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Outil d’émancipation ou vecteur d’exclusion

La dépendance à la voiture et son permis.

Bebe Cutter | Le Délit

Dans un monde valorisant l’individualité, le confort et l’efficacité personnelle, la voiture trouve toute sa place. Alors que près de 1,4 milliard d’automobiles rouleraient sur le globe, il est devenu plus que nécessaire, par souci écologique et relationnel, de trouver un moyen alternatif de déplacement. Aussi, si importante soit-elle, son permis est même devenu un document d’identité.

Le délaissement du social au profit de l’individualisme

Résultat d’une société surconsommatrice, la voiture, popularisée par l’Occident comme symbole de liberté, a développé chez l’être humain une dépendance exagérée, ce dernier se confinant volontairement chaque jour dans une caisse de fer sur roues.

Mais l’humain, pourtant essentiellement sociable, perd progressivement ses occasions de rencontres et s’enfonce dans son isolement. D’autant plus que le gouvernement n’aide pas : en France, le permis s’obtient maintenant à 17 ans, au Canada à 16 ans et au Dakota du Sud aux États-Unis, on peut apprendre à conduire dès ses 14 ans. En baissant l’âge de l’obtention du permis, l’isolement apparaît de plus en plus tôt. Démodés sont les transports en commun où l’on retrouvait ses camarades de classe, ses amis, ou même ses voisins, faites place au moyen de locomotion égocentrique et ultra-polluant.

Im-permis de conduire

Mais bien que la voiture émancipe des millions de personnes chaque jour, le permis de conduire est devenu aujourd’hui un outil de discrimination sociale. Les catégories déjà minoritaires et exclues de la société sont – à nouveau – visées. En février 2026, par exemple, dans l’État du Kansas aux États-Unis, deux hommes transgenres se sont plaints face à une nouvelle loi invalidant le permis de conduire, car il reflèterait l’identité de genre et non pas le sexe attribué à la naissance. Cette mesure déshumanisante n’affecte sûrement pas seulement les États-Unis. En Russie, un amendement interdit aux personnes transgenres de conduire, et on pourrait s’attendre à voir de telles mesures prises par la Hongrie ou le Ghana par exemple, où les lois reculent, discriminant et harcelant davantage les personnes transgenres.

Non seulement, le refus d’accorder ou le non-renouvellement du permis de conduire restreint la liberté de mobilité de ces personnes-là, mais quelquefois, il représente le seul document d’identité qu’elles possèdent, les empêchant alors de voter. L’électorat est ainsi manipulé et transformé pour favoriser les candidats conservateurs et réactionnaires.

Choix capitaliste ou écologique ?

Aussi, plus qu’un document administratif, le permis de conduire est perçu comme un rite de passage vers l’âge adulte dans les sociétés occidentales. Il est même souvent exigé pour postuler dans de nombreux secteurs, devenant à nouveau discriminant. Surtout que les coûts de l’essence, des assurances, et simplement des écoles de conduite, ne cessent d’augmenter. Certaines personnes sont alors isolées involontairement.

Se pose alors un dilemme quant aux pseudo-volontés des gouvernements : veulent-ils rendre la voiture réellement accessible à tous les marginalisés de la société (ruraux, familles à faibles revenus, transgenres) ou bien privilégier les transports en commun, pour renforcer les liens sociaux et réduire l’impact écologique, en mettant en place plus de lignes de bus, trains, vélos de ville publics ?

Il est de notre devoir de trouver des alternatives et de ne pas se laisser avoir par la facilité du déplacement individuel. Et dans un monde où un outil présenté comme figure de l’affranchissement a finalement dominé et écrasé les interactions sociales, il faudrait repenser les systèmes pour favoriser les interactions sociales et continuer à sensibiliser la population vis-à-vis du danger du réchauffement climatique.


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