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	<title>Archives des Culture - Le Délit</title>
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	<link>https://www.delitfrancais.com/category/artsculture/</link>
	<description>Le seul journal francophone de l&#039;Université McGill</description>
	<lastBuildDate>Tue, 01 Sep 2026 04:40:52 +0000</lastBuildDate>
	<language>fr-FR</language>
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	<item>
		<title>Lumière sur les concerts gratuits!</title>
		<link>https://www.delitfrancais.com/2026/09/01/lumiere-sur-les-concerts-gratuits/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Julia Couture]]></dc:creator>
		<pubDate>Tue, 01 Sep 2026 04:35:43 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Culture]]></category>
		<category><![CDATA[Théâtre]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>Réflexion sur le concert de Marie Céleste au Théâtre de la Verdure.</p>
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										<content:encoded><![CDATA[
<p class="has-drop-cap wp-block-paragraph">Le 22 août dernier, je suis allée voir gratuitement le groupe Marie Céleste jouer au Théâtre de la Verdure du parc La Fontaine. Les estrades étaient pleines, et c’est avec enthousiasme que le groupe est entré sur scène. C’était d’ailleurs le dernier concert de leur tournée estivale, une date qu’ils attendaient impatiemment. Pour paraphraser les mots d’un des chanteurs, ils avaient dessiné une étoile sur leur calendrier pour cette soirée. Moi aussi d’ailleurs ; j’écoute ce groupe depuis quelques années déjà, et ils m’ont accompagné dans des moments charnières du début de ma vingtaine. J’étais heureuse de les voir se produire pour la première fois en personne, dans un parc où j’ai passé beaucoup de temps. Leur style musical rock folk, le genre de musique à écouter en allant faire du camping, se prêtait bien au concept de concert en plein air. Le spectacle était habilement ficelé du début à la fin ; un départ plus rythmé, suivi d’un moment plus doux, pour finalement clore le tout sur leurs deux plus grands succès « Maison-monde » et « Elle vit dans les bois ». </p>



<p class="wp-block-paragraph">Dans leurs chansons, le groupe entretient un rapport à la ville qui me rejoint. Originaires d’Alma, ils ont, comme moi, quitté la région pour rejoindre la métropole. Je me reconnais dans leur regard sur Montréal ; il y a quelque chose d’encore neuf, un point d’observation à demi-extérieur. J’interprète souvent leurs chansons comme de petites lettres d’amour à Montréal, une ville qui fait de son mieux pour tailler une place à tout le monde. Tout au long de leur concert, leur affection pour leur ville d’adoption était palpable. Dans le décor du Théâtre de la Verdure, la dernière ligne de leur chanson « Kérosène » était particulièrement touchante : « En attendant, j’ai Montréal qui est belle un peu pareil. » Bercée par la musique du groupe, Montréal avait des airs nostalgiques. Je ne crois pas être la seule à avoir ressenti une vague d’affection pour cette ville que j’appelle maintenant ma maison. Le concert était lumineux ; l’espoir et la joie dictent la direction artistique de Marie Céleste, autant dans la mise en scène que dans leurs chansons. C’est rafraîchissant, comme un vent qui adoucit le chaos des vacances d’été. </p>



<blockquote class="wp-block-quote is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow">
<p class="wp-block-paragraph">« Je me reconnais dans leur regard sur Montréal ; il y a quelque chose d’encore neuf, un point d’observation à demi-extérieur »</p>
</blockquote>



<p class="wp-block-paragraph">En arrivant sur place, mon amie s’est exclamée : « awww c’est trop cute les humains. » J’avoue, il y a quelque chose de très mignon dans l’idée même d’un concert ; une poignée d’humains se sont déplacés afin de vivre ensemble un moment autour d’un intérêt commun. Ces spectacles rassemblent des gens qui ne se seraient peut-être jamais croisés autrement et créent ainsi un sentiment de communauté. Derrière moi, il y avait deux hommes un peu plus âgés et français ( j’assume avec l’accent) qui ont dit : « Ah, elle était pas mal celle-là. » Je n’aurais probablement jamais croisé ces personnes dans mon quotidien, mais ça m’a fait plaisir qu’ils goûtent à la musique québécoise en ma présence. </p>



<p class="wp-block-paragraph">Les concerts gratuits rendent la culture accessible et nous permettent aussi de nous rappeler que nous avons plus de choses en commun, les uns avec les autres et qu’il existe des communautés invisibles partout dans la ville. Montréal est belle parce qu’il y a toujours de la musique dans les rues,</p>



<p class="wp-block-paragraph"></p>
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			</item>
		<item>
		<title>Le retour attendu de Phoebe Bridgers</title>
		<link>https://www.delitfrancais.com/2026/09/01/le-retour-attendu-de-phoebe-bridgers/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Louane Biquin]]></dc:creator>
		<pubDate>Tue, 01 Sep 2026 04:28:24 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Culture]]></category>
		<category><![CDATA[Musique]]></category>
		<guid isPermaLink="false">https://www.delitfrancais.com/?p=60858</guid>

					<description><![CDATA[<p>Une critique du nouvel album Lost Weekend.</p>
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]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[
<p class="has-drop-cap wp-block-paragraph">Le 14 août 2026, Phoebe Bridgers a sorti son premier album depuis six ans, intitulé <em>Lost Weekend</em>. La longue attente a porté ses fruits, permettant à Bridgers de créer bien plus qu’un album : une expérience sonore et narrative unique. L’attention qu’elle porte aux détails et à l’innovation musicale s’étend jusqu’à l’aspect physique de l’album. L’artiste a conçu une édition spéciale du vinyle qui est phosphorescent et interactif. En éclairant la pochette du disque vinyle avec une lampe UV, on découvre des inscriptions dissimulées, révélant le titre et les crédits d’une 17e chanson inédite, disponible exclusivement sur vinyle ou CD. </p>



<p class="wp-block-paragraph">Soyez rassuré, si vous choisissez d’écouter <em>Lost Weekend</em> en format numérique, ce 17e titre n’est pas le seul à témoigner du génie musical de Bridgers. Les seize autres chansons, dont une reprise, vous laisseront comblé et avide d’une deuxième écoute. À travers les 52 minutes d’immersion auditive, la chanteuse s’exprime sur les thèmes d’une vie contrastée, mêlant amour et amitié à une solitude morbide et au deuil d’un proche, mais aussi d’une vie différente, une vie moins hantée par ces défis. Elle crée une véritable aventure, rythmée par ses hauts et ses bas, ses victoires et ses défaites, à travers laquelle l’auditeur l’accompagne. Préparez-vous à ressentir l’euphorie de l’amour en écoutant « Bobby », mais aussi la peur de soi-même et de l’abandon dans « <em>I Can’t Wait</em> ». </p>



<p class="wp-block-paragraph">La composition musicale de l’album est aussi spectaculaire que ses paroles. <em>Lost Weekend</em> est un mélange de plusieurs genres musicaux, tels qu” indie folk, indie rock et americana, tout en incorporant de l’électronique. Certaines pistes mettent en valeur la voix de Bridgers, parfois rendue robotique, voire méconnaissable, à l’aide d’un ordinateur, comme dans « <em>The Outside</em> » ; dans d’autres, telles que « <em>Kill Me</em> », ce sont les instruments et l’aspect purement sonore qui prennent davantage de place. C’est à travers la musicalité de <em>Lost Weekend </em>que l’artiste explore et étend les limites des sons qui ont leur place dans un album. Dans « Never Going Back! », Bridgers inclut un message vocal émotif de son père récemment décédé. Si vous tendez l’oreille, vous décèlerez des sons bien particuliers nichés dans certaines chansons, tel un décompte avant la nouvelle année dans « <em>The Governor’s Waltz</em> » ou les jappements du chien de la chanteuse dans « <em>Lost Weekend</em> (reprise) ». L’exploration de l’univers sonore de Bridgers se poursuit à travers ses nombreuses collaborations, créant un mélange de voix qui varie au gré des chansons. La présence de certains artistes est évidente, comme celle de Cameron Winter dans « I Can’t Wait », alors que d’autres sont plus discrètes mais tout aussi pertinentes, telles que celles de Lucy Dacus et Julien Baker dans « <em>Haunted</em> ». Ces dernières sont également membres du groupe boygenius dont Bridgers fait partie. </p>



<p class="wp-block-paragraph">Le nouvel album de Phoebe Bridgers, <em>Lost Weekend</em>, fait preuve de créativité musicale et de maturité, et témoigne la croissance sonore et narrative de l’artiste. C’est l’album idéal à écouter lors des dernières soirées d’été, alors que la vie reprend doucement son cours.</p>
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		<item>
		<title>Montréal en spectacles</title>
		<link>https://www.delitfrancais.com/2026/09/01/montreal-en-spectacles/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Laurence Drouin]]></dc:creator>
		<pubDate>Tue, 01 Sep 2026 04:06:40 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Culture]]></category>
		<category><![CDATA[Exposition]]></category>
		<category><![CDATA[art]]></category>
		<category><![CDATA[Musique]]></category>
		<guid isPermaLink="false">https://www.delitfrancais.com/?p=60851</guid>

					<description><![CDATA[<p>Revue culturelle des spectacles estivaux à Montréal.</p>
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]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[
<p class="wp-block-paragraph">En attendant que la saison d’automne s’installe dans les salles de spectacles, revisitons les grands moments culturels de l’été! </p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>« Les Francos » et « le Festival de Jazz » : le centre-ville en feu </strong></p>



<p class="wp-block-paragraph">Entre le 11 et le 20 juin, le quartier des spectacles a accueilli une variété d’artistes francophones pour une série de spectacles gratuits et payants. Avec Lou-Adriane Cassidy, Loud et Marie-Mai en tête d’a.che, le festival « Les Francos » a connu un succès remarquable à Montréal. <a href="https://www.ledevoir.com/culture/musique/987650/emile-bilodeau-marie-mai-kassav-vaste-monde-francos-populaires" data-type="link" data-id="https://www.ledevoir.com/culture/musique/987650/emile-bilodeau-marie-mai-kassav-vaste-monde-francos-populaires" data-wpel-link="external" target="_blank" rel="external noopener noreferrer">Le public a été si enjoué que Marie-Mai s’est lancée dans la foule lors de son spectacle!</a> Puis, du 25 juin au 4 juillet, la 46e édition du « Festival de Jazz » a comblé le cœur de nombreux, avec des artistes comme Lionel Richie, Patrick Watson et Angine de Poitrine. Le concert d’Angine de Poitrine a d’ailleurs été <a href="https://www.journaldemontreal.com/2026/06/29/video--festival-international-de-jazz-de-montreal--une-foule-historique-pour-angine-de-poitrine" data-type="link" data-id="https://www.journaldemontreal.com/2026/06/29/video--festival-international-de-jazz-de-montreal--une-foule-historique-pour-angine-de-poitrine" data-wpel-link="external" target="_blank" rel="external noopener noreferrer">« le plus gros show à vie du groupe » en accueillant des dizaines de milliers de fans.</a></p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong><em>Titanique</em> : la parodie musicale de Céline Dion </strong></p>



<p class="wp-block-paragraph">Pour débuter les festivités de l’été, le théâtre St-Denis a présenté la comédie musicale Titanique, un spectacle basé sur le film culte de James Cameron. Du 6 juin au 23 août, le public a voyagé à bord du fameux paquebot, tout en naviguant entre les blagues déjantées, les chansons mémorables de Céline Dion et la grande présence scénique de Véronique Claveau (Céline Dion), qui a mérité une ovation lors de la représentation précédant la première médiatique. <a href="https://www.journaldemontreal.com/2026/05/26/la-comedie-musicale-titanique-depasse-le-cap-des-25-000-billets-vendus" data-type="link" data-id="https://www.journaldemontreal.com/2026/05/26/la-comedie-musicale-titanique-depasse-le-cap-des-25-000-billets-vendus" data-wpel-link="external" target="_blank" rel="external noopener noreferrer">Plus de 25 000 billets ont été vendus avant même le soir de la première</a> et la comédie musicale a été si populaire que plusieurs représentations supplémentaires ont été ajoutées!</p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>« Osheaga » : La chanson « Ribs » chantée sous la pluie </strong></p>



<p class="wp-block-paragraph">Pour la 19e édition du festival de musique, <a href="https://ca.billboard.com/osheaga-2026-attendance-record-2677660444" data-type="link" data-id="https://ca.billboard.com/osheaga-2026-attendance-record-2677660444" data-wpel-link="external" target="_blank" rel="external noopener noreferrer">plus de 151 000 personnes ont profité des concerts du parc Jean-Drapeau.</a> En eAet, il n’avait plus aucun billet disponible pour <a href="https://ca.billboard.com/osheaga-2026-attendance-record-2677660444" data-type="link" data-id="https://ca.billboard.com/osheaga-2026-attendance-record-2677660444" data-wpel-link="external" target="_blank" rel="external noopener noreferrer">deux des trois soirées</a>, ce qui en fait <a href="https://ca.billboard.com/osheaga-2026-attendance-record-2677660444" data-type="link" data-id="https://ca.billboard.com/osheaga-2026-attendance-record-2677660444" data-wpel-link="external" target="_blank" rel="external noopener noreferrer">le deuxième plus grand succès du festival, après l’édition de 2023 avec ses 155 000 visiteurs</a>. Entre le 31 juillet et le 2 août, les spectateurs ont assisté aux prestations de Lorde, Tate McRae, Zara Larsson et près de 80 autres artistes. Pour la soirée de clôture du dimanche, alors qu’une averse a frappé le parc, Lorde a continué son spectacle sous la pluie. L’artiste a traversé la foule en interprétant sa chanson iconique Ribs (2013), un moment mémorable!</p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong><em>Les Misérables</em> : une pièce classique présentée en français </strong></p>



<p class="wp-block-paragraph">Tirée du roman de Victor Hugo, beaucoup disent que l’adaptation québécoise <a href="https://www.lesmislacomediemusicale.com/" data-type="link" data-id="https://www.lesmislacomediemusicale.com/" data-wpel-link="external" target="_blank" rel="external noopener noreferrer">est digne des scènes de Broadway</a>. C’est du 20 juin au 25 juillet que le spectacle a ébloui les spectateurs avec « <a href="https://ici.radio-canada.ca/nouvelle/2265091/comedie-musicale-miserables-montreal-quebec" data-type="link" data-id="https://ici.radio-canada.ca/nouvelle/2265091/comedie-musicale-miserables-montreal-quebec" data-wpel-link="external" target="_blank" rel="external noopener noreferrer">les plus grands talents en comédie musicale au Québec</a> ». La plus grande surprise demeure sans doute l’arrivée de la barricade lors de la bataille de la Révolution française. L’équipe technique a su recréer avec brio cet élément crucial à l’histoire, malgré les contraintes liées à la taille de la scène du théâtre St-Denis. Quoique très populaire, certains com- mentent par rapport aux prix des billets pour ce spectacle, qui pouvaient aller jusqu’à 200$ et plus au parterre pour une seule personne.</p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>« Beachclub » : le grand retour de « The Chainsmokers » </strong></p>



<p class="wp-block-paragraph">Le duo n’était pas venu à Montréal depuis 2019 et les voilà sur la scène du « <a href="https://montrealsecret.co/beachclub-a-45-min-de-montreal/" data-type="link" data-id="https://montrealsecret.co/beachclub-a-45-min-de-montreal/" data-wpel-link="external" target="_blank" rel="external noopener noreferrer">plus grand beach club au Canada</a> » le 1er juillet. C’est à la plage de Pointe-Calumet que le groupe a inauguré l’ouverture du club, f<a href="https://journalmetro.com/culture/arts-et-spectacles/2811931/beachclub-retour-the-chainsmokers/" data-type="link" data-id="https://journalmetro.com/culture/arts-et-spectacles/2811931/beachclub-retour-the-chainsmokers/" data-wpel-link="external" target="_blank" rel="external noopener noreferrer">ermé pendant deux ans à cause de la pandémie</a>. Ce club a oAert une pro- grammation particulièrement animée pendant l’été, avec notamment Sean Paul et Snoop Dogg, ainsi que plusieurs autres célébrités, dont le gardien de but des Canadiens, Jakub DobeL.</p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>Bonus : <em>Ça m’aura pris 34 ans </em></strong></p>



<p class="wp-block-paragraph">Connu pour ses entrevues avec les célébrités de la télé-réalité québécoise, dont <em>Occupation Double</em>, Rémi Desgagné s’est lancé pour la première fois dans l’humour. Avec six comédiens francophones et deux invités spéciaux, son spectacle a connu un grand succès au cabaret Lion d’Or, le 15 août dernier. La foule de 150 personnes était tellement en délire que le mot s’est passé derrière les coulisses, et Charles Brunet est venu faire un numéro spécial après l’entracte, qui n’était pas a.ché à la programmation.</p>
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		<item>
		<title>Partir ou rester : que doit-on faire devant un mur?</title>
		<link>https://www.delitfrancais.com/2026/08/31/partir-ou-rester-que-doit-on-faire-devant-un-mur/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Jiayuan Cao]]></dc:creator>
		<pubDate>Tue, 01 Sep 2026 01:13:43 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Culture]]></category>
		<category><![CDATA[Littérature]]></category>
		<category><![CDATA[allemagne]]></category>
		<category><![CDATA[berlin]]></category>
		<category><![CDATA[Mur]]></category>
		<guid isPermaLink="false">https://www.delitfrancais.com/?p=60842</guid>

					<description><![CDATA[<p>Une causerie avec Christian Guay-Poliquin autour de son roman Le mur.</p>
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]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[
<p class="has-drop-cap wp-block-paragraph">Lundi 24 août, la librairie Monet a eu le plaisir d’accueillir en salle Christian Guay-Poliquin dans le cadre d’une causerie autour de son récent roman, <em>Le mur</em>. Cinq ans après sa dernière publication, <em>Les ombres filantes</em>, l’auteur revient avec son quatrième ouvrage. En deux semaines, <em>Le mur</em> figure déjà au troisième rang des meilleures ventes sur le site <em><a href="http://leslibrairies.ca" data-wpel-link="external" target="_blank" rel="external noopener noreferrer">leslibrairies.ca</a></em>. Tout en gardant la même couleur de fond apocalyptique caractéristique de ses œuvres précédentes, le roman nous plonge cette fois-ci dans un monde « post-politique » décalé, où tout fonctionne encore… à la surface. Animée par Amélie Boivin Handfield, la discussion plonge le public entre les lignes et derrière les pages du roman, invitant le lecteur à voir le « mur » d’un regard neuf. </p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>Terrain et plans</strong></p>



<p class="wp-block-paragraph"> En 1961, le Parti socialiste unifié d’Allemagne multiplie les obstacles à la frontière, séparant le pays en deux. Dans l’Ouest, cette bande frontalière est surnommée la « zone de la mort » en raison du nombre considérable de personnes qui y ont perdu la vie en tentant de fuir. Dans le roman de Guay-Poliquin, un mur s’impose d’une manière similaire et divise son monde en deux blocs. Ce n’est cependant pas un calque parfait du fameux mur de Berlin. « Je me suis permis de reprendre, ou du moins, de réactualiser certaines de ces tentatives de traversée », admet l’auteur, « [mais] dans mon roman, je ne voulais pas représenter un mur qui cadre avec tout l’imaginaire qu’on a du mur de Berlin ». Pour lui, toute traversée ne devrait pas être teintée d’espoirs politico-socio-économiques. Elle devrait être motivée par des raisons strictement personnelles, pour une relation, une retrouvaille, ou simplement le désir de changer d’air. En bref, un choix pour soi. </p>



<blockquote class="wp-block-quote is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow">
<p class="wp-block-paragraph">« Cette rencontre fissure son quotidien : l’idée de traverser elle-même le mur s’impose à elle. Un dilemme naît alors – partir, ou rester »</p>
</blockquote>



<p class="wp-block-paragraph">Ce recentrage sur l’individu se reflète dans la structure sociale du roman. Dans ce monde, le pouvoir n’est pas centralisé ni organisé : il n’y a plus de gouvernements. Tout fonctionne par agence ; c’est l’apogée des industries privées. Et le récit suit la protagoniste, Héléna, une femme dans la cinquantaine qui, justement, travaille pour une agence de rénovation dans la ville où se trouve le mur. Un jour, alors qu’elle cherche la boîte électrique dans un sous-sol, elle tombe sur un groupe de tunneliers qui creusent clandestinement leur chemin vers « l’autre côté ». Cette rencontre fissure son quotidien : l’idée de traverser elle-même le mur s’impose à elle. Un dilemme naît alors – partir, ou rester. </p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>Champs de construction </strong></p>



<p class="wp-block-paragraph">« À ceux et celles qui m’ont appris à me servir de mes mains. » Voici la dédicace sur laquelle s’ouvre <em>Le mur.</em> Depuis l’adolescence, Christian Guay-Poliquin est un grand travailleur manuel. Au fil des années, c’est devenu une partie indissociable de sa vie, expliquant notamment la mise en lumière des travailleurs et travailleuses dans ses œuvres. « Ça m’a permis de gagner ma vie, de faire des rencontres », nous confie-t-il, « et ça m’a permis d’apprendre à réfléchir ». Pour lui, le travail des mains incite à l’action, développe la capacité à résoudre des problèmes et forge une manière d’aborder le réel. </p>



<p class="wp-block-paragraph">« Au début, il y a un espace à combler entre le plafond et le plancher », explique-t-il. « Il y a l’idée générale qui se fait, après ça on prend les mesures, on coupe les pièces, on assemble, on réajuste. Il y a tout le temps des erreurs. C’est un peu la même chose avec un roman, de voir là où on veut aller. » Dans le processus de création, il y a ce même espace à combler dans notre imaginaire, souvent suivi d’un processus de recherche acharné avant même de commencer la rédaction. Pour ce faire, Christian Guay-Poliquin partage qu’il fait beaucoup d’entrevues. Si la fiction permet à l’écrivain de parler sous différents chapeaux, encore faut-il que les lecteurs croient aux « chapeaux ». Cette étape a été particulièrement importante dans la conception du personnage d’Héléna, autant pour l’entreprise que représentent les travaux manuels que pour les réalités que vit une femme de cinquante ans. </p>



<blockquote class="wp-block-quote is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow">
<p class="wp-block-paragraph">« Le mur existe comme une falaise existe. Et les gardes-frontières, des secouristes dans un parc national »</p>



<p class="has-small-font-size wp-block-paragraph">– Christian Guay-Poliquin, auteur de Le mur</p>
</blockquote>



<p class="wp-block-paragraph">D’autre part, Guay-Poliquin reconnaît que son style d’écriture donne peu d’accès à son personnage. « Je voulais toujours que ça passe par des actions, des réactions à certaines situations », affirme-t-il, « ces témoignages-là m’ont aidé à construire, non pas la psychologie, mais le filon d’actions de mon personnage ». Le fait de priver le lecteur de l’intériorité de la protagoniste rend cette « construction » encore plus exigeante. Le succès d’un tel personnage nécessite une vraisemblance qui interdit au lecteur de questionner son identité. Elle est là, c’est une travailleuse en rénovation dans la cinquantaine, et peu importe les motifs derrière ses actions, c’est Héléna. </p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>Inspection finale</strong></p>



<p class="wp-block-paragraph">Tout comme le lectorat ne questionne pas la vraisemblance du personnage d’Héléna, les habitants de la ville dans <em>Le mur</em> ne semblent jamais questionner l’existence du mur frontalier. Pour reprendre les mots de l’auteur, « le mur existe comme une falaise existe. Et les gardes-frontières, des secouristes dans un parc national ». Pourquoi sont-ils là? Parce qu’un mur est un mur, et il faut le surveiller. Or, même s’ils perdent leurs raisons d’être, ils sont là et font partie du monde réel. De fait, ce mur existe depuis si longtemps qu’il s’est fondu dans le paysage, comme un arbre, comme une montagne, comme une « falaise ». Le manque de questionnement révèle l’une des réflexions centrales du roman : dans ce monde post-politique, les structures ont perdu leur sens, mais elles persistent par inertie. La normalisation de l’absurde finit par faire passer l’acceptation pour de la compréhension, et ce constat nous pousse à revoir notre propre réalité : tenons-nous, nous aussi, des choses pour acquis juste parce qu’elles ont toujours été là? En tant que lecteurs, nous sommes intrigués par ce mur imposant et cherchons des réponses lorsqu’ aucune ne nous est fournie.</p>



<figure class="wp-block-image size-large"><img fetchpriority="high" decoding="async" width="2000" height="1125" src="https://www.delitfrancais.com/wp-content/uploads/2026/08/mur1-2000x1125.jpg" alt class="wp-image-60845" srcset="https://www.delitfrancais.com/wp-content/uploads/2026/08/mur1-2000x1125.jpg 2000w, https://www.delitfrancais.com/wp-content/uploads/2026/08/mur1-650x366.jpg 650w, https://www.delitfrancais.com/wp-content/uploads/2026/08/mur1-150x84.jpg 150w, https://www.delitfrancais.com/wp-content/uploads/2026/08/mur1-768x432.jpg 768w, https://www.delitfrancais.com/wp-content/uploads/2026/08/mur1-1536x864.jpg 1536w, https://www.delitfrancais.com/wp-content/uploads/2026/08/mur1-2048x1152.jpg 2048w" sizes="(max-width: 2000px) 100vw, 2000px"><figcaption><span class="media-credit">Jiayuan Cao | Le Délit</span></figcaption></figure>



<p class="wp-block-paragraph">Cette absence de doute peut parfois nous sembler inquiétante. C’est sans compter sur Guay-Poliquin pour nous proposer une autre vision. L’action en elle-même est essentielle, insiste-t-il. On peut voir le mur comme une impasse. Il faut garder en tête que ce « problème » est déjà là et qu’on ne peut rien y faire dans l’immédiat. Devant une telle situation, l’auteur nous invite à déplacer notre regard : « Pour comprendre une situation, on va s’intéresser aux causes antérieures. Mais on pourrait très bien regarder la chose et se dire “À quoi sert-elle? Comment peut-on s’en servir, ou que peut-on faire pour la dégager si elle se trouve dans notre chemin?” » Dans le récit, le problème auquel fait face la protagoniste n’a jamais été de trouver la raison pour laquelle le mur est là, mais plutôt de choisir si elle doit partir ou rester. </p>



<p class="wp-block-paragraph">Au terme de cette causerie, Christian Guay-Poliquin rappelle qu’en créant le monde de son roman<em> Le mur</em> il ne cherche pas à banaliser les crises que nous traversons, mais à les humaniser en mettant de l’avant la résilience des gestes simples. Cette dimension des choix est profondément humaine. Car, comme il le soutient, « choisir, c’est perdre. Et perdre, c’est vivre. » Le choix se trouve dans nos mains, dans tous les cas.</p>



<p class="wp-block-paragraph"></p>
<p>L’article <a href="https://www.delitfrancais.com/2026/08/31/partir-ou-rester-que-doit-on-faire-devant-un-mur/" data-wpel-link="internal">Partir ou rester : que doit-on faire devant un mur?</a> est apparu en premier sur <a href="https://www.delitfrancais.com" data-wpel-link="internal">Le Délit</a>.</p>
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		<title>Manger les riches, c’est bon pour la culture</title>
		<link>https://www.delitfrancais.com/2026/08/31/manger-les-riches-cest-bon-pour-la-culture/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Rose Langlois]]></dc:creator>
		<pubDate>Mon, 31 Aug 2026 22:32:05 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Culture]]></category>
		<category><![CDATA[Réflexion]]></category>
		<category><![CDATA[art]]></category>
		<category><![CDATA[culture]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>Le privilège économique de la culture.</p>
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										<content:encoded><![CDATA[
<p class="wp-block-paragraph">Votre interlocuteur, fort éloquent, vient d’évoquer un opéra dont vous n’avez jamais entendu parler. Vous cherchez frénétiquement dans chaque recoin de votre esprit une parcelle de connaissance sur le sujet, mais sans succès… Force est d’admettre : vous êtes complètement largué et vous vous sentez un peu stupide. </p>



<p class="wp-block-paragraph">Être cultivé est une quête perpétuelle. Entre les innombrables nouveautés et les classiques d’antan, il y a toujours de quoi se sentir un peu en retard. La culture est vaste et diverge en tant de branches qu’il est impossible de toujours tout savoir sur tous les sujets, même si la réponse à la plupart de nos questions ne demande qu’une recherche Google (ou, Dieu nous en préserve, une requête à ChatGPT). </p>



<p class="wp-block-paragraph">En 2026, la culture est désormais au bout de nos doigts… ou l’est-elle vraiment ? Nous avons accès à plus de ressources que jamais auparavant, mais nous berçons-nous d’illusions en croyant que toute forme de culture nous est accessible de façon illimitée ? </p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>Crache le <em>cash </em></strong></p>



<p class="wp-block-paragraph">Dans la vie, rien n’est gratuit, pas même la culture. Si les façons d’avoir accès à cette dernière sont de plus en plus variées, cela ne les rend pas nécessairement plus accessibles. Une sortie au cinéma n’est pas des plus abordables. L’alternative plus économique, soit les plateformes de digusion en continu, demande un abonnement qui finit par coûter cher à la fin de l’année. Que les clubs vidéos où l’on pouvait jadis emprunter trois films pour la modique somme de 10$ reposent en paix. </p>



<p class="wp-block-paragraph">Le même scénario se répète avec la musique : rares sont les billets de concert pour des artistes connus qui se vendent à moins de quelques centaines de dollars. La littérature ne donne pas sa place non plus: pour rester à jour avec les nouvelles sorties, une centaine de dollars par mois n’est pas déraisonnable. </p>



<p class="wp-block-paragraph">Et il ne faudrait surtout pas oublier les arts de la scène. Le théâtre, le ballet et l’opéra sont certainement parmi les sorties culturelles les plus dispendieuses avec des prix qui s’élèvent rapidement : les billets les moins chers pour le prochain spectacle de l’Opéra de Montréal coûtent la somme faramineuse de 220$. </p>



<p class="wp-block-paragraph">Bien sûr, il existe certains moyens d’avoir accès à des œuvres culturelles sans débourser une fortune : les cinémas en plein air, les bibliothèques et les enregistrements sur des plateformes comme YouTube permettent de faire l’expérience de bijoux culturels gratuitement. Or, il s’agit rarement d’une option réaliste pour être au fait des œuvres les plus récentes: L’Odyssée de Christopher Nolan ne sera pas diffusée en ciné-parc de sitôt. Il faut se rendre à l’évidence: la culture et ses modes de digusion creusent un fossé au sein de la société. Et même si les alternatives sont remplies de bonne volonté, elles ne peuvent pas totalement combler ce vide. </p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>Rassembler pour mieux diviser </strong></p>



<p class="wp-block-paragraph">À l’occasion de la sortie du film Barbie, je me souviens encore de la tristesse qui flottait dans l’air lors du monologue d’America Ferrera sur les difficultés d’être une femme. </p>



<p class="wp-block-paragraph">Je chérirai toujours mon premier souvenir du porté final du Grand pas de deux de <em>Casse-Noisette</em> et de l’atmosphère presque religieuse qui régnait dans la salle. </p>



<p class="wp-block-paragraph">La culture est censée être un outil de rassemblement qui unit les humains autour d’émotions et d’intérêts communs, une source de connexion à travers tant d’éléments qui polarisent. Et pourtant, nous sommes divisés dans sa digusion. Bien que les nobles tentatives de favoriser l’accès à la culture soient nombreuses, il s’agit d’une goutte d’eau dans l’océan d’iniquité. Ceux qui n’ont pas les moyens de se procurer des billets pour les sorties culturelles les plus prisées sont souvent condamnés à s’en priver. </p>



<p class="wp-block-paragraph">Tout le monde désire contourner, d’une façon ou d’une autre, le capitalisme endémique de notre société. Rares sont les gens qui ont un budget illimité: bien souvent, le commun des mortels cherche des fragments de culture gratuitement ou à faible coût. Et que dire de ceux qui pourraient en avoir les moyens, mais qui doivent constamment choisir entre la multitude de créations qui s’ogre à eux ? Cet enjeu en dit long sur ce que devient l’industrie culturelle: est-elle là pour le peuple ou est-elle un énième outil de profit pour les élites ? Un élitisme pernicieux Pourquoi est-ce plus distingué d’assister à l’opéra Carmen que d’aller voir un spectacle d’humour de Charles Brunet ? Notamment parce que l’un est plus cher que l’autre. Nous avons tendance à ériger un véritable culte autour des œuvres culturelles les plus inaccessibles. Si <em>Guerre et paix </em>est un brin inaccessible de par l’ensemble des connaissances que sa lecture nécessite, Carmen l’est tout autant en exigeant une certaine aisance économique. La société est donc divisée par ces grands classiques de la culture et la distinction est faite entre ceux qui y ont accès et ceux qui doivent s’en passer. </p>



<p class="wp-block-paragraph">Les œuvres culturelles accessibles à tous sont rarement anoblies de la même façon. Ne sont jugées méritantes que les œuvres qui créent un club sélect de ses admirateurs. La « grande » culture est ainsi une empreinte d’élitisme, du privilège d’y avoir accès et de la comprendre, une culture que l’on garde jalousement dans son cercle restreint, de peur d’être moins incroyable si un être commun venait à en connaître autant que nous. Il ne faudrait surtout pas que l’élite que l’on bâtit si consciencieusement se sente menacée. </p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>Une culture sous bâillon </strong></p>



<p class="wp-block-paragraph">Pour créer une élite culturelle solide, il faut bien sûr jouer avec son financement. Les gouvernements canadien et québécois se targuent d’ogrir un soutien financier à la scène culturelle. Or, obtenir du financement dans le domaine des arts relève du miracle: tout juste s’il ne faut pas scander des incantations tout en sacrifiant son premier né. Les démarches interminables sont doublées de coupes budgétaires régulières, car, après tout, qui a besoin des arts? </p>



<p class="wp-block-paragraph">La question de l’investissement continue de se poser chaque année et les artistes sont constamment sur le bout de leur chaise: est-ce aujourd’hui qu’on sacrifiera leur profession pour davantage de rendement et revenus? </p>



<p class="wp-block-paragraph">Personne n’a la réponse à cette question, pas même notre gouvernement: le <a href="https://ici.radio-canada.ca/nouvelle/2230269/sorties-culturelles-ecole-inquietudes-coupes-budgetaires" data-type="link" data-id="https://ici.radio-canada.ca/nouvelle/2230269/sorties-culturelles-ecole-inquietudes-coupes-budgetaires" data-wpel-link="external" target="_blank" rel="external noopener noreferrer">ministère de l’Éducation du Québec</a> proposait dans son budget de mars 2026 des coupes dans les sorties scolaires et le programme « La culture à l’école ». Ce programme, mis en place par le gouvernement Legault lui-même, permettait à des artistes de se rendre en classe pour diffuser la culture à travers l’éducation des jeunes. Un programme qui, sans aucun doute, a aidé à diversifier les horizons culturels de plusieurs élèves. Face aux nombreuses manifestations de colère et de déception, le ministère a décidé de <a href="https://ici.radio-canada.ca/nouvelle/2240248/sorties-scolaires-financement-budget-quebec-culture" data-type="link" data-id="https://ici.radio-canada.ca/nouvelle/2240248/sorties-scolaires-financement-budget-quebec-culture" data-wpel-link="external" target="_blank" rel="external noopener noreferrer">conserver le budget</a> pour ces programmes, mais les raisons initiales de ce retrait planifié demeurent inconnues du public. </p>



<p class="wp-block-paragraph">Avons-nous réellement besoin d’une raison ? À la moindre nécessité de coupes budgétaires, la culture est toujours l’agneau sacrificiel. L’élitisme de la culture nous pousse à croire que nous n’avons pas besoin de programmes spéciaux pour la promouvoir. Il ne nous reste plus qu’à nous en remettre aux nobles têtes pensantes qui nous feront la grâce de nous dire quelles formes de cultures sont dignes de notre temps.</p>



<p class="wp-block-paragraph"></p>
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		<title>Quand le deuil est chanté par des dessins animés</title>
		<link>https://www.delitfrancais.com/2026/03/25/quand-le-deuil-est-chante-par-des-dessins-animes/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Benjamin Martel]]></dc:creator>
		<pubDate>Wed, 25 Mar 2026 11:00:00 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Culture]]></category>
		<category><![CDATA[Musique]]></category>
		<category><![CDATA[Gorillaz]]></category>
		<category><![CDATA[nouvel album]]></category>
		<category><![CDATA[The Mountain]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>Le neuvième album studio de Gorillaz est paru à la fin février.</p>
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										<content:encoded><![CDATA[
<p class="has-drop-cap wp-block-paragraph">Gorillaz est un groupe de musique britannique virtuel créé par Damon Albarn et Jamie Hewlett en 1998. Tandis qu’Albarn s’occupe de la partie musicale, Hewlett est l’artiste derrière toute la partie visuelle. Le duo fondateur reste plutôt dans l’ombre, puisque les membres de Gorillaz sont présentés comme quatre personnages de dessin animé : 2‑D (chant), Noodle (guitare, clavier), Murdoch Niccals (guitare, basse) et Russel Hobbs (batterie). Un riche univers autour de la formation fictive s’est construit au fil des années à travers de nombreux vidéoclips, des courts-métrages et même des entrevues écrites à l’avance. </p>



<p class="wp-block-paragraph"><em>The Mountain</em> est le neuvième album studio de la formation, sorti 25 ans après leur premier projet. Il a été conçu durant une période de deuil pour le duo créatif, dont les membres ont tous deux perdu leur père en l’espace de deux semaines. Même si la mort est le filon conducteur de l’album, le ton est loin d’être mélancolique. La cinquième chanson, « <em>The Orange County </em>», s’attaque à la tristesse du deuil à l’aide d’une mélodie construite autour d’un sifflement jovial : « <em>Tu sais le plus difficile / C’est de dire au revoir à quelqu’un que tu aimes (tdlr) </em>»<em> </em>(<em>You know the hardest thing / Is to say goodbye to someone you love). </em></p>



<blockquote class="wp-block-quote is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow">
<p class="wp-block-paragraph">« Même si la mort est le filon conducteur de l’album, le ton est loin d’être mélancolique»</p>
</blockquote>



<p class="wp-block-paragraph">Albarn et Hewlett, durant la création de l’album et leur processus de deuil, ont effectué plusieurs voyages en Inde qui ont influencé les thématiques majeures abordées dans<em> The Mountain</em>. Cela se ressent notamment dans le côté spirituel de l’album. La mort est abordée à travers le spectre de la réincarnation, ce qui aide en partie à atténuer son côté tragique. Le choix des collaborations en témoigne parfaitement, car elles sont parfois prises d’anciens enregistrements d’artistes décédé·e·s, comme c’est le cas avec le rappeur Proof sur « <em>The Manifesto</em> », qui renaît temporairement le temps de quelques couplets. La structure même du projet rappelle la réincarnation, puisque la mélodie d’ouverture est la même que celle qui conclut l’album. Il est donc idéal d’écouter l’album dans son ordre chronologique, d’un bout à l’autre, pour en faire l’expérience optimale. Le projet se termine avec « <em>The Sad God</em>», qui met en scène un dieu découragé et déçu par l’humanité : « <em>Je vous ai donné des atomes, vous avez construit une bombe / Maintenant il n’y a plus rien et je suis parti </em>» (<em>I gave you atoms, you built a bomb / Now there is nothing and I have gone</em>). </p>



<p class="wp-block-paragraph">Fidèle à ses habitudes, Gorillaz multiplie les collaborateur·ice·s et les genres musicaux dans lesquels il puise. <em>The Mountain</em> est influencé par le rap, le trip hop, la musique classique indienne, le rock alternatif et plus encore. Il est le résultat de plusieurs collaborations entre différents pays, ce qui crée une œuvre multiculturelle au son riche et singulier. Cette diversité se manifeste entre autres par les langues dans lesquelles chantent les artistes invité·e·s : l’anglais, l’arabe, l’hindi, l’espagnol et le yoruba. </p>



<p class="wp-block-paragraph">Pour accompagner la sortie de l’album, Gorillaz a publié un court-métrage de huit minutes intitulé «<em> The Mountain, The Moon Cave and The Sad God</em> », titre qui fait allusion à trois chansons différentes. Véritable lettre d’amour à l’âge d’or de l’animation, le film s’inspire grandement du <em>Livre de la jungle</em>. Le projet dirigé par Hewlett et réalisé par des dizaines d’artistes s’est échelonné sur plusieurs mois, puisque le groupe tenait à ce qu’il soit entièrement dessiné et peint à la main. L’attention aux plus fins détails témoigne de la passion encore bien vivante d’Albarn et Hewlett. Grâce à cette passion, Gorillaz arrive à réaliser un album monumental qui se hisse parmi les meilleurs de la formation. </p>



<p class="wp-block-paragraph">The Mountain <em>est disponible sur toutes les plateformes de diffusion en continu et en format physique. Gorillaz sera au Centre Bell le 3 octobre 2026, où l’on pourra voir de grands écrans diffuser des vidéos du groupe virtuel, tandis qu’Albarn et une dizaine de musiciens se produiront sur scène. Les billets sont déjà en vente sur evenko.ca.</em></p>



<figure class="wp-block-image size-full is-resized"><img decoding="async" width="1094" height="1094" src="https://www.delitfrancais.com/wp-content/uploads/2026/03/Screenshot-2026-03-24-at-11.02.05-AM.png" alt class="wp-image-60652" style="width:225px;height:auto" srcset="https://www.delitfrancais.com/wp-content/uploads/2026/03/Screenshot-2026-03-24-at-11.02.05-AM.png 1094w, https://www.delitfrancais.com/wp-content/uploads/2026/03/Screenshot-2026-03-24-at-11.02.05-AM-650x650.png 650w, https://www.delitfrancais.com/wp-content/uploads/2026/03/Screenshot-2026-03-24-at-11.02.05-AM-150x150.png 150w, https://www.delitfrancais.com/wp-content/uploads/2026/03/Screenshot-2026-03-24-at-11.02.05-AM-768x768.png 768w, https://www.delitfrancais.com/wp-content/uploads/2026/03/Screenshot-2026-03-24-at-11.02.05-AM-600x600.png 600w, https://www.delitfrancais.com/wp-content/uploads/2026/03/Screenshot-2026-03-24-at-11.02.05-AM-120x120.png 120w" sizes="(max-width: 1094px) 100vw, 1094px"><figcaption><span class="media-credit">Photo tirée de la page Instagram de Jamie Hewlett</span></figcaption></figure>



<p class="wp-block-paragraph"></p>
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		<title>Révélation de l’identité de Banksy</title>
		<link>https://www.delitfrancais.com/2026/03/25/revelation-de-lidentite-de-banksy/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Juliette Aviat]]></dc:creator>
		<pubDate>Wed, 25 Mar 2026 11:00:00 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Culture]]></category>
		<category><![CDATA[Réflexion]]></category>
		<category><![CDATA[Arts visuels]]></category>
		<category><![CDATA[graffiti]]></category>
		<guid isPermaLink="false">https://www.delitfrancais.com/?p=60658</guid>

					<description><![CDATA[<p>Sa sortie de l’anonymat soulève des questions sur l'art du tag.</p>
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]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[
<p class="has-drop-cap wp-block-paragraph">L ’identité de Banksy, également connu sous les surnoms de « l’homme au pochoir », de « l’entité artistique légendaire » ou encore de « justicier graffeur », a finalement été dévoilée par des journalistes de <a href="https://www.reuters.com/investigates/special-report/global-art-banksy/" data-wpel-link="external" target="_blank" rel="external noopener noreferrer">Reuters</a>. L’artiste de rue britannique, que la presse n’a pas fini de surnommer avec force de fantaisie, possède un pouvoir culturel certain et un rôle dans le débat public aujourd’hui.</p>



<blockquote class="wp-block-quote is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow">
<p class="wp-block-paragraph">« Si ce sont des graffiteurs, c’est du vandalisme ; si c’est Banksy, c’est de l’art »</p>
</blockquote>



<p class="wp-block-paragraph">Il a effectivement été nommé parmi les 100 personnes les plus influentes par le Time Magazine en 2010. Derrière le pseudonyme de « Banksy » se cache Robin Gunningham, né à Bristol en 1973, et qui se fait appeler David Jones depuis quelques années. Cependant, cette révélation de l’identité de Banksy m’a interpellé sur la question du mérite d’une œuvre d’art. </p>



<p class="wp-block-paragraph">Pourquoi certaines œuvres de Banksy sont-elles protégées par un panneau en plexiglass, ou déplacées dans des musées pour empêcher leur dégradation, alors que les auteurs de graffitis risquent parallèlement de lourdes amendes? En restant anonyme, Banksy ne craignait pas les sanctions liées aux graffitis sauvages, s’attendant souvent à ce que ses œuvres soient effacées. </p>



<p class="wp-block-paragraph">Nous pouvons alors comprendre la colère des graffiteurs populaires qui dégradent certaines œuvres de Banksy. « Le Phare », à Marseille, apparu le 30 mai, a été vandalisé par l’ajout de testicules en peinture violette dès la première nuit. À ses côtés, un « Moi aussi ils vont me protéger? » signé « Banski » était inscrit. Pourquoi, alors qu’il était autrefois considéré comme un contestataire, l’artiste bénéficierait-il aujourd’hui d’un traitement de faveur de la part des autorités? Si ce sont des graffiteurs, c’est du vandalisme ; si c’est Banksy, c’est de l’art. </p>



<p class="wp-block-paragraph">Pourtant, lui-même le dénonce, cité dans le LA Weekly en 2010 : « Je ne cherche pas tant à convaincre les gens du monde de l’art que ce que je fais est de “l’art”. Je tiens davantage à convaincre les membres de la communauté du graffiti que ce que je fais, c’est bel et bien du vandalisme (tdlr). » Il ne veut pas être perçu comme le favori parmi les graffiteurs populaires.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Ce qui est d’autant plus paradoxal, c’est l’exposition de graffitis dans des galeries et leur vente aux enchères pour des sommes considérables. En déplaçant ces œuvres, pourtant associées à leur « mur », dans des musées ou des expositions, on en change le sens. En effet, les graffitis, <a href="https://street-art-galerie.com/blogs/blog-street-art/lhistoire-du-tag-et-son-evolution-artistique?srsltid=AfmBOopPztliKALr3H1VXUyzLFOjUhg0dCQg_bY4D7-U58EUFiWeGg72" data-wpel-link="external" target="_blank" rel="external noopener noreferrer">apparus dans les années 1960</a> à Philadelphie aux États-Unis, étaient une forme d’expression des jeunes désocialisés de la classe ouvrière, qui ont commencé à écrire leurs noms ou surnoms sur les murs de la ville pour laisser une trace, marquer leur passage sur cette Terre. Aujourd’hui, le graffiti a évolué pour devenir une véritable forme d’expression artistique. Symbole de résistance et de contre-culture, il peut faire passer des messages politiques, et surtout permet à tous, même aux voix marginalisées, de s’exprimer librement. C’est un art populaire, accessible à tous, et la sacralisation qu’en fait l’élite artistique en s’en emparant vient perturber cette dynamique communautaire. Un art de rue ne devrait pas être transféré dans des institutions.</p>



<p class="wp-block-paragraph"></p>
<p>L’article <a href="https://www.delitfrancais.com/2026/03/25/revelation-de-lidentite-de-banksy/" data-wpel-link="internal">Révélation de l’identité de Banksy</a> est apparu en premier sur <a href="https://www.delitfrancais.com" data-wpel-link="internal">Le Délit</a>.</p>
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			</item>
		<item>
		<title>Dis-moi comment écrire, je te dirai qui tu es</title>
		<link>https://www.delitfrancais.com/2026/03/25/dis-moi-comment-ecrire-je-te-dirai-qui-tu-es-2/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Rose Langlois]]></dc:creator>
		<pubDate>Wed, 25 Mar 2026 11:00:00 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Culture]]></category>
		<category><![CDATA[Réflexion]]></category>
		<category><![CDATA[Changement]]></category>
		<category><![CDATA[Écriture inclusive]]></category>
		<category><![CDATA[langue française]]></category>
		<category><![CDATA[Littérature]]></category>
		<guid isPermaLink="false">https://www.delitfrancais.com/?p=60655</guid>

					<description><![CDATA[<p>Réflexion sur l’usage de l’écriture inclusive.</p>
<p>L’article <a href="https://www.delitfrancais.com/2026/03/25/dis-moi-comment-ecrire-je-te-dirai-qui-tu-es-2/" data-wpel-link="internal">Dis-moi comment écrire, je te dirai qui tu es</a> est apparu en premier sur <a href="https://www.delitfrancais.com" data-wpel-link="internal">Le Délit</a>.</p>
]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[
<p class="has-drop-cap wp-block-paragraph">En septembre 2025, le ministre Jean-François Roberge <a href="https://www.quebec.ca/nouvelles/actualites/details/modifications-a-la-politique-linguistique-de-letat-quebec-met-fin-a-la-confusion-linguistique-dans-les-communications-de-letat-66000" data-wpel-link="external" target="_blank" rel="external noopener noreferrer">a interdit les nouvelles méthodes</a> d’écriture inclusive dans les communications de l’État : on parle ici de points médians, de doublets abrégés et de néologismes. En somme, tout langage inclusif qui n’est pas déjà établi dans nos habitudes linguistiques n’a pas sa place dans le langage officiel de l’État. M. Roberge dit prôner la clarté : l’écriture inclusive serait un cafouillis apportant davantage de confusion que d’inclusion – en bref, une tactique d’écriture inutile jusque dans ses fondements. </p>



<p class="wp-block-paragraph">Il est vrai que l’écriture inclusive demande certaines acrobaties de langage, mais elles ne sont pas impossibles. La preuve : le premier paragraphe de cet article est écrit de façon neutre. Vos yeux saignent-ils? Le problème de l’écriture inclusive n’est pas la clarté. Il est pourtant bien trop facile pour les réfractaires de se justifier par cet argument. </p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>L’écriture inclusive : qu’est-ce que c’est? </strong></p>



<p class="wp-block-paragraph">L’écriture inclusive est un ensemble de techniques d’écriture qui permettent l’inclusivité, particulièrement sur le plan du genre. Parmi les techniques les plus populaires, on compte le point médian (traducteur·ice), les doublets abrégés (réviseur[-euse]), les termes épicènes (personnel infirmier) et, parfois, des néologismes comme « iel ». L’usage de ces astuces d’écriture permet de visibiliser certains groupes marginalisés ou de neutraliser le genre pour souligner l’existence d’un spectre. La binarité n’est plus de mise et, n’en déplaise à ses adeptes, le masculin générique ne suffit plus. L’écriture inclusive reflète une réalité sociale. </p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>Changer la langue : une question de volonté </strong></p>



<p class="wp-block-paragraph">Dans les années 70, une vague de féminisme pousse la société québécoise à féminiser plusieurs termes, notamment les titres de fonctions. Dans un monde où les femmes accèdent enfin à des emplois qui leur étaient précédemment hors d’atteinte, il devient impossible de conserver une langue axée sur le masculin des professions. Madame le directeur, madame l’écrivain, madame le docteur… Cette façon de parler est insensée et dépassée : maintes féministes ont revendiqué une féminisation des titres qui correspondait à la nouvelle réalité du Québec. Plusieurs tentatives, certaines plus fantaisistes que d’autres, ont contribué à rendre acceptable ce nouveau langage. De nos jours, pas même Mathieu Bock-Côté ne songerait à utiliser le titre masculin pour désigner une femme dans son poste de travail. </p>



<blockquote class="wp-block-quote is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow">
<p class="wp-block-paragraph">« On a tendance à penser, en français, que tout ce qui diverge de la norme est une faute. Le fondement même d’une langue est son évolution. Pourquoi ne pas célébrer ses variations? »</p>



<p class="wp-block-paragraph"><sub>Catherine Leclerc, professeure agrégée à l’Université McGill et sociolinguiste</sub></p>
</blockquote>



<p class="wp-block-paragraph">Mais ce changement ne s’est pas opéré de façon universelle. Pensons notamment à la France où cette féminisation des titres s’est opérée beaucoup plus tardivement : l’Académie française <a href="https://ici.radio-canada.ca/nouvelle/1155773/academie-francaise-feminisation-noms-metiers" data-wpel-link="external" target="_blank" rel="external noopener noreferrer">l’accepte enfin en 2019,</a> ce qui confirme que son usage est plus répandu. Les titres féminisés n’étaient pas assez courants et donnaient l’impression aux femmes occupant des postes convoités et traditionnellement masculins que leur existence dans cette sphère de travail était moindre. Tout est donc une question de normalisation. </p>



<p class="wp-block-paragraph">Le principe est le même pour l’écriture inclusive. Il s’agit d’une révolution de la langue qui nous semble inhabituelle, perturbante. Mais étrange ne veut pas dire mauvais : tout comme la féminisation des titres a pu sembler anarchique à ses débuts avant de s’assagir, il est possible d’utiliser l’écriture inclusive sans pour autant faire scandale.  Un apprentissage du fonctionnement de la langue inclusive est vital. Les réfractaires, pour se convaincre que cette écriture est signe d’une apocalypse latente, prennent toujours en exemple les textes qui font un usage abusif des méthodes inclusives. Personne ne veut lire un texte picoté de points médians ou raturé de barres obliques confuses. Mais il faut savoir que ces textes sont écrits par des gens qui ne maîtrisent pas l’écriture inclusive. </p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>Une rédaction qui complique la vie </strong></p>



<p class="wp-block-paragraph">Bien qu’elle ne soit pas impossible à utiliser, l’écriture inclusive peut poser quelques défis. Arnaud Bernadet, professeur agrégé à l’Université McGill et auteur du livre <em>L’Utopie de l’écriture inclusive</em>, souligne que ces techniques inclusives « peuvent présenter un enjeu de compréhension pour un public qui ne les connaît pas. C’est alors une question de la faisabilité de la pratique ». Il faut admettre que l’écriture inclusive peut être difficile à comprendre pour ceux qui n’y sont pas souvent exposés : les tactiques demandent une certaine connaissance de la langue et quelques habiletés rédactionnelles. M. Bernadet ajoute que, bien que la pratique prenne ses origines dans la communauté queer, elle est devenue un sujet de choix chez les universitaires : « Il y a un angle mort sociologique dans cette affaire. Ceux qui pratiquent le plus cette rédaction sont l’élite, on assiste donc au développement d’une pratique élitaire. » Mais au-delà de ces considérations sociologiques, il y a la faisabilité du projet par rapport à la langue : « L’écriture inclusive, c’est une série d’expérimentations et de pratiques, mais sont-elles faisables, réalisables? Plusieurs questions d’accords morphologiques sont inévitables : quelle forme leur donner? » Le professeur déplore que la langue ait été oubliée dans le débat entourant l’écriture inclusive. « On glisse très vite sur des considérations de genre en oubliant la langue. Il faut éviter de discriminer ou d’invisibiliser les personnes non binaires ; on ne nie pas leur existence, mais, dans la langue, certaines choses ne sont pas réalisables. Il faut remettre les choses dans l’axe de la langue », souligne-t-il. </p>



<p class="wp-block-paragraph">Est-il vraiment possible de penser l’écriture inclusive en termes purement linguistiques? Après tout, la question d’inclusivité surgit parce qu’elle s’applique à des personnes. Une langue qui tend à invisibiliser, voire à nier, l’existence d’une portion de la société n’est pas une langue représentative des sociétés qui l’utilisent. </p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>Parler pour exister </strong></p>



<p class="wp-block-paragraph">Lorsque nous parlons, nous exprimons notre réalité. Sans les mots justes, nous ne pouvons pas communiquer efficacement notre expérience du monde. Catherine Leclerc, professeure agrégée à McGill et sociolinguiste, admet que la question de l’écriture inclusive est complexe : « La langue inclusive est contagieuse, mais elle est déstabilisatrice. Du point de vue grammatical, ce n’est pas une si bonne affaire, mais du point de vue humain, il y a de bons côtés. » Elle explique que, même s’il y a un fort relais de la question par le milieu universitaire, la plupart des personnes non binaires ne font pas partie de cette élite face à la langue: ces deux réalités cohabitent. Mme Leclerc ajoute qu’on ne peut pas faire de pronostics face à la langue: « La morphologie dicte certains choix et la syntaxe est difficile à changer. Mais les humains font ce qu’ils veulent et, s’ils sont assez nombreux à faire quelque chose qui ne se fait pas, ça restera. » </p>



<p class="wp-block-paragraph">Pour ceux qui perçoivent la forme inclusive comme une erreur de langue, Mme Leclerc clarifie : « On a tendance à penser, en français, que tout ce qui diverge de la norme est une faute. On a, par exemple, beaucoup plus de difficulté à intégrer et accepter les néologismes. Il y a énormément de guides de rédaction inclusive qui existent, illustrant un véritable besoin de définir et encadrer la pratique. Le fondement même d’une langue est son évolution. Pourquoi ne pas célébrer ses variations? »</p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>Une langue complexe pour célébrer la complexité de l’humain </strong></p>



<p class="wp-block-paragraph">Bien que plusieurs personnes débattent de la légitimité de l’écriture inclusive, des auteur·es usent déjà de ces méthodes pour créer des œuvres littéraires complexes. Au Québec, le milieu littéraire commence peu à peu à intégrer cette écriture à des publications. </p>



<p class="wp-block-paragraph">Et puis, contrairement à la croyance populaire, il ne s’agit pas toujours de présenter des personnages non binaires, mais aussi de proposer une expérience de lecture englobant tout le lectorat. Chaque personne qui lit, peu importe son identité, peut se sentir incluse dans le récit. </p>



<p class="wp-block-paragraph"><em>Tricératopcanon</em>, de Marc-André Lévesque, utilise couramment des points médians. <em>Fouolles</em> de Si Poirier suit la même logique pour parler de la réalité des personnes trans. Valérie Bah, use de tactiques inclusives plus visibles dans son roman <em>Les enragé·e·s</em> : le titre sur la couverture présente une graphie qui permet de mettre de l’avant ces choix inclusifs. L’écriture inclusive serait, en général, <a href="https://www.ledevoir.com/lire/806234/langue-ecriture-inclusive-entre-fiction-quebecoise" data-wpel-link="external" target="_blank" rel="external noopener noreferrer">un souhait des auteurs</a> respecté par leurs maisons d’édition. Onze maisons d’édition sur dix-neuf interrogées par <em>Le Devoir</em> auraient déjà publié des ouvrages en langue inclusive. La traduction n’est pas en reste : les éditions Béances mettent de l’avant des textes en langage inclusif dans leur langue d’origine, souvent l’anglais. La traduction permet de <a href="https://www.beanceseditions.com/qui" data-wpel-link="external" target="_blank" rel="external noopener noreferrer">conserver ces textes dans leur contexte d’origine</a>, ces derniers étant souvent l’œuvre de personnes de la communauté LGBTQ+. </p>



<p class="wp-block-paragraph">Si le débat sur la légitimité du langage inclusif fait encore rage, les techniques inclusives permettent à des gens et des artistes de s’exprimer librement et de se sentir bien dans leur identité. Le langage est la clé de l’existence, une clé qui permet à chacun de verbaliser sa réalité. Il est important que la langue se façonne par elle-même, et non par les directives d’institutions comme l’OQLF (Office québécois de la langue française) ou l’Académie française : ces institutions ne servent qu’à constater et cimenter les pratiques linguistiques en usage, pas à prescrire une façon de s’exprimer. La langue évolue au fil de la société et ne pourra jamais être cantonnée aux recommandations d’une vitrine linguistique.</p>



<p class="wp-block-paragraph"></p>
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		<item>
		<title>Une course serrée aux 98e Oscars</title>
		<link>https://www.delitfrancais.com/2026/03/25/une-course-serree-aux-98e-oscars/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Austin Witter]]></dc:creator>
		<pubDate>Wed, 25 Mar 2026 11:00:00 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Cinéma]]></category>
		<category><![CDATA[Culture]]></category>
		<category><![CDATA[animation]]></category>
		<category><![CDATA[Cinema]]></category>
		<category><![CDATA[Québec]]></category>
		<guid isPermaLink="false">https://www.delitfrancais.com/?p=60665</guid>

					<description><![CDATA[<p>L’animation québécoise reconnue à la cérémonie.</p>
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										<content:encoded><![CDATA[
<p class="has-drop-cap wp-block-paragraph">Le 15 mars, l’Académie des arts et des sciences du cinéma a mis en lumière des talents marquants de l’année 2025 lors des récompenses de cinéma les plus importantes du monde anglophone. La cérémonie, qui se déroule toujours à Los Angeles, a été remplie comme d’habitude de discours touchants, de moments drôles et de commentaires politiques. <em>Pécheurs </em>(<em>Sinners</em>) et <em>Une bataille après l’autre </em>(<em>One Battle After Another</em>), les deux candidats en tête de liste, ont reçu des récompenses en alternance tout au long de la soirée, qui a culminé avec la victoire d’<em>Une bataille après l’autre</em> pour l’Oscar du meilleur film.</p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>L’animation québécoise </strong></p>



<p class="wp-block-paragraph">Cependant, ce ne sont pas uniquement des films américains qui ont été reconnus ; parmi les lauréats triomphait le court-métrage québécois <em><a href="https://www.onf.ca/film/la-jeune-fille-qui-pleurait-des-perles/" data-wpel-link="external" target="_blank" rel="external noopener noreferrer">La jeune fille qui pleurait des perles</a></em>. Ce film <a href="https://ici.radio-canada.ca/nouvelle/2239442/jeune-fille-pleurait-perles-oscar" data-wpel-link="external" target="_blank" rel="external noopener noreferrer">a remporté l’Oscar du meilleur court-métrage d’animation</a>. « Merci à la fantastique ville de Montréal. Merci, le Canada », a déclaré Maciek Szczerbowski, <a href="https://www.youtube.com/watch?v=6Pqi0LkfG98" data-wpel-link="external" target="_blank" rel="external noopener noreferrer">qui a accepté l’Oscar</a> avec son co-réalisateur Chris Lavis.</p>



<p class="wp-block-paragraph"><em>La jeune fille qui pleurait des perles</em> est un film de 17 minutes, disponible gratuitement sur le site de l’Office national du film (ONF). L’œuvre met en scène un garçon pauvre qui habite dans le quartier de Saint-Henri à Montréal, au début du 20e siècle. Il observe la famille qui habite à côté par un trou dans le mur. Souvent, la nuit, la souffrance de la jeune fille abusée par sa mère se manifeste en larmes solides et parfaitement rondes : des perles. Cette découverte donne au garçon une chance de s’échapper de la pauvreté extrême; il ressent pourtant de l’empathie pour la jeune fille. Lorsqu’il vend les perles, il a alors du mal à soulager sa mauvaise conscience.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Les réalisateurs ont travaillé pendant cinq ans pour créer <em>La jeune fille qui pleurait des perles</em>, dont l’animation image par image exigeait un travail méticuleux. James Hyndman, narrateur du film, <a href="https://ici.radio-canada.ca/nouvelle/2239442/jeune-fille-pleurait-perles-oscar" data-wpel-link="external" target="_blank" rel="external noopener noreferrer">a décrit Szczerbowski et Lavis </a>à Radio-Canada comme deux hommes « qui, tous les matins, se pointent à la job et font : “Aujourd’hui, je vais faire un bout de tissu”, et ils passent la journée [à faire, <em>ndrl</em>] la manche d’un veston […] et le lendemain matin, ils recommencent. » Les réalisateurs <a href="https://www.ledevoir.com/culture/cinema/932577/jeune-fille-pleurait-perles-lettre-amour-magie-montreal-image-image" data-wpel-link="external" target="_blank" rel="external noopener noreferrer">ont révélé au <em>Devoir</em></a> que, dans la situation idéale, « une journée entière de travail produit peut-être trois secondes de film ».</p>



<p class="wp-block-paragraph">Il s’agissait d’un honneur plutôt inattendu pour l’ONF. Suivant l’oscarisation du court-métrage, le site Web de l’ONF <a href="https://www.ledevoir.com/culture/cinema/964308/realisateurs-quebecois-maciek-szczerbowski-chris-lavis-remettent-emotions" data-wpel-link="external" target="_blank" rel="external noopener noreferrer">a subi une brève panne</a> causée par les nombreux internautes qui souhaitaient le visionner.</p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>Batailles, pécheurs, et ping-pong </strong></p>



<p class="wp-block-paragraph">Pour d’autres lauréats aussi, la victoire n’a été obtenue qu’après de longues années de travail. Paul Thomas Anderson, sacré meilleur réalisateur pour <em>Une bataille après l’autre</em>, avait reçu 14 nominations aux Oscars précédents sans remporter une statuette. Cette année, l’Académie a mis fin à cette série de défaites. <a href="https://www.youtube.com/watch?v=-2s5hRjblDQ" data-wpel-link="external" target="_blank" rel="external noopener noreferrer">Anderson a expliqué</a> sur scène la subjectivité de telles récompenses, en remarquant : « <em>Il n’y a pas de meilleur film parmi ceux-ci. Ça dépend simplement de l’humeur du jour, mais nous sommes contents d’en faire partie </em>(<em>tdlr</em>). » Une bataille après l’autre est aussi le premier lauréat du nouvel Oscar de la meilleure distribution des rôles.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Si l’Académie décernait une deuxième place, le lauréat aurait presque certainement été <em>Pécheurs</em>, dont le succès est sans précédent. Ce film réalisé par Ryan Coogler a reçu 16 nominations cette année, ce qui constitue un record. Autumn Durald Arkapaw, directrice de la photographie pour <em>Pécheurs</em>, a été la première femme à recevoir un Oscar dans cette catégorie.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Quant à Timothée Chalamet, pourtant favori ces derniers mois, il a encore vu la statuette du meilleur acteur masculin lui échapper. En dépit de ses efforts considérables, sa performance éclatante comme joueur de tennis de table dans <em>Marty Supreme</em> n’a pas impressionné l’Académie autant que prévu. D’une certaine manière, c’est un retournement approprié, dans la mesure où la quête de Chalamet ressemble aux vaines tentatives de son personnage Marty Mauser. Il faut noter que la controverse qui entoure l’acteur à la suite de propos critiquant le ballet et l’opéra n’a pas pu contribuer à sa défaite, puisque l’incident a eu lieu après la date limite pour remettre des ballots des Oscars.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Cet Oscar, auquel Chalamet s’attendait peut-être, a été remporté par Michael B. Jordan. Dans <em>Pécheurs</em>, ce dernier incarnait des jumeaux qui font face à des obstacles comme le racisme et des personnages vampiriques dans l’État du Mississippi. L’actrice irlandaise Jessie Buckley a gagné l’Oscar de la meilleure actrice, ayant déjà reçu plusieurs autres récompenses pour sa performance d’une mère en deuil dans <em>Hamnet</em>. Comme de nombreux films attendus apparaissent au cinéma ce printemps, la planification des prochains Oscars s’amorce sans doute déjà dans le monde du cinéma.</p>



<p class="wp-block-paragraph"></p>
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			</item>
		<item>
		<title>Au-delà de l’image</title>
		<link>https://www.delitfrancais.com/2026/03/25/au-dela-de-limage/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Matteo Fracassi]]></dc:creator>
		<pubDate>Wed, 25 Mar 2026 11:00:00 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Cinéma]]></category>
		<category><![CDATA[Culture]]></category>
		<category><![CDATA[Arts visuels]]></category>
		<category><![CDATA[Cinema]]></category>
		<guid isPermaLink="false">https://www.delitfrancais.com/?p=60677</guid>

					<description><![CDATA[<p>Retour sur la projection et discussion pour les 50 ans du Groupe Intervention Vidéo.</p>
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]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[
<p class="has-drop-cap wp-block-paragraph">L e 18 février dernier, j’ai assisté à <a href="https://www.mirl.lab.mcgill.ca/events/desire-lines-50-years-of-groupe-intervention-vido" data-wpel-link="external" target="_blank" rel="external noopener noreferrer">Desire Lines: <em>Experimental Video as Social and Spatial Interventions</em></a>, un programme de courts métrages projeté dans la Cultural Studies House, suivi d’une discussion avec des artistes et des chercheuses.</p>



<p class="wp-block-paragraph">L’événement était organisé par le <a href="https://www.givideo.org/pages/groupe-intervention-video" data-wpel-link="external" target="_blank" rel="external noopener noreferrer">Groupe Intervention Vidéo</a> (GIV), un organisme montréalais créé en 1975 dédié à la distribution, la production et la préservation du cinéma féministe indépendant. La projection réunissait également des chercheuses comme Alanna Thain, Ylenia Olibet, professeure à McGill et Dre Axelle Demus, co-éditrice du <em><a href="https://counterarchive.ca/educational-guides" data-wpel-link="external" target="_blank" rel="external noopener noreferrer">Educational Guides Counter Archives</a></em>. L’ensemble proposait bien plus qu’une simple projection : il s’agissait d’une immersion dans des pratiques artistiques et d’une discussion autour de celles-ci, qui interrogent les espaces sociaux, les identités et les formes mêmes du médium vidéo.</p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>Des projections engagées</strong></p>



<p class="wp-block-paragraph">L’événement consistait en une projection de 90 minutes de plusieurs courts métrages réalisés par des artistes féministes et queers. Une discussion a suivi autour de l’intervention dans les espaces sociaux et de la notion du « risque incarné », c’est-à-dire lorsque les artistes se mettent en danger, physiquement ou émotionnellement, afin d’exprimer leurs idées et réflexions . Mes attentes face à cet événement étaient inexistantes ; je n’avais jamais entendu parler du GIV et le cinéma féministe indépendant ne m’était pas familier. Je ne savais donc pas comment me positionner face à des œuvres abordant des formes de marginalisation que je ne vis pas directement. Très vite, les films ont dépassé ces catégories.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Ils exploraient des sujets plutôt larges, tels que l’identité nationale et autochtone ainsi que la mémoire. Ce sont des thèmes auxquels nombreux s’identifient. À titre personnel, puisque la plupart des membres de ma famille sont immigrés et que j’ai moi-même vécu dans plusieurs pays, ce qui est le cas aussi de beaucoup d’autres étudiants à McGill, j’ai trouvé les réflexions sur l’identité extrêmement marquantes et intéressantes. Un court métrage qui m’a particulièrement marqué est <em>Au Canada</em> de kimura byol lemoine. Le film explore l’immigration et l’expérience de l’arrivée au Canada, plus particulièrement l’atterrissage à l’aéroport, à travers une caméra instable et un design sonore brut. Cela recrée l’anxiété du passage à la frontière et la précarité émotionnelle qui l’accompagne. Lors de la discussion, l’artiste a expliqué que l’œuvre s’inscrivait aussi dans une réflexion sur le départ, après une déportation vers la Belgique, faisant du film non seulement un récit d’arrivée, mais aussi d’attachement à une nation. Le Canada est présenté simultanément comme un espace d’opportunités et d’exclusion. L’usage de la caméra portée et du tournage en décors réels renforce cette dimension politique. Le court métrage utilisait également des sous-textes empruntés au site d’Immigration, Réfugiés et Citoyenneté Canada (IRCC), pour illustrer les politiques d’immigration actuelle au Canada et les dénoncer.</p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>La technologie : un sujet qui n’est pas en reste</strong></p>



<p class="wp-block-paragraph">L’événement abordait également des thèmes liés à la modernité et à l’évolution du paysage technologique. Certains artistes participaient en virtuel, et l’un des courts métrages, réalisé par la <a href="https://www.concordia.ca/faculty/dayna-mcleod.html" data-wpel-link="external" target="_blank" rel="external noopener noreferrer">Dre Dayna McLeod</a>, a été entièrement conçu à partir de la fonction « <em>Potato face</em> » du logiciel Zoom. Celle-ci consiste à remplacer le visage de quelqu’un par l’image d’une pomme de terre sur laquelle on vient placer la bouche et les yeux de l’individu en question. L’utilisation de Zoom illustre alors ce qu’écrit l’auteur et philosophe mexicain Carlos Monsiváis dans sa dissertation intitulée <em>Vino todo el pueblo y no cupo en la pantalla (Notas sobre el público del cine mexicano)</em> sur l’avancée des technologies cinématographiques et la popularisation du cinéma au Mexique au début du 20e siècle. En effet, il affirme que « <em>la révolution technologique a permis aux secteurs populaires de sortir de leur isolement culturel </em>(<em>tdlr</em>) ». La structure hybride de la projection témoignait de ces transformations, permettant aux artistes de se connecter au-delà de frontières géographiques et culturelles ainsi que de raconter des histoires de manière différente, innovant ainsi par rapport aux modalités de narration habituelles.</p>



<p class="wp-block-paragraph">À l’image de <em>Chronique d’un été</em>, documentaire français de Jean Rouch et Edgar Morin, qui suit plusieurs personnes dans leur quotidien et se conclut par une scène où les participants se regardent à l’écran et discutent du film, le dialogue à la fin de l’événement prolongeait les films. Il a permis aux réalisateurs de revisiter leurs intentions tandis que les spectateurs réfléchissent à leurs propres expériences.</p>
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		<item>
		<title>Dis-moi comment écrire, je te dirai qui tu es</title>
		<link>https://www.delitfrancais.com/2026/03/22/dis-moi-comment-ecrire-je-te-dirai-qui-tu-es/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Rose Langlois]]></dc:creator>
		<pubDate>Sun, 22 Mar 2026 20:13:38 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Culture]]></category>
		<category><![CDATA[Réflexion]]></category>
		<guid isPermaLink="false">https://www.delitfrancais.com/?p=60566</guid>

					<description><![CDATA[<p>Réflexion sur l’usage de l’écriture inclusive.</p>
<p>L’article <a href="https://www.delitfrancais.com/2026/03/22/dis-moi-comment-ecrire-je-te-dirai-qui-tu-es/" data-wpel-link="internal">Dis-moi comment écrire, je te dirai qui tu es</a> est apparu en premier sur <a href="https://www.delitfrancais.com" data-wpel-link="internal">Le Délit</a>.</p>
]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[
<p class="has-drop-cap wp-block-paragraph">En septembre 2025, le ministre Jean-François Roberge a <a href="https://www.quebec.ca/nouvelles/actualites/details/modifications-a-la-politique-linguistique-de-letat-quebec-met-fin-a-la-confusion-linguistique-dans-les-communications-de-letat-66000" data-wpel-link="external" target="_blank" rel="external noopener noreferrer">interdit les nouvelles méthodes</a> d’écriture inclusive dans les communications de l’État : on parle ici de points médians, de doublets abrégés et de néologismes. En somme, tout langage inclusif qui n’est pas déjà établi dans nos habitudes linguistiques n’a pas sa place dans le langage officiel de l’État. M. Roberge dit prôner la clarté : l’écriture inclusive serait un cafouillis apportant davantage de confusion que d’inclusion – en bref, une tactique d’écriture inutile jusque dans ses fondements.&nbsp;</p>



<p class="wp-block-paragraph">Il est vrai que l’écriture inclusive demande certaines acrobaties de langage, mais elles ne sont pas impossibles. La preuve : le premier paragraphe de cet article est écrit de façon neutre. Vos yeux saignent-ils? Le problème de l’écriture inclusive n’est pas la clarté. Il est pourtant bien trop facile pour les réfractaires de se justifier par cet argument.&nbsp;</p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>L’écriture inclusive : qu’est-ce que c’est?</strong></p>



<p class="wp-block-paragraph">L’écriture inclusive est un ensemble de techniques d’écriture qui permettent l’inclusivité, particulièrement sur le plan du genre. Parmi les techniques les plus populaires, on compte le point médian (traducteur·ice), les doublets abrégés (réviseur[-euse]), les termes épicènes (personnel infirmier) et, parfois, des néologismes comme «&nbsp;iel&nbsp;». L’usage de ces astuces d’écriture permet de visibiliser certains groupes marginalisés ou de neutraliser le genre pour souligner l’existence d’un spectre. La binarité n’est plus de mise et, n’en déplaise à ses adeptes, le masculin générique ne suffit plus. L’écriture inclusive reflète une réalité sociale.&nbsp;</p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>Changer la langue : une question de volonté</strong></p>



<p class="wp-block-paragraph">Dans les années 70, une vague de féminisme pousse la société québécoise à féminiser plusieurs termes, notamment les titres de fonctions. Dans un monde où les femmes accèdent enfin à des emplois qui leur étaient précédemment hors d’atteinte, il devient impossible de conserver une langue axée sur le masculin des professions. Madame le directeur, madame l’écrivain, madame le docteur… Cette façon de parler est insensée et dépassée : maintes féministes ont revendiqué une féminisation des titres qui correspondait à la nouvelle réalité du Québec. Plusieurs tentatives, certaines plus fantaisistes que d’autres, ont contribué à rendre acceptable ce nouveau langage. De nos jours, pas même Mathieu Bock-Côté ne songerait à utiliser le titre masculin pour désigner une femme dans son poste de travail.&nbsp;</p>



<p class="wp-block-paragraph">Mais ce changement ne s’est pas opéré de façon universelle. Pensons notamment à la France où cette féminisation des titres s’est opérée beaucoup plus tardivement&nbsp;: l’Académie française <a href="https://ici.radio-canada.ca/nouvelle/1155773/academie-francaise-feminisation-noms-metiers" data-wpel-link="external" target="_blank" rel="external noopener noreferrer">l’accepte enfin en 2019</a>, ce qui confirme que son usage est plus répandu. Les titres féminisés n’étaient pas assez courants et donnaient l’impression aux femmes occupant des postes convoités et traditionnellement masculins que leur existence dans cette sphère de travail était moindre. Tout est donc une question de normalisation.&nbsp;</p>



<p class="wp-block-paragraph">Le principe est le même pour l’écriture inclusive. Il s’agit d’une révolution de la langue qui nous semble inhabituelle, perturbante. Mais étrange ne veut pas dire mauvais : tout comme la féminisation des titres a pu sembler anarchique à ses débuts avant de s’assagir, il est possible d’utiliser l’écriture inclusive sans pour autant faire scandale.&nbsp;</p>



<p class="wp-block-paragraph">Un apprentissage du fonctionnement de la langue inclusive est vital. Les réfractaires, pour se convaincre que cette écriture est signe d’une apocalypse latente, prennent toujours en exemple les textes qui font un usage abusif des méthodes inclusives. Personne ne veut lire un texte picoté de points médians ou raturé de barres obliques confuses. Mais il faut savoir que ces textes sont écrits par des gens qui ne maîtrisent pas l’écriture inclusive.&nbsp;</p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>Une rédaction qui complique la vie&nbsp;</strong></p>



<p class="wp-block-paragraph">Bien qu’elle ne soit pas impossible à utiliser, l’écriture inclusive peut poser quelques défis. Arnaud Bernadet, professeur agrégé à l’Université McGill et auteur du livre <em>L’Utopie de l’écriture inclusive</em>, souligne que ces techniques inclusives «&nbsp;peuvent présenter un enjeu de compréhension pour un public qui ne les connaît pas. C’est alors une question de la faisabilité de la pratique&nbsp;». Il faut admettre que l’écriture inclusive peut être difficile à comprendre pour ceux qui n’y sont pas souvent exposés : les tactiques demandent une certaine connaissance de la langue et quelques habiletés rédactionnelles. M. Bernadet ajoute que, bien que la pratique prenne ses origines dans la communauté queer, elle est devenue un sujet de choix chez les universitaires : «&nbsp;Il y a un angle mort sociologique dans cette affaire. Ceux qui pratiquent le plus cette rédaction sont l’élite, on assiste donc au développement d’une pratique élitaire.&nbsp;» Mais au-delà de ces considérations sociologiques, il y a la faisabilité du projet par rapport à la langue : «&nbsp;L’écriture inclusive, c’est une série d’expérimentations et de pratiques, mais sont-elles faisables, réalisables? Plusieurs questions d’accords morphologiques sont inévitables : quelle forme leur donner?&nbsp;» Le professeur déplore que la langue ait été oubliée dans le débat entourant l’écriture inclusive. «&nbsp;On glisse très vite sur des considérations de genre en oubliant la langue. Il faut éviter de discriminer ou d’invisibiliser les personnes non binaires ; on ne nie pas leur existence, mais, dans la langue, certaines choses ne sont pas réalisables. Il faut remettre les choses dans l’axe de la langue&nbsp;», souligne-t-il.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Est-il vraiment possible de penser l’écriture inclusive en termes purement linguistiques? Après tout, la question d’inclusivité surgit parce qu’elle s’applique à des personnes. Une langue qui tend à invisibiliser, voire à nier, l’existence d’une portion de la société n’est pas une langue représentative des sociétés qui l’utilisent.&nbsp;</p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>Parler pour exister</strong></p>



<p class="wp-block-paragraph">Lorsque nous parlons, nous exprimons notre réalité. Sans les mots justes, nous ne pouvons pas communiquer efficacement notre expérience du monde. Catherine Leclerc, professeure agrégée à l’Université McGill et sociolinguiste, admet que la question de l’écriture inclusive est complexe : «&nbsp;La langue inclusive est contagieuse, mais elle est déstabilisatrice. Du point de vue grammatical, ce n’est pas une si bonne affaire, mais du point de vue humain, il y a de bons côtés.&nbsp;» Elle explique que, même s’il y a un fort relais de la question par le milieu universitaire, la plupart des personnes non binaires ne font pas partie de cette élite face à la langue: ces deux réalités cohabitent. Mme Leclerc ajoute qu’on ne peut pas faire de pronostics face à la langue : «&nbsp;La morphologie dicte certains choix et la syntaxe est difficile à changer. Mais les humains font ce qu’ils veulent et, s’ils sont assez nombreux à faire quelque chose qui ne se fait pas, ça restera.&nbsp;»</p>



<p class="wp-block-paragraph">Pour ceux qui perçoivent la forme inclusive comme une erreur de langue, Mme Leclerc clarifie&nbsp;: «&nbsp;On a tendance à penser, en français, que tout ce qui diverge de la norme est une faute. On a, par exemple, beaucoup plus de difficulté à intégrer et accepter les néologismes. Il y a énormément de guides de rédaction inclusive qui existent, illustrant un véritable besoin de définir et encadrer la pratique. Le fondement même d’une langue est son évolution. Pourquoi ne pas célébrer ses variations?&nbsp;»</p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>Une langue complexe pour célébrer la complexité de l’humain&nbsp;</strong></p>



<p class="wp-block-paragraph">Bien que plusieurs personnes débattent de la légitimité de l’écriture inclusive, des auteur·es usent déjà de ces méthodes pour créer des œuvres littéraires complexes. Au Québec, le milieu littéraire commence peu à peu à intégrer cette écriture à des publications.&nbsp;</p>



<p class="wp-block-paragraph">Et puis, contrairement à la croyance populaire, il ne s’agit pas toujours de présenter des personnages non binaires, mais aussi de proposer une expérience de lecture englobant tout le lectorat. Chaque personne qui lit, peu importe son identité, peut se sentir incluse dans le récit.&nbsp;</p>



<p class="wp-block-paragraph"><em>Tricératopcanon</em>, de Marc-André Lévesque, utilise couramment des points médians. <em>Fouolles</em> de Si Poirier suit la même logique pour parler de la réalité des personnes trans. Valérie Bah, elle, use de tactiques inclusives plus visibles dans son roman <em>Les enragé·e·s</em> : le titre sur la couverture présente une graphie intéressante qui permet de mettre de l’avant ces choix inclusifs. L’écriture inclusive serait, en général, un <a href="https://www.ledevoir.com/lire/806234/langue-ecriture-inclusive-entre-fiction-quebecoise" data-wpel-link="external" target="_blank" rel="external noopener noreferrer">souhait des auteurs</a> respecté par leurs maisons d’édition. Onze maisons d’édition sur dix-neuf interrogées par <em>Le Devoir</em> auraient déjà publié des ouvrages en langue inclusive. La traduction n’est pas en reste : les éditions Béances mettent de l’avant des textes en langage inclusif dans leur langue d’origine, souvent l’anglais. La traduction permet de <a href="https://www.beanceseditions.com/qui" data-wpel-link="external" target="_blank" rel="external noopener noreferrer">conserver ces textes dans leur contexte d’origine</a>, ces derniers étant souvent l’œuvre de personnes de la communauté LGBTQ+.&nbsp;</p>



<p class="wp-block-paragraph">Si le débat sur la légitimité du langage inclusif fait encore rage, il permet à des gens et des artistes de s’exprimer librement et de se sentir bien dans leur identité. Le langage est la clé de l’existence, une clé qui permet à chacun de verbaliser sa réalité. Il est important que la langue se façonne par elle-même, et non par les directives d’institutions comme l’OQLF (Office québécois de la langue française) ou l’Académie française : ces institutions ne servent qu’à constater et cimenter les pratiques linguistiques en usage, pas à prescrire une façon de s’exprimer. La langue évolue au fil de la société et ne pourra jamais être cantonnée aux recommandations d’une vitrine linguistique.</p>
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		<title>Un jeu de perceptions</title>
		<link>https://www.delitfrancais.com/2026/03/20/un-jeu-de-perceptions/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Jiayuan Cao]]></dc:creator>
		<pubDate>Fri, 20 Mar 2026 19:23:12 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Culture]]></category>
		<category><![CDATA[Théâtre]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>Retour sur la pièce Réalités parallèles du Théâtre de la Pire Espèce.</p>
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										<content:encoded><![CDATA[
<p class="wp-block-paragraph">«&nbsp;Faites-vous réellement confiance à ce que vos yeux vous racontent?&nbsp;» : c’est sur cette question que s’ouvre la pièce <em>Réalités parallèles</em>, une création du&nbsp; Théâtre de la Pire Espèce présentée du 6 au 21 mars sur la scène du Théâtre Aux Écuries. Mise en scène par Francis Monty et Olivier Ducas, <em>Réalités parallèles</em> est un projet de longue haleine qui est enfin présenté au public avec un immense enthousiasme. L’œuvre plonge la salle dans trois univers narratifs qui séduisent autant par leur virtuosité visuelle qu’ils troublent par leur opacité. Les choses sont-elles réellement telles qu’on les voit? Peut-on se fier à nos yeux, à nos sens?</p>



<p class="wp-block-paragraph">S’inspirant du théâtre de papier qui animait les salons bourgeois européens du 19<em>e</em> au début du 20<em>e</em> siècle, le Théâtre de la Pire Espèce réinvente l’art des marionnettes . Des caméras placées devant les deux castelets, au milieu de la scène, captent au plus près les manipulations en direct et projettent les images sur le grand écran derrière. Les images se superposent par moments ; les spectateurs sont invités à voir simultanément l’image finale et sa fabrication, comme si la production les amenait dans les coulisses ou dans un studio d’animation. Tous les mécanismes sont exposés, mais sans jamais dissiper complètement l’illusion. C’est ce qui fascine le plus.&nbsp;</p>



<p class="wp-block-paragraph">Si les mains des comédiens donnent vie à la pièce sur le plan visuel, leurs voix imprègnent tout l’esprit de la pièce. Les trois segments explorent chacun, à leur manière, une forme d’instabilité du réel. Au moment où Alexandre Leroux s’approche du micro, dans le premier récit, la salle au complet retient son souffle&nbsp;:&nbsp;on se sent réellement dans les rues de Berlin avec Félix Mirbt, qui parcourt le pays avec son père en cherchant la raison pour laquelle les fusils des Allemands se sont tournés contre leur propre peuple. Puis, Étienne Blanchette incarne un écrivain obsédé, qui déambule dans le couloir d’un hôtel aux allures de <em>Shining</em>. Dans la troisième partie, les comédiens prennent la parole à tour de rôle. Cette fois, c’est Marcelle Hudon qui occupe davantage l’avant-scène, jonglant entre sa voix de femme adulte et celle du jeune garçon Robert, un astronaute à la recherche de son identité. Le pari est réussi&nbsp;:&nbsp;la narration s’harmonise avec les images, qui plongent les spectateurs dans des atmosphères tantôt mystiques, tantôt fantastiques, tantôt futuristes.&nbsp;</p>



<p class="wp-block-paragraph">«&nbsp;Pour la deuxième histoire, j’ai tout de suite reconnu les éléments de <em>Shining</em> dans la composition, c’était clair. Cependant, pour la troisième, j’ai cherché pendant un bon bout… j’ai donc ben pas de références! Aidez-moi!&nbsp;», s’exclame une spectatrice aux artistes à la fin de la représentation. Sa réaction a suscité un écho dans la salle&nbsp;;&nbsp;plusieurs ont perdu le fil de l’histoire en tentant de retracer les sources d’inspiration du troisième récit&nbsp;:&nbsp;«&nbsp;Il assiège / La porte de la station / Le cosmos. » Loin d’y voir un défaut, l’équipe explique avoir volontairement brouillé les pistes en puisant dans divers archétypes du film d’astronaute et du récit de voyage, tout en poussant leur imaginaire vers l’absurde. Une démarche qui prolonge, jusque dans la réception du public, le pari central de <em>Réalités parallèle</em>s : faire vaciller les certitudes du regard.&nbsp;</p>



<p class="wp-block-paragraph">En somme, <em>Réalités parallèles</em> propose une forme scénique singulière, à la croisée de la vidéo en direct, du théâtre de papier et du théâtre d’objets, portée par des interprètes manipulateurs-acteurs-bruiteurs. Une expérience aussi déroutante qu’envoûtante, dont le trouble – parfois frustrant, mais le plus souvent fascinant –&nbsp;fait toute la singularité.</p>
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		<title>Mots croisés</title>
		<link>https://www.delitfrancais.com/2026/03/18/mots-croises-6/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Eugénie St-Pierre]]></dc:creator>
		<pubDate>Wed, 18 Mar 2026 11:00:00 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Culture]]></category>
		<category><![CDATA[Mots croisés]]></category>
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		<title>« N’attendez pas le moment idéal, parce qu’il n’existe pas »</title>
		<link>https://www.delitfrancais.com/2026/03/18/nattendez-pas-le-moment-ideal-parce-quil-nexiste-pas/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Eugénie St-Pierre]]></dc:creator>
		<pubDate>Wed, 18 Mar 2026 11:00:00 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Culture]]></category>
		<category><![CDATA[Entrevue]]></category>
		<category><![CDATA[Société]]></category>
		<category><![CDATA[Politique]]></category>
		<category><![CDATA[Québec]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>Entrevue avec Rachel Bendayan, secrétaire parlementaire et députée d’Outremont.</p>
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										<content:encoded><![CDATA[
<p class="has-drop-cap wp-block-paragraph">Dans le cadre de la Journée internationale de droits des femmes, Le Délit a eu l’occasion de s’entretenir avec Rachel Bendayan, députée de la circonscription d’Outremont et secrétaire parlementaire au sein du gouvernement de Mark Carney. Diplômée de l’Université McGill, Mme Bendayan évolue dans le monde politique depuis 2015. </p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>L<em>e Délit</em> (LD)</strong> :<em> Qu’est-ce qui vous a donné envie de vous engager en politique? </em></p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>Rachel Bendayan (RB)</strong> : Quelques mois avant ma première année de droit à McGill, je me suis impliquée très activement au Centre du droit international du développement durable. J’ai préparé un voyage en Afrique du Sud afin de participer au sommet des Nations Unies à Johannesburg. Là-bas, j’ai rencontré Nelson Mandela. Évidemment, c’est quelqu’un qui m’a beaucoup inspirée dans mon parcours et qui m’inspire toujours, d’ailleurs. Pendant le sommet de l’ONU, je me suis faufilée dans les rencontres des associations ; j’ai vu de mes propres yeux que c’étaient des avocats qui étaient autour de la table en train de négocier, mais que leurs instructions venaient de leurs politiciens, dans leurs pays d’origine. J’ai compris que si on n’avait pas avancé autant qu’on l’aurait voulu au sommet, c’était à cause des gouvernements et des politiciens qui n’étaient pas prêts à faire le pas. J’ai poursuivi mes études en droit, mais c’est à ce moment que je me suis dit : le droit est important, mais il est tout aussi important d’avoir des politiciens engagés qui sont prêts à prendre des décisions difficiles. </p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>LD </strong>: <em>Cette entrevue s’inscrit dans le cadre de notre édition spéciale sur la Journée internationale des droits des femmes. Comment décririez-vous votre expérience en tant que femme en politique fédérale ; pensez-vous que les femmes font encore face à des obstacles particuliers en politique au Canada? </em></p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>RB </strong>: Malheureusement, je pense que la réponse est courte : oui. Être une femme en politique, c’est occuper un espace qui n’a pas été accessible pendant longtemps. </p>



<p class="wp-block-paragraph">Quand je parle à des femmes, j’essaie de les encourager parce que ça fait partie de mon mandat d’appuyer celles qui veulent se lancer en politique. Mais les obstacles sont là et bien réels. Souvent, c’est la conciliation du travail et de la vie de famille qui pose problème. Quand je me suis présentée à l’élection partielle, j’allaitais ma fille tous les jours, et je savais que j’allais devoir travailler dans une ville autre que Montréal, que je laisserais mon enfant à la maison. C’était quand même un obstacle. Je pense que c’est un obstacle pour plusieurs femmes. </p>



<p class="wp-block-paragraph">Il y a aussi tout l’aspect de la haine en ligne.</p>



<p class="wp-block-paragraph"> Je suis quand même fière des avancées qu’on a faites, parce que quand je suis arrivée au Parlement, c’était moins de 30 % des députés qui étaient des femmes. Aujourd’hui, on est rendus à 40 %. Évidemment, il reste du travail à faire – 40 %, ce n’est certainement pas suffisant. On continue de faire des efforts, on essaie de montrer l’exemple. </p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>LD</strong> : <em>Comment vous y prenez-vous pour encourager des femmes à se lancer en politique? Quels conseils leur donneriez-vous? </em></p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>RB</strong> : Je dis toujours qu’il faut être présent et ne pas avoir peur. J’entends souvent des femmes dire qu’elles n’ont pas assez d’expérience, ou qu’elles n’ont pas encore développé l’expertise nécessaire. Ce n’est pas vrai.</p>



<p class="wp-block-paragraph"> Il y a aussi souvent une hésitation à savoir quand est le bon moment. N’attendez pas le moment idéal, parce qu’il n’existe pas. J’avais un bébé quand je me suis lancée, et on m’a souvent dit que ce n’était peut-être pas le moment, que je devrais attendre que ma fille soit à l’université ou que j’aie des cheveux gris. </p>



<p class="wp-block-paragraph">C’est très important que nos élus reflètent la population, qu’ils puissent porter la voix de la communauté qu’ils représentent. Dans ma circonscription, il y a énormément de jeunes, et je pense que je suis mieux outillée pour représenter leurs voix parce que je n’ai pas attendu pour me lancer en politique. </p>



<p class="wp-block-paragraph">Je ne veux pas minimiser, évidemment, le fait que, pour plusieurs, c’est difficile de faire l’entrée en politique. Mais je veux encourager les jeunes, et les femmes en particulier, à essayer.</p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>LD</strong> : <em>Votre circonscription comprend beaucoup d’étudiants, notamment de l’Université McGill ou de l’Université de Montréal. Quelles sont les préoccupations que vous entendez le plus souvent de la part des jeunes? </em></p>



<p class="wp-block-paragraph">RB : Récemment, je dois vous dire que le prix du logement, que ce soit le loyer pour le logement étudiant ou pour acheter une première maison, revient de plus en plus souvent. Je pense que c’est quelque chose qu’on doit attaquer de front. </p>



<p class="wp-block-paragraph">Dans les dernières semaines, j’ai pu travailler avec un organisme qui se dévoue exclusivement à la construction et à la gestion de résidences pour étudiants à prix abordables. </p>



<p class="wp-block-paragraph">C’est très important pour moi de m’assurer de la construction de logements abordables, non seulement pour nos étudiants, mais pour la population en général. </p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>LD </strong>: <em>Comment essayez-vous de rester en contact avec les étudiants et les jeunes de votre circonscription? </em></p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>RB</strong> : Je suis très souvent sur le terrain, dans le comté. Évidemment, je rencontre des jeunes et des étudiants en faisant du porte-à-porte. Je m’implique beaucoup auprès de l’Université de Montréal, quand ils font des événements ; je suis souvent invitée à m’adresser à leurs étudiants. </p>



<p class="wp-block-paragraph">Sinon, on accueille souvent des jeunes au Parlement, des jeunes qui s’intéressent à la politique, qui veulent voir son fonctionnement interne et avoir un contact direct avec les élus. Je me rends toujours disponible pour ça. Je pense que c’est la relève, c’est l’avenir du Canada. Et ça me permet d’avoir des conversations directes. Ça me nourrit, aussi, ça me donne des idées. </p>



<p class="wp-block-paragraph">J’ai travaillé avec des jeunes afin de mettre en place des programmes qui les intéressaient, particulièrement en matière d’environnement et de changement climatique. Je dirais aussi que le bureau est toujours intéressé à prendre des stagiaires : on aime donner une expérience concrète aux jeunes qui s’intéressent à la politique. </p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>LD </strong>: <em>Y a‑t-il un moment dans votre carrière politique dont vous êtes particulièrement fière? </em></p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>RB</strong> : Il y en a plusieurs! Quand j’étais ministre de la Sécurité publique, j’ai pu faire avancer beaucoup de choses sur ce dossier. Nous avons actuellement un programme d’indemnisation des armes d’assaut afin de retirer les armes de style assaut et d’offrir une compensation aux détenteurs de ces armes. Ce programme comprend notamment l’arme qui a été utilisée lors de la tuerie de Polytechnique. J’habitais Côte-des-Neiges, jeune fille, à l’époque de cette tuerie, et c’est un événement qui m’a énormément marquée. </p>



<p class="wp-block-paragraph">J’ai pu aussi travailler sur plusieurs autres programmes, peut-être en lien plus directement avec les jeunes. Lors de notre dernier budget, j’ai travaillé pour faire avancer le Corps jeunesse pour le climat. Les jeunes me disaient qu’ils ne pensaient pas qu’on allait financer un programme du genre, étant donné l’état de l’économie. Mais on l’a fait quand même. Je suis allée au front pour ce programme-là, et de voir ensuite son importance pour les jeunes a été très marquant. Cela montre aussi que lorsqu’on s’implique et qu’on travaille pour quelque chose, on peut réussir. </p>



<p class="wp-block-paragraph">Ça a donné énormément de confiance et d’espoir aux personnes qui étaient impliquées. C’était un groupe vraiment génial, piloté par des jeunes. Je pense que c’est important de voir que, quand on a de bonnes idées, on peut les faire avancer.</p>
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		<title>Nos autrices</title>
		<link>https://www.delitfrancais.com/2026/03/18/nos-autrices/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[L&#39;équipe du Délit]]></dc:creator>
		<pubDate>Wed, 18 Mar 2026 11:00:00 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Culture]]></category>
		<category><![CDATA[Littérature]]></category>
		<category><![CDATA[autrices]]></category>
		<category><![CDATA[écrivaines]]></category>
		<category><![CDATA[femmes]]></category>
		<category><![CDATA[opinion de l'équipe du délit]]></category>
		<guid isPermaLink="false">https://www.delitfrancais.com/?p=60406</guid>

					<description><![CDATA[<p>L’équipe vous partage ses recommandations de lecture.</p>
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<p class="wp-block-paragraph"><strong>Marius</strong> : Avocate, militante et autrice, Gisèle Halimi est une héroïne sans équivoque! Armée d’un talent d’éloquence et d’un caractère intransigeant, elle a confronté l’injustice partout où elle a osé se montrer. Que ce soit dans ses livres, dans ses discours ou devant un procureur, elle a défendu ses convictions humanistes et anticoloniales sans répit ni compromis. Je vous conseille de commencer avec son pamphlet <em>Plaidoirie pour l’avortement</em> et son roman <em>L’étrange Monsieur K.</em></p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>Timotée</strong> : Poète et romancière franco-égyptienne d’origine libanaise née au Caire, Andrée Chedid s’inspire de son identité plurielle dans ses textes. Ses poèmes réconcilient les cultures et racontent une humanité commune qui dépasse les frontières. Par un style simple et lumineux, Andrée Chedid fait émerger une compassion solidaire capable de surmonter les divisions.</p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>Aurélien</strong> : Romancière française d’origine algérienne, Alice Zeniter raconte extraordinairement l’Algérie de sa famille à partir des années 1930, dans son ouvrage <em>L’Art de perdre</em>. Un récit essentiel afin de comprendre la guerre d’Algérie du point de vue des harkis, ces Algériens qui travaillaient pour la France coloniale et qui se sont vus rejetés par leur société à l’issue du conflit. Il raconte enfin leur exil suivi de leur installation éprouvante en France, marquée par le racisme et une société désireuse d’oublier la guerre et ses acteurs. Un travail de mémoire réussi avec brio par Zeniter sur lequel il faut se pencher afin de comprendre la France moderne.</p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>Juliette A.</strong> : Mes sens de Méditerranéenne se sont réveillés sous les mots parfaits de Colette dans <em>Le blé en herbe</em>. Colette révèle à chaque page une nouvelle odeur, et m’a fait entendre les cigales grésiller même à des milliers de kilomètres de la côte bretonne où se déroule l’intrigue. Ses livres sont des odes à la nature, réalistes et poétiques, qui illustrent merveilleusement aussi son engagement féministe, elle qui a écrit sous le nom de son mari pendant de nombreuses années afin de pouvoir être publiée. Elle est à lire absolument.</p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>Antoine</strong> : Anne Hébert. Une femme grandiose, dont l’écriture troublante nourrit une dépendance quelque peu maladive pour tout ce qu’elle a produit. Pionnière de la littérature québécoise et du féminisme littéraire, et, n’en déplaise à Eugénie, l’autrice la plus importante du canon littéraire québécois. Vous serez hantés à jamais par <em>Le torrent</em> ou <em>Les Enfants du sabbat</em> – et vous en redemanderez.</p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>Héloïse</strong> : Les romans qu’on lit en grandissant nous construisent en tant que personnes, et c’est pour cette raison que je me dois de mentionner Evelyn Brisou- Pellen. Romancière prolifique, elle a plus de 130 ouvrages à son nom, notamment la saga <em>Le manoir</em> et la trilogie <em>Ysée</em>. Si l’on retrouve ces œuvres dans la section « jeunesse » en librairie, ce n’en sont pas moins des récits captivants qui s’inscrivent dans des univers historiques détaillés et envoûtants.</p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>Sixtine</strong> : Margaret Atwood est l’autrice canadienne de <em>La servante écarlate</em>. Ce roman de fiction spéculative est marquant, car il évoque nombre de dérives actuelles. Plongé dans un monde où les États-Unis sont devenus une théocratie et où le corps des femmes est réduit à une machine de reproduction, <em>La servante écarlate</em> n’est pas une simple histoire, mais un rappel qu’il faut rester vigilant, car nos droits ne sont jamais acquis.</p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>Dalia</strong> : Une autrice à lire absolument : Audre Lorde, essayiste, poétesse et militante. Ses œuvres sont des incontournables pour ceux et celles qui souhaitent se plonger dans la littérature féministe intersectionnelle. Ses différents essais et poèmes sont poignants d’humanité et d’empathie. Y figure l’impératif de développer une solidarité intercommunautaire, et de permettre l’autonomisation des femmes et des minorités visibles. Lorde ne mobilise pas uniquement le « <em>care</em> » dans ses recueils : on y perçoit parallèlement une colère. Une colère saine, nécessaire et humaine face aux violences constantes des structures étatiques et capitalistes, qui marginalisent toujours davantage les minorités visibles.</p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>Eugénie</strong> : Gabrielle Roy est, à mon sens, l’autrice la plus remarquable de la littérature québécoise. On la connaît surtout pour <em>Bonheur d’occasion</em> – avec raison, c’est un chef‑d’œuvre – mais vous gagneriez également à lire <em>Alexandre Chenevert</em>, ou <em>Rue Deschambault</em>. J’ai lu ces livres il y a trois ans et certaines phrases m’habitent encore aujourd’hui. Mention spéciale pour les pièces de théâtre de Yasmina Reza, que je recommande tout le temps, à tout le monde.</p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>Félix</strong> : La plupart des œuvres de Heather O’Neill se déroulent dans la ville de Montréal et mettent en scène des femmes et filles, dans des conditions économiques précaires. Entre contes de fées et réalités traumatisantes, les romans d’O’Neill ont trouvé une place respectée dans le canon littéraire canadien. L’écrivaine anglophone intègre systématiquement des mots français pour dépeindre son monde fictif, brutal et beau, car elle revendique sa présence dans la vie montréalaise. Elle a récemment travaillé avec l’autrice québécoise Dominique Fortier pour la traduction de ses livres.</p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>Catherine</strong> : Romancière, scénariste et réalisatrice québécoise, Anaïs Barbeau-Lavalette est une autrice incomparable. Ses écrits explorent en profondeur l’identité féminine et mettent en valeur la complexité du rôle de mère. C’est avec une plume extraordinaire qu’elle donne une voix à divers personnages invisibilisés et qu’elle dépeint les difficultés vécues par ces derniers avec justesse. Elle aborde notamment l’importance de la quête de liberté, de l’affranchissement de soi et du bris des normes sociales dans son roman<em> La femme qui fuit</em>, dans lequel une mère quitte sa famille dans l’espoir de vivre une vie insoumise.</p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>Catvy</strong> : Rapporteuse spéciale des Nations Unies sur les territoires palestiniens, Francesca Albanese est une voix qui refuse de se taire face au génocide en Palestine. Entre <em>Palestinian Refugees in International Law</em> (2020), <em>J’accuse. Gli attacchi del 7 ottobre, Hamas, il terrorismo, Israele, l’apartheid in Palestina e la guerra </em>(2023), et <em>Quand le monde dort : Récits, voix et blessures de la Palestine</em> (2025), Albanese mélange expériences personnelles et analyse juridique afin d’appeler à une résistance à l’hégémonie de l’ordre mondial actuel.</p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>Elie</strong> : Impossible de parler de littérature sans évoquer Marguerite Duras, ou plus particulièrement <em>L’Amant</em>, où l’intimité et la sensualité se mêlent dans une écriture délicate et profondément sensible. Son essai Écrire offre aussi une méditation lucide et inspirante sur l’acte de l’écriture. Sinon, je vous recommande également Shelley Saywell, cinéaste documentaire, qui vient tout juste de publier son mémoire <em>If Only Love</em>, un livre à la fois beau et déchirant, qui risque de vous faire pleurer tout en vous redonnant foi en l’amour.</p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>Jiayuan</strong> : Si je dois nommer une autrice qui m’a marquée au cours de la dernière année, c’est sans doute Leïla Slimani, sur qui j’ai même écrit un article. Dans son roman <em>Chanson douce</em>, qui a remporté le Prix Goncourt en 2016, elle trace des portraits psychologiques vifs et examine les questions de classe, de race et de la place des femmes dans le contexte du 21e siècle à travers une plume acérée.</p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>Juliette E. </strong>: Je ne peux pas en choisir une seule : Natasha Kanapé Fontaine, Dominique Fortier, Abla Farhoud, Naomi Fontaine, Jane Austen, Agatha Christie, Amélie Nothomb, Élise Gravel… La littérature est aussi orale, musicale, scénique, et bande dessinée, et les femmes en sont de plus en plus les voix essentielles.</p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>Rose</strong> : Annie Ernaux est lauréate du prix Nobel de littérature en 2022 et son œuvre à saveur autobiographique est un incontournable. Elle s’attaque à des sujets ayant marqué sa vie : les droits de la femme, dont l’avortement, le transfuge de classe, les relations parent-enfant et la place de l’individu dans la société. La plume d’Ernaux est percutante : elle sait se distancer des événements et en offre un rendu qui se veut objectif, descriptif, une simple évocation des faits. Une œuvre marquante qu’il faut lire (et relire).</p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>Salma</strong> : Fred Vargas, autrice française de romans policiers captivants, tels que <em>L’Homme à l’envers</em>.</p>



<p class="wp-block-paragraph"></p>
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		<title>Sois belle et tais-toi</title>
		<link>https://www.delitfrancais.com/2026/03/18/sois-belle-et-tais-toi-2/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Rose Langlois]]></dc:creator>
		<pubDate>Wed, 18 Mar 2026 11:00:00 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Culture]]></category>
		<category><![CDATA[Réflexion]]></category>
		<category><![CDATA[Slider]]></category>
		<category><![CDATA[culture]]></category>
		<category><![CDATA[féminisme]]></category>
		<category><![CDATA[inclusion]]></category>
		<category><![CDATA[intersectionnalité]]></category>
		<category><![CDATA[réflexion]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>Petit guide pratique pour écarter les femmes du canon littéraire. </p>
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<p class="has-drop-cap wp-block-paragraph">Un complexe de supériorité. C’est tout ce qu’il a fallu pour qu’un beau jour, l’homme devienne le sexe fort. Ce sexe fort auquel il faut obéir, devant lequel il faut baisser la tête. Le pouvoir masculin, en plus d’être considéré comme l’autorité suprême aux yeux de Dieu (mais quel misogyne, celui-là), se voit octroyer le droit exclusif d’écrire des chefs‑d’œuvre. La prose, les récits, les personnages de Balzac, Hugo, Tolstoï et Shakespeare ont bâti la littérature d’aujourd’hui. Nous sommes des nains perchés sur les épaules de géants, pour reprendre la métaphore de Bernard de Chartres. Heureusement pour nous, du haut de notre perchoir, nous pouvons corriger les erreurs de nos prédécesseurs.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Ne nous voilons pas la face, lorsqu’on songe aux grands noms de la culture avec une perspective eurocentrée, tout particulièrement en littérature ; ce sont des hommes et ils sont blancs. Et si notre esprit s’égare à tout hasard vers les femmes? Après Simone de Beauvoir, Mary Shelley et Virginia Woolf, bien des esprits sont vides. L’exercice est compliqué. Encore davantage si on s’attarde à tout ce qui précède le 19e siècle.</p>



<p class="wp-block-paragraph">C’est la sécheresse totale dans le cerveau de bien des gens. Le vôtre, peut-être. Mais ne craignez rien, ce n’est pas de votre faute. Cette absence de figures féminines dans le canon littéraire tient à une multitude de facteurs qui se résument à l’oubli. Un oubli collectif. Un oubli volontaire.</p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>Un oubli qui remonte à l’Antiquité</strong></p>



<p class="wp-block-paragraph">Les autrices féminines ont péniblement gagné leurs lettres de noblesse. Leurs œuvres ont quant à elles été rayées des cursus académiques depuis les écoles palatines de Charlemagne. Le problème ne tient pas à un manque d’autrices. En 1678, <em>La Princesse de Clèves</em> est publié anonymement par Madame de Lafayette. En 1807, Germaine de Staël publie Corinne ou l’Italie. Bien avant elles, vers l’an 120, Ban Zhao, la première historienne et écrivaine féminine chinoise, laisse sa trace. Et aux 7e et 6e siècles avant Jésus-Christ, Sappho de Mytilène, poétesse pionnière, est à l’origine du &nbsp;<a href="https://www.historia.fr/personnages-historiques/biographies/qui-etait-sappho-figure-de-lantiquite-et-pionniere-de-la-poesie-2078363" data-wpel-link="external" target="_blank" rel="external noopener noreferrer">lyrisme</a>. L’imaginaire collectif a l’audace de se souvenir d’elle seulement pour ses préférences amoureuses ô si scandaleuses. Réflexe du sexe barbare : placer la sexualité d’une femme avant l’intellect de ses écrits. Depuis des millénaires, des femmes écrivent, mais la mémoire collective les invisibilise. Si elles ont longtemps été exclues du cursus scolaire, leur travail a aussi été découragé. L’Histoire – lire ici les hommes blancs au pouvoir et l’Église – voudrait bien nous faire croire qu’aucune femme de la Renaissance n’était capable d’écrire.</p>



<blockquote class="wp-block-quote is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow">
<p class="has-text-align-center wp-block-paragraph">« L’Histoire – lire ici les hommes blancs au pouvoir et l’Église – voudrait bien nous faire croire qu’aucune femme de la Renaissance n’était capable d’écrire »</p>
</blockquote>



<p class="wp-block-paragraph">Bien sûr, limiter l’éducation des femmes et décourager leur intérêt envers les sphères soi-disant « masculines » a considérablement contribué à priver la société d’aujourd’hui des plus grands esprits de l’époque. Malgré ces obstacles, il est nécessaire de préciser que les écrivaines prenaient quand même la plume et revendiquaient leur existence, faisant fi des volontés répugnantes de leurs comparses. Elles n’ont jamais été silencieuses. Louise Labé, Marguerite de Navarre et Pernette du Guillet ont bel et bien existé, tout autant que Christine de Pizan, Hélisenne de Crenne, Marie de France, Marie de Gournay ou Riccoboni. Sans compter celles poussées dans l’oubli, effacées et inatteignables, même pour les esprits les mieux intentionnés.</p>



<p class="wp-block-paragraph">La société continue de voir d’un mauvais œil les publications féminines après la Renaissance. Ce n’est pas sans raison que certaines se cachent, comme Aurore Dupin, connue sous le nom George Sand, qui adopte un pseudonyme masculin. Être un homme n’est pas qu’un net avantage lors de la publication d’ouvrages, c’est la clé de la pérennisation d’une quelconque œuvre littéraire.</p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>Dans l’ombre des projecteurs</strong></p>



<p class="wp-block-paragraph">Le proverbe « derrière chaque grand homme se cache une grande femme » est plus littéral qu’on aurait pu le croire. Sa formulation pourrait toutefois être améliorée : derrière chaque grand homme est cachée une femme. L’intelligence n’étant pas une qualité existant seulement chez les hommes, les femmes ont elles aussi produit des chefs-d’œuvre… sans toujours en récolter le crédit. Les femmes ne se cachaient pas toutes volontairement derrière le « talent » de leur mari sans broncher. Et c’est tant mieux.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Certaines femmes n’ont pas traversé l’enfer, mais ont tout de même été pénalisées. C’est le cas de Vera Nabokov, née Slonim, qui <a href="https://www.theatlantic.com/entertainment/archive/2014/04/the-legend-of-vera-nabokov-why-writers-pine-for-a-do-it-all-spouse/359747/" data-wpel-link="external" target="_blank" rel="external noopener noreferrer">a abandonné sa propre carrière d’écrivaine</a> pour faire fleurir celle de son mari, Vladimir Nabokov. Bien que ce dernier l’ait remerciée avec maintes effusions de tendresse dans ses écrits, le monde a été privé de la prose de Vera Nabokov. Un sacrifice fait par maintes femmes, que l’Histoire continue de plonger dans le gouffre de l’anonymat. Gatsby le magnifique, ce classique racontant les années folles, est rédigé par F. Scott Fitzgerald. Ou plutôt, en collaboration avec Zelda Sayre Fitzgerald. Le roman serait fortement inspiré de lettres écrites par Zelda Sayre, que son mari <a href="https://theconversation.com/thanksfortyping-the-women-behind-famous-male-writers-75770" data-wpel-link="external" target="_blank" rel="external noopener noreferrer">aurait plagiées</a>. De la même façon, William Wordsworth <a href="https://www.ripleys.com/stories/women-behind-male-writers" data-wpel-link="external" target="_blank" rel="external noopener noreferrer">a volé des descriptions</a> et des bribes de journaux intimes à sa sœur, Dorothy Wordsworth, et sa femme, Mary Wordsworth. Henry Gauthier-Villars, dit Willy, lui, usait d’une tactique plus directe : il <a href="https://archive.nytimes.com/www.nytimes.com/books/99/02/14/reviews/990214.14martint.html" data-wpel-link="external" target="_blank" rel="external noopener noreferrer">enfermait sa femme</a>, Sidonie-Gabrielle Colette, jusqu’à ce qu’elle produise une quantité de prose qu’il jugeait suffisante. Colette est l’une des rares à obtenir une fin heureuse : elle laissera son mari, publiera sous son propre nom de famille et connaîtra enfin la renommée qu’elle mérite.</p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>L’intersectionnalité : le double désavantage</strong></p>



<p class="wp-block-paragraph">Quelques noms féminins ont été retenus par le canon littéraire : Beauvoir, Woolf, Plath et Shelley entre autres. Mais il y a encore discrimination, effacement, silence. Ces femmes entrées dans le canon littéraire sont presque exclusivement blanches. Si la place faite aux femmes dans les « classiques » est mince, celle faite aux femmes d’une minorité visible est encore plus fine… presque risible.</p>



<p class="wp-block-paragraph">L’imaginaire collectif se plaît à imaginer que, si de telles œuvres ne sont pas immensément connues, c’est qu’elles n’existent pas ou qu’elles ne le méritent pas. Nous tombons dans le piège classique de l’invisibilisation de la femme et du principe du mérite. Le rêve américain de la littérature, cette innocence et cette volonté de croire que tous sont égaux dans la quête de l’immortalité littéraire. L’heure des désillusions a sonné : dans le canon, les hommes, blancs, nagent dans le privilège. Dans la Bibliothèque de la Pléiade, collection prestigieuse des éditions Gallimard qui recèle une certaine autorité littéraire, <a href="https://biscuitsdefortune.com/2015/09/05/la-place-des-femmes-dans-la-pleiade/" data-wpel-link="external" target="_blank" rel="external noopener noreferrer">21 ouvrages</a> sont publiés par des femmes sur un total de 546. Les femmes constituent donc seuls 3,8 % de cette collection adulée. Mais dans cette grande course à la postérité, les femmes blanches suivent les hommes de près.</p>



<blockquote class="wp-block-quote is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow">
<p class="has-text-align-center wp-block-paragraph">« Il ne devrait pas y avoir un canon littéraire inclusif. </p>



<p class="has-text-align-center wp-block-paragraph">Il devrait seulement y avoir un canon littéraire »</p>
</blockquote>



<p class="wp-block-paragraph">À la croisée du sexisme et du racisme, les femmes de minorités visibles sont tirées vers le néant. Alice Walker, une Afro-Américaine qui a reçu le prix Pulitzer pour son ouvrage La couleur pourpre en 1983 devrait entrer sans plus de questions dans le canon. Toni Morrison, une femme afro-américaine, est la première femme racisée à gagner le prix Nobel de littérature. Le prix lui est décerné en 1993, il y a à peine 33 ans. An Antane Kapesh, avec son roman Je suis une maudite Sauvagesse, fonde la littérature autochtone au Canada. Les mentions de son œuvre marquante sont maigres. Même chose pour Ann Petry : elle est la première femme noire à vendre plus d’un million de copies avec son roman La rue. Mais bien sûr, ce n’est jamais Walker, Morrison, Kapesh ou Petry que nous avons sur le bout de la langue quand il est temps de parler de grands auteurs. Le canon littéraire a longtemps exclu et continue d’exclure les femmes des minorités visibles en admettant leurs œuvres de peine et de misère.</p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>Un double canon</strong></p>



<p class="wp-block-paragraph">L’autorité des prix et récompenses littéraires a beau être biaisée et comporter plusieurs défauts, elle a finalement reconnu le talent d’écrivaines de minorités visibles. Pourquoi la société ne le reconnaît-elle pas, elle aussi? Il semble y avoir un double canon : un canon blanc, « traditionnel » – j’insiste sur ces guillemets – et un canon moderne, « inclusif ».</p>



<p class="wp-block-paragraph">Il ne devrait pas y avoir un canon littéraire inclusif. Il devrait seulement y avoir un canon littéraire. Point.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Bien sûr, il faut acclamer les efforts de diversification des listes de lecture, qu’elles soient personnelles ou scolaires. Il faut encourager les défis littéraires qui poussent le lectorat à découvrir des œuvres asiatiques, africaines, autochtones. Célébrer la décentralisation de l’Occident dans le canon littéraire est essentiel, mais cela ne devrait pas être considéré comme un effort surhumain méritant nos louanges.</p>



<p class="wp-block-paragraph">En 2026, diversifier ses lectures et ouvrir ses perspectives devrait être un acquis. L’intégration des femmes, de toutes les femmes méritantes, dans le canon littéraire devrait aller de soi. Et pourtant, un vent de masculinisme souffle sur notre société, s’acharnant vainement à nous faire croire que l’excellence humaine se trouve chez ce mythique mâle alpha.</p>
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		<title>« J’étais féministe, je le suis toujours »</title>
		<link>https://www.delitfrancais.com/2026/03/18/jetais-feministe-je-le-suis-toujours/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Jiayuan Cao]]></dc:creator>
		<pubDate>Wed, 18 Mar 2026 11:00:00 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Cinéma]]></category>
		<category><![CDATA[Culture]]></category>
		<category><![CDATA[Arts visuels]]></category>
		<category><![CDATA[biographie]]></category>
		<category><![CDATA[culture]]></category>
		<category><![CDATA[féminisme]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>Retour sur la projection spéciale de <em/>Varda par Agnès</em> au cinéma du Parc.</p>
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										<content:encoded><![CDATA[
<p class="has-drop-cap wp-block-paragraph">À l’occasion de la Journée internationale des droits des femmes, le 8 mars dernier, l’équipe Cinéma Cinéma nous a proposé trois films mettant en lumière l’expérience des femmes. <em>Le Délit</em> en a profité pour s’infiltrer au Cinéma du Parc, où a eu lieu la projection du documentaire posthume de la cinéaste française et figure emblématique de la Nouvelle Vague, Agnès Varda – <em>Varda par Agnès</em> (2019). Le long-métrage retrace divers moments marquants de la carrière artistique de Varda et condense près de soixante ans de carrière en deux heures. La diffusion est suivie d’une discussion avec Viva Paci, professeure à l’École des médias de l’UQAM.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Le documentaire s’ouvre ; l’arrière-plan est flou. La musique baroque plonge le public dans une ambiance presque sacrée jusqu’à la mise au point sur une chaise sur laquelle est inscrit : AGNES V. Dos à la caméra, Agnès Varda, 90 ans, s’y installe. C’est le début d’un retour biographique de la « grand-mère » de la Nouvelle Vague française. Varda n’était pas seulement la seule femme parmi les figures fondatrices de ce mouvement anticonformiste né à la fin des années 1977 : elle en fut également un précurseur.</p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>Non à l’objectification</strong></p>



<p class="wp-block-paragraph">« Elle se distingue dans la façon qu’elle s’inclut et narre dans ses films », affirme Viva Paci à propos de la démarche créative chez Agnès Varda. Malgré la domination masculine du domaine, la cinéaste ne s’est jamais laissée emporter. En tant qu’avant-gardiste féministe, elle résume sa pratique en trois mots : « Inspiration, création et partage. » Elle s’inspire de la vie, particulièrement de la vie des femmes, crée des œuvres à travers un regard critique et partage sa vision du monde. Sous sa caméra, les femmes sont belles, mais surtout fortes et résilientes. Tout comme leur réalisatrice, elles ne manquent jamais d’agentivité.</p>



<p class="wp-block-paragraph">&nbsp;Dans l’un des films les plus connus de Varda, <em>Cléo de 5 à 7</em> (1962), la chanteuse Cléo attend avec inquiétude le résultat d’un examen médical. Face à l’insensibilité de son entourage qui réduit son angoisse face à la mort à de simples caprices devant une chanson macabre, Cléo s’insurge : « Mais c’est vous qui faites de moi une capricieuse! […] Vous vous servez de mes nerfs, vous m’exploitez! » En répliquant ainsi, Cléo refuse d’être prisonnière de l’image superficielle que les autres se font d’elle. Sa prise de conscience n’est pas un choix esthétique, mais une dénonciation de l’aplanissement social des femmes. De nos jours, on observe souvent la persistance du regard masculin qui objectifie les femmes, notamment dans l’industrie du cinéma. En réaction à l’omniprésence de ce regard sur les grands écrans, certains parlent des films féministes comme « contre-courant » au cinéma. Les œuvres de Varda correspondent parfaitement à ce profil.</p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>Et la lutte se poursuit</strong></p>



<p class="wp-block-paragraph">Plus tard, des films comme <em>Black Panthers</em> (1968) et <em>L’une chante, l’autre pas</em> (1977) témoignent davantage des implications militantes de Varda dans la revendication des contraceptifs et de l’avortement chez les femmes. Dans L’une chante, l’autre pas, l’une des protagonistes, Pauline, chante : « Ce n’est pas plus papa, que le pape ou le roi, que le juge ou le docteur, ou le législateur qui me feront la loi. » En 2019, Varda parle de ces mouvements revendicateurs en France et aux États-Unis comme de « l’histoire ancienne » à la suite de la légalisation de l’avortement à l’échelle fédérale des deux pays en 1975. Mais depuis l’arrivée au pouvoir de Trump aux États-Unis, ce droit retombe dans une précarité que l’on croyait pourtant révolue.</p>



<p class="wp-block-paragraph">« Je crois que l’œuvre d’Agnès Varda est toujours pertinente aujourd’hui, c’est pour cela que notre équipe a choisi de mettre de l’avant ce documentaire dans le cadre de la Journée internationale des droits des femmes », affirme l’agente sur place de Cinéma Cinéma. Et comme Varda le proclame : « J’étais féministe, je le suis encore », rappelant que la liberté des femmes est un combat de chaque instant.</p>
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		<item>
		<title>Fennell se méprend sur Brontë – et sur le féminisme</title>
		<link>https://www.delitfrancais.com/2026/03/18/fennell-se-meprend-sur-bronte-et-sur-le-feminisme/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Elena Montefiori]]></dc:creator>
		<pubDate>Wed, 18 Mar 2026 11:00:00 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Cinéma]]></category>
		<category><![CDATA[Culture]]></category>
		<category><![CDATA[culture]]></category>
		<category><![CDATA[féminisme]]></category>
		<category><![CDATA[male gaze]]></category>
		<category><![CDATA[théorie féministe]]></category>
		<guid isPermaLink="false">https://www.delitfrancais.com/?p=60450</guid>

					<description><![CDATA[<p>Emerald Fennell qualifie son cinéma de féministe. Ses films sont-ils au courant?</p>
<p>L’article <a href="https://www.delitfrancais.com/2026/03/18/fennell-se-meprend-sur-bronte-et-sur-le-feminisme/" data-wpel-link="internal">Fennell se méprend sur Brontë – et sur le féminisme</a> est apparu en premier sur <a href="https://www.delitfrancais.com" data-wpel-link="internal">Le Délit</a>.</p>
]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[
<p class="has-drop-cap wp-block-paragraph"><em>Le simple fait d’être une femme cinéaste est un acte féministe… qu’on le veuille ou non. […] Tout ce que je fais est féministe – c’est ma façon d’être au monde (tdlr) »</em> : voilà l’argumentaire avancé par la réalisatrice Emerald Fennell à l’occasion de la promotion de son film <em>Saltburn </em>(2023), pour le média <em>The Wrap</em>. Ces mots reviennent fréquemment chez Fennell : son regard sur le monde transperce ses films, son féminisme aussi. La formule est séduisante, un peu trop. Réalisatrice femme, cinéma féministe – l’équation est-elle si évidente? L’art féminin est-il systématiquement engagé? À l’issue des deux heures quarante de son dernier film à succès, <em>Les Hauts de Hurle-Vent</em> (Wuthering Heights), la question revient, insistante. L’intention féministe n’aboutit pas à un résultat féministe, malgré l’étiquette que s’auto-attribue la réalisatrice. Elle s’en réclame tant, de ce « cinéma féministe », qu’il finit par tenir lieu de preuve.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Mais alors, l’art ne se définit-il pas par celui ou celle qui le produit? Cette « continuité intention-résultat » convoque la théorie de l’auteur. Depuis Truffaut dans <em>les Cahiers du Cinéma</em>, on présuppose que le cinéaste imprime sa vision dans le film. Or, ceux tentant d’appliquer cette approche à l’art féminin semblent s’opposer à la critique féministe. Virginia Woolf, dans <em>Une chambre à soi</em>, met en garde contre l’écriture en conscience de son propre genre. Une femme qui écrit en tant que femme produirait une œuvre diminuée. Cette idée se répand largement dans le féminisme contemporain, par une revendication du droit des femmes à la « non-revendication ». Imposer le militantisme aux femmes, c’est les y enfermer. Woolf ne plaide pas pour le silence, elle dit qu’il faut le transcender. bell hooks, elle, va plus loin : dans De la marge au centre : <em>théorie féministe</em>, elle affirme que le féminisme n’est « <em>ni un style de vie ni une identité toute faite dans laquelle on peut entrer</em> ». Ce n’est pas l’identité qui compte, c’est l’engagement. Deux féminismes distincts, mais arrivant à une même conclusion : se proclamer féministe ne suffit pas – encore faut-il en faire la démonstration.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Le cinéma de Fennell a‑t-il démontré son engagement féministe? Concernant <em>Saltburn,</em> les avis sont mitigés, méritant sa qualification de « <em>film le plus controversé de l’année</em> » par <em>The Guardian</em>. La narration ne met pas les femmes, mais un homme en évidence : ses ambitions, ses amitiés, sa sexualité. Les personnages féminins, eux, ne semblent pas réussir le test de Bechdel. Elles n’agissent que sexuellement, ou en référence à l’un des personnages masculins. Même la complexité de leurs personnages ne paraît que partiellement développée. Fennell aurait pu s’appuyer sur Venetia, par exemple, pour saisir sa lucidité sur l’absurdité de son environnement et en faire un personnage central de l’histoire. Or, tout s’effondre lorsque Elspeth, sa mère, la décrit comme « <em>une masochiste avec un trouble alimentaire</em> ». Et cet effondrement, je l’ai revécu face à <em>Hurlevent</em>, lorsque Fennell choisit de faire du personnage d’Isabella une femme-enfant qui choisit la soumission, là où Brontë montrait une victime qui trouve la force de fuir. L’adaptation semble avoir desservi le personnage… paradoxal pour une œuvre <em>féministe</em> bénéficiant de près d’un siècle d’avancées sur la question! </p>



<blockquote class="wp-block-quote is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow">
<p class="has-text-align-center wp-block-paragraph">« Sur ce point, difficile de lui donner tort : elle applique sur ses<br>acteurs le regard qu’on a toujours réservé aux femmes »</p>
</blockquote>



<p class="wp-block-paragraph">Ce que la réalisatrice met en avant, c’est sa volonté de retourner le <em>male gaze</em> contre les hommes. Sur ce point, difficile de lui donner tort : elle applique sur ses acteurs le regard qu’on a toujours réservé aux femmes. En effet, elle filme le corps masculin comme objet de désir, et illustre les fantasmes auxquels leurs amantes les soumettent. Néanmoins, ce geste ne suffit pas. Le cinéma d’Emerald Fennell illustre des femmes, prend en considération ses spectatrices, mais cela suffit-il à le qualifier de féministe? Pour Fennell, apparemment oui. Mon école, celle de Virginia Woolf, désapprouverait probablement</p>
<p>L’article <a href="https://www.delitfrancais.com/2026/03/18/fennell-se-meprend-sur-bronte-et-sur-le-feminisme/" data-wpel-link="internal">Fennell se méprend sur Brontë – et sur le féminisme</a> est apparu en premier sur <a href="https://www.delitfrancais.com" data-wpel-link="internal">Le Délit</a>.</p>
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		<title>L’émotion et la rage, sans filtre</title>
		<link>https://www.delitfrancais.com/2026/03/18/lemotion-et-la-rage-sans-filtre/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Manon Delacroix]]></dc:creator>
		<pubDate>Wed, 18 Mar 2026 11:00:00 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Cinéma]]></category>
		<category><![CDATA[Culture]]></category>
		<category><![CDATA[culture]]></category>
		<category><![CDATA[féminité]]></category>
		<category><![CDATA[femmes]]></category>
		<category><![CDATA[identité]]></category>
		<guid isPermaLink="false">https://www.delitfrancais.com/?p=60461</guid>

					<description><![CDATA[<p>Quatre films qui ont changé le regard sur les expériences féminines en 2025.</p>
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										<content:encoded><![CDATA[
<p class="has-drop-cap wp-block-paragraph">L’automne dernier, un vent nouveau a soufflé sur nos salles de cinéma. Quatre réalisatrices ont mis les expériences féminines de l’avant de manière peu conventionnelle. Des femmes mises en scène par des femmes dans quatre récits se déroulant à différentes époques et qui, de prime abord, n’ont pas grand-chose en commun. Leur seul point de convergence : ils racontent tous, à leur manière, la maternité. Ces œuvres mettent en scène des femmes blanches, en Angleterre ou aux États-Unis, avec des grandes vedettes en tête d’affiche : Rose Byrne, Jennifer Lawrence, Jessie Buckley et Amanda Seyfried. Leurs personnages ne se dérobent pas à leurs émotions et se réapproprient leur propre corps. Et, dirigées par des femmes, ces actrices connues et reconnues dépassent leurs limites et élargissent leur registre de possibilités. Elles se consacrent à partager une expérience féminine qui, bien qu’elle inclue la maternité, ne se restreint pas à celle-ci. Ces quatre films suivent un même fil, celui de libérer les corps en misant sur les imperfections, les pulsions, la rage et la sensibilité. Gros plan sur le lien qui unit ces quatre histoires, et dessine peut-être un nouveau regard sur les femmes au cinéma.</p>



<blockquote class="wp-block-quote is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow">
<p class="has-text-align-center wp-block-paragraph">« Ces quatre films suivent un même fil, celui de libérer les corps en misant sur les imperfections, les pulsions, la rage et la sensibilité »</p>
</blockquote>



<p class="wp-block-paragraph"><em>If I Had Legs I’d Kick You </em>de Mary Bronstein, avec Rose Byrne</p>



<p class="wp-block-paragraph">Salué par la critique dès ses premières projections dans les festivals internationaux et porté par la performance de Byrne, acclamée de toutes parts, le film a connu un beau parcours : sa première a eu lieu en janvier 2025 à Sundance et l’actrice a été nommée aux Oscars un an plus tard. L’histoire est celle de Linda, une psychothérapeute qui fait face à la maladie mystérieuse de sa fille alors que son mari, capitaine en mer, est absent pour une longue période. Confrontée à une relation de plus en plus difficile avec son propre thérapeute (Conan O’Brien), Linda voit son monde s’étioler à mesure que la charge mentale et les péripéties s’accumulent, notamment autour de sa fille, que la caméra ne filme jamais. Elle est rivée de bout en bout sur Rose Byrne, partageant sa sensation d’étouffement. Linda crie, s’effondre, se bat, commet des erreurs, est fatiguée, à bout de souffle, se sent coupable. Jouant sans arrêt avec les frontières du réel, le film explore le chaos vécu par une femme seule et dépassée malgré l’amour qu’elle porte à sa fille. La mise en scène oppressante et la vulnérabilité enragée de Linda ouvrent la discussion aux pensées intrusives. Mais ce que l’on pense être une exception fait en réalité partie du lot de la parentalité.</p>



<p class="wp-block-paragraph"><em>Die, My Love</em> de Lynne Ramsay, avec Jennifer Lawrence</p>



<p class="wp-block-paragraph">Adaptée d’un roman d’Ariana Harwicz, cette œuvre réalisée et coécrite par Ramsay était en compétition pour la Palme d’Or du Festival de Cannes 2025. Et à l’instar de Byrne, la performance de Lawrence a été particulièrement remarquée. Œuvre expérimentale et cathartique, <em>Die, My Love</em> suit un pan de la vie de Grace, jeune mère qui affronte une dépression postpartum alors que son couple s’effrite. Du moment où elle et Jackson (Robert Pattinson) s’installent dans cette maison du Montana au début de sa grossesse et jusqu’à plusieurs semaines après l’accouchement, le monde intérieur de la jeune femme se décompose. Il devient flou, inconsistant et imprévisible.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Le film a suscité beaucoup de réactions, notamment parce qu’il aborde le post-partum d’une manière nouvelle, personnelle, mais surtout plus réaliste : on ne s’intéresse pas au bébé, mais plutôt à ce qui gravite autour de lui. Les nombreux changements causés par son arrivée, les absences et tromperies de Jackson, la communication difficile, l’aliénation de Grace, qui ne sait plus qui elle est… Dès lors, l’aspect organique est omniprésent : Grace marche à quatre pattes, danse librement, grogne, crie, griffe les murs, se masturbe dans l’herbe, hurle, devient cynique, joue avec les limites de la folie — par anticonformisme et aussi par fatigue. Elle étouffe, elle veut être libre. Les silences du film où l’image parle d’elle-même, les expressions faciales de Lawrence, la panique intérieure de Grace, nous donnent envie de hurler notre rage, de nous défaire de toute bienséance, de redevenir sauvages.</p>



<p class="wp-block-paragraph"><em>Hamnet </em>de Chloé Zhao avec Jessie Buckley</p>



<p class="wp-block-paragraph">Son scénario est adapté de la pièce de théâtre de Maggie O’Farrell et la performance de Buckley, fraîchement auréolée d’un Oscar, est remarquable. Célébré pour sa mise en scène, <em>Hamnet</em> raconte le deuil réinventé des parents du jeune Hamnet : son père, William Shakespeare (Paul Mescal) et sa mère Agnès. Elle est une sorcière, une marginale profondément liée à la nature qui tombe amoureuse de William et donne naissance à une fille, puis à des jumeaux. La maternité est ici explorée par la perte : plusieurs années plus tard, son fils Hamnet est emporté par la peste. En deuil, William se réfugie dans l’alcool, la colère et le retrait. La caméra s’y intéresse au travers du regard d’Agnès, abandonnée avec le public dans cette douleur.</p>



<p class="wp-block-paragraph">La force et la pudeur que Buckley infuse à son personnage provoquent une émotion viscérale. Son cri silencieux résonne encore dans nos oreilles, et l’engourdissement provoqué par le vertige de la mort cohabite en permanence avec une candeur et une lumière qui ne disparaissent jamais tout à fait. Hamnet est un choc corporel, une émotion brute qui nous attrape en silence, mais nous laisse pourtant libres d’en faire ce qui nous dira.</p>



<blockquote class="wp-block-quote is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow">
<p class="has-text-align-center wp-block-paragraph">« Hamnet est un choc corporel, une émotion brute qui nous attrape en<br>silence, mais nous laisse pourtant libres d’en faire ce qui nous dira »</p>
</blockquote>



<p class="wp-block-paragraph"><em>The Testament of Ann Lee</em>, de Mona Fastvold, avec Amanda Seyfried</p>



<p class="wp-block-paragraph">Film musical retraçant la vie d’Ann Lee, fondatrice d’un mouvement religieux shaker au 18e siècle, l’œuvre de Mona Fastvold met l’accent sur la tension constante entre retenue et libération : la première causée par les conventions sociales de l’époque et la seconde permise par les danses. Ann Lee, désintéressée par les relations amoureuses, dégoûtée du sexe, se marie avec un homme et perdra ses cinq enfants. En prison, affamée et fatiguée, elle a une vision d’un monde dans lequel la chasteté devient la solution aux problèmes de l’humanité et fonde sa propre communauté. Se faisant appeler Mère Ann par ses membres, admirée et célébrée, celle qui a tant perdu se libère du carcan des relations normées. Elle laisse libre cours à son énergie en dansant pour expier les péchés de l’humanité, tout en travaillant à l’égalité et à l’entraide. Bruits et chansons sont interdépendants : les respirations saccadées, les pieds tapant le sol, les mains frappant les poitrines et les corps entrant en transe ne se départissent jamais de la musique. Cette dernière nous entraîne dans une valse cathartique où le corps devient l’outil de libération et la caméra se fond dans les chorégraphies, tourbillonne avec les personnages et suit leurs mouvements. Le film incarne l’idéologie d’Ann Lee et souligne implicitement les mécanismes de protection qu’elle a dû mettre en place pour survivre à la perte et aux normes sociétales. Elle a été oubliée par l’histoire, mais Seyfried et Fastvold lui font honneur en invoquant une intensité fourmillante et une compassion brute.</p>



<blockquote class="wp-block-quote is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow">
<p class="has-text-align-center wp-block-paragraph">« Elle a été oubliée par l’histoire, mais Seyfried et Fastvold<br>lui font honneur en invoquant une intensité fourmillante et une compassion brute »</p>
</blockquote>



<p class="wp-block-paragraph">Ces quatre films, ainsi que leurs personnages et leurs interprètes, ont certainement marqué l’année 2025 en rendant visible l’invisible : les émotions si brutes qu’elles ne peuvent s’exprimer que par la libération des corps. En filmant la rage tremblante, la maternité imparfaite et la perte, ces œuvres posent peut-être la première pierre à l’édifice d’une tendance que l’on espère pérenne : celle d’un cinéma plus organique, plus sensible, où les femmes ne sont pas seulement « mises à l’honneur » dans un monde d’hommes, mais où elles sont capables de prendre leur place en choisissant les histoires qu’elles veulent raconter et, surtout, la manière dont elles veulent les raconter.</p>
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		<title>L’art « misandre » existe-t-il vraiment?</title>
		<link>https://www.delitfrancais.com/2026/03/18/lart-misandre-existe-t-il-vraiment/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Joséphine Miton]]></dc:creator>
		<pubDate>Wed, 18 Mar 2026 11:00:00 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Culture]]></category>
		<category><![CDATA[Réflexion]]></category>
		<category><![CDATA[Cinéma]]></category>
		<category><![CDATA[culture]]></category>
		<category><![CDATA[identité]]></category>
		<category><![CDATA[Misandrie]]></category>
		<category><![CDATA[représentation]]></category>
		<guid isPermaLink="false">https://www.delitfrancais.com/?p=60469</guid>

					<description><![CDATA[<p>Le mot « misandre » décrit-il un contenu ou un inconfort ?</p>
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										<content:encoded><![CDATA[
<p class="has-drop-cap wp-block-paragraph">Dans <em><a href="https://www.imdb.com/title/tt0266697/" data-wpel-link="external" target="_blank" rel="external noopener noreferrer"><em>Kill Bill</em></a></em>, une femme massacre des dizaines d’hommes au katana. Personne n’a parlé de misandrie. Ses victimes sont des yakuzas, des figures du mal dont personne ne se sent proche. Dans <em><a href="https://www.imdb.com/title/tt9620292/" data-wpel-link="external" target="_blank" rel="external noopener noreferrer"><em>Promising Young Woman</em></a></em>, l’héroïne ne tue personne. Elle fait semblant d’être ivre dans des bars. Quand des hommes la ramènent chez eux en pensant profiter de son état, elle révèle qu’elle est sobre et les force à faire face à ce qu’ils s’apprêtaient à faire. Ces hommes ne sont pas des monstres de cinéma. Ce sont des étudiants, des collègues, des « nice guys ». Le film a été qualifié de misandre dès sa sortie. D’un côté, une violence spectaculaire qui ne dérange personne. De l’autre, un malaise ordinaire mis en scène, et l’accusation tombe.</p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>Un mot qui dérange</strong></p>



<p class="wp-block-paragraph">La <a href="https://www.larousse.fr/dictionnaires/francais/misandre/51743" data-wpel-link="external" target="_blank" rel="external noopener noreferrer">misandrie</a> désigne, selon le <em>Larousse</em>, la haine ou le mépris des hommes. C’est le miroir étymologique de la <a href="https://www.larousse.fr/dictionnaires/francais/misogyne/51773" data-wpel-link="external" target="_blank" rel="external noopener noreferrer">misogynie</a>. Le parallèle semble logique. Plusieurs chercheurs le contestent.</p>



<p class="wp-block-paragraph">La philosophe <a href="https://www.katemanne.net/down-girl.html" data-wpel-link="external" target="_blank" rel="external noopener noreferrer">Kate Manne</a>, de l’Université Cornell, a consacré un ouvrage entier à redéfinir la misogynie. Dans <em>Down Girl : The Logic of Misogyny</em> (2018), elle montre que ce n’est pas un simple sentiment de haine envers les femmes, mais un système : un ensemble de mécanismes sociaux qui punit les femmes qui dévient de la norme. Marc Ouellette, dans <em>l’<a href="https://www.taylorfrancis.com/books/mono/10.4324/9780203413067/international-encyclopedia-men-masculinities-michael-flood-judith-kegan-gardiner-bob-pease-keith-pringle" data-wpel-link="external" target="_blank" rel="external noopener noreferrer"><em>International Encyclopedia of Men and Masculinities</em></a></em>, pose alors la question qui s’impose : si la misogynie est structurelle, la misandrie l’est-elle aussi? Sa réponse est non. Selon lui, « <em><a href="https://en.wikipedia.org/wiki/Misandry" data-wpel-link="external" target="_blank" rel="external noopener noreferrer">l’antipathie systémique, institutionnalisée et légiférée</a> </em>(<em>tdlr</em>) » de la misogynie manque à la misandrie. La misogynie s’appuie sur des siècles de lois et de structures sociales. La misandrie n’a pas d’équivalent. Les deux mots se ressemblent, mais ne pèsent pas le même poids.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Et le mot « misandrie » a une histoire particulière. <a href="https://xyonline.net/sites/xyonline.net/files/2019-12/Marwick,%20Drinking%20male%20tears%202018.pdf" data-wpel-link="external" target="_blank" rel="external noopener noreferrer">Dès les années 1890</a>, des journaux américains et britanniques qualifiaient les premières militantes féministes de « <em>man haters</em> ». Le mot disparaît ensuite pendant près d’un siècle avant de réapparaître dans la littérature masculiniste des années 1980, puis d’exploser en ligne dans les forums de « droits des hommes ». Plus d’un siècle plus tard, le mécanisme reste le même. <a href="https://actualites.uqam.ca/2016/en-classe-lantifeminisme-decortique-par-francis-dupuis-deri/" data-wpel-link="external" target="_blank" rel="external noopener noreferrer">Francis Dupuis-Déri</a>, professeur de science politique à l’UQAM et auteur de <em><a href="https://journals.openedition.org/lectures/31663" data-wpel-link="external" target="_blank" rel="external noopener noreferrer"><em>La crise de la masculinité : autopsie d’un mythe tenace</em></a> </em>(2018), documente l’usage du mot comme outil central du discours masculiniste contemporain : il sert à dépeindre les hommes en victimes et à inverser le rapport de pouvoir. En février 2026, il affirme <a href="https://www.lapresse.ca/dialogue/chroniques/2026-02-26/prevention-des-violences-sexuelles/il-faut-deconstruire-le-discours-masculiniste.php" data-wpel-link="external" target="_blank" rel="external noopener noreferrer">observer</a> une hausse de ces discours dans les écoles québécoises. Quand le même mot est ensuite appliqué à un film ou à un essai, il arrive chargé de cette histoire.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Trop radical? Pas assez?</p>



<p class="wp-block-paragraph">Le réflexe n’est pas nouveau : <em><a href="https://fr.wikipedia.org/wiki/Thelma_et_Louise#cite_note-vaevictis-51" data-wpel-link="external" target="_blank" rel="external noopener noreferrer"><em>Thelma &amp; Louise</em></a></em> en 1991, le livre <em>King Kong Théorie</em> de Virginie Despentes en 2006, l’essai <em>Moi les hommes, je les déteste</em> de Pauline Harmange en 2020. À chaque génération, une femme exprime sa colère dans une œuvre et le mot ressurgit.</p>



<p class="wp-block-paragraph">En 2020, Ralph Zurmély, conseiller au ministère de l’Égalité femmes-hommes français, <a href="https://www.mediapart.fr/journal/france/310820/un-livre-feministe-provoque-un-desir-de-censure-au-ministere-de-l-egalite-femmes-hommes" data-wpel-link="external" target="_blank" rel="external noopener noreferrer">menace</a> les éditeurs de « poursuites pénales » si l’ouvrage de Harmange n’est pas retiré de la vente. L’objet du scandale : un essai de 80 pages dont le titre ne laisse aucune ambiguïté. Le titre est provocateur, et Harmange <a href="https://www.lapresse.ca/arts/litterature/2020-11-06/essai/pourquoi-pauline-harmange-deteste-les-hommes.php" data-wpel-link="external" target="_blank" rel="external noopener noreferrer">le revendique</a> : elle dit l’avoir choisi pour « se réapproprier l’accusation de misandrie qu’on lance toujours aux féministes ». Le livre, lui, raconte autre chose. Le site du collectif féministe <em><a href="https://la-part-des-femmes.com/2020/10/les-ressorts-de-la-misandrie/" data-wpel-link="external" target="_blank" rel="external noopener noreferrer"><em>La Part des Femmes</em></a></em> le décrit comme un texte « simple et sans aigreur », dont le vrai sujet n’est pas la haine des hommes, mais la solidarité entre femmes : « Consacrons notre temps à la moitié de l’humanité qui nous réjouit. » Le livre connaîtra un succès massif et sera traduit en 18 langues. Quatorze ans plus tôt, Despentes publiait <em>King Kong Théorie</em>, accueilli par <em>Le Figaro</em> Littéraire comme un essai « <a href="https://fr.wikipedia.org/wiki/King_Kong_Th%C3%A9orie#cite_note-12" data-wpel-link="external" target="_blank" rel="external noopener noreferrer">plein de gros mots</a> ». La critique s’est arrêtée au ton. Le <a href="https://cefres.hypotheses.org/2184" data-wpel-link="external" target="_blank" rel="external noopener noreferrer">CEFRES</a>, le Centre français de recherche en sciences sociales, a quant à lui regardé le fond : il note que Despentes s’adresse aussi aux hommes qui rejettent la virilité imposée. Sa phrase finale invite à « une aventure collective, pour les femmes, pour les hommes, et pour les autres ». Des œuvres qu’on réduit à de la haine, mais dont le contenu dit autre chose.</p>



<p class="wp-block-paragraph">La réception de <em>Promising Young Woman</em> illustre quelque chose de plus subtil encore. La revue académique <em><a href="https://aestheticsforbirds.com/2021/08/27/what-promising-young-woman-gets-right-about-misogyny-and-male-violence/" data-wpel-link="external" target="_blank" rel="external noopener noreferrer"><em>Aesthetics for Birds</em></a></em> relève qu’Emerald Fennell refuse délibérément la scène de vengeance cathartique que le genre du rape-revenge promet habituellement. Son choix de distribution, des acteurs associés à des rôles de « <em>nice guys</em> », vise, selon la revue, à montrer que le problème n’est pas le monstre évident, mais le système qui protège l’homme ordinaire. C’est une illustration directe de ce que Manne appelle la « <em><a href="https://www.katemanne.net/down-girl.html" data-wpel-link="external" target="_blank" rel="external noopener noreferrer">himpathy</a></em> » : cette sympathie disproportionnée envers les agresseurs qui, écrit-elle, « exonère les hommes privilégiés qui dominent, menacent et réduisent les femmes au silence ». D’un côté, le hashtag #NotAllMen et l’accusation d’être anti-hommes. De l’autre, des critiques féministes tout aussi sévères. La revue <em><a href="https://www.anothergaze.com/yes-girls-love-corpses-emerald-fennells-promising-young-woman/" data-wpel-link="external" target="_blank" rel="external noopener noreferrer"><em>Another Gaze</em></a></em> juge le féminisme de Fennell superficiel. Mary Beth McAndrews, survivante de violences sexuelles, écrit que Cassie s’approprie le trauma de son amie plutôt que de le respecter. Le film la laisse, dit-elle, « <em><a href="https://www.rogerebert.com/features/on-the-disempowerment-of-promising-young-woman" data-wpel-link="external" target="_blank" rel="external noopener noreferrer">vide</a></em> ».</p>



<p class="wp-block-paragraph">Le même film est donc simultanément trop radical et pas assez. Quand un détracteur dit « ce film déteste les hommes », il demande que l’œuvre n’existe pas. Quand une critique féministe dit « ce film ne va pas assez loin », elle demande qu’elle soit meilleure. Ce n’est pas le même reproche, mais le mot « misandrie » écrase les deux positions, et le débat disparaît.</p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>Une sélectivité qui interroge</strong></p>



<p class="wp-block-paragraph">Le paradoxe posé en ouverture n’est pas un cas isolé. <em><a href="https://www.imdb.com/title/tt1392190/" data-wpel-link="external" target="_blank" rel="external noopener noreferrer"><em>Mad Max: Fury Road</em></a></em>, dénoncé comme « <a href="https://www.franceinfo.fr/culture/cinema/pourquoi-mad-max-fury-road-enerve-les-anti-feministes_908481.html#:~:text=Mad%20Max%20%3A%20Fury%20Road%20%2C%20presque,Road%20%22%20(en%20anglais)." data-wpel-link="external" target="_blank" rel="external noopener noreferrer">propagande féministe</a> » par des militants masculinistes, est signé George Miller, 70 ans. Quand un homme filme une femme en colère, la critique parle de « personnage complexe ». Le traitement n’est pas tout à fait le même quand l’œuvre est signée par une femme. Le constat vaut aussi en littérature. Lorsque Michelle Houellebecq écrit avec rage, la critique &nbsp;<a href="https://slate.com/culture/2015/10/submission-by-michel-houellebecq-reviewed.html" data-wpel-link="external" target="_blank" rel="external noopener noreferrer">mentionne sa misogynie en passant</a>, puis s’attarde sur son style, sa lucidité, sa capacité à « prédire » le monde. Virginie Despentes <a href="https://liverpool.universitypressscholarship.com/view/10.5949/liverpool/9781846318610.001.0001/upso-9781846318610-chapter-2" data-wpel-link="external" target="_blank" rel="external noopener noreferrer">a pointé du doigt ce décalage</a> : si une femme avait écrit l’équivalent de ses romans, on aurait surtout parlé de son physique et de sa vie sexuelle. La colère masculine passe pour du style. La colère féminine passe pour un problème.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Les données empiriques vont dans le même sens. <a href="https://www.researchgate.net/publication/375424142" data-wpel-link="external" target="_blank" rel="external noopener noreferrer">Hopkins-Doyle, Peterson et Leach</a> ont mené six études auprès de près de 10 000 participants dans neuf pays. Leur question était simple : les féministes sont-elles réellement plus hostiles aux hommes que le reste de la population? Résultat : non. Leurs attitudes envers les hommes ne sont pas plus négatives que celles des non-féministes, ni même que celles des hommes envers eux-mêmes. Autrement dit, si l’étiquette « misandre » devait s’appliquer aux féministes, elle devrait tout aussi bien s’appliquer aux hommes. Les chercheurs en concluent que le stéréotype n’a aucune valeur descriptive. Ils appellent ça « <a href="https://www.psychologytoday.com/us/blog/compassionate-feminism/202403/debunking-the-myth-of-the-man-hating-feminist" data-wpel-link="external" target="_blank" rel="external noopener noreferrer">le mythe de la misandrie</a> ».</p>



<p class="wp-block-paragraph">Ce que ces œuvres partagent n’est peut-être pas la haine, mais le refus de rassurer leur public. On peut les trouver réussies ou ratées. Les critiques féministes elles-mêmes ne s’accordent pas. Réduire ce débat à un seul mot, c’est peut-être passer à côté de ce qu’il révèle : non pas que ces œuvres détestent les hommes, mais qu’elles posent des questions auxquelles le mot « misandre » évite de répondre.</p>
<p>L’article <a href="https://www.delitfrancais.com/2026/03/18/lart-misandre-existe-t-il-vraiment/" data-wpel-link="internal">L’art « misandre » existe-t-il vraiment?</a> est apparu en premier sur <a href="https://www.delitfrancais.com" data-wpel-link="internal">Le Délit</a>.</p>
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