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L’Odysée mcgilloise

Que nous sommes heureux de vous retrouver, chers lecteurs, après un si long hiatus. 

Des quatre coins du monde, McGillois et McGilloises reposent leurs bottes sur l’île de Montréal, prêts à retrouver leurs amis, leurs cours, leurs associations, Gerts… 

Un véritable retour chez soi. Un sentiment singulier qui a d’ailleurs inspiré les plus grandes fables racontées par l’Homme : le Magicien d’Oz, Retour vers le futur, Voyage au bout de l’enfer, pour n’en citer que des contemporaines… La plus célèbre reste sans doute, et vous l’avez découverte ou redécouverte cet été grâce à Christopher Nolan, L’Odyssée d’Homère. 

J’ose espérer que votre retour au campus de McGill n’ait pas été interrompu par des sirènes, une armée de géants ou des sorcières cherchant à vous métamorphoser en cochons. Ou encore que vous ayez subi moins de secousses que le navire d’Ulysse sur les mers de Poséidon que sur les rudes routes montréalaises. Mais si les périples de l’Odyssée regorgent d’aventures, d’exploits et de tragédie, le récit du voyage est relégué au second plan par rapport au thème principal : la loi de Zeus. « Traite tout étranger avec dignité, il pourrait être le roi des Dieux. » 

Cette loi, qui a depuis connu différentes formes – qu’il s’agisse de la loi du karma bouddhiste ou de l’Ancien Testament (Lévitique 19:34 : « Tu aimeras l’étranger comme toi-même, car vous avez été étrangers dans le pays d’Égypte ») – semble désormais vouée à disparaître. 

La violence et l’injustice défilent chaque jour sur nos écrans. Génocide à Gaza, destruction du Liban, massacres civils en Ukraine, catastrophes naturelles au Venezuela et au Népal, traitement indigne des migrants et réfugiés… On pourrait être amené à croire les leçons d’Homère oubliées. Une apathie généralisée, aggravée par l’effet anesthésiant des réseaux sociaux, du clickbait et des forums extrémistes conspirationnistes, qui nous plongent chaque seconde un peu plus dans une ère obscure où la loi du plus fort l’emporte.

Face aux populistes qui cherchent à diviser pour mieux régner, aux suprémacistes de tous types, aux nihilistes dont le défaitisme ne fait qu’accélérer la chute dans le néant, comment réinstaller cette foi en l’humanité, ce rapport bienveillant entre êtres humains ? 

Il existe un remède aussi vieux que la loi de Zeus elle-même : l’écriture. 

Des tablettes sumériennes jusqu’aux journaux étudiants, raconter une histoire, c’est tendre la main à l’autre. C’est par ce geste simple qu’on invite autrui au dialogue, à l’écoute et à la manifestation de ses valeurs – à l’échange. Contrairement aux réseaux sociaux de contenus qui défilent infiniment et sans modération, un texte long nous force à ralentir, à écouter une voix jusqu’au bout avant de porter un jugement. Écrire, pour un journal étudiant par exemple, c’est dialoguer avec un visage précis plutôt que de noyer son message dans un algorithme anonyme. Écrire, c’est retisser une page à la fois ce lien de confiance que les fils d’actualité s’acharnent à dissoudre. Peut-être est-ce là, humblement, notre façon de résister à une ère vide de rapports humains.

C’est donc pour rétablir la foi en cette humanité qu’invoquent la loi de Zeus et ses héritiers que je vous invite à lire et à contribuer dans nos pages. Je vous propose d’y venir vous et nous informer sans la cacophonie des réseaux sociaux et des médias de consommation qui brouillent tant la frontière entre provocations et informations. Je vous invite à partager dans un esprit d’ouverture, de dignité et de curiosité, le même qu’Homère nous implore d’accorder aux voyageurs étrangers égarés sur le seuil de nos portes. 

Bon retour à McGill et bonne lecture !


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