Délier la langue
20 janvier 2015 - Image par Gwenn Duval
Petit cours d’écriture à l’usage de tous.

C’est reparti pour une révolution. Une nouvelle année comme on dit, parce que le mot révolution, on le garde plus souvent pour qualifier les changements qui impliquent notre race humaine. Pas d’insurrection, de bouleversement, juste un petit tour de plus autour du soleil. Pourtant ce n’est pas faute d’avoir rêvé d’évolution à maintes reprises au cours des dernières ellipses. Ellipse comme courbe, l’orbite quoi.

Me voici coincée entre une révolution absolument conservatrice, une ellipse qui ne fait jamais d’omission et une orbite. Je m’inquiète pour la science; où va le progrès s’il tourne en rond? Heureusement que je rêve d’évolution! J’aurais même vœu de dévolution si cela n’impliquait pas d’héritage, mais là, je m’irrite. Fi des rites, nouvel âge, qu’on jette tout par la fenêtre à commencer par la dilogie. Dites «logis» une dernière fois et n’en parlons plus.

À partir de maintenant tout de suite et jusqu’à nouvel ordre, je déclare la polysémie abolie et l’homophonie prohibée. Il va de soi que la double entente est in extenso défendue, de ce fait le nez n’est pas cible d’une bonne leçon à coup de règle sur les doigts. Puisque je rêve d’une évolution pas civique, je crie sus à la pause et je prévante mon plan.

Délire en page, discours irrécupérable, langage sans engagement.

Ma parole est donnée, la Terre tourne autour du soleil et le sol fait pareil. Regardez-moi ce massacre, tant de mots pourtant outillés qui s’acharnent à ne vouloir rien dire que des propos cryptiques. C’est que le sang ne coule pas de source; pour toucher le fil rouge sans y apposer une vision bornée, il faut commencer par renoncer à l’entendement. Et ça, très cher lecteur, c’est délicat.

Il faut faire un choix: s’assujettir à son bagage et résister au texte; ou se livrer à celui-ci, sans crainte d’y perdre la raison. Si le discours est une action, donnons la langue en gage de bonne volonté et n’oublions pas le rêve. J’ai vu, cette nuit, tourner autour de la race humaine, le cours d’eau qu’on appelle Danube. Le fleuve est sorti de son lit, abreuvant les sols pour l’éternité. Les plumes des oiseaux se sont tues, déposant le poids de leur image sur la surface du déluge. J’ai vu se dessiner des ronds dans l’onde, parfaits, exemplaires, reflétant l’idéal… Puis le bruit a déformé le tableau, les ronds se sont étirés, déviés, distordus… ellipse. J’ai rêvé l’évolution d’une orbite. S’il est possible de transformer la réalité par le rêve, que celui-ci résonne encore après l’éveil, c’est que les ondes se confondent quelque part. Si quelque part est trop abstrait, c’est que les mots ne font souvent entendre qu’une seule chose à la fois. L’absence de traits rend difficile le portait. Je dis fi de l’illusion des lignes noires, posées au contour des dessins d’enfants, limites rassurantes, impostures… Que vive le confondre, et si tu veux vraiment savoir, cours toujours!

 
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