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Révélation de l’identité de Banksy

Sa sortie de l’anonymat soulève des questions sur l’art du tag.

Photo tirée de BFMTV

L ’identité de Banksy, également connu sous les surnoms de « l’homme au pochoir », de « l’entité artistique légendaire » ou encore de « justicier graffeur », a finalement été dévoilée par des journalistes de Reuters. L’artiste de rue britannique, que la presse n’a pas fini de surnommer avec force de fantaisie, possède un pouvoir culturel certain et un rôle dans le débat public aujourd’hui.

« Si ce sont des graffiteurs, c’est du vandalisme ; si c’est Banksy, c’est de l’art »

Il a effectivement été nommé parmi les 100 personnes les plus influentes par le Time Magazine en 2010. Derrière le pseudonyme de « Banksy » se cache Robin Gunningham, né à Bristol en 1973, et qui se fait appeler David Jones depuis quelques années. Cependant, cette révélation de l’identité de Banksy m’a interpellé sur la question du mérite d’une œuvre d’art. 

Pourquoi certaines œuvres de Banksy sont-elles protégées par un panneau en plexiglass, ou déplacées dans des musées pour empêcher leur dégradation, alors que les auteurs de graffitis risquent parallèlement de lourdes amendes ? En restant anonyme, Banksy ne craignait pas les sanctions liées aux graffitis sauvages, s’attendant souvent à ce que ses œuvres soient effacées. 

Nous pouvons alors comprendre la colère des graffiteurs populaires qui dégradent certaines œuvres de Banksy. « Le Phare », à Marseille, apparu le 30 mai, a été vandalisé par l’ajout de testicules en peinture violette dès la première nuit. À ses côtés, un « Moi aussi ils vont me protéger ? » signé « Banski » était inscrit. Pourquoi, alors qu’il était autrefois considéré comme un contestataire, l’artiste bénéficierait-il aujourd’hui d’un traitement de faveur de la part des autorités ? Si ce sont des graffiteurs, c’est du vandalisme ; si c’est Banksy, c’est de l’art.

Pourtant, lui-même le dénonce, cité dans le LA Weekly en 2010 : « Je ne cherche pas tant à convaincre les gens du monde de l’art que ce que je fais est de “l’art”. Je tiens davantage à convaincre les membres de la communauté du graffiti que ce que je fais, c’est bel et bien du vandalisme (tdlr). » Il ne veut pas être perçu comme le favori parmi les graffiteurs populaires.

Ce qui est d’autant plus paradoxal, c’est l’exposition de graffitis dans des galeries et leur vente aux enchères pour des sommes considérables. En déplaçant ces œuvres, pourtant associées à leur « mur », dans des musées ou des expositions, on en change le sens. En effet, les graffitis, apparus dans les années 1960 à Philadelphie aux États-Unis, étaient une forme d’expression des jeunes désocialisés de la classe ouvrière, qui ont commencé à écrire leurs noms ou surnoms sur les murs de la ville pour laisser une trace, marquer leur passage sur cette Terre. Aujourd’hui, le graffiti a évolué pour devenir une véritable forme d’expression artistique. Symbole de résistance et de contre-culture, il peut faire passer des messages politiques, et surtout permet à tous, même aux voix marginalisées, de s’exprimer librement. C’est un art populaire, accessible à tous, et la sacralisation qu’en fait l’élite artistique en s’en emparant vient perturber cette dynamique communautaire. Un art de rue ne devrait pas être transféré dans des institutions.


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