Télévision-spectacle
22 avril 2016
Une subversion légèrement convenue au Théâtre de Quat’sous.

Habitué des pièces grinçantes sur notre société, avec notamment Dénommé Gospodin en début d’année, le Théâtre de Quat’Sous accueille jusqu’au 28 avril Televizione, écrit et mis en scène par Sébastien Dodge.

Dans l’Italie d’après-guerre, Mike (Louis-Olivier Mauffette), soldat canadien, est un quasi-dieu vivant, adulé par la population pour sa forte inclination à distribuer autant de chewing-gums que de bonnes doses de liberté nord-américaine. Archétype de l’homme viril et sûr de lui, il est choisi par un producteur (Matthieu Gosselin) pour incarner le héros d’une nouvelle série, relatant les exploits de la colonisation italienne de l’Éthiopie.

De ce point de départ, la pièce aborde la carrière de Mike et sa compagne Ginna (Marie-Ève Trudel), de leur succès passager aux déboires divers de deux personnages qui refusent de se voir vieillir et devenir banals. Se cantonnant à leur pure apparence sur les plateaux de télé, dont le vide profond est superbement mis en scène, on ne connaîtra jamais le fond de leur être. On a ainsi particulièrement aimé les entrevues télévisées, entrecoupées de blagues vaseuses et d’aphorismes presque vides de sens, mais célébrés par des applaudissements enregistrés.

Televizione est ainsi une critique plutôt habile de la façon dont l’illusion du cinéma ou de la télé est portée aux nues par le même système, assénant son insignifiante vérité. On est presque tenté de citer Guy Debord, surtout au moment où le méchant de la série (David-Alexandre Després), singeant un «sauvage» éthiopien, est présenté comme le véritable méchant du monde. Le faux devient ainsi un vrai indéniable, par la seule force de la société du spectacle.

Mais de tels parallèles auraient peut-être tendance à trop théoriser une pièce qui n’en a pas vraiment la vocation. Critique agréable, sinon facile, souvent drôle, Televizione tourne parfois un peu à vide, en répétant des scènes assez similaires. La pièce singe de façon amusante nos spectacles modernes et le culte de la star mais sans vraiment aller plus loin que le plus évident. On passe un bon moment, avec la dose d’idées subversives qui convient pour une pièce finalement assez convenue.

 
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