Les élections de mi-mandat du Congrès américain arrivent vite. Si vous êtes un Américain qui habite à l’étranger, il est presque trop tard pour pouvoir voter à cette élection, qui aura lieu le 3 novembre 2026. En tant qu’Américain, ce sera la première fois que je peux voter. Ayant peur de manquer l’occasion, j’ai déjà entamé toutes les démarches il y a quelques mois. J’ai très vite découvert que la procédure est bien plus complexe qu’elle ne me semblait. Il existe un problème dans la relation des États-Unis avec leurs citoyens à l’étranger qui veulent voter : il n’y a personne au sein du gouvernement pour nous représenter. À cause de cela, le système électoral américain est trop compliqué et inefficace, ce qui diminue le taux de participation électorale à l’étranger, et réduit la représentation des expatriés.
Une mauvaise structure
D’abord, le problème se présente via le manque d’efforts de la part du gouvernement, qui conserve l’inscription électorale à l’étranger. Une procédure trop complexe – telle est la principale raison citée pour le manque de participation chez les citoyens à l’étranger. Pour voter de l’étranger, il faut d’abord s’inscrire avec le Formulaire 76, ou Federal Post Card Application (FPCA). Ce formulaire est à la fois une inscription et une demande de bulletin de vote qu’il faut renouveler chaque année dans de nombreux États. Or, comme le bulletin est reçu par courrier, il est possible qu’il arrive trop tard, voire jamais. Il est également possible qu’un Américain habitant à l’étranger oublie de renouveler sa demande de bulletin en présumant qu’il est toujours inscrit. Dans tous les cas, le citoyen perd sa chance de voter. De plus, ce dernier doit utiliser sa dernière adresse de résidence aux États-Unis, parce que c’est là que son vote est compté. En théorie, ces Américains ont un représentant – mais ce représentant est élu sur des enjeux locaux, par des électeurs qui vivent dans la circonscription. Éparpillés entre 435 circonscriptions, les Américains à l’étranger ne forment qu’une minorité négligeable dans une circonscription donnée, donc les représentants n’ont pas de motivation à entretenir leur engagement électoral.
D’après un rapport au Congrès publié par le Federal Voting Assistance Program (FVAP) en 2024, seulement 11% des Américains éligibles à l’étranger ont voté à l’élection de 2024, alors que le taux de participation général était d’environ 65 %. Cela veut dire que le taux de participation américain est environ six fois moins élevé à l’étranger – un chiffre minuscule.
Le droit de vote
Pourtant, les droits de vote pour les citoyens américains habitant à l’étranger sont particulièrement inclusifs comparés aux autres pays. Par exemple, l’Australie élimine de ses listes électorales les citoyens ayant l’intention de partir pour plus de six ans. Quant à l’Irlande, elle ne permet simplement pas aux citoyens à l’étranger de voter, avec certaines exceptions. C’est cette comparaison-là qui met en lumière le cœur du problème : les États-Unis accordent le droit de vote à chaque citoyen – sauf certains criminels –, mais le gouvernement ne met pas en place un système efficace pour entretenir ce droit. Il est important de noter que, contrairement à l’inscription au vote, l’obligation de déclarer ses revenus n’expire jamais chez les Américains, même s’ils habitent à l’étranger. Il existe donc une asymétrie entre la conservation de l’obligation fiscale et les droits électoraux, ce qui correspond ironiquement à la source de la revendication qui a fondé le pays : « pas d’imposition sans représentation (tdlr) ».
Le système français et l’engagement
Cependant, il existe des pays qui réussissent à représenter les citoyens habitant à l’étranger, notamment la France, qui a un registre des Français établis hors du pays. Il suffit de s’inscrire une fois pour apparaître sur la liste électorale consulaire, sans expiration. Il existe alors 11 circonscriptions hors de France pour ces citoyens, qui élisent chacune un député à l’Assemblée nationale. La différence principale entre les deux systèmes se trouve là : aux États-Unis, le citoyen doit conserver une relation avec l’État, alors qu’en France, c’est l’État qui la conserve, étant donné que le citoyen est inscrit à un registre. Parmi les Français situés dans ces circonscriptions, 1 617 523 étaient inscrits sur les listes électorales le 1er janvier 2025, alors que le nombre de Français à l’étranger s’élevait à environ 2,5 millions.
Pour les élections législatives françaises de 2024, le taux de participation parmi les inscrits était de 66,71 % au premier tour des élections. Toutefois, parmi ceux inscrits au registre électoral consulaire en 2024, 36 % (573 950) ont voté aux élections législatives, selon le Ministère de l’Europe et des Affaires étrangères. Par rapport à 65 % comme taux général et 11 % à l’étranger aux États-Unis, la France perd environ 46 % des électeurs à l’étranger, tandis que les États-Unis en perdent environ 83 %. Cette forte disparité de participation à l’étranger suggère qu’il existe une différence au niveau du système qui influence le comportement électoral des citoyens.
Les solutions
Il existe déjà des propositions de loi jamais adoptées qui visent à améliorer la situation, comme The Commission on Americans Living Abroad Act. Cette législation a été proposée à plusieurs reprises depuis 2008 et créerait une commission chargée d’étudier comment les lois et politiques fédérales impactent les Américains à l’étranger. De plus, il existe un caucus – un groupement informel d’élus sans pouvoir législatif – qui a été fondé en 2007 afin de représenter les citoyens à l’étranger. Ce caucus soutient la proposition citée, mais il n’arrive pas encore à la faire adopter.
Enfin, une solution idéale serait que les États-Unis adoptent la structure française dans sa totalité. Malheureusement, ce serait presque impossible à mettre en place, parce que pour ajouter de nouveaux représentants, il faudrait un amendement, ce qui est hautement improbable. Je pense qu’il faudrait d’abord proposer l’adoption d’une partie de la structure française – le registre des citoyens hors du pays –, permettant ainsi d’améliorer la communication et la cohésion avec les citoyens à l’étranger. Quant au gouvernement, il devrait ajouter un représentant sans droit de vote au Congrès, le même style de représentant qu’ont Porto Rico, Washington D.C., et les autres territoires américains sans statut d’État. Cette action pourrait mener à des changements dans la structure américaine et ne demanderait qu’une loi ordinaire. Même si ces types de représentants n’ont pas le droit de vote, ils pourraient au moins porter les intérêts des citoyens et élargir leur visibilité.
Finalement, si un droit est accordé, il faut que le gouvernement prenne des mesures pour l’entretenir, et si l’obligation fiscale n’expire jamais, il doit en être de même pour l’inscription électorale.



