Arch salon d’étude
14 septembre 2010
Au retour de la fête du Travail, une mauvaise nouvelle attendait les amoureux du Arch Café.

Alors que la vie étudiante reprend son cours sur le campus, les portes du légendaire Architecture Café resteront verrouillées. L’administration mcgilloise a décidé de fermer le dernier établissement géré par des étudiants. Pour ceux qui n’ont pas eu la chance de connaître le «Arch Café», c’était l’endroit où les étudiants de toutes les facultés pouvaient aller prendre un repas ou un café équitable à un prix raisonnable. Le café, dirigé par l’Association des étudiants d’architecture (ASA) depuis 1993, était le dernier survivant d’une vague de fermetures des établissements étudiants sur le campus.

Il y a trois ans, McGill avait aussi essayé de fermer l’Arch Café, mais sa tentative avait échoué devant la résistance massive des étudiants. Cet incident ne fut pas sans conséquences: depuis ce temps, l’université obligeait l’ASA à laisser l’administration financière entre ses mains.

Toutefois, selon Katherine Messina, ancienne présidente de l’ASA, même si McGill les obligeait à passer économiquement «sous l’aile de Food Services», le café retenait le droit de choisir leurs fournisseurs, ainsi que les prix de la marchandise.

Changement de cap

Malgré cette entente, au mois de mai passé, l’administration fit part à l’ASA de leur intention de ne pas rouvrir le café à la rentrée. Le premier vice-principal exécutif adjoint aux études et à la vie étudiante, Morton J. Mendelson, dans une entrevue     accordée au McGill Reporter, a donné deux raisons à la fermeture du café. D’après lui, «l’École d’Architecture et la Faculté d’Ingénierie ont besoin d’espace pour des salles d’études», et les pertes financières constantes du café font que cet endroit «ne pourra probablement jamais être financièrement viable».

Cependant, en ce qui concerne la raison monétaire, selon Messina rien ne prouve que les pertes financières du café fussent si graves. «Personne ne nous a jamais montré de chiffres», dit-elle, «on ne pouvait pas voir les read-outs de la caisse enregistreuse. Pendant trois ans, on leur a demandé plus de transparence, on nous a toujours dit non!»

Pied ferme, pied dans la porte

Il semblerait que l’université essaye de se maintenir ferme par rapport à cette décision, prise unilatéralement. Lors d’une réunion convoquée pour débattre du futur du café, la coalition étudiante, composée des exécutifs de l’AÉUM, du EUS et du ASA, s’est retrouvée devant la volonté de fer de l’administration. D’après Messina, à la réunion, les membres de l’administration «n’étaient vraiment ouverts à aucun débat». En effet, la coalition étudiante déçue de l’attitude de McGill a même déclaré dans un mémorandum: «Nous sommes frustrés par le manque de consultation des étudiants lors de la prise de décision concernant la transformation du Architecture Café.»

La riposte

Présentement, les membres de l’Association étudiante de l’Université McGill, des étudiants en ingénierie et celle des étudiants en architecture se préparent à présenter le cas devant le Sénat de l’université qui aura lieu le 22 Septembre. Messina déclare aussi qu’un sondage auprès des étudiants d’Architecture sera fait pour voir s’ils donnent leur appui afin que l’Architecture Café ne soit pas converti dans une autre simple salle d’études.

D’autres initiatives se forment graduellement afin d’essayer de sauver le café, plusieurs personnes, de toutes les facultés, ont même essayé de contacter Messina afin d’initier une campagne de protestation. Toutefois, pour l’instant, le meilleur point de rassemblement semble être le groupe Facebook «Save The Architecture Café 2010».

Réponse de l’équipe adverse

Le premier vice-principal exécutif adjoint aux études et à la vie étudiante, Morton J. Mendelson, explique au Délit les raisons pour lesquelles l’administration choisit de fermer le Architecture Café.

Sur la viabilité financière

«La raison principale pour laquelle nous avons décidé de fermer le café, c’est parce qu’il n’est pas viable financièrement. Si on ne prend en compte que les opérations quotidiennes, le café est rentable, il a amassé des profits de quelques milliers de dollars dans les années passées.

Toutefois, il y a une panoplie de coûts indirects qui ne sont pas comptabilisés et qui dépassent de loin les revenus.

Par exemple, il faut prendre en compte les coûts liés aux ressources humaines, au paiement des salaires, à la consommation d’électricité, à l’entretien de l’espace, etc. Tous ces coûts sont présentement assumés par l’université.»

Sur l’accès aux données financières

«Je ne peux pas vous fournir les rapports financiers du café car ils ne sont pas encore disponibles. Nous devons répartir les coûts généraux, qui touchent tous les services alimentaires, entre chacun des points de services. Nous n’avons pas terminé de comptabiliser ces données. Elles devraient être disponibles d’ici la semaine prochaine.»

Sur la gestion par des étudiants

«La façon dont le Architecture Café est géré actuellement n’est pas viable. Il y a beaucoup d’employés à temps partiel et la gestion est très coûteuse. Je l’ai déjà déclaré dans les médias: avant 2007, quand le café est rentré sous l’égide des services alimentaires de McGill, il était géré comme un comptoir de limonade au coin de la rue! Nous espérions le rendre plus viable en rationalisant la gestion, mais ça n’a pas fonctionné.»

Sur le manque d’espace de travail pour les étudiants

«La décision de transformer le local occupé par le café en espace de travail pour les étudiants d’architecture ne vient pas de nous, mais de la Faculté de génie. L’utilisation de l’espace est de leur ressort.»

La rumeur court…

Lundi matin à 10h30, Zach Newburgh, président de l’AÉUM, a envoyé à Monsieur Mendelson un mémorandum relatant que la majorité des étudiants en architecture s’opposait à la fermeture du café. Cette affirmation était accompagnée de chiffres significatifs: 80% des étudiants de premier cycle dont trente étudiants du deuxième rejettent la reconversion de l’espace en salle d’étude. Newburgh relate que dans une rencontre avec ce dernier et Joshua Abaki, vice-président affaires universitaires, durant laquelle «ils firent un discours passioné pour la réouverture du café, Morton J. Mendelson aurait «personellement dit [aux deux exécutifs] qu’il reconsidérait sa décision, sans toutefois donner de détail ni avancer une date». Pourtant, dans une entrevue avec le McGill Tribune et ensuite Le Délit, ayant toutes deux eu lieu ce matin, il n’a «non seulement pas fait mention de ce changement de position mais l’a aussi nié», dit Newburgh.

 
Sur le même sujet: