From New York with Banksy
5 novembre 2013 - Image par Numbphoto
Petites histoires de grands vandales

La ville de New York a récemment été victime d’une attaque extraordinaire. Je parle ici des graffitis signés Banksy qui fleurissent sur les murs de la Grande Pomme depuis le 1er octobre. Intitulé Better out than in (Plutôt dehors que dedans, ndlr), le projet consistait à produire une œuvre par jour dans un lieu tenu secret, puis d’en afficher une photo sur un site et de la partager sur les réseaux sociaux. Simple coup de buzz, expression artistique, provocation insolente, ou expérience sociale? Un peu de chaque, à vrai dire.

Le coup de buzz

Denis Coderre et Banksy se rejoignent sur un point, et probablement, d’ailleurs, un seul: un grand talent  pour la com’ et pour savoir faire parler de soi quand il le faut. Dans cette entreprise, le graffeur avait un allié de taille: le maire de New York, Michael Bloomberg. Selon ce dernier, «se diriger vers la propriété d’un individu ou une propriété publique et la défigurer n’est pas ma définition de l’art. Ou plutôt, ça pourrait être de l’art, mais ça ne devrait pas être permis. Et je pense que c’est exactement ce que la loi dit». Mais Banksy est populaire précisément parce qu’il est hors-la-loi et qu’il provoque tout ce remue-ménage. Alors monsieur Bloomberg, ne parlez pas de lui, ne l’encouragez pas… En ce qui concerne le nouveau maire de Montréal, on l’imagine utiliser ce talent d’une autre manière et en ayant d’autres objectifs. Enfin, rien n’est impossible.

Chapeau bas, monsieur l’artiste

Sur le plan artistique, le graffeur n’avait rien à prouver et s’est inscrit dans la continuité vis-à-vis d’un travail déjà reconnu mondialement, tout en y ajoutant une touche de renouveau. Better out than in a fait voyager la ville à travers un enchevêtrement d’œuvres à la fois inspirées du writing new-yorkais des années 1980, tout en laissant place à ses pochoirs indémodables et à des travaux plus originaux tels qu’un sphinx en parpaing et des productions multimédias. À l’image de la population new-yorkaise, la diversité était au rendez-vous. Capable d’innover tout en primant sur la technicité de l’art de rue, Banksy a su redonner des couleurs à la capitale emblématique du graffiti tout en restant fidèle à son identité, d’ailleurs toujours inconnue à ce jour.

La provoc’ à la Banksy

«New York attire les graffeurs comme un vieux phare sale. On veut tous se prouver quelque chose ici. J’ai choisi la ville pour le nombre de piétons et la quantité de cachettes disponibles. Peut-être que je devrais être à un endroit plus pertinent, comme Pékin ou Moscou, mais leurs pizzas ne sont pas aussi bonnes.» – Banksy, octobre 2013

Banksy est un provocateur, un artiste engagé qui utilise ses graffitis pour dévoiler ses prises de position, lesquelles sont généralement cyniques. C’est un personnage qui ne manque pas une occasion pour critiquer les dérives sociétales et proposer une alternative politique à nos démocraties occidentales: l’anarchie. Le 23 octobre, son site Internet affichait les propos suivants: «today’s art has been cancelled due to police activity» (l’œuvre d’art d’aujourd’hui a dû être annulée à cause d’une activité policière, ndlr). L’autorité, le gouvernement et la société de consommation sont les cibles de cet Anglais ayant grandi dans les banlieues pauvres de Bristol en Angleterre. Better out than in nous livre donc une statue de Ronald MacDonald en train de se faire lustrer les souliers par un acteur embauché pour l’occasion ou une citation stipulant que «vous pouvez rendre n’importe quelle phrase profonde en écrivant le nom d’un philosophe décédé à la fin» – signée Platon. Bien que les sujets abordés soient fondamentalement sérieux et graves, le ton humoristique couplé à la créativité artistique de l’artiste séduisent autant le grand public que les gens du milieu.

L’expérience sociale

Unique en son genre, ce marathon artistique était finalement une manière d’effectuer une expérience sociale à plusieurs niveaux. Au lieu de s’adonner à une démonstration traditionnelle, Banksy a largement utilisé l’espace virtuel pour dévoiler ses œuvres. Et pour cause, le projet n’a pas commencé lorsque l’artiste a peint sa première fresque, mais plutôt lorsque celle-ci fut affichée sur le net, suivie de nombreux commentaires et d’un engouement médiatique rare. L’idée d’utiliser le web comme plateforme rejoint aussi la philosophie de Banksy prônant les principes d’un art gratuit et accessible à tous. Son installation du 13 octobre, un stand vendant des originaux de l’artiste en plein Manhattan, illustre cette posture et vient titiller le débat concernant la valeur monétaire de l’art et celle que nous lui accordons personnellement.

Better Out Than In n’avait donc rien à envier aux grandes galeries d’art et autres foires visant à promouvoir nos artistes contemporains. L’Anglais a fait de New-York sa galerie, pour le grand bonheur de ses habitants et des internautes à travers le globe. Après cette belle réussite, on imagine mal l’artiste s’arrêter sur sa lancée.

Banksy, si tu nous lis, nous t’attendons à Montréal.

 
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