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	<title>Gwenn Duval - Le Délit</title>
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	<description>Le seul journal francophone de l&#039;Université McGill</description>
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		<title>Une histoire irakienne avant les guerres du Golfe</title>
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		<dc:creator><![CDATA[Gwenn Duval]]></dc:creator>
		<pubDate>Sat, 06 Jun 2015 16:19:48 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Culture]]></category>
		<category><![CDATA[Entrevues]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>Entrevue avec le traducteur de Farida.</p>
<p>L’article <a href="https://www.delitfrancais.com/2015/06/06/une-histoire-irakienne-avant-les-guerres-du-golfe/" data-wpel-link="internal">Une histoire irakienne avant les guerres du Golfe</a> est apparu en premier sur <a href="https://www.delitfrancais.com" data-wpel-link="internal">Le Délit</a>.</p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p>Ce dimanche, à Toronto, aura lieu le lancement de la traduction du livre <em>Farida</em> aux éditions Guernica. Traduite en anglais par Norman Cornett, cette œuvre avait vu le jour en 1991 sous la plume de Naïm Kattan, membre de l’Académie des lettres du Québec, entre autres distinctions. Norman Cornett livre une entrevue au <em>Délit</em>, approfondissant la lecture de <em>Farida</em> et expliquant comment il estime être son devoir d’État, en tant que professeur, de faire connaître l’Irak de Naïm Kattan à tous ceux et celles qui ne voient que les horreurs des journaux télévisés.</p>
<p><strong>Le Délit: </strong><strong>Pourquoi avoir décidé de traduire <em>Farida</em> en anglais?</strong></p>
<p>Norman Cornett: L’original français a été publié bien avant l’invasion américaine, bien avant l’État Islamique, une période pendant laquelle Saddam Hussein était au pouvoir. Je voulais communiquer au lecteur anglophone une autre vision que celle de l’horreur et de la tragédie qu’on voit aux nouvelles tous les soirs. Naïm Kattan est né à Bagdad en 1928, il y a passé toute son enfance et son adolescence jusqu’après la deuxième guerre mondiale. Il est ensuite allé faire ses études à la Sorbonne en 1947, ce qui explique qu’il soit devenu l’un des plus grands auteurs francophones. Il a déjà 52 livres à son actif et continue de publier: l’Université de Rouen vient de faire paraître 20 pièces de théâtre. Il a gagné de nombreux prix dont celui gouvernement du Québec, le prix Athanase-David. Il est au Canada depuis 1954 et je l’ai rencontré dans le cadre de mes cours. Ma spécialité, ce sont les sciences des religions, ce roman m’intéressait, il y est question des musulmans, des chiites, des sunnites, des Arméniens, des chrétiens, des Kurdes, des juifs, de tous ceux dont on entend parler aux nouvelles, de tous ceux et celles qui jouent un rôle important en Irak en 2015.</p>
<p><strong>L.D: </strong><strong>Le roman <em>Farida</em> présente donc le décor d’avant-guerre?</strong></p>
<p>N.C: Exactement, on y voit Bagdad en 1936, le carrefour où se rencontrent différentes communautés. Il y a des tensions, je ne veux rien diminuer, mais aussi une organisation. Une fois que l’étranger, avec l’armée, vient de l’extérieur, cet équilibre délicat balance. D’ailleurs, dans <em>Farida</em>, les Britanniques y sont déjà, et les Allemands frappent à la porte. On est au seuil de la deuxième guerre mondiale et tout le monde veut avoir accès aux puits de pétrole. Sur l’horizon, on voit les Américains. Il y a toute cette question du colonialisme et ce qui arrive quand une puissance étrangère vient brouiller les cartes.</p>
<p><strong>L.D: <strong>Le public que vous visez avec votre traduction aujourd’hui, est-il plutôt à démentir ou à renseigner?</strong><br>
</strong><br>
N.C: Je dirais les deux, d’abord je voulais démystifier l’Irak. Nous y voyons le désastre, la catastrophe, or ça n’a pas toujours été ainsi. Ces peuples, ces religions, ces groupes ethniques, linguistiques, culturels, ils ont cohabité pendant des millénaires! Naïm Kattan ne présente jamais Bagdad d’avant comme une utopie. Certes, il y avait des tensions, il y avait de grandes différences mais il y avait là ce que j’appelle une hybridité démographique.</p>
<p><strong>L.D: <strong>Qui était viable?</strong><br>
</strong><br>
N.C: Oui, et durable! Depuis des millénaires, puisque les juifs étaient en Iraq, à Bagdad depuis l’aube des temps! D’ailleurs la plupart des écritures saintes, qu’on appelle les écritures hébraïques, viennent de l’Iraq, de Babylone, de toute cette région. Dans le roman <em>Farida</em>, Naïm Kattan annonce son identité et c’est une identité collective, il s’identifie avec toute cette histoire juive millénaire et il veut faire en sorte, à mon avis, que l’on ne l’oublie pas. La voix, qui est la sienne comme auteur, elle est à la fois la voix de son peuple. On peut y lire l’archétype de ce que Carl Jung appelait «la conscience collective». Par toute la richesse de la culture antique juive irakienne, il nous fait voir autrement cette histoire et les évènements qu’on constate tous les soirs à la télévision.</p>
<p><strong>L.D: Le roman en tant que tel, comment est-il mené?<br>
</strong><br>
N.C: En temps que spécialiste en sciences des religions, je crois que Naïm Kattan se sert du paradigme biblique comme trame. L’expert en études littéraires canadien Northrop Frye avait composé en 1982 «la Bible, le grand code littéraire», une traduction de <em>The Great Code, The Bible and Litterature</em>. L’argument de Northrop Frye c’est justement que la pierre angulaire de la littérature occidentale, c’est la Bible! Je maintiens, c’est ce que fait Naïm Kattan dans <em>Farida</em>. On commence avec deux individus: Ismael et Sasson. Comme dans le récit biblique, dès la Genèse, l’origine de tous les arabes se situe chez Ismael; et Sasson est emblématique du peuple juif. Le roman commence avec un meurtre entre les peuples. Ensuite on voit des familles et les dynamiques qui s’y opèrent. Jacob et Isau, les deux frères, jumeaux d’ailleurs, fondateurs du peuple juif, hébreux qui s’entredéchirent sont en quelque sorte là dans ce roman, dans une autre famille. Il y aussi Farida, loin d’être faible, loin d’être une femme qui s’efface. Au contraire, elle s’affirme, elle s’impose, elle a une volonté de fer. Elle va de l’avant et elle devient celle qui sauve sa famille, qui sauve ses biens-aimés, qui sauve la communauté juive. Or, quel est le parallèle biblique? Pensons au <em>Livre d’Esther</em> (l’un des livres constituant la Bible hébraïque). Dans ce récit hébraïque, Esther risque sa propre vie, comme Farida. Il y a là ce que j’appelle une synthèse littéraire avec le modèle d’Esther, le modèle biblique en plus du modèle de la musique. Oum Kalthoum est la plus grande chanteuse dans l’histoire de la musique arabe et Naïm Kattan y fait référence à maintes reprises. Le roman réunit des éléments puisés dans le répertoire musical, biblique, culturel et il en fait une synthèse absolument fascinante.</p>
<p><strong>L.D: Qui est donc Farida?</strong></p>
<p>N.C: Farida est une femme que rien ne peut emprisonner, elle est libre à tous points de vue. Elle ne correspond à aucun stéréotype de femme et relève les défis à maintes et maintes reprises. Lorsqu’on veut l’emprisonner, l’emboîter, la confiner dans un espace, dans un rôle, dans une vocation, elle y échappe. Elle est toujours en quête d’une liberté pleine et évite surtout de tomber sous le contrôle des hommes, peu importe leur pouvoir. Même si elle aime un homme, elle n’en sera jamais captive. Naïm Kattan déjoue le regard occidental vers la femme orientale, il démystifie l’orientalisme dans ce roman. L’auteur est lui-même né en Iraq, il est arabophone, on ne peut pas l’accuser d’être orientaliste dans sa perspective. Au contraire, il parle comme quelqu’un de l’Orient.</p>
<p><strong>L.D: Côté pratique, comment avez-vous abordé la traduction du roman?<br>
</strong><br>
N.C: Dans un premier temps, je me suis donné comme but que la traduction se lise en anglais comme si, à l’origine, c’était écrit en anglais. De ce fait, je n’ai rien laissé en langue d’origine. En temps que traducteur, en sciences des religions, qui est une discipline connexe à la théologie et à la philosophie; mon but était de garder l’essence tout en changeant la forme. Je me suis beaucoup servi d’expressions idiomatiques en anglais, y compris d’expression du sud-ouest américain, ce qui donne une lecture bien différente. Je dirais aussi, en temps que spécialiste en traduction, que je m’inspire beaucoup de la philosophie et de la théorique littéraire du russe Mikhail Bakhtin qui avait articulé l’idée de «l’imagination dialogique». Mon but c’est de permettre au lecteur ou à la lectrice d’entrer en dialogue profond avec l’imaginaire de Naïm Kattan par une traduction qui dépasse les mots, qui dépasse le sens littéral pour atteindre le littéraire.</p>
<p><strong>L.D: Donc vous avez une approche plutôt cibliste, vous recherchez l’effet produit plus que le mot à mot? </strong></p>
<p>N.C: Oui, je traduis couramment de la poésie. Or, avec la poésie, il faut absolument saisir l’essence. J’ai donc appliqué ce paradigme de traducteur dans le genre du roman.</p>
<p><strong>L.D: Et comment se passe votre relation avec l’auteur?<br>
</strong><br>
N.C: Quand j’en parlais avec Naïm Kattan, je savais qu’en le traduisant en anglais, on pouvait accroître le lectorat, et je n’exagère pas, de 10 000 pour cent. Le roman Farida a déjà été traduit dans de nombreuses langues comme l’allemand ou le serbe mais toujours pas l’anglais! Je vérifiais chaque fois avec Naïm Kattan qui parle couramment arabe, qui est Juif et qui connait l’hébreux, pour assurer une bonne traduction en anglais des expressions arabes et hébraïques. On se parle quotidiennement au téléphone, c’est une contribution qui nous amène au delà de l’orientalisme. Parce que tout problème humain a une solution humaine, et la littérature y est pour beaucoup.</p>
<p><a href="https://haveyouexperienced.wordpress.com " data-wpel-link="external" target="_blank" rel="external noopener noreferrer">https://haveyouexperienced.wordpress.com<br>
</a></p>
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			</item>
		<item>
		<title>Retour en force d’Henrik Ibsen</title>
		<link>https://www.delitfrancais.com/2015/05/10/retour-en-force-dhenrik-ibsen/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Gwenn Duval]]></dc:creator>
		<pubDate>Sun, 10 May 2015 17:23:23 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Culture]]></category>
		<category><![CDATA[Théâtre]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>Un théâtre étudiant professionnellement ficelé. </p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p>Il s’appelle Peer Gynt, se cherche de par le monde depuis 1867 et foulait les planches du théâtre aux Écuries le 11 avril dernier. Après avoir monté <em>Hamlet</em> avec les étudiants du Collège International Marie-de-France il y a deux ans, le metteur en scène Julien Blais s’est dit&nbsp;qu’après «être ou ne pas être», la question à poser par l’acte théâtre lui semblait tout naturellement: «mais qu’est-ce qu’être?» C’est la question de Peer Gynt, cet anti-héros en vadrouille, accueilli chez les Trolls où le mot d’ordre, «suffis-toi toi-même», règne sans scrupule.</p>
<p>Une pièce de collégiens qui part en tournée, c’est pour le moins inhabituel. Pourtant, ce n’est pas la première fois que Julien Blais entraîne ses jeunes comédiens dans une telle aventure. <em>Tristan et Yseult&nbsp;</em>avait été présentée à Paris,&nbsp;<em>Hamlet</em>&nbsp;à Ottawa et à Toronto&nbsp;et <em>Peer Gynt</em> se prépare à partir en tournée à Ottawa et à Chicago. Pour le metteur en scène, l’aventure théâtre n’est pas importante,&nbsp;elle est nécessaire. Il déclare lui-même faire du théâtre social, les questions qu’il permet aux comédiens d’incarner et de partager dans un contexte scolaire l’amènent à semer des graines, à transmettre, même s’il se défend de faire du théâtre didactique ou du décorticage littéraire.</p>
<p>La troupe de quatorze comédiens vous transporte dans son monde, enchainant des tableaux dont l’esthétique est signée M. Blais: lumière bleutée, toiles blanches tendues, projections et musique inquiétante. Le principal atout de cette pièce&nbsp;repose dans son chœur où l’élégance des déplacements rend perceptible le travail collectif. La coordination est étonnante, qui souligne davantage le propos de la pièce. Dans cette correspondance du fond et de la forme, on retrouve l’importance de faire partie du rouage collectif pour évoluer. <em>Peer Gynt</em> n’est pas un Troll, malgré son égocentricité, il a besoin des autres pour avancer tout comme les jeunes comédiens ont besoin les uns des autres pour mener à bien leur projet.</p>
<p>On ne peut pas rabâcher sans cesse l’importance du théâtre étudiant, au collège comme à l’université, sans rappeler le rôle qu’il joue dans la formation des citoyens de demain. Julien Blais dit remarquer le changement de tenue des étudiants qui font partie de la troupe de théâtre:&nbsp;«ils se tiennent plus droit, quelque chose s’est articulé». L’expérience théâtre n’aurait pas seulement comme vocation de préparer la relève artistique, les comédiens professionnels de demain, mais surtout de donner à vivre une expérience extrêmement enrichissante, une réalisation collective dont ne peut se passer un monde qui cherche à évoluer.</p>
<p>Si le Collège International Marie de France peut donner la chance aux jeunes de partir en tournée, c’est que les fonds le permettent. L’importance du théâtre ne s’y discute plus, il y a fait ses preuves. Lorsque l’on pense à la difficulté de financer les projets de théâtre francophone à McGill, étant donné l’absence de programme d’études théâtrales en français, on peut légitimement se demander s’il ne s’agit pas là d’une grave bavure sociale. Les deux pièces présentées par Franc-jeu cette année ont prouvé que la motivation des étudiants pouvait être suffisante pour présenter des spectacles de qualité, reste qu’un investissement plus conséquent de la part de l’Université semblerait bénéfique pour tous. Le rayonnement ne peut jamais atteindre que ceux qui assistent aux pièces. Peu de fonds, pas de mobilité, moins de public, moins d’éclat.</p>
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			</item>
		<item>
		<title>Ultime bafouille</title>
		<link>https://www.delitfrancais.com/2015/03/31/ultime-bafouille/</link>
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		<dc:creator><![CDATA[Gwenn Duval]]></dc:creator>
		<pubDate>Tue, 31 Mar 2015 18:45:19 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Chroniques]]></category>
		<category><![CDATA[Culture]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>Petit cours d’écriture à l’usage de tous.</p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p class="p1"><span class="s1">V</span>oici venu le temps de conjuguer le bonjour avec l’au revoir. Au carillon quelconque de mon intelli-téléphone-réveil j’ai compris, ce matin, que l’heure avait sonné. Je n’aime pas conclure, et ce serait mentir effrontément que de le faire. Au revoir le dit bien, j’aurais dit à jamais si j’avais voulu dire à jamais. Je vous annonce ici que je ne disparais pas à jamais. Mais que cela peut-il bien vous faire? Quand bien même je disparaîtrais, je serais toujours là, encrée treize fois dans les pages du <i>Délit</i>.</p>
<p class="p3"><span class="s1">Non, je ne disparais pas, je me déplace, oui comme les mots sur leurs pages, je suis amovible. Je vais voguer ailleurs, m’exercer comme dirait l’autre, à ma fantasque escrime et regarder ma lame dans le déroulement infini de mes gammes. <i>Le Délit</i> est commis, l’intention y était. Et j’y aurais appris, non sans épancher ma soif d’écrire à la sueur de mon propre front, que la direction vers laquelle regarder, seule l’expérience complexe de l’altérité a la force de la distinguer d’un point fixe. Le point fixe est une tâche. </span></p>
<p class="p3">Ceci n’est pas un carré blanc sur un fond blanc. Ceci est un front blanc sur une carte blanche. La tâche se dessine, j’ai perdu ma gomme. Je vous laisse, lecteurs, fidèles lecteurs, à votre volonté. Et je laisse entre vos mains la tâche de suivre encore le cours de tous ces usages sujets à caution. Et je laisse entre vos pensées la tâche de suie qui court encore sur les jeans des enfants pas sages, mais attention. Attention de vous perdre.</p>
<p class="p3"><span class="s2">Attention de ne jamais croire que vous vous êtes trouvés. Attention de ne jamais croire que vous avez raison. Attention de ne jamais croire savoir. Attention de toujours changer la phrase en question avant de l’étaler comme du beurre sur une tartine. Attention de ne pas toujours chercher à comprendre, attention de toujours chercher à entendre. Attention au mot persuadé, dit trop vite on entend: perd (perdre), sua (suer), dés (un coup de).</span><span class="s1"> À ton attention, lecteur, je porte cette considération: </span></p>
<p class="p3"><span class="s2">Loin de moi était l’idée de prétendre à quelque érudition littéraire. Loin de moi reste-t-elle. Érudition, dit-on, dis donc, la reine Dinon qui dîna, vous savez, de ces dodus dindons. Oui, voici toute mon érudition lecteur — des sons, des phonèmes, des mots dans ma bouche qui se bousculent pour s’articuler alors qu’ils respiraient l’air frais de la pensée, les voici qui s’embouteillent soudain dans des petits pots de beurres — puis se dépetipodebeurrisent. Et tous ces verbes que l’on plie, et les lettres, ces plis, tous ces épis que l’on cueille dans les écueils que trois gros raz-de-marée gris auraient pris pour des souris si le temps le leur avait permis. Y a‑t-il quelqu’un qui ait mal aux maxillaires? </span></p>
<p class="p3"><span class="s1">Près de moi est venue l’idée de prétendre à quelque rébellion littéraire. Près de moi reste-t-elle. Les phrases naissent en continuité, se succèdent et s’allient. Croyez-en mon expérience incertaine, certaines d’entre elles n’ont pas besoin de leur contexte. Aussi, lorsqu’après vous avoir fait avaler environ 6500 mots de délire hebdomadaire, je vous demande de faire preuve de bienveillance à mon égard, c’est que je compte sur votre écoute pour saisir, sans vous offusquer, le sens de cette dernière phrase que je soumets à votre bon vouloir référentiel: c’est en frondant que l’on fonde <i>Les Frondeurs</i>.</span></p>
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		<title>Sa faute à qui?</title>
		<link>https://www.delitfrancais.com/2015/03/24/sa-faute-a-qui/</link>
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		<dc:creator><![CDATA[Gwenn Duval]]></dc:creator>
		<pubDate>Tue, 24 Mar 2015 17:50:09 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Culture]]></category>
		<category><![CDATA[Théâtre]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>Au théâtre, aujourd’hui, le public a besoin d’un ennemi. </p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p class="p1"><span class="s1">S</span>’asseoir à sa place, au Centre du Théâtre d’Aujourd’hui en ce mois de mars, c’est un peu comme avoir le droit d’assister à un souper de famille avec une cape invisible. <i>L’ennemi public</i>, cette tête de turque à mille visages, n’est pas celui qu’on pense. Il est celui qui pense, mais qui pense mal. C’est le problème du temps, le problème du lieu aussi. C’est le problème des gens qui ont besoin d’avoir des idées fixes pour se sentir exister, qui savent tout et pensent trop fort et qui, par-dessus le marché, ont trop de bonnes raisons pour refuser d’envisager le doute.</p>
<p class="p3"><span class="s1">Singulièrement ancré dans son temps, le discours des personnages est composé de toutes ces phrases qui prétendent avoir raison, qui jugent en riant et qui se nourrissent de la culpabilité de ceux qui sont coupables d’en éprouver. Du théâtre de l’absurde? Oui, mais «l’absurde de la vraie vie» répond Brigitte Lafleur, la comédienne qui tient le rôle d’une mère ahurissante. L’audace de la mise en scène d’Olivier Choinière est comprise entre un seul espace en rotation, une tarte familiale divisée en trois parts inégales, et une temporalité éclatée. Où chacun a sa bonne mauvaise raison d’ouvrir grand sa bouche, on ferme la sienne, on remercie le quatrième mur et on apprécie la distance. </span></p>
<p class="p3"><span class="s1">Alors que les grands discutent autour de la table, s’insurgent contre Guy Turcotte et Magnotta, accusent, insultent et se précipitent au fond d’un cul-de-sac, les enfants se chicanent devant la télé. Parce que <i>Le</i> <i>Devoir</i> et ses billets d’humeur ne vaut peut-être pas mieux que le <i>Journal de Montréal</i> de l’empire Québecor, parce que les chroniqueurs de <i>Radio-Canada</i> peuvent aussi être d’excellents ennemis publics, parce que remettre René Lévesque sur la table n’est que le début du procès qui avorte chez Wilbert Coffin. Tous les discours se mêlent, tirent à bout portant sur des conclusions intenables et finissent par retentir sur l’éducation que reçoivent Aurelia et Jonathan, les deux enfants.</span></p>
<p class="p3"><span class="s1">Tuer un écureuil, c’est bien. Mordre l’oreille d’une excentrique, ça mérite de se mettre à genoux et d’être filmé en train de s’excuser. «Fais-ce que je dis, pas ce que je fais»; oui mais rendu là, on ne sait plus ce qu’on dit alors on finit par faire ce qu’on disait qu’on ne ferait pas: ça dérape, se bagarre et finit sur la terrasse. «Y va pas l’jeter en bas du balcon?» murmure une spectatrice inquiète. La tension est ficelée comme un gigot, personne ne veut du mal aux autres mais tout le monde finit par s’en faire. Personne ne veut du mal aux autres? Initialement, non, mais une fois que s’amorce le dérapage, les nuances disparaissent et la conversation prend des tournures follement réalistes. Pourrait-on déplacer une telle pièce lorsque ce sont les circonstances qui lui donnent un souffle? «Aujourd’hui, la réception est exceptionnelle, se réjouit Brigitte Lafleur, mais dans dix ans, est-ce que les gens entendront les mêmes discours dans leurs salons?» Quoi qu’il en soit, ce n’est pas demain la veille que la réponse nous parviendra, parce que René Lévesque, ça date quand même. Une critique virulente de la société enrobée dans une heure et demi de petites blagues fines; on peut dire sans doute qu’Olivier Choinière a l’étoffe du virtuose.</span></p>
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			</item>
		<item>
		<title>La grève est déclarée</title>
		<link>https://www.delitfrancais.com/2015/03/24/la-greve-est-declaree-2/</link>
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		<dc:creator><![CDATA[Gwenn Duval]]></dc:creator>
		<pubDate>Tue, 24 Mar 2015 17:14:49 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Actualités]]></category>
		<category><![CDATA[Québec]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>McGill débute sa mobilisation.</p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p class="p1"><span class="s1">U</span>ne semaine complète de grève a été votée par L’Association générale des étudiantes et étudiants de langue et littérature françaises (AGELF) de McGill le jeudi 19 mars à l’occasion de l’Assemblée générale de l’association. Ce vote marque la volonté de l’AGELF de se joindre au mouvement du printemps 2015. La grève s’étendra donc du 30 mars au 3 avril, en réponse aux mesures d’austérité imposées par le gouvernement Couillard.</p>
<p class="p3"><span class="s1">Le référendum du 19 mars était formulé sous la forme de deux motions. La première prévoyait un jour de grève symbolique le 2 avril, dans le cadre de la manifestation nationale organisée le même jour par l’Association pour une Solidarité Syndicale Étudiante (ASSÉ). </span></p>
<p class="p3"><span class="s1">Une majorité écrasante (79,07%) des étudiants de premier cycle du département de langue et littératures françaises qui ont exercé leur droit de vote s’est prononcé en faveur de cette première motion. </span></p>
<p class="p3"><span class="s1">La deuxième motion proposait quant à elle qu’«advenant que le vote ci-haut soit voté favorablement et à majorité, que l’AGELF soit en grève du 30 mars au 3 avril.» Soumise à un vote par bulletin secret, celle-ci est passée avec 53,5% des voix.</span></p>
<p class="p3"><span class="s1">À l’Université McGill, nombre d’étudiants n’ignorent pas «la nécessité de se créer un espace de grève, un espace de temps, de perturbation et de mobilisation pour lutter contre l’austérité», comme l’indique l’AGELF sur sa page <i>Facebook</i>. Si L’Association Étudiante de l’Université McGill (AÉUM) n’a, elle, pas présenté une motion pour la grève lors de la dernière Assemblée Générale, les départements ne sont pas à court de moyens pour faire entendre leurs voix. </span></p>
<p class="p5"><span class="s2"><b>Les médecins déjà en grève</b></span></p>
<p class="p3"><span class="s1">Dans la même optique d’opposition aux politiques du gouvernement libéral, sans toutefois s’opposer à l’austérité en général, l’association des étudiants en médecine de McGill (MSS) a décidé lors de son Assemblé générale du 17 mars dernier d’affirmer son mécontentement vis-à-vis du projet de loi 20 lors d’une journée de grève symbolique. Celle-ci aura lieu le 30 mars prochain. La motion proposant la journée de grève est passée sans trop de difficulté avec 89 votes pour la motion et 19 contre. Le projet de loi 20 est une initiative du Ministre de la Santé et des Services Sociaux du Québec, M. Gaétan Barrette, pour imposer un quota de patients aux médecins omnipraticiens. Ainsi, chaque omnipraticien serait tenu de suivre au moins 1000 patients sous peine de recevoir des pénalités allant jusqu’à 30% de leur salaire. Selon David Benrimoh, sénateur de la Faculté de médecine de McGill, «[cette loi] ne nous donne pas les ressources nécessaires pour faire notre travail.» À titre personnel, il ajoute qu’il trouve que «les deux enjeux [l’austérité et le projet de loi 20] se chevauchent, car c’est une manifestation de l’austérité que de demander aux médecins de faire plus avec moins de moyens, ce qui contribuera à une baisse dans la qualité des soins donnés.» Il précise cependant que les médecins veulent que leurs causes soient perçues comme séparées et plus spécifiques que le mouvement plus général contre l’austérité. </span></p>
<p class="p3"><span class="s1">MSS n’est pas la seule faculté de médecine à manifester fermement son opposition au projet de loi 20. Les étudiants de l’Université de Sherbrooke et de l’Université de Montréal ont aussi choisi de poser un geste symbolique le 30 mars. En plus des étudiants, les doyens des facultés de médecine du Québec se sont unis dans un mémoire déposé en commission parlementaire pour dénoncer les répercussions du projet de loi. Le Dr. David Eidelman, doyen de la Faculté de médecine de l’Université McGill a contribué au mémoire et y a affirmé que le projet de loi risquait d’entraîner une dévalorisation de la médecine familiale. M. Benrimoh a d’ailleurs confirmé que la Faculté et les étudiants partageant la même opposition au projet de loi, la MSS s’est entendu avec la Faculté pour que les grévistes ne soient pas pénalisés pour leur absence le 30 mars.</span></p>
<p class="p5"><span class="s2"><b>Les votes à venir</b></span></p>
<p class="p3"><span class="s1">L’austérité sera également à l’ordre du jour de l’Assemblée générale prévue le 26 mars par l’Association des étudiantes et étudiants </span><span class="s3">en langue et littérature françaises inscrits aux études supérieurs (ADELFIES). Jolianne Gaudreault Bourgeois, présidente de l’ADELFIES, relativise: «Pour l’instant, ce n’est pas vraiment un vote de grève, mais plus l’occasion d’une plénière où les membres auront l’occasion de s’exprimer.» Elle précise cependant qu’au besoin, une Assemblée générale de grève pourrait être organisée avant le 2 avril.</span></p>
<p class="p3"><span class="s4">Du côté de l’Association des étudiants en droit de McGill (AÉD), un référendum de grève par scrutin électronique aura lieu du 30 mars au soir au 1er avril en fin d’après-midi. Le référendum est divisé en deux questions, la première sur la tenue d’une journée de grève le 2 avril, et la deuxième pour une grève générale reconductible suivant l’annonce des résultats du référendum. Enfin, l’association des étudiants en études des femmes et de la diversité sexuelle de McGill (WSSA), qui représente 500 étudiants, tiendra un vote de grève le 31 mars.</span></p>
<p class="p3"><span class="s4">Avec près de 50 000 étudiants déjà en grève contre l’austérité à travers le Québec, sans compter les étudiants en médecine opposés à des politiques plus spécifique du gouvernement libéral, le mouvement Printemps 2015 se précise au fil des semaines, mais atteindra-t-il des proportions comparables aux mobilisations de 2012?</span></p>
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		<title>La grève est déclarée</title>
		<link>https://www.delitfrancais.com/2015/03/19/la-greve-est-declaree/</link>
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		<dc:creator><![CDATA[Gwenn Duval]]></dc:creator>
		<pubDate>Fri, 20 Mar 2015 02:06:42 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Actualités]]></category>
		<category><![CDATA[Campus]]></category>
		<category><![CDATA[Slider]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>Le printemps 2015 bourgeonne à McGill.</p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p class="p1"><span class="s1">Une semaine complète de grève a été votée par l’ Association générale des étudiantes et étudiants de langue et littératures françaises (AGELF) de McGill. Les étudiants ont procédé à un vote à bulletin secret aujourd’hui, jeudi 19 mars 2015, et affirmé leur volonté de se joindre au mouvement Printemps 2015.</span></p>
<p class="p1"><span class="s1">La grève s’étendra donc du 30 mars au 3 avril. Une majorité écrasante (79,07%) des étudiants de premier cycle du département de langue et littératures françaises a demandé une journée de grève le 2 avril, dans le cadre de la manifestation nationale de l’ASSÉ.</span></p>
<p class="p1"><span class="s1">Les étudiants se sont également prononcés en faveur (53,5%) de la seconde proposition soumise au vote: «Advenant que le vote ci-haut soit voté favorablement et à majorité, que L’AGELF soit en grève du 30 mars au 3 avril.»</span></p>
<p class="p1"><span class="s1">À l’Université McGill, nombre d’étudiants n’ignorent pas «la nécessité de se créer un&nbsp;</span>espace de grève, un espace de temps, de perturbation et de mobilisation pour lutter contre l’austérité», comme l’indique l’AGELF sur sa page <em>Facebook</em>, et si l ’Association Étudiante de l’Université McGill (AÉUM) ne semble pas vouloir tenir de vote de grève, les départements ne sont pas à court de moyens de faire entendre leurs voix.</p>
<p class="p1"><span class="s1">L’austérité est à l’ordre du jour de l’assemblée générale prévue le 26 mars par l’Association des étudiantes et étudiants en langue et littératures françaises inscrits aux études supérieures (ADELFIES).</span></p>
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		<title>Mets ta méthode!</title>
		<link>https://www.delitfrancais.com/2015/03/17/mets-ta-methode/</link>
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		<dc:creator><![CDATA[Gwenn Duval]]></dc:creator>
		<pubDate>Tue, 17 Mar 2015 16:30:21 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Chroniques]]></category>
		<category><![CDATA[Culture]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>Petit cours d’écriture à l’usage de tous.</p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p class="p1"><span class="s1">J</span>’ai entendu, certainement tout comme vous, nombre de discours sur la méthode. J’y ai cru, plus ou moins fermement, plus ou moins longtemps, plutôt moins que trop, mais point trop n’en faut, ne perdons pas les mots qui auraient pu avoir en vue quelques propos plus pertinents que leur propre méthode, qu’un discours sur celle-ci et surtout qu’une impertinente prétention de n’en pas avoir.</p>
<p class="p3"><span class="s1">Je ne vais pas changer de sujet, je vais juste changer d’allure. C’est un test, une expérience, soyez les bienvenus dans mon laboratoire, encore une fois, je vous attendais justement. Voilà, sur ma table de dissection, cette semaine, il y aura: la méthode, la méthode et la méthode. </span></p>
<p class="p3"><span class="s2">La méthode, cher lecteur, c’est tout ce que j’adore abhorrer… mais si je ne la connaissais pas, je n’aurais pas cette opportunité. Comme de fait, comment juger de l’inconnu? Ne me faites pas dire ce que je n’ai pas dit, je n’ai jamais prétendu tisser une synonymie entre connaître et maîtriser, même s’ils portent tous les deux jolis chapeaux. En face de la méthode, j’arme l’intuition – c’est du moins ce à quoi j’aime croire lorsque j’avance. Je cherche la stratégie, c’est ce que je tente d’élaborer en suivant mon intuition. Je jette la méthode et l’intuition dans mon éprouvette, je secoue, ce coup le vaut-il? Je croise les doigts et j’espère qu’une stratégie naîtra de leur union haineuse. </span></p>
<p class="p3"><span class="s2">Et me voici, le nez dans mes spéculations, mes préoccupations qui me regardent en biais. </span></p>
<p class="p3"><span class="s2">Moi, quand bien même le risque de me perdre me guette, je continue à chercher le moyen d’allier les antipodes. Et ce nez dans la science hume l’air opaque des présupposés, j’erre mais je ne flaire, à quoi ça sert? Pas à rien, non pas à rien… </span></p>
<p class="p3"><span class="s2">Je vais vous dire pourquoi tout cela ne sert pas à rien, pour ce faire je vais puiser mes ressources dans les expériences antérieures. Non, non ce n’est pas ma méthode, <i>I just feel it</i>, bien sûr. Rien ne se perd, rien ne se crée, tout se transforme; si tout cela servait à rien, rien se perdrait, rien se créerait et rien finirait par se transformer. Or, cela est impossible, même logiquement inadmissible, rien se mettrait à courir, partirait à point nommé et ne risquerait alors plus rien, sinon quelques minutes à la vie. </span></p>
<p class="p3"><span class="s1">La méthode, le logicien de Ionesco en a fait son affaire, il suffit d’avoir quatre pattes pour être chat ou chien quand la caravane passe. On n’attache pas son chien avec des saucisses, même s’il est chaud, car on finit par ne plus se comprendre et par se faire servir à côté de la plaque. Alors, les mots qui cherchent à générer une action, à créer une situation où le corps doit s’engager, où le serveur doit servir, répondre au mot juste, tombent à plat. </span></p>
<p class="p3"><span class="s2">Ma méthode, ici, ce n’est pas de n’en pas avoir, c’est plutôt de l’assujettir à un espace-temps quasi-imaginaire, de la limiter à l’aventure paradoxalement spontanée et surtout, surtout, d’en réduire autant que possible l’applicabilité. Qui prouve trop, ne prouve rien, et voilà pourquoi je me surprends à tant éprouver.</span></p>
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		<title>L’espace, leitmotiv à l’AÉFA</title>
		<link>https://www.delitfrancais.com/2015/03/17/lespace-leitmotiv-a-laefa/</link>
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		<dc:creator><![CDATA[Gwenn Duval]]></dc:creator>
		<pubDate>Tue, 17 Mar 2015 15:32:06 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Actualités]]></category>
		<category><![CDATA[Campus]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>Le conseil de l’AÉFA débat du Space Project et de la polémique du Centre sportif.</p>
<p>L’article <a href="https://www.delitfrancais.com/2015/03/17/lespace-leitmotiv-a-laefa/" data-wpel-link="internal">L’espace, leitmotiv à l’AÉFA</a> est apparu en premier sur <a href="https://www.delitfrancais.com" data-wpel-link="internal">Le Délit</a>.</p>
]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<p class="p1"><span class="s1">L</span>e conseil législatif de l’Association Étudiante de la Faculté des Arts (AÉFA) du mercredi 11 mars dernier a adopté toutes les motions à l’ordre du jour de façon étonnamment consensuelle. Le conseil a approuvé à l’unanimité la mise en place d’une politique d’accompagnement mieux organisée des victimes d’agressions sexuelles au sein de l’Université. Après une motion pour l’adoption d’un nouveau programme de maitrise, la présidente de l’AÉFA, Ava Liu, a apporté des précisions à propos de son <i>Space Project</i>, avant que la discussion ne s’oriente vers la position que devra prendre l’AÉFA vis-à-vis de la création d’horaires réservés aux filles du Centre sportif.</p>
<p class="p4"><span class="s2"><b>Un intérêt pour les projets </b></span></p>
<p class="p5"><span class="s1">À la demande des conseillers de l’AÉFA d’il y a deux semaines, Ava Liu a exposé son <i>Space Project </i>devant les membres du conseil. Mme Liu a assuré que l’argent serait investi de manière raisonnable et adéquate et que le budget de l’AÉFA ne serait pas dépensé dans son intégralité pour financer le <i>Space Project</i>. La présidente soutient que l’appropriation de l’espace du campus par les étudiants est importante, que ce ne serait plus seulement l’Université qui offrirait des services, mais l’association étudiante qui investirait alors l’espace et procurerait aux étudiants un environnement de meilleure qualité. Jacob Greenspon, représentant des arts au sénat, qui avait émis quelques réserves lors du conseil du 24 février, semblait plus acquis à la cause du projet mercredi dernier, surtout lorsque l’idée d’un espace vert au deuxième étage du bâtiment Leacock a été mise sur le tapis. Ava Liu a confirmé qu’elle tiendrait le conseil au courant des avancées concernant les plans. Elle y travaille actuellement avec <i>McGill Spaces Project </i>(MSP), <i>Campus Space</i> et le designer Paul Gaunther ainsi qu’avec Gillian Lane-Mercier. La présentation officielle du projet lors d’un événement festif ne devrait pas tarder. </span></p>
<p class="p4"><span class="s3"><b>Polémique du Centre sportif</b></span></p>
<p class="p5">Le conseil s’est légèrement prolongé lorsque le sujet du Centre sportif et de ses plages horaires réservées aux filles a été abordé. Plusieurs propositions et réserves ont été émises, quelques problèmes aussi. Faut-il réserver une heure par jour pour les filles ou bien leur accorder une plus longue plage horaire moins fréquemment? Pourront-elles aller d’une salle à l’autre en tenue de sport sans risque de rencontrer des hommes dans les couloirs? La représentante du programme des études des femmes a demandé comment était traitée la question de l’identité féminine; la réponse a été: «l’entrée serait accordée à quiconque considère être une femme.» La présidente a proposé de créer un espace réservé aux filles dans le Centre sportif, au lieu d’un horaire. Le conseil n’a pas rejeté l’idée, bien que tout cela représenterait des dépenses qu’il faudrait alors discuter.</p>
<p class="p5"><span class="s4">Le dernier point à avoir été abordé concernait les démissions nombreuses des v.-p. cette année: y aurait-il eu moyen de les éviter? Ava Liu a répondu que pour la dernière démission, celle de la v.-p. aux finances, elle aurait pu avoir recours à une solution, mais que la charge de travail qui restait à accomplir cette année sera plus simplement réattribuée à d’autres membres, dont elle-même. Il reste que certaines circonstances échappent au contrôle du conseil et à celui de la présidente qui a ponctué sa dernière intervention de «<i>malchance</i>». C’est ainsi que le conseil a bouclé la boucle, dans une atmosphère plus calme qu’à l’accoutumée.</span></p>
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		<title>Mitrailleur photographe</title>
		<link>https://www.delitfrancais.com/2015/03/17/mitrailleur-photographe/</link>
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		<dc:creator><![CDATA[Gwenn Duval]]></dc:creator>
		<pubDate>Tue, 17 Mar 2015 14:28:55 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Enquêtes]]></category>
		<category><![CDATA[International]]></category>
		<category><![CDATA[Photos]]></category>
		<category><![CDATA[Slider]]></category>
		<category><![CDATA[Société]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>«Quand ça sera plus sérieux, je m’achèterai un petit casque et un gilet.»</p>
<p>L’article <a href="https://www.delitfrancais.com/2015/03/17/mitrailleur-photographe/" data-wpel-link="internal">Mitrailleur photographe</a> est apparu en premier sur <a href="https://www.delitfrancais.com" data-wpel-link="internal">Le Délit</a>.</p>
]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<p class="p1"><i>Jules Gauthier, 23 ans, aspirant photo-journaliste, raconte son expérience au Liban et en Syrie. Alors que le spin médiatique bat son plein, que la Syrie entrait dans sa cinquième année de guerre le quinze mars, Jules confie au </i>Délit <i>ses impressions et met des mots sur les images qu’il a rapportées.</i></p>
<p class="p1"><span class="s1"><b>L</b></span><b>e Délit (LD)</b><i>: Bonjour Jules, je suis tombée sur cette photo (trois jeunes&nbsp;et un fusil) et je me suis demandée si tu pouvais m’expliquer un peu le contexte dans lequel tu l’as prise?</i></p>
<p class="p3"><span class="s2"><b>Jules Gauthier (JG)</b>: C’était en décembre 2013, dans la ville de Tripoli, la deuxième plus grosse ville du Liban. C’est une ville où il y a souvent eu des affrontements armés entre les sunnites et les alaouites donc c’est un peu le conflit syrien qui se déplace au Liban. Les alaouites qui supportent le régime de Bachar el-Assad affrontent les sunnites qui supportent la rébellion en Syrie. Quand il y a des combats en Syrie, ça déclenche souvent des combats à Tripoli. Ces enfants-là, toute la série sur Tripoli en fait, c’est avec ceux qui supportent la rébellion, les sunnites. C’était dans le quartier de Bab al-Tabbaneh, là où les affrontements ont souvent lieu dans cette grande ville du Nord du Liban. Cette photo-ci a été prise après une nuit où il y avait eu des combats entre les deux groupes, en milieu d’après midi dans un des </span>souks de la vieille ville de Tripoli. Les combattants se reposaient sur des sofas et leurs enfants, ou les enfants du quartier, étaient en train de nettoyer et recharger les armes,.J’ai trouvé ça assez surréaliste: quand on habite en Occident, on n’est pas habitué de voir des enfants de onze ou douze ans nettoyer des mitrailleuses et charger des fusils tandis que sporadiquement, au loin, des tirs de <i>sniper</i> se font entendre. Le gros des combats se passe souvent durant la nuit, mais tout le monde reste chez soi, parce [que] les <i>snipers</i> sont quand même en action le jour. Si tu traverses une rue sans faire attention, tu peux te prendre une balle dans la tête.</p>
<p class="p3"><span class="s2"><b>LD: </b><i>Mais comment t’es-tu retrouvé là-bas?</i>&nbsp;</span></p>
<p class="p3"><span class="s2"><b>JG</b>: Je suis parti en échange pendant un an. J’étudie les sciences politiques à l’Université de Montréal et j’ai choisi d’aller à Beyrouth, à l’Université Saint-Joseph, fondée par des jésuites francophones. Il y avait environ moitié moins d’étudiants étrangers cette année-là, à cause des conflits. La majorité des étudiants en échange viennent de France, j’étais le seul Québécois, même le seul Canadien. </span></p>
<p class="p3"><span class="s3"><b>LD</b>: <i>Tu vivais à Beyrouth mais tu prenais des photos à Tripoli ?</i></span></p>
<p class="p3"><span class="s3"><b>JG</b>: Je vivais dans un appartement pas trop loin de la gare routière. Tous les jours je regardais les infos et si je voyais qu’il y avait un affrontement [<i>il claque des doigts</i>], ou «ça pète», «il y a de la tension», je prenais mon appareil photo, je sautais dans le bus et je fonçais… Si je n’avais pas de cours. Bon, parfois j’ai manqué des cours, comme tout le monde… Tu débarques du bus et t’entends </span>des mitrailleuses qui tirent partout, c’est… c’est assez étrange. Tout le monde connait un peu la situation là-bas, Tripoli c’est très facile d’accès, à seulement à 80 kilomètres de Beyrouth. Tu peux y aller comme ça [<i>il</i> <i>claque des doigts</i>]. C’est difficile, par contre, de trouver des contacts. Un jour, en me promenant dans le souk, j’ai rencontré un vieux monsieur auquel j’ai expliqué que je voulais prendre des photos des combattants, de ce qu’il se passait à Tripoli. Et puis il m’a répondu: «oui, moi même je suis un ancien combattant, viens je vais t’amener.» Il m’a fait rentrer dans des quartiers où normalement on ne peut pas trop aller comme ça avec un appareil photo.</p>
<p class="p3"><b>LD</b>: <i>Et tu restais dormir à Tripoli?</i></p>
<p class="p3"><b>JG</b>: Je partais le matin de Beyrouth,<span class="Apple-converted-space">&nbsp; </span>ça prenait deux heures pour aller jusqu’à Tripoli. J’arrivais vers midi, je faisais mes photos et je repartais vers huit heures le soir dans un petit bus. Des fois, quand je prenais des photos plus tard le soir ou la nuit, je dormais dans une auberge à Tripoli, ça coutait quinze <i>piaces</i> la nuit. Je me débrouillais, c’est assez ac<span class="s2">commodant quand même.</span></p>
<p class="p1"><span class="s1"><b>LD</b>: <i>Il y avait beaucoup de monde qui allait prendre des photos?</i></span></p>
<p class="p1"><span class="s1"><b>JG</b>: Non, non.<span class="Apple-converted-space">&nbsp; </span>Enfin il y a beaucoup de photographes qui y ont été mais, personnellement, je n’en ai pas croisé pendant que j’y étais. Tripoli, ce n’est pas un sujet très original, mais c’est une façon de faire ses armes un peu. C’était un conflit quand même contenu dans une ville, même s’il y a parfois des affrontements dans d’autres villes du Liban, ça reste assez localisé. Après j’ai été en Syrie. </span></p>
<p class="p1"><span class="s1"><b>LD</b>: <i>Ce weekend, la Syrie entrait dans sa cinquième année de conflit, comment c’était quand tu y es allé, en janvier 2014?</i></span></p>
<p class="p1"><span class="s1"><b>JG</b>: J’y suis allé dans un contexte assez particulier. La plupart des journalistes qui ont couvert le conflit l’ont fait du côté de la rébellion. Ils sont entrés illégalement sur le territoire via le Liban ou la Turquie et ont rejoint les groupes rebelles qui affrontaient le régime syrien. Aujourd’hui, c’est devenu beaucoup plus compliqué de couvrir cette guerre syrienne, les risques d’enlèvement sont beaucoup plus grands à cause de la présence de l’État islamique et les groupes djihadistes se sont multipliés. Moi j’ai pris des photos de l’autre côté. Je ne prends pas du tout parti dans cette guerre-là, j’ai mes propres idées là-dessus. Je l’ai fait d’un point de vue journalistique, photographique. Quand tu fais de la photo journalistique, peu importe le côté où tu vas, tu le fais pour documenter. J’ai été du côté de Bachar el-Assad, j’avais des contacts via une organisation humanitaire. On a obtenu des visas, on a été logés, nourris et on se déplaçait avec l’armée pour éviter tout enlèvement. Nous étions avec SOS chrétiens d’Orient qui allait porter des cargaisons de vêtements, de jouets et de vivres aux différentes communautés religieuses à Damas. Pendant qu’on se déplaçait, je prenais des photos. Je n’étais pas là en tant que journaliste: le régime surveille qui prend des photos sur le territoire, ça reste un régime autoritaire. Je n’avais pas le droit de photographier des soldats et des installations militaires. </span></p>
<p class="p1"><span class="s1">J’essayais d’être discret même quand je prenais des photos de gens dans la rue. La photo des enfants qui dansent en rond a été prise dans un orphelinat près de Damas.</span></p>
<p class="p1"><span class="s2"><b>LD</b> : <i>Et l’interaction avec les civils, c’était comment?</i></span></p>
<p class="p1"><span class="s2"><b>JG</b> : Dans un régime autoritaire, les gens se sentent surveillés. Si quelqu’un parle en mal du régime, les policiers peuvent arriver chez lui et l’arrêter. Si par exemple, je me balade dans la rue et que je demande à un commerçant dans sa boutique: «Et puis, toi tu penses quoi du régime ?», il y a peu de chance pour qu’il me réponde. Il y avait une tension, l’ armée nous surveillait, on se déplaçait mais on ne pouvait pas vraiment entrer en contact avec les civils syriens. </span></p>
<p class="p1"><span class="s2"><b>LD:</b> <i>Ta perception des choses a‑t-elle changée?</i></span></p>
<p class="p1"><span class="s2"><b>JG</b>: À propos des camps de réfugiés syriens au Liban, avant d’y aller, je voyais les nombres dans le journal. Des chiffres, ok, on en voit chaque jour… C’est horrible mais sans plus. Quand tu arrives dans le camp et que tu vois des gens qui s’entassent dans des tentes, au milieu d’un paysage presque désertique à la frontière entre la Syrie et le Liban; qu’il fait 40 degrés dans leur tente le jour et 2 degrés la nuit; qu’ils ont pas <i>une cent</i>; que les enfants vont pas à l’école; que les parents ont pas de travail… et que t’es là, toi, petit occidental avec ton Canon 5D, ça fait un peu cliché mais ça te donne un coup. <i>Pour vrai, ça fesse pas mal</i>.</span></p>
<p class="p1"><span class="s2">Quand je reprenais la voiture après, pour retourner chez moi à Beyrouth, ça faisait un peu comme après un film qui t’a bouleversé, tu ne dis pas un traitre mot. </span></p>
<p class="p1"><span class="s2"><b>LD</b>: <i>Et quand tu reviens ici, que tu te retrouves au milieu des autres étudiants montréalais, tu te sens comment? </i></span></p>
<p class="p1"><span class="s2"><b>JG</b>: C’est un retour à une vie où on a aussi nos propres problèmes, c’est sûr, c’est pas les mêmes… Je n’ai pas oublié ce que j’ai vécu, j’ai envie d’y retourner pour documenter les choses. Oui, ça a changé une certaine partie de moi, une certaine perception mais ça va pas non plus m’empêcher de vivre ma vie, moi aussi j’ai le droit de m’amuser, de lire… mais toujours en sachant que… oui ça a changé quelque chose, je regarde plus les infos pareil. Ici, les gens s’en fichent de la Syrie… </span></p>
<p class="p1"><span class="s2"><b>LD</b> : <i>Ce weekend, tout le monde en parle. </i></span></p>
<p class="p1"><span class="s2"><b>JG</b>: Oui, et dans deux semaines on n’en parle plus. On parle de l’État islamique mais pas du régime de Bachar el-Assad. On parle des décapitations, pendant ce temps là, ailleurs dans le pays, il y a des combats qui continuent et des civils qui payent le prix fort: des barils de bombes, des attentats, des enlèvements… </span></p>
<p class="p1"><span class="s2"><b>LD</b> : <i>Si on te proposait d’y aller sans appareil photo, tu partirais quand même?</i></span></p>
<p class="p1"><span class="s2"><b>JG</b>: J’en serais incapable aujourd’hui, je dois avoir mon appareil photo. Ne serait-ce que pour un voyage, même si c’est pour aller voir la famille dans une autre ville, tu te promènes dans la rue et tu vois un truc, [<i>il claque des doigts</i>] hop, tu l’as! Maintenant que j’ai mon appareil photo et que je m’investis dans cette pratique, que j’espère un jour être photographe, je ne peux pas me permettre d’en manquer une, c’est trop frustrant. Je me rappelle encore d’une scène que je n’ai pas réussi à photographier parce que mon appareil était au fond de mon sac! Non vraiment, je ne pourrais pas. Pour moi, le voyage et l’étranger sont vraiment associés à la photographie.</span></p>
<p class="p1"><span class="s2"><b>LD</b>: <i>Tu as dis que tu voulais y retourner, ce serait quand?</i></span></p>
<p class="p1"><span class="s2"><b>JG</b>: Je vais essayer d’y retourner en août, mais mes parents ne sont <i>pas très chauds</i> pour que je retourne en Syrie. J’aimerais aller faire une sorte d’état des lieux après cinq ans de conflit pour documenter sur les relations entre les différentes communautés, la reconstruction du pays, la formation des milices locales et d’autres sujets comme ça.</span></p>
<p class="p1"><span class="s2"><b>LD</b>: <i>C’est vraiment ta passion alors?</i> </span></p>
<p class="p1"><span class="s2"><b>JG</b>: J’ai toujours été intéressé par les conflits armés: le pourquoi, le comment, les destructions. Je ne pense pas pouvoir répondre un jour, mais je me demande pourquoi les humains continuent à s’entretuer. Ça m’attire. C’est proche parce que sur internet on a accès à plein de choses, mais en même temps ça parait tellement loin de notre monde et c’est juste à sept heures d’avion tout ça. Même si je suis profondément athée, je voudrais pouvoir comprendre les rouages des religions et les tensions entre les différentes communautés. Pour moi, c’est à la fois fascinant et absurde quand je pense à quel point ça peut faire des ravages. </span></p>
<p class="p1"><span class="s2"><b>LD</b>: <i>Y‑a-t-il une leçon que tu as tirée de ce que tu as vécu là-bas?</i></span></p>
<p class="p1"><span class="s2"><b>JG</b>: Il faut vraiment être sur le terrain pour mesurer la chose. Il ne faut pas se fier toujours aux informations, aux journaux qui se nourrissent de sensationnalisme. Ça peut paraitre ironique parce que moi, ce que je ramène, c’est de l’information, mais il faut y aller pour voir. C’est du fragile équilibre entre sensationnalisme et documentation dont il est question quand on parle de ce qui se passe à l’étranger, surtout en temps de guerre.&nbsp;</span></p>
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			<span class="media-credit">Jules Gauthier</span>		</figcaption>
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			<span class="media-credit">Jules Gauthier</span>		</figcaption>
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<p>L’article <a href="https://www.delitfrancais.com/2015/03/17/mitrailleur-photographe/" data-wpel-link="internal">Mitrailleur photographe</a> est apparu en premier sur <a href="https://www.delitfrancais.com" data-wpel-link="internal">Le Délit</a>.</p>
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		<title>Énigme à tics</title>
		<link>https://www.delitfrancais.com/2015/03/10/enigme-a-tics/</link>
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		<dc:creator><![CDATA[Gwenn Duval]]></dc:creator>
		<pubDate>Tue, 10 Mar 2015 18:03:01 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Chroniques]]></category>
		<category><![CDATA[Culture]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>Petit cours d’écriture à l’usage de tous.</p>
<p>L’article <a href="https://www.delitfrancais.com/2015/03/10/enigme-a-tics/" data-wpel-link="internal">Énigme à tics</a> est apparu en premier sur <a href="https://www.delitfrancais.com" data-wpel-link="internal">Le Délit</a>.</p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p class="p1"><span class="s1">S</span>alut lecteur, tu m’excuseras, je n’ai pas beaucoup de temps cette semaine, seulement 500 mots pour te faire deviner. C’est comme d’habitude? Pas tout à fait, et je me retiens de te lancer le défi d’aller compter mes mots. J’offre un ballon de baudruche à quiconque trouve, par la force de son souffle, la réponse sans trébucher sur les dictons.</p>
<p class="p3"><span class="s1">Coup de vent, lecteur, c’est mon thème de la semaine, je reprends la théorie du verbe et je la laisse de côté, elle a perdu la côte, dévalé la côte, les poules ont des dents, tout le monde sait ça. Ce mardi, c’est lecture à rebours, une nouvelle proposition s’est dessinée à l’horizon.</span></p>
<p><b>Ici, début, point zéro</b></p>
<p class="p3"><span class="s1">À voix haute, plan vertical, exploration en altitude, voyage à travers les nuages, coup de rame dans les gouttelettes, évaporation parallèle. Refus conjugatoire. Non à la dérivation en fonction du sujet et du temps. Récif approximatif, à tâtons. Nouvelle conjugaison, fonction d’espace. Axe vertical: i‑grec. Escalade, escapade de l’idée dans le mot. Premier pas: niveau zéro, retour aux sources. O, eau, oh! </span></p>
<p class="p3"><span class="s1">Exclamation, étonne, détonne, des tonnes de possibilités! Trop peu d’expressions univoques et pourtant… douceur de certains sons. Drôle de compréhension, mot vase, groupe obscur. Répétition des rapides, remous, ressac, vague, perte de sens, jamais, multiplication, choix, galère, prospère. (Joie, manière, arrières), ATTENTION! </span></p>
<p class="p3"><span class="s1">Coup monté sur échasses, passe. Chanson, sessions, thème, nosnahc snoisses emèht. Kwak, kot kot kot. Origine, espèce d’humanoïde! </span></p>
<p class="p3"><span class="s1">Tu m’as crue? Moi je cris «vive les verbes!» et quand je dis «n’importe quoi!», j’espère que tu n’entends pas «j’apporte quoi?» Laisses tout derrière, apporte juste ta tête, apporte-la partout, par tous les vents, tous les temps, par tous les ports. Une âme dans chaque port, un port dans chaque âme. Une porte pour chaque trame et sonne le cors, vois la dérive. Riverain sournois, ton trottoir longe le fleuve et l’afflux ronge l’averse. </span></p>
<p class="p3"><span class="s1">Amer, amer, un amer en mer est un repère. Côtier du large, sais-tu que ta ville est une île? Délirant, rang de délit. Sais-tu ce qu’une pierre posée en délit? Une pierre disposée dans un sens différent que celui du lit, maintenant vous savez. Un sens différent que celui qui se lit, un sens lifférent de celui qui se dit. Le fleuve est sortit de son lit, la lyre est sortie de son fleuve, l’axe coule et mon cap oscille comme un enfant naïf cherchant la source de l’instinct avec sa baguette en chantée. </span></p>
<p class="p3"><span class="s2">Timbré comme une enveloppe à la poste, mon je se dédie de tout ce que je n’ai pas dit, mon je se délie de tout ce qui échappe au timbre du rire. Comme on fait son lit on se couche, je vais te le dire, lecteur, ce qui a guidé mes pas ce soir. Je vais l’annoncer, vaste lectorat, ouvre bien les orteils: la quarte de do + TI + va-nus-pieds. </span></p>
<p class="p3"><span class="s2">Il y a des nuits blanches et des cafés noirs à l’horaire, il y a 500 mots soumis aux intempéries, aux limites de l’épuisement des ressources énergétiques, au tangage de la vie quoi!</span></p>
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		<title>La foi du voyage, quatre jeunes préparent leur bagage</title>
		<link>https://www.delitfrancais.com/2015/03/10/la-foi-du-voyage-quatre-jeunes-preparent-leur-bagage/</link>
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		<dc:creator><![CDATA[Gwenn Duval]]></dc:creator>
		<pubDate>Tue, 10 Mar 2015 16:26:35 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Enquêtes]]></category>
		<category><![CDATA[Entrevues]]></category>
		<category><![CDATA[International]]></category>
		<category><![CDATA[Slider]]></category>
		<category><![CDATA[Société]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>Une étudiante de McGill participe à un tour du monde interreligieux.</p>
<p>L’article <a href="https://www.delitfrancais.com/2015/03/10/la-foi-du-voyage-quatre-jeunes-preparent-leur-bagage/" data-wpel-link="internal">La foi du voyage, quatre jeunes préparent leur bagage</a> est apparu en premier sur <a href="https://www.delitfrancais.com" data-wpel-link="internal">Le Délit</a>.</p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p class="p1"><span class="s1"><b>L</b></span><b>e Délit (LD)</b>: <i>Bonjour Léa, pourrais-tu expliquer brièvement le contexte du voyage que tu as entrepris? Comment as-tu entendu parler du programme InterFaith Tour?</i></p>
<p class="p3"><span class="s2"><b>Léa Frydman (LF)</b>: L’année dernière, en vacances à Buenos Aires, j’ai rencontré Ilan, Josselin, Samuel, Ismael et Victor, cinq jeunes hommes qui m’ont dit faire le tour du monde de l’interreligieux. D’abord fascinée par l’idée d’un tour du monde, puis interpelée par celle de l’interreligieux, j’ai insisté pour enregistrer avec eux un débat qui a été filmé lors de la dernière étape de leur tour du monde. C’est à Montréal, en avril dernier, que j’ai passé une journée de débat en leur compagnie et celle de l’équipe de Standpoints. Les quatre thèmes centraux que nous avons abordés étaient: religion et état, religion et identité, religion et guerre et l’avenir de la religion. La qualité de cet échange m’a poussée à m’intéresser au sujet interreligieux dont les multiples implications sociales, politiques, identitaires ou même parfois économiques suscitaient en moi une vive réflexion. J’ai donc suivi de près leur projet et leurs actions avant de poser ma candidature pour faire partie de l’équipe qui s’élance cette année à la rencontre des initiatives et des principaux acteurs de l’interreligieux autour du monde. Avec Samir, Lucie et Ariane, nous prendrons notre envol le 1<sup>er</sup> juillet. </span></p>
<p class="p3"><span class="s2"><b>LD</b>: <i>Depuis quand est-ce que le projet existe? Quels organismes sont impliqués? Comment est-ce financé?</i></span></p>
<p class="p3"><span class="s2"><b>LF</b>: Le projet existe depuis 2013. La première édition a été lancée par l’équipe que j’ai croisée en Argentine. C’était un projet pilote qui avait vocation à se perpétuer, puisque l’objectif est de couvrir d’année en année une partie du monde de l’interreligieux de plus en plus vaste. L’interFaith Tour est un projet de Coexister, le mouvement français interreligieux des jeunes, une entreprise sociale qui agit à travers le dialogue, la sensibilisation et la solidarité sous le slogan «diversité dans la foi, unité dans l’action». L’InterFaith Tour a été co-imaginé et co-fondé avec Sparknews, une plateforme de journalisme participatif en ligne. </span></p>
<p class="p3"><span class="s2">Nous sommes soutenus par de grandes institutions, comme le ministère français des Affaires étrangères et l’ambassade des États-Unis en France. Le réseau diplomatique français a accompagné la dernière équipe comme il devrait le faire cette année encore. Il constitue une aide précieuse pendant nos déplacements, d’une part parce qu’il assure notre sécurité, d’autre part parce qu’il nous guide dans nos rencontres sur le terrain. </span></p>
<p class="p3"><span class="s2">Nous travaillons également avec le KAICIID, un centre de recherche sur l’interreligieux basé à Vienne qui est le résultat d’une collaboration entre l’Autriche, l’Espagne et l’Arabie Saoudite. </span></p>
<p class="p3"><span class="s2">Le budget de l’InterFaith Tour est de 100 000 euros et son financement, assuré par des dons privés ou publics (entre autres par les organismes mentionnés ci-dessus), est obtenu par la seule conduite de l’équipe. C’est évidemment un projet à but non-lucratif. Tous les fonds récoltés sont destinés à financer les transports, les démarches administratives, le matériel, ainsi que les outils de communication. Aucun bénéfice n’en ressort ni pour les participants, ni pour l’association à son initiative.</span></p>
<p class="p3"><span class="s2"><b>LD</b><i>: Quelles sont les religions représentées ? Les gens que vous allez rencontrer seront-ils tous croyants?</i></span></p>
<p class="p3"><span class="s2"><b>LF</b>: On préfère parler de convictions. Au sein de l’association Coexister comme dans les équipes de l’InterFaith Tour, on compte des membres croyants, des non croyants et aussi des agnostiques qui ne se prononcent pas. De l’équipe de l’année dernière, Samuel est chrétien, Josselin agnostique, Victor athée, Ismael musulman et Ilan juif. Cette année nous sommes quatre: je suis juive, Ariane athée, Lucie chrétienne et Samir est musulman. On pourrait parler d’ «interconvictionnel», puisque l’on intègre des non-croyants dans notre démarche. C’est le sens d’ «Interfaith» dans le monde anglophone.</span></p>
<p class="p3"><span class="s2">À Coexister, on prône la Coexistence active comme facteur de cohésion sociale. Si on prend l’exemple français, un tiers de la population est athée. Il est donc impensable d’exclure une si grande partie des Français de notre démarche. Pendant l’InterFaith Tour, nous allons rencontrer toutes les initiatives et représentants du monde de l’interreligieux, c’est-à-dire les points de transmission pour les interactions entre communautés de différentes convictions. Cela peut aller du pape François qu’ils ont rencontré l’année dernière à des dirigeants d’établissements scolaires qui intègrent dans leurs programmes un enseignement de l’interreligieux. </span></p>
<p class="p3"><span class="s2"><b>LD</b>: <i>Dans ta vie de tous les jours, la religion occupait-elle une place prépondérante avant que tu n’entreprennes ce projet? Porterez-vous des signes distinctifs en lien avec vos religions?</i> </span></p>
<p class="p3"><span class="s2"><b>LF:</b> J’entretiens avec la religion une relation particulière. Il est, je pense, important de préciser que je suis juive d’origine, athée de conviction. Je ne suis donc pas croyante mais la religion juive fait partie intégrante de ma culture et de mon éducation, et donc de mon identité. Mes arrière-grands-parents du côté de mon père ont été exterminés durant la Seconde Guerre mondiale parce que juifs, et le reste de ma famille paternelle a perdu la foi suite à ces drames. Mes grand-parents du côté de ma mère&nbsp;sont juifs, pieds-noirs d’Algérie. Ils sont arrivés&nbsp;en France après la&nbsp;naissance du&nbsp;troisième de leurs&nbsp;sept enfants. Avec eux, j’ai longtemps célébré les fêtes juives, qui restent aujourd’hui les principales occasions de nous réunir en famille. C’est donc un lourd passé que je revendique. Il me semble que la religion juive a cette particularité d’être une pratique et une communauté, une histoire et une culture parfois avant même d’être une croyance. Je ne dirais pas que la pratique religieuse occupait une place prépondérante dans ma vie de tous les jours avant que je n’entreprenne ce projet et ce n’est toujours pas le cas. C’est en revanche une partie cruciale de mon identité en cela que mon histoire familiale a défini mes valeurs et ma façon d’entrer en relation avec les autres. Mon grand-oncle, ancien déporté à Buchenwald et Auschwitz, chevalier de la Légion d’honneur, résistant et témoin à charge lors du procès de Maurice Papon, a participé activement, par ses nombreux témoignages, à définir pour moi les notions de dignité humaine et d’honneur jusqu’à son décès il y a quelques semaines. J’en profite pour lui rendre hommage. C’est ainsi que ma religion fait partie de moi. L’adjectif «juive» est donc une étiquette qui vulgarise une réalité complexe, mais surement au même titre qu’Ariane, Lucie et Samir ont des personnalités complètes et complexes dont la conviction n’est qu’une des multiples facettes. D’ailleurs, le projet de l’InterFaith Tour est de découvrir, promouvoir, documenter et mettre en lien des initiatives porteuses de potentielles solutions. Nous sommes donc là pour écouter, pas pour donner des leçons. Nous ne portons pas la voix de nos religions ou convictions respectives et ne porterons aucun signe distinctif pendant notre voyage.</span></p>
<p class="p1"><span class="s1"><b>LD</b>: <i>Aurais-tu entrepris un tel voyage s’il ne reposait pas sur la foi; je veux dire, est-ce que c’est le voyage et les rencontres qui t’attirent le plus ou c’est vraiment important pour toi que ce soit autour de la foi?</i></span></p>
<p class="p1"><span class="s1"><b>LF</b>: L’essence du projet est justement sa triple composante: l’interreligieux, la mobilité et l’engagement de la jeunesse. L’InterFaith Tour puise sa force et son originalité dans ses trois aspects, qui sont aussi il me semble la raison pour laquelle InterFaith Tour a occupé le paysage médiatique français et international l’année dernière. J’ai été séduite par le projet pour son impact social et parce qu’il démontre la capacité pour la jeunesse de s’impliquer dans une initiative à dimension mondiale, viable et autonome, soutenue par des institutions de taille. C’est un tout donc. Oui, le voyage me séduit, mais pour avoir quitté mon Paris natal à mes 18 ans, j’en connais aussi les plus dures réalités. La question de l’interreligieux m’interroge sur ma propre identité. L’expérience humaine qu’est la combinaison des deux m’a paru difficilement résistible.</span></p>
<p class="p1"><span class="s1"><b>LD</b>: <i>Tu es étudiante dans quel programme à McGill?</i></span></p>
<p class="p1"><span class="s1"><b>LF</b>: Je suis étudiante en philosophie à McGill. J’étudie également le marketing et la langue arabe. Je trouve parallèlement à mes études un réel épanouissement dans mes différents engagements associatifs, par exemple la création, avec Victor Gassmann, de l’association francophone de théâtre à McGill: Franc-Jeu. J’écris de temps en temps pour <i>Le Délit</i>, aussi.</span></p>
<p class="p1"><span class="s1">Je prends une année de césure pour ce projet, qui est en réalité aussi lié à mes ambitions professionnelles puisque je suis portée vers une carrière dans le journalisme, le droit international et l’entreprenariat social. L’InterFaith Tour correspond à mes aspirations puisque pendant un an nous effectuons en équipe un travail de recherche académique, de journalisme et de diplomatie. Je reviendrai ensuite à McGill pour ma dernière année de baccalauréat en septembre 2016!</span></p>
<p class="p1"><span class="s1"><b>LD</b>: <i>Pourrais-tu donner quelques précisions sur la composition de l’équipe cette année?</i></span></p>
<p class="p1"><span class="s2"><b>LF</b>: L’InterFaith Tour prolonge l’action de Coexister en faveur de la Coexistence active en proposant à des jeunes de convictions différentes de faire l’expérience d’une vie commune pendant douze mois. Cela fait donc partie intégrante du projet que de vivre au sein d’une équipe multiconvictionnelle pendant cette période prolongée, 24 heures sur 24 et 7 jours du 7. Nous avons tous des expériences de vie, du voyage et de l’interreligieux très différentes, et cela va constituer une partie cruciale de la qualité humaine de ce voyage. Je pars avec Samir, Ariane et Lucie. </span></p>
<p class="p3"><span class="s3"><b>Lucie Neumann, chrétienne, 19 ans.</b></span></p>
<p class="p1"><span class="s2">Lucie est en deuxième année d’études de gestion des entreprises et des administrations à l’IUT de Sceaux. Elle a rencontré l’association Coexister lors du Train de la Mémoire à Auschwitz en 2013, année pendant laquelle elle est devenue responsable sensibilisation du groupe parisien de l’association. Elle est aujourd’hui présidente du groupe Coexister Paris. Elle ne compte plus les heures de son engagement associatif dans l’interreligieux duquel l’InterFaith Tour est l’évidente continuité.&nbsp;</span></p>
<p class="p3"><span class="s3"><b>Ariane Julien, athée, 27 ans. </b></span></p>
<p class="p1"><span class="s2">Ariane a suivi des études en sciences humaines, sociales et politiques. Habituée au voyage en complète autonomie, elle a notamment passé plusieurs mois en Algérie où elle a réalisé un reportage sur la liberté de la presse. Attachée au lien social, Ariane s’est impliquée dans le projet InterFaith Tour par volonté de créer des passerelles entre différentes communautés, religieuses ou non. Expérimentée dans le domaine journalistique et dans le montage de vidéos, l’InterFaith Tour est pour elle l’opportunité de mettre en application ses compétences dans un domaine qui lie l’Humain. </span></p>
<p class="p3"><span class="s3"><b>Samir Akacha, musulman, 28 ans. </b></span></p>
<p class="p1"><span class="s2">Samir, après avoir vécu en Algérie dans ses jeunes années, vit aujourd’hui à Marseille. Il a rejoint Coexister à la suite d’un voyage à Jérusalem en 2013, qui a été sa première véritable expérience de l’interreligieux. Celle-ci lui a inspiré la tenace conviction que l’échange avec juifs, chrétiens et athées était nécessaire à l’exploration de sa propre identité. Il est à présent président du groupe Coexister Marseille. Convaincu de la place de la croyance dans une France laïque, Samir envisage l’InterFaith Tour comme faisant partie intégrante de son cheminement personnel dans l’interreligieux. </span></p>
<p class="p1"><span class="s2"><b>LD</b>: <i>Pour l’instant, vous vous préparez à partir. Le départ est prévu le 1<sup>er</sup> juillet; d’ici-là, qu’est-ce que vous faites exactement ?</i></span></p>
<p class="p1"><span class="s2"><b>LF</b>: Le travail préparatoire est énorme! D’abord, nous travaillons activement à collecter le reste du financement du projet, dont nous avons déjà bien plus de la moitié. Avant le départ prévu dans plus de trois mois, il nous faut également finaliser l’organisation de nos transports. Nous voyagerons en avion mais essaierons de limiter l’impact environnemental de nos déplacements et donc de voyager aussi en bateau, en voiture, en train… Nous organisons aussi nos hébergements puisque nous dormons chez l’habitant partout, sans aucune exception, pendant un an. Nous contactons les initiatives que nous allons rencontrer, même si une partie des mises en relations se feront directement sur place. Enfin, nous travaillons sur la communication du projet et notre lancement médiatique qui aura lieu sous peu, 100 jours avant le départ. </span></p>
<p class="p1"><span class="s2"><b>LD</b>: <i>À quoi ressemblera votre itinéraire?</i></span></p>
<p class="p1"><span class="s2"><b>LF</b>:Nous partons pendant dix mois autour du monde, puis nous effectuerons un tour de France de deux mois. En France, nous raconterons ce que nous avons vu lors de conférences de restitution dans les écoles, les mairies, les universités… Les capitales sont les points de chute et nous nous déplacerons dans les pays. </span></p>
<p class="p1"><span class="s2"><b>LD</b>: <i>Le programme a l’air chargé. Tu as parlé de journalisme, publierez-vous des comptes rendus de vos rencontres?</i></span></p>
<p class="p1"><span class="s2"><b>LF</b>: Pour chaque pays, nous avons l’intention de produire un grand reportage écrit, une vidéo et une infographie. Avec la diffusion en ligne, nous pourrons transmettre une grande quantité d’information de manière claire </span><span class="s1">et précise.</span><span class="s4">&nbsp;</span></p>
<p class="p1">L’itinéraire:</p>
<p class="p1">- Royaume-Uni 01/07/15 au 05/07/15 EUROPE Londres</p>
<p class="p1">- Norvège 06/07/15 au 10/07/15 EUROPE Oslo</p>
<p class="p1">- Russie 11/07/15 au 16/07/15 EUROPE Moscou</p>
<p class="p1">- Pologne 17/07/15 au 20/07/15 EUROPE Varsovie</p>
<p class="p1">- Bosnie-Herzégovine 21/07/15 au 25/07/15 EUROPE Sarajevo</p>
<p class="p1">- Albanie 26/07/15 au 30/07/15 EUROPE Tirana</p>
<p class="p1">- Tunisie 31/07/15 au 15/08/15 AFRIQUE Tunis</p>
<p class="p1">- Liban 16/08/15 au 31/08/15 MOYEN-ORIENT Beyrouth</p>
<p class="p1">- Jordanie 01/09/15 au 14/09/15 MOYEN-ORIENT Amman</p>
<p class="p1">- Israël-Palestine 15/09/15 au 30/09/15 MOYEN-ORIENT Jérusalem</p>
<p class="p1">- Sénégal 01/10/15 au 07/10/15 AFRIQUE Dakar</p>
<p class="p1">- Burkina Faso 08/10/15 au 15/10/15 AFRIQUE Ouagadougou</p>
<p class="p1">- Rwanda 16/10/15 au 23/10/15 AFRIQUE Kigali</p>
<p class="p1">- Tanzanie 24/10/15 au 31/10/15 AFRIQUE Dodoma</p>
<p class="p1">- Afrique du Sud 01/11/15 au 08/11/15 AFRIQUE Le Cap</p>
<p class="p1">- Éthiopie 09/11/15 au 16/11/15 AFRIQUE Addis-Adeba</p>
<p class="p1">- Oman 17/11/15 au 22/11/15 MOYEN ORIENT Mascate</p>
<p class="p1">- Azerbaïdjan 23/11/15 au 29/11/15 EUROPE Bakou</p>
<p class="p1">- Inde 30/11/15 au 10/12/15 ASIE New Delhi</p>
<p class="p1">- Bhoutan 11/12/15 au 21/12/15 ASIE Thimphou</p>
<p class="p1">- Mongolie 22/12/15 au 01/01/16 ASIE Oulan-Bator</p>
<p class="p1">- Japon 02/01/16 au 10/01/16 ASIE Tokyo</p>
<p class="p1">- Corée du Sud 11/01/16 au 19/01/16 ASIE Séoul</p>
<p class="p1">- Philippines 20/01/16 au 28/01/16 ASIE Manille</p>
<p class="p1">- Viet Nam 29/01/16 au 06/02/16 ASIE Hanoi</p>
<p class="p1">- Malaisie 07/02/16 au 15/02/16 ASIE Kuala Lumpur</p>
<p class="p1">- Singapour 16/02/16 au 23/02/16 ASIE Singapour</p>
<p class="p1">- Indonésie 24/02/16 au 29/02/16 ASIE Jakarta</p>
<p class="p1">- Chili 01/03/16 au 10/03/16 AMÉRIQUE Santiago</p>
<p class="p1">- Brésil 11/03/16 au 20/03/16 AMÉRIQUE Brasilia</p>
<p class="p1">- Venezuela 21/03/16 au 30/03/16 AMÉRIQUE Caracas</p>
<p class="p1">- Mexique 31/03/16 au 07/04/16 AMÉRIQUE Mexico</p>
<p class="p1">- États-Unis 08/04/16 au 30/04/16 AMÉRIQUE Washington</p>
<p class="p1">- 30/04/16: voyage de retour vers Paris -</p>
<p>L’article <a href="https://www.delitfrancais.com/2015/03/10/la-foi-du-voyage-quatre-jeunes-preparent-leur-bagage/" data-wpel-link="internal">La foi du voyage, quatre jeunes préparent leur bagage</a> est apparu en premier sur <a href="https://www.delitfrancais.com" data-wpel-link="internal">Le Délit</a>.</p>
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		<title>Temps délictif</title>
		<link>https://www.delitfrancais.com/2015/02/24/temps-delictif/</link>
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		<dc:creator><![CDATA[Gwenn Duval]]></dc:creator>
		<pubDate>Tue, 24 Feb 2015 17:35:55 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Chroniques]]></category>
		<category><![CDATA[Culture]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>Petit cours d’écriture à l’usage de tous.</p>
<p>L’article <a href="https://www.delitfrancais.com/2015/02/24/temps-delictif/" data-wpel-link="internal">Temps délictif</a> est apparu en premier sur <a href="https://www.delitfrancais.com" data-wpel-link="internal">Le Délit</a>.</p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p class="p1">Mon arrière-grand-mère avait coutume de dire, avec un sourire: «<span class="s1">И то ће проћи</span><i>, i to će proći</i>» (<i>ça aussi ça va passer</i>). C’était sa phrase des beaux, comme des mauvais jours, des vacances, comme des quotidiens plus difficiles à traverser; sa façon de calmer les enfants trop heureux de lécher leurs doigts dégoulinants de sorbet à la framboise et aussi sa façon de calmer les mauvaises passes. Ne trouvez-vous pas fascinante cette résonnance des mots, assujettis à l’atmosphère, au temps, à l’espace, au vent et au bruit qui les porte. Le verbe ne fait pas, non, le verbe passe. Il passe comme un message, et quand il repasse, s’il ne tombe pas à plat, c’est qu’il reste des plis.</p>
<p class="p4"><span class="s2"><b>Suis moi, lecteur, voici ma théorie: </b></span></p>
<p class="p6">Le verbe est en plis. Le verbe n’est pas une carte, mais il la suit de si près qu’on pourrait les confondre. Je ne vais pas déplier la carte tout de suite, ce serait <span class="s3">trop </span><span class="s4">facile. Je vais me promener avec, dans la poche. Il nous faut crayon et carte blanche pour tout baluchon, la route se dessinera d’elle-même, suivant les pas mot à mot. Ne cherche pas la dernière ligne maintenant, ne te précipite pas vers la fin, nous venons tout juste de commencer à aller les yeux fermés. Arrête-toi un peu de lire et lève les yeux, lève les yeux te dis-je. Souviens-toi d’un jour où tu t’es perdu. Fais-le, perds-toi. [ <span class="Apple-converted-space">&nbsp; &nbsp; </span>] Je vais te dire ce que je pense, je pense que tu ne t’es jamais perdu. Moi non plus je ne me suis jamais perdue, je n’écrirais pas sinon, et tu ne lirais pas. Nous ne </span><span class="s3">nous sommes jamais perdus. Rien ne se perd, rien ne se crée, il s’agit simplement de relecture. </span></p>
<p class="p6"><span class="s3">«</span><span class="s5">И то ће проћи</span><span class="s3">, <i>i to će proći</i>», mais le pro-verbe, lui, reste. Le verbe n’est pas un plan, mais ils ont en commun de changer avec le temps. Nous en sommes à la moitié de la route d’aujourd’hui, ce n’est pas très long, un aujourd’hui. Le verbe a son passé, son présent, son futur. Imaginez si je change de temps, c’est maintenant ou jamais, je vais sortir la carte de ma poche. Vous allez me suivre, vous allez y arriver, ce n’est pas impossible. Je vais déplier la carte, le verbe va se déployer, vous allez l’attraper avant qu’il ne s’envole. Vous êtes prêts? </span></p>
<p class="p6"><span class="s4">Non, vous n’êtes pas prêt. Le présent est un temps problématique. On repassera, ne vous en faites pas, il restera des plis. Nous nous perdrons, nous nous créerons, nous nous lierons, nous nous délierons. Nous dirons que vous vous créassiez, puis nous reviendrons au présent et nous dirons: il faut que nous créions. J’aurai une plume, vous aurez vos yeux. J’aurai des mots et vous aussi. </span></p>
<p class="p6"><span class="s4">Je vous dirai: «mon arrière-grand-mère a vécu beaucoup de guerres.» Vous penserez: «c’est dur, la guerre.» Je vous dirai: «je n’ai jamais vécu la guerre.» Vous penserez: «moi non plus.» Vous penserez peut-être: «moi, si.» Voyez comme les mots résonnent différemment: sorbet, framboise, popcorn, garage, grenier, grigri, grand-mère, grand, mère.</span></p>
<p class="p6"><span class="s4">J’ai déplié un micro-centimètre de ma carte, j’ai regardé un milli-milli-millième du plan. Tu vois, lecteur, nous ne sommes pas perdus. Nous avons juste réussi à perdre un micro-milli-milli-millième de centimètre de temps, que nous avons créé en même temps.</span></p>
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		<title>Page ennuagée, faune informée</title>
		<link>https://www.delitfrancais.com/2015/02/17/page-ennuagee-faune-informee/</link>
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		<dc:creator><![CDATA[Gwenn Duval]]></dc:creator>
		<pubDate>Tue, 17 Feb 2015 17:22:47 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Chroniques]]></category>
		<category><![CDATA[Culture]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>Petit cours d’écriture à l’usage de tous.</p>
<p>L’article <a href="https://www.delitfrancais.com/2015/02/17/page-ennuagee-faune-informee/" data-wpel-link="internal">Page ennuagée, faune informée</a> est apparu en premier sur <a href="https://www.delitfrancais.com" data-wpel-link="internal">Le Délit</a>.</p>
]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<p class="p1"><span class="s1">S</span>i mon message de la semaine dernière est passé entre vos mains, je suppose que vous y avez trouvé à redire. Émetteur, récepteur, sens, direction, intention, lecture ou écriture sont probablement les mots qui vous sont venus à l’esprit. Peut-être que non, et l’expérience permet alors d’approximer le périmètre nébuleux du terrain d’entente.</p>
<p class="p3"><span class="s1">Lecteur, toi, vous, je te l’avoue: tu es mon cobaye. Je t’ai embarqué dans ce petit cours sans te prévenir explicitement qu’à ton tour, tu y jouerais un rôle: eh oui, cher observateur, je te vois depuis ma guérite de guet. D’un tournemain annoncé et prévu ce mardi, te voilà objet d’étude à l’écrit. Vous m’excuserez mais je me dédie aux essais et je n’ai pas prétendu que je ne me servirais pas de toi. En toute honnêteté, j’ai veillé, j’ai planché, j’ai même marché en ta compagnie. Il est venu le temps de te faire part d’une chose: je doute. </span></p>
<p class="p3"><span class="s1">«Dans le doute, ne dites rien», six mots qui me font hausser les épaules. Dire ne se limite pas à l’écrit, ni à l’oral, ni à la gestuelle. Dire ne requiert pas un sujet humain. Le mot dire lui-même peut porter moult sens, la valeur est variable: «Il a son mot à dire, ne prenons pas de décision avant de l’avoir consulté», «Ah, celui-là, toujours son mot à dire», «ce n’était pas le mot à dire», «Moi dire non», «ces jeux de mots, à dire vrai, je doute qu’ils aient leur mot à dire.»</span></p>
<p class="p3"><span class="s1">Que le mot dit aille dans le bon sens, et l’écriture sera bien encrée. Oui mais voilà, le bon sens, comment le trouver? Comment savoir s’il s’agit du bon si l’on n’a pas douté d’abord de lui? Comment se saisir des bons mots sans les avoir avant catapultés, projetés en orbite autour de la pensée centrale? Ne doivent-ils pas eux-mêmes trouver leur sens, leur place dans le système?</span></p>
<p class="p3"><span class="s1">C’est une hypothèse, j’expérimente la trajectoire des mots. Je les dépose sur le cours d’eau, dans un panier de moment. Certains s’échouent sur des berges désertes, d’autres atteignent des rivages rêvés. La semence des images, je crois, porte les fruits de leur dessein. Le doute les élève, le lecteur les cueille. </span></p>
<p class="p3"><span class="s1">Dos au vent, un anticyclone à ma droite, je cherche la meilleure voie pour parler de ce qui se conçoit difficilement. Et Boileau, arpentant mon cerveau, répète inlassablement: «Ce qui se conçoit bien s’énonce clairement et les mots pour le dire viennent aisément.» Je bois encore la tasse, la conception est en cours et, le doute, ce grand ami, me conseille de vous avertir d’une chose: il est possible, au demeurant, que je transmette l’inconcevable mais peu probable pour autant qu’il s’énonce un jour simplement. </span></p>
<p class="p3">Donnez-vous patience, c’est la recepte‘asteur… et son sillon fuyant régale les flâneurs! À qui l’aisance latente ou l’adresse en puissance? Dites-moi, n’est-il pas superbe de se perdre dans son propre esprit avec une plume en main, paré à cartographier les terres inexplorées? Je couche sur le papier mon portulan en espérant que se trace, dans ton esprit lecteur, ton propre globe optique. Ellipse en réflexion, les capteurs de silence rêvent de funambules.</p>
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		<title>Les langues collaborent aux quotidiens</title>
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		<dc:creator><![CDATA[Gwenn Duval]]></dc:creator>
		<pubDate>Tue, 17 Feb 2015 15:47:32 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Enquêtes]]></category>
		<category><![CDATA[Slider]]></category>
		<category><![CDATA[Société]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>Traduction: rôle discret qui résonne étrangement.</p>
<p>L’article <a href="https://www.delitfrancais.com/2015/02/17/les-langues-collaborent-aux-quotidiens/" data-wpel-link="internal">Les langues collaborent aux quotidiens</a> est apparu en premier sur <a href="https://www.delitfrancais.com" data-wpel-link="internal">Le Délit</a>.</p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p class="p1"><span class="s1">L</span>a traduction journalistique, comme médiation entre les langues, est une pratique dont ne peuvent se passer les villes comme Montréal, où se côtoient différentes communautés linguistiques. Le Québec, fervent défenseur de sa langue française, entretient des rapports très particuliers avec cet instrument. Au service de la communication, la traduction permet l’accès à l’information en français et assure, en partie, sa prédominance dans l’espace public. Cependant, elle est aussi un instrument de transformation de la langue française par les apports, les anglicismes, et les syntaxes étrangères qu’elle introduit. Cette réalité est omniprésente dans le domaine du journalisme, où la précipitation ne permet pas toujours de relever un problème éthique dans chaque phrase traduite ou de peser le poids que chaque mot aura dans l’usage. N’en déplaise aux écrivains, les mots des journalistes sont sans doute les plus lus et leur influence sur la langue que l’on parle est indéniable.</p>
<p class="p4"><span class="s2"><b>À chaque page son influence </b></span></p>
<p class="p6"><span class="s1">Si l’on ne s’attend pas à lire une langue très léchée dans le journal <i>Métro</i>, «le quotidien le plus lu sur l’île de Montréal», <i>Le Devoir</i>, lui, représente une certaine figure d’autorité en matière linguistique, le logiciel de correction à la page, <i>Antidote</i>, y fait d’ailleurs référence pour les questions d’usage. Il convient donc de s’y attarder. Le second ingrédient de l’investigation se trouve être l’Université McGill qui a fait ses preuves dans le domaine du bizarroïde linguistique. Que ce soit dans les documents officiels de l’administration ou dans les communiqués des associations, la langue française a été écorchée bien des fois. Ce versant du problème a été minutieusement exploré dans l’article «McGill, une bulle à faire éclater» publié dans le <i>Délit</i> en novembre 2011, sans parler des maintes fois où des extravagances linguistiques ont été relevées par les éditorialistes depuis 1977. Un lieu de contact aussi étroit entre les langues, où se déroulent parfois des traductions consternantes, a peut-être le bon côté d’obliger le journal à placer la sienne sous haute surveillance. Le constat formulé par Paul Morissette lors du congrès langue et société au Québec en 1984 semble toujours d’actualité: «le terme [calqué de l’anglais], revêtu du prestige des médias écrits ou électroniques, est alors repris par le grand public et a tôt fait de s’incruster dans l’usage. Lorsque les chroniqueurs de langue ou les normalisateurs officiels réagissent en proposant un meilleur équivalent, fruit de longues et laborieuses recherches terminologiques, il est généralement trop tard.» Une dépêche du 14 février 2015 dans <i>Le Devoir</i> au sujet de «la maladie de la vache folle» permet d’illustrer les drôles de syntaxes qui passent généralement inaperçues mais qui viennent clairement d’une traduction pressée: «<i>L’agence tente maintenant de déterminer comment l’animal a été infecté, mais l’on sait que la vache de boucherie n’était pas née dans la ferme où on a détecté la maladie.</i>» Heureusement, «<i>aucune partie de la carcasse de la vache n’est entrée</i> (sic.) <i>dans la chaîne alimentaire humaine ou animale</i>». L’article de <i>La Presse</i> est exactement le même, la dépêche vient de l’agence <i>La Presse Canadienne</i>. À <i>Radio-Canada</i> comme au <i>Journal de Montréal</i>, par contre, la traduction est plus idiomatique et semble être le fruit d’un spécialiste: pas de magie, la source est différente, le communiqué de presse a été traduit de façon officielle sur le site du gouvernement et non par un journaliste improvisé traducteur. On reconnaît facilement la traduction mot-à-mot du communiqué en anglais dans <i>La Presse</i> et <i>Le Devoir</i>. </span></p>
<p class="p4"><span class="s2"><b>Au-delà de la langue mutilée, le message tronqué&nbsp;</b></span></p>
<p class="p6"><span class="s1">La traduction est omniprésente dans les articles des quotidiens. Que ce soit pour des noms d’associations, des titres d’ouvrages ou des discours rapportés, elle est impliquée dans un nombre surprenant de propos informatifs. Il existe quelques moyens typographiques pour signaler une traduction. La possibilité d’expliciter la langue d’un discours est toujours existante. Pourtant, rares sont les articles qui relayent cette information, même lorsqu’elle semble être au centre du débat. L’étude intitulée «La visibilité de la traduction au Canada en journalisme politique: mythe ou réalité?» publiée en 2012, permettait à Chantal Gagnon de rappeler que «la place accordée à la question de la langue choisie par un politicien pour s’exprimer devant un auditoire a toute son importance dans un pays où les débats linguistiques contribuent au discours identitaire. Au Canada plus qu’ailleurs, le choix de communiquer dans une langue ou dans une autre n’est jamais innocent.»</span></p>
<p class="p6"><span class="s1"> Cet angle (souvent) mort du journalisme n’épargne pas cette année décisive pour la francophonie hors-Québec, que suit de près Phillippe Orfali, journaliste au <i>Devoir</i>. Dans quelles langues s’expriment donc les intervenants embarqués dans cette affaire de bilinguisme?</span></p>
<p class="p6"><span class="s1">L’omission coutumière a d’importantes répercussions à l’heure actuelle. En prenant par exemple l’article «Le statut du français dans l’Ouest scruté par la Cour suprême» paru le 14 février, on peut supposer que les locuteurs francophones s’exprimaient en français, mais comment être sûr qu’il ne s’agit pas de propos adressés à des anglophones, interceptés par le journaliste et ensuite traduits? Lorsque le 19 août, le même journaliste rapportait le message truffé de fautes de français du porte-parole de Jim Watson, le maire d’Ottawa, on pouvait supposer que la traduction, si elle avait eu lieu, n’émanait pas du journaliste. La question devient épineuse devant la nouvelle signée <i>Le Devoir</i>, parue le 11 février, «Communisme: le maire d’Ottawa s’oppose au monument», où des propos du maire sont rapportés en français. Une petite phrase met la puce à l’oreille : «a déclaré le maire au <i>Globe and Mail</i>» Cette fois, l’information donnée permettait de retracer les propos et de constater que <i>Le Devoir</i> traduit «<i>quite a blight</i>» par «<i>balafre</i>» en insistant sur le mot, ce qui est une traduction plutôt louable dans un contexte sensationnaliste même si ces mots ont des connotations légèrement différentes. Cependant, est-ce que le mot original n’aurait pas pu trouver sa place entre les lignes, puisqu’il avait suffisamment d’importance pour figurer deux fois dans l’article? Au moins trois raisons font du choix de la langue d’expression, spécialement au Québec, une information indispensable à transmettre aux lecteurs: la décision politique sous-jacente, la possible déformation des propos et la présence d’une traduction susceptible de comporter une tournure étrangère. </span></p>
<p class="p6"><span class="s1">On remarque tout de même que le Canada est le pays où les traductions sont le moins dissimulées, et <i>Le Devoir</i> est le quotidien le plus consciencieux selon l’étude menée par Chantal Gagnon. La scène est effectivement bien plus opaque du côté des actualités internationales, et cela se constate même au <i>Devoir</i>. Samedi 14 février, «Attaque lors d’un débat sur la liberté d’expression», Danois, Suédois et Français se sont peut-être tous exprimés en anglais mais il n’y a aucun moyen de faire la différence entre les propos traduits et ceux qui ont été rapportés tels quels. Serait-ce garnir de trop de mots un article que d’écrire «a déclaré en anglais», «a indiqué en suédois», «a annoncé en italien» lorsqu’on rapporte des propos? Il existe des solutions que l’on peut envisager: écrire [trad.], ajouter une colonne supplémentaire pour les abréviations concernant les langues dans <i>Le Ramat de la typographie</i> ou encore une ligne, un petit encadré à la fin des articles qui reprendrait les noms des personnes dont les paroles ont été traduites.&nbsp;</span></p>
<p class="p1"><span class="s1"><b>Vite et bien au quotidien? </b></span></p>
<p class="p3"><span class="s2">La transparence de l’information est peut-être une utopie, mais lorsqu’il y a un moyen simple de rendre les choses un peu plus claires, on peut se demander ce qui freine encore ceux qui sont en tête de course dans le domaine de l’explicitation de la traduction. </span></p>
<p class="p3"><span class="s2">Les difficultés auxquelles se confrontent les journaux permettent parfois de générer des solutions. Pour reprendre les mots de Sherry Simon, qui donnait une conférence jeudi 12 février à propos de son livre <i>Villes en traductions Calcutta, Trieste, Barcelone et Montréal</i><span class="Apple-converted-space">&nbsp; </span>dans le cadre du Centre de recherche interdisciplinaire en études montréalaises (CRIEM), «la dissonance productive» qui a lieu au contact des langues semble résonner dans la traduction phonétique du <i>Daily</i> en <i>Délit</i>. Sans chercher à jeter des fleurs à ce journal francophone baigné dans un milieu majoritairement anglophone, il faut dire que la réalité contraignante a son bon côté, comme la règle typographique de mettre en italique et de placer entre guillemets les propos traduits pour les différencier des originaux. Cette méthode permet de pallier au manque d’information mais n’est pas non plus la solution miracle pour protéger la langue des intrusions qui sont le résultat de négligences. La traduction n’est pas à prendre à la légère, le radar anti-anglicisme requiert une formation sérieuse et la transformation de la langue est l’objet de nombreuses réflexions. Le Conseil supérieur de la langue française promeut les initiatives telles que la publication de «<i>dis-moi dix mots… que tu accueilles</i>», un ouvrage qui met en valeur la capacité du français à intégrer des mots comme «sérendipité» ou «bravo», qui viennent, selon les spécialistes, enrichir la langue. Il semble que la réflexion a cependant parfois quelques mesures de retard sur l’usage. Le parler et l’écrit subissent plus facilement l’influence des journaux, ils se modèlent aux gré des transformations fortuites, par sérendipité. </span></p>
<p class="p3"><span class="s2">Si la traduction fait l’objet d’un regard aiguisé dans les ouvrages spécialisés, elle est souvent laissée pour compte au quotidien. Un dernier coup d’œil au <i>Devoir</i> du 11 février, qui publiait une brève concernant la création d’une nouvelle maison d’édition, </span><span class="s3">permet de voir que la route est en train d’être tracée, même s’il est dommage qu’une petite ligne ait été oubliée. Acte manqué, simple négligence ou coquille volontaire, l</span><span class="s2">e titre écorche le nom de la maison d’édition: <i>Le bout du mile</i> (sic.). C’est bien<span class="Apple-converted-space">&nbsp; </span><i>Le bout du mille</i> qui propose d’explorer les frontières de l’hybridité depuis l’œil francophone nord-américain en publiant non seulement des œuvres originales mais aussi des traductions. Défendre les artisans de cet instrument est l’une des missions que se donne la maison qui publie aujourd’hui même sa première œuvre. Du livre au journal, le moins qu’on puisse dire c’est qu’il y a un temps. Peut-on espérer qu’expliciter les traductions impliquées dans un article fera un jour partie de l’usage?&nbsp;</span></p>
<p>L’article <a href="https://www.delitfrancais.com/2015/02/17/les-langues-collaborent-aux-quotidiens/" data-wpel-link="internal">Les langues collaborent aux quotidiens</a> est apparu en premier sur <a href="https://www.delitfrancais.com" data-wpel-link="internal">Le Délit</a>.</p>
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		<title>Il a dit «ma neige» ou «manège»?</title>
		<link>https://www.delitfrancais.com/2015/02/10/il-a-dit-ma-neige-ou-manege/</link>
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		<dc:creator><![CDATA[Gwenn Duval]]></dc:creator>
		<pubDate>Tue, 10 Feb 2015 17:50:28 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Culture]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>Dixit, le jeu de société qui imagine toutes les couleurs.</p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p class="p1"><span class="s1">Q</span>ui n’a jamais rêvé de pouvoir décrypter la pensée d’un adversaire pendant une partie de cartes? Qui n’a jamais eu envie de transmettre des messages codés sans avoir à se casser la tête pour apprendre un code? Qui n’a jamais été long à la détente, perdu dans la contemplation d’une carte? Qui n’a jamais osé interroger, noir sur blanc, les connexions mentales des autres joueurs? Qui n’a jamais joué à <i>Dixit</i>?</p>
<p class="p3"><span class="s1">Depuis sa création en 2008 par Jean-Louis Roubira, <i>Dixit </i>a fait parler de lui aux quatre coins du monde. Plus de 18 prix lui ont été accordés: un succès international du Portugal à la Belgique en passant par la Pologne, les États-Unis, le Japon… et le Québec où il a reçu le Lys Grand Public 2009.&nbsp;</span></p>
<p class="p3"><span class="s1">Il faut dire qu’à part les règles du jeu, toute parole s’inscrit dans un système de communication à la fois unique et universel. Le jeu repose sur l’interprétation d’images, de petites cartes délicatement illustrées par Marie Cardouat. Le principe est simple: chaque joueur a 6 cartes en mains qu’il cache aux autres au début de la partie. Le premier joueur choisit une carte de sa main et s’en inspire pour formuler un énoncé: un mot ou une courte phrase. Tous les autres joueurs consultent leurs propres cartes et choisissent celle qui correspond le mieux au mot ou à la phrase énoncée. Le premier joueur récolte toutes les cartes qui sont désormais associées à cette idée, y inclut la sienne, les mélange et les dispose sur la table. </span></p>
<p class="p3"><span class="s1">Les joueurs doivent alors tenter de deviner quelle était la carte qui a inspiré l’idée. Il faut décider d’une limite de temps, sinon les coups d’œil furtifs ne peuvent trouver de fin. Premier ou second degré, le pied de la lettre ou le figuré, quelle référence se cache donc derrière cette image? Le malin qui glisserait une carte qui semble n’avoir aucun lien pourrait bien découvrir des associations insoupçonnées autour de la table. Les jeux de mots, double sens et références littéraires ou cinématographiques sont souvent appréciées car les joueurs honnêtes évitent les <i>inside jokes</i>. Une petite précision qui donne tout son piquant au jeu: pour que le premier joueur gagne des points, il ne faut pas que tous les autres trouvent sa carte, mais il faut qu’au moins l’un d’entre eux la trouve. De plus, les joueurs dont la carte est pointée comme étant celle qui a inspiré l’énoncé, alors que ce n’est pas le cas, gagnent des points. </span></p>
<p class="p3"><span class="s1">Chaque image, dont l’esthétique est très plaisante, sera passée au radar: est-ce une carte inspirée ou une carte inspirante? Chaque joueur, dont la clairvoyance est très agréablement frustrante, sera passé à la sonde: jusqu’où réfléchir pour ne pas tomber dans un piège imaginaire? </span></p>
<p class="p3"><span class="s1">La première version comportait 84 cartes, mais les extensions se multiplient et la société Libellud qui édite <i>Dixit </i>a embarqué dans son aventure ludique un fier équipage d’illustrateurs: Pierô, Xavier Collette, Dominique Ehrhard, Clément Lefèvre et tout récemment Franck Dion. Plus de 500 cartes ont été dessinées, qui proposent une forme de communication si adaptable, pertinente et amusante qu’on en retrouve son latin: <i>dixit</i>.</span></p>
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		<title>Le mot à l’oeil</title>
		<link>https://www.delitfrancais.com/2015/02/10/le-mot-a-loeil/</link>
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		<dc:creator><![CDATA[Gwenn Duval]]></dc:creator>
		<pubDate>Tue, 10 Feb 2015 17:41:58 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Chroniques]]></category>
		<category><![CDATA[Culture]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>Petit cours d’écriture à l’usage de tous.</p>
<p>L’article <a href="https://www.delitfrancais.com/2015/02/10/le-mot-a-loeil/" data-wpel-link="internal">Le mot à l’oeil</a> est apparu en premier sur <a href="https://www.delitfrancais.com" data-wpel-link="internal">Le Délit</a>.</p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p class="p1"><span class="s1">«R</span>egardez donc devant vous lorsque vous marchez!» Qui peut encore ignorer, aujourd’hui, le risque de frapper involontairement un concitoyen lorsqu’on se promène le nez en l’air? Même combat pour les yeux rivés aux trottoirs, ils marquent d’un point rouge ma cible de cette semaine: la vue des mots.</p>
<p class="p3"><span class="s1">La vue permet de percevoir, le mot de concevoir; à moins que ce ne soit l’inverse. Admettons que la vue est un sens, changeons-le sans trop s’en faire et obtenons-en ainsi un nouveau. En vue d’établir un rapport clair entre les mots, je vous confie mon présupposé: on ne voit pas ce qui est dans l’angle mort. Mon projet de cette semaine est de vous montrer que si l’on a un but, une visée, il faut porter son regard dans le bon sens. </span></p>
<p class="p3"><span class="s1">Cela semble couler de source, pourtant il n’est pas rare celui qui, atteint d’un strabisme insoupçonné de l’esprit, regarde à droite lorsqu’il tourne à gauche. Nul besoin de détailler les risques d’une telle entreprise mal coordonnée sur la circulation des autos, des motos et des mots. Alors, oui, il faut être à l’écoute de ce qu’il se passe autour, balayer des yeux l’environnement, mais il faut conserver un minimum de bon sens. Autrement, la fluidité en pâtit: c’est le cas de Narcisse, se noyant dans un verre d’eau qu’il avait lui-même pris soin de remplir, au lieu d’y épancher sa soif. Triste affaire, que de larmes dilapidées, brouillant la vision des échos, coupant court à la chasse. Les flèches de Robin-des-Bois ont quelque chose de plus percutant. </span></p>
<p class="p3"><span class="s1">Lorsque le tir suit l’œil, le mot voit clair. Projeté dans l’air, il siffle jusqu’au papier, s’infiltre entre les autres, s’étoffe de sens et finit par refléter l’idée plus que l’archer. Jusqu’ici vous marchez? Pourriez-vous lire en regardant ailleurs? Je ne crois pas. Alors d’où vient l’inconstance des propos? De ce qu’ils oublient souvent de regarder où ils vont. </span></p>
<p class="p3"><span class="s1">Ils se heurtent, vous dis-je. Les mots qui se regardent, qui se délectent de ce qu’ils ont écrit non pas dans le but d’élaborer, de chercher, de remettre en question, de communiquer ou encore d’offrir mais dans celui de se jeter des fleurs: voyez le beau coup. Mon œil! </span></p>
<p class="p3"><span class="s1">Les mots voient double, triple parfois, mais les mots voient. Lorsque l’on joue avec des entités qui ont de tels sens, peut-on vraiment les accorder avec une courte-vue? </span></p>
<p class="p3"><span class="s1">Pour en revenir à mon promeneur, je lui concède deux choses: en vue de protéger sa boîte crânienne, l’intérêt est manifeste de garder un œil sur les trottoirs glissants; dans la même optique, on n’est jamais à l’abri d’une stalactite ou d’une pelletée de neige tombée d’un balcon. Ayez bon pied, réveillez-moi ces yeux qui se croisent les bras ou sortez-les de vos poches, remettez-les en face des trous et gardez-en un sur les mots, vous éviterez ainsi bien des escarmouches.</span></p>
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		<title>«Aille âme McGill»</title>
		<link>https://www.delitfrancais.com/2015/02/10/aille-ame-mcgill/</link>
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		<dc:creator><![CDATA[Gwenn Duval]]></dc:creator>
		<pubDate>Tue, 10 Feb 2015 17:30:44 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Enquêtes]]></category>
		<category><![CDATA[Société]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>Protéger, commercialiser et arborer un logo. </p>
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]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<p class="p1"><span class="s1">P</span>orter les armoiries de son école, quoi de plus ordinaire? <i>Le Délit</i> s’est donné pour mission d’écouter ce que le blason de l’Université McGill avait à dire aujourd’hui, afin de mettre au clair les messages implicites qu’il pourrait véhiculer sur le campus. Marque de fierté, appartenance à une communauté ou cachet de l’intelligentsia sont autant de murmures qui circulent à son sujet. En tendant l’oreille à gauche et à droite, on s’aperçoit qu’il est au centre de préoccupations insoupçonnées par le commun des étudiants. Des origines de l’enseigne au nouveau <i>onesie</i> gris disponible à la librairie McGill (<i>bookstore</i>), les trois oiseaux sans pattes, merlettes de McGill, ont une valeur qui, sans être volage, ne semble pas immuable.</p>
<p class="p4"><span class="s2"><b>Quid est hoc quod dicit?&nbsp;</b></span></p>
<p class="p5"><span class="s1">Les armoiries de l’Université McGill, qui comprennent l’écu et le listel, sont inspirées de celles de son fondateur: le riche marchand de fourrure James McGill. Les trois oiseaux rouges sont des merlettes; il est difficile d’établir avec certitude leur signification, mais l’hypothèse la plus probable est celle rapportée par Raphaël Thézé dans <i>Le Délit</i> spécial royauté du premier mars 2011: «lorsqu’elles sont rouges, [les merlettes] symbolisent l’ennemi tué sur le champ de bataille. En héraldique [étude des armoiries, <i>ndlr</i>], elles sont habituellement représentées sans bec ni pattes pour illustrer les blessures reçues.» Le livre ouvert est le symbole de l’enseignement institutionnalisé et l’inscription en latin <i>In Domino Confido</i> se réfère à la devise de James McGill: «<i>J’ai confiance en Dieu.</i>» L’autre inscription en latin est celle du listel: <i>Grandescunt Aucta Labore</i>. Elle se traduit ainsi: «<i>Par le travail, toute chose augmente et croit.</i>» Or, parmi l’échantillon d’étudiants interrogés au hasard par <i>Le Délit</i>, qui n’avaient en commun ni la langue, ni le niveau d’étude et dont l’unique ressemblance était l’enseigne qu’ils portaient sur leur sac ou leurs vêtements, pas un seul n’était en mesure d’expliquer la symbolique de ce </span>logo. Le peu d’importance accordée à la signification originale donne-t-il un autre sens au message véhiculé par l’emblème? «Le propre d’un signe est qu’il demande d’être d’abord identifié avant d’être compris», indique M. Arnaud Bernadet, professeur au Département de langue et littérature françaises.</p>
<p class="p4"><span class="s3"><b>Marque de prestige </b></span></p>
<p class="p5">«L’identité visuelle est l’un des plus grands atouts de l’Université», stipule la <i>Politique d’utilisation de la marque déposée de l’Université McGill</i>. D’ailleurs, pour reproduire le logo de l’Université, il faut suivre des contraintes très strictes; on ne peut pas changer <span class="s4">de police au gré d’une fantaisie, ni manquer de respect aux mensurations prescrites. Les armoiries comme marque de commerce de l’Université se seraient imposées d’elles-mêmes. Selon le professeur Bernadet, «ce n’est pas le logotype qui est une armoirie mais l’armoirie qui est devenue un logotype, c’est-à-dire </span><span class="s5">dans son usage originel l’enseigne même d’une boutique, la boutique contemporaine du savoir». C’est au fil des ans que les armoiries ont obtenu leur signification d’aujourd’hui, leur valeur de logo «comme preuve d’une histoire, d’une longévité, d’une tradition» ajoute M. Bernadet. Les armoiries sont donc inhérentes au message véhiculé sur le campus, celle de l’appartenance à une grande famille institutionnalisée. Ce qui est pour le moins étonnant, c’est qu’elles semblent être «gages de qualité» non pas grâce aux mots inscrits ou aux symboles, mais grâce au simple fait qu’elles sont des armoiries. Le contenu du message passe inaperçu, c’est le contenant qui communique. Il serait inexact de dire que la reconnaissance internationale dont jouit depuis fort longtemps l’Université McGill n’a pas procuré au logo son prestige, mais la contribution de l’image commerciale à sa renommée ne semble pas pouvoir être ignorée </span>non plus.</p>
<p class="p4"><span class="s3"><b>Produits dérivés </b></span></p>
<p class="p5">En plus de son rôle dans le commerce du savoir, le logo de McGill sert aussi à la vente de produits, multipliant les reproductions de l’enseigne sur toutes sortes d’objets disponibles à la librairie et au centre sportif. La marque de prestige en prêt-à-porter vivifie les affaires. «La vente de produits qui portent l’enseigne est une partie du <i>business</i> qui s’agrandit» affirme Jason Kack, directeur général de la librairie. Sans fournir de chiffres officiels, il confie que la vente des produits dérivés génère un profit de plus en plus important. Même si la vente des manuels scolaires et des notes de cours rapporte encore la plus grande part des revenus, elle décroit d’année en année et «l’impact de la baisse de vente des livres, reconnaît Jason Kack, n’est pas [encore] compensé par l’augmentation des ventes de produits dérivés malgré que ceux-ci soient plus rentables». Il s’agit, selon lui, d’une période de transition: «c’est un phénomène qu’on remarque dans toutes les universités d’Amérique du Nord.» Il ajoute que le travail actuel qui se concentre sur la vente de produits permettra de pallier la diminution des revenus liée à la baisse des ventes de livres. L’enseigne de McGill ornera donc de plus en plus de produits divers. Cependant, le commerce se heurte à une difficulté: les contraintes de style imposées par le secrétariat, le gardien du logo McGill. Respecter la police, la disposition, etc. rend plus difficile l’adaptation à un marché étudiant. Impossible de vendre un chandail avec un logo délavé (ne parlons même pas d’une blague ou d’un heureux jeu de mots). L’image véhiculée de McGill doit rester conforme aux valeurs de l’Université.</p>
<p class="p4"><span class="s3"><b>La mue du logo </b></span></p>
<p class="p5">Du côté du secrétariat, «l’autorité absolue en matière de cérémoniale» selon le site de l’Université, l’agente de règlementation Bonnie Borenstein est chargée d’octroyer, ou non, l’autorisation d’utiliser la marque de commerce de McGill. Préoccupée par l’écriture d’un article de journal sur le logo, elle déclare tout de suite que rien ne peut être affirmé à propos de sa gestion pour le moment car la <i>Politique</i> est en train d’être revue. Il est possible que l’enseigne change de gardien pour s’adapter, entre autres, à la nouvelle réalité des médias sociaux. Le directeur général de la librairie McGill indiquait qu’ils étaient les seuls, avec le centre sportif, à détenir le droit d’utiliser la marque de commerce sur des produits dérivés – exception faite du campus où les étudiants s’en servent parfois à petite échelle, ce qui représente une part négligeable du marché. Bonnie Borenstein, quant à elle, confie au <i>Délit</i> qu’une investigation est en cours pour déterminer si l’utilisation du logo par d’autres commerçants serait profitable, se rapprochant ainsi du modèle états-unien où les chandails <i>Harvard</i> sont vendus jusque dans les aéroports. Cependant, rien n’est encore certain et la préoccupation première du secrétariat est de protéger l’image de McGill, conformément aux valeurs de l’Université. «L’estampille sacrée», comme l’appelle M. Bernadet, doit-elle craindre la prolifération de ses reproductions sous peine de perdre en rareté? Toutes les conséquences sur la réputation d’excellence de l’Université McGill doivent être pesées quand on touche à l’effigie, et cela implique une organisation complexe qui doit prendre en compte de nombreux partis. Quoi qu’il en soit, les merlettes ne sont pas en voie de disparition, même si elles n’ont, en théorie, pas le droit de sortir de l’écu sans autorisation spéciale. On remarquera tout de même que lorsque l’image est en jeu, l’étiquette a l’air de gagner en souplesse au profit de la notoriété et des intérêts commerciaux. En fin de compte, c’est peut-être en regardant sa trajectoire, plus que le logo lui-même, qu’on perçoit les multiples tenants de l’esprit de l’Université.</p>
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		<title>Terre, Givre, rendez vos versets!</title>
		<link>https://www.delitfrancais.com/2015/01/27/terre-givre-rendez-vos-versets/</link>
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		<dc:creator><![CDATA[Gwenn Duval]]></dc:creator>
		<pubDate>Tue, 27 Jan 2015 16:45:37 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Chroniques]]></category>
		<category><![CDATA[Culture]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>Petit cours d’écriture à l’usage de tous.</p>
<p>L’article <a href="https://www.delitfrancais.com/2015/01/27/terre-givre-rendez-vos-versets/" data-wpel-link="internal">Terre, Givre, rendez vos versets!</a> est apparu en premier sur <a href="https://www.delitfrancais.com" data-wpel-link="internal">Le Délit</a>.</p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p class="p1"><span class="s1">J</span>’ai un problème cette semaine. Qui n’en est peut-être pas un. Je parlais d’écriture, je parlais de lecture, je parlais même de futur la semaine dernière… mais je ne t’ai pas parlé, toi lecteur vénéré, de ton rôle dans l’achronique. Quand les mots que voici grimpent à ton esprit, ils se couchent dans le mien. Ils cèdent, d’une certaine façon, à la déviation d’une dynamique intentionnelle. Je m’explique, vous savez bien que je m’explique. Soyez pas cyan, c’était la semaine dernière.</p>
<p class="p3"><span class="s1">Et voilà, je parle de couverture et de bleu, j’ai encore trébuché sur une hache. Référence? Quoi, que, comment? Il fallait suivre, vous dis-je! Le suis, c’est fait; le comment, le pourquoi; nous n’y reviendrons pas. À moins qu’ils ne soient utiles. Évidemment, on ne s’outille pas pour rien, j’ai envie de dire. Étant advenu que je vous ai prévenus, que cela se dise ou pas, j’écris ici ce que je ne dis pas, lorsque je ne prétends pas que c’est ce petit moi-là qui guide le pas. </span></p>
<p class="p3"><span class="s1">Alors voilà, je me demandais, lorsque se couche sur papier, dans une langue, un mot, appartient-il au lecteur de l’interpréter? Il semblerait que oui, direz-vous. À présent, lorsque se couchent sur un papier, dans deux langues, plusieurs mots censés dicter la loi, et que ces deux langues doivent être reconnues au même titre, est-ce que les nuances de traductions peuvent induire et surtout justifier de différentes interprétations? </span></p>
<p class="p3"><span class="s1">Vous aurez vu que je ne me casse pas la tête avec ces questions, surtout depuis que les homonymes ont été abolis par mon dictat de la semaine dernière. Écrit dur comme du roc dans l’eau bleue des étangs. Voici, cette semaine, un problème. J’ai trouvé, en mettant le nez dans un sujet d’actualité, un petit détail qui m’a fortement titillée: en français, des synonymes trouvent leur équivalence chez des homonymes anglais. Expliciter? D’accord. </span></p>
<p class="p3"><span class="s1">Un règlement stipule les critères qui rendent un étudiant «<i>eligible</i>» à être instruit en français au Yukon. La définition d’«<i>eligible</i>» y est donnée en équivalence avec «admissible» au point 2 dudit règlement. Au point 5, des critères qui rendent «<i>eligible</i>» l’étudiant sont établis, équivalents cette fois avec «est qualifié» en français. Bon, d’accord, vous doutez de la présence de l’anguille sous roche. Mais ce qui est amusant, c’est la suite. Au point 5, lorsque les critères sont déclinés, sous-point ii), le même terme est encore utilisé, «<i>eligible</i>», relevant de la répétition pure et dure, en anglais le point ii) pourrait être simplement supprimé; alors qu’en français, nous avons droit à «se qualifie», terme qui n’est pas défini dans ledit règlement en plus d’introduire une forme pronominale qui donne envie, à l’impertinente que je suis, de croire qu’il sous-tend une action, verbe sur lequel le sujet a quelque emprise, s’il réfléchit. </span></p>
<p class="p3"><span class="s1">Bon, ce qui est assez drôle aussi, c’est que la Cour suprême du Canada s’est saisie d’un dossier concernant ces points 2 et 5 du règlement, mais que l’ambigüité de la langue française semble n’avoir titillé personne, ni même ceux qui y trouveraient avantage, mais bon on n’invente pas de nouvelles pages. Je suppose qu’on ne règle pas les grands problèmes de notre société avec des analyses grammaticales, surtout lorsqu’il s’agit justement d’une histoire d’enseignement de la langue française dans un pays bilingue…&nbsp;</span></p>
<p>L’article <a href="https://www.delitfrancais.com/2015/01/27/terre-givre-rendez-vos-versets/" data-wpel-link="internal">Terre, Givre, rendez vos versets!</a> est apparu en premier sur <a href="https://www.delitfrancais.com" data-wpel-link="internal">Le Délit</a>.</p>
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			</item>
		<item>
		<title>Fuck le Yukon?</title>
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		<dc:creator><![CDATA[Gwenn Duval]]></dc:creator>
		<pubDate>Tue, 27 Jan 2015 15:50:38 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Enquêtes]]></category>
		<category><![CDATA[Slider]]></category>
		<category><![CDATA[Société]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>Ou l’importance de la virgule dans la question bilingue. </p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p class="p1"><span class="s1">I</span>l n’y a pas qu’au Québec que la langue française se parle, s’enseigne et plaide pour ne pas être ensevelie. Les francophones des autres provinces et territoires du Canada portent le flambeau, malgré la prédominance assurée de la langue anglaise. Minorité avérée, l’existence de leur parler est en péril. D’Ouest en Est, en passant par le Nord, ils sont confrontés à des refus de subventions de la part des gouvernements, peu soucieux de soutenir leur cause. C’est le cas du Yukon qui, à l’heure actuelle, plaide devant la Cour suprême du Canada. La décision qui sera prise à la suite de cette affaire risque fort de sceller le sort de beaucoup de francophones hors-Québec… Que fait le Québec dans tout ça?</p>
<p class="p4"><span class="s2"><b>Même langue, même combat?</b></span></p>
<p class="p5"><span class="s1">Le 22 septembre 2014, la Procureure générale du Québec indiquait qu’elle déposerait un mémoire pour prendre position par rapport au litige entre la Commission scolaire francophone du Yukon (CSFY) et la Procureure générale du Territoire du Yukon. Il est question de donner plus de largesse aux critères d’admission des élèves à un enseignement en français dans le district scolaire du Yukon et le gouvernement du Territoire refuse de subventionner une telle pratique. Le cas peut paraître anodin et lointain mais il est au cœur des enjeux linguistiques du Canada et du Québec d’aujourd’hui. La langue française lutte pour sa survie au Canada, elle est, de fait, minoritaire. Le problème, c’est qu’elle est majoritaire au Québec, les lois qui visent à préserver les minorités linguistiques ne protègent donc pas le français lorsqu’il est à l’intérieur de la province… <i>Le Délit</i>, rare minorité francophone au Québec, s’est penché sur ce dossier de la Cour suprême du Canada afin d’essayer de comprendre les motivations derrière l’intervention du gouvernement québécois qui lui a valu un titre déconcertant dans <i>Le Devoir</i> du 22 janvier: «Québec s’oppose aux minorités francophones». Refuser l’accès à l’enseignement en français à une minorité pour protéger cette même langue justement parce qu’elle est minoritaire, le propos semble contradictoire. </span></p>
<p class="p4"><span class="s2"><b>Requêtes </b></span></p>
<p class="p5"><span class="s1">Les revendications de la Commission scolaire francophone du Yukon (CSFY) concernaient trois points: premièrement, l’agrandissement de l’École Émilie-Tremblay, qui est la seule du Yukon à dispenser un enseignement public en français, pour être en mesure d’accueillir tous les élèves qui sont admissibles à l’école de la langue officielle minoritaire. Deuxièmement, la CSFY demande le droit de gérer l’admission de personnes qui ne correspondent pas aux critères expressément mentionnés dans le <i>Règlement sur l’instruction en français</i> du Yukon. Et enfin, d’avoir les pouvoirs de gestion.&nbsp;</span></p>
<p class="p4"><span class="s2"><b>Pourquoi la Cour suprême?</b></span></p>
<p class="p5"><span class="s1">Le Juge de première instance avait décrété que la Procureure générale du Yukon était obligée de satisfaire aux requêtes. Le verdict a été remis en question par la Procureure et l’affaire est passée aux mains de la cour d’Appel du Yukon qui a donné raison au gouvernement du Yukon. La CSFY s’est alors tournée vers la Cour suprême du Canada. </span></p>
<p class="p5"><span class="s1">Le <i>Règlement sur l’instruction en français</i> du Yukon a donc été mis sur la table, en regard de la <i>Charte canadienne des droits et libertés</i>. Selon la CSFY, les articles 2, 5, et 9 du <i>Règlement</i>, qui indiquent les critères d’admissibilité à l’éducation en français, contreviennent à </span>l’article 23 de la <i>Charte</i> car ils sont trop restrictifs et ne prennent pas en compte l’interprétation qui doit être faite des articles de loi selon les circonstances. La contradiction proviendrait de l’interprétation que l’on peut faire de ce fameux article 23 qui donne le droit, selon certains critères d’admissibilité, à l’enseignement public dans la langue minoritaire. «Pour la minorité francophone, une porte du para-article 23(2) est nécessaire pour freiner l’effet de l’assimilation et assurer le développement des communautés francophones hors-Québec», plaide la CSFY auprès de la Cour suprême.</p>
<p class="p4"><span class="s3"><b>Il faut trancher </b></span></p>
<p class="p5">Les gouvernements fédéraux devront-ils financer les écoles des minorités linguistiques pour que celles-ci puissent accueillir des élèves qui n’ont pas le droit de s’y inscrire selon le <i>Règlement</i>? Le gouvernment du Yukon est-il tenu d’interpréter l’article 23 en tenant compte de la souplesse du para-23(2)?</p>
<p class="p5">Deux questions constitutionnelles sont formulées par la Cour suprême du Canada le 21 août 2014: Y‑a-t-il, en effet, une contradiction entre les critères d’admissibilité à l’éducation en langue française au Yukon et l’article 23 de la <i>Charte des droits et libertés</i>? Si oui, l’atteinte portée par le <i>Règlement</i> trop restrictif peut-il se justifier dans une société libre et démocratique en vertu de l’article premier de la <i>Charte canadienne des droits et libertés</i>? L’appel est lancé, réponde qui veut.</p>
<p class="p4"><span class="s4"><b>Le Québec dit «non», dès la première question</b></span></p>
<p class="p5">Le 21 janvier 2015, le gouvernement du Québec intervient dans l’affaire, sans y être obligé, et prêche pour sa paroisse qui semble n’être manifestement pas la langue française au Canada mais bien la langue française au Québec. Près de 1 700 francophones vivent au Yukon, indique ce jeudi <i>Le Devoir</i>.<span class="Apple-converted-space">&nbsp; </span>La langue française hors Québec compte au moins 1 090 305 locuteurs, selon un recensement de la population effectué en 2011 par Statistique Canada. À l’échelle du Canada anglophone, 4,3% de la population parle, en fait, le français à la maison. Au Yukon, le pourcentage s’élève à 5,1%.</p>
<p class="p5">Ces chiffres représentent une minorité mais en aucun cas une absence de francophones ni d’intérêt pour la langue. F.L., avocate de profession et médiatrice accréditée, formule une inquiétude: «sans l’appui du gouvernement et des commissions scolaires, ces communautés francophones sont appelées à disparaître. Le milieu familial peut difficilement soutenir à lui seul la survie et l’enrichissement de la langue française des générations futures.» C’est justement sur ce terrain que les derniers jours se jouent. Les décisions qui vont être prises risquent de remettre sur la table un vieux débat, d’autant plus que le Yukon n’est pas le seul à livrer bataille, «les francophones de la Colombie-Britannique, de l’Alberta, de la Saskatchewan et des Territoires du Nord-Ouest sont, eux aussi, devant la cour de dernière instance dans des dossiers semblables» annonce le même <i>Devoir</i>.</p>
<p class="p4"><span class="s3"><b>Cause collective</b></span></p>
<p class="p5">Si le cas du Yukon fait jurisprudence, les principes qui seront établis vont lier la cour suprême pour tous les cas similaires, «à moins que les autres provinces soient en mesure de plaider des éléments distinctifs», tempère F.L., tout de même peu convaincue du bien-fondé de l’intervention du Québec dans ce litige. En prenant position pour une application stricte de l’article 23 de la <i>Charte canadienne des droits et libertés</i>, le gouvernement du Québec semble avoir tourné le dos à bon nombre de ses concitoyens au front des luttes pour la survie de la langue française au Canada.</p>
<p class="p1"><span class="s1"><b>Ce que dit l’article 23 </b></span></p>
<p class="p3"><span class="s3">Intitulé «Droits à l’instruction dans la langue de la minorité», l’article 23 de la <i>Charte canadienne des droits et libertés</i> est applicable à toutes les provinces et concerne l’enseignement public. Il stipule qu’un parent, citoyen canadien, a le droit d’inscrire son enfant au primaire et au secondaire dans la langue officielle minoritaire d’une province, mais ne sont admissibles à ce droit que les enfants dont l’un des parents est lui-même allé à l’école, sur le territoire canadien, dans cette langue — française dans toutes les provinces, sauf au Québec où la langue minoritaire est l’anglais. </span></p>
<p class="p3"><span class="s3">Il stipule aussi que les Canadiens dont au moins un enfant a reçu, ou reçoit, son instruction en français ou en anglais au Canada, ont le droit de faire instruire tous leurs enfants dans cette langue. C’est ce dernier point, 23(2), qui est soulevé par la CSFY, celui qui serait sujet à une interprétation plus large afin de permettre une porte d’entrée vers l’enseignement en français au Yukon. Cela permettrait, selon la CSFY, de réparer les torts de l’assimilation. Dans sa plaidoirie, elle rappelle les <i>Ordonnances historiques du Yukon en matière d’éducation</i>: «Après la création du Yukon en 1898, il était illégal d’enseigner en français, ce qui a mené à près de 100 ans d’assimilation.» L’effet principal du <i>Règlement</i> favoriserait l’assimilation en diminuant le nombre d’étudiants admissibles de génération en génération. </span></p>
<p class="p5"><span class="s2"><b>Le 23, épineux pour le fleurdelisé</b></span></p>
<p class="p3"><span class="s3">L’article 23, quant à lui, a fait jurisprudence quant à son objectif avec les arrêts <i>Mahe</i> et <i>Arsenault-Cameron</i>: «il vise à maintenir les deux langues officielles du Canada ainsi que les cultures qu’elles représentent, et à favoriser l’épanouissement de chacune de ces langues, dans la mesure du possible, dans les provinces où elle n’est pas parlée par la majorité [et] à réparer les inégalités crées par des injustices passées.» Comme l’explique Claude Ryan dans <i>la Revue du Barreau</i> où il consacrait un article à «L’impact de la <i>Charte canadienne des droits<br>
et libertés</i> sur les droits linguistiques au Québec» en 2003, l’interprétation de l’article 23 a déjà généré plusieurs litiges. Les établissements d’enseignement en langue minoritaire doivent être accessibles pour les étudiants admissibles lorsqu’ils représentent un nombre suffisant. De fait, l’article 23 a entrainé une rectification, en 1993, de la <i>Charte de la langue française</i>, la <i>Loi 101</i>, parce que ses articles 72 et 73 entraient en contradiction avec l’article 23. </span></p>
<p class="p3"><span class="s3">«Tandis que les minorités francophones des autres provinces furent avantagées par plusieurs arrêts des tribunaux, le Québec fut forcé de faire machine arrière en relation avec certaines dispositions de la <i>Charte de la langue française</i> […] La compétence législative des provinces en matière d’éducation a été directement affectée par cette disposition […] Ce processus fut particulièrement pénible pour le Québec, vu que ni le gouvernement de l’époque ni l’Assemblée nationale n’avaient souscrit à la <i>Charte canadienne</i> et encore moins à la manière dont elle fut adoptée», écrivait en 2003 Claude Ryan, l’ancien Ministre responsable de l’application de la <i>Charte de la langue française</i> de 1990 à 1994. Il avait perçu avec justesse les problèmes que l’avenir aurait à traiter et prévenait que le calme observé était peut-être superficiel et temporaire. Le processus de mondialisation, où l’anglais occupe une place prédominante, ne rassure pas les défenseurs de la langue française. Il explique aussi qu’au Québec, «la majorité elle-même existe et se perçoit comme une minorité dans le grand tout canadien et nord-américain, [elle] accorde donc la première importance aux droits linguistiques de la majorité et […] a souvent tendu à réduire les droits reconnus à la minorité», si paradoxal que cela puisse paraître.</span></p>
<p class="p5"><span class="s2"><b>S’ils touchent au 23, on est faits! </b></span></p>
<p class="p3"><span class="s3">Le Québec n’a pas offert son soutien aux francophones des autres provinces, soit, mais sa décision repose tout de même sur une volonté de promouvoir l’épanouissement du français. Le butin qu’auraient pu remporter les autres Canadiens-francophones était bien maigre à côté du risque de perdre les acquis linguistiques du Québec, c’est du moins ce qui semble justifier son intervention controversée dans cette affaire. En 22 pages contenant quelques 102 points où les répétitions ne se font pas discrètes, la Procureure générale du Québec reconnaît l’importance d’une des visées de l’article 23 qui est de réparer les torts de l’assimilation subis par les minorités francophones du Canada, mais ne démord pas pour autant: «La position de [la Commission scolaire francophone du Yukon] reviendrait à permettre aux représentants de la minorité de modifier substantiellement les catégories des titulaires des droits de l’article 23, ce qui devrait plutôt requérir un amendement constitutionnel, indique le mémoire du Québec, [de tels pouvoirs] pourraient également être revendiqués par les membres de la minorité anglophone du Québec. […] En revendiquant ainsi le pouvoir de définir à sa guise de nouveaux critères d’admission aux écoles de la minorité, [la Commission scolaire francophone du Yukon] remet en cause non seulement cette compétence législative exclusive, mais modifie aussi le compromis constitutionnel que traduit l’article 23 de la <i>Charte canadienne</i>.» </span></p>
<p class="p3"><span class="s3">Ce compromis, le Québec y tient, car l’article 23 est interprété, à l’heure actuelle, de façon à restreindre l’accès à un enseignement anglophone dans la province — l’article 59 de la <i>Loi constitutionnelle de 1982</i> exempt le Québec de l’alinéa 23(1), c’est à dire qu’il ne suffit pas d’avoir pour langue maternelle l’anglais pour être admissible dans une école publique anglophone, alors qu’inversement, pour avoir le droit d’accès à l’enseignement en français dans les autres provinces, il suffit que ce soit la première langue apprise. C’est d’ailleurs l’un des arguments soulevé lors de l’intervention du Québec. Conserver les acquis et éviter de compromettre «le fragile équilibre de la dynamique linguistique québécoise» se présentent comme les valeurs qui ont primauté sur la solidarité dans la quête de reconnaissance et d’épanouissement linguistique. <b>Statu Quo, à voix haute</b></span></p>
<p class="p3"><span class="s3">L’article 23, selon Claude Ryan dans l’article cité plus haut, était «conçu pour régler un problème qui se posait au Canada, il visait donc à changer le statu Quo.» Or, un peu plus de dix ans après la publication de l’édition spéciale de <i>la Revue du Barreau</i> sur la constitution et la <i>Charte</i> et donc 30 ans après sa mise en vigueur, le Québec semble prendre ses dispositions pour défendre non plus la langue française, mais le fameux statu Quo. L’article 23 a‑t-il été si difficile à avaler et à digérer que le Québec ne veut plus le remettre en question? M.T., poète engagé, est troublé: «je trouve difficile de défendre l’usage du français au Québec en me disant que c’est pour la bonne cause, qu’il représente une minorité en danger, une langue en voie d’extinction, lorsqu’on voit sa réaction devant le Yukon qui appelle à l’aide.»</span></p>
<p class="p5"><span class="s2"><b>Menace réelle?</b></span></p>
<p class="p3"><span class="s3">Si le cas faisait jurisprudence, que la porte-ouverte para-23(2) s’offrait aux provinces anglophones, le Québec ne pourra-t-il pas avoir recours à son statut distinctif? C’est du moins la province la plus susceptible de le faire valoir. En 2003, Claude Ryan conseillait déjà au Québec de «se montrer plus sensible aux répercussions de ses politiques linguistiques sur les droits linguistiques des minorités francophones dans les autres provinces et les Territoires et aux implications de ses politiques pour la qualité de ses rapports avec le reste du Canada.»</span></p>
<p class="p3"><span class="s3">En 2015, au lieu de remettre le plat – indigeste semble-t-il – sur la table, la Procureure générale du Québec termine son intervention volontaire par: «La reconnaissance d’un tel pouvoir aux représentants de la minorité nuirait à la protection du français dont la vitalité bénéficie non seulement aux Québécois, mais aussi à l’ensemble des francophones du Canada.» L’intention reste sujette à conjectures, mais sacrifier les locuteurs dispersés au profit d’un bouclier à l’intérieur même de la forteresse n’est manifestement pas une stratégie qui fait l’unanimité.</span></p>
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		<title>Délier la langue</title>
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		<dc:creator><![CDATA[Gwenn Duval]]></dc:creator>
		<pubDate>Tue, 20 Jan 2015 20:23:02 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Chroniques]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>Petit cours d’écriture à l’usage de tous.</p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p>C’est reparti pour une révolution. Une nouvelle année comme on dit, parce que le mot révolution, on le garde plus souvent pour qualifier les changements qui impliquent notre race humaine. Pas d’insurrection, de bouleversement, juste un petit tour de plus autour du soleil. Pourtant ce n’est pas faute d’avoir rêvé d’évolution à maintes reprises au cours des dernières ellipses. Ellipse comme courbe, l’orbite quoi.</p>
<p>Me voici coincée entre une révolution absolument conservatrice, une ellipse qui ne fait jamais d’omission et une orbite. Je m’inquiète pour la science; où va le progrès s’il tourne en rond? Heureusement que je rêve d’évolution! J’aurais même vœu de dévolution si cela n’impliquait pas d’héritage, mais là, je m’irrite. Fi des rites, nouvel âge, qu’on jette tout par la fenêtre à commencer par la dilogie. Dites «logis» une dernière fois et n’en parlons plus.</p>
<p>À partir de maintenant tout de suite et jusqu’à nouvel ordre, je déclare la polysémie abolie et l’homophonie prohibée. Il va de soi que la double entente est in extenso défendue, de ce fait le nez n’est pas cible d’une bonne leçon à coup de règle sur les doigts. Puisque je rêve d’une évolution pas civique, je crie sus à la pause et je prévante mon plan.</p>
<p>Délire en page, discours irrécupérable, langage sans engagement.</p>
<p>Ma parole est donnée, la Terre tourne autour du soleil et le sol fait pareil. Regardez-moi ce massacre, tant de mots pourtant outillés qui s’acharnent à ne vouloir rien dire que des propos cryptiques. C’est que le sang ne coule pas de source; pour toucher le fil rouge sans y apposer une vision bornée, il faut commencer par renoncer à l’entendement. Et ça, très cher lecteur, c’est délicat.</p>
<p>Il faut faire un choix: s’assujettir à son bagage et résister au texte; ou se livrer à celui-ci, sans crainte d’y perdre la raison. Si le discours est une action, donnons la langue en gage de bonne volonté et n’oublions pas le rêve. J’ai vu, cette nuit, tourner autour de la race humaine, le cours d’eau qu’on appelle Danube. Le fleuve est sorti de son lit, abreuvant les sols pour l’éternité. Les plumes des oiseaux se sont tues, déposant le poids de leur image sur la surface du déluge. J’ai vu se dessiner des ronds dans l’onde, parfaits, exemplaires, reflétant l’idéal… Puis le bruit a déformé le tableau, les ronds se sont étirés, déviés, distordus… ellipse. J’ai rêvé l’évolution d’une orbite. S’il est possible de transformer la réalité par le rêve, que celui-ci résonne encore après l’éveil, c’est que les ondes se confondent quelque part. Si quelque part est trop abstrait, c’est que les mots ne font souvent entendre qu’une seule chose à la fois. L’absence de traits rend difficile le portait. Je dis fi de l’illusion des lignes noires, posées au contour des dessins d’enfants, limites rassurantes, impostures… Que vive le confondre, et si tu veux vraiment savoir, cours toujours!</p>
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