À McGill, deux étudiants inscrits aux mêmes cours ne paient pas nécessairement le même prix. Pour l’année 2026–2027, le tarif de base affiché par l’Université est de 103,92 $ par crédit pour une personne reconnue comme résidente du Québec. Pour une personne canadienne venue d’une autre province, il atteint 432,85 $ par crédit. Cet écart s’explique par un supplément imposé par le gouvernement de la CAQ aux étudiants canadiens hors Québec depuis l’automne 2024. Bien que la Cour supérieure ait jugé la hausse déraisonnable en 2025, elle demeure appliquée. Une session de 15 crédits représente ainsi environ 1 558,80 $ de frais de scolarité de base dans le premier cas, contre 6 492,75 $ dans le second, avant les autres frais.
« Il serait donc trompeur de conclure que tous les
étudiants de McGill verraient leur facture coupée en deux »
C’est sur ce campus aux factures inégales que résonne la promesse faite le 22 septembre par Québec Solidaire (QS). Le parti s’engage à réduire de moitié les frais de scolarité universitaires durant un premier mandat. Il promet la même réduction pour les frais d’inscription au cégep et dit viser, à plus long terme, la gratuité scolaire. À cinq jours du scrutin provincial, l’annonce attire l’attention sur le coût des études. Elle laisse aussi une question centrale pour McGill : la moitié de quels frais, et pour qui ?
Une promesse dont la portée reste à préciser
La calculatrice électorale de QS apporte une première réponse : elle décrit une réduction de 50 % des frais universitaires pour « les étudiantes et les étudiants québécois ». Elle ne précise pas, dans cette explication, ce qu’il adviendrait du montant supplémentaire facturé aux Canadiens hors Québec, ni des tarifs payés par les étudiants internationaux. Il serait donc trompeur de conclure que tous les étudiants de McGill verraient leur facture coupée en deux. Il reste également à savoir à quel rythme la baisse serait appliquée au cours du mandat.
La distinction compte particulièrement à McGill. Si seul le tarif québécois de base était réduit, une personne venue d’une autre province pourrait profiter d’une baisse sur cette portion de sa facture tout en continuant de payer le montant supplémentaire.
« Pour McGill, les choix électoraux pourraient toucher autant le recrutement et les revenus de l’université que les factures individuelles »
Toutefois, QS n’a pas détaillé cette application dans la documentation publiée par le parti : ce calcul demeure une hypothèse, et non une économie qu’on peut promettre aux étudiants. Pour ceux qui viennent de l’étranger, les règles de tarification et les exemptions possibles ajoutent d’autres distinctions à éclaircir.
Une réduction des frais de scolarité ne réglerait pas non plus toutes les dépenses liées aux études. Le logement, l’épicerie et le transport continueraient de peser sur le budget étudiant. C’est sur ces besoins, ainsi que sur le revenu perdu pendant certains stages, que d’autres propositions électorales cherchent à agir.
D’autres réponses au coût des études
D’autres formations proposent d’aider les étudiants sans annoncer une réduction générale des frais de scolarité. Le Parti libéral du Québec (PLQ) promet de rémunérer certains stages actuellement non payés dans le réseau public. Il souhaite aussi revoir l’aide financière aux études, notamment la façon dont celle-ci tient compte du coût du logement et de la contribution parentale. Ces engagements visent des difficultés bien réelles, mais le parti n’a pas chiffré, dans son annonce d’août, la bonification que pourrait recevoir un étudiant.
Le Parti québécois (PQ) cible lui aussi les stages. Il promet de rémunérer au salaire minimum des stages obligatoires de fin d’études, dans des domaines comme les soins infirmiers, le travail social et l’enseignement, lorsqu’ils sont effectués dans des institutions publiques. Le parti s’engage en outre à ajouter 10 millions $ par année au soutien en santé mentale dans les cégeps et les universités. QS, de son côté, propose la rémunération des stages obligatoires au cégep et à l’université. Derrière une promesse commune de stages rémunérés se trouvent donc des groupes d’étudiants potentiellement différents.
La Coalition avenir Québec (CAQ) mise plutôt, dans l’un de ses engagements de campagne touchant les études postsecondaires, sur l’épargne à long terme. Elle promet de déposer 1 000 $ dans le régime enregistré d’épargne études des enfants nés au Québec à compter de l’automne 2027, sous réserve qu’un compte soit ouvert dans les trois années suivant leur naissance. La mesure pourrait aider de futurs étudiants, mais ne réduirait pas la facture des personnes actuellement inscrites à l’Université McGill.
Et les étudiants internationaux ?
Le débat sur les frais mène aussi à une autre question : celle du financement des universités anglophones. Dans un plan sur l’immigration, publié en 2024 et toujours en vigueur, le PQ propose de revoir la façon dont les frais payés par les étudiants internationaux sont perçus et répartis entre les universités. Il avançait également une cible d’environ 50 000 étudiants internationaux au Québec, en liant cette proposition à l’équité entre établissements francophones et anglophones. Ces positions montrent que, pour McGill, les choix électoraux pourraient toucher autant le recrutement et les revenus de l’université que les factures individuelles.
Les partis proposent donc des aides de nature différente : payer moins cher ses cours, recevoir un salaire durant un stage, obtenir davantage d’aide financière ou préparer les études d’un enfant. Pour juger de leur effet à McGill, il manque encore des réponses précises sur les étudiants canadiens hors Québec et internationaux, ainsi que sur le financement des universités anglophones. Une promesse peut être attrayante à l’échelle du Québec sans avoir la même portée pour toutes les personnes assises dans une salle de cours du campus.



