Supplique d’une promeneuse solitaire
29 novembre 2010

«Flâner est un art. C’est la gastronomie de l’œil.» Honoré de Balzac

Dimanche après-midi. Soleil sur le Mont-Royal. Une journée d’été perçant la grisaille automnale et faisant resplendir les couleurs d’octobre. Une mer de monde –familles, couples, joggeurs, promeneurs de chiens, tous profitent de cette éphémère journée estivale. Nous traversons un portique néo-gothique et… plus personne. Le cimetière Notre-Dame-des-Neiges, pourtant l’un des plus beaux parcs forestiers de l’Amérique du Nord, est désert en cette journée de loisir extérieur. Le soleil y brille pourtant tout autant, les sentiers sont des plus agréables, la nature est omniprésente, bref tout pour satisfaire le marcheur du dimanche. Alors que la moitié de la population montréalaise s’entasse sur les flancs «profanes» du Mont-Royal, nous avons le cimetière pour nous seuls. J’en venais à espérer de croiser quelque promeneur, pour me rassurer que certains sachent tout de même apprécier cet espace. Personne.  
Est-ce par respect pour les morts? Augustin disait que le rituel du deuil était pour les vivants et non pour les morts, pour ceux qui restent, plutôt que pour ceux qui partent. Somme toute, c’est un rite purement terrestre. Pourquoi les vivants répugnent-ils ces espaces qui sont pourtant pour eux? En effet, on passe pour un morbide, un lugubre ou un excentrique lorsqu’on avoue aimer la calme beauté des cimetières. Les Amis du Mont-Royal stipulent bien, pourtant, que le cimetière est là pour accueillir promeneurs et amoureux de la nature. Le site web du cimetière propose une description détaillée de la flore qu’on y retrouve, vante ses 145 espèces d’oiseaux et sa multitude d’arbres centenaires, ce qui montre bien que l’espace n’est pas réservé à ceux qui pleurent leurs morts…  
Un petit tour à  la campagne, pour s’assurer du même phénomène. Il n’y a pas que les montréalais ou les urbains qui boudent le cimetière, ils sont autant déserts en région. Ils bordent tristement les routes, délaissés, alors qu’il manque cruellement de haltes routières sans Tim Hortons ni pompes à essence dans nos périphéries, de lieux calmes où on peut se ressourcer ou même pique-niquer avant de reprendre la route. Ils sont même très souvent verrouillés (ce qui veut dire que votre dévouée photographe a sauté maintes barrières pour voler quelques clichés) de peur qu’on ne les profane. Impossible, donc, de s’y recueillir quelques instants, de profiter de l’ombre généreuse des arbres qui y sont souvent magnifiques. On garde toutefois les parcs ouverts…
J’en appelle à votre sens de l’esthétique. Lors de ma prochaine promenade, je souhaite rencontrer plusieurs de ces errants rêveurs. Venez nombreux! Les morts sont si accueillants…

 
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