Pour une révolution
28 novembre 2015 - Image par Luce Engérant
Éditorial.

Le développement durable est l’Everest des gouvernements pour le 21e siècle. Défini en 1987 par le rapport Brundtland comme un mode de vie répondant «aux besoins du présent sans compromettre la capacité des générations futures de répondre aux leurs», il est devenu un terme générique pour décrire nos réponses aux conflits entre les pays, aux défis environnementaux, économiques, politiques et sociaux. Il hante sans relâche les résolutions de la communauté internationale, se présentant comme la doctrine de la croissance qui nous épanouira. Quelques éoliennes dans les champs, quelques dollars de plus pour des produits issus du commerce équitable, pour que nos enfants puissent vivre dans le confort dont nous jouissons à présent.

Aujourd’hui, le 30 novembre 2015, a débuté la 21e Conférence des Parties tenue par la Convention-cadre des Nations Unies sur les Changements Climatiques à Paris (p.21), qui veut arriver à un accord international pour lutter contre la réalité et les effets du réchauffement – avec comme livret d’instruction les Objectifs de développement durable définis par l’Assemblée générale de l’ONU (p.19).

Luce Engérant

Pour signifier développement durable, on parle aussi de durabilité, ou éventuellement de soutenabilité. Par opposition à l’obsolescence, elle permettrait à notre mode de vie «idéal» de se perpétuer indéfiniment. Pourtant, sans vouloir jouer au rabat-joie, il est peu probable que l’on puisse se permettre de vivre comme l’on vit aujourd’hui, sans que les générations futures et les populations déjà vulnérables en paient le prix. Pour que le développement durable devienne une notion adaptée et respectée de tous, il faut qu’il soit également défini par les citoyens. Certains se prêtent au jeu; le Dark Mountain Project, par exemple, un collectif d’écrivains, artistes et penseurs qui «a arrêté d’écouter les histoires que se raconte notre civilisation», opte pour un changement civilisationnel, reposant sur un renouvellement de la culture. Ils cherchent à s’affranchir du «mythe du progrès, du mythe de la centralité humaine, et du mythe de notre autonomie vis-à-vis de la nature». Il s’agirait donc de ne plus placer l’Homme au centre des débats, de cesser de le considérer comme un être au-dessus des autres, se plaçant ainsi dans une logique en contradiction avec le «simple» changement de modèle social et économique, classiquement proposé par les pouvoirs en place (p.15). Dans un registre similaire, le Contre-sommet mondial sur le climat, organisé par le journal La décroissance, qui devait se tenir à Vénissieux (Rhône-Alpes, France) le 14 novembre, propose un changement radical. Ils proclament: «Nous contestons le sens général vers lequel se dirige notre société; celle de l’idéologie du développement, de l’expansion illimitée, du capitalisme libéral… mais cette opposition ne nous place pas en dehors de la société, bien au contraire; notre désir de participer à sa transformation fait que nous en sommes pleinement partie intégrante.»

Plus qu’un développement quantitatif, ces initiatives semblent pencher vers une révolution qualitative, vers la mutation complète de notre façon de penser et d’appréhender le monde.

Parce que, chers dirigeants, nous avons été de gentils êtres humains cette année. Alors, pour la COP21, nous aimerions: que la voix des hommes, femmes et enfants, quels qu’ils soient, valent plus que celle des industries qui viennent vous serrer la main; que vous signiez un accord contraignant qui identifie et relève les vrais défis que nous pose le changement climatique; que vous le respectiez coûte que coûte. Que vous donniez, en quelques mots, à la société d’aujourd’hui et à ses descendants, la chance de donner un nouveau visage au futur.

Il ne suffira pas de signer ou ratifier quelques pages de discours bien intentionnés. Et comme il appartient à chacun d’opérer des changements dans son mode de vie et de pensée, par respect pour la planète, pour ses enfants, et pour le reste de l’humanité, il faut que la poussée vienne d’en bas, il faut rappeler que nous avons chacun notre propre responsabilité.

 
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