpg 1236w, https://www.delitfrancais.com/wp-content/uploads/2021/09/C1_Pomme-Grenade_VF-scaled.jpg 1545w" sizes="(max-width: 604px) 100vw, 604px"><figcaption><span class="media-credit"> </span></figcaption></figure>



<blockquote class="wp-block-quote is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow"><p>ce n’est pas un appartement</p><p>mais une futaie d’échardes</p><p>s’éternisant à croire</p><p>en nos mythes ensemencés</p><p>nous inexploitables</p><p>déférés à la logique par le vocabulaire total</p><p>je veux t’avoir sur le bout de la langue</p><p>passer la nuit à te chercher</p><cite>Thomas Windisch</cite></blockquote>



<p><strong><em>Mécanique élémentaire</em>, Thomas Windisch (Poètes de brousse)</strong></p>



<p><em>Mécanique élémentaire</em> est dense de l’imaginaire foisonnant du <em>je</em> qui s’exprime. Une relation prend vie dans le recueil et convoque le quotidien de manière étonnante, demandant toute l’attention de la personne qui lit. Ce sont les choses voilées, la sensibilité des éléments concrets au jour le jour qui sont creusés, puis confrontés à la part de grandeur que peuvent contenir les premières heures du matin, dans un habile jeu de balancier.</p>



<figure class="wp-block-image size-large"><img loading="lazy" decoding="async" width="647" height="1000" src="https://www.delitfrancais.com/wp-content/uploads/2021/09/Mécanique-élémentaire_COUV_CHOIX-647x1000.jpg" alt class="wp-image-44640" srcset="https://www.delitfrancais.com/wp-content/uploads/2021/09/Mécanique-élémentaire_COUV_CHOIX-647x1000.jpg 647w, https://www.delitfrancais.com/wp-content/uploads/2021/09/Mécanique-élémentaire_COUV_CHOIX-324x500.jpg 324w, https://www.delitfrancais.com/wp-content/uploads/2021/09/Mécanique-élémentaire_COUV_CHOIX-768x1187.jpg 768w, https://www.delitfrancais.com/wp-content/uploads/2021/09/Mécanique-élémentaire_COUV_CHOIX-994x1536.jpg 994w, https://www.delitfrancais.com/wp-content/uploads/2021/09/Mécanique-élémentaire_COUV_CHOIX-1325x2048.jpg 1325w, https://www.delitfrancais.com/wp-content/uploads/2021/09/Mécanique-élémentaire_COUV_CHOIX.jpg 1650w" sizes="auto, (max-width: 647px) 100vw, 647px"><figcaption><span class="media-credit"> </span></figcaption></figure>
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		<title>Se reconstruire dans la tempête</title>
		<link>https://www.delitfrancais.com/2021/09/14/se-reconstruire-dans-la-tempete/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Florence Lavoie]]></dc:creator>
		<pubDate>Tue, 14 Sep 2021 14:37:11 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Culture]]></category>
		<category><![CDATA[Le Délit et des livres]]></category>
		<category><![CDATA[Slider]]></category>
		<category><![CDATA[eau]]></category>
		<category><![CDATA[femmes]]></category>
		<category><![CDATA[gaspésie]]></category>
		<category><![CDATA[roman]]></category>
		<category><![CDATA[virginie dechamplain]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>Le roman Les falaises propose une plongée intergénérationnelle.</p>
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										<content:encoded><![CDATA[
<p class="has-drop-cap"><em>Les falaises</em>, premier roman de l’autrice Virginie DeChamplain, raconte l’histoire de V., qui retrouve sa Gaspésie natale lorsque le corps de sa mère s’échoue sur les berges du Saint-Laurent. Plongée dans un deuil conflictuel, la narratrice ressasse la relation difficile qu’elle entretenait avec sa mère. Le roman en est un de guérison et de reconstruction de soi; à travers la mémoire autant individuelle que collective, de la Gaspésie jusqu’aux falaises islandaises, V. fait la paix avec son enfance et avec le souvenir de sa mère.&nbsp;</p>



<p><strong>Retour au bercail</strong></p>



<p>Dès les premières pages du roman, V. rejoint la Gaspésie à reculons, où elle se retrouve quelque part entre la nécessité de faire le tri dans la maison de la défunte et les tempêtes intérieures qu’occasionnent le retour au bercail et le décès de la mère. L’enfance remonte et d’anciennes plaies s’ouvrent ; la narratrice se voit désireuse d’en finir au plus vite avec cette douleur, dans « l’impression brûlante de découvrir l’histoire pour mieux l’effacer ». Cependant, contre toute attente, elle exhorte sa soeur et sa tante venues l’aider de rentrer chez elles et entreprend de vider seule la maison, malgré son envie pressante de laisser la Gaspésie derrière elle pour retrouver la frénésie montréalaise et y enterrer ses souvenirs. La nécessité de guérir fait alors surface et s’ensuit un long processus de réparation ancré dans la violence des traumatismes de l’enfance, qui amènera la narratrice jusqu’en Islande, lieu de naissance de sa grand-mère maternelle, qu’elle n’a jamais connue.&nbsp;</p>



<blockquote class="wp-block-quote has-text-align-center is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow"><p>«La voix est orale, familière, décomplexée&nbsp;; elle brille des imaginaires qui l’habitent — ceux des vents et des marées — et raconte par bribes, par impressions sensorielles»</p></blockquote>



<p>La maternité s’impose comme l’un des thèmes les plus importants du roman. Culturellement, la maternité est glorifiée ; la vie d’une femme n’est complète que lorsque celle-ci devient mère et ses enfants deviennent le centre de sa vie et l’essence de son être. Pourtant, en réalité, un enfant peut être source d’une myriade de sentiments négatifs comme il peut être source de joie. La société ne permet cependant pas à la mère de vivre ces sentiments négatifs en toute légitimité, elle n’accepte pas que si la magie se transmet, les traumatismes aussi. Le roman ressasse alors ces visions à travers les personnages de V., de sa mère Frida, de sa grand-mère Claire et de son amante Chloé et les remet en question pour mieux les déconstruire. L’utilisation de ce thème trouve son importance dans cette déconstruction. La bonne mère n’est pas celle qui disparaît tout entière&nbsp;; cette mère-là n’existe pas. Le roman rend sa complexité à la maternité, la questionne. À travers l’abus vécu par V. et sa sœur ainsi que la relation entre Claire et Frida, il interroge les rapports entre la mère et la fille et redonne leur légitimité aux sentiments conflictuels qui peuvent cohabiter avec l’amour maternel si souvent glorifié et simplifié.&nbsp;</p>



<p><strong>Roman de la filiation</strong></p>



<p>Le roman mêle trois voix : celle de la narratrice principale, celle de sa mère qui se manifeste sous la forme de courts poèmes, et celle de sa grand-mère déployée à travers des entrées de journal que V. découvre dans la maison à vider. La narratrice retrace les parcours des deux femmes à mesure qu’elle se reconstruit et qu’elle apprivoise son deuil. Dans l’oeil social, l’individualité des mères tend à disparaître — l’essence de la femme se retrouve alors injustement réduite à sa maternité, ce qui, notamment, fait souffrir Claire: «Mon nom n’existe plus. Plus personne ne s’en souvient. Je suis maman maintenant. Maman! Maman la guérisseuse, la cuisinière, la couveuse, maman la disciplinaire, la couturière, la maîtresse.» Cette mère, celle de Frida, aime ses enfants plus que tout au monde, mais sent son identité faillir et se perdre derrière sa maternité. L’inclusion des récits des aïeules amène V. à les considérer tout entières, à voir les femmes qu’elles étaient au-delà de leur maternité. Cela lui permet de comprendre qui était vraiment sa mère et, dans une certaine mesure, de lui pardonner les crises, les déracinements, la folie.&nbsp;</p>



<p>Néanmoins, les trois voix se superposent d’une manière telle qu’elles se fondent l’une dans l’autre, que la raison d’être de chacune se perd dans les deux autres, rendant le message de chacune plus difficile à déceler. V. emprunte le chemin de sa mère et de cette grand-mère qu’elle n’a pas connue ; vient alors l’impression que les histoires se répètent sans dénouement et que le désir de fuite initial de la narratrice ne trouve pas d’évolution, ne connaît qu’une transformation subite.&nbsp;</p>



<blockquote class="wp-block-quote has-text-align-center is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow"><p>«La figure de la femme, dans le roman, est à l’image de celle de la mer&nbsp;; grande, belle, puissante»</p></blockquote>



<p><strong>Langue et mer</strong></p>



<p>C’est une langue simple et épurée qui traverse <em>Les falaises</em>. À travers des phrases courtes, parfois averbales, elle dépasse souvent l’énonciation et les règles de syntaxe et tend à rendre avec authenticité le ressenti de la narratrice — cru, sec, à vif et dénué de toute fioriture qui ne lui est pas essentielle. La voix est orale, familière, décomplexée&nbsp;; elle brille des imaginaires qui l’habitent — ceux des vents et des marées — et raconte par bribes, par impressions sensorielles. Le roman est fort d’une poétique marine propre aux lieux qui sont le théâtre de la guérison de V.; partout le lectorat retrouve la mer, ses tempêtes et son potentiel cathartique. L’histoire se déploie à travers la violence de cet imaginaire et les corps fusionnent avec l’eau, depuis le motif du cadavre rejeté par le fleuve jusqu’au désir de V. de se « projeter dans le paysage ». L’eau est menaçante, mais elle lave aussi. La mer et le fleuve sont des lieux familiers et réconfortants pour la narratrice, là où elle revient. La narration reprend le ressac des vagues dans les allées et venues de V. et dans le va-et-vient entre les différentes voix.&nbsp;</p>



<blockquote class="wp-block-quote has-text-align-center is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow"><p>«L’eau est menaçante, mais elle lave aussi»</p></blockquote>



<p>La figure de la femme, dans le roman, est à l’image de celle de la mer ; grande, belle, puissante. Les femmes des <em>Falaises</em> font partie intégrante du monde, elles s’affirment comme sujets. Elles s’affranchissent du regard des hommes et de la société, des attentes qui leur sont extérieures, des jeux de séduction hétéronormatifs dont elles ne veulent pas. Elles construisent leurs histoires selon leur bon vouloir et laissent transparaître le désir profond de se sauver soi-même et de vivre.</p>



<p><em>Les falaises</em>, premier roman de Virginie DeChamplain, a été publié en février 2020 aux éditions La Peuplade.</p>
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		<item>
		<title>Quête de soi poétique</title>
		<link>https://www.delitfrancais.com/2021/09/03/quete-de-soi-poetique/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Sophie Ji]]></dc:creator>
		<pubDate>Fri, 03 Sep 2021 19:04:00 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Culture]]></category>
		<category><![CDATA[Le Délit et des livres]]></category>
		<category><![CDATA[Littérature]]></category>
		<category><![CDATA[Slider]]></category>
		<category><![CDATA[critique]]></category>
		<category><![CDATA[culture]]></category>
		<guid isPermaLink="false">https://www.delitfrancais.com/?p=44365</guid>

					<description><![CDATA[<p>Retour sur La fille d’elle-même de Gabrielle Boulianne-Tremblay.</p>
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										<content:encoded><![CDATA[
<p class="has-drop-cap">Dans son premier roman autofictionnel <em>La fille d’elle-même</em>, Gabrielle Boulianne-Tremblay raconte le parcours d’une femme trans qui tentera de «&nbsp;[donner] naissance à celle qui attendait dans la mort&nbsp;». Le roman suit la narratrice de l’enfance à l’âge adulte sans jamais dévoiler son nom. La protagoniste est d’abord une enfant sans cesse comprise par ses pairs comme un garçon, puis une adolescente qui ne comprend pas pourquoi on s’efforce de l’appeler par un prénom « qui ne lui appartient pas ». Devenue adulte, elle s’affirmera pour elle-même.</p>



<p><strong>Une écriture évocatrice</strong></p>



<p><em>La fille d’elle-même</em> débute avec « <a href="https://www.facebook.com/GabrielleBoulianneTremblay/posts/le-manifeste-de-la-femme-transdites-moi-donc-que-cest-pas-normal-darriver-dans-u/1862074113913168/" target="_blank" rel="noreferrer noopener external" data-wpel-link="external">Le Manifeste de la femme trans</a> », un poème écrit par Gabrielle Boulianne-Tremblay en 2018. Dans ce poème mis en préface, la répétition d’un « dites-moi donc que c’est pas normal » expose strophe après strophe la culture de la violence dirigée envers les personnes trans, mais une lueur d’espoir est annoncée par un « parlez-nous d’amour » vers la fin du poème. La richesse poétique de cette préface est coupée par le début du premier chapitre, où une écriture descriptive plus simple et didactique expose l’ampleur du mal-être et le jeune âge de la narratrice au début de l’histoire. Plus la narratrice s’ouvre à sa féminité et apprend à se connaître, plus l’autrice rallonge ses phrases et étoffe le roman de figures de style évocatrices qui rendent compte de l’entremêlement de crainte et d’espoir vécu par la narratrice. L’écriture semble alors davantage évoluer au rythme du processus de réalisation de soi de la narratrice qu’au rythme du vieillissement de cette dernière. Par exemple, lors de la rencontre avec un raton laveur où la narratrice, enfant, verbalise pour la première fois « je suis une fille », l’autrice inclut une première énumération remplie d’espoir qui expose le premier rapport positif au corps de la protagoniste : « je me vois avec des cheveux longs, une robe, des ongles nacrés, des bracelets de toutes les couleurs, je me vois et on me dit que je suis belle ».</p>



<p><strong>Réfléchir à soi</strong></p>



<p>Bien que le parcours de l’enfance à l’âge adulte de la protagoniste soit condensé dans les 344 pages du roman, le récit est agréablement ralenti par l’ajout d’extraits du journal intime de la narratrice. Ces derniers soulignent le refuge émancipateur que devient peu à peu l’écriture pour la narratrice. Les extraits du journal de la narratrice ponctuent le texte de réflexions et d’observations percutantes qui sensibilisent le lectorat à la violence créée par une société dans laquelle la transidentité est peu reconnue et représentée : « Je suis un beau petit gars, c’est ce qu’on attend de moi. Vous êtes servis. Vous n’avez plus qu’à me dévorer, il ne reste plus rien de moi. » En exposant l’ampleur du mal-être de la narratrice causé par la méconnaissance de sa transidentité par la société, <em>La fille d’elle-même</em> encourage le lectorat à réfléchir à ses propres préconceptions intériorisées de la transidentité et des personnes trans. Ces réflexions nécessaires sont abordées de façon accessible tout au long du roman grâce au détour par la fiction et à la plume poétique et claire de Gabrielle Boulianne-Tremblay. </p>
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		<title>Oxymores et littérature</title>
		<link>https://www.delitfrancais.com/2020/09/15/oxymores-et-litterature/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Louis-Charles Girard]]></dc:creator>
		<pubDate>Tue, 15 Sep 2020 13:05:27 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Culture]]></category>
		<category><![CDATA[Le Délit et des livres]]></category>
		<category><![CDATA[Littérature]]></category>
		<category><![CDATA[Québec]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>Présentation des cinq œuvres du Prix littéraire des collégiens 2020.</p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p>L’éducation contemporaine est fondée sur l’oxymore du désir élitiste de se démarquer des autres et du désir de son accessibilité à tous·tes. Cette antithèse prend toute sa splendeur lorsque l’on observe certaines universités américaines qui développent de vastes programmes d’aide financière et de recrutement d’étudiant·e·s « défavorisé·e·s », mais qui n’augmentent pas la taille de leurs classes.</p>
<p>Cette dichotomie contamine de manière similaire la littérature contemporaine. On lui donne une valeur puisqu’elle n’est pas lue par tous·tes, mais l’on argumente que tous·tes devraient la consommer de leur plein gré, dans leur temps libre. Le <a href="https://prixlitterairedescollegiens.ca/" data-wpel-link="external" target="_blank" rel="external noopener noreferrer">Prix littéraire des collégiens</a> siège dans le gris de cette opposition. Il offre une&nbsp;opportunité que seul·e un·e professionnel·le de la littérature pourrait habituellement saisir, soit prendre le temps de lire gratuitement cinq livres québécois parus dans la dernière année. De plus, les délibérations ouvrent la porte à un processus démocratique et à de nombreux débats. Enfin, l’œuvre sélectionnée par le plus grand nombre de&nbsp;cégeps remporte le Prix littéraire des collégiens&nbsp;ainsi que la bourse qui lui est&nbsp;associée.</p>
<p>Puisqu’il n’est pas véritablement nécessaire de passer à travers chacune des publications littéraires québécoises pour goûter à cette littérature, le Prix littéraire est une occasion pour les lecteurs et lectrices d’obtenir des recommandations et de dénicher les oeuvres suivant leurs goûts. Après tout, le rôle des critiques est de démêler les Tolstoï des Shapiro. Ainsi, voici un résumé des cinq œuvres uniques que nous proposait la cohorte 2020.</p>
<p><strong><a href="http://www.edvlb.com/offrandes/louis-carmain/livre/9782896498062" data-wpel-link="external" target="_blank" rel="external noopener noreferrer"><em>Les offrandes</em></a></strong> —<strong> Louis Carmain — VLB Éditeur</strong><br>
Plongeant&nbsp;au sein du Mexique contemporain, <em>Les offrandes</em> explore la juxtaposition de la tradition culturelle au réalisme hobbesien du quotidien d’une femme dans un pays inhospitalier. Maude, qui a quitté la Côte-Nord du Québec pour devenir&nbsp;inspectrice spécialisée en disparition d’animaux domestiques, s’engage à contrecœur dans le double meurtre d’une femme de chambre et de sa petite sœur. À travers un vocabulaire qui fait tourner les pages de nos dictionnaires, l’on remet en question les intentions et les valeurs derrière chaque interaction&nbsp;de ces personnages à la crasse flamboyante. En nous attachant aux individus qui nous déçoivent par leur instinct de survie cru, notre lumière de lecture se ferme bien tard avec ce livre en main.<br>
<em>Recommandé aux personnes qui mangent piquant pour le plaisir.</em></p>
<p><strong><a href="https://www.lequartanier.com/catalogue/ouvrir.htm" data-wpel-link="external" target="_blank" rel="external noopener noreferrer"><em>Ouvrir son cœur</em></a> — Alexie Morin — Le Quartanier</strong><br>
Savoir comment être en société est une tâche bien ardue. Justement, qu’arrive-t-il quand l’on ne sait pas comment et que l’on est forcé de continuer à naviguer cet engourdissement des attentes, des responsabilités, de l’estime d’autrui et de la solitude? Alexie Morin explore ses souvenirs, son enfance, ses rêves, sa fuite vers Montréal, mais surtout sa honte. <span style="color: #000000;"><em>Ouvrir son cœur</em> </span>encadre l’incursion au sein de la psyché humaine et de ses irrationalités. Cette introspection n’est pas pour n’importe quel public, mais les personnes qui s’y reconnaîtront pourront enfin avoir la certitude que leur torpeur n’était pas singulière et isolée.<br>
<em>Recommandé aux personnes qui se cherchent depuis longtemps.</em></p>
<p><strong><a href="http://memoiredencrier.com/shuni/" data-wpel-link="external" target="_blank" rel="external noopener noreferrer"><em>Shuni</em></a> — Naomi Fontaine — Mémoire d’encrier</strong><br>
Naomi Fontaine raconte à son amie Shuni, fille canadienne-française qui a quitté Uashuat<span style="color: #000000;">, </span>le village innu de l’autrice, la progression de sa réflexion sur sa condition d’existence autochtone. La narratrice utilise aussi ses pages pour prévenir son fils des différentes formes que prendront les assauts à son identité<span style="color: #000000;">. </span>La vie est un cercle que Naomi Fontaine traduit en prose pour relater le profond caractère humain des personnes qu’elle côtoie ou observe. <em>Shuni</em> est une œuvre sensible de la réalité coloniale contemporaine<span style="color: #000000;">&nbsp;</span>et en vaut le détour.<br>
<em>Recommandé aux personnes à l’intérieur des frontières du Canada, et ailleurs.</em></p>
<p><strong><a href="https://www.lequartanier.com/catalogue/arthur.htm" data-wpel-link="external" target="_blank" rel="external noopener noreferrer"><em>L’évasion d’Arthur ou La commune d’Hochelaga</em></a> — Simon Leduc — Le Quartanier</strong><br>
Sous le ciel gris de Montréal, les pieds humides de neige fondue entrée dans nos bottes, l’on découvre l’histoire d’Arthur qui fugue de ses deux maisons pour vendre ses pilules afin de changer le monde et sauver son ami itinérant schizophrène. Arthur a 10 ans et ne sait pas naviguer sa relation étrange avec son père anarchiste et sa mère travailleuse sociale. D’un optimisme agressif qui réclame le nettoyage de personnages souillés, Simon Leduc nous introduit dans un univers tangiblement envoûtant&nbsp;qui pourrait très bien se dérouler en ce moment, près de la ligne verte.<br>
<em>Recommandé aux personnes qui n’aiment pas la police, mais un peu en fait.</em></p>
<p><strong><a href="http://www.pol-editeur.com/index.php?spec=livre&amp;ISBN=978-2-8180-4708-8" data-wpel-link="external" target="_blank" rel="external noopener noreferrer"><em>Suzanne Travolta</em></a> — Elisabeth Benoît — P.O.L. éditeur</strong><br>
Vous saurez exactement tout ce qu’il n<span style="color: #000000;">’é</span>tait pas nécessaire à savoir et rien de ce qui a capté votre attention.<span style="color: #ff0000;">&nbsp;</span>Par contre, cette exploration de la socialisation contemporaine, où s’imbriquent des histoires ficelées d’une main experte, ne vous permettra pas de l’abandonner<span style="color: #339966;"><span style="color: #ff0000;">&nbsp;</span></span>si vite. En suivant Suzanne, première narratrice du roman, les amoureux échappent leurs papillons, les filles crédules s’y connaissent et les figures deux-dimensionnelles prennent de la profondeur. Surtout que&nbsp;Suzanne est espionnée par deux agents secrets. Montréal a toujours des histoires à faire découvrir, et la plume d’Elisabeth Benoît en est une qui nous laisse jeter un coup d’œil derrière le lourd rideau de velours que sont les façades sociales.<br>
<em>Recommandé aux personnes qui veulent essayer d’impressionner autrui avec leurs lectures.</em></p>
<p>La culture prend sa valeur de la croissance intellectuelle et des réflexions qui en émergent. Justement, le Prix littéraire des collégiens a un important effet de démystification du « monde adulte ». Ayant souvent été seulement immergé dans des œuvres « réussies », il est désillusionnant de constater que certaines choses aussi tangibles que des livres écrits, publiés, imprimés, reliés et vendus peuvent être abruptement mauvais. Cependant, les œuvres épatantes prennent de l’ampleur par la corde raide qu’elles ont su traverser jusqu’à notre fibre humaine. Cela nous rappelle que le futur est notre création et que certaines choses qui semblent bien solides ne tiennent pas toujours debout. <span style="color: #ff0000;">&nbsp;</span></p>
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		<title>Le Délit et des livres</title>
		<link>https://www.delitfrancais.com/2019/11/12/le-delit-et-des-livres/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Audrey Bourdon]]></dc:creator>
		<pubDate>Tue, 12 Nov 2019 17:35:17 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Culture]]></category>
		<category><![CDATA[Le Délit et des livres]]></category>
		<category><![CDATA[Slider]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>Le Délit vous présente quelques parutions récentes en poésie québécoise.</p>
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		<title>Herman Hesse et le sublime</title>
		<link>https://www.delitfrancais.com/2019/10/29/herman-hesse-et-le-sublime/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Athénaïs Cornette]]></dc:creator>
		<pubDate>Tue, 29 Oct 2019 15:51:04 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Culture]]></category>
		<category><![CDATA[Le Délit et des livres]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>Retrouvez l’oeuvre marquante de la semaine : Le Loup des steppes.</p>
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]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<p class="p1"><span class="s1">« J</span><span class="s1">e l’ai lu quand j’avais ton âge, c’est un roman initiatique. » Voilà le mot qui accompagne le paquet que ma mère me donne le jour de mes 18 ans. Je l’ouvre et découvre le roman <i>Le Loup des steppes</i> de Hermann Hesse. C’est aujourd’hui, après l’avoir lu pour la seconde fois, que je comprends véritablement à quoi il devait m’initier. </span></p>
<p class="p4"><span class="s2"><b>L’homme et le loup</b></span></p>
<p class="p5"><span class="s1"><i>Le Loup des steppes</i> raconte l’histoire d’un erratique, Harry Haller, un homme à l’intelligence effarante vivant en contradiction avec son époque. Ainsi, il ne parvient pas à s’accommoder à l’existence, et vit dans le fantasme de la mort. Hermann Hesse nous emmène avec cet homme, qui apprendra à se confronter à l’existence, à&nbsp;l’apprécier&nbsp;et à l’expérimenter, grâce à sa rencontre avec une jeune fille aérienne et intelligente. Une jeune fille qui non seulement lui fera goûter aux plaisirs de la vie, mais lui permettra aussi de comprendre qu’il est responsable de son malheur, dans lequel il s’empêtre volontairement, par paresse ou par fascination. </span></p>
<p class="p2"><span class="s1">Cette dualité, il l’intellectualise par la métaphore du loup, symbole de lui-même qu’il se représente mentalement. Dans son imaginaire, il se métamorphose régulièrement. Ainsi, Harry et son loup des steppes, ou loup errant, incarnent un paradoxe propre à l’humanité : celui de l’être de Nature en opposition à l’être de Culture, et la tension qui en émane. Mais le propos de Hermann Hesse va plus loin : il parle de la multiplicité de l’âme&nbsp;</span><span class="s1">disant que l’Homme s’est toujours projeté comme un être unitaire, alors qu’il n’a de cesse de se découvrir tout au long de sa vie. L’auteur nous rappelle que chaque individu porte en lui l’être qu’il a été à chaque étape de sa vie. Ainsi, son évolution est consubstantielle à sa diversité. Ce roman nous apprend l’importance de l’évolution et de la nécessité à ne pas se suffire de la définition que l’on se fait de nous-mêmes. </span></p>
<p class="p4"><span class="s2"><b>Le rejet de la société</b></span></p>
<p class="p5"><span class="s1">Dans ce récit surprenant de justesse et d’originalité, Hermann Hesse condamne la société dans laquelle il vit, puis se réconcilie avec elle en préconisant, non pas l’accommodement, mais l’affrontement. Harry Haller a certes des croyances&nbsp;—&nbsp;il&nbsp;croit au sublime, à l’Art, à Mozart, et à ceux qu’il appelle les Immortels, génies étant parvenus à atteindre le sublime à travers leurs oeuvres&nbsp;—, mais il est incapable de vivre ailleurs<span class="Apple-converted-space">&nbsp; </span>que dans celles-ci. Il n’arrive pas à expérimenter son temps, et vit dans le fantasme d’une époque révolue. Harry Haller apparaît pour un moment comme un esprit pusillanime, qui refuse d’expérimenter son temps, et qui ne parvient pas à se confronter à lui-même. Ce dégoût envers la société et ce qui la constitue est un enjeu intemporel. À l’ère des réseaux sociaux, du changement climatique, de l’éloignement de l’humain et de la nature, ce roman aborde un sujet qui n’aura jamais été aussi actuel : comment s’enraciner dans notre société quand celle-ci ne correspond pas à nos idéaux? La modernité et la justesse de ce récit font de lui, à mon sens, un des romans les plus marquants du 20<i>e </i>siècle. </span></p>
<p class="p2"><span class="s1">Je compris alors à quoi ma mère voulait m’initier en m’offrant <i>Le Loup des steppes</i> : à poser mon regard sur l’existence. </span></p>
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		<title>Éric Plamondon : droit au but</title>
		<link>https://www.delitfrancais.com/2019/10/22/eric-plamondon-droit-au-but/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Capucine Delattre]]></dc:creator>
		<pubDate>Tue, 22 Oct 2019 15:21:49 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Culture]]></category>
		<category><![CDATA[Le Délit et des livres]]></category>
		<category><![CDATA[Littérature]]></category>
		<guid isPermaLink="false">https://www.delitfrancais.com/?p=34730</guid>

					<description><![CDATA[<p>L’écrivain québécois se fait petit à petit une renommée pour ses textes engagés.</p>
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]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<p class="p1"><span class="s1">C</span><span class="s1">ertaines plumes font des manières, prennent leur temps, s’épanouissent dans l’image et l’implicite. D’autres s’épargnent toutes ces fioritures et vont immédiatement tailler dans le vif, découper les tranches les moins reluisantes du réel et les exposer au regard stupéfait de leurs lecteur·rice·s. Celle d’Éric Plamondon fait partie de la seconde catégorie. </span></p>
<p class="p2"><span class="s1">Dans ses deux romans les plus récents, <i>Taqawan </i>(2017) et <i>Oyana </i>(2019), le Québécois établi à Bordeaux s’intéresse à deux sujets en apparence assez éloignés l’un de l’autre, soit les événements de Restigouche de 1981 et l’héritage laissé par l’ETA&nbsp;— un groupe terroriste pro-indépendance basque, très actif dans les années 1990 dans la région — à sa dissolution en 2018. Des sujets étrangers en apparence seulement, car pour qui s’y intéresse de plus près, ces deux récits partagent de vraies similitudes dans leurs manières d’aborder les thèmes de l’identité, de la coexistence et de la loyauté. Chacun des deux romans décortique un conflit particulier, son contexte, son enjeu. Solidement documentées, bien ficelées, assez didactiques dans le ton, engagées sans verser dans la caricature, les deux œuvres sont construites sur un fond théorique qui n’empêche nullement le déploiement d’un certain lyrisme, au contraire. Plamondon cultive un goût pour l’anecdote, le détail technique et la précision historique, convaincu que ce sont les petites histoires qui font la grande. Il mêle ainsi l’intime à l’universel, avec des personnages un peu cabossés qui deviennent les porte-paroles d’idéaux qui les dépassent. Éric Plamondon sait à la fois prendre son public par la main et le remettre à sa place : avec fermeté, pédagogie, douceur. Un équilibre rare, qui donne lieu à des romans marquants. </span></p>
<p class="p4"><span class="s2"><b><i>Taqawan : </i>histoire de destruction</b></span></p>
<p class="p5"><span class="s1"><i>Taqawan</i>, peut-être le plus ambitieux des deux textes, se construit à mi-chemin entre le policier, le roman de mœurs et le traité de biologie, un mélange aussi improbable que réussi. Le·a lecteur·rice se trouve déconcerté·e, presque agressé·e de toutes parts ; par la violence du prologue, par la masse d’information reçue, par la détresse des personnages. Un trouble parfaitement maîtrisé par l’écrivain, qui guide ainsi son lectorat dans les méandres de l’événement, en révèle le côté tragique comme insolite, et parvient à créer un quatuor inoubliable de personnages aussi disparates que complémentaires. Le roman ne perd jamais de vue le sujet central de l’histoire du Québec, tant sur le plan social que culturel, sur ses aspects les plus graves comme les plus légers. L’auteur articule avec justesse la crise écologique, environnementale, territoriale et humaine en montrant combien les tensions peuvent s’exacerber les unes les autres.</span></p>
<p class="p4"><span class="s2"><b><i>Oyana </i>: mémoires et héritage</b></span></p>
<p class="p5"><span class="s1">Dans <i>Oyana</i>, seuls deux personnages portent l’histoire, et encore, on ne les découvre qu’à travers une longue lettre, écrite par Oyana à son compagnon Xavier. Cela suffit cependant pour camper le couple avec une redoutable efficacité, et pour faire de ce court roman une lecture fulgurante. En 150 pages à peine, l’on comprend dans quelle mesure le passé de l’héroïne est relié à celui de l’ETA, combien elle a passé sa vie à se fuir elle-même, comment elle en est venue à renverser du jour au lendemain les fragiles fondations d’une existence dans laquelle elle ne s’est jamais reconnue. </span></p>
<p class="p2"><span class="s1">Plus intimiste, mais peut-être encore plus violent que <i>Taqawan</i>, <i>Oyana</i> brosse un portrait touchant d’une femme privée de son existence par des idéaux auxquels elle n’est même pas certaine d’avoir cru, et laisse à son·sa lecteur·rice un sentiment assez unique : un mélange d’effroi et de fascination. </span></p>
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		<item>
		<title>Reconquérir sa littérature</title>
		<link>https://www.delitfrancais.com/2019/09/17/reconquerir-sa-litterature/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Jérémie-Clément Pallud]]></dc:creator>
		<pubDate>Tue, 17 Sep 2019 16:44:58 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Culture]]></category>
		<category><![CDATA[Le Délit et des livres]]></category>
		<category><![CDATA[Littérature]]></category>
		<category><![CDATA[Slider]]></category>
		<guid isPermaLink="false">https://www.delitfrancais.com/?p=34275</guid>

					<description><![CDATA[<p>Retrouvez l’oeuvre marquante de la semaine : Une enfance créole.</p>
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]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<p class="p1"><span class="s1">P</span><span class="s2">armi les représentant·e·s de la littérature antillaise, rares sont ceux·celles ayant réussi à se faire un nom dans le paysage littéraire de la France hexagonale. Patrick Chamoiseau est de ceux·celles-là — en atteste le Prix Goncourt qui lui fut attribué en 1992 pour <i>Texaco</i>. Si ce roman constitue indéniablement une œuvre phare de la littérature antillaise de la fin du 20<i>e</i> siècle, sa trilogie <i>Une enfance créole</i> est pour moi le plus marquant de ses écrits.</span></p>
<p class="p2"><strong><span class="s2">Enfance martiniquaise</span></strong></p>
<p class="p4"><span class="s2">Le long de cette fresque autobiographique, Patrick Chamoiseau partage les souvenirs des premières années de sa vie à Fort-de-France, et s’interroge sur la construction de l’enfant en milieu postcolonial. Dans le premier tome <i>Antan d’enfance</i> (Antan signifie en créole martiniquais : « au temps de&nbsp;; à l’époque de », <i>ndlr</i>), l’auteur nous immerge dans les réflexions candides et les exaltations juvéniles qui caractérisent les premiers rapports de l’enfant au monde. S’en suivent ses premières aventures hors du cocon familial, marquées notamment par le temps des premiers apprentissages scolaires tel qu’évoqué dans le deuxième tome, <i>Chemin d’école</i>. Enfin, la focalisation de l’enfant passe progressivement du monde matériel aux personnes qui le peuplent et aux structures qui régissent les rapports humains. C’est notamment l’âge des premiers sentiments amoureux et des premières mélancolies qui semble marquer l’effritement imperceptible du temps de l’enfance (troisième tome&nbsp;: <i>À bout d’enfance</i>).<span class="Apple-converted-space">&nbsp; </span>Au fil de son récit initiatique, Patrick Chamoiseau dépeint à travers les yeux de son «&nbsp;négrillon&nbsp;» (auteur noir) les réalités d’une société martiniquaise marquée par une cohabitation inévitable entre victimes et initiateur·ice·s d’une violente histoire coloniale.<span class="Apple-converted-space">&nbsp; </span>La difficile entreprise d’améliorer sa condition au sortir du lot des victimes de cette histoire se fait femme dans cette fresque à travers le personnage de Man Ninotte, mère du négrillon et personnification du mythe de la <i>fanm djok</i> (femme forte) antillaise.<span class="Apple-converted-space">&nbsp; </span>Patrick Chamoiseau décrit une femme dont l’amour pour sa famille n’a d’égales que sa poigne et sa volonté sacrificielle, nécessaires pour subvenir aux besoins de sa progéniture et lui assurer un avenir meilleur. Au-delà de la seule mère de famille, <i>Une enfance créole</i> dépeint les tribulations de toute la population foyalaise qui doit jouer des pieds et des mains pour se faire une situation tout en répondant aux attentes d’assimilation et de modernisation agressive imposées par l’administration française.</span></p>
<p class="p2"><strong><span class="s2">Un style unique et engagé</span></strong></p>
<p class="p4"><span class="s2">La plume de l’Oiseau de Cham&nbsp;— tel que se surnomme l’auteur — est singulière en ce qu’elle capture la beauté de l’oralité créole et la mêle à un lexique français très riche. L’écriture de Chamoiseau regorge d’expressions et de tournures de phrases typiques au créole martiniquais, transposées en français. La langue ainsi créée est davantage apte à exprimer des ressentis difficilement traduisibles dans un français littéraire classique. Par ailleurs, la narration puise dans la tradition du conte créole en faisant plusieurs fois appel à des « répondeurs », seconde voix de narration ancrée dans le présent d’énonciation&nbsp;— ou présent d’écriture — et à laquelle l’auteur a recours pour éclairer des épisodes passés d’une sagesse contemporaine.<span class="Apple-converted-space">&nbsp; </span>Plus qu’une simple affaire de style, cette infiltration du créole dans la langue française peut, à la lecture de l’essai <i>Écrire en pays dominé</i> (1997) du même auteur, être interprétée comme un véritable acte d’émancipation de Patrick Chamoiseau, visant à renverser la domination assise par la langue française — outil colonial&nbsp;— sur le créole martiniquais, ce dernier ayant longtemps été considéré inférieur et méprisable.</span></p>
<p class="p2"><strong><span class="s2">Lire sur sa culture</span></strong></p>
<p class="p4"><span class="s2">À presque 18 ans, et seulement après avoir quitté ma Martinique natale, <i>Une enfance créole</i> m’a introduit au monde de la littérature antillaise et par extension au plaisir de la représentation littéraire. Il y a quelque chose d’insoupçonné et de formidable à lire pour la première fois, noir sur blanc dans les pages d’un roman, ses propres expériences d’enfance, son paysage social natal, ses expressions familières et la richesse de sa culture. Mon éducation, tant sociale que scolaire, en milieu postcolonial français, m’a continuellement martelé que la seule culture digne de ce nom — celle qui se visite au musée, s’enseigne à l’école et se lit dans les livres —<span class="Apple-converted-space">&nbsp; </span>est la culture française. Ironiquement, c’est aussi l’expérience évoquée par Patrick Chamoiseau dans <i>Chemin d’école</i>, deuxième tome de sa fresque. De l’époque de l’auteur à la mienne, au collège comme au lycée, les seuls livres dignes d’intérêt, ceux que l’on dissèque en cours de français, sont de Maupassant, Hugo ou Zola.</span></p>
<blockquote><p><span class="s1">Il y a quelque chose d’insoupçonné et de formidable à lire pour la première fois, noir sur blanc dans les pages d’un roman, ses propres expériences d’enfance, son paysage social natal, ses expressions familières et la richesse de sa culture</span></p></blockquote>
<p class="p2"><span class="s2">Aujourd’hui, l’enjeu n’est pas un manque d’accessibilité à la littérature antillaise, celle-ci se trouvant assez aisément en librairie, mais plutôt un manque d’intérêt pour celle-ci, rendu institutionnel par l’éducation nationale française. Je me souviens très clairement avoir croisé plusieurs fois chez moi le premier tome d’<i>Une enfance créole</i>, sans n’avoir jamais vraiment eu l’envie de l’ouvrir, inconsciemment convain</span><span class="s1">cu qu’un objet culturel antillais ne pouvait être que d’intérêt bien moindre à un objet culturel français. Ma première lecture d’<i>Antan d’enfance</i> a donc été pour moi une renaissance littéraire, une prise de conscience de la légitimité de mes vécus et de ma culture.</span></p>
<p></p><figure class="wp-caption aligncenter" style="max-width: 1721px">
			<img loading="lazy" decoding="async" class="wp-image-34278 size-full" src="https://www.delitfrancais.com/wp-content/uploads/2019/09/reco-litt.jpg" alt width="1721" height="569" srcset="https://www.delitfrancais.com/wp-content/uploads/2019/09/reco-litt.jpg 1721w, https://www.delitfrancais.com/wp-content/uploads/2019/09/reco-litt-330x109.jpg 330w, https://www.delitfrancais.com/wp-content/uploads/2019/09/reco-litt-768x254.jpg 768w, https://www.delitfrancais.com/wp-content/uploads/2019/09/reco-litt-1000x331.jpg 1000w, https://www.delitfrancais.com/wp-content/uploads/2019/09/reco-litt-850x281.jpg 850w" sizes="auto, (max-width: 1721px) 100vw, 1721px">		<figcaption class="wp-caption-text">
			<span class="media-credit"><a href="https://www.delitfrancais.com/author/melina-nantel/?media=1" data-wpel-link="internal">Mélina Nantel</a> | Le Délit</span>		</figcaption>
	</figure>

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		<item>
		<title>Porter le feu dans le noir complet</title>
		<link>https://www.delitfrancais.com/2019/04/09/porter-le-feu-dans-le-noir-complet/</link>
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		<dc:creator><![CDATA[Juliette De Lamberterie]]></dc:creator>
		<pubDate>Tue, 09 Apr 2019 11:47:25 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Culture]]></category>
		<category><![CDATA[Le Délit et des livres]]></category>
		<category><![CDATA[cormac mccarthy]]></category>
		<category><![CDATA[kerouac]]></category>
		<category><![CDATA[la route]]></category>
		<category><![CDATA[Littérature]]></category>
		<category><![CDATA[Livre]]></category>
		<category><![CDATA[pullitzer]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>Retrouver l’œuvre marquante de la semaine : La Route.</p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p class="p1"><span class="s1">C</span><span class="s1">omment vivre après l’apocalypse? Le roman <i>La Route</i>, de l’écrivain américain Cormac McCarthy, récompensé du prix Pulitzer, offre une possible réponse à la question. La vie sur terre est presque éteinte suite à un choc dont on ignore la cause. Tous les éléments classiques d’un monde post-apocalyptique y sont réunis : des cendres qui recouvrent tout, un brouillard froid qui bloque le soleil et surtout, des ressources qui se font si rares qu’elles rendent la survie presque impossible. </span></p>
<p class="p4"><span class="s3"><b>Un père et un fils</b></span></p>
<p class="p5"><span class="s1">Un petit garçon et son père, jamais nommés, marchent à travers ce qui était autrefois les États-Unis, essayant d’atteindre le sud pour échapper au froid mortel de l’hiver. Ils doivent se déplacer à pied puisqu’il est devenu impossible d’alimenter toute sorte de véhicules, et ne transportent avec eux qu’un caddie de supermarché, chargé de leur matériel de survie – des bâches, des couvertures et quelques objets ramassés.</span></p>
<blockquote>
<p class="p1"><span class="s1">On est encore les gentils? Dit-il. </span></p>
<p class="p1"><span class="s1">– Oui, on est encore les gentils. </span></p>
<p class="p1"><span class="s1">– Et on le sera toujours. </span></p>
<p class="p1"><span class="s1">– Oui. Toujours. </span></p>
<p class="p1"><span class="s1">– D’accord.</span></p>
</blockquote>
<p class="p2"><span class="s2">Les deux personnages frôlent toujours la mort. La faim, la fatigue et le froid les guettent à chaque instant, mais un autre ennemi les menace : des groupes de personnes qui survivent encore, faisant fi de toutes valeurs humaines, blessent, violent et tuent sans aucun remords. Plusieurs se nourrissent aussi de leurs victimes. Dans ce monde chaotique, il y a les « méchants » et les «&nbsp;gentils », selon les termes de l’enfant. Tout au long de leur chemin, les deux personnages se répètent sans cesse appartenir au second groupe, comme une prière : « On est encore les gentils? dit-il. – Oui, on est encore les gentils. – Et on le sera toujours. – Oui. Toujours. – D’accord. » </span></p>
<p class="p2"><span class="s5">Les dialogues sont toujours de ce style : rythmés par de très courtes répliques, comme si tous deux étaient continuellement à bout de souffle. C’est d’ailleurs ce qui nous fait vraiment croire à l’histoire : les personnages n’ont plus le courage de se lancer dans de grands discours, ou de grandes rigolades. Ce temps-là est révolu. </span></p>
<p class="p4"><span class="s3"><b>Une noirceur tendre</b></span></p>
<p class="p5"><span class="s5"><i>La Route</i> déstabilise. Au tout début, on en sait très peu, seulement que ces deux êtres marchent ensemble vers ce qui semble être une vraie destination. Ils vivent mal, mais survivent. Seulement, au fur et à mesure, l’on réalise qu’eux-mêmes ne savent vraiment pourquoi ils continuent. Une sorte de <i>Sur la route</i> de l’enfer, où les personnages traversent des kilomètres non pas pour l’aventure et la liberté comme dans le roman de Kerouac, mais pour rester en vie sans vraiment savoir si ça en vaut la peine. Le monde dégénère et ne pourra jamais revenir à ce qu’il était avant. </span></p>
<p class="p2"><span class="s4">La noirceur de <i>La Route</i> est si convaincante qu’elle vous emporte entièrement. Mais elle est contrebalancée par la beauté et la simplicité des échanges entre père et fils. Comment et pourquoi rester un « gentil » dans un monde qui n’a plus de sens et où ça n’apporte rien? Pour eux, «&nbsp;porter le feu », comme l’enfant le répète constamment – ou choisir l’empathie et l’humanité&nbsp;– est la seule chose qui donne encore sens à leur route. La tendresse qu’ils se portent l’un vers l’autre prête une beauté surprenante à ce livre qui donne le vertige. Les deux personnages sont les seuls à pouvoir se relever l’un l’autre. Au cours de leur chemin, l’enfant dit ne pas connaître d’histoires qui finissent bien. Son père lui demande, dans un dialogue où leurs rôles semblent s’échanger&nbsp;: « La vraie vie est très cruelle? –&nbsp;Qu’est-ce que tu crois? –&nbsp;Eh bien, je crois qu’on est toujours là. Il nous est arrivé pas mal de mauvaises choses mais on est toujours là. –&nbsp;Ouais. –&nbsp;Tu ne trouves pas ça tellement formidable. –&nbsp;J’en sais rien. » <i>La Route</i> est sublime et brise le cœur. Et elle captive particulièrement alors que notre propre monde semble se désintégrer peu à peu. </span></p>
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		<title>Voyage aux confins de la raison</title>
		<link>https://www.delitfrancais.com/2019/04/02/voyage-aux-confins-de-la-raison/</link>
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		<dc:creator><![CDATA[Béatrice Malleret]]></dc:creator>
		<pubDate>Tue, 02 Apr 2019 13:12:46 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Culture]]></category>
		<category><![CDATA[Le Délit et des livres]]></category>
		<category><![CDATA[Littérature]]></category>
		<category><![CDATA[Gabriel García Márquez]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>Retrouvez l’œuvre marquante de la semaine: Cent ans de solitude.</p>
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]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<p class="p1">Sur la quatrième de couverture du livre de seconde main que je tiens entre les miennes, un peu moites, il est écrit&nbsp;: «&nbsp;<i>Peu de romans ont la capacité de changer la vie des gens. </i>Cent ans de solitude <i>(1967) est un de ceux-là.</i>&nbsp;» Plutôt que de me conforter dans la décision d’entamer ce monument de la littérature colombienne et mondiale, le commentaire de W.&nbsp;L. Webb, journaliste au <i>Guardian</i> m’ébranle. Il révèle l’immense notoriété de cette œuvre et l’entoure d’une obligation non seulement de la lire, mais aussi de l’aimer. Ainsi, si j’ai pioché cet ouvrage-là dans la bibliothèque poussiéreuse de mes parents, c’est surtout parce qu’il me semblait, à l’époque que toute personne prétendant à une culture littéraire quelconque se doit d’avoir lu et apprécié une fois dans sa vie –même si c’est dans un passé lointain et flou– Gabriel García Márquez.</p>
<p class="p2"><span class="s1">Avec une conscience aiguë des motivations discutables qui m’animent, mais disposée néanmoins à voir ma vie changée, je m’installe confortablement dans un fauteuil et entame ma lecture. Les premières pages effacent immédiatement les discours entourant le livre et m’aspirent dans un univers à mille lieues des critiques savantes des bibliophiles. Cet univers, si éloigné de ceux que j’ai l’habitude de côtoyer – que ce soit dans les livres ou dans la vie – en est un où une sorcellerie épique se heurte à une réalité crue, impitoyable et totalement enivrante.</span></p>
<p class="p2"><span class="s1">Ce serait un exercice infructueux et perdu d’avance que d’essayer de résumer <i>Cent ans de solitude </i>dans un article de 500 mots. Ce roman a l’allure d’une fresque géante dont les myriades de personnages, de lieux et d’histoires s’entrecroisent et se déclinent en une quantité infinie de couleurs et de textures. Peut-être une manière plus efficace de donner un aperçu de cette saga qui relate l’histoire de la famille Buendía sur dix générations serait donc de dresser le portrait de quelques-uns de ses personnages. </span></p>
<p class="p2"><span class="s1">José Arcadio Buendía, le patriarche de la famille, fonde au tournant du siècle la ville fictive de Macondo. Cette bourgade marécageuse cachée au cœur de la Colombie deviendra le théâtre des naissances et des exécutions, des miracles et des inventions qui rythment la temporalité étrangement cyclique du roman. Rendu fou par son obsession pour les enseignements ésotériques, José Arcadio Buendía met le récit en branle mais disparaîtra assez tôt, finissant ses jours dans les premiers chapitres, attaché à un arbre devant l’habitation des Buendía. Sa femme, Úrsula Iguarán, vivra quant à elle jusqu’à 140 ans et passera son temps à essayer d’empêcher les cinq générations suivantes de détruire tout ce qu’elle aura laborieusement construit – des murs de la maison aux liens invisibles qui unissent les membres hétéroclites de cette immense famille.</span></p>
<p class="p2"><span class="s1">Le Colonel Aureliano Buendía, José Arcadio, Amaranta, Remedios la belle, Rebecca, Aureliano Segundo, Fernanda del Carpio ne sont qu’un échantillon des fils, filles, neveux, belles-filles et cousines par alliance de José Arcadio et Úrsula Buendía. Leurs folles aventures d’amour, de guerre, de piété et d’inceste constituent une partie majeure de ce roman et s’imbriquent dans l’histoire réelle –mais tout aussi complexe et pleine de trous, de la Colombie du début du XX<i>e</i> siècle. C’est pour cette raison que <i>Cent ans de solitude</i> est considéré comme l’incarnation parfaite du réalisme magique, genre artistique et littéraire que Gabriel García Márquez explore dans plusieurs autres de ses romans.</span></p>
<p class="p2"><span class="s1">Non sans peine et après de longs mois de lecture, j’arrive au bout de <i>Cent ans de solitude</i>.<span class="Apple-converted-space">&nbsp; </span>Je ne saurais dire si celui-ci a changé ma vie. Mais une chose certaine est qu’il a repoussé les limites de mon imaginaire à des recoins dont j’ignorais </span><span class="s3">auparavant l’existence.</span></p>
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		<item>
		<title>Métro en panne « mon cul »</title>
		<link>https://www.delitfrancais.com/2019/02/12/metro-en-panne-mon-cul/</link>
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		<dc:creator><![CDATA[Adriele Benedetto]]></dc:creator>
		<pubDate>Tue, 12 Feb 2019 14:44:42 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Culture]]></category>
		<category><![CDATA[Le Délit et des livres]]></category>
		<category><![CDATA[Littérature]]></category>
		<category><![CDATA[Livre]]></category>
		<category><![CDATA[Métro]]></category>
		<category><![CDATA[zazie]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>Retrouvez l’oeuvre marquante de la semaine : Zazie dans le métro.</p>
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]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<p class="p1"><span class="s1">D</span><span class="s1">oukipudonktan. Qui se cache derrière ce néologisme égayant? Raymond Queneau, bien entendu. En effet, c’est sur cette transcription phonétique, devenue célèbre, que s’ouvre le roman <i>Zazie dans le métro</i>, paru en 1959.</span></p>
<p class="p2"><span class="s2">Loin d’être un lecteur assidu (mis à part les bandes dessinées), j’ai pour habitude d’entamer un livre et de ne pas le terminer, faute de rigueur ou encore à cause du détachement que je ressens parfois envers le sujet de la narration ou le style de l’auteur. Cependant, s’il y a bien un roman que j’ai dévoré avec avidité, jusqu’au point d’en réclamer davantage, c’est celui-ci. Chef de file de l’OuLiPo (Ouvroir de Littérature Potentielle) qui a pour objectif d’explorer la notion de « contrainte » littéraire et d’en constituer de nouvelles, l’oeuvre de Queneau se détache du roman moderne. Même si à première vue l’épopée de la petite Zazie a tout d’un roman d’apprentissage, la fin de l’ouvrage nous prouve le contraire. </span></p>
<p class="p2"><span class="s2">Zazie, jeune provinciale de douze ans, débarque à Paris avec un objectif précis&nbsp;:&nbsp;prendre le métro. Hélas, «&nbsp;les employés aux pinces perforantes ont cessé tout travail&nbsp;» et Zazie a beau riposter et s’indigner, le métro demeure en grève. Elle est alors entraînée dans une épopée loufoque avec son oncle Gabriel, danseur de charme, qui l’amène à côtoyer une ribambelle de personnages improbables, dont un chauffeur de taxi, un cordonnier, un pédophile, un groupe de touristes déchaînés, une veuve, un perroquet, et j’en passe. En bref, impossible de ne pas se fendre la poire. Pour couronner le tout, Queneau utilise un langage qui lui est propre, fait d’emprunts à l’argot, d’expressions issues du langage familier et de transpositions phonétiques. Les jeux de mots débordent au-delà des dialogues et se frayent une place dans la narration. La trame devient presque accessoire, tant l’attention est (dé)tournée vers le langage. Ainsi, la veuve Mouaque crie aux «&nbsp;guidenappeurs&nbsp;» tandis que Zazie harcèle son oncle pour comprendre s’il est réellement «&nbsp;hormosessuel&nbsp;». On lit également que «&nbsp;du sous-sol émanait un grand brou. Ah ah&nbsp;». </span></p>
<p class="p2"><span class="s1">Je me rappelle, à ma première lecture de l’œuvre, avoir eu la sensation d’être catapulté dans le terrain de jeu d’un académicien délirant. Cependant, si on accepte la confusion que cela engendre, il n’y a rien de plus tordant. Aussi, Queneau ne semble pas vouloir nous dégoûter en peignant un monde d’adultes pervers vu à travers les yeux innocents d’une enfant : il n’y a pas de noirceur dans ce livre, puisque le tout est présenté en l’humour et en légèreté. Seule la ville est sujette aux critiques : elle est un lieu de perdition dans lequel même ses habitants ne se retrouvent pas, si bien que le chauffeur de taxi confond les Invalides et le Panthéon. Lorsque Zazie est raccompagnée à la gare et que sa mère lui demande ce qu’elle a fait durant son séjour à Paris, elle répond succinctement «&nbsp;j’ai vieilli&nbsp;».</span></p>
<p class="p2"><span class="s3"><i>Zazie</i> m’a exhorté à renouveler mon rapport à langue française, à ne plus la considérer comme une langue prescriptive et intransigeante. Il m’a poussé à me l’approprier et à reconnaître que sa richesse nous dépasse.</span></p>
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			</item>
		<item>
		<title>L’envers de l’Histoire</title>
		<link>https://www.delitfrancais.com/2019/02/05/lenvers-de-lhistoire/</link>
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		<dc:creator><![CDATA[Alice Gueldyeva]]></dc:creator>
		<pubDate>Tue, 05 Feb 2019 15:17:19 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Culture]]></category>
		<category><![CDATA[Le Délit et des livres]]></category>
		<category><![CDATA[Littérature]]></category>
		<category><![CDATA[livres]]></category>
		<category><![CDATA[miruna tarcau]]></category>
		<category><![CDATA[silence]]></category>
		<category><![CDATA[tarcau]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>Retrouvez l’œuvre marquante de la semaine : L’apprentissage du silence.</p>
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]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<p class="p1"><span class="s1">« On</span><span class="s1">&nbsp;ne se baigne jamais deux fois dans le même fleuve&nbsp;», écrivait Héraclite au sujet du changement perpétuel du monde que le temps provoque, à la manière d’une force divine. Cela présuppose, bien sûr, que le temps est unidirectionnel puisqu’il achève des séries d’actions, de mouvements qui ne connaîtront jamais de retour en arrière. Que se passerait-il, cependant, si le temps passait à rebours? Si, en plus de l’expérience de la baignade dans le « même » fleuve, on revivait la chute de la Yougoslavie, l’élection de Juan Perón en Argentine ou la sanglante révolution haïtienne ? </span></p>
<p class="p2"><span class="s1">Cette curieuse chronologie « à l’envers » est ce qui fait avancer l’intrigue du roman <i>L’apprentissage du silence</i>, nouvellement paru dans les éditions Hashtag, œuvre de la jeune autrice montréalaise Miruna Tarcau. Dans le théâtre français classique, il était d’usage que l’action se déroule dans un cadre temporel précis, soit celui des vingt-quatre heures. Le célèbre homme </span><span class="s2">de lettres du 17<i>e</i> siècle Boileau avait d’ailleurs écrit à ce sujet dans son <i>Art Poétique</i>&nbsp;: «&nbsp;Qu’en un lieu, en un jour, un seul fait accompli tienne jusqu’à la fin le théâtre rempli. » Nous sommes bien loin d’une telle pensée puisque l’autrice rompt brillamment avec l’idée même d’une chronologie continue. Les protagonistes, David et Élisabeth, ne cessent de se redécouvrir au fil de périodes temporelles qui, elles, reculent dans la chronologie et ressemblent toujours un peu moins à notre 21<i>e</i> siècle. </span></p>
<p class="p2"><span class="s1">Ce procédé, connu en littérature sous le nom d’« analepse », qualifie le retour en arrière d’une action précise, d’une période bien délimitée dans la chronologie du récit. C’est par ailleurs une idée que l’on retrouve aussi dans le domaine du cinéma, sous un nom plus célèbre cette fois-ci : le <i>flash-back</i>. Il se trouve ainsi que, parmi les éléments frappants auxquels fait face le.a lecteur.rice de <i>L’apprentissage du silence</i>, se démarquent la souplesse et l’aisance avec laquelle la jeune autrice est parvenue, de fil en aiguille, à tricoter une narration peu commune. </span></p>
<p class="p2"><span class="s1">Une autre composante qui contribue à rendre ce roman si particulier est la plume toujours changeante de la voix narratrice, empreinte des accents et expressions locales qu’apporte chaque voyage. La citation suivante, tirée de leur escapade en Argentine et précédant leur déménagement en Yougoslavie, le montre bien : « À présent, rien ne lui semblait plus curieux que de se répéter qu’ils avaient vécu à Westmount, que jadis, elle passait ses journées à se gaver du fromage à la crème avec la petite Boudeuse, avec la grande Boudeuse et d’autres <i>troias emputecidas</i> qui n’avaient pas leur pareil pour faire mine d’être tristes quand on avait perdu un enfant. » </span></p>
<p class="p2">La narration revêt également, bien sûr, le manteau de son époque, puisque tel semble être le thème principal du roman. Les dernières phrases, tirées d’une correspondance épistolaire entre Élisabeth et David, en témoignent : « À défaut d’avoir le courage de te dire adieu, je prétendrai qu’il ne s’agit que d’un au revoir. Veux-tu donc que l’on se quitte sur une promesse? Disons seulement que le premier d’entre nous qui reverra Lili s’engage à l’embrasser de la part de l’autre. »</p>
<p class="p2">Dans <i>L’apprentissage du silence</i>, les personnages se cherchent dans le passé, emmenant avec eux le lecteur dans leur périple au fil des époques, le tout rédigé avec l’ironie la plus légère et insouciante ainsi qu’un humour poignant. Une œuvre qui sied à tous ceux qui s’intéressent de près ou de loin aux rapports que l’on entretient avec notre Histoire.</p>
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		<title>Lueur du dimanche après-midi</title>
		<link>https://www.delitfrancais.com/2019/01/29/lueur-du-dimanche-apres-midi/</link>
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		<dc:creator><![CDATA[Anja Helliot]]></dc:creator>
		<pubDate>Tue, 29 Jan 2019 14:50:37 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Culture]]></category>
		<category><![CDATA[Le Délit et des livres]]></category>
		<category><![CDATA[Littérature]]></category>
		<category><![CDATA[autrice]]></category>
		<category><![CDATA[de vigan]]></category>
		<category><![CDATA[delphine de Vigan]]></category>
		<category><![CDATA[le delit et des livres]]></category>
		<category><![CDATA[Rien ne s’oppose à la nuit]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>Retrouvez l’oeuvre marquante de la semaine : Rien ne s’oppose à la nuit.</p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p class="p1"><span class="s1">R</span><span class="s1">ien ne m’était apparu aussi évident depuis longtemps. Le livre qui a changé ma vie s’appelle <i>Rien ne s’oppose à la nuit</i>. Dire que la lecture d’un roman a été assez intense pour qu’elle ait changé ma vie, ébranlé mes habitudes, et renouvelé le regard que je posais sur ma propre existence et sur celle des autres peut sembler tout à fait exagéré et présomptueux. Et pourtant, je suis convaincue qu’il y a eu un <i>avant</i> et un <i>après</i> sa lecture. </span></p>
<p class="p2"><span class="s1">Dans ce véritable travail de mémoire où les souvenirs lumineux côtoient les blessures mal pansées, Delphine de Vigan traduit pour nous toute la complexité des relations humaines et familiales. En bref, le roman dresse la biographie d’une certaine Lucile, dont le portrait s’ouvre sur la découverte de son suicide par sa fille, qui s’avère être l’autrice. </span><span class="s2">À travers de nombreuses analepses, de recueils de témoignages, </span><span class="s1">de fouilles, mais aussi de moments de doute et d’errances, Delphine de Vigan parvient à retracer la vie de sa mère.</span><span class="s2"> Et c’est également un portrait en creux d’elle-même qu’elle nous livre dans son roman. Loin de la jolie photo de famille ordinaire aux tons pastel et aux visages lisses, la fresque familiale esquissée par l’autrice révèle tout ce qu’il y a de plus sombre, de plus enfoui et de plus sincère chez chacun des personnages.</span></p>
<blockquote><p><span class="s3">J’ai été absorbée, hypnotisée, bouleversée par ma lecture</span></p></blockquote>
<p class="p2"><span class="s3">J’ai été absorbée, hypnotisée, bouleversée par ma lecture. De nombreuses fois, le roman m’a paru être un véritable miroir. Souvent, je me suis sentie face à moi-même, renvoyée à ma propre fragilité, mes sentiments et contradictions, car au fond, c’est à nous et à nos propres failles que le roman s’adresse et fait écho. La justesse de la plume de l’autrice a su mettre des mots sur des émotions que je ressentais, sans toutefois parvenir à les formuler.</span></p>
<p class="p2"><span class="s4">Depuis, il me semble avoir développé une certaine habileté à mieux comprendre l’Autre. Le visage serein qu’il m’adresse masque peut-être celui que moi-même une fois j’ai tenté de cacher. Nous avons tou·te·s été marqué·e·s par notre passé, aussi lointain qu’il puisse paraître.<span class="Apple-converted-space">&nbsp; </span>Le roman me l’aura révélé. Désormais, un élan de compassion s’empare de moi dès lors que l’Autre laisse entrevoir ne serait-ce qu’une once de ses fêlures. Aussi, j’aime croiser le chemin des gens qui n’offrent pas spontanément la «&nbsp;meilleure version » d’eux-mêmes&nbsp;; c’est-à-dire la plus lisse et la plus souriante. J’aime les gens qui sont parfois fatigués de faire semblant. </span></p>
<p class="p2"><span class="s3">Je n’ai réalisé que bien plus tard l’impact que ce livre avait eu sur ma vie. J’en suis désormais consciente&nbsp;: il l’a changée. Rien ne s’oppose à la </span><span class="s4">nuit, à part les mots </span><span class="s1">peut-être. </span></p>
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