Une nuit avec Walksafe
7 novembre 2017 - Image par Capucine Lorber
Immersion dans le quotidien de l’association mcgilloise.

* Les prénoms ont été modifiés

«N’importe où, n’importe qui sur l’île de Montréal», explique le poster accroché sur le mur du bureau. Il est neuf heures. Ce vendredi soir, j’ai rendez-vous avec l’équipe de Walksafe pour une immersion d’une nuit dans le quotidien de l’association qui propose de raccompagner gratuitement les étudiants en situation de détresse jusqu’à chez eux. Au standard, un membre de l’équipe répond aux appels. Munis d’une trousse de secours, d’une carte de Montréal et de collations, les volontaires se préparent pour leurs shifts nocturnes.

En moyenne, l’association reçoit entre zéro et huit appels par soir. La plupart des volontaires expliquent avoir été attirés par la perspective de rencontrer de nouvelles personnes, tout en contribuant au bien commun. «Les gens sont rassurés. Ça empêche une situation désagréable d’arriver. Ça me fait me sentir bien, de savoir que personne n’a à se sentir en danger parce qu’ils veulent sortir et faire la fête. Tout le monde devrait avoir cette opportunité», ajoute Clara*, volontaire au sein de l’association. 

En sécurité, même les soirs de fête

Soir d’Halloween oblige, une grande partie des personnes raccompagnées le soir de cette enquête étaient en état d’ébriété. Une utilisatrice les remercie: You guys are awesome (vous êtes formidables, ndlr). L’association est particulièrement occupée en fin de semaine et lors d’évènements festifs, comme Frosh. Dans le cas où les marcheurs sont trop inconscients pour marcher jusqu’à chez eux, Walksafe peut les rediriger vers Drivesafe, ou bien les urgences.  «Nous nous appuyons sur d’autres personnes pour nous aider», explique Aiman, volontaire depuis le début de l’année. Walksafe collabore également avec les services de sécurité de McGill, ainsi qu’avec des associations axées sur la prise en charge psychologique, comme McGill Nightline

Un service essentiel pour certaines étudiantes

Les activités de Walksafe ne se limitent pourtant pas aux soirs de fête: le service est également sollicité en semaine, en particulier pendant les périodes d’examens. Révisant jusqu’à des heures tardives, de nombreux étudiants font appel à Walksafe pour rentrer chez eux sans peur quand la nuit s’installe. Certains ont également recours à leurs services de manière récurrente pour des trajets quotidiens, de la bibliothèque au pas de leur résidence étudiante.

Cet accompagnement régulier est capital pour certaines étudiantes souhaitant éviter les mauvaises rencontres. Julie*, une étudiante en première année, m’a expliqué avoir régulièrement recours à leurs services pour faire le trajet du campus jusqu’à chez elle à la nuit tombée. Walksafe joue un rôle essentiel dans sa vie étudiante, lui permettant de ne pas se sentir en danger dans les rues de Montréal. Lorsqu’elle n’utilise pas Walksafe, elle demande à des femmes rencontrées dans la rue de faire le trajet avec elle pour éviter d’être harcelée. «Généralement, les femmes se sentent moins en sécurité», ajoute Clara*. Les rares études menées sur le sujet mettent en lumière le caractère généralisé de ce sentiment d’insécurité. Ainsi, selon le Centre d’éducation et d’action des femmes de Montréal (CEAF), 90% des femmes sondées estiment que le harcèlement de rue est un problème au sein de la ville.

Prévenir avant de guérir

Afin de prévenir toute forme de harcèlement ou de violence sexuelle, Consent McGill a mis au point un atelier spécialement élaboré pour les volontaires de Walksafe, auquel ils ont l’obligation de participer. L’atelier Devenir un spectateur actif est destiné à «permettre aux membres de la communauté d’identifier et d’interrompre des situations potentiellement dangereuses, et de répondre de manière bienveillante aux individus touchés par la violence sexuelle». Dans cette optique, Walksafe a adopté d’autres mesures, comme l’interdiction de solliciter un contact non-désiré avec un usager rencontré au cours d’un shift, d’entrer à l’intérieur de son appartement, ou encore la constitution de binômes de volontaires mixtes.

Afin de répandre son initiative, Walksafe soutient également des projets similaires au sein d’autres universités canadiennes. Avec cette collaboration, les volontaires espèrent que tous et toutes puissent rentrer chez eux en sécurité, à Montréal et au-delà.

 
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