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	<title>Côme De Grandmaison - Le Délit</title>
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	<description>Le seul journal francophone de l&#039;Université McGill</description>
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		<title>Pop champagne</title>
		<link>https://www.delitfrancais.com/2017/04/08/pop-champagne/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Côme De Grandmaison]]></dc:creator>
		<pubDate>Sat, 08 Apr 2017 13:32:08 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Culture]]></category>
		<category><![CDATA[Musique]]></category>
		<category><![CDATA[Slider]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>Depuis quelques années, toute une vague de musiciens français se réapproprie sa langue natale pour faire danser les foules et narrer le monde qui l’entoure.</p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p class="p1"><span class="s1">I</span><span class="s1">ls sont jeunes, ils sont beaux, ils chantent en français. Affranchis de l’anglais, ils disent les mots bleus d’une langue qui n’a pas toujours été confinée à l’hexagone et aux terres francophones, et qui revendique sa musicalité et son pouvoir évocateur. Ces groupes de rock et de pop français tentent, depuis un peu plus de cinq ans, de s’émanciper de la langue de Shakespeare que leurs glorieux aînés de la <i>French Touch </i>avaient contribué à imposer dans leurs frontières. Bien sûr, les héritiers directs de Daft Punk, Air et autre Etienne de Crécy ne sont pas morts: Justice, Rone, ou Nicolas Jaar seront à Osheaga cette année. Mais, quelques semaines avant, d’autres groupes feront battre, entre nos blanches côtes, du sang rouge et bleu. Leurs noms? Feu! Chatterton, La Femme, Radio Elvis, Bagarre, et Dieu sait qu’ils ne sont pas seuls. Se revendiquant de Bashung, Gainsbourg, ou encore Noir Désir, qui ont su faire sonner la langue de Prévert sur des guitares et des claviers, ils renouvellent le paysage musical français en profondeur. </span></p>
<p class="p3"><span class="s1">Bien sûr les «Sacrebleu» et autres «Camembert» n’avaient pas déserté la production pop-rock française, mais ce renouveau a été suffisamment remarqué par la presse et le public pour qu’il semble justifié de s’y attarder. Souvenons-nous: il y a quelques années, Phoenix, qui a conquis les <i>States</i> et glané un Grammy Award pour Wolfgang Amadeus Phoenix, était emblématique d’une certaine pop française, née au début des années 2000. Celle-ci pensait, en partie à raison, qu’elle mettrait le monde à genoux à coup de «<i>I love you</i>», et jugeait l’anglais plus facile, plus mondial, plus direct. Mais, alors comment expliquer la résurgence du français chez toute une génération de musiciens?&nbsp;</span></p>
<p class="p5"><span class="s2"><b>«<i>Sing white</i>»? Non merci!</b></span></p>
<p class="p3"><span class="s1">Depuis quelques années, dans le sillage de Fauve notamment, une nouvelle scène française a explosé. Venue de Bordeaux, Toulouse, Paris ou Marseille, des artistes aussi divers que Lescop, Grand Blanc, Paradis ou Aline, en plus de ceux cités précédemment, ont entrepris de donner un nouveau souffle au français. </span></p>
<p class="p3"><span class="s1">Romain Guerret, chanteur d’Aline, explique dans Versatile Mag qu’«en chantant en français, les gens comprennent tout de suite ce qu’on raconte, cela crée une immédiateté. C’est une façon de se mettre à poil. Beaucoup de groupes français ont peur de franchir cette barrière, ils craignent de trop se dévoiler». Le français, dans ce cas, est presque un instrument. La langue ajoute à la mélodie et les mots sont d’abord choisis pour leur musicalité. Que ceux qui en doutent écoutent «Je bois et puis je danse» … D’autres groupes assument, plus encore, une naïveté certaine. The Pirouettes ou La Femme, par exemple, naviguent entre spleen et joie de vivre, préférant évoquer un mystérieux escalier ou le mois de septembre que Rimbaud ou Léo Ferré. </span></p>
<p class="p3"><span class="s1">Chez d’autres, au contraire, la naïveté cède le pas à une démarche que d’aucuns jugerait plus grave. Fauve ou Grand Blanc, par exemple, s’acharnent sur la noirceur d’un quotidien trop grand pour eux. Au risque d’apparaître comme verbeux, ils chantent les cendres qui les étouffent sur «Montparnasse» (Grand Blanc) ou «Azulejos» (Fauve), et l’on se sent presque de trop, comme si l’on se trouvait soudain face au journal intime d’un inconnu. </span></p>
<p class="p5"><span class="s2"><b>Poètes, à vos guitares </b></span></p>
<p class="p3"><span class="s1">Toutefois, le français peut aussi, chez certains, prendre une dimension toute littéraire. Chez Feu! Chatterton, on se demande presque si la musique n’est pas qu’un prétexte à faire exister des histoires de gospels et de catastrophes maritimes… On sent chez ce groupe le poids des parrains, Ferré, Brel, Gainsbourg, tous ciseleurs de mots devant l’éternel. Ces cinq musiciens sont les porte-étendards d’une certaine scène française qui, aujourd’hui, a quelque chose à dire. La langue, chez eux, est devenu le médium pour exprimer un sentiment d’urgence, et ces dandys à la fibre romantique crient dans la nuit leur désir de survivre: «Du ciel tombent des cordes / Faut-il y grimper ou s’y pendre?», se demandent-ils sur Côte Concorde. Jouant sur les sonorités, les images, ils veulent retrouver la vie à nu, se sauver, mais aussi dire créer des mondes et évoquer les mythes de siècles oubliés. En cela leur démarche peut se rapprocher de celle de certains rappeurs, qui content plus que leurs quotidiens et s’inscrivent dans une démarche d’écriture singulière. Mais le sujet est trop vaste.</span></p>
<p class="p3"><span class="s1">On constate aujourd’hui que quelle que soit leur démarche, tous ces groupes, fers de lance d’une scène française et francophone en ébullition, rencontrent un public nombreux dans les salles de concerts et les festivals. Et nous rappellent qu’au-delà des débats sur la licéité de l’usage de la boîte à rythme après 1983, leur patrie c’est la langue française.&nbsp;</span></p>
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		<title>La Suède ne comprend pas</title>
		<link>https://www.delitfrancais.com/2015/11/28/la-suede-ne-comprend-pas/</link>
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		<dc:creator><![CDATA[Côme De Grandmaison]]></dc:creator>
		<pubDate>Sun, 29 Nov 2015 01:09:17 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Opinion]]></category>
		<category><![CDATA[Société]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>McGill, championne incontestable du développement durable.</p>
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]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<p class="p1"><span class="s1">L</span><span class="s1">e spectre du développement durable hante le Canada. L’Université McGill, confrontée à ce défi dans un passé récent, pourrait servir d’exemple au reste du pays. Au prix de politiques faisant fi de l’austérité ambiante et au mépris des conventions néolibérales en vigueur, le vaisseau de Suzie Fortier vogue aujourd’hui paisiblement sur les flots verts du triomphe.</span></p>
<p class="p4"><span class="s2"><b>Réinvestissons McGill</b></span></p>
<p class="p5"><span class="s1">L’une des premières mesures de cette politique révolutionnaire a été la fermeture définitive des portes de la bibliothèque Redpath, il y a deux ans de cela. Nombre d’étudiants se plaignaient en effet de pouvoir circuler trop librement sur le campus, ce qui occasionnait une outrageuse déperdition de température au sein de la bibliothèque. Moins d’un an après avoir résolu ce problème, l’administration a porté son attention vers une autre difficulté à laquelle se heurtaient les étudiants, en interdisant la vente de sandwichs à <i>SNAX</i>, le café de l’Association Étudiante de la Faculté des Arts (<i>AUS</i>). En effet, de nombreux étudiants s’étaient plaints de ces casses-croûtes faits-maison. Madeleine, étudiante en deuxième année avec une majeure environnement, déclare au Délit: «Avant, je pouvais acheter un sandwich produit localement par des étudiants pour une somme modique… en plus, il n’y avait qu’une couche d’emballage! Je suis vraiment soulagée de devoir consommer chez Première Moisson cette année». Les mots de Madeleine ne sont qu’une goutte dans un océan de témoignages d’étudiants apaisés. Josh, étudiant en économie, ajoute «Il était temps, maintenant je peux payer deux fois plus pour la même quantité, et au moins Première Moisson accepte les cartes de crédit». </span></p>
<p class="p4"><span class="s2"><b>Le malheur de certains fait le bonheur de l’environnement</b></span></p>
<p class="p5"><span class="s1">En plus du succès éclatant des mesures prises par l’université au cours des deux dernières années, on notera les efforts faits par l’administration de McGill qui visent à mettre le climat montréalais au service du développement durable. Un exemple saillant de cette initiative verte est le refus de saler les rues de l’université<span class="Apple-converted-space">&nbsp; </span>— en particulier la pente entre McIntire et Sherbrooke, et celle qui lie les résidents d’<i>Upper Rez</i> au campus. En plus de réduire les émissions de gaz à effet de serre produits par les épandeuses, il s’agit de permettre aux étudiants de se rendre à leurs cours en patins ou en luge, offrant une méthode de transport alternative à la fois durable et divertissante. Outre les bénéfices pour l’environnement, le non-salage des rues offre l’opportunité aux étudiants en médecine de parfaire leurs techniques de pose de plâtres. Luigi, en troisième année de chirurgie plastique, explique ainsi au <i>Délit</i> que «l’université est vraiment soucieuse du bien-être de chaque étudiant, c’est formidable». À sa demande, McGill a d’ailleurs projeté de remplacer les escaliers à l’intérieur des bâtiments par des murs d’escalade, mesure qui en plus de lutter contre l’apathie estudiantine permettra par ailleurs à Luigi et à ses camarades de médecine d’améliorer leur technique, les chutes étant inévitables. Une chose est claire: McGill est une université futuriste, qui n’a pas fini de nous éblouir avec ses politiques durables.</span></p>
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		<title>Pour une révolution</title>
		<link>https://www.delitfrancais.com/2015/11/28/pour-une-revolution/</link>
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		<dc:creator><![CDATA[Côme De Grandmaison]]></dc:creator>
		<pubDate>Sun, 29 Nov 2015 00:07:52 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Éditorial]]></category>
		<category><![CDATA[Slider]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>Éditorial.</p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p class="p1"><span class="s1">L</span><span class="s1">e développement durable est l’Everest des gouvernements pour le 21<i>e</i> siècle. Défini en 1987 par le rapport Brundtland comme un mode de vie répondant «aux besoins du présent sans compromettre la capacité des générations futures de répondre aux leurs», il est devenu un terme générique pour décrire nos réponses aux conflits entre les pays, aux défis environnementaux, économiques, politiques et sociaux. Il hante sans relâche les résolutions de la communauté internationale, se présentant comme la doctrine de la croissance qui nous épanouira. Quelques éoliennes dans les champs, quelques dollars de plus pour des produits issus du commerce équitable, pour que nos enfants puissent vivre dans le confort dont nous jouissons à présent.</span></p>
<p class="p2"><span class="s1">Aujourd’hui, le 30 novembre 2015, a débuté la 21<i>e</i> Conférence des Parties tenue par la Convention-cadre des Nations Unies sur les Changements Climatiques à Paris (p.21), qui veut arriver à un accord international pour lutter contre la réalité et les effets du réchauffement – avec comme livret d’instruction les Objectifs de développement durable définis par l’Assemblée générale de l’ONU (p.19). </span></p>
<figure class="wp-caption aligncenter" style="max-width: 1629px">
			<img fetchpriority="high" decoding="async" class="size-full wp-image-24255" src="https://www.delitfrancais.com/wp-content/uploads/2015/11/edito3.jpg" alt width="1629" height="1713" srcset="https://www.delitfrancais.com/wp-content/uploads/2015/11/edito3.jpg 1629w, https://www.delitfrancais.com/wp-content/uploads/2015/11/edito3-330x347.jpg 330w, https://www.delitfrancais.com/wp-content/uploads/2015/11/edito3-768x808.jpg 768w, https://www.delitfrancais.com/wp-content/uploads/2015/11/edito3-951x1000.jpg 951w, https://www.delitfrancais.com/wp-content/uploads/2015/11/edito3-850x894.jpg 850w" sizes="(max-width: 1629px) 100vw, 1629px">		<figcaption class="wp-caption-text">
			<span class="media-credit">Luce Engérant</span>		</figcaption>
	</figure>

<p class="p2"><span class="s1">Pour signifier développement durable, on parle aussi de durabilité, ou éventuellement de soutenabilité. Par opposition à l’obsolescence, elle permettrait à notre mode de vie «idéal» de se perpétuer indéfiniment. Pourtant, sans vouloir jouer au rabat-joie, il est peu probable que l’on puisse se permettre de vivre comme l’on vit aujourd’hui, sans que les générations futures et les populations déjà vulnérables en paient le prix. Pour que le développement durable devienne une notion adaptée et respectée de tous, il faut qu’il soit également défini par les citoyens. Certains se prêtent au jeu; le <i>Dark</i> <i>Mountain</i> <i>Project</i>, par exemple, un collectif d’écrivains, artistes et penseurs qui «<i>a arrêté d’écouter les histoires que se raconte notre civilisation</i>», opte pour un changement civilisationnel, reposant sur un renouvellement de la culture. Ils cherchent à s’affranchir du «<i>mythe du progrès, du mythe de la centralité humaine, et du mythe de notre autonomie vis-à-vis de la nature</i>». Il s’agirait donc de ne plus placer l’Homme au centre des débats, de cesser de le considérer comme un être au-dessus des autres, se plaçant ainsi dans une logique en contradiction avec le «simple» changement de modèle social et économique, classiquement proposé par les pouvoirs en place (p.15). Dans un registre similaire, le Contre-sommet mondial sur le climat, organisé par le journal <i>La décroissance</i>, qui devait se tenir à Vénissieux (Rhône-Alpes, France) le 14 novembre, propose un changement radical. Ils proclament: «Nous contestons le sens général vers lequel se dirige notre société; celle de l’idéologie du développement, de l’expansion illimitée, du capitalisme libéral… mais cette opposition ne nous place pas en dehors de la société, bien au contraire; notre désir de participer à sa transformation fait que nous en sommes pleinement partie intégrante.»</span></p>
<p class="p2"><span class="s1">Plus qu’un développement quantitatif, ces initiatives semblent pencher vers une révolution qualitative, vers la mutation complète de notre façon de penser et d’appréhender le monde. </span></p>
<p class="p2"><span class="s1">Parce que, chers dirigeants, nous avons été de gentils êtres humains cette année. Alors, pour la COP21, nous aimerions: que la voix des hommes, femmes et enfants, quels qu’ils soient, valent plus que celle des industries qui viennent vous serrer la main; que vous signiez un accord contraignant qui identifie et relève les vrais défis que nous pose le changement climatique; que vous le respectiez coûte que coûte. Que vous donniez, en quelques mots, à la société d’aujourd’hui et à ses descendants, la chance de donner un nouveau visage au futur.</span></p>
<p class="p2"><span class="s1">Il ne suffira pas de signer ou ratifier quelques pages de discours bien intentionnés. Et comme il appartient à chacun d’opérer des changements dans son mode de vie et de pensée, par respect pour la planète, pour ses enfants, et pour le reste de l’humanité, il faut que la poussée vienne d’en bas, il faut rappeler que nous avons chacun notre propre responsabilité.</span></p>
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		<title>Le Liban pleure ses morts</title>
		<link>https://www.delitfrancais.com/2015/11/20/le-liban-pleure-ses-morts/</link>
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		<dc:creator><![CDATA[Côme De Grandmaison]]></dc:creator>
		<pubDate>Fri, 20 Nov 2015 23:14:47 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Actualités]]></category>
		<category><![CDATA[International]]></category>
		<category><![CDATA[attentats]]></category>
		<category><![CDATA[Liban]]></category>
		<category><![CDATA[Paris]]></category>
		<category><![CDATA[terroristes]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>Jeudi 12 novembre, Beyrouth a été frappé par un double attentat suicide.</p>
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]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<p><span style="font-weight: 400;">Jeudi 12 novembre, deux terroristes se sont fait exploser en plein cœur d’un quartier chiite de Beyrouth. Le bilan s’élève pour l’instant à 43 morts et des centaines de blessés, mais a probablement été atténué par l’acte de bravoure d’Adel Termos, un homme de 32 ans ayant sacrifié sa vie afin d’empêcher un des terroristes de se faire exploser dans la foule. Quelques heures plus tard, Bagdad était touché par un autre attentat suicide, anti-chiite encore, qui a pour l’instant tué 17 personnes et fait des dizaines de blessés. Ce fut ensuite au tour de Paris et Saint-Denis d’être frappés. Le bilan, en France, est aujourd’hui de 129 morts et plus de 300 blessés. L’État islamique a revendiqué les attentats de Paris et Beyrouth.</span></p>
<p><span style="font-weight: 400;">Mark El-Hajj, étudiant à McGill ayant adressé un message à Suzanne Fortier suite à son courriel dans lequel elle offrait ses «condoléances au peuple français et à tous ceux qui ont perdu des proches dans cette terrible tragédie», a tenu à rappeler que les victimes de Beyrouth étaient aussi des êtres humains méritant l’empathie: «les populations qui vivent dans cette région [le Liban, </span><i><span style="font-weight: 400;">ndlr</span></i><span style="font-weight: 400;">] aiment la vie tout comme n’importe quel individu: les gens sortent dîner avec leurs amis, boire un café, faire la fête, etc. Bref, ils sont humains et leurs vies valent quelque chose.» À l’image de Charles Hesswani, il dit avoir été «abattu» par le courriel de Suzanne Fortier, de par l’absence de mention des Libanais, représentant pourtant la 19</span><i><span style="font-weight: 400;">ème</span></i><span style="font-weight: 400;"> communauté en terme d’effectif sur le campus.</span></p>
<p><b>Une indignation sélective?</b></p>
<p><span style="font-weight: 400;">Cette réaction n’est pas spécifique à McGill cependant. Au sein des médias et de la communauté internationale, ainsi que sur </span><i><span style="font-weight: 400;">Facebook</span></i><span style="font-weight: 400;"> où le drapeau tricolore a fleuri, les attentats de Paris ont été largement commentés. À tel point que beaucoup ont parlé de compassion à géométrie variable vis-à-vis de ce qui a eu lieu au Liban. Interpellé à ce propos, de par le fait que </span><i><span style="font-weight: 400;">Facebook</span></i><span style="font-weight: 400;"> ne proposait pas de «</span><i><span style="font-weight: 400;">safety check</span></i><span style="font-weight: 400;">» aux habitants de Beyrouth, Mark Zuckerberg a expliqué que la décision d’étendre cette option à des événements tragiques autres que les catastrophes naturelles avait été prise suite aux attentats de Paris, ayant eu lieu après ceux du Liban. Et effectivement, suite à l’attentat qui eu lieu au Nigéria mercredi, cette fonctionnalité a été à nouveau mise à disposition. Il est cependant resté silencieux concernant la possibilité d’apposer un drapeau autre que l’étendard français au-dessus de sa photo de profil.</span></p>
<p>&nbsp;</p>
<figure id="attachment_24201" aria-describedby="caption-attachment-24201" style="width: 454px" class="wp-caption aligncenter"><img decoding="async" class="size-full wp-image-24201" src="https://www.delitfrancais.com/wp-content/uploads/2015/11/articleComeLiban.jpg" alt="Sur Twitter, le mot «Paris» a été utilisé plus de 18 millions de fois au cours du dernier mois, principalement depuis le 13 novembre. Le mot «Beirut», pour sa part, a été employé à un peu plus de 400 mille reprises, soit environ 45 fois moins." width="454" height="184" srcset="https://www.delitfrancais.com/wp-content/uploads/2015/11/articleComeLiban.jpg 454w, https://www.delitfrancais.com/wp-content/uploads/2015/11/articleComeLiban-1x1.jpg 1w" sizes="(max-width: 454px) 100vw, 454px"><figcaption id="caption-attachment-24201" class="wp-caption-text">Sur Twitter, le mot «Paris» a été utilisé plus de 18 millions de fois au cours du dernier mois, principalement depuis le 13 novembre. Le mot «Beirut», pour sa part, a été employé à un peu plus de 400 mille reprises, soit environ 45 fois moins. <span class="media-credit">Topsy</span></figcaption></figure>
<p>Les réseaux sociaux ne sont pas le seul espace au sein duquel cette asymétrie a pu être constatée. De nombreux Libanais ont observé un manque de solidarité à leur égard dans les déclarations venant de la communauté internationale, ainsi qu’un relai médiatique limité concernant les attentats de Beyrouth. Jade Moussa, étudiante à McGill, avance deux raisons à cela: «d’un côté, il y a du racisme, une valorisation de la vie «blanche» par rapport à la vie «brune». […] D’un autre côté les attentats en France constituent un événement rare.» Pourtant, au Liban, des attentats d’une telle ampleur contre des civils sont égaleement un fait exceptionnel: depuis la fin de la guerre civile en 1990, ces attentats sont les plus meurtriers que le pays a connu. Elle reconnaît cependant que la situation sécuritaire au Liban, de par sa fragilité, a pu « désensibiliser» ses concitoyens: d’après <em>International Alert</em>, en 2014, 74% des personnes sondées considéraient ainsi que la situation sécuritaire s’était détériorée par rapport à 2010, en grande partie à cause de l’emplacement géographique du pays.</p>
<p>Afin d’illustrer la situation, Jade Moussa donne l’exemple suivant, «l’armée pourrait être en train de combattre <em>Daesh</em> [acronyme de l’ÉI en arabe, <em>ndlr</em>] à la frontière Nord-Est, et [dans le même temps] les jeunes adultes de Beyrouth seraient en train de se soûler.» Ainsi l’effet d’habitude au danger au sein même de la population libanaise peut expliquer pourquoi, de l’extérieur également, ces attentats ont moins choqué que ceux de Paris.</p>
<p><strong>Les médias mis en doute</strong></p>
<p>Charles Hesswani, membre de la <em>Lebanese Student Association </em>(Association des Étudiants libanais, <em>ndlr</em>) de McGill, estime pour sa part que le racisme et l’«habitude» n’expliquent pas complètement l’écart disproportionné entre les réactions. Il met en cause les médias et leur «absence de couverture et […] apathie à l’égard du Moyen-Orient.» Ainsi, en ne montrant que des événements tragiques, de manière sélective, ceux-ci auraient contribué à dépeindre l’image d’un Liban en proie à une grande violence interne. Cette vision est partagée par Mark El-Hajj, selon qui les médias «dépeignent une image de violence et d’instabilité constante [au Liban], comme s’il n’y avait aucune trace de vie normale.»</p>
<p>Cependant le site <em>Slate </em>invite à ne pas blâmer uniquement les médias quant à cette indignation sélective. Les lecteurs ont aussi leur responsabilité. «Le paradoxe, c’est que peu de gens lisent ce genre d’articles [concernant les attentats hors du monde occidental, <em>ndlr</em>], tout en aimant se plaindre que les médias n’en parlent pas», explique ainsi l’auteure de l’article, Claire Levenson. Elle relaie d’ailleurs les <em>tweets </em>du journaliste du <em>Guardian</em> Jamiles Lartey dans lequel celui-ci parle de «hipsters de la tragédie», qui se targueraient de parler de catastrophes dont très peu ont entendu parler, à la manière d’une musique <em>underground</em>.</p>
<p><strong>Pourquoi Beyrouth?</strong></p>
<p>Hors de ces considérations, il est à noter que les attaques de Paris et Beyrouth ont de nombreux points communs. Outre le fait qu’elles aient été dirigées contre des civils, dans les deux cas des kamikazes n’ont pas hésité à se faire exploser afin d’infliger de nombreux dégâts. D’après Mark El-Hajj, l’ÉI a, aussi bien en France qu’au Liban, cherché à «montrer sa puissance et instaurer la terreur. Il [a aussi cherché] à diviser les pays, j’ai lu beaucoup de commentaires islamophobes après les attentats écris par des Libanais de différentes confessions ainsi que par des Français.» Jade Moussa estime également que l’organisation terroriste cherche à diviser les populations, que ce soit au Liban ou en France, car ils ont frappé ce qu’ils considèrent être dans les deux cas «dans les deux cas […] des congrégations “d’“infidèles” qui méritent la mort.»</p>
<p>Le risque d’attentat pour le Liban, aujourd’hui, se situe majoritairement dans les régions contrôlées par le Hezbollah, puisque ce dernier est le seul parti du pays engagé militairement contre l’ÉI, au côté de Bachar al-Assad. Cependant les conséquences plus indirectes, à savoir la baisse de revenus liés au tourisme et l’affaissement de l’économie, pourraient s’étendre à l’ensemble du pays.</p>
<p>&nbsp;</p>
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		<title>Coup pour coup</title>
		<link>https://www.delitfrancais.com/2015/11/17/coup-pour-coup/</link>
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		<dc:creator><![CDATA[Côme De Grandmaison]]></dc:creator>
		<pubDate>Tue, 17 Nov 2015 17:18:45 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Opinion]]></category>
		<category><![CDATA[Slider]]></category>
		<category><![CDATA[Société]]></category>
		<category><![CDATA[13 Novembre 2015]]></category>
		<category><![CDATA[attentats]]></category>
		<category><![CDATA[Paris]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>Les attentats ont aussi des causes géostratégiques.</p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p class="p1"><span class="s1">P</span><span class="s1">aris, Beyrouth, Bagdad… La litanie des villes martyres s’allonge, et on sait malheureusement qu’elle n’est pas terminée. Les tueurs qui brandissent l’étendard d’un Islam obscurantiste n’auront de cesse de détruire ce qui s’oppose à eux: l’humanité, la culture, un absolu qui élève les êtres et ne leur demande pas de se faire exploser. </span></p>
<p class="p3"><span class="s1">Pétris de certitudes macabres, ils nous abhorrent. Nous, et notre liberté de croire en l’Homme, en un Dieu, et même en rien. Ils méprisent nos doutes et nos questions, soyons en fiers. Comme disait le Cyrano d’Edmond Rostand, «on n’abdique pas l’honneur d’être une cible». </span></p>
<p class="p3"><span class="s1">Le choc des systèmes de valeurs, donc, est évident — si toutefois le néant que l’État islamique (ÉI) propage peut se targuer d’avoir un lien quelconque avec un système de valeurs. Cependant il n’explique pas à lui seul les motivations des djihadistes, et ne peut nous faire comprendre pleinement les nouveaux ressorts de leur action. </span></p>
<p class="p5"><span class="s2"><b>Des motivations stratégiques évidentes</b></span></p>
<p class="p3"><span class="s1">Les actes terroristes commis par l’ÉI sont les possibles manifestations d’un changement de stratégie. Après s’être concentré sur l’expansion territoriale depuis l’auto-proclamation de son Califat en juin 2014, l’ÉI se projette maintenant à l’extérieur du territoire qu’il contrôle. Le but premier de ces actions semble être de signaler à leurs adversaires leur détermination à ne pas se laisser attaquer sans riposter. En effet, les attentats des deux dernières semaines revendiqués par les djihadistes ont frappé des puissances leur ayant concrètement signifié leur hostilité: la France soutient les frappes aériennes américaines (bien que pour l’instant elle ne soit directement responsable que de 4% des frappes en Irak); le Hezbollah libanais, défini par l’ÉI comme «le parti chiite de Satan», soutient le président syrien Bachar el-Assad, tout comme la Russie. Ce n’est donc pas un hasard si les djihadistes ont frappé, en l’espace de deux semaines, un avion russe, un quartier chiite de Beyrouth et Paris. Dans le cas de la France, il se peut que les attentats de l’ÉI aient également été motivés par l’opération Barkhane au Sahel, comme l’avance la journaliste Anne Bauer dans<i> Les Échos</i>.</span></p>
<figure class="wp-caption aligncenter" style="max-width: 2127px">
			<img decoding="async" class="size-full wp-image-24161" src="https://www.delitfrancais.com/wp-content/uploads/2015/11/S-beyrouthdeCome.jpg" alt width="2127" height="1084" srcset="https://www.delitfrancais.com/wp-content/uploads/2015/11/S-beyrouthdeCome.jpg 2127w, https://www.delitfrancais.com/wp-content/uploads/2015/11/S-beyrouthdeCome-330x168.jpg 330w, https://www.delitfrancais.com/wp-content/uploads/2015/11/S-beyrouthdeCome-768x391.jpg 768w, https://www.delitfrancais.com/wp-content/uploads/2015/11/S-beyrouthdeCome-1000x510.jpg 1000w, https://www.delitfrancais.com/wp-content/uploads/2015/11/S-beyrouthdeCome-850x433.jpg 850w, https://www.delitfrancais.com/wp-content/uploads/2015/11/S-beyrouthdeCome-400x205.jpg 400w" sizes="(max-width: 2127px) 100vw, 2127px">		<figcaption class="wp-caption-text">
			<span class="media-credit">Mahaut Engérant</span>		</figcaption>
	</figure>

<p class="p5"><span class="s2"><b>Les attentats, un dernier recours?</b></span></p>
<p class="p3"><span class="s1">Le professeur à l’Institut Universitaire Européen de Florence, Olivier Roy, considère que ces attentats sont aussi le résultat de l’affaiblissement de l’ÉI. Il explique dans le <i>New York Times</i> que le système sur lequel l’ÉI repose a atteint ses limites. «Il était fondé sur deux éléments: une expansion territoriale fulgurante et un effet de terreur qui visait à sidérer l’ennemi.» Or cette expansion a connu un point d’arrêt. Aujourd’hui l’ÉI est encerclé, par les Russes et le président syrien à l’ouest, les Kurdes au nord, les Chiites irakiens à l’est, et, au sud, des pays dont les populations lui sont défavorables (Libanais, Jordaniens et Palestiniens). </span></p>
<p class="p3"><span class="s1">Plus problématique encore que ces limites, c’est à un déclin territorial que l’ÉI fait face, notamment dans les zones où l’organisation est opposée aux combattants kurdes. Cependant la victoire est encore loin pour ses adversaires, tant l‘organisation djihadiste dispose de moyens humains et matériels importants. Sur <i>Vox</i>, un spécialiste des questions liées à l’ÉI, Will McCant, explique que les récents attentats, extrêmement spectaculaires, pourraient avoir pour but d’occulter les pertes de territoires et de continuer à positionner l’ÉI comme <i>leader</i> du djihad à l’échelle mondiale.</span></p>
<p class="p3"><span class="s1">Ainsi ce n’est pas qu’une lutte de l’esprit qui s’est engagée. Le conflit est également de nature géostratégique. Laissons à Albert Camus les derniers mots, afin de mettre un peu d’espoir dans le combat qui s’annonce: «nous luttons pour des nuances, mais des nuances qui ont l’importance de l’Homme même. Nous luttons pour cette nuance qui sépare le sacrifice de la mystique, l’énergie de la violence, la force de la cruauté, pour cette plus faible nuance encore qui sépare le faux du vrai et l’homme que nous espérons des dieux lâches que vous espérez.»&nbsp;</span></p>
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		<title>Chers djihadistes</title>
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		<dc:creator><![CDATA[Côme De Grandmaison]]></dc:creator>
		<pubDate>Tue, 10 Nov 2015 16:46:35 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Chroniques]]></category>
		<category><![CDATA[11 septembre]]></category>
		<category><![CDATA[Charlie Hebdo]]></category>
		<category><![CDATA[djihad]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>Ils ont pensé pour le présent.</p>
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										<content:encoded><![CDATA[<figure class="wp-caption alignleft" style="max-width: 150px">
			<img loading="lazy" decoding="async" class="wp-image-23125 size-thumbnail" src="https://www.delitfrancais.com/wp-content/uploads/2015/09/Comes-Chronique-couleur-web-150x150.jpg" alt width="150" height="150" srcset="https://www.delitfrancais.com/wp-content/uploads/2015/09/Comes-Chronique-couleur-web-150x150.jpg 150w, https://www.delitfrancais.com/wp-content/uploads/2015/09/Comes-Chronique-couleur-web-1x1.jpg 1w, https://www.delitfrancais.com/wp-content/uploads/2015/09/Comes-Chronique-couleur-web-32x32.jpg 32w, https://www.delitfrancais.com/wp-content/uploads/2015/09/Comes-Chronique-couleur-web-64x64.jpg 64w, https://www.delitfrancais.com/wp-content/uploads/2015/09/Comes-Chronique-couleur-web-96x96.jpg 96w, https://www.delitfrancais.com/wp-content/uploads/2015/09/Comes-Chronique-couleur-web-128x128.jpg 128w" sizes="auto, (max-width: 150px) 100vw, 150px">		<figcaption class="wp-caption-text">
			<span class="media-credit">Eléonore Nouel</span>		</figcaption>
	</figure>

<p class="p1">Subversif. Vieux con. Génie. Misogyne. Les qualificatifs que l’on pourrait attribuer à Philippe Muray ne manquent pas, et tous semblent justifiés à la lecture de <i>Chers Djihadistes</i>. Dans cette lettre ouverte adressée à ceux ayant perpétré les attentats du 11 septembre, l’essayiste français dresse en fait un tableau sévère de l’Occident. Le message qu’il fait passer tout au long de ce pamphlet peut être résumé par les trois dernières phrases: «Et nous vaincrons. Bien évidemment. Parce que nous sommes les plus morts.»</p>
<p class="p4"><span class="s1"><b>«Craignez la fureur des moutons!»</b></span></p>
<p class="p6">Avec une ironie mordante, Muray approche l’après 11 septembre de manière inédite. Il refuse le consensus général autour du supposé génie de la civilisation occidentale, et montre en fait que les assassins se sont attaqués à du vide. Camus exhortait sa génération à empêcher le monde de se défaire en 1957, Muray pense pour sa part que la sienne a échoué. Pire. Elle se complaît dans la déconstruction de tout ce qui a été: là où des milliers d’années de discorde et de combats ont permis aux Hommes d’accéder à l’esprit critique, il a suffi d’une génération pour retourner «à ce bruit indifférencié comme à notre nouvel idiome commun.» Aujourd’hui, questionner c’est trahir. Il est impensable d’essayer «d’intégrer le Mal ou le démoniaque et de les comprendre pour les combattre.»</p>
<p class="p6">Notre monde moderne que n’oppose au sacré et à la transcendance que le mépris et une culture au rabais: la défense des Journées du Patrimoine ou d’un Halloween annulés comme justification de la guerre. Malgré les cris de ceux clamant le retour de l’Histoire en ce noir 11 septembre, Muray affirme qu’il y a bien longtemps que nous en sommes sortis. «Il est très urgent, une fois encore, que nous ne sachions pas quel est notre monde afin que nous nous occupions à le défendre comme s’il était dans la continuité de quelque chose». Mais défendre ce monde ne suffit pas, il faut l’étendre aux pays «rétrogrades». Car seule notre civilisation est «innocente». La citation de George W. Bush, en exergue du livre, le dit si bien: «Je suis comme la plupart des Américains, j’ai du mal à croire [qu’il y ait une telle haine envers l’Amérique] parce que je sais à quel point nous sommes des gens de bien.»</p>
<p class="p7"><span class="s1"><b>Sans limite</b></span></p>
<p class="p6"><span class="s2">J’entends les invectives tomber sur Muray: nihiliste, sans cœur, réactionnaire! L’auteur, pourtant, lutte simplement pour que cet avant existe encore, pour que l’Occident ne balaie pas toutes ses valeurs dans la grande fête d’effacement des êtres. Aujourd’hui se définir pose problème, ne serait-ce que grammaticalement. L’Occident a pour objectif ultime le dépassement de soi-même – n’est-il pas symbolique que la tour qui s’élève aujourd’hui à la place des Tours jumelles soit près de cent mètres plus haute que celles-ci? Les esprits rebelles s’insurgeront: nombreux sont ceux qui refusent encore le consensus, luttant contre toutes les formes d’oppression. Mais tout cela se fait dans un cadre acceptable, ou bien est tu. Qui, immédiatement après le 11 septembre, a osé essayer de comprendre les motivations profondes des djihadistes? Qui, en janvier 2015, n’a pas été Charlie? Comme le dit Muray, s’adressant aux terroristes: «votre horizon assigné est l’absence de signification.» Se voiler la face, en somme, est notre réponse face à l’afflux croissant d’Occidentaux dans les rangs des organisations terroristes islamistes. Selon lui, si ces assassins attirent, c’est parce qu’à un Occident vide et mort elles opposent – en surface – un projet vivant et fondé sur la transcendance. Mais en cela justement elles sont inférieures à notre belle civilisation, puisqu’«il est plus facile de mourir pour un Dieu que de lui survivre.»</span></p>
<p class="p6"><span class="s2">Muray, évidement, dépasse les bornes. Sa critique est sans limite et il semble que son opposition soit parfois une posture plus que le fruit d’une analyse attentive et partiale. Lire ces lignes choque, interroge, agace. Ce qui est salutaire. Et on ne peut s’empêcher d’imaginer l’essayiste se faire lapider dans un espace sécuritaire pour outrage au vivre-ensemble, dans notre époque où «nous sommes persuadés de nous trouver en face d’un événement historique chaque fois qu’arrive une tragédie.»</span></p>
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		<title>AG fantôme</title>
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		<dc:creator><![CDATA[Côme De Grandmaison]]></dc:creator>
		<pubDate>Tue, 03 Nov 2015 15:19:51 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Éditorial]]></category>
		<category><![CDATA[Slider]]></category>
		<category><![CDATA[AÉUM]]></category>
		<category><![CDATA[AG]]></category>
		<category><![CDATA[Assemblée générale]]></category>
		<category><![CDATA[SSMU]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>Éditorial.</p>
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]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<p class="p1"><span class="s1">I</span>l n’y a eu aucune motion proposée pour l’Assemblée Générale (AG) de l’AÉUM qui se tiendra lundi prochain. Zéro, niet, nada, rien, <i>nothing</i>. Une première historique. Un désastre de plus pour l’équipe exécutive de l’AÉUM qui enchaîne les coups durs depuis ce début d’année. Un comble alors que Kareem Ibrahim, président de l’AÉUM, promettait encore en septembre de s’engager pour lutter contre le désengagement des étudiants dans la politique étudiante et de renforcer la démocratisation des décisions de l’association.</p>
<p class="p3"><span class="s1">La chute est brutale. À l’automne dernier, la motion pour «exprimer une solidarité envers les peuples des territoires palestiniens occupés» proposées par <i>Solidarity for Palestinian Human Rights</i> (Solidarité envers les Droits de l’Homme en Palestine, <i>ndlr</i>) avait réveillé les passions, les clivages et l’intérêt des étudiants pour le sort de leur association. Plus de 800 étudiants s’étaient entassés dans la salle de bal et la cafétéria du bâtiment Shatner pour débattre et voter. Pour cette session six motions avaient été proposées. </span></p>
<p class="p3"><span class="s1">Forte de ce succès sans précédent, l’AÉUM avait décidé de tenir son AG d’hiver dans le grand amphithéâtre de Leacock 132. Encore une fois plus de 500 participants s’étaient déplacés. Encore une fois le corps étudiant s’était mobilisé pour décider d’une motion à propos des territoires palestiniens (proposant cette fois le désinvestissement de McGill auprès des compagnies profitant de l’occupation illégale des territoires palestiniens). Cette fois-ci quatre motions avaient été proposées.&nbsp;</span></p>
<p class="p3"><span class="s1">Cependant la participation des mcgillois aux AG n’a pas toujours été aussi forte. L’AÉUM a longtemps manqué de participants pour atteindre un <i>quorum</i> (un minimum de 100 personnes présentes pour voter une motion, <i>ndlr</i>) permettant de voter officiellement des motions – sans devoir les refaire passer devant le conseil législatif de l’AÉUM. Peu de participants… mais toujours des motions. À l’automne 2012, six motions proposées, deux ratifiées sous <i>quorum</i>, trop peu d’étudiants présents. À l’hiver 2013, trois motions proposées, pas de <i>quorum</i>. À l’automne 2013, deux motions proposées, pas de <i>quorum</i>. À l’hiver 2014, cinq motions et un <i>quorum</i> enfin atteint. </span></p>
<p class="p3"><span class="s1">Après l’apogée de l’AG l’année passée, l’AÉUM n’aura finalement pas besoin de réserver le Centre Bell pour accueillir tous les étudiants enthousiastes à l’idée de s’impliquer dans la vie politique du campus! Automne 2015, aucune motion, et un <i>quorum</i> qui sera difficile à réunir compte tenu du fait que la seule discussion portera sur le sujet des audits financiers de l’AÉUM. Pourquoi un tel vide?</span></p>
<figure class="wp-caption aligncenter" style="max-width: 2576px">
			<img loading="lazy" decoding="async" class="size-full wp-image-23819" src="https://www.delitfrancais.com/wp-content/uploads/2015/11/edito.jpg" alt width="2576" height="1672" srcset="https://www.delitfrancais.com/wp-content/uploads/2015/11/edito.jpg 2576w, https://www.delitfrancais.com/wp-content/uploads/2015/11/edito-330x214.jpg 330w, https://www.delitfrancais.com/wp-content/uploads/2015/11/edito-768x498.jpg 768w, https://www.delitfrancais.com/wp-content/uploads/2015/11/edito-1000x649.jpg 1000w, https://www.delitfrancais.com/wp-content/uploads/2015/11/edito-850x552.jpg 850w" sizes="auto, (max-width: 2576px) 100vw, 2576px">		<figcaption class="wp-caption-text">
			<span class="media-credit">Luce Engérant</span>		</figcaption>
	</figure>

<p class="p3"><span class="s1">La clé pourrait être le manque flagrant de communication de la part du corps exécutif de l’AÉUM concernant l’Assemblée Générale. Presque aucune information n’a été relayée sur la page <i>Facebook</i> de l’association et l’événement ne compte que quelques dizaines de participants, pour la plupart des membres déjà actifs de la scène associative étudiante. On peut souligner la procédure longue et fastidieuse, propre à chaque administration, qui accompagne les motions de l’élaboration au vote. </span></p>
<p class="p3"><span class="s1">On pourrait ramener l’argument de l’apathie étudiante, mais les débats de l’an dernier nous ont prouvé le contraire: il existe une dimension politique à McGill. Peut-être un peu trop présente, si l’on voit la violence des propos tenus, souvent, dans la sphère étudiante. </span></p>
<p class="p3"><span class="s1">Mais n’est-ce pas justement cette politisation du corps étudiant qui peut expliquer l’absence de motion? À voir le sort réservé à ceux qui ont le malheur de proposer la tenue d’un événement visant à exposer les conditions de vie des réfugiés on peut comprendre que beaucoup n’osent pas s’aventurer dans l’arène politique. Les membres du collectif EUMC McGill (p.3), c’est-à-dire des étudiants (dont d’anciens réfugiés), s’impliquant pour que des réfugiés aient la chance d’étudier parmi nous, ont eu le malheur de donner à leur session d’information un titre hasardeux. La foudre s’est alors abattue sur eux, des critiques 2.0 ne cherchant souvent pas à aller au-delà du titre de l’événement. Cet épisode, un parmi tant d’autres, illustre la volonté qu’ont certains de limiter le débat à des sujets consensuels et «sécuritaires» qui surtout ne doivent heurter personne, quitte à oublier que le débat et l’opposition font bouger les choses bien plus que la censure, formelle ou non.&nbsp;</span></p>
<hr>
<p><i>Assemblée Générale, lundi 9 novembre de 15:00 à 20:00, salle de Bal du bâtiment Shatner (AÉUM)</i></p>
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		<title>Les hasards de la démocratie</title>
		<link>https://www.delitfrancais.com/2015/10/20/les-hasards-de-la-democratie/</link>
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		<dc:creator><![CDATA[Côme De Grandmaison]]></dc:creator>
		<pubDate>Tue, 20 Oct 2015 19:14:23 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Chroniques]]></category>
		<category><![CDATA[Société]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>Ils ont pensé pour le présent.</p>
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										<content:encoded><![CDATA[<figure class="wp-caption alignleft" style="max-width: 150px">
			<img loading="lazy" decoding="async" class="wp-image-23125 size-thumbnail" src="https://www.delitfrancais.com/wp-content/uploads/2015/09/Comes-Chronique-couleur-web-150x150.jpg" alt="Comes-Chronique-couleur-web" width="150" height="150" srcset="https://www.delitfrancais.com/wp-content/uploads/2015/09/Comes-Chronique-couleur-web-150x150.jpg 150w, https://www.delitfrancais.com/wp-content/uploads/2015/09/Comes-Chronique-couleur-web-1x1.jpg 1w, https://www.delitfrancais.com/wp-content/uploads/2015/09/Comes-Chronique-couleur-web-32x32.jpg 32w, https://www.delitfrancais.com/wp-content/uploads/2015/09/Comes-Chronique-couleur-web-64x64.jpg 64w, https://www.delitfrancais.com/wp-content/uploads/2015/09/Comes-Chronique-couleur-web-96x96.jpg 96w, https://www.delitfrancais.com/wp-content/uploads/2015/09/Comes-Chronique-couleur-web-128x128.jpg 128w" sizes="auto, (max-width: 150px) 100vw, 150px">		<figcaption class="wp-caption-text">
			<span class="media-credit"><a href="https://www.delitfrancais.com/author/eleonore-nouel/?media=1" data-wpel-link="internal">Éléonore Nouel</a> | Le Délit</span>		</figcaption>
	</figure>

<p class="p1">Une fois n’est pas coutume, plaçons-nous sous les auspices de Pierre Desproges, voyant cynique et empereur du rire. En 1986, il se demandait: «Est-il en notre temps rien de plus odieux, de plus désespérant, de plus scandaleux que de ne pas croire en la démocratie? Et pourtant. Pourtant…» Pourtant nombreux sont ceux qui, comme Desproges, la dérision en moins, prêtent à ce régime tous les maux de la Terre. C’est à partir de ce constat que le philosophe français Jacques Rancière a publié en 2005 <i>La Haine de la démocratie</i>. Cette «haine» est en fait le mépris qu’ont les élites (politiques, intellectuelles et économiques) pour la «société démocratique», c’est-à-dire le peuple, auquel ils doivent leur mandat, qu’ils considèrent pour beaucoup comme un ensemble d’individus consommateurs, désaffiliés, égoïstes et «coupé(s) de toute transcendance». Au cœur de ce livre se trouve donc l’analyse de la négation de la souveraineté populaire, mais aussi une idée prenant de l’ampleur: l’introduction du tirage au sort comme fondement de la légitimité des dirigeants. Beau programme.</p>
<p class="p4"><span class="s2"><b>Il faut changer de peuple!</b></span></p>
<p class="p5"><span class="s1">En ce moment au Canada, le gouvernement conservateur laisse dans l’ombre les négociations sur le traité transatlantique (TAFTA), comme par crainte que le peuple n’y décèle pas les mêmes lumières que les élites. Il apparaît donc comme évident – et d’autres exemples sont là pour le prouver – que les intérêts du peuple et ceux des élites sont disjoints. Ainsi les gouvernements démocratiques se comportent souvent comme si ils étaient investis non par le peuple mais par <i>la vérité</i>, révélée dans la grâce du pouvoir aux quelques élus. Ceux-ci, fort de cet appui, estiment que le vote doit simplement sanctionner leurs décisions (ou leur place au pouvoir). Et quand le résultat ne leur convient pas, plutôt que de s’interroger sur eux-mêmes c’est sur le peuple qu’ils rejettent la faute. </span></p>
<p class="p5"><span class="s1">Ces phénomènes peuvent être perçus comme la négation de la <i>décence ordinaire</i> par les dirigeants. Ce concept, pris dans l’œuvre de George Orwell, peut-être défini comme «la faculté instinctive de percevoir le bien et le mal» qu’auraient les classes populaires, selon le philosophe Bruce Bégout. Cette décence, selon Rancière, a malheureusement été écartée de la sphère publique, phagocytée par les intérêts privés de «l’oligarchie».</span></p>
<p class="p2"><span class="s1"><b><i>Alea jacta est</i></b></span></p>
<p class="p5"><span class="s1">Comment alors réintroduire de la légitimité dans la démocratie, qui consiste selon Rancière en «le processus d’élargissement de cette sphère publique»? Selon l’auteur, le terme «démocratie représentative» n’est pas un pléonasme, mais un oxymore. Ce n’est pas aux représentants «de métier» mais à «n’importe qui» d’assurer l’exercice du pouvoir, afin de représenter «tout le monde». Dans ce but, l’idée de tirage au sort est mise en avant, fondée sur une analyse historique et philosophique: les Grecs, déjà, employaient cette pratique. </span></p>
<p class="p5"><span class="s1">Ainsi le système de représentation favorise ceux cherchant à exercer le pouvoir, quand bien même, selon Rancière, ils ne sont pas plus compétents que les autres, bien qu’ils aiment à faire croire que les personnes lambda, ignorant «la science (…) des équilibres fragiles» de la gouvernance, seraient inaptes à l’exercice du pouvoir. </span></p>
<p class="p5"><span class="s1">Concrètement, le tirage au sort consiste à désigner par le hasard des représentants du peuple au sein d’une assemblée (locale ou nationale) au pouvoir effectif, ayant un rôle à la fois législatif et de contrôle. Ceux-ci seraient investis de mandats courts et non renouvelables, et leur présence mettrait à mal le souhait de l’oligarchie: «gouverner sans peuple». Bien sûr le système est imparfait. Bien sûr il est illusoire de vouloir une classe politique non-professionnelle. Mais de quel droit la représentation de nos intérêts devrait être l’apanage d’un petit nombre?</span></p>
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		<title>La démocratie sans parti pris</title>
		<link>https://www.delitfrancais.com/2015/09/22/la-democratie-sans-parti-pris/</link>
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		<dc:creator><![CDATA[Côme De Grandmaison]]></dc:creator>
		<pubDate>Tue, 22 Sep 2015 15:43:39 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Chroniques]]></category>
		<category><![CDATA[Société]]></category>
		<category><![CDATA[Chronique]]></category>
		<category><![CDATA[démocratie]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>Ils ont pensé pour le présent.</p>
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										<content:encoded><![CDATA[<figure class="wp-caption alignleft" style="max-width: 150px">
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			<span class="media-credit"><a href="https://www.delitfrancais.com/author/eleonore-nouel/?media=1" data-wpel-link="internal">Éléonore Nouel</a> | Le Délit</span>		</figcaption>
	</figure>

<p class="p2"><span class="s1">La démocratie serait le pire des régimes à l’exception de tous les autres, entend-on parfois. Un régime qui diffuse le chaos au Moyen-Orient, qui laisse la place aux populismes en Europe et en Amérique, qui se fonde sur le nombre plutôt que sur la raison… Comme l’a si cyniquement résumé Pierre Desproges, prince des humoristes: «Il faut savoir, bande de décadents ramollis de téloche et de pâtés en croûte, que les Grecs sont à l’origine du pire des maux dont crève aujourd’hui le monde civilisé: la démocratie.»</span></p>
<p class="p4"><span class="s2"><b>Les partis, «cette lèpre»</b></span></p>
<p class="p5"><span class="s1">Passons sur l’humour et réfléchissons<span class="Apple-converted-space">&nbsp; </span>avec Simone Weil, philosophe française de la première moitié du XXème siècle, morte en Angleterre auprès du Général de Gaulle pour avoir refusé de se nourrir plus que les maquisards et les Français rationnés, et ce malgré sa santé fragile. Parmi ses derniers écrits, la «Note sur la suppression générale des partis politiques», qui fut éditée par Albert Camus après sa mort, propose de réinsuffler la morale, et donc la justice, au cœur de la démocratie. En d’autres termes, elle propose de refaire du bien le seul critère devant guider les décisions collectives, car «seul ce qui est juste est légitime». Mais comment peut-on avoir une conception commune du bien dans des pays comptant des millions d’habitants? La réponse tient en un point: pour que le juste et le vrai triomphent, il faut supprimer les partis politiques.</span></p>
<p class="p5"><span class="s1">La proposition a de quoi choquer: que faire de la diversité des opinions, du débat démocratique? N’est-ce pas verser dans le despotisme que de vouloir supprimer les partis? Bien au contraire. Simone Weil estime cette suppression nécessaire pour trois raisons : d’une part, les partis sont pareils à des « stupéfiants », en ce sens qu’ils sont des machines à fabriquer des passions collectives (<i>NSDAP</i>, je me souviens). D’autre part, les partis sont leurs propres fins: plutôt que de lutter pour les idées et le bien, le parti cherche à acquérir et conserver le pouvoir, il se considère comme une totalité plutôt qu’une «partie». Cela nous mène au troisième point, le plus développé par la philosophe : le parti ne substitue pas seulement sa croissance au bien, il exerce aussi une pression sur ses membres, les formate. On ne pense plus que selon une ligne idéologique: «en tant que libéral…» Ainsi l’homme de parti est en état de mensonge, vis-à-vis de lui-même et de ses électeurs, puisqu’à l’intérêt général il privilégie une ligne idéologique. Si il s’affranchit d’elle il perd tout. Ce n’est plus le règne de la vérité mais de la posture.</span></p>
<p class="p4"><span class="s2"><b>De la vérité avant toute chose</b></span></p>
<p class="p5"><span class="s1">Simone Weil nous invite donc à abandonner les partis pour laisser place à «la lumière irrésistible de l’évidence», celle de la raison universelle. Elle propose de substituer l’écoute de soi et des autres aux clivages figés et artificiels qui ne servent qu’à la conquête d’un pouvoir dénué de sens.</span></p>
<p class="p5"><span class="s1">Mais le texte de Weil ne se borne pas à une critique. Fidèle à elle-même, la philosophe propose des solutions, des pistes. Elle souhaite l’abolition des étiquettes, et que la politique soit conçue selon des alliances mouvantes, entre hommes et femmes partageant des sensibilités communes plutôt que le désir d’obéissance à des diktats. Ainsi, les décisions devraient germer dans des revues ouvertes et non partisanes, où le pouvoir serait inféodé aux idées, et où «l’obligation de la pensée» redeviendrait enfin maîtresse de «l’opération de prendre parti». Cela paraît peut-être utopiste, ignorant des exigences pragmatiques de la politique. Pourquoi abolir un système qui a tout de même accompli de grandes choses? Car il est rongé par le mal, selon Simone Weil. En agitant les passions, en ne cherchant que leur propre expansion et en imposant une manière de penser au détriment d’une exigence de penser les partis rongent la démocratie. S’en défaire est donc nécessaire pour redonner sens à la politique.</span></p>
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		<title>Immortel Leonard Cohen</title>
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		<dc:creator><![CDATA[Côme De Grandmaison]]></dc:creator>
		<pubDate>Tue, 30 Sep 2014 05:06:17 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Culture]]></category>
		<category><![CDATA[Slider]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>À 80 ans, le poète canadien sort un superbe treizième album.</p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p class="p1"><span class="s1">L</span>a sagesse n’attend pas le nombre des années mais elle grandit indubitablement avec. Soixante ans après avoir remporté le premier prix du concours de poésie organisé par le <i>McGill Daily</i> (avec «The Sparrows», édition du 7 décembre 1954), Leonard Cohen nous prouve en neuf chansons qu’il n’a rien perdu de sa vision. Son album <i>Popular Problems</i>, paru le 22 septembre, est un chef d’œuvre de plus pour le Montréalais.</p>
<p class="p3"><span class="s2">Produit par Patrick Leonard, qui officiait déjà sur <i>Old Ideas</i>, paru en 2012, le disque créé une atmosphère grave et profonde, portée par des claviers blues et des basses prononcées. L’évolution musicale, loin des arpèges épurées de <i>The songs of Leonard Cohen</i>, ne plaît pas à tout le monde. Dans un article du <i>National Post</i> paru le 24 septembre, l’écrivain et musicien Dave Bidini déplorait l’utilisation massive de synthétiseur et autres «machines» sur ce disque. Selon lui, cela créait une atmosphère «programmée et robotique». Il est vrai que les amateurs de folk traditionnel (guitare/voix) seront peut-être surpris, notamment par «Nevermind»… Mais tout n’est pas radicalement nouveau: les choristes féminines, véritable marque de fabrique de Leonard Cohen, sont présentes tout au long de l’album pour donner la réplique à la voix de crooner du «Canadien errant». &nbsp;</span></p>
<p class="p2"><span class="s1"><b>En quête d’une vérité</b></span></p>
<p class="p3"><span class="s1">Leonard Cohen développe ses thèmes de prédilection dans cet album, la sexualité mise à part. Laissant toujours une part de mystère dans ses chansons, le poète laisse à ceux qui l’écoutent le soin de trouver à certains textes leur propre dénouement. <i>Popular Problems</i> est donc une œuvre aboutie car elle n’est pas —à l’image du reste de la discographie du Canadien— exclusive. Les interprétations sont larges, et la <i>catharsis </i>n’en est que plus grande. Car la force de la poésie repose, selon Leonard Cohen, dans le fait qu’elle rend la «souffrance (…) acceptable». À chaque «problème» sa chanson.</span></p>
<p class="p3"><span class="s1">Au cœur de cet album se trouve le constat de l’absurdité des destins, et les frayeurs et&nbsp; questions que cela engendre. «A street», poignante, évoque l’amitié, la trahison, la guerre. Qui semblent futiles au regard de la course du monde, qui finira en ruine: «Je serai debout au coin/ Là où il y avait une rue». L’ordre mortel des choses est inéluctable. En témoigne l’Apocalypse, toile de fond de «Almost like the blues», et le temple, mis à bas dans «Samson in New Orleans». Où à Jérusalem, on ne sait plus, tant les références bibliques abondent. La judaïté de Cohen, et son insatiable questionnement spirituel s’invitent également sur «Born in Chains», cantique sombre chantant le doute, Dieu cédant le pas aux ténèbres…</span></p>
<p class="p3"><span class="s1">La seconde partie de ce disque est dominée par une exploration du rapport entre le temps et l’amour. Les allusions au passé, à l’inéluctable, à l’Apocalypse font transparaître les angoisses de Cohen, qui revendique le droit à la lenteur sur « Low». Le seul moyen, selon lui, de construire un amour durable, opposé à la passion qui «va». Dans «Did I ever love you», poignant dialogue entre le chanteur et ses choristes, Cohen s’interroge sur le sens de ce sentiment. L’amour existe-t-il seulement? Peut-il durer? Tout semble vécu dans cet album, et tout y est relatif: «il y a une vérité qui vit/ Il y a une vérité qui meurt», rappelle le poète sur «Nevermind». À chacun de s’inspirer de cette légende de 80 ans pour la découvrir.</span></p>
<p class="p3"><span class="s1">Pour clore l’album: «You got me singing», sur fond d’arpèges à la guitare sèche, sonne comme un testament. Dans les quelques minutes que dure la chanson résonnent près de 50 ans de poésie, de musique, de vie. Des amours éphémères à la fin du monde. Du désir de fuir à «Hallelujah». Cohen, en somme.</span></p>
<p class="p3"><span class="s1">Toujours aussi grave, mais peut-être moins déprimé que par le passé, le poète montréalais livre un grand album , qui s’écoute en fermant les yeux. La voix nous berce, les textes nous portent, <i>it’s almost like the blues</i>…</span></p>
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		<title>La lenteur des e‑médias</title>
		<link>https://www.delitfrancais.com/2014/09/16/la-lenteur-des-e-medias/</link>
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		<dc:creator><![CDATA[Côme De Grandmaison]]></dc:creator>
		<pubDate>Tue, 16 Sep 2014 14:39:14 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Enquêtes]]></category>
		<category><![CDATA[Société]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>Et si Internet réinventait le journalisme « à l’ancienne » ?</p>
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]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<p class="p1"><span class="s1">L</span>a crise du journalisme est réelle. Entre conflits d’intérêts et politique du <i>buzz</i>&nbsp;, les publications de qualité semblent confinées à la marge. Comme l’écrit Serge Halimi dans son essai <i>Les Nouveaux chiens de garde </i>le journalisme devrait avoir pour but de rendre «intéressant ce qui est important, et non important ce qui est intéressant». Il suffit d’aller consulter le site Internet du <i>Monde</i>, le quotidien français «de référence» pour réaliser que cette vision ne fait pas l’unanimité. Zlatan Ibrahimovic, cité dans 415 articles, déchaîne plus de passions que la secte Boko Haram, à laquelle 309 font référence.</p>
<p class="p3"><span class="s1">Le but de n’est pas ici de faire le procès de ces journaux. Il s’agit plutôt de présenter une alternative vivante et bien réelle à cette presse qui participe de moins en moins à l’élévation du débat journalistique.&nbsp;</span></p>
<p class="p4"><span class="s2"><b>Donner du temps au temps</b></span></p>
<p class="p3"><span class="s1">À &nbsp; l’hiver 2013 la revue française <i>XXI</i>, véritable bouffée d’oxygène trimestrielle, a proposé un <i>Manifeste pour un autre journalisme</i>. Les auteurs expliquaient que tant que l’indépendance, la qualité et la cohérence ne seraient pas la priorité des journaux, ils ne pourraient prétendre à cette rentabilité qui les obsède. Tant qu’ils resteraient dans une logique d’offre et de demande ils ne feraient pas vraiment du journalisme.&nbsp;</span></p>
<p class="p3"><span class="s1">Le manifeste posait également la question&nbsp;suivante: «Et si les dirigeants de la presse mondiale se trompaient en investissant à tour de bras dans les applications, les sites et les rédactions multimédias?» <i>XXI</i> propose, en tant que revue, une réponse partielle: pas de site internet, uniquement un journal «physique» financé par les achats et les abonnements.&nbsp;</span></p>
<p class="p3"><span class="s1">Mais d’autres possibilités existent. En effet lorsqu’il n’est pas inféodé au <i>buzz</i>, internet peut apporter à l’art du reportage plus encore que ce qu’il lui a ôté. Certes, dans bien des médias, on exige des journalistes internet «une réactivité épuisante (…) la maîtrise professionnelle et les exigences du multimédia — au risque de tout faire sans talent —, l’éthique journalistique et la politique du clic.&nbsp;». Mais des hommes et des femmes explorent un autre chemin. Loin d’une logique mercantile, ils prônent le retour à un reportage qui écoute les battements du monde, qui fait transparaître les injustices, les exploits, les échecs, et tout ce qui façonne le quotidien. De plus en plus de sites, tenant d’un journalisme «long format» s’escriment à ne pas capter la vie à travers des «tentacules numériques», des fils d’informations ou des communiqués prémâchés. Ils proposent de dévoiler un peu le quotidien tel que les gens peuvent le vivre en Birmanie, au Nigéria ou au coin de la rue. Ils racontent des histoires. Et Internet est pour cela un outil formidable, car à la puissance de l’écriture il permet d’allier des vidéos, photos et liens enrichissants.&nbsp;</span></p>
<p class="p3"><span class="s1">Le but de ces publications n’est cependant pas de se substituer aux agences de presse ou aux médias «traditionnels». Ils veulent raconter le monde en remettant à la page un genre qui n’a plus le temps d’exister: le grand reportage. Prendre le temps de trouver des sujets dignes d’intérêts et de les raconter avec force et justesse.&nbsp;</span></p>
<p class="p3"><span class="s1">Ce renouveau s’inscrit à la suite du très populaire&nbsp; «<i>Snow fall</i>», un article long format à la mise en page léchée qu’avait publié le <i>New York Times</i>. Ce long récit sur des skieurs surpris par une avalanche au contenu enrichi de photos et de vidéos avait connu un immense succès.&nbsp;</span></p>
<p class="p4"><span class="s2"><b>La révolution est numérique</b></span></p>
<p class="p3"><span class="s1">De nombreux sites, tant francophones qu’anglophones proposent de repenser la transmission de l’information. Souvent jeunes, ces médias souhaitent «réconcilier web et grand reportage», comme l’explique l’équipe éditoriale de <i>Le quatre heure</i>, un média long-format français. «Nous voulons surprendre et satisfaire la curiosité de lecteurs en mal d’histoires originales avec des sujets, des lieux et des personnages souvent en dehors du radar des médias mais qui révèlent des enjeux bien actuels».&nbsp;</span></p>
<p class="p3"><span class="s1">Parmi les nombreux tenants du web-journalisme long format, parlons de trois approches, qui s’intéressent à des sujets variés sans jamais sacrifier aux sirènes du <i>buzz</i>.&nbsp;</span></p>
<p class="p3"><span class="s1"><i>L’Equipe Explore</i> lancé par le quotidien français <i>L’Equipe </i>consacre de longs articles au sport, à ses légendes, ses exploits, ses difficultés. Le journal souhaite faire du «grand reportage numérique, interactif, multidimensionnel qui va à l’inverse des idées préconçues sur le web où l’information est nécessairement immédiate et périssable.»</span></p>
<p class="p3"><span class="s1">Contrairement à <i>L’Equipe</i>, <i>Deca</i> se consacre uniquement au journalisme long-format, et ne provient pas d’un média «classique». Un auteur présente chaque mois une histoire à propos d’une thématique, d’une région ou d’un groupe de personnes en particulier. Écrits uniquement par des journalistes primés (des vainqueurs du prix <i>Pulitzer</i>, du <i>National Magazine Award etc.</i>) et de diverses nationalités, ces articles visent à donner une vision plus humaine de problèmes contemporains: la première histoire, «<i>And the City swallowed them</i>» («Et la ville les avala») est une plongée dans le monde du mannequinat en Chine, loin des podiums de Paris et de Milan. Partant du meurtre d’un mannequin canadien venu chercher la gloire en Chine, l’article (quoique plutôt à mi-chemin entre un livre et un article) peint à la manière d‘une enquête policière un tableau de Shanghai et de la Chine d’aujourd’hui. L’occasion de décrire l’urbanisation accélérée du pays, les aspirations des travailleurs les plus pauvres et l’envers de la haute couture grâce à des témoignages divers. Une autre histoire, parue en août, se penche cette fois-ci sur des problématiques liées à la nationalité et aux flux migratoires. &nbsp;</span></p>
<p class="p3"><span class="s1"><i>Ulyces</i>, successeur du site <i>Ragemag</i>, repose sur le même modèle économique que <i>Deca</i>: pour accéder à un article dans sa totalité il faut être abonné ou payer un certain montant par article. Point de gratuité donc; la qualité a un coût, pris en charge uniquement par les lecteurs. Les écrivains ne sont pas nécessairement des journalistes célèbres, mais plutôt des écrivains de toutes origines, simplement soucieux de raconter ce qui les entoure avec style et photographies à l’appui.&nbsp;</span></p>
<p class="p3"><span class="s1">Car le point commun entre ces trois publications est celui-ci: le texte n’est pas l’élément primant. Les photos et vidéos, l’enrichissement possible grâce internet donc, font partie intégrante du récit. &nbsp;</span></p>
<p class="p3"><span class="s3">Loin des formules stéréotypées imposées par la surcharge d’information, la forme est ainsi mise à l’honneur dans ces histoires. Tant dans la qualité de l’écriture et des photographies que dans la mise en page, qui se dévoile au fur et à mesure que le doigt fait défiler les pages. Chacun de ces sites utilise une interface soignée, visant à faciliter au maximum la navigation. Et les supports sont multiples: la lecture est possible sur un ordinateur mais aussi sur téléphone intelligent grâce à des applications spécifiques et, dans le cas de <i>Deca</i>, sur&nbsp; <i>e‑book</i>.&nbsp;</span></p>
<p class="p3"><span class="s1">Le journalisme n’est pas mort donc. Loin des polémiques stériles, certains s’attachent encore à faire vivre l’esprit d’Albert Londres. Une forme de journalisme au long cours, qui nous rappelle qu’il existe une vie en dehors des mots clés.</span></p>
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		<title>La face sombre de l’arc-en-ciel</title>
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		<dc:creator><![CDATA[Côme De Grandmaison]]></dc:creator>
		<pubDate>Tue, 09 Sep 2014 15:00:46 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Cinéma]]></category>
		<category><![CDATA[Culture]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>Projeté en clôture à Cannes, Zulu dresse un portrait sévère de l’Afrique du Sud.</p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p class="p1"><span class="s1">A</span>près avoir réalisé, entre autres, les deux adaptations de Largo Winch, Jérôme Salle entre sur un terrain plus politique en proposant un film policier ayant pour cadre l’Afrique du Sud post-apartheid. Deux enquêteurs — un alcoolique, grand séducteur et blanc (Orlando Bloom) et son comparse plus sérieux, noir, au passé torturé (Forest Whitaker) — cherchent une explication à un meurtre particulièrement violent. Dans la ville de Capetown une jeune étudiante blanche a été massacrée à main nue… Basé sur le livre <i>Zulu</i> de Caryl Férey, le scénario débute donc de manière relativement classique. Mais la force du film émerge tandis que l’enquête progresse. Car les deux protagonistes, d’abord sur les traces d’un simple tueur, vont réaliser qu’ils s’attaquent à une organisation extrêmement puissante, soutenue par un adversaire particulièrement dangereux en Afrique du Sud: le passé.</p>
<p class="p3"><span class="s2">C’est en cela que Jérôme Salle réussit à faire plus qu’un film policier banal: il parvient à saisir les difficultés d’un pays encore traumatisé par l’expérience de l’apartheid. Les images montrent distinctement le fossé qui sépare noirs et blancs sur les plans économique et social. Les lieux de résidence sont un indicateur parmi d’autres: dans les «townships» (bidonvilles), peuplés d’enfants errants, vivent les noirs, tandis que les blancs sont isolés dans de luxueuses villas. L’évocation d’un événement du passé d’Ali Sokhela (Forest Whitaker), victime de la barbarie raciste durant l’apartheid, vient accentuer cette division et soulève une question sous-jacente dans tout le film: comment vivre en paix avec ses bourreaux? Comment faire pour que la réconciliation ne soit pas qu’une affaire légale mais également, pour reprendre les termes de Nelson Mandela, «un processus spirituel (…) qui ait lieu dans le cœur et dans l’esprit des individus?»</span></p>
<p class="p3"><span class="s2">De cette division, cette incapacité à être vraiment ensemble et donc à construire ensemble, naît une insécurité gigantesque. Les victimes sont les habitants des bidonvilles,&nbsp; transformés en zones de non-droit par les gangs à la tête de multiples trafics. Cette faillite de l’Etat à protéger ses citoyens s’exprime par la voix du père de la jeune fille découverte morte, mais aussi à travers l’attitude du chef d’un gang, qui semble avoir sur son territoire plus de pouvoir que la police.&nbsp;</span></p>
<p class="p3"><span class="s2">Ainsi, malgré la chute de l’apartheid et la quasi sanctification de Mandela, la nation arc- en-ciel semble bien terne dans ce film au suspense maîtrisé… Certains passages alourdissent cependant la trame, comme la relation d’Orlando Bloom avec son fils, destinée à humaniser le personnage. De plus, l’histoire est basée sur une violence extrême, qui écarte peut-être celle plus quotidienne, plus cachée, que de nombreux Sud-africains subissent. En cela le film <i>Mon nom est Tsotsi</i>, Oscar du meilleur film étranger en 2006, avait peut-être capturé avec plus de justesse l’état d’esprit des habitants des townships.</span></p>
<p class="p3"><span class="s3">Des habitants tributaires d’un passé lourd semblant jeter à leur destin un mauvais sort. Le même que celui gravé dans la chair d’une des victimes de <i>Zulu</i>: «Bazokhala», un mot zoulou signifiant «nous les ferons pleu</span><span class="s4">rer».&nbsp;</span></p>
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		<title>Envers et contre t‑ours</title>
		<link>https://www.delitfrancais.com/2014/04/01/envers-et-contre-t-ours/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Côme De Grandmaison]]></dc:creator>
		<pubDate>Tue, 01 Apr 2014 15:38:10 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Société]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>Qui d’entre vous n’a jamais remarqué l’ours qui traîne ses pattes dans les pages du Délit? Qui n’a jamais vu sa silhouette gracieuse, se confondant presque dans celle de Martin, étudiant champêtre et joueur? Allons, si je vous dis d’aller voir à la page 5 de l’édition du 25 mars? Ou à la page 3&#8230;&#160;<a href="https://www.delitfrancais.com/2014/04/01/envers-et-contre-t-ours/" rel="bookmark" data-wpel-link="internal">Lire la suite &#187;<span class="screen-reader-text">Envers et contre t‑ours</span></a></p>
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]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<p>Qui d’entre vous n’a jamais remarqué l’ours qui traîne ses pattes dans les pages du <i>Délit</i>? Qui n’a jamais vu sa silhouette gracieuse, se confondant presque dans celle de Martin, étudiant champêtre et joueur? Allons, si je vous dis d’aller voir à la page 5 de l’édition du 25 mars? Ou à la page 3 de l’édition du 11 février? Votre mémoire désormais rafraichie, je peux enfin vous expliquer l’objet de mon propos: cet ours est en danger. Martin nous a alertés l’autre jour, via un courriel: «Barnabé [l’ours en question] a été capturé par un groupe d’apiculteurs radicaux. Ils ont déclaré que les grizzlis représentaient une menace pour la pérennité de leur activité. Ils sont même allés jusqu’à renommer Barnabé «Hannibours»». Face à ce cri de détresse, le <i>Délit</i> a choisi d’être un phare dans la nuit de l’ignorance et de rappeler que l’ours, s’il détruit les ruches, ne le fait que pour sa survie: ses besoins en sucres rapides (en glucides) sont beaucoup plus importants que ceux d’un humain. Il y a donc une hypocrisie certaine chez ces apiculteurs qui profitent des campagnes en faveur d’une alimentation équilibrée et d’un apport régulier en sucres «sains», mais refusent aux ours un droit élémentaire. Cette logique purement capitaliste qui bafoue la vie animale au détriment de la suprématie de la race humaine et du profit économique a déjà fait suffisamment de dégâts dans l’Histoire.</p>
<p>Face à la menace de ne plus vivre qu’au milieu d’ours apathiques, McGill doit s’unir. Une pétition est disponible auprès de societe@delitfrancais.com</p>
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		<title>Au-delà des frontières</title>
		<link>https://www.delitfrancais.com/2014/03/31/au-dela-des-frontieres/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Côme De Grandmaison]]></dc:creator>
		<pubDate>Tue, 01 Apr 2014 04:58:37 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Société]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>Le site Pangaya.tv promeut le dialogue interculturel.</p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p>Le 26 mars dernier, au restaurant Robin des Bois, l’association Iciélà organisait le lancement du site Internet <i>Pangaya.tv</i>. Ce site regroupe des capsules vidéo réalisées par des jeunes de six pays différents (le Canada, la Bulgarie, le Bénin, le Burkina Faso, le Cameroun et le Togo), au sein de six associations partenaires, autour de thèmes communs. On peut ainsi voir sur le site des clips à propos de l’environnement, des nouvelles technologies, de l’identité et de la cohabitation. L’intérêt de cette initiative réside dans le fait qu’elle propose à la fois une formation technique autour de la production de vidéo et qu’elle invite également au dialogue entre des jeunes de même langue (le principal partenaire du site est l’Organisation internationale de la Francophonie) mais aux horizons culturels bien différents.</p>
<p>La vidéaste Émilie Beaulieu-Guérette, vainqueure de l’édition 2011 de «La course autour du monde», était présente lors de la soirée d’ouverture. Elle a expliqué qu’elle soutenait ce projet pour trois raisons.</p>
<p>La première est l’engagement citoyen promu par Pangaya, qui rassemble les jeunes autour de sujets de société et en fait par la même occasion des acteurs et des témoins de leur temps, plutôt que de simples observateurs passifs. Ainsi la capsule «Eaux Troubles», réalisée par des écoliers québécois, prend la forme d’un conte pour dénoncer la pollution des lacs et des océans. Elle fait écho, par exemple, à «La source de vie et de mort», une vidéo conçue par de jeunes béninois, qui invite la population de la région à réfléchir sur ses pratiques qui polluent l’eau nécessaire au développement. Ces deux capsules traitent d’un sujet similaire, mais les modes d’expressions et les points dénoncés divergent: au Canada un lac (imaginaire) est pollué par des vieilles bouteilles de soda, des déchets plastiques; tandis qu’au Bénin l’eau est polluée, entre autres, par des déjections. En observant les lacunes et les efforts (chaque vidéo propose des solutions concrètes aux problèmes évoqués) montrés dans chaque vidéo, la jeunesse est donc invitée à réfléchir sur des enjeux contemporains et à s’impliquer au quotidien.</p>
<p>Le second facteur par lequel Émilie Beaulieu-Guérette justifie son soutien au programme est la production de vidéo, tant technique qu’artistique, à laquelle les élèves sont formés par une équipe de Pangaya.</p>
<p>Et le troisième est le dialogue interculturel. Ce dernier point est essentiel, car il permet de donner un sens global à l’engagement citoyen. En effet il montre que quel que soit le niveau de développement économique d’un pays, et quelle que soit sa culture, il peut faire face aux mêmes problèmes qu’un autre situé à des milliers de kilomètres. Ce genre d’initiative permet donc de réduire les clichés et favorise une plus grande compréhension des autres peuples. L’un des écoliers présents à la soirée de lancement et ayant participé au projet raconte que cela a «nourri sa curiosité». Pangaya favorise donc l’éclosion d’une conscience sociale chez les jeunes de tous pays, d’une conscience informée, structurée et loin des préjugés: Fania, écolière canadienne, explique ainsi sur le site que «l’Afrique ne ressemble pas à ce qu’ [elle s’était] imaginée.»</p>
<p>Dans son discours d’introduction à la soirée de lancement, le fondateur d’Iciélà, Jean-Sébastien Dufresne, a rappelé que, au-delà de la découverte de l’autre, nous avions «beaucoup à apprendre à partir du regard que les autres portent sur notre propre réalité.» Pangaya nous invite donc à nous ouvrir à l’autre afin de porter un regard critique non seulement sur le monde, mais aussi sur notre quotidien.</p>
<p>&nbsp;</p>
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		<title>Fukushima mon amour</title>
		<link>https://www.delitfrancais.com/2014/03/18/fukushima-mon-amour/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Côme De Grandmaison]]></dc:creator>
		<pubDate>Tue, 18 Mar 2014 07:03:59 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Slider]]></category>
		<category><![CDATA[Société]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>Trois ans plus tard, retour sur la couverture de la catastrophe.</p>
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]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<p>Trois ans et une semaine après le séisme de magnitude 8,9 qui avait frappé le Nord-Est du Japon sous la forme d’un tsunami, le pays ne s’est pas encore relevé.</p>
<p><b>État des lieux&nbsp;</b></p>
<p>En effet la centrale nucléaire de Fukushima Daiichi pose encore des problèmes, notamment concernant la contamination de l’eau: selon <i>Le Devoir</i> («Trois ans après, la sortie du tunnel est encore loin», paru le 11 mars 2014) il y a actuellement «450 000 tonnes de liquide radioactif accumulé dans 1200 réservoirs disséminés sur le site». Cependant malgré les failles de sécurité mises en évidence par le tremblement de terre, le premier ministre Shinzo Abe a déclaré que «les réacteurs jugés sûrs devront être remis en exploitation», mettant de ce fait fin au projet du précédent gouvernement de zéro nucléaire d’ici 2040. Selon l’article du <i>Devoir</i>, le gouvernement avance trois raisons pour justifier sa position. La première est d’ordre économique (les centrales thermiques seraient trop coûteuses), la seconde d’ordre diplomatique (l’indépendance énergétique est capitale) et enfin la dernière est écologique (les centrales thermiques génèrent des gaz à effet de serre).</p>
<blockquote><p>«Dans des statistiques compilées le mois dernier par la police locale, la préfecture de Fukushima estimait que 1656 personnes étaient décédées en trois ans des suites de maladies liées notamment au stress. Un chiffre supérieur au nombre de décès provoqués par des blessures physiques liées aux catastrophes de mars 2011»</p></blockquote>
<p>Cependant le nucléaire est loin d’être la seule problématique à laquelle les autorités japonaises doivent faire face. En effet, le bilan humain et matériel dans la région du Nord-Est (Tohoku) est toujours lourd. Ainsi on chiffre aujourd’hui à près de 20 000 le nombre de personnes tuées par le tsunami (selon <i>La Presse</i>: «Le Japon commémore le tsunami et l’accident nucléaire de Fukushima», 11 mars 2014), et parmi celles-ci beaucoup sont toujours introuvables. Ces morts ont pu être provoquées directement par le séisme, mais aussi, selon <i>Les Echos</i> («Fukushima: autour de la centrale, la dépression fait plus de victimes que la radioactivité» ), par les conséquences de l’accident à la centrale nucléaire, la première étant le stress: «Dans des statistiques compilées le mois dernier par la police locale, la préfecture de Fukushima estimait que 1656 personnes étaient décédées en trois ans des suites de maladies liées notamment au stress. Un chiffre supérieur au nombre de décès provoqués par des blessures physiques liées aux catastrophes de mars 2011».</p>
<p>Mais le drame humain ne s’arrête pas là: selon l’article de <i>La Presse</i>, ce seraient quelque 270 000 personnes qui auraient été déplacées, leurs maisons ayant été détruites directement soit par le séisme soit par sa funeste conséquence, le tsunami, ou encore du fait de la radioactivité s’étendant bien au-delà de la «zone d’exclusion nucléaire» de vingt kilomètres. Ces personnes vivent pour la plupart dans des abris de fortune car «seulement 3,5% des maisons pérennes promises ont été bâties dans les provinces d’Iwate et Miyagi». (<i>La Presse</i>). Pour l’instant, environ 100 000 personnes vivent encore dans des préfabriqués entassés sur la côte Nord-Est du Japon, selon l’AFP («Japon: 3 ans après le tsunami, ils vivent encore dans des préfabriqués», vidéo publiée le 10 mars 2014), et «le gouvernement n’est pas en mesure d’estimer quand tout le monde pourra sortir de ces préfabriqués», selon ce reportage. Si 30000 personnes pourront revenir chez elles dans les deux prochaines années, selon l’Agence France-Presse («Fukushima: une partie des réfugiés pourront retourner chez eux», le 24 février 2014), toutes ne souhaitent cependant pas le faire, car il y a des risques pour la santé, et ils perdraient leurs indemnités de 100 000 yens mensuels (1086 dollars canadiens) versés par le gouvernement pour «préjudice moral».</p>
<p>Ainsi la situation est complexe, puisque les conséquences physiques du séisme (la destruction d’habitations) couplées à la menace nucléaire ont engendré des destructions, mais ont également laissé des séquelles moins visibles.</p>
<p><b>General Electric: je te biaise</b></p>
<p>Sans tomber dans l’antiaméricanisme primaire, certains éléments sont troublants. En effet, il semblerait, comme nous l’explique Yuji S. Calvo, étudiant à la maîtrise en sociologie et activiste pour les causes environnementales, que des intérêts économiques titanesques puissent influencer la couverture médiatique de la catastrophe, ainsi que les réactions politiques internationales, notamment concernant les risques liés à la centrale nucléaire. Le site <i>mondialisation.ca</i> explique de façon ironique que la conception des réacteurs <i>Mark 1</i> (soit cinq des six réacteurs de Fukushima) de la centrale était lamentable: «[des japonais ont tenté d’empêcher] une fusion incontrôlable des coeurs des réacteurs nucléaires et la combustion des déchets radioactifs contenus dans les piscines d’entreposage situées immédiatement au-dessus des réacteurs <i>Mark 1</i>, un design absolument génial de General Electric.» De plus le groupe américain ne pouvait pas plaider non-coupable, puisque, comme le révèle <i>lepoint.fr</i> («Fukushima, les fausses certitudes de l’EDF japonais», paru le 17 mars 2011) l’un des ingénieurs de la centrale, Dale G. Bridenbaug, avait signalé la fragilité de l’enveloppe de l’enceinte de confinement (qui a cédé lors du séisme). N’ayant pu convaincre ses supérieurs, il avait démissionné peu après.</p>
<p>General Electric, géant américain de l’énergie, et spécifiquement du nucléaire, était donc à blâmer. Mais il est à signaler que le président de General Electric au moment des faits, Jeffrey R. Immelt, est l’un des principaux conseillers économiques d’Obama, et que vingt-trois sites nucléaires aux États-Unis utilisent le même réacteur que celui mis en cause à Fukushima (<i>Mark 1</i>). Ainsi, selon Yuji S. Calvo, cela expliquerait pourquoi la couverture de la catastrophe par les médias américains a été parfois limitée concernant les détails techniques et l’étendue de la catastrophe. Par exemple, une étude menée par le médecin Janette Sherman et l’épidémiologiste Joseph Magano a montré que dans huit villes américaines situées près du Pacifique le taux de mortalité infantile a grimpé de 35% après l’incident nucléaire de Fukushima. Cette «coïncidence» n’a été relayée dans aucun média américain, peut-être pour ne pas affoler l’opinion (les faits restant certes mineurs), mais aussi pourquoi pas pour protéger les intérêts économiques de la nation?</p>
<p><b>Une information idéalisée</b></p>
<p>Mais les faits,&nbsp; évoqués par les médias étrangers, aussi contestables soient-ils, ne sont qu’une partie du problème dans le traitement de l’information liée à la catastrophe du 11 mars 2011. Souvenez-vous des images que jetaient sur vos écrans les chaînes télévisées du monde entier. Le jour même, ce sont des images impressionnantes de vagues déferlant sur des villes entières du Nord-Est de l’île de Honshu – l’île principale de l’archipel japonais –, de gratte-ciels qui vacillent au cœur de Tokyo, qui frappent l’œil du téléspectateur. Le tremblement de terre, et le tsunami qu’il a causé, impressionne par sa force surnaturelle, mais aussi car il s’attaque au Japon. Ce pays bien souvent mis du côté des puissances «occidentales» de par son développement économique, jusqu’en 2010 contesté seulement par les États-Unis, apparaît soudainement comme faible, victime d’éléments plus fort que lui. On pardonne car on comprend – sans nécessairement être d’accord – le sensationnalisme choisi par les médias pour couvrir la catastrophe, néanmoins notable: autant sur les chaînes japonaises qu’étrangères, les mêmes images sont répétées des dizaines de fois, histoire de bien s’ancrer dans les mémoires. Et cela fonctionne… jusqu’à un certain point.</p>
<blockquote><p>Le tremblement de terre, et le tsunami qu’il a causé, impressionne par sa force surnaturelle, mais aussi car il s’attaque au Japon.</p></blockquote>
<p>Si le tsunami a marqué les esprits du monde entier, il est intéressant de remarquer que lorsqu’on demande à des étudiants de McGill ce que la date du 11 mars évoque pour eux, peu répondent que c’est le jour où un tsunami a pris la vie de près de 20 000 personnes. Il est néanmoins indéniable que les images ont fait le tour du monde et ont choqué, déclenchant une vague de sympathie à l’égard d’un peuple avec lequel, voudraient nous faire croire les médias, nous partageons peu de choses.</p>
<p style="text-align: center;"><span class="mceMediaCredit mceIEcenter"><span class="media-credit-mce aligncenter" id="352" style="width: 625px;"><br>
<span class="media-credit-dd"></span></span></span></p><figure class="wp-caption aligncenter" style="max-width: 492px">
			<img loading="lazy" decoding="async" class=" wp-image-20482 aligncenter" alt="S-Fukushima1" src="https://www.delitfrancais.com/wp-content/uploads/2014/03/S-Fukushima1-615x640.jpg" width="492" height="512" srcset="https://www.delitfrancais.com/wp-content/uploads/2014/03/S-Fukushima1-615x640.jpg 615w, https://www.delitfrancais.com/wp-content/uploads/2014/03/S-Fukushima1-32x32.jpg 32w" sizes="auto, (max-width: 492px) 100vw, 492px">		<figcaption class="wp-caption-text">
			<span class="media-credit"><a href="https://www.delitfrancais.com/author/keelan-macleod/?media=1" data-wpel-link="internal">Keelan MacLeod</a> | Le Délit</span>		</figcaption>
	</figure>

<p>&nbsp;</p>
<p><b>La distance de la différence</b></p>
<p>Car c’est vrai, dans les quelques jours qui ont suivi le tsunami,&nbsp; deux autres types d’informations se sont répandues dans les médias étrangers: celles concernant le drame nucléaire dû à l’endommagement de la centrale nucléaire de Fukushima-Daiichi, et l’attitude des Japonais face à la tragédie qui frappait leur pays. Mais si, souvenez-vous de ces images touchantes de centaines de personnes entassées dans des gymnases, qui prennent leur mal en patience et qui prient calmement, dans un relatif calme et ordre considérant les circonstances. Pendant quelques semaines, il semblerait que les médias n’aient eu de cesse que de faire l’éloge de ce peuple de près de 130 millions d’individus qui vivent si loin de nous. On les voit faire des queues interminables à des stations-services, on les voit s’entraider au lieu de se renfermer sur leur misère. Et on les applaudit pour ça.</p>
<blockquote><p>Car il y a également quelque chose de déshumanisant dans l’orientalisme: on accorde plus d’importance aux différences culturelles qui nous séparent qu’à l’humanité qui nous unit.</p></blockquote>
<p>Le Japon est un pays à la mentalité collectiviste, héritée de la tradition confucianiste qui a largement influencé les cultures de l’Asie, comme la Chine, le Vietnam, les Corées et bien d’autres. Sur le classement des valeurs de <i>Hofstede</i> – un outil utilisé par beaucoup de multinationales –, le Japon obtient un score de 46 sur 100 en «individualisme», ce qui reste relativement élevé comparé à ses voisins asiatiques (20 pour la Chine, 18 pour la Corée). Mais comparé à la culture à laquelle nos médias sont habitués, la différence est toujours impressionnante, puisque le Canada obtient 80, et les États-Unis 91. Il n’est donc pas étonnant de voir les journalistes de chez nous surpris par l’attitude des Japonais. Mais ce discours a quelque chose d’orientaliste et de dangereux.</p>
<p>En effet, en insistant sur la force de ce peuple et en mettant une certaine emphase sur les traits culturels qui nous séparent, la couverture médiatique a eu pour effet de mettre une distance encore plus grande entre nous et eux. On en parlait la semaine dernière déjà au sujet de la situation au Vénezuela (voir «Dans l’angle mort», <i>Le Délit</i>, 11 mars 2014, Volume 103 n<sup>o</sup>18): plus l’événement est lointain, tant géographiquement qu’idéologiquement, moins on se sent concerné, et donc, forcément, moins on se sent enclin à prêter main forte. C’est naturel, mais pas moins navrant. Car il y a également quelque chose de déshumanisant dans l’orientalisme: on accorde plus d’importance aux différences culturelles qui nous séparent qu’à l’humanité qui nous unit. En tant que Canadien, Français, Algérien, ou autre, on s’identifie peu aux Japonais que les médias nous montrent.</p>
<p>Mais la réalité est bien moins exotique. Le tremblement de terre du 11 mars 2011 touche encore des milliers de personnes qui, comme nous, peu importent leur culture et leur force collective, méritent de vivre dans des conditions de vie décentes et d’avoir un gouvernement et une communauté internationale qui les écoute. Mais l’approche quelque peu orientaliste des médias internationaux n’est pas la seule coupable de la lenteur des efforts de reconstruction et de l’implication, autant nationale qu’à l’étranger, des différents acteurs pour remédier à la situation.</p>
<p><b>Au-delà du nucléaire</b></p>
<p>L’emphase mise sur le drame nucléaire plus que sur les conséquences humaines du tsunami y est aussi pour quelque chose. On parle du 11 septembre, de l’ouragan Katrina, du tremblement de terre à Haïti, mais pour parler de la catastrophe japonaise, on parle de Fukushima. Loin de vouloir dédramatiser les conséquences immenses du drame nucléaire – qu’on sera capable de mesurer réellement dans quelques décennies d’ailleurs – il est ici question de rappeler que le 11 mars, ce n’est pas QUE un incident environnemental, mais bel et bien une tragédie humaine. Bien sûr, un bon nombre de ces personnes touchées le sont à cause de la catastrophe nucléaire – morts, malades, déplacés en grand nombre – et c’est pour cela qu’il faut parler du problème nucléaire. Mais plus loin que d’y accorder une couverture scientifique et environnementale, il faut se souvenir que, finalement, la raison pour laquelle on s’inquiète, c’est pour les vies qu’il y a derrière.</p>
<blockquote><p>«On observe un niveau de conscience politique comparable à celui de l’après-guerre, où les gens sont prêts à se serrer les coudes pour faire face à l’adversité»</p></blockquote>
<p>Toutefois, il semblerait que la couverture médiatique significative de l’incident nucléaire ait réveillé les consciences politiques au Japon. D’après certains experts, le mouvement antinucléaire qui s’est réveillé au lendemain de la catastrophe n’était «rien de moins qu’une perte de la foi à l’échelle nationale, tant dans l’énergie nucléaire, mais aussi dans le gouvernement, que beaucoup blâment d’avoir laissé cet accident se produire» («<i>Japan’s Nuclear Energy Industry Nears Shutdown at Least for Now</i>», <i>New York Times</i>, 8 mars 2012). En juin dernier, 60 000 personnes manifestaient à Tokyo, appuyés par une pétition qui ne regroupait pas moins de huit millions de signataires, contre le redémarrage de plusieurs centrales nucléaires. Cette manifestation, comme les nombreuses qui ont eu lieu depuis le 11 mars 2011, rassemblait des tokyoïtes mais également beaucoup de japonais venus de la campagne pour l’occasion. D’après Yuji S. Calvo, «on observe un niveau de conscience politique comparable à celui de l’après-guerre, où les gens sont prêts à se serrer les coudes pour faire face à l’adversité», sur le terrain de la cause environnementale, mais, de façon plus large, sur l’efficacité du gouvernement à répondre à leurs problèmes.</p>
<p>Trois ans plus tard, force est de constater que beaucoup reste à faire, au Japon, afin de soigner les plaies encore vives du tremblement de terre et du tsunami qui ont frappé en particulier la région du Tohoku. La catastrophe nucléaire en est bien une, et elle se doit d’être traitée par le gouvernement japonais. À ces fins, les Japonais eux-mêmes s’impliquent plus que jamais, tandis que des milliers d’entre eux continuent à vivre dans des préfabriqués, déplacés.</p>
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		<title>Finance verte</title>
		<link>https://www.delitfrancais.com/2014/03/11/finance-verte/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Côme De Grandmaison]]></dc:creator>
		<pubDate>Tue, 11 Mar 2014 21:29:20 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Société]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>Brève</p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p><em>* Cahier spécial «&nbsp;Hors norme&nbsp;»</em></p>
<p>«<i>2&nbsp;</i><i>degrees investing initiative</i>» est un projet créé en 2012 avec un but simple: financer le développement durable tout en garantissant des revenus aux investisseurs. Cette initiative vise à rassembler des acteurs économiques, financiers et universitaires afin de promouvoir les énergies «propres» dans les indices (regroupement de plusieurs sociétés dans lesquels les gestionnaires de portefeuilles investissent).</p>
<p>Pour l’instant les flux d’investissements sont majoritairement dirigés vers les industries polluantes (notamment les géants de l’énergie) qui occupent les plus gros indices. L’association veut mettre en avant un changement pragmatique, qui va dans le sens du marché. Alexandre Jorius, stagiaire chez «<i>2 degrees investing initiative</i>» explique ainsi que «les régulateurs gouvernementaux posent des règlementations sur le secteur qui font que les risques concernant les indicateurs polluants sont de plus en plus importants, et que les investisseurs vont devoir se diversifier [pour continuer à engendrer des profits]».</p>
<p>Afin de convaincre les gestionnaires de portefeuille d’investir dans les énergies vertes, l’association se base sur deux arguments. Le premier, c’est que les risques de litiges auxquels sont confrontées les entreprises polluantes sont croissants, ce qui engendre des coûts pour les entreprises et donc limite les profits pour les investisseurs. Le second concerne l’amortissement des investissements. En effet, sur le long terme, les entreprises polluantes sont sujettes à des durcissements des lois, et des équipements qui auraient promis de bons retours sur investissement risquent de devenir inutilisables plus rapidement que prévu, ce qui, encore une fois, limiterait les retombées positives pour les investisseurs.</p>
<p>Ainsi, cette initiative écologique vise à ôter le brouillard autour des petits indices regroupant les énergies durables, au travers d’études mettant en avant les profits réalisables grâce à l’énergie propre: en effet, comme le dit Alexandre Jorius, «le secteur des énergies renouvelables croît tout autant que le secteur des énergies polluantes». Et, à terme, «<i>2 degrees investing initiative</i>» pense même à collaborer avec les créateurs d’indices pour les modifier afin qu’ils couvrent toute l’économie et incluent dans les gros indices des «énergies vertes».</p>
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		<title>Dans l’angle mort</title>
		<link>https://www.delitfrancais.com/2014/03/11/dans-langle-mort/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Côme De Grandmaison]]></dc:creator>
		<pubDate>Tue, 11 Mar 2014 06:55:42 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Société]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>Depuis le 12 février 2014, la journée de la jeunesse dans le pays,&#160; le Venezuela a été&#160; secoué par des vagues de contestations, violemment réprimées par le gouvernement de Nicolás Maduro. Les étudiants ont débuté ces révoltes dans les principales villes du pays afin de&#160; réclamer plus de libertés, plus de sécurité (le Venezuela ayant&#8230;&#160;<a href="https://www.delitfrancais.com/2014/03/11/dans-langle-mort/" rel="bookmark" data-wpel-link="internal">Lire la suite &#187;<span class="screen-reader-text">Dans l’angle mort</span></a></p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p>Depuis le 12 février 2014, la journée de la jeunesse dans le pays,&nbsp; le Venezuela a été&nbsp; secoué par des vagues de contestations, violemment réprimées par le gouvernement de Nicolás Maduro.</p>
<p>Les étudiants ont débuté ces révoltes dans les principales villes du pays afin de&nbsp; réclamer plus de libertés, plus de sécurité (le Venezuela ayant enregistré plus de 16000 meurtres en 2012, selon le ministre de l’Intérieur Néstor Reverol), et un accès plus facile aux produits de premières nécessités; des conditions de vie décentes, somme toute.</p>
<p>Tout d’abord, c’est plutôt au travers des réseaux sociaux que l’opinion internationale a été mobilisée: ainsi la vidéo «What’s going on in Venezuela in a nutshell» (<i>«Ce qu’il se passe au Venezuela en bref»</i>) a été vue près de trois millions de fois et partagée sur les réseaux sociaux en masse. Dans ce court reportage, l’étudiante vénézuélienne en Floride qui l’a réalisé fait un exposé des faits appuyé par un appel à une mobilisation internationale.</p>
<p>Cette vidéo a été diffusée dans la continuité de l’éveil des consciences débuté notamment sur <i>twitter</i>. En effet d’après le site <i>topsy.com</i>, les termes «Venezuela protests» ou «Caracas protests» ont été mentionnés dans 109851 <i>tweets</i> entre le 8 février et le 10 mars. À titre de comparaison, les termes «Ukraine protests» ou «Kiev protests» n’avaient été mentionnés qu’à 62173 reprises sur la même période, explique le <i>Washington Post</i> (article du 24 février: «<i>Amid the coverage of Ukraine, is a crisis in Venezuela being ignored?</i>» – Au milieu de la couverture de l’Ukraine se cache-t-il une crise au Vénézuela? <i>ndlr</i>). Mais le terme «maidan», du nom de la place centrale de Kiev, a été mentionné à 127745 reprises lors des trente derniers jours. Ainsi le Venezuela est bien présent sur les réseaux sociaux, bien que moins que l’Ukraine.</p>
<p>L’asymétrie entre la version officielle des faits et ce qui est dit sur les réseaux sociaux est d’abord locale: au Venezuela les grandes chaînes et les journaux sont contrôlés par le gouvernement pour la plupart. Par exemple Nicolás Maduro a repris la pratique du «cadenas» instaurée par Hugo Chavez, qui consiste en de longs monologues présidentiels imposés à la télévision publique. Et justement, lors du dernier, le président de la république bolivarienne du Venezuela a indiqué que les médias internationaux faisaient le jeu de l’opposition «fasciste», comme le rapporte <i>Le Monde</i> le 21 février.</p>
<p>La vidéo précédemment citée explique également que la chaîne de télévision colombienne NTN24, qui couvrait les événements se déroulant au Venezuela, a été mise hors-ligne. Le 12 février, selon le site internet <i>Caracaschronicles.com</i>, la diffusion de photos sur Twitter dans le pays n’était plus possible. Il y a donc un strict contrôle des moyens de communications, utilisé pour des motifs politiques. De plus, Internet, auquel l’accès est faible, et la télévision câblée (à laquelle, selon <i>Le Monde</i>, seulement 53% des habitants du pays ont accès) n’ont qu’un impact qui reste limité dans le pays.</p>
<p>L’attitude des médias internationaux dans ce conflit interne est également à surveiller. Les grands journaux mondiaux sont restés quasiment muets au début de cette crise: elle n’avait par exemple fait ni la une du <i>New York Times </i>ou du <i>Washington Post</i>.&nbsp; Le non-traitement de cette crise peut cependant avoir aussi des conséquences pratiques, liées à la sécurité des journalistes: certains ont été blessés ou menacés (selon <i>caracaschronicles.com</i>).</p>
<p>De nombreux reproches ont été faits en particulier aux médias américains pour leur manque d’intérêt vis-à-vis de cette crise. Mais ne peut-on pas considérer que l’intérêt de ceux-ci est corrélé aux intérêts de la nation américaine? L’Ukraine est un pays hautement stratégique, que le vieil ennemi russe cherche à «reprendre», et un pays aux portes de l’Europe. Les velléités d’expansion soviétique sont donc directement menaçantes pour les États-Unis (pour des raisons stratégiques, idéologiques et économiques). Alors que le Venezuela, un pays résolument anti-américain, est a priori moins attrayant pour les médias.</p>
<p>De plus, comme l’explique le <i>Washington Post</i>, plus un événement est éloigné, plus il faut qu’il soit spectaculaire pour capter l’attention du public: en Ukraine, on chiffre les morts en centaine, alors qu’au Venezuela, ils n’étaient encore «qu’»une dizaine. Ainsi une mort ukrainienne est vue comme un acte barbare du président russe, un sacrifié sur l’autel de la démocratie et de la liberté, tandis qu’au Venezuela cela choque relativement moins.</p>
<p>Mais doit-on modeler l’information en fonction des intérêts ou attentes du public? Trop de crises, de révoltes, sont passées sous silence pour de simples questions de demande. Mais l’information n’est pas un produit comme les autres. Elle est à la base des décisions politiques, économiques, et à ce titre doit être, dans la mesure du possible, exhaustive dans un monde démocratique.</p>
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		<title>Il était une fois en Ukraine</title>
		<link>https://www.delitfrancais.com/2014/02/25/il-etait-une-fois-en-ukraine/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Côme De Grandmaison]]></dc:creator>
		<pubDate>Tue, 25 Feb 2014 20:25:09 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Slider]]></category>
		<category><![CDATA[Société]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>La révolution en Ukraine a des causes multiples et complexes.</p>
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]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<p>Si on en croit les images diffusées dans les médias américains, les Ukrainiens sont des fervents partisans d’une entrée dans l’Union européenne (UE), à laquelle s’oppose un gouvernement corrompu qui ne représente plus sa population. Mais la situation est plus complexe, moins manichéenne: plusieurs facteurs sont à prendre en compte, que ce soient les divisions culturelles, l’influence de la Russie ou encore l’état des institutions. De plus, résumer la solution au départ de Viktor Ianoukovitch, président démis de ses fonctions, semble également utopique. Comme le confie Inna Tarabukhina, une étudiante de McGill née en Ukraine, en entrevue avec <i>Le Délit</i>, «le plus terrifiant est qu’il n’y a pas d’issue claire [à cette crise]».</p>
<p><b>Des divisions culturelles</b></p>
<p>Un premier élément permettant d’expliquer les événements actuels, présenté par le magazine en ligne <i>Slate</i>, dans l’article «La carte pour comprendre la situation en Ukraine» (paru le 13 décembre 2013), se base sur le point de départ des manifestations à Kiev: le refus du président de signer un accord d’association avec l’Union Européenne, suite à des pressions de la Russie. D’après le politologue et historien Andreas Umland, dans un article du mensuel français <i>Le Monde diplomatique</i>, ces pressions étaient surtout verbales («suicide économique», «abandon de souveraineté», «violation du Traité d’amitié russo-ukrainien sur lequel les fondements de notre relation sont bâtis», a déclaré le pouvoir russe, selon les dires d’Umland). C’est cette volte-face du président qui a mené les Ukrainiens en masse dans les rues de la capitale afin d’exprimer leur volonté de rapprochement avec l’Europe. L’article de S<i>late</i> explique ainsi que les divisions entre europhiles, soit les premiers manifestants, et russophiles, sont en partie d’ordre culturel, presque ethniques: à l’Ouest de l’Ukraine (où se trouve Kiev, la capitale) la population est majoritairement catholique, parlant ukrainien (à 78%) et géographiquement plus proche de l’Union Européenne; la partie orientale, est peuplée par des russes «ethniques», parlant russe et de religion orthodoxe, qui représentent environ 17% de la population. La manière dont la révolution ukrainienne est traitée est donc en partie biaisée car la plupart des journalistes, comme l’explique le journal <i>Washington Post</i> («<i>This one map helps explain Ukraine’s protests</i>», de Max Fisher, paru le 9 décembre 2013) sont basés à Kiev, ville pro-européenne de par sa position et sa population. De plus, précise l’article, le président ukrainien, Victor Ianoukovitch, vient de la partie orientale, pro-russe, de l’Ukraine, ce qui explique sa position et en partie ce pourquoi il est aussi contesté.</p>
<blockquote><p>Ainsi cette révolte peut être vue à travers deux prismes: le premier est celui de l’intégration à l’Union européenne, ce que souhaite la majorité des contestataires à Kiev, et qui a enclenché les premières manifestations; le second est celui du renouvellement des élites politiques.</p></blockquote>
<p>Néanmoins, le conflit n’est plus réductible à une opposition entre un gouvernement soutenu par les pro-Russes et les partisans de l’Union européenne. Aujourd’hui il est clair que les Ukrainiens se battent d’abord, et en majorité, pour que le président Ianoukovitch quitte le pouvoir: en effet, si 79% des Ukrainiens ne sont pas satisfaits de l’état actuel des affaires publiques (69% ont peu ou pas confiance en Ianoukovitch), ils ne sont plus que 37% à vouloir rejoindre l’Union européenne, d’après l’organisation à but non lucratif <i>International Foundation for Electoral Systems</i>. Chiffre intéressant, ils sont 33% à préférer intégrer l’union douanière proposée par la Russie. Là encore, ce sont surtout les disparités territoriales qui sont à prendre en compte, puisque dans l’Ouest 73% des Ukrainiens préfèreraient rejoindre l’Union européenne (contre 5% pour l’union douanière avec la Russie), alors que dans le Sud et dans l’Est les Ukrainiens sont favorables à une union avec la Russie, et soutiennent donc le président Ianoukovitch. Cette population russe est présente en Ukraine depuis des siècles, puisqu’avant de faire partie de l’Union des républiques socialistes et soviétiques (URSS) l’Ukraine était aussi intégrée à l’Empire russe. Le premier pas vers la compréhension des révoltes est donc ethnique et culturel.</p>
<p>Ainsi cette révolte peut être vue à travers deux prismes: le premier est celui de l’intégration à l’Union européenne, ce que souhaite la majorité des contestataires à Kiev, et qui a enclenché les premières manifestations; le second est celui du renouvellement des élites politiques, qui avait déjà entraîné la révolution orange en 2004 (vague de manifestation ayant éclatées à Kiev pour contester le résultat des élections présidentielles pendant lesquelles Ianoukovitch avait été accusé de fraude. Finalement, la victoire avait été attribuée à Ioutchenko suite à une decision de la Cour suprême). Dans une vidéo («<i>I am a Ukrainian</i>») diffusée sur YouTube le 10 février 2014, et qui est rapidement devenue virale, une Ukrainienne déclare: «nous voulons être libérés d’une dictature. Nous voulons être libérés des politiciens qui ne travaillent que pour leur propre compte, qui sont prêts à tirer, à battre, à blesser des gens juste pour sauver, juste pour préserver leur argent, leurs maisons, leur pouvoir.»</p>
<p>Lors d’une conférence organisée par la Société des étudiants ukrainienne à McGill, intitulée «<i>Why Ukraine matters</i>» (pourquoi l’Ukraine est importante, <i>ndlr</i>) le 19 février dernier, le professeur Dominique Arel a rappelé que les chiffres doivent être pris avec précaution: par exemple, l’est ukrainien ne soutient pas le mouvement «e<i>uromaidan</i>», ou&nbsp; «printemps ukrainien» (porté par les manifestants sur la place centrale de Kiev) pour son idéologie pro-européenne. En revanche, ils partagent leurs velléités anti-gouvernementales.</p>
<p><b>Un voisin omniprésent</b></p>
<p>Pour comprendre cette crise, il faut voir que la Russie est omniprésente, même de manière indirecte, dans les affaires intérieures ukrainiennes. C’était l’argument développé par le spécialiste de l’Ukraine Roman Serbyn lors de la conférence du 19 février à McGill. Il explique que la Russie garde la même attitude envers l’Ukraine qu’avant l’effondrement du bloc soviétique: la Russie considère ce pays comme une de ses «colonies», sur laquelle elle a un droit de regard et d’ingérence. Sous la dictature de Staline puis de ses successeurs, l’Ukraine était en effet dirigée par Moscou, sans aucune délégation de pouvoir. Si l’Ukraine était censée être un État souverain, la famine orchestrée par l’URSS en 1932 (ayant fait, selon les estimations, entre 3 et 8,5 millions de morts) est l’un des nombreux événements témoignant du contraire. Afin de montrer que les mentalités ont peu changé sur cette question en Russie, le professeur Serbyn rapporte cette phrase de Vladimir Poutine: «la plus grande tragédie du vingtième siècle est le démantèlement de l’URSS.» Il caresse ainsi l’espoir de refaire de l’Ukraine un pays satellite, selon l’universitaire, et ne veut donc pas perdre ce pays au détriment de l’Europe. D’un point de vue purement géopolitique, l’Ukraine est aussi l’exemple d’un terrain stratégique pour l’envoi de gaz vers l’Europe.</p>
<blockquote><p>Poutine caresse ainsi l’espoir de refaire de l’Ukraine un pays satellite, selon l’universitaire, et ne veut donc pas perdre ce pays au détriment de l’Europe.</p></blockquote>
<p>Pour l’étudiante Inna Tarabukhina, céder aux pressions du président russe Poutine serait un «retour en arrière». Les «<i>euromaidan</i>» sont donc engagés dans une lutte nationaliste, en souhaitant se rapprocher de l’Union européenne. Ils sont majoritairement soutenus à l’international, à Montréal par exemple, où une manifestation était organisée devant le consulat de Russie le 20 février dernier, afin de s’insurger contre «la violence et la terreur que le président Ianoukovitch commet contre son peuple» et qui sont «devenus possible grâce à la position passive de l’Union européenne et des États-Unis et [à cause de] l’ingérence de la Fédération de la Russie dans les affaires internes ukrainiennes», comme l’explique la page Facebook de leur événement. Durant cette manifestation, qui a rassemblé de nombreux Ukrainiens ayant émigré au Canada, des slogans tels que «Russie, recule», «Non au retour de l’URSS» ou «Moscou exporte la terreur» ont fusé.</p>
<p>Face à l’attitude de la Russie, qui défend sa zone d’influence aux portes de l’Europe, l’UE a eu une réponse timide: les ministres des Affaires étrangères de l’Union européenne ont évoqué des sanctions contre les auteurs des exactions (du côté des «officiels» tout du moins), en supprimant par exemple les attributions de visas. Mais rien de concret, afin de ne pas fermer la porte à une solution diplomatique, espérée par tous.</p>
<p><b>Une démocratie chancelante</b></p>
<p>Mais l’attitude de la Russie est loin d’être le seul facteur expliquant l’attitude actuelle de Ianoukovitch. L’aggravement du conflit tient aussi au fait que le système judiciaire ukrainien est fortement politisé, et n’exerce aucun contrôle de façon indépendante. La professeure Maria Popova, de l’Université McGill, a démontré ainsi durant la conférence de la semaine dernière que l’une des différences entre la révolution orange de 2004, qui avait porté Viktor Iouchtchenko (le prédécesseur de Ianoukovitch)&nbsp; au pouvoir, et le mouvement «<i>euromaidan</i>» d’aujourd’hui, est l’attitude du pouvoir judiciaire: en 2004 la Cour suprême avait été «le lieux de résolution des disputes» (qui portaient sur l’enjeu des élections) en donnant la victoire à Iouchtchenko. Aujourd’hui, la justice agit en tant que «preneur d’otage». Maria Popova explique ainsi que les plaintifs pro-gouvernementaux ont beaucoup plus de chance d’obtenir un jugement favorable et que les décisions judiciaires sont inféodées au contexte politique. Ainsi, dans les derniers mois, les manifestants anti-gouvernement arrêtés étaient automatiquement condamnés à deux mois de prison, quand des charges criminelles n’étaient pas retenues contre eux de manière illégale. Puis, alors que Ianoukovitch essayait de se «rapprocher» de sa population (en proposant par exemple le poste de premier ministre à l’opposition, à condition de pouvoir le renvoyer à sa guise), toutes les personnes faisant appel étaient graciées à peu d’exception près. Or le taux de réussite des appels est généralement de 3% en Ukraine.</p>
<blockquote><p>Aujourd’hui, la justice agit en tant que «preneur d’otage».</p></blockquote>
<p>Le gouvernement n’est donc pas la seule instance corrompue, c’est tout le système qui est&nbsp; biaisé, en témoignent le «zoo privatif» et autres dépenses somptuaires que les manifestants ont pu constater en investissant la maison du président Ianoukovitch, après sa fuite le samedi 22 février.</p>
<p>Les allégations portées contre le gouvernement la semaine dernière selon lesquelles il aurait engagé des «<i>titushkis</i>»&nbsp; («voyous», en français) afin de semer le trouble parmi les manifestants ne sont qu’une illustration de plus de l’état d’esprit d’un pouvoir exécutif dépassé par les événements et prêt à tout pour conserver les rennes du pays.</p>
<p>Ces «<i>titushkis</i>», amenés des environs de Kiev, sont de jeunes hommes violents, prêts à tout pour quelques dollars (entre 34 et 68 selon le service de diffusion allemand <i>Deutsche Welle</i> dans l’article «<i>Titushkis- the Ukrainian president’s hired strongmen</i>» paru le 19 février).</p>
<p><b>Quelle relève?</b></p>
<p>Du côté des manifestants se trouvent les trois principaux opposants politiques de Victor Ianoukovitch. Le premier est un ancien boxeur, Vitali Klitschko, chef du parti «Oudar», qui, selon un récent sondage de l’Institut International de Sociologie de Kiev («<i>Kiev International Institute of Sociology </i>»), l’emporterait face au président actuel en cas d’élection présidentielle, avec 65% des voix. Cet institut de sondage est fiable, car, comme l’explique le professeur Dominique Arel à la conférence «<i>Why Ukraine matters</i>», c’est «ce même institut qui avait prédit la victoire de Ioutchenko en 2004, et celle de Ianoukovitch en 2010». De plus, ce sondage montre que Klitschko, pour atteindre ce score, aurait au moins 45% des voix dans le Sud et l’Est de l’Ukraine, «ce qui est trois fois ce qu’une figure d’opposition a jamais réalisé dans le royaume du Parti des régions [le parti de Ianoukovitch, plébiscité par les russophones]», indique Dominique Arel. Un autre opposant, plus crédible au niveau de l’expérience politique, mais moins charismatique, est Arseniy Iatseniouk ancien ministre et président du Parlement ukrainien en 2007, ayant démissionné suite à une vaste affaire de corruption afin de préserver son intégrité. Il avait terminé quatrième de l’élection présidentielle en 2010 avec son parti «Le front pour le changement». Ce dernier est pro-européen. Enfin, le troisième opposant est Oleg Tyahnybok, nationaliste et chef du parti «Liberté», anti-russe: il propose par exemple d’instaurer des tests de langue ukrainienne pour travailler dans l’administration, ce qui marquerait un réel tournant. En effet, aujourd’hui, les russophones de naissance sont une minorité, mais, comme l’explique le professeur Roman Serbyn, le russe est la langue des affaires et des élites. Selon lui, ce genre de situation n’est possible que dans une «société post-coloniale». Un exemple éloquent est celui de l’ancien premier ministre Mykola Azarov (qui a présenté sa démission le 27 janvier dernier), qui parle à peine ukrainien car il a suivi une éducation en russe. Il faudra également surveiller le rôle de Yulia Timochenko, ancienne première ministre libérée samedi 22 février après de nombreuses accusations d’abus de pouvoir, qui pourrait rassembler les Ukrainiens en vue de l’élection présidentielle de mai 2015.</p>
<p>La décision du Parlement ukrainien de suspendre le président Ianoukovitch de ses fonctions exécutives le 22 février dernier, ainsi que la défection de nombreux élus du Parti des régions, laissent augurer des changements. Mais lesquels? La porte est ouverte à de nombreuses spéculations concernant l’avenir. Quoiqu’il arrive, l’Ukraine ne peut pas retourner à la situation pré-«<i>euromaidan</i>», cela irait à l’encontre de la volonté de trop d’Ukrainiens. Mais avec les tensions grandissantes, et la critique virulente de la Russie formulée par les medias lors du déroulement des événements récents, ne risque-t-on pas, comme l’écrit dans le <i>Moscow Times</i> le professeur américain Simon F. Cohen («<i>How U.S. media misrepresent Sochi and Kiev</i>», paru le 19 février 2014), de recréer une nouvelle «division rappelant la guerre froide entre l’Est et l’Ouest, […] non pas à Berlin mais dans le cœur de la civilisation historique russe»?</p>
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		<item>
		<title>Sans limite</title>
		<link>https://www.delitfrancais.com/2014/02/18/sans-limite/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Côme De Grandmaison]]></dc:creator>
		<pubDate>Tue, 18 Feb 2014 07:40:59 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Slider]]></category>
		<category><![CDATA[Société]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>Certains étudiants n’hésitent pas à sacrifier leur santé pour obtenir de meilleures notes.</p>
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]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<p>Les drogues dites «récréatives» fleurissent dans les milieux étudiants. 60% des 76 étudiants de McGill interrogés par&nbsp;<i>Le Délit&nbsp;</i>admettent en avoir déjà consommé, dont 21% au moins une fois par semaine.</p>
<p>De même, les ligues sportives universitaires font face à l’usage intempestif de stéroïdes par des athlètes en quête de performances toujours plus impressionnantes. Mais qu’en est-il d’un autre «type» de drogue, celui que certains surnomment le «stéroïde académique» ou Adderall?</p>
<p><b>Amphétamine mon amour</b></p>
<p>L’Adderall n’est pas une drogue illégale, comme la cocaïne ou l’ecstasy. C’est d’abord un médicament utilisé afin de traiter le «Trouble Déficitaire de l’Attention avec Hyperactivité» ou TDAH («ADHD» en anglais). Ce médicament répond au nom générique de «sels mixtes d’amphétamines à libération&nbsp;prolongée», et est prescrit uniquement sur ordonnance. Une fois prescrit, le dosage adéquat est long à mettre en place: il varie pour chaque personne et l’efficacité ainsi que la non-dangerosité de ce produit ne sont garanties qu’à condition de suivre scrupuleusement les recommandations d’un médecin. Autrement, l’usage intempestif de l’Adderall peut provoquer des effets secondaires comme de la nervosité, des troubles de l’appétit, une sécheresse dans la bouche, ou des changements d’humeur.</p>
<p><span class="mceMediaCredit"><span class="media-credit-mce alignleft" id="293" style="width: 650px;"><span class="media-credit-dt"><img loading="lazy" decoding="async" class=" wp-image-20093 alignleft" alt="S-Adderral" src="https://www.delitfrancais.com/wp-content/uploads/2014/02/S-Adderral-640x457.jpg" width="512" height="366"></span></span></span></p>
<p>Un étudiant en première année en Développement International à McGill, a indiqué au <i>Délit</i> avoir pris à plusieurs reprises de l’Adderall sans prescription, afin d’accroître sa concentration pour étudier en urgence. Il avoue avoir subi des effets secondaires: «j’étais assoiffé, très agité, et n’avais plus vraiment d’appétit.»</p>
<p>Il ne faut cependant pas négliger les étudiants souffrant réellement de TDAH, qui prennent de l’Adderall à des fins médicales. Une étudiante en troisième année en Développement International explique ainsi au <i>Délit</i> qu’à la suite d’un diagnostic précis établi par un psychologue, elle a été amenée à prendre de l’Adderall. Mais là aussi, malgré le suivi médical très précis, elle a expérimenté des effets secondaires:&nbsp; «j’ai développé un trouble anxieux qui s’est aggravé avec les années. Je faisais des crises de panique assez terrifiantes régulièrement. J’ai longtemps cru que j’étais profondément anxieuse par nature et que le problème ne se résorberait jamais, puis j’ai fait le lien avec l’Adderall et j’ai arrêté d’en prendre. Le trouble anxieux a disparu et les crises de panique aussi.»</p>
<p>Selon les personnes, les effets secondaires peuvent donc être plus ou moins marqués. Mais, comme le rappelle cette étudiante, «même pour une personne qui a été diagnostiquée et qui est suivie par un médecin, il est très difficile de trouver le bon médicament, la bonne dose. On y parvient après beaucoup d’essais et d’erreurs. Une personne qui s’en procure sans l’avis d’un médecin prend le risque de consommer une dose aléatoire et l’effet peut être dangereux».</p>
<blockquote><p>En effet la structure chimique de l’Adderall, qui accroît la production de dopamine, est très proche de celle de la méthamphétamine.</p></blockquote>
<p>Ainsi, l’Adderall ne serait pas quelque chose à prendre à la légère. Cet avis est confirmé par les spécialistes de la santé:&nbsp; «les étudiants pensent que ces drogues sont plus sûres que les drogues de rue (comme la cocaïne ou la méthamphétamine par exemple, <i>ndlr</i>), mais en réalité leurs effets sont très similaires, et elles peuvent être hautement addictives», écrit Natalie Rich dans un article du journal <i>Huffington Post </i>(«<i>Using study drugs to get higher grades: why you should think twice</i>», du 9 avril 2013, «Solliciter les drogues pour obtenir de meilleures notes: pourquoi il faut y réfléchir à deux fois», traduction libre). En effet la structure chimique de l’Adderall, qui est un substitut à &nbsp;la dopamine, est très proche de celle de la méthamphétamine. Pauline Vitte, étudiante en deuxième année de la Faculté de Sciences à McGill, explique ainsi que les effets secondaires sont variés et bien réels, et ce pour des raisons chimiques: les amphétamines présentes dans l’Adderall influent sur la libération de dopamine (cf. schéma), qui transmet entre autres les messages liés aux mouvements, à la concentration, à l’humeur et au sommeil.</p>
<p><b>Un usage détourné</b></p>
<p>Selon un sondage organisé par <i>Le Délit</i>, 25% des 76 étudiants de McGill interrogés reconnaissent avoir déjà pris de l’Adderall. C’est moins que le nombre d’étudiants ayant déjà consommé des drogues «récréatives». Mais plus que les chiffres communiqués par le Département de la santé et des services sociaux des États-Unis, qui indiquaient que seulement 5% des Américains entre 18 et 25 ans avaient déjà utilisés des «drogues d’étude» (Adderall ou Ritalin). Ces chiffres sont néanmoins à relativiser, car ils ne prennent pas en compte uniquement des étudiants et datent d’il y a trois ans (2011). De plus, les étudiants de McGill ayant répondu&nbsp; à notre sondage ont tout à fait pu prendre de l’Adderall de manière légale, ce que l’étude américaine ne prenait pas en compte.</p>
<p>Néanmoins, la production, et donc la consommation illicite (et même licite) d’Adderall et autres «drogues d’études» a fortement augmenté ces dernières années: rien qu’entre 1993 et 2001, la DEA («<i>Drug Enforcement Administration</i>» –service de police fédéral américain) avait noté&nbsp; une hausse de la production d’Adderall (et de Dexedrine, un médicament aux effets similaires à ceux de l’Adderall) de 5767%!</p>
<p>Cela soulève la question suivante: comment se procure-t-on un médicament sans avoir d’ordonnance nominale? En effet, toutes les personnes prenant de l’Adderall n’ont pas été diagnostiquées avec un TDAH: selon une étude publiée dans le <i>Journal of American College Health</i> («<i>Illicit use of prescribed stimulant medication among college students</i>, «L’usage illicite de médicaments prescrits par les étudiants d’université»), le TDAH touche «approximativement 3 à 7% des enfants scolarisés». Bien moins que les 25% des 76 étudiants de McGill ayant admis avoir déjà consommé de l’Adderall dans le récent sondage du <i>Délit.</i></p>
<p>Nous avons aussi pu contacter un étudiant en deuxième année de Mathématiques à McGill, qui nous explique qu’il a pu se procurer des pilules d’Adderall grâce à une ordonnance fournie par le Service de santé mentale de l’Université McGill, après seulement deux rendez-vous. Il les a utilisées en partie pour son usage personnel. Mais d’autres étudiants, ayant témoigné sur le site du quotidien le <i>New York Times</i> (dans le recueil de témoignages interactif «<i>In their own words: Study drug</i>», du 9 juin 2012) expliquent s’en être procuré de manière illégale, comme cette étudiante de Chicago: «comme la charge de travail grandissait, ma recherche d’Adderall commença. En moins de 24 heures j’avais cinq pilules en poche, pour simplement 5 dollars.» Son témoignage s’intitule «5 dollars pour un A». Les «<i>dealers</i>» d’Adderall sont nombreux, se le procurant eux-mêmes illégalement, ou comme l’étudiant en Mathématiques précédemment cité, via une ordonnance. Ce dernier nous explique qu’il vendait des pilules l’année dernière, et qu’une seule d’entre elles pouvait se vendre jusqu’à 20 dollars. «La demande était beaucoup plus forte pendant les examens», ajoute-t-il.</p>
<p><b>Une réponse à la pression?</b></p>
<blockquote><p>Les étudiants ne prendraient pas de drogues d’études si la charge de travail et le niveau de stress auxquels ils sont soumis étaient normaux, et non pas aussi exagérés.</p></blockquote>
<p>Les raisons d’un tel phénomène qu’on qualifie de «dopage académique» résident tout d’abord dans l’impression grandissante qu’ont les étudiants devant une charge de travail qu’ils jugent trop importante. Face à ce qui leur est demandé et la prise de conscience qu’ils ne seront pas capables d’atteindre les objectifs fixés dans les délais impartis, certains étudiants se résolvent à augmenter leur capacité de concentration a l’aide d’une drogue. Cette augmentation de leur propre productivité est purement artificielle et temporaire, mais sert aux étudiants à atteindre leurs objectifs tant qu’ils sont sous l’influence de ce psychostimulant.</p>
<p>Si le stress des étudiants apparaît comme responsable du phénomène Adderall, faut-il remettre en question le cadre dans lequel ces étudiants évoluent? La question doit se poser: les étudiants de nos jours sont-ils poussés a bout? C’est en effet ce que pense un des étudiants ayant répondu anonymement au sondage du <i>Délit</i>: «les étudiants ne prendraient pas de drogues d’études si la charge de travail et le niveau de stress auxquels ils sont soumis étaient normaux, et non pas aussi exagérés», commente-t-il. Cet avis est appuyé par 11% des personnes interrogées par <i>Le Délit</i> (sur 76 au total). En entendant parler d’un tel phénomène, on serait poussé à croire que l’étudiant lambda est submergé de toutes parts par des échéances. On pourrait s’attaquer au système qui préfère favoriser un apprentissage par cœur nécessitant de longues heures de travail et une concentration infaillible, plutôt que d’en appeler à l’aspect critique de l’étudiant, comme étant la cause de cette charge de travail trop importante. Un système qui pousse les étudiants à accumuler les nuits blanches en préparation aux examens. C’est le cas pour l’étudiant de première année en Développement International cité précédemment qui commente: «je prenais de l’Adderall toujours quand j’avais un examen le lendemain et que je devais étudier à la dernière minute, ou quand j’avais un projet à finir!».</p>
<p><b>Quelques milligrammes d’ambition</b></p>
<p>La charge de travail n’est pas le seul facteur à l’origine de ce stress qui pousse des étudiants à consommer des amphétamines. Il y a également l’envie de réussir qui est assez forte pour pousser ces étudiants à la consommation. Une volonté d’être parmi les meilleurs qui pousserait un individu à rendre toute sa capacité de concentration dépendante d’une pilule plutôt que de la soumettre à sa volonté personnelle. Lorsqu’on connaît les abus dérivant d’une telle consommation (mentionnés auparavant), il faut être très ambitieux pour être prêt à faire ce pari. Dans l’article du <i>New York Times</i> à propos de l’Adderall, une étudiante de vingt ans d’Atlanta explique que «l’Adderall fournit aux étudiants un A sans difficulté, et, lorsqu’il faut choisir, la plupart abandonnent leurs principes pour être capable de faire une nuit blanche quand il le faut afin d’obtenir ce GPA de 4.0» (traduction libre). Cela ne s’applique qu’aux consommateurs réguliers et non pas aux simples curieux s’étant soumis à l’épreuve dans le seul but de tester son efficacité.</p>
<p>Ce phénomène n’est-il donc pas aussi la conséquence d’une ambition de plus en plus pathologique, chez les étudiants, poussant à n’importe quels excès lorsqu’il est question de réussite. Ce rehaussement des attentes des étudiants est-il dû à la crise économique qui les a frappés au moment même où ils définissaient justement leurs attentes professionnelles? Une crise qui les a rendus victimes d’une récession économique et d’une compression du marché du travail: d’après le Forum économique mondia, le chômage chez les jeunes en Amérique du Nord était de 17,4% en 2012 (les États-Unis ont par exemple vu le taux de chômage des 15–24 ans augmenter de cinq points de pourcentages, selon l’OCDE, entre 2007 et 2012). Ces individus se voient donc confrontés à une compétition plus importante et se doivent d’être plus performants que les autres. La prise d’Adderall est donc la conséquence directe d’une génération d’étudiants qui a de plus en plus peur quant à son futur bien-être. Une génération désabusée qui sait désormais que seul le meilleur gagne, et qui est parfois prête à tout pour être élu.</p>
<p><b>Concurrence déloyale</b></p>
<blockquote><p>Pour l’instant, le Code de conduite de l’étudiant et des procédures disciplinaires de McGill ne traite pas ce sujet: dans la catégorie «tricherie», seuls sont sanctionnés le plagiat, l’usurpation d’identité et l’usage d’une aide extérieure pendant un examen.</p></blockquote>
<p>Consommer de l’Adderall constitue tout de même une sorte de dopage. Beaucoup de gens considèrent cela comme de la triche vis-à-vis de ceux qui n’en consomment pas et qui n’ont que leur volonté personnelle pour les garder attentifs de longues heures: d’après le sondage réalisé par <i>Le Délit</i>, 48% des gens estiment que l’Adderall est un problème car il crée un déséquilibre entre les étudiants. Quel est le mérite à être le meilleur si on doit sa réussite à une petite pilule bleue? Cependant, de nos jours, il semble que le mérite n’a plus tellement d’importance, il s’agit avant tout de s’approprier cette première place tant désirée, ne serait-ce que pour une bourse. Ou, à terme, afin de permettre à son détenteur de bénéficier de la sécurité de l’emploi.</p>
<p>Ce phénomène a donc comme conséquences de grandes inégalités entre les étudiants consommant cette drogue et ceux qui ne la consomment pas. Plus il se répandra, plus cela deviendra un problème auquel l’administration universitaire devra apporter une solution. Pour l’instant, le Code de conduite de l’étudiant et des procédures disciplinaires de McGill ne traite pas ce sujet: dans la catégorie «tricherie», seuls sont sanctionnés le plagiat, l’usurpation d’identité et l’usage d’une aide extérieure pendant un examen. Mais quelle réponse apporter? Aucun étudiant n’a envie de se voir soumis à un test de drogue avant d’entrer dans sa salle d’examen.</p>
<p>De plus, si on laisse perdurer ce «dopage», les notes d’un étudiant ne reflèteront plus sa productivité réelle, à moins que l’individu ne soit prêt à passer le restant de sa vie active dépendant à l’Adderall pour pouvoir être efficace au travail. C’est le cas de cet homme de&nbsp; vingt-huit ans, originaire de Virginie, qui témoigne sur le site du <i>New York Times</i>: «j’ai gradué avec les honneurs, obtenu un bon travail et suis devenu un adulte. Et vous savez-quoi? Je prends encore de l’Adderall tout le temps.» Mais il avoue que «ce n’est vraiment pas génial».</p>
<p>S’il n’y a plus de relation entre la réussite académique et la productivité de l’individu, alors c’est tout le système éducatif qui est rendu inefficace. Le système universitaire tel que nous le connaissons ne cherche pas tellement à fournir les individus qui ont le mieux appris leurs cours mais plutôt à piocher et mettre en avant ceux qui sont les plus productifs. On ne cherche pas tellement une bonne connaissance mais une méthode efficace d’apprentissage. Bien sûr, tout est relatif, la formation de l’étudiant dans son champ d’étude demeure aussi une priorité. Ainsi, si la charge de travail est trop importante c’est que la façon de travailler n’est pas la bonne. Cependant, prendre une pilule n’est pas la solution au problème, l’individu verra sa valeur productive indexée à la consommation de ce psychostimulant dont il peut finir dépendant.</p>
<p>&nbsp;</p>
<p><b>Comment l’Adderall agit sur le corps humain – explication de Pauline Vitté</b></p>
<p><span class="mceMediaCredit"><span class="media-credit-mce alignleft" style="width: 650px;"><span class="media-credit-dt"><img loading="lazy" decoding="async" class="wp-image-20098 alignleft" alt="schema adderral" src="https://www.delitfrancais.com/wp-content/uploads/2014/02/schema-adderral-640x419.jpg" width="451" height="295" srcset="https://www.delitfrancais.com/wp-content/uploads/2014/02/schema-adderral-640x419.jpg 640w, https://www.delitfrancais.com/wp-content/uploads/2014/02/schema-adderral-185x120.jpg 185w" sizes="auto, (max-width: 451px) 100vw, 451px"></span></span></span></p>
<p>L’Adderall agit sur plusieurs neurotransmetteurs, comme par exemple l’épinéphrine (ou adrénaline) et la dopamine. Les individus atteints de TDAH souffrent parfois d’une insuffisance ou sous-activité de dopamine.</p>
<p>La dopamine est un neurotransmetteur, c’est-à-dire une molécule relâchée par des axones dans la fente synaptique, qui, une fois liée à son récepteur, déclenche des réponses physiologiques: elle régule les mouvements, le sommeil, l’humeur, le métabolisme, mais aussi l’attention, la concentration et l’apprentissage.</p>
<p>L’Adderall augmente les effets de la dopamine par deux moyens. Premièrement, du fait de leurs structures chimiques très proches, l’Adderrall a la capacité de se lier aux récepteurs de dopamine, palliant les lacunes de cette dernière, et empruntant ses effets. Deuxièmement, l’Adderall empêche aussi l’action d’autres molécules habituellement chargées d’isoler la dopamine dans la fente synaptique afin d’empêcher les molécules de dopamine de se lier à leurs récepteurs.</p>
<p>Par ces deux effets, l’Adderall augmente les réponses physiologiques normalement assurées par la dopamine, augmentant ainsi la concentration et l’attention lors de l’apprentissage, et peut entraîner un sentiment d’extase. Mais sa prise est donc souvent accompagnée d’effets secondaires tels que la perte de poids, l’insomnie, un métabolisme accru ou encore un appétit réduit.</p>
<p><span style="font-family: Helvetica, Tahoma, Verdana, Arial, sans-serif; font-size: 11px; line-height: 1.5em;">&nbsp;</span></p>
<p>L’article <a href="https://www.delitfrancais.com/2014/02/18/sans-limite/" data-wpel-link="internal">Sans limite</a> est apparu en premier sur <a href="https://www.delitfrancais.com" data-wpel-link="internal">Le Délit</a>.</p>
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		<item>
		<title>Chat fait mal</title>
		<link>https://www.delitfrancais.com/2014/02/04/chat-fait-mal/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Côme De Grandmaison]]></dc:creator>
		<pubDate>Tue, 04 Feb 2014 06:51:57 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Société]]></category>
		<guid isPermaLink="false">http://www.delitfrancais.com/?p=19820</guid>

					<description><![CDATA[<p>Opinion</p>
<p>L’article <a href="https://www.delitfrancais.com/2014/02/04/chat-fait-mal/" data-wpel-link="internal">Chat fait mal</a> est apparu en premier sur <a href="https://www.delitfrancais.com" data-wpel-link="internal">Le Délit</a>.</p>
]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<p>Éric Woerth, ça vous dit quelque chose? Rapide remise en contexte. Cet ancien ministre français est impliqué dans le «scandale Bettencourt» depuis plusieurs années, et la justice française se demande s’il n’aurait pas extorqué de l’argent à la plus riche famille de France afin de financer la campagne présidentielle de Nicolas Sarkozy en 2007. Cependant, même si des charges sont contre lui, la Cour de la Justice de la République (CJR) le laisse libre de disposer.</p>
<p>Quelques centaines de kilomètres au sud de ce scandale, il y a Farid Ghilas. Il s’est fait connaître il y a quelques jours sur tous les réseaux sociaux pour avoir lancé un chat contre un mur. Le chat n’était pas consentant. Futé le Farid.</p>
<p>Toute la population du Net devient folle: une page Facebook «Tous avec Oscar le chat martyr de Marseille» recueille plus de 20 000 «j’aime»; les activistes demandent une condamnation rapide, à coups de «nous attendons une peine à la hauteur de sa cruauté». Résultat: un an de prison ferme pour M. Ghilas.</p>
<p>Ce qu’il faut comprendre dans tout cela, c’est que la condamnation semble complètement disproportionnée. Il n’est pas question de savoir si la cruauté envers les animaux doit être acceptée: elle ne doit pas l’être. En revanche, il s’agit de relativiser. Comment expliquer qu’un vrai mouvement de foule prenne vie pour un chat, alors que l’affaire Woerth, qui remet en questions les bases fondamentales de la démocratie –l’honnêteté politique, et le respect des citoyens–, mobilise uniquement une partie tout à fait mineure de la population?</p>
<p>On remarque que le pouvoir des réseaux sociaux semble fonctionner uniquement pour certaines situations: aucune page Facebook s’opposant à Eric Woerth n’existe; ou, pour prendre un autre exemple, il y a eu seulement 20 000 adhérents en trois ans d’existence pour la page «500 000 voters for a Rob Ford free Toronto» («500 000 électeurs pour un Toronto sans Rob Ford»). Ainsi, les enjeux politiques et sociaux semblent bien moins attirants pour les internautes que les affaires «croustillantes».</p>
<p>Ce n’est pas l’un ou l’autre. Ce n’est pas un Woerth ou un Ghilas, tous deux doivent être punis. Mais les barèmes doivent être revus. En effet, aujourd’hui, le Code pénal français punit toute personne agressant un animal en toute connaissance de cause d’un maximum de deux ans de prison et 30 000 euros d’amende, tandis qu’une personne conduisant en état d’ébriété avancée (plus de 0,8 grammes par litre de sang) risque une peine allant jusqu’à deux ans d’emprisonnement, 4 500 euros d’amende, la suspension du permis et le retrait du véhicule. Qu’en déduire? Qu’un tueur potentiel (d’êtres humains) ne risque pas plus qu’un agresseur de chat? Qu’un être ne respectant ni sa vie ni celles des autres risque moins qu’un être ayant décidé que le prédateur naturel des rats était plus amusant qu’un ballon? De même le forum juridique-et-droit.com indique que toute personne «risque une amende de 45 000 euros et un emprisonnement de trois ans de prison si les coups et blessures volontaires ont occasionné une incapacité totale de travail de plus de huit jours». Ce qu’il faut comprendre avec cette comparaison, c’est que les sanctions pour une personne humaine et une entité animale sont fort similaires. Par ailleurs, frauder le FISC (ne pas payer ses impôts) est visé de sanctions encore floues, mais les faits sont là: les fraudeurs semblent intouchables. 600 milliards d’euros manquent à la France (d’après le livre Ces 600 milliards qui manquent à la France. Enquête au cœur de l’évasion fiscale d’Antoine Peillon), mais les gens sont plus prompts à se rebeller pour un chaton. Il est donc temps de revoir les priorités, en tant que citoyens dans une démocratie. Il s’agit de voir plus loin que ce simple animal: ceux qui ont donné leur soutien à Oscar sont-il tous des activistes pour les droits des animaux? Ou nous apitoyons-nous sur le sort du pauvre chat parce qu’après tout, c’est encore un bébé et qu’il est vraiment «mignon»? Ceux qui se battent pour les droits animaliers sont-ils aussi les garants de la liberté au sein de la République, même celle des humains?</p>
<p>On pourrait donc qualifier cette action d’«égoïste». On protège Oscar parce qu’Oscar est simple à protéger. Il est ce qu’on appellerait ici un «bébé phoque», si simple à défendre, ne suscitant aucune controverse. Dans un même temps, des gens meurent sous les balles en Syrie et&nbsp; la démocratie n’est pas aussi stable qu’on aime à le penser dans les pays occidentaux. Mais ces sujets sont trop éloignés de notre quotidien, trop compliqués, et contiennent trop de facettes. Ils ne nous contraignent pas moralement, ne nous affectent pas personnellement. Alors on sauve Oscar. «Chat-le histoire».</p>
<p>L’article <a href="https://www.delitfrancais.com/2014/02/04/chat-fait-mal/" data-wpel-link="internal">Chat fait mal</a> est apparu en premier sur <a href="https://www.delitfrancais.com" data-wpel-link="internal">Le Délit</a>.</p>
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