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	<title>Véronique Samson - Le Délit</title>
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	<description>Le seul journal francophone de l&#039;Université McGill</description>
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		<title>Pour saluer Jutra</title>
		<link>https://www.delitfrancais.com/2011/01/11/pour-saluer-jutra/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Véronique Samson]]></dc:creator>
		<pubDate>Tue, 11 Jan 2011 19:00:21 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Culture]]></category>
		<category><![CDATA[Arts visuels]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>Jusqu’au 2 février à la Cinémathèque québécoise, une rétrospective bien ficelée pour redécouvrir l’œuvre du réalisateur du meilleur film de tous les temps... rien de moins. </p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p><!-- p.p1 {margin: 0.0px 0.0px 0.0px 0.0px; text-align: justify; font: 39.0px 'Guardi LT Std'} p.p2 {margin: 0.0px 0.0px 0.0px 0.0px; text-align: justify; font: 9.0px 'Guardi LT Std'} p.p3 {margin: 0.0px 0.0px 0.0px 0.0px; text-align: justify; text-indent: 18.0px; font: 9.0px 'Guardi LT Std'} p.p4 {margin: 0.0px 0.0px 0.0px 0.0px; text-align: justify; text-indent: 18.0px; font: 9.0px 'Guardi LT Std'; min-height: 11.0px} span.s1 {letter-spacing: -0.2px} span.s2 {letter-spacing: -0.1px} span.s3 {font: 9.0px Webdings; letter-spacing: -0.1px} -->Quel cinéphile pourrait oublier la remarquable scène de la veille de Noël dans <em>Mon oncle Antoine</em>? Le jeune Benoît et son oncle, emmitouflés dans leurs fourrures, traversent la campagne blanche avec une sinistre cargaison dans leur traîneau: le cadavre d’un adolescent, dont le cercueil finira par choir dans la neige, confrontant Benoît à l’impuissance de son oncle et à la dure réalité de la mort.</p>
<p style="text-align: left;">
</p><p></p><figure class="wp-caption alignleft" style="max-width: 210px">
			<a href="https://delitfrancais.com/wp-content/uploads/2011/01/culture-jutra1.jpg" data-wpel-link="internal"><img decoding="async" class="size-medium wp-image-5133" title="Claude Jutra" src="https://delitfrancais.com/wp-content/uploads/2011/01/culture-jutra1-300x287.jpg" alt width="210" height="201"></a>		<figcaption class="wp-caption-text">
			<span class="media-credit">Gracieuseté Cinémathèque québécoise</span>		</figcaption>
	</figure>
Vingt-cinq ans après la disparition de Claude Jutra et quarante ans après la sortie du poignant récit d’apprentissage qu’est <em>Mon oncle Antoine</em>, la Cinémathèque québécoise accorde au cinéaste une rétrospective sans précédent. Pendant quelques semaines seulement reviennent sur grand écran les œuvres qui ont fait sa renommée, comme <em>Kamouraska</em>, une adaptation du roman d’Anne Hébert, et bien sûr <em>Mon oncle Antoine</em>, fréquemment cité comme le meilleur film canadien de tous les temps.
<p>L’intérêt de la rétrospective réside cependant ailleurs. Nombre d’œuvres méconnues et même inédites figurent à la programmation, dont le tout premier film tourné par Claude Jutra, alors adolescent, <em>Le Dément du lac Jean-Jeunes,</em> et son film le plus marginal et esthétisant, <em>Mouvement perpétuel.</em></p>
<p>La sélection opérée par la Cinémathèque québécoise insiste ainsi sur le caractère neuf et même révolutionnaire de l’œuvre du réalisateur, qui a contribué à l’avènement du cinéma direct au Québec à la fin des années cinquante, après avoir brièvement côtoyé François Truffaut et Jean Rouch. Initié par ceux-ci à un nouveau rapport au réel, Claude Jutra fera équipe avec Michel Brault pour la réalisation d’une série de documentaires où les images franches font l’économie de tout commentaire.</p>
<p>On pense entre autres à <em>La Lutte,</em> de 1961, ou à <em>Québec‑U.S.A. ou l’Invasion pacifique</em>, de 1962; à partir de deux sujets bien différents, soit les populaires combats de lutte au Forum et le débarquement massif d’étudiants américains dans la Vieille capitale, le cinéaste accomplit une pénétrante étude de mœurs et offre un regard oblique, parfois même ironique, sur la réalité de la société québécoise.</p>
<p></p><figure class="wp-caption aligncenter" style="max-width: 550px">
			<a href="https://delitfrancais.com/wp-content/uploads/2011/01/culture-jutra2.jpg" data-wpel-link="internal"><img fetchpriority="high" decoding="async" class="size-full wp-image-5140" title="Kamouraska de Claude Jutra" src="https://delitfrancais.com/wp-content/uploads/2011/01/culture-jutra2.jpg" alt width="550" height="334" srcset="https://www.delitfrancais.com/wp-content/uploads/2011/01/culture-jutra2.jpg 1008w, https://www.delitfrancais.com/wp-content/uploads/2011/01/culture-jutra2-640x388.jpg 640w" sizes="(max-width: 550px) 100vw, 550px"></a>		<figcaption class="wp-caption-text">
			<span class="media-credit">Gracieuseté Cinémathèque québécoise</span>		</figcaption>
	</figure>
<br>
C’est ce questionnement identitaire, cette tendance à ébranler les institutions et les opinions d’un Québec selon lui trop immobile, qui fait de Claude Jutra un cinéaste toujours actuel et rend le détour par la Cinémathèque québécoise indispensable. Le mouvement qui l’animait se fait plus fortement sentir dans son premier long-métrage, <em>À tout prendre,</em> sorti en 1963, que le programmateur de la rétrospective décrit comme un «acte fondamental de la Révolution tranquille», multipliant les sujets tabous dans une histoire de liaisons amoureuses qui n’est pas sans rappeler le<em> Jules et Jim </em>de Truffaut.
<p>Il est à noter que les prochaines semaines seront aussi consacrées à la «période canadienne» du réalisateur, qui est parti en Ontario réaliser pour la télévision et le cinéma anglophone après avoir essuyé quelques revers dans un Québec où ses films, peut-être arrivés trop tôt, demeuraient souvent incompris. On présente entre autres <em>Dreamspeaker</em>, le 19 janvier, un film portant sur la rencontre d’un enfant farouche et d’un vieil Indien dans la forêt de Vancouver.</p>
<p>Afin de terminer rondement ce cycle, la Cinémathèque a invité le 2 février prochain le monteur Werner Nold, qui parlera de son travail sur deux films de Claude Jutra, <em>Rouli-Roulant</em> et <em>Comment savoir</em>. En somme, cette rétrospective est une occasion de découvrir les multiples facettes d’un cinéaste qui a fait bien plus que laisser son nom aux Prix Jutra.</p>
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		<title>La corde raide</title>
		<link>https://www.delitfrancais.com/2010/11/23/la-corde-raide/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Véronique Samson]]></dc:creator>
		<pubDate>Wed, 24 Nov 2010 02:35:37 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Chroniques]]></category>
		<category><![CDATA[Culture]]></category>
		<category><![CDATA[Rêveries familières]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>Dans un numéro de L’Inconvénient intitulé «Tolstoï ou Dostoïevski», un des collaborateurs prenait parti pour l’auteur de Guerre et paix et d’Anna Karénine en faisant valoir son «art des vues larges». Par cette formule, Mathieu Bélisle entendait que le romancier savait s’extraire de sa création et élever sa conscience au point d’atteindre une sorte de&#8230;&#160;<a href="https://www.delitfrancais.com/2010/11/23/la-corde-raide/" rel="bookmark" data-wpel-link="internal">Lire la suite &#187;<span class="screen-reader-text">La corde raide</span></a></p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p>Dans un numéro de L’Inconvénient intitulé «Tolstoï ou Dostoïevski», un des collaborateurs prenait parti pour l’auteur de Guerre et paix et d’Anna Karénine en faisant valoir son «art des vues larges». Par cette formule, Mathieu Bélisle entendait que le romancier savait s’extraire de sa création et élever sa conscience au point d’atteindre une sorte de «balcon métaphysique», surplombant le monde de ses personnages, pour mieux y revenir ensuite.</p>
<p>Laissons Tolstoï un moment pour nous intéresser à Perrine Leblanc, auteure d’un premier roman paru cet automne au Quartanier, qui a pour nom L’homme blanc et dont l’action se déroule en URSS. Le récit s’ouvre sur une description des camps de travaux forcés et se termine peu après l’effondrement du bloc. Si la situation géographique de la narration peut justifier ce bond du romancier barbu à la jeune écrivaine québécoise, c’est plutôt l’usage des «vues larges» qui établit du premier à la seconde un lien essentiel.</p>
<p>Bien entendu, nous ne sommes pas devant deux œuvres de même dimension. Toutefois, cette profondeur de champ au sein de la narration donne à L’homme blanc des airs de roman assez traditionnel du XIXe siècle, au rythme bien régulier. Le narrateur ouvre la voie avec quelques indications bien placées qui témoignent de sa connaissance de l’avenir et du passé des personnages. Cela est étonnant pour un roman contemporain dont on pourrait dire qu’il est souvent caractérisé par l’absence de recul (voir à ce sujet la chronique du 26 octobre sur Vincent Tholomé, auteur de la même maison d’édition, qui a plutôt le nez collé sur ses propres élucubrations).</p>
<p>Cette impression de grande maîtrise qui se dégage de L’homme blanc est peut-être ce qui lui a permis de rafler le Grand Prix du livre de Montréal, la semaine dernière. L’histoire est en effet bien ficelée, et le narrateur nous guide avec aisance d’un bout à l’autre du destin de Kolia, né orphelin dans un camp de travail, pris en charge par un Suisse érudit, puis immigré à Moscou pour finir clown au visage de craie dans une troupe populaire et pickpocket à ses heures perdues. La quête identitaire du personnage prend la forme d’une impressionnante traversée du XXe siècle, où l’histoire individuelle, comme l’histoire collective, accumule les rebondissements.</p>
<p>En publiant L’homme blanc, l’un des deux premiers titres de la collection «Polygraphe», le Quartanier s’écarte légèrement de sa ligne directrice et s’ouvre davantage aux goûts du grand public. Cela n’empêche pas le roman de Perrine Leblanc d’être d’une grande qualité, avec ses nombreux traits d’esprit et son écriture sobre, très juste.</p>
<p>Cependant, malgré plusieurs observations qui témoignent de la fine sensibilité de l’écrivaine, L’homme blanc échoue à nous happer entièrement en tant que lecteur. Nous voudrions parfois plus de détails, l’impression d’un fourmillement de vie autour du récit; nous aimerions sentir les pages imprégnées de l’atmosphère du contexte historique, mais celui-ci finit plutôt par glisser sur l’aventure du héros sans créer trop de friction: «l’actualité politique et sociale était pour eux comme une voix off.»</p>
<p>Enfin, ce héros, nous le voudrions parfois doté d’une plus grande profondeur. Bien sûr, Kolia est un personnage sans origines, en quelque sorte sans identité, qui adopte le masque blanc du clown et demeure ainsi anonyme parmi la foule devant laquelle il se produit tous les soirs: «ça lui donnait l’impression, dans la glace, d’être quelqu’un d’autre, comme lui-même enfin, peut-être.» Il est donc légitime que sa psychologie soit limitée, mais il semble qu’il lui manque ce relief qui nous permettrait de le suivre avec plus d’attachement.</p>
<p>Peut-être la faute est-elle celle des «vues larges», qui prennent dans L’homme blanc la forme d’un simple éloignement, égal tout au long du roman, et qui a pour conséquence une impression d’unidimensionnalité généralisée. Nous en conclurons que la distance romanesque est une corde raide, qui constitue «l’âme» même d’un récit, pour reprendre la belle expression citée par Perrine Leblanc en postface (l’âme étant le centre du fil de fer). Le romancier, en jouant comme Tolstoï avec la profondeur de champ et en oscillant sans cesse du plus proche au plus lointain, doit savoir trouver un parfait équilibre.</p>
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		<title>Leçons de lumière</title>
		<link>https://www.delitfrancais.com/2010/11/10/lecons-de-lumiere/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Véronique Samson]]></dc:creator>
		<pubDate>Thu, 11 Nov 2010 04:09:00 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Chroniques]]></category>
		<category><![CDATA[Culture]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>«L’effacement soit ma façon de resplendir», écrivait Philippe Jaccottet dans ses carnets au début des années soixante. Il entendait par cela que de réduire sa présence dans ses poèmes le rendait plus apte à parler des choses, à faire rayonner la lumière qui se loge en elles. Si l’on se fie à la réédition de&#8230;&#160;<a href="https://www.delitfrancais.com/2010/11/10/lecons-de-lumiere/" rel="bookmark" data-wpel-link="internal">Lire la suite &#187;<span class="screen-reader-text">Leçons de lumière</span></a></p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p style="text-align: justify;">«L’effacement soit ma façon de resplendir», écrivait Philippe Jaccottet dans ses carnets au début des années soixante. Il entendait par cela que de réduire sa présence dans ses poèmes le rendait plus apte à parler des choses, à faire rayonner la lumière qui se loge en elles. Si l’on se fie à la réédition de son recueil <em>Peinture aveugle</em>, parue plus tôt cette année au Noroît et lancée le 4 novembre dernier avec les autres titres de la maison, il semble que le poète québécois Robert Melançon ait fait sien le vœu de Jaccottet. «Tu as autre chose à dire / Que toi, tes manies, tes masques, / Ton goût des ciels couverts / Sous lesquels les heures se fondent / Dans une lumière égale.» Chez Melançon, le sujet disparaît presque tout à fait du poème pour faire place au ciel, à l’herbe, aux arbres, au pavé, aux rues, à tous les éléments du paysage qui l’entourent. Ne reste qu’une présence tranquille, un témoin qui constate et enregistre le «mouvement des heures», les variations de l’ombre et de la lumière, du jour et de la nuit, «ce fil sans fin / Du temps dont tu n’es qu’un nœud / Que le temps dénouera.»</p>
<p style="text-align: justify;">Dans <em>Peinture aveugle</em>, le poète transcrit le paysage derrière la vitre sur cette «autre fenêtre» qu’est la page, avec une sobriété essentielle. «Le ciel encré se fera page / Où s’écriront les branches nues / Qui ne retiendront de l’année / Que l’armature intelligible». Melançon accumule ainsi les «tableaux», comme le suggère la référence à l’art pictural dans le titre. Des fragments de paysage apparaissent, saisis dans le cadre d’une fenêtre, renversés dans une flaque d’eau sur le trottoir, ou encore découpés par les parois d’une cour: «Il y avait une cour de gravier / Entre des murs hauts qui enfermaient / Un rectangle de ciel changeant ; / Les heures s’y arrêtaient / Près des fenêtres studieuses.»</p>
<p style="text-align: justify;">L’écriture poétique ne s’élance jamais trop haut chez Melançon. Elle ne prend pas le risque de la dissonance, ne se permet pas de courir le danger de ne plus habiter le sens. Les repères de Melançon sont familiers et quotidiens: il ne vise «pas le secret du monde / Mais le monde même, / Drapé de lumière et d’ombre», et espère ainsi toucher à l’indicible, laisser entrevoir, par instants, «Dans une improbable éclaircie, / Ce qui fuit entre les mots.»</p>
<p style="text-align: justify;">La poésie se fait véritablement «peinture aveugle» ici: devant une telle simplicité des images, on a l’impression d’une restriction du champ de vision du sujet. L’écriture reste incertaine de ses moyens, peu convaincue de sa capacité à accomplir tout à fait la rencontre entre mot et chose, cet «accord aux jours» recherché par le poète.</p>
<p style="text-align: justify;">Beaucoup de temps s’est écoulé depuis la première édition de <em>Peinture aveugle</em>, qui remonte à 1979. Comme l’explique Melançon dans sa postface, l’objectif n’était pas de faire de <em>Peinture aveugle</em> un «recueil», mais plutôt de bâtir peu à peu une «somme en devenir». On le sent dans le retour des mêmes titres au fil des pages, comme si la voix relançait sans cesse son interrogation inquiète à la face du monde.</p>
<p style="text-align: justify;">Si ce n’est que pour cela, il faut lire Robert Melançon, dont les poèmes, jamais éblouissants, baignent cependant dans la lumière de l’humilité.</p>
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		<title>Chronique d’une postmoderne indigne</title>
		<link>https://www.delitfrancais.com/2010/10/26/chronique-d%e2%80%99une-postmoderne-indigne/</link>
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		<dc:creator><![CDATA[Véronique Samson]]></dc:creator>
		<pubDate>Tue, 26 Oct 2010 05:39:07 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Chroniques]]></category>
		<category><![CDATA[Rêveries familières]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>L’autre jour, j’ai essayé de résumer le dernier livre de Vincent Tholomé, La Pologne &#38; autres récits de l’Est, paru ce mois-ci au Quartanier. Voici ce que ça a donné: Un certain vincent tholomé (à ne pas confondre avec l’auteur, qui lui a droit à des majuscules) se rend tous les matins à une cafétéria&#8230;&#160;<a href="https://www.delitfrancais.com/2010/10/26/chronique-d%e2%80%99une-postmoderne-indigne/" rel="bookmark" data-wpel-link="internal">Lire la suite &#187;<span class="screen-reader-text">Chronique d’une postmoderne indigne</span></a></p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p>L’autre jour, j’ai essayé de résumer le dernier livre de Vincent Tholomé, La Pologne &amp; autres récits de l’Est, paru ce mois-ci au Quartanier. Voici ce que ça a donné: </p>
<p>Un certain vincent tholomé (à ne pas confondre avec l’auteur, qui lui a droit à des majuscules) se rend tous les matins à une cafétéria de namurland et entretient les filles des facéties de «dieu la pologne». Dieu la pologne qui trompe son ennui en essayant d’exister dans l’esprit du pauvre tholomé, s’infiltrant jusque dans sa braguette et sous la plante de son pied. Le «diable de l’enfer» s’en mêle à son tour, et une guerre cosmique éclate bientôt derrière le divan du salon et sa presque épouse nathalie. En pleine épidémie de grippe aviaire, le jeune coq révolutionnaire sergueï ivanovitch tente quant à lui d’inciter son poulailler à la révolte. Les hôpitaux concoctent des plans de sauvetage plutôt douteux, les gens se passent leur chat dans la gorge et leur bouchon d’ouate dans l’oreille, et l’ensemble du poulailler finit par prendre la fuite vers la campagne. Pendant ce temps, un couple moscovite aimant manger chinois roule dans sa voiture à toute allure, jusqu’à se perdre dans le paysage blanc sibérien, où l’on retrouve notre bande de poulets organisée pour la survie au grand froid… «tandis que le reste de l’humanité retourne à l’état sauvage.»</p>
<p>La morale de cette histoire? Résumer les quatre-vingt-seize pages de La Pologne &amp; autres récits de l’Est est un exercice périlleux. Certes, en tant qu’admiratrice de vieilles choses littéraires, jeune postmoderne indigne de son époque, j’étais peut-être mal équipée pour affronter mon premier Tholomé. Tout au long de ma lecture, la main au front, les sourcils froncés, j’ai bien naïvement guetté à l’horizon une intrigue linéaire et des personnages typés qui allaient me poser un gros lapin. </p>
<p>J’ai refermé La Pologne &amp; autres récits de l’Est comme on referme une parenthèse. Parenthèse déboussolante, parfois éblouissante, où l’on perd facilement le Nord, et où nos repères cardinaux de lecteurs ne valent plus grand-chose. L’ensemble se lit comme une sorte d’expérience de laboratoire, où tout est hypothétique, tout existe sous forme de potentialité, en autant que l’on se prête au jeu. «Alors il y a ce type. vincent tholomé. Qui ça? vincent tholomé. […] Mais tu peux l’appeler autrement si tu veux», nous lance-t-on dès l’ouverture. À l’image de «dieu la pologne», les personnages et leurs aventures surgissent de manière arbitraire, comme par génération spontanée dans l’imagination de l’auteur, pour presque aussitôt y revenir et disparaître: «Vous connaissez la pologne? La pologne existe. Enfin. Tant que quelqu’un y pense. […] Je dis la pologne. Je pourrais dire dieu. Dieu la pologne n’existe que s’il vient dans l’esprit de quelqu’un.» </p>
<p>Le résultat est une œuvre ludique, parfois très comique, parfois plutôt objet de curiosité. Découpé en plusieurs courtes parties, le récit oscille entre le ton de la BD, la parodie de reportage journalistique, le récit apocalyptique et le style roman policier, à la limite du paranoïaque. On croirait assister à un court-circuit dans le cerveau de tholomé, ruminant ces obsédantes fabulations qui l’accompagnent au quotidien.</p>
<p>On pourrait dire que ce bouillonnement absurde de pensées que nous livre tholomé devient une fin en soi dans La Pologne: ici, nulle impression d’arrière-pensée ou de sens caché à découvrir. Le monde autour est plat (mais pas «plate» du tout), comme un décor de carton-pâte construit par le personnage à même sa tête. Il s’agit tout simplement pour nous, lecteurs, de faire l’expérience du livre comme tholomé fait l’expérience du monde, de ses sursauts et hoquets incongrus, rendus directement par son verbe si particulier: tronçonné, éclaté en petits fragments, de moins en moins lisible. </p>
<p>Et, je vous l’assure, on s’y soumet avec allégresse. Eh oui, même moi.</p>
<p>Le lancement de La Pologne &amp; autres récits de l’Est, ainsi que de trois autres livres de la collection OVNI (Turpitude – le grand complot de la collectivité de Fabien Loszach, Les Occidentales de Maggie Roussel et une réédition de Matamore n° 29 d’Alain Farah) aura lieu le 28 octobre prochain, à partir de 17h30, à la librairie Le Port de Tête.</p>
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		<title>Les yeux de lynx</title>
		<link>https://www.delitfrancais.com/2010/10/05/les-yeux-de-lynx/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Véronique Samson]]></dc:creator>
		<pubDate>Wed, 06 Oct 2010 02:34:45 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Chroniques]]></category>
		<category><![CDATA[Rêveries familières]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>Après une dizaine d’années de recherches et de documentation, Louis Hamelin fait enfin paraître La Constellation du lynx à temps pour le quarantième anniversaire d’Octobre 1970. Dans cette vaste fresque romanesque, un «tâcheron de la plume» du nom de Samuel Nihilo (notez le subtil anagramme) se lance la tête la première dans une enquête cherchant&#8230;&#160;<a href="https://www.delitfrancais.com/2010/10/05/les-yeux-de-lynx/" rel="bookmark" data-wpel-link="internal">Lire la suite &#187;<span class="screen-reader-text">Les yeux de lynx</span></a></p>
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]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<p>Après une dizaine d’années de recherches et de documentation, Louis Hamelin fait enfin paraître La Constellation du lynx à temps pour le quarantième anniversaire d’Octobre 1970. </p>
<p>Dans cette vaste fresque romanesque, un «tâcheron de la plume» du nom de Samuel Nihilo (notez le subtil anagramme) se lance la tête la première dans une enquête cherchant à éclaircir les nombreuses taches d’ombre encore présentes aujourd’hui dans cette crise politique qui a marqué le Québec. Le récit en chassé-croisé fait pénétrer le lecteur au cœur des motivations de ceux qui ont participé de près ou de loin à l’affaire, que ce soit les membres des cellules terroristes, les acteurs politiques ou encore les agents des services secrets. </p>
<p>En entrevue avec Le Devoir, Louis Hamelin a décrit La Constellation du lynx comme l’œuvre d’un pamphlétaire s’en prenant à la version officielle des événements. L’écrivain dénonce tout particulièrement la thèse de l’innocence de la police, de l’armée, et du gouvernement dans la mort du Ministre du Travail Pierre Laporte (Paul Lavoie dans le roman). La Constellation du lynx apporte donc de l’eau toute neuve au moulin de Jacques Ferron et Pierre Vallières, qui avaient déjà crié au complot par le passé.</p>
<p>Après une décennie de travail, on a envie de croire à l’alternative d’Hamelin. C’est ainsi qu’on en est venu à citer La Constellation du lynx comme référence dans un article du Devoir sur les «théories conspirationnistes» (30 septembre). Jacques Godbout lui-même aurait déclaré dans un communiqué de la maison d’édition du Boréal que «plus personne n’osera parler de ces événements sans se référer à La Constellation du lynx».</p>
<p>Qu’est-ce qui cloche ici?</p>
<p>De telles affirmations sur le livre, remâchées par des journalistes avides de manchettes, me semblent contestables. En faisant de La Constellation du lynx un document historique, un moyen d’approfondir notre connaissance des faits et de donner un portrait fidèle d’Octobre 1970, les média se perdent –et nous perdent– dans un argument fallacieux et finissent par se détourner de la nature même du projet d’Hamelin: écrire un roman. </p>
<p>Peut-être est-ce le romancier lui-même qui brouille les cartes; s’il prétend dans une entrevue avec Le Devoir dévoiler 100% de la vérité historique, il se retranche en d’autres lieux derrière l’art romanesque, sa liberté, son imagination, afin de contester cette ambition de vérité que tous ont applaudi chez lui depuis la parution de La Constellation du lynx. «Mon livre n’est pas un essai», insiste-t-il. Contrairement à l’historien, le romancier n’est pas tenu de se maintenir dans la simplicité d’une interprétation unique. Ce n’est donc pas pour rien que l’enquêteur, dans le livre, est un écrivain. «Êtes-vous conspirationniste?», lui demande-t-on au tout début. Et lui de répondre: «Sceptique, plutôt.»</p>
<p>Si Hamelin a choisi d’emprunter les «voies et détours de la fiction», il me semble que c’est plutôt parce qu’il a voulu explorer la complexité d’un événement qui ne fait toujours pas consensus parmi les historiens. Octobre 1970 a marqué l’histoire, mais il est aussi devenu histoire à travers de multiples interprétations. Le roman se présente donc comme un terrain tout désigné pour interroger notre manière de fabriquer les récits qui nous définissent: «Peut-être que les explications que nous cherchons ne sont jamais que des approximations, des esquisses chargées de sens». Les yeux de lynx d’Hamelin sont tout entiers dans cette phrase. </p>
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		<title>L’âme à la tendresse</title>
		<link>https://www.delitfrancais.com/2010/09/21/l%e2%80%99ame-a-la-tendresse/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Véronique Samson]]></dc:creator>
		<pubDate>Tue, 21 Sep 2010 20:00:00 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Chroniques]]></category>
		<category><![CDATA[Rêveries familières]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>Comme le laisse entendre ce court extrait de la correspondance, la «Pâoline» et le «Gégé» ont vécu leur trente ans d’amour dans un grand écart: tendus entre la lettre et le lit, entre la «solitude à deux» et le quotidien partagé. Tous deux sont appelés au loin par leur carrière, mais, au fil des années, un même pacte les lie: pas de téléphone. Seule cette correspondance frénétique, parfois terrible, qui s’est étendue avec la même fougue de 1962 à 1993.</p>
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]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<p>«Supposez un couple. Un couple parle, lui fait des poèmes, elle en dit, ils s’adorent, ils se portent mutuellement aux nues, ils planent dans une espèce de ciel abstrait, ils se lancent au cœur des mots qui sont fort beaux et qui ne rendent qu’un bien piètre compte de ce qui les anime, qui est une chose bien palpable, le désir.»</p>
<p>Celui qui fait des poèmes et signe ce texte, vous l’avez peut-être deviné, c’est Gérald Godin, l’intellectuel engagé de tous les métiers. Et celle qui dit des poèmes, nulle autre que la chanteuse à la voix ardente et aux yeux charbonneux, Pauline Julien. Ce n’est pas par hasard, ni par grand romantisme, que je vous fredonne en guise de titre l’un de ses plus grands succès. Dimanche dernier, sa correspondance avec Gérald Godin prenait vie sur scène à la Place des Arts dans le cadre du Festival international de la littérature. Marie Tifo et Pierre Curzi –en qui l’on pourrait voir l’incarnation contemporaine de ce couple mythique– se sont donnés la réplique de La renarde et le mal peigné, fragments épistolaires et amoureux parus il y a un an déjà.</p>
<p>Comme le laisse entendre ce court extrait de la correspondance, la «Pâoline» et le «Gégé» ont vécu leur trente ans d’amour dans un grand écart: tendus entre la lettre et le lit, entre la «solitude à deux» et le quotidien partagé. Tous deux sont appelés au loin par leur carrière, mais, au fil des années, un même pacte les lie: pas de téléphone. Seule cette correspondance frénétique, parfois terrible, qui s’est étendue avec la même fougue de 1962 à 1993.</p>
<p>Il y a là quelque chose de bien arriéré, ironiseront certains. Mais pour nos tourtereaux, c’était une manière d’être à jamais libres l’un vis-à-vis l’autre, de faire en sorte que ce ne soient pas les heures ensemble qui comptent, mais seulement ce corps-à-corps ininterrompu d’idées et de sentiments. Il ne s’agissait pour eux que de se regarder dans le blanc du papier à lettre pour établir un dialogue profond.</p>
<p>C’est pourquoi, à la lecture de La renarde et le mal peigné, l’impression du grand écart entre la vie et la lettre se défait. Les deux correspondants s’y dévoilent avec une telle impudeur, se livrent tout entiers l’un à l’autre avec une telle générosité, qu’on les sent tout à fait présents. Comme le lance Gérald à sa «queen»: «Je suis tout entier à toi, j’ai mis mon âme à nu, telle qu’elle est depuis toujours. Que te faut-il de plus? Une vulgaire présence?»</p>
<p>Leur vraie vie, donc, a pu se retrouver dans la parole écrite. On pense à Proust parvenu à la fin de sa Recherche, qui&nbsp;va jusqu’à affirmer que «la seule vie par conséquent pleinement vécue, c’est la littérature». Certes, c’est là l’adage d’une poignée d’étudiants en lettres voulant justifier leur tête-à-tête permanent avec les rayons de leur bibliothèque. Mais l’idée se voit ici adaptée par des gens préoccupés du monde, l’un faisant face à l’actualité politique de son époque et l’autre à son public. Ce sont également des participants de la Nuit de la poésie de 1970 pour qui la parole avait une véritable portée. </p>
<p>Gérald Godin et Pauline Julien ont cru en ces poèmes que l’un faisait et que l’autre disait, et la place des lettres dans leur couple en témoigne. Si cette foi a vacillé depuis (Le Devoir parlait lundi dernier de la Révolution tranquille comme d’un lointain fait historique), la lecture de La renarde et le mal peigné servira, au moins, à combler nos trous de mémoire et à nous rappeler un temps où la parole était plus qu’un simple asservissement à la communication rapide.</p>
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		<title>Le parti du dépaysement</title>
		<link>https://www.delitfrancais.com/2010/09/07/le-parti-du-depaysement/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Véronique Samson]]></dc:creator>
		<pubDate>Tue, 07 Sep 2010 06:34:32 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Chroniques]]></category>
		<category><![CDATA[Rêveries familières]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>Afin d’esquiver encore quelque peu la dure réalité de la rentrée, je vous propose de vous arrêter, le temps d’une chronique, dans ce monde en marge du monde qu’est le roman. Nous y escortent cette semaine Dominique Fortier et sa dernière œuvre, Les Larmes de saint Laurent, parue cet été aux éditions Alto.</p>
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]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<p>L’idée n’est pas nouvelle : tout grand romancier crée un monde qui lui est propre. Une sorte de refuge du réel, un espace libre pour l’imaginaire, une « seconde patrie habitable », pour emprunter les mots du romancier Julien Gracq.</p>
<p>Afin d’esquiver encore quelque peu la dure réalité de la rentrée, je vous propose de vous arrêter, le temps d’une chronique, dans ce monde en marge du monde qu’est le roman. Nous y escortent cette semaine Dominique Fortier et sa dernière œuvre, Les Larmes de saint Laurent, parue cet été aux éditions Alto. Celle qui a signé Du bon usage des étoiles, sur la fatale expédition nordique de John Franklin en 1845, prend encore une fois ici le parti romanesque du dépaysement.</p>
<p>Et ce dépaysement n’est pas à prendre dans son sens métaphorique. Les Larmes de saint Laurent s’ouvre au beau milieu des confettis lancés sur la ville martiniquaise de Saint-Pierre durant le Mardi gras. Nous y rencontrons Baptiste Cyparis, qui se retrouvera, quelques jours plus tard, seul survivant de l’éruption de la montagne Pelée du 8 mai 1902. Le sympathique personnage nous trimballe ensuite au fil de ses aventures à bord des roulottes du cirque Barnum &amp; Bailey. Nous n’en sommes là qu’à la première des trois histoires qui composent le roman.</p>
<p>À l’image des héros de la seconde histoire, le mathématicien anglais Edward Love et sa femme musicienne, qui se rendent aux ruines de Pompéi au début du siècle pour y coller leur oreille au sol, Dominique Fortier apparaît avec ce nouveau roman toute tendue vers le monde, à l’écoute du «bruit en dessous de la terre». C’est ce même «chant secret» des choses qui réunira deux inconnus dans la troisième histoire, des décennies plus tard, entre stèles et arbres, sur les flancs du mont Royal.</p>
<p>En prenant au pied de la lettre l’exigence de dépaysement de Gracq et en faisant voyager son écriture dans de lointaines contrées, autant géographiques que temporelles, Dominique Fortier révèle un imaginaire singulier, surprenant même, qui ne peut que détonner dans la production littéraire contemporaine aux tendances parfois nombrilistes. Les Larmes de saint Laurent, comme Du bon usage des étoiles avant lui, arrive sur les rayons comme une véritable bouffée d’air frais entre les autofictions et autres littératures de témoignage.</p>
<p>À l’ombre de la montagne Pelée, du Vésuve et du mont Royal (qui, notons-le, n’a jamais été un volcan), entre la terre et le feu, il semble que les ondes qui traversent et secouent l’existence des personnages des Larmes de saint Laurent soient toujours les mêmes, qu’elles s’emploient à faire frémir les feuilles au-dessus de Montréal ou à provoquer l’écroulement de Saint-Pierre. </p>
<p>C’est cette idée lumineuse qui nous mène d’une histoire à l’autre et assure l’harmonie au sein<br>
d’un ensemble narratif disparate –harmonie également soutenue, il faut le souligner, par une écriture d’une beauté sobre et classique, se permettant quelques éclats lyriques, sans jamais perdre la justesse du ton.</p>
<p>Les Larmes du saint Laurent se lit comme une tentative digne d’Edward Love, qui cherche à élucider «le véritable, le seul enjeu: inventer des formules qui sauraient rendre compte, d’une manière ou d’une autre, de ce que c’était que d’être vivant sur cette planète.» Et n’est-ce pas là ce que c’est que d’écrire un roman: «inventer des formules» pour tenter d’y contenir le monde? </p>
<p>Prendre le détour de l’ailleurs, de la fiction, pour mieux révéler notre présent dans sa totalité? En cherchant la cohésion interne du monde, Dominique Fortier a su trouver celle qui fait un grand roman, où, comme le formule Gracq, «rien ne reste en marge –la juxtaposition n’a de place nulle part, la connexion s’installe partout». Trois lieux, trois époques, et un seul monde romanesque.</p>
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		<title>À la dérive</title>
		<link>https://www.delitfrancais.com/2009/11/17/a-la-derive/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Véronique Samson]]></dc:creator>
		<pubDate>Tue, 17 Nov 2009 06:53:53 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Culture]]></category>
		<category><![CDATA[Littérature]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>Dans <em>Les Troutman volants</em>, Miriam Toews nous entraîne sur la route en compagnie d’une tante et de deux enfants peu conventionnels.</p>
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]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<p>«Bon, ben, ouais, tout s’est déglingué.» Hattie, expatriée à Paris et fraîchement abandonnée par son petit ami, reçoit un appel d’alerte en provenance de l’autre côté de l’océan. Au bout du fil est Thebes, sa nièce aux cheveux violets et aux tendances verbomotrices, qui n’arrive plus à tenir seule avec une mère à la dérive. Min ne sort plus du lit et avale pilule après pilule. Les flacons vides s’empilent alors que Logan, le frère de Thebes, sèche les cours et se construit une carapace à l’aide de ses écouteurs et de son capuchon extra-large.</p>
<p>Hattie arrive juste à temps dans son Manitoba natal pour voir Min emportée à l’hôpital psychiatrique. Cette fois-ci plus que les autres, sa soeur semble avoir atteint le fond. Que faire quand rien ne va plus? Hattie décide de prendre la route avec Thebes et Logan dans la vieille fourgonnette Ford Aerostar. Destination Murdo, dans le Dakota du Sud, un «grain de poussière» sur la carte. Le trio mal assorti part ainsi sillonner l’Amérique, uni par le vague espoir de retrouver Cherkis, le père des enfants.</p>
<p><em>Les Troutman volants</em> est le quatrième roman de l’écrivaine manitobaine Miriam Toews, paru l’an dernier en version originale anglaise et traduit tout récemment à la maison Boréal. À des miles du <em>road novel</em> traditionnel, <em>Les Troutman volants</em> nous emporte de Winnipeg à la frontière du Mexique, dans les hauts et les bas de cette petite famille toujours prête à se démanteler malgré les efforts de Hattie.</p>
<p>Miriam Toews livre ici un conte inusité sur l’enfance, oscillant sans cesse entre le désespoir et la légèreté, le côté amer et le côté sucré de ces années où tout se joue. Où tout s’est joué, du moins, pour Hattie, qui plonge dans ses souvenirs de jeunesse avec Min alors qu’elle regarde Thebes et Logan dans le rétroviseur de la Ford Aerostar. Sur la route, Hattie, Thebes et Logan trouveront beaucoup plus que ce père disparu des années plus tôt: c’est leur difficile relation à Min qu’ils parviendront enfin à explorer.</p>
<p>L’équilibre précaire entre le sujet sombre qu’est la dépression et l’éclat de vie qu’est l’enfance est maintenu tout au long du roman par une plume bien maniée, pleine d’humour. Dans <em>Les Troutman volants</em>, Miriam Toews fait la juste part aux dialogues savoureux, toujours surprenants, parfois tendres, qui font le quotidien de Thebes et Logan. L’univers de l’écrivaine nous happe complètement. Car, comme ses personnages, nous ne savons jamais vraiment vers quoi nous volons.<br>
</p>
<p class="boiteg"><em>Les Troutman volants</em><br>
Par Miriam Toews<br>
Éditions du Boréal<br>
25,95$</p>
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		<title>Le bonheur derrière soi</title>
		<link>https://www.delitfrancais.com/2009/10/27/le-bonheur-derriere-soi/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Véronique Samson]]></dc:creator>
		<pubDate>Tue, 27 Oct 2009 05:00:07 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Culture]]></category>
		<category><![CDATA[Littérature]]></category>
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					<description><![CDATA[<p><em>Nous étions jeunes</em> encore de Gilles Archambault: un vingt-neuvième roman, une même voix intime qui résonne encore.</p>
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]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<p>Pierre-André a vécu deux trahisons au cours de sa vie. Celle de son ami Maxime, qui lui a dérobé sa femme, Marthe. Puis celle de son amitié avec Maxime, qui l’a laissé dans l’ombre en se taillant dans le <em>spotlight</em> une place de metteur en scène. Exit ces idéaux de jeunesse qui les liaient depuis leurs études en lettres, depuis ce moment où ils se sont mis à rêver ensemble à une grande œuvre.</p>
<p>Dès la première page de <em>Nous étions jeunes encore</em>, tout est joué. Pierre-André apprend d’une voix à la radio la mort de Maxime. Il n’est pas surpris qu’on en parle: Maxime a atteint une renommée internationale, alors que lui s’efface peu à peu, petit écrivain sans velléités de grandeur. Au téléphone, on lui demande un témoignage. Il bafouille, ne sait comment raconter cette amitié, vacillante depuis longtemps déjà. C’est ainsi que commence le roman, qui se déroule comme le témoignage intérieur, tout entier tourné vers le passé, que parvient à livrer Pierre- André une fois le téléphone raccroché.</p>
<p><em>Nous étions jeunes encore</em> est le vingt-neuvième livre que nous offre Gilles Archambault, un auteur qui demeure malgré tout méconnu du public. Ce n’est pas le roman d’une vieillesse devenue sage, revenant avec un air de bienveillance et un sourire en coin sur les frasques de son enfance. C’est plutôt un roman sur la conscience d’être jeune, la conscience du temps qui passe et des choses qui s’effritent. C’est elle qui habite Pierre-André alors qu’il revisite ses souvenirs tour à tour dans l’appartement de Marthe, qui s’abandonne à son désespoir, et en compagnie de Philippe, un jeune ami journaliste et apprenti romancier.</p>
<p>«Je vis d’avoir vécu», confie Pierre-André. Le bonheur est toujours derrière pour ce personnage attaché à la beauté de la vie, peut-être plus apte à la reconnaître dans son passé que les personnages des romans précédents de Gilles Archambault. Le présent n’existe plus pour Marthe, Philippe et Pierre-André, dont les réminiscences grugent constamment le récit, jusqu’à l’envahir entièrement. Sur ce point, l’écriture d’Archambault est particulièrement efficace, liant à travers la voix intime de son protagoniste les divers temps qu’il traverse.</p>
<p>Le roman élabore un jeu intéressant sur les points de vue, qui oscillent sans cesse entre celui de Pierre-André lorsqu’il est avec Marthe et celui, omniscient, qui relate ses rencontres avec Philippe. C’est toutefois le point de vue d’Éloïse, la fille de Marthe et Pierre-André, qui clôt le roman, comme le retentissement d’un dernier espoir de sortir de l’angoisse sourde qui a saisi ses parents.</p>
<p>Dans ce dernier roman, Gilles Archambault semble au sommet de son art, si telle chose peut se dire d’un écrivain qui est –et c’est là un gage de la profonde sincérité de sa voix– égal à lui-même depuis ses débuts. Nous étions jeunes encore se lit d’un trait, comme un ardent appel à vivre claironné entre les lignes d’un récit simple et émouvant.</p>
<p class="boiteg"><em>Nous étions jeunes encore</em><br>
Gilles Archambault<br>
Édition du Boréal<br>
19,95$</p>
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]]></content:encoded>
					
		
		
			</item>
		<item>
		<title>Flagrant délit de tendresse</title>
		<link>https://www.delitfrancais.com/2009/09/29/flagrant-delit-de-tendresse-4/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Véronique Samson]]></dc:creator>
		<pubDate>Tue, 29 Sep 2009 18:20:10 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Culture]]></category>
		<category><![CDATA[Roman feuilleton]]></category>
		<category><![CDATA[Flagrant délit de tendresse]]></category>
		<guid isPermaLink="false">http://www.delitfrancais.com/archives/730</guid>

					<description><![CDATA[<p>ÉPISODE 4<br />
Résumé de l’épisode précédent:<br />
Le jeune freshman aperçoit sa belle et mystèrieuse T.A. au détour d’un rayon de la bibliothèque McLennan. Voyant qu’il la suit silencieusement, elle l’agrippe et l’embrasse avec fougue. Nos deux amants sont interrompus lorsqu’elle sent qu’une présence familière les observe. Elle s’enfuit.</p>
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]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<p>«Alors, je crois comprendre que vous faites des progrès dans vos recherches à la bibliothèque?», lui lance-t-il, le sourire au coin des lèvres.</p>
<p>Elle est à peine installée dans le bureau de son directeur de mémoire que celui-ci l’assaille de la question. Les mots se bousculent dans sa tête. Elle le regarde, bouche bée, jeter un coup d’œil dans le couloir et fermer la porte du bureau avec soin.</p>
<p>– J’ai trouvé quelques becs – euh, bouquins intéressants, bredouille-t-elle, se sentant devenir écarlate sous les yeux ronds et brillants de son directeur.</p>
<p>Il se laisse tomber dans sa chaise de cuir noir élimé. Elle l’a reconnue dès qu’elle a franchi la porte, et maintenant monte vers elle une bouffée qui ne lui laisse aucun doute: cette odeur rance de tabac à pipe et d’eau de Cologne, elle l’a respirée alors qu’elle tentait de reprendre son souffle entre deux baisers fougueux au sixième étage de la MacLennan. C’est donc lui qui est passé… Elle n’a plus aucun doute. Espérons qu’il ne la congédie pas, ou, pire encore, qu’il ne la dénonce pas au doyen!</p>
<p>Son directeur laisse échapper une toux gutturale, un répugnant brassage de flegme qui l’extirpe violemment de ses pensées. Elle lève les yeux, hésitante, vers son débardeur de laine brune usée, son ventre rebondi, sa barbe de trois jours. Ce n’est pas son bel étudiant qui se laisserait aller comme ça. Elle avait pu goûter à ses pectoraux sous son t‑shirt Roots… Non, ça suffit, elle doit se ressaisir –vite, dire quelque chose sur son projet de doctorat.</p>
<p>– Je me concentre sur Descartes, comme vous me l’aviez suggéré. J’ai commencé à lire <em>Les passions de l’âme</em>…</p>
<p>Elle le voit hausser le sourcil droit, puis légèrement pencher le corps au-dessus de son bureau.</p>
<p>– C’est un ouvrage intéressant pour la question du dualisme corps et esprit, effectivement…</p>
<p>Il s’approche davantage, dégageant les papiers devant lui, s’appuyant de tout son poids sur ses deux coudes. Elle sent son haleine de café refroidi qui la fait frissonner de dégoût. Mais qu’est-ce qu’il peut bien s’imaginer?</p>
<p>– Moi je pense comme Descartes que l’esprit doit dominer le corps, lâche-t-elle d’un trait.</p>
<p>– Mais, pourtant, ce ne sont pas deux choses complètement séparées… Il peut exister une union étroite entre l’âme et le corps…</p>
<p>– Qu’entendez-vous par là?</p>
<p>– Comment dire… quand nous sommes stimulés, excités, ou encore… tiraillés par certains appétits.</p>
<p>– Vous parlez, par exemple, de la faim, de la soif? Je crois que c’est ce que Descartes écrit dans le troisième chapitre.</p>
<p>Glacée sur sa chaise, elle ose à peine tendre l’oreille pour entendre sa réponse.</p>
<p>– Je parle de tous ces <em>esprits animaux</em> que décrit Descartes… qui peuvent affliger nos corps et les&nbsp;forcer à faire certaines choses que nous ne pouvons pas contrôler, susurre-t-il en la fixant dans les yeux.</p>
<p style="text-align: center;">***</p>
<p>– Voudriez-vous aller en discuter autour d’un verre? J’ai presque fini mes corrections pour la journée, et j’aimerais bien me détendre, propose son directeur, avec un filet de salive qui se tend au coin de ses lèvres encore entrouvertes.</p>
<p>– C’est bientôt l’heure de ma conférence. Je dois y aller.</p>
<p>Elle se redresse brusquement, ramasse ses affaires et se dirige vers la porte. Elle sent le regard de son directeur la suivre, partant du sol, montant le long de la maille dans son bas de nylon jusqu’aux cuisses. Elle aurait du changer de paire avant de partir, ce matin.</p>
<p>Elle passe devant cet ascenseur où elle était montée avec Lui, quelques semaines auparavant. Comment pouvait-elle avoir des sentiments aussi bas, aussi vils que ceux qu’elle inspirait apparemment à son professeur? Décidément, elle devrait exercer sa raison à dominer. Faire l’ascèse. Elle décide d’emprunter les escaliers pour descendre les neufs étages jusqu’au plancher des vaches. C’est fini, la tête dans la lune… et la lune de miel.</p>
<p>Elle marche rapidement, le cœur lui bat dans la poitrine. Elle doit être encore ébranlée par sa rencontre avec son directeur… Mais, arrivée aux portes Roddick, elle lève la tête et est saisie par ce qu’elle aperçoit. C’est Lui!</p>
<p>Le coup de klaxon d’un automobiliste frustré lui fait reprendre ses esprits: ce panneau géant où elle a cru le reconnaître, plaqué contre le flanc d’un autobus, n’est qu’une annonce de film… mettant en vedette le <em>dreamy</em> Roy Dupuis. Depuis que son professeur en <em>French Immersion</em> leur avait fait écouter des épisodes des <em>Filles de Caleb</em>, elle n’avait jamais pu oublier ce plan net du postérieur d’Ovila… Elle commençait à s’expliquer son nouveau <em>crush</em>…</p>
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		<title>Sous l’enchantement de Gabrielle Roy</title>
		<link>https://www.delitfrancais.com/2009/09/15/sous-lenchantement-de-gabrielle-roy/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Véronique Samson]]></dc:creator>
		<pubDate>Tue, 15 Sep 2009 18:01:54 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Culture]]></category>
		<category><![CDATA[Littérature]]></category>
		<guid isPermaLink="false">http://www.delitfrancais.com/archives/686</guid>

					<description><![CDATA[<p>Avec un hommage au Festival international de littérature, une édition définitive de ses oeuvres complètes et un colloque universitaire entièrement dédié à sa pratique de romancière, cet automne sera celui de Gabrielle Roy.</p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p>Il y a cent ans naissait à Saint-Boniface, au Manitoba, celle qui allait prendre la plume pour écrire <em>Bonheur d’occasion</em>. Cette histoire en est une de quête de bonheur, cadrée dans le monde ouvrier canadien français du quartier Saint-Henri d’avant-guerre. Depuis sa publication en 1945, le roman a fait son chemin dans les cours de français de la plupart des écoles secondaires québécoises. Avec une douzaine d’autres romans subséquents, une autobiographie, des essais et des contes pour enfants, l’œuvre de Gabrielle Roy est devenue l’une des plus importantes de la littérature canadienne du siècle dernier.</p>
<h4>Un hommage dans ses mots</h4>
<p>À cette époque où les anniversaires semblent se multiplier, où les commémorations de la fondation de Québec ou de la bataille des plaines d’Abraham inondent les médias, les célébrations du centenaire de Gabrielle Roy dépassent la simple évocation biographique. Les événements de cet automne, orchestrés conjointement par le Festival international de la littérature (FIL) et le Fonds Gabrielle Roy, visent plutôt à faire revivre l’œuvre en lui permettant de se dire elle-même, de vive voix, dans ses propres mots.</p>
<p>La pièce de résistance de cet hommage à Gabrielle Roy est sans conteste La Détresse et l’Enchantement, une mise en lecture de son autobiographie du même nom, parue en 1983 à titre posthume. C’est la comédienne Marie-Thérèse Fortin qui donnera à entendre ce récit empreint d’une grande sensibilité qui retrace le devenir de l’écrivaine, de son enfance manitobaine à ses années d’enseignement dans l’Ouest du Canada jusqu’à ses pérégrinations en Europe et, finalement, à son établissement au Québec à la veille de la Deuxième Guerre mondiale.</p>
<p>«Dans le cas de Gabrielle Roy, qui est extraordinaire, il n’y a pas eu de période de purgatoire ou d’oubli de son œuvre après sa mort. Je suppose que c’est à cause de <em>La Détresse et l’Enchantement</em>», avance François Ricard, professeur à McGill et auteur de plusieurs ouvrages sur l’écrivaine. Celui qui se coiffe avec humour du surnom de «M. Gabrielle Roy» sera d’ailleurs présent le 26 septembre prochain à la bibliothèque Georges-Vanier, dans Saint-Henri, pour une rencontre littéraire organisée dans la foulée du FIL. Le quartier s’animera en outre avec deux expositions inspirées par les œuvres de l’écrivaine et la projection de l’adaptation cinématographique de son premier roman, <em>Bonheur d’occasion</em>. Quoique le long métrage de Claude Fournier date quelque peu, il vaut la peine de faire un tour à la Maison de la culture Marie-Uguay pour le visionner, ne serait-ce que pour s’amuser de la réalisation qui verse parfois dans le mélodrame.</p>
<p>Enfin, l’heure du lunch au FIL sera comblée avec les Midis littéraires, une série de rencontres quotidiennes à la Salle des jeunesses musicales du Canada sur l’avenue Mont-Royal. La formule a changé cette année pour se consacrer uniquement aux œuvres de Gabrielle Roy. Du 21 au 25 septembre, certaines de ses plus belles lignes résonneront grâce à cinq comédiennes de talent qui se relaieront au micro. Parmi elles, on retrouve Françoise Faucher, Sylvie Drapeau et l’interprète de Florentine dans le film <em>Bonheur d’occasion</em>, Mireille Deyglun.</p>
<h4>L’art de la romancière</h4>
<p>Ces événements destinés au grand public se doublent d’un volet universitaire tenu entre les murs de McGill. Le Fonds Gabrielle Roy, dont François Ricard est un des gestionnaires, a fait appel à plusieurs chercheurs internationaux pour organiser un colloque d’envergure les 21, 22 et 23 octobre prochains. «Gabrielle Roy est une auteure qui se prête à l’étude par des professeurs ou des étudiants à l’étranger qui ne sont pas trop au courant de l’histoire, et du contexte, de la culture canadienne, explique François Ricard. Comme c’est une auteure –entre guillemets– plus universelle, elle est très étudiée à l’étranger et très traduite.» Sur 60 propositions de communication reçues, les organisateurs en ont retenu une douzaine. À celles-ci s’ajoutent certains universitaires qui n’ont jamais étudié l’œuvre de Gabrielle Roy, mais qui ont accepté de se prêter au jeu sous l’invitation de François Ricard. Quelques textes seront repris dans un numéro spécial de L’<em>Atelier du roman</em> dès le mois de mars.</p>
<p>«C’est Gabrielle Roy comme romancière qu’on veut étudier. J’aimerais qu’on revienne à l’essentiel, c’est-à-dire à son art du roman, sa pratique, son travail de romancière», insiste François Ricard. L’orientation générale de ce colloque, auquel les étudiants pourront assister, vise à retourner à l’œuvre de fiction de Gabrielle Roy et à ce qui fait la singularité de son écriture. Pour François Ricard, la vision qu’ont les chercheurs de Gabrielle Roy est en train de changer. Depuis quelques années, les études abondent sur l’auteure, qui est le plus souvent abordée dans une perspective féministe, interculturaliste ou encore postcolonialiste. «Il y a moins d’études sur <em>Bonheur d’occasion</em>, même si c’est son livre le plus diffusé, et de plus en plus sur cette autre partie de l’œuvre, en particulier sur <em>La Détresse et l’Enchantement</em>, qui, après sa publication, a renouvelé la perception qu’on avait de l’œuvre de Gabrielle Roy», affirme-t-il.</p>
<h4>Une édition définitive</h4>
<p>L’automne verra également paraître les deux premiers tomes de l’édition dite «du centenaire» des œuvres complètes de l’écrivaine. Après <em>Bonheur d’occasion</em> et <em>La Petite Poule d’Eau</em>, en librairie dès le 22 septembre, dix volumes consécutifs seront publiés aux Éditions du Boréal dans les quatre prochaines années. Ce sont les œuvres complètes de Gabrielle Roy dans un sens bien précis que cette édition présentera. On n’y trouvera pas tout ce que l’auteure a écrit, de ses articles et correspondances à ses listes d’épiceries. Ce sont plutôt «les textes que l’auteure juge elle-même en fonction de sa volonté esthétique, sa volonté d’auteure, qu’elle juge comme étant d’elle», explique François Ricard. Le groupe de travail sur l’édition du centenaire n’a donc conservé que l’œuvre canonique, publiée du vivant de l’écrivaine.</p>
<p>C’est également dans l’établissement du texte que François Ricard et ses collaborateurs se sont efforcés de suivre la volonté de Gabrielle Roy. Alors que les éditions antérieures cumulaient les erreurs typographiques, cette édition a pour objectif de revenir à un texte fiable, basé sur la dernière version revue et corrigée par l’écrivaine. «Cette œuvre se montre comme une des plus considérables de la littérature québécoise et canadienne, soutient François Ricard, mais elle a circulé jusqu’à maintenant sous une forme qui ne convenait pas à son statut. On veut donner un texte de l’œuvre de Gabrielle Roy qui va traverser les siècles, sur lequel vont pouvoir s’appuyer non seulement le grand public lecteur mais aussi les chercheurs. Moi c’est toujours ce que j’ai eu en tête: publier une édition dont elle serait contente», confie-t-il.</p>
<p class="boiteg">Colloque Gabrielle Roy et l’art du roman, les 21, 22 et 23 octobre.<br>
Édition du centenaire, les deux premiers tomes en librairie le 22 septembre. </p>
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