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Nouvelle étape dans le parcours électoral

Avant le 5 octobre, QS, PLQ et PVQ courtisent les étudiants de McGill.

Félix Fournier l Le Délit

La salle de bal du Centre universitaire de McGill a ouvert ses portes le jeudi 10 septembre pour un débat entre candidats aux élections provinciales. Vingt-cinq jours avant le passage aux urnes, Québec solidaire (QS), le Parti libéral du Québec (PLQ) et le Parti vert du Québec (PVQ) ont chacun envoyé leurs émissaires pour rallier la centaine d’étudiants présents dans la salle. 

À cet évènement organisé par l’AÉUM, en collaboration avec l’association étudiante de la Faculté de droit et le Black Students” Network, impossible d’ignorer l’absence des deux partis en tête des sondages. Le Parti québécois (PQ) et la Coalition avenir Québec (CAQ), qui, selon les derniers sondages, représentent ensemble 52 % des intentions de vote, n’étaient pas présents sur la scène malgré l’invitation des organisateurs. Autre absence notable : celle du Parti conservateur du Québec, qui atteint 15 % dans les sondages. 

Les représentants présents étaient donc Olivier Sylvestre, candidat de QS dans la circonscription de Westmount-Saint-Louis, Alex Tyrrell, chef du PVQ et candidat pour Notre- Dame-de-Grâce, et Nada Boumeftah, candidate du PLQ dans la circonscription de Maurice-Richard. 

La gauche s’entr’attaque, le PLQ observe 

Dans un débat respectueux, avec des temps de paroles strictement régulés par les modérateurs, il aurait été difficile pour un seul des candidats de dominer la scène. Les interventions s’apparentaient à des discours préparés, un domaine dans lequel la candidate du PLQ, Nada Boumeftah, a su faire valoir son expérience d’avocate.

Au cours des brefs échanges entre candidats, l’écosocialiste Alex Tyrrell n’a pas hésité à s’attaquer aux politiques de QS, seul parti majeur de gauche dans ces élections. Sur les questions de la crise du logement, de l’indépendance et de la représentation des Premières Nations, le candidat de QS, Olivier Sylvestre, a peiné à se défendre face aux reproches du chef du PVQ. Ces séquences, qui ont ponctué la conversation tout au long de l’évènement, ont profité à la libérale Nada Boumeftah, qui a pu éviter un potentiel front uni des candidats de gauche. 

Représentant une gauche plus radicale, Alex Tyrrell a montré une certaine assurance malgré des prévisions défavorables dans les sondages – une confiance qui a fait défaut à Olivier Sylvestre. Ce dernier a aussi dû défendre sa position souverainiste face au PLQ et au PVQ, tous deux fédéralistes. 

« Une culture » de racisme systémique au SPVM 

Le débat s’est ouvert par la question du racisme systémique au sein des institutions policières et de leur rôle. Dans les plaidoiries initiales, chaque parti semble être unanime sur le sujet : une importante évolution est requise dans le rapport avec les forces de l’ordre. Pour y remédier, les propositions varient. 

« En s’attaquant à des adversaires qui ne pouvaient pas répondre, les candidats présents ont souhaité souligner l’absence criante des deux favoris »

QS revendique être un parti « fondamentalement antiraciste » et parle d’un « rapprochement avec les communautés noires », mais ne souhaite pas réduire les dépenses publiques pour les institutions policières. Au contraire, Olivier Sylvestre réaffirme sa volonté de créer un « État fort (tdlr) » en redistribuant le financement à des programmes sociaux menés par les forces de l’ordre. Le candidat ajoute : « Il faudra même sûrement augmenter le financement pour pouvoir faire cela. »

C’est tout l’inverse pour Alex Tyrrell, qui propose une réduction de 30 % du budget des forces policières. « Il existe plein de problèmes que la police ne peut pas résoudre », ajoute-t-il en citant l’abus de substances et les violences conjugales comme exemples. Il ajoute vouloir progressivement désarmer la police, notamment dans les patrouilles de rues. En ce qui a trait au racisme systémique, il déplore « une culture qui existe au sein de la SPVM ». Un constat partagé par Nada Boumeftah, qui appelle à reconstruire « les ponts qui ont été brûlés ». Pour cela, elle défend le port d’une caméra d’intervention « respectueuse de nos droits pour éviter les dérapages ». 

« De belles promesses » 

Le débat s’est ensuite penché vers la question du coût de la vie, suscitant bien plus de confrontations sur scène. Alors que les trois candidats s’accordent pour rendre obligatoire la rémunération des stages, Nada Boumeftah ne propose aucune autre mesure pour réduire les coûts pour les étudiants, mais plutôt une augmentation des bourses pour compenser le retard. Alex Tyrrell classe les mesures du PLQ dans une continuation de l’austérité du gouvernement libéral de Philippe Couillard. Défenseur de l’éducation gratuite et d’un réseau étendu d’épiceries publiques, il soutient aussi une réduction annuelle des loyers de 5 % pendant quatre ans. 

Olivier Sylvestre a aussi rappelé le plan de QS d’ouvrir des épiceries gratuites, poussant le chef du PVQ à lui demander de préciser les quantités prévues pour ce projet. Cela a créé un malaise chez le candidat de la circonscription Westmount-Saint-Louis, accusé de proposer une mesure uniquement symbolique – même si plutôt réalisable – et avec peu d’effets concrets sur la population générale. Sa proposition d’augmenter le salaire minimum à 20 $ de l’heure et de temporairement geler les loyers a, en revanche, reçu les applaudissements du public. Nada Boumeftah a conclu cette section du débat en accusant ses homologues de n’offrir que de « belles promesses ».

Les absents, grands perdants ? 

Alors qu’Olivier Sylvestre se tenait seul à la défense de l’indépendance, il s’est retenu d’utiliser ce levier comme arme lors du débat. Il a tout de même profité de l’absence du PQ pour promouvoir l’idée d’un Québec indépendant sur les bases de l’inclusivité, a contrario selon lui de l’indépendance voulue par Paul St-Pierre Plamondon. « Nous sommes un parti indépendantiste, mais sans exclusion », a‑t-il affirmé, renforçant la notion d’une souveraineté québécoise de gauche. 

Alex Tyrrell et Nada Boumeftah se sont attaqués à l’autre grande absente de la soirée, la CAQ. Tyrrell accuse cette dernière d’avoir retiré le financement destiné à l’apprentissage du français pour les étudiants internationaux. Il propose des cours de français gratuits et blâme dans le même souffle la loi 101 « d’empêcher les Québécois d’apprendre l’anglais ». 

En s’attaquant à des adversaires qui ne pouvaient pas répondre, les candidats présents ont souhaité souligner l’absence criante des deux favoris de l’élection : le PQ et la CAQ, qui n’auront pas eu l’occasion de présenter leurs points aux étudiants.


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