Lueur du dimanche après-midi – Le Délit
Lueur du dimanche après-midi
Par · 29 janvier 2019
Retrouvez l’oeuvre marquante de la semaine : Rien ne s’oppose à la nuit.
Image par Prune Engérant | Le Délit

Rien ne m’était apparu aussi évident depuis longtemps. Le livre qui a changé ma vie s’appelle Rien ne s’oppose à la nuit. Dire que la lecture d’un roman a été assez intense pour qu’elle ait changé ma vie, ébranlé mes habitudes, et renouvelé le regard que je posais sur ma propre existence et sur celle des autres peut sembler tout à fait exagéré et présomptueux. Et pourtant, je suis convaincue qu’il y a eu un avant et un après sa lecture.

Dans ce véritable travail de mémoire où les souvenirs lumineux côtoient les blessures mal pansées, Delphine de Vigan traduit pour nous toute la complexité des relations humaines et familiales. En bref, le roman dresse la biographie d’une certaine Lucile, dont le portrait s’ouvre sur la découverte de son suicide par sa fille, qui s’avère être l’autrice. À travers de nombreuses analepses, de recueils de témoignages, de fouilles, mais aussi de moments de doute et d’errances, Delphine de Vigan parvient à retracer la vie de sa mère. Et c’est également un portrait en creux d’elle-même qu’elle nous livre dans son roman. Loin de la jolie photo de famille ordinaire aux tons pastel et aux visages lisses, la fresque familiale esquissée par l’autrice révèle tout ce qu’il y a de plus sombre, de plus enfoui et de plus sincère chez chacun des personnages.

J’ai été absorbée, hypnotisée, bouleversée par ma lecture

J’ai été absorbée, hypnotisée, bouleversée par ma lecture. De nombreuses fois, le roman m’a paru être un véritable miroir. Souvent, je me suis sentie face à moi-même, renvoyée à ma propre fragilité, mes sentiments et contradictions, car au fond, c’est à nous et à nos propres failles que le roman s’adresse et fait écho. La justesse de la plume de l’autrice a su mettre des mots sur des émotions que je ressentais, sans toutefois parvenir à les formuler.

Depuis, il me semble avoir développé une certaine habileté à mieux comprendre l’Autre. Le visage serein qu’il m’adresse masque peut-être celui que moi-même une fois j’ai tenté de cacher. Nous avons tou·te·s été marqué·e·s par notre passé, aussi lointain qu’il puisse paraître.  Le roman me l’aura révélé. Désormais, un élan de compassion s’empare de moi dès lors que l’Autre laisse entrevoir ne serait-ce qu’une once de ses fêlures. Aussi, j’aime croiser le chemin des gens qui n’offrent pas spontanément la « meilleure version » d’eux-mêmes ; c’est-à-dire la plus lisse et la plus souriante. J’aime les gens qui sont parfois fatigués de faire semblant.

Je n’ai réalisé que bien plus tard l’impact que ce livre avait eu sur ma vie. J’en suis désormais consciente : il l’a changée. Rien ne s’oppose à la nuit, à part les mots peut-être.

 
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