RIDM 2010 : La télévision italienne : boîte de pandore
16 novembre 2010
Silvio Berlusconi, président du Conseil, est également propriétaire de la majorité des chaînes de télévision et tabloïdes en Italie. Que signifie concrètement cette situation? Le documentaire Videocracy d’Erik Gandini explore toutes les facettes de cet univers télévisé. Il y est d’abord expliqué que la révolution culturelle italienne est survenue avec une émission jouée sur les ondes aux heures tardives dans laquelle le public devait répondre à des questions. À chaque bonne réponse, une femme s’effeuillait, vêtement par vêtement.

Puis, on fait la rencontre d’un jeune homme qui rêve de passer à la télévision. Pour lui, le pouvoir de la télévision se situe dans son ancrage dans les mémoires. Toutefois, ce n’est pas l’innovation ni la persévérance qui manquent à cet Italien qui chante du Ricky Martin et maîtrise les arts martiaux comme Jean-Claude Van Damme. S’il ne parvient à s’immiscer sur les plateaux que comme un membre de l’auditoire, c’est parce que le plateau est réservé aux filles, les velina, affirme-t-il. Des milliers de filles aspirent à ce statut de poupée muette qui reste aux côtés de l’animateur et qui distrait le public pendant les pauses publicitaires. La télévision constitue un aller direct vers la haute société. En effet, la ministre de la parité en Italie, Mara Carfagna, était une velina.

Le paradoxe s’accentue lorsqu’on rencontre Lele Mora, le plus prolifique agent d’artistes. Tout est blanc chez lui:…c’est la «maison blanche». Mora, qui porte allégeance au défunt Mussolini, est également un très bon ami du président Berlusconi. En Italie, les cercles de la politique et du divertissement s’entremêlent et finissent par ne faire plus qu’un. D’ailleurs, les fêtes organisées par le président sont populaires auprès de Paris Hilton, Mike Tyson Vladimir Poutine et Tony Blair. Le succès de Berlusconi s’est fondée autour de l’image qu’il projette: un homme authentique, le sourire aux lèvres, pour qui l’avenir de l’Italie est primordial.

Un seul homme, Fabrizio Corona,  parviendra à ébranler cette structure avant d’être, lui aussi, aveuglé par la lumière des projecteurs. Il dirigeait, avant d’être accusé d’extorsion, de nombreux paparazzi et revendait aux célébrités (plutôt qu’aux tabloïdes) des photos qui compromettaient leur image parfaite, cette image d’une vie de rayons de soleils et d’arcs-en-ciel. Il a passé quelques mois en prison avant de devenir une icône, non parce qu’il avait parlé fort et levé un doute sur le gouvernement, mais plutôt car il était le sujet d’un nouveau divertissement. Corona fera l’objet d’autres enquêtes couvertes par les chaînes du président. Lele Mora dit même, sourire aux lèvres: «This investigation has become a free advertising campaign.»

Videocracy donne la parole à tous ces acteurs de la télévision italienne. Cette perfection à laquelle tend Berlusconi, ce reflet chimérique, crée une tension à la fois dans le pays et au sein des rencontres avec les autres gouvernements du monde. Le ton est plutôt neutre et ce sont davantage Silvio Berlusconi, Lele Mora et Fabrizio Corona qui font du documentaire une satire. Les divers entretiens sont structurés de sorte à créer un rythme impeccable qui ne fatigue ni n’ennuie le spectateur. On est assurément intrigué par cet univers. Enfin, l’exergue qui rappelle que 80% de la population italienne utilise la télévision comme source d’information fait résonner les mots de Corona: être timide, humble ou réservé ne convient pas à l’écran italien. Ceux qui parlent fort, ceux dont Videocracy fait un portrait, sont des exemples, des héros nationaux. Un documentaire qui fait rire et frissonner.

 
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