Aller au contenu

5e édition du Festival « Defund la Police »

Concevoir une sécurité publique sans institution policière.

Félix Fournier l Le Délit

Ce samedi 12 septembre s’est tenue la cinquième édition du festival Defund la police à la Cité-des-Hospitalières. Organisé par la Coalition Defund the Police, cet événement est dédié non seulement au désinvestissement du SPVM (Service de police de la Ville de Montréal), mais également à un réinvestissement dans le communautaire. 

L’intersolidarité : mot d’ordre du festival.

Le festival s’est ouvert sur le discours « The Words That Come Before All Else » (ou Les Mots Qui Précèdent Tout Le Reste), tenu par Sedalia Kawennotas Fazio, originaire de Kahnawà:ke, et très active aînée au sein de la communauté Kanien’kehá:ka – ou Mohawk. Ces mots qui précèdent le reste, ce sont des mots de gratitude. Vis-à-vis de la terre que nous foulons, de la lune, des plantes, des animaux, de nos parents et proches. À propos de ce qu’elle nomme les « choses naturelles », elle ajoute : « Nous avons besoin de tout cela pour continuer à avancer, pour mener à bien ce que nous sommes appelés à faire » (tldr). Cultiver cette gratitude et cette reconnaissance est élémentaire, car c’est ce qui nous relie les uns aux autres. 

L’intersolidarité est invoquée tout au long du festival comme moyen de lutte contre les violences policières et institutionnelles, lesquelles ont un impact particulier sur les communautés les plus précaires et les plus marginalisées. Orlando Nicoletti, l’un des organisateurs du festival et étudiant au doctorat en sociologie à l’Université Concordia, a pris la parole à l’issue de ce discours d’ouverture : « On fait face à diverses formes de persécutions de la part de l’État, des élites politiques et économiques et d’une section de la population. » Face à ce constat, il demande : « Comment on se défend, on résiste et lutte contre cette violence ? Comment on prend soin les uns des autres dans un contexte de violence extrême ? ». Des problématiques que la coalition a tenté d’aborder au cours de cette journée de festival.

Une journée de festival 

Au programme : discussions sur la décriminalisation des substances psychoactives pour réduire les pouvoirs de la police, panel sur la réalité de la jeunesse précaire et de l’industrie carcérale, mais aussi présentation sur la réinsertion des ex-détenus et leur soutien, et plus encore…Autant de panels visant à sensibiliser le public sur la réalité du système carcéral et pénal ainsi qu’à présenter des alternatives viables fondées sur la prévention et la solidarité. Le tout en mettant de l’avant le travail des différents organismes communautaires présents durant cette journée de campagne. 

Accessible à tous, le festival proposait un service de garde, en plus d’un espace de repos au deuxième étage, où le port du masque était obligatoire et mis à disposition à l’entrée du site. Les ateliers ne manquaient pas non plus : tricot-discussion, sérigraphie pour personnaliser ses propres vêtements, cueillette dans le Verger de la Cité-des-Hospitalières. Disponible tout au long de la journée, le public avait également l’occasion de voir une exposition de photographies « Des marges au centre : 10 ans du combat Adama », retraçant notamment la mort d’Adama Traoré, victime de violence policière, et de la mobilisation contre le racisme systémique au sein de l’institution policière qui en a découlé. La journée s’est terminée sur un repas communautaire servi par People’s Potato. 

Une obsolescence de la police ?

Dans son mémoire déposé en mai 2025 en vue du budget 2026, la coalition faisait état d’un financement du SPVM en hausse depuis 2020. Le corps policier jouit d’un budget de 824 millions de dollars par an, contre 25 millions pour les organismes communautaires : « en comptant le financement provincial, les 540 organismes communautaires de Montréal se partagent moins d’un tiers du budget du SPVM ». C’est une répartition qui interroge : renforcer la capacité de réponse du SPVM, dont l’approche est avant tout punitive, ne permet pas de s’attaquer aux enjeux sociaux à la source. Un déséquilibre que la coalition souhaite renverser, en militant pour une approche préventive et une « économie du soin ». « La police, dans de nombreuses communautés, est une source majeure de violence, d’insécurité et de préjudice », explique l’organisation sur son site. C’est en répondant aux besoins fondamentaux, en « s’attaquant aux racines des défis sociaux » que pourra être instaurée une véritable sécurité publique.


Articles en lien