Dehors, le ciel est sombre. La pluie tombe fortement et les souliers des visiteurs couinent contre le sol au fil de leur déplacement dans l’exposition du World Press Photo 2026. Cette exposition de photojournalisme présente une sélection de clichés provenant de partout à travers le monde. Conflits géopolitiques, catastrophes naturelles, enjeux d’égalité, tout y est. World Press Photo présente notre monde actuel à travers une série de photographies qui tantôt donnent espoir, tantôt attristent. La complexité de notre époque s’affiche devant nos yeux dans des images à couper le souffle.
Un monde qui bascule
À l’entrée, un panneau explique l’importance de la liberté de presse dans le monde. Une carte illustre à l’aide de couleurs la situation dans différents pays : vert pour une bonne situation, jaune pour une situation satisfaisante, orange pour une situation problématique, rouge pour une situation diffIcile et bourgogne pour une situation très grave. Malheureusement, la prédominance du rouge et du bourgogne ne me surprend pas. Ce qui me frappe, c’est la rareté du vert. Une rareté d’autant plus surprenante lorsque je me souviens de ma visite de l’exposition l’année dernière. La carte y présentait davantage de vert et beaucoup moins de rouge. Nos voisins du sud sont, sans surprise, colorés en orange : une situation problématique. Si la couleur ne me surprend pas, elle me bouleverse tout de même. Le Canada, lui-même, est en jaune : situation satisfaisante, mais pas nécessairement bonne.
Plus perturbant encore, le panneau à l’entrée indique que 2025 a été l’une des années les plus meurtrières pour les journalistes à l’échelle internationale. Ces journalistes, tués dans l’exercice de leur profession, ont dévoué leur vie à la vérité et l’information afin d’informer le monde entier de situations dangereuses.
Une humanité (in)humaine
Que ce soit de façon explicite ou implicite, les photos de l’exposition présentent toute l’humanité à leur manière. Certaines illustrent l’impact des changements climatiques sur une population, d’autres dépeignent une résistance politique, mais toutes se rassemblent autour de l’humain et de sa place dans le monde. Devant ces clichés impressionnants, nous nous sentons petits dans l’univers. Les enjeux sont remis en perspective et les mots sont délaissés pour faire place à l’émotion à vif.
La photo gagnante du prix World Press Photo de 2026 en est l’exemple : la détresse est à l’avant-plan, presque palpable. Impossible de détourner le regard face à cette famille déchirée par les lois sur l’immigration mises en place par l’administration Trump. Un homme est arrêté par l’ICE (Service de l’immigration et des douanes des États-Unis), laissant ses trois filles et sa femme dans l’incompréhension et le deuil. Le deuil de leur vie de famille, le deuil de la vie qu’ils avaient toujours connue ensemble.

Caption : Doña Paulina Ixpatá Alvarado stands with other Achi women outside a Guatemala City court. That afternoon, three ex-civil defense patrollers were found guilty of rape and crimes against humanity and sentenced to 40 years in prison each. Guatemala City, Guatemala, 30 May 2025.
Story : For four decades, a group of Indigenous Maya Achi women in Rabinal lived in the same communities as the men who had raped them, sometimes as neighbors. Guatemala’s civil war led to the genocide of thousands of Maya Achi people by the military and local state-backed paramilitary forces, who used sexual violence as a systematic weapon to subjugate Indigenous communities. In 2011, 36 women broke their silence, launching and winning a 14-year legal battle against their abusers. Their collective resilience is transforming a legacy of wartime impunity into a historic victory for justice.
La photo finaliste pour le prix World Press Photo de l’année est aussi marquante. On y retrouve un groupe de femmes autochtones maya achis, parmi lesquelles figure Doña Paulina Ixpatá Alvaro à l’avant-plan, qui se tiennent devant la caméra, affichant un visage sérieux. Après quarante ans à cohabiter avec des hommes les ayant violées lors de la guerre civile au Guatemala, elles peuvent finalement se sentir en sécurité : les agresseurs ont enfin été reconnus coupables de viols et de crimes contre l’humanité. Le combat de 36 femmes ayant dénoncé leurs agresseurs aura duré 14 ans avant qu’elles n’obtiennent justice. La photographie illustre leur courage et leur dignité, leur capacité à garder la tête haute face aux horreurs subies.
Avoir la force de continuer
Cette année, la jeunesse est particulièrement présente dans l’exposition. La génération Z a mis le feu aux poudres dans plusieurs pays en refusant de continuer à tolérer plus longtemps l’oppression et les systèmes corrompus. Une photographie montre le Singha Durbar, le siège historique du gouvernement népalais, en flammes : il s’agit de l’œuvre de manifestants. En deux jours, 76 personnes ont perdu la vie dans les manifestations contre le gouvernement en place, la majorité de ces décès ayant été causés par la police. L’image est saisissante : une marée humaine assiste à l’incendie d’un monument national, symbole d’une révolte dont la réussite est due au courage et à la détermination d’un peuple.
Une situation similaire est représentée dans d’autres œuvres. Quatre photographies illustrent les manifestations de la génération Z à Madagascar, où des étudiants ont manifesté contre la corruption, la défaillance des services publics et les difficultés économiques. Des confrontations particulièrement violentes ont eu lieu lors des manifestations, notamment le 9 octobre 2025, lorsque 22 personnes sont mortes et plus de 100 ont été blessées. Ces soulèvements populaires ont finalement provoqué un changement de régime. C’est l’espoir d’une population en une génération qui refuse d’accepter les abus.
Un petit changement, un grand pas pour l’humanité
Plusieurs séries de photographies montrent qu’un monde meilleur est juste au bout de nos doigts. Qu’il s’agisse de l’accès à des robots pour des personnes âgées afin de combattre en maison de retraite en Allemagne ou de jeunes enfants bénéficiant de cours de ballet gratuits en Afrique du Sud, l’espoir germe au sein de cette exposition. À travers les génocides, les feux de forêt ravageurs, les guerres destructrices et les soulèvements populaires violemment réprimés, l’humanité continue d’exister, de chercher le bonheur et le meilleur en elle-même. Des milliers et des milliers de gens font preuve de persévérance chaque jour en continuant à vivre malgré des situations précaires et même dangereuses.
À une époque où les conflits géopolitiques ne cessent de se multiplier, il est facile de perdre espoir et de se montrer pessimiste face à l’avenir. L’exposition du World Press Photo présente la détresse, la douleur et l’horreur du monde d’aujourd’hui, mais met également de l’avant le courage, la bonté et l’importance de la communauté dans la lutte pour un monde meilleur. À travers les récits touchants et déchirants, ces photographies capturent une petite parcelle de l’âme de ces gens qui luttent et qui résistent. C’est à notre tour, visiteurs privilégiés, d’être témoins de leurs réalités et de poursuivre la bataille pour s’assurer que toutes ces vies, toutes ces enfances et tous ces futurs n’ont pas été volés en vain.
L’exposition du World Press Photo 2026 est disponible jusqu’au 12 octobre au Marché Bonsecours. Entrée à 13,50$.
