Flagrant délit de tendresse
29 septembre 2009
ÉPISODE 4 Résumé de l’épisode précédent: Le jeune freshman aperçoit sa belle et mystèrieuse T.A. au détour d’un rayon de la bibliothèque McLennan. Voyant qu’il la suit silencieusement, elle l’agrippe et l’embrasse avec fougue. Nos deux amants sont interrompus lorsqu’elle sent qu’une présence familière les observe. Elle s’enfuit.

«Alors, je crois comprendre que vous faites des progrès dans vos recherches à la bibliothèque?», lui lance-t-il, le sourire au coin des lèvres.

Elle est à peine installée dans le bureau de son directeur de mémoire que celui-ci l’assaille de la question. Les mots se bousculent dans sa tête. Elle le regarde, bouche bée, jeter un coup d’œil dans le couloir et fermer la porte du bureau avec soin.

– J’ai trouvé quelques becs – euh, bouquins intéressants, bredouille-t-elle, se sentant devenir écarlate sous les yeux ronds et brillants de son directeur.

Il se laisse tomber dans sa chaise de cuir noir élimé. Elle l’a reconnue dès qu’elle a franchi la porte, et maintenant monte vers elle une bouffée qui ne lui laisse aucun doute: cette odeur rance de tabac à pipe et d’eau de Cologne, elle l’a respirée alors qu’elle tentait de reprendre son souffle entre deux baisers fougueux au sixième étage de la MacLennan. C’est donc lui qui est passé… Elle n’a plus aucun doute. Espérons qu’il ne la congédie pas, ou, pire encore, qu’il ne la dénonce pas au doyen!

Son directeur laisse échapper une toux gutturale, un répugnant brassage de flegme qui l’extirpe violemment de ses pensées. Elle lève les yeux, hésitante, vers son débardeur de laine brune usée, son ventre rebondi, sa barbe de trois jours. Ce n’est pas son bel étudiant qui se laisserait aller comme ça. Elle avait pu goûter à ses pectoraux sous son t-shirt Roots… Non, ça suffit, elle doit se ressaisir –vite, dire quelque chose sur son projet de doctorat.

– Je me concentre sur Descartes, comme vous me l’aviez suggéré. J’ai commencé à lire Les passions de l’âme

Elle le voit hausser le sourcil droit, puis légèrement pencher le corps au-dessus de son bureau.

– C’est un ouvrage intéressant pour la question du dualisme corps et esprit, effectivement…

Il s’approche davantage, dégageant les papiers devant lui, s’appuyant de tout son poids sur ses deux coudes. Elle sent son haleine de café refroidi qui la fait frissonner de dégoût. Mais qu’est-ce qu’il peut bien s’imaginer?

– Moi je pense comme Descartes que l’esprit doit dominer le corps, lâche-t-elle d’un trait.

– Mais, pourtant, ce ne sont pas deux choses complètement séparées… Il peut exister une union étroite entre l’âme et le corps…

– Qu’entendez-vous par là?

– Comment dire… quand nous sommes stimulés, excités, ou encore… tiraillés par certains appétits.

– Vous parlez, par exemple, de la faim, de la soif? Je crois que c’est ce que Descartes écrit dans le troisième chapitre.

Glacée sur sa chaise, elle ose à peine tendre l’oreille pour entendre sa réponse.

– Je parle de tous ces esprits animaux que décrit Descartes… qui peuvent affliger nos corps et les forcer à faire certaines choses que nous ne pouvons pas contrôler, susurre-t-il en la fixant dans les yeux.

***

– Voudriez-vous aller en discuter autour d’un verre? J’ai presque fini mes corrections pour la journée, et j’aimerais bien me détendre, propose son directeur, avec un filet de salive qui se tend au coin de ses lèvres encore entrouvertes.

– C’est bientôt l’heure de ma conférence. Je dois y aller.

Elle se redresse brusquement, ramasse ses affaires et se dirige vers la porte. Elle sent le regard de son directeur la suivre, partant du sol, montant le long de la maille dans son bas de nylon jusqu’aux cuisses. Elle aurait du changer de paire avant de partir, ce matin.

Elle passe devant cet ascenseur où elle était montée avec Lui, quelques semaines auparavant. Comment pouvait-elle avoir des sentiments aussi bas, aussi vils que ceux qu’elle inspirait apparemment à son professeur? Décidément, elle devrait exercer sa raison à dominer. Faire l’ascèse. Elle décide d’emprunter les escaliers pour descendre les neufs étages jusqu’au plancher des vaches. C’est fini, la tête dans la lune… et la lune de miel.

Elle marche rapidement, le cœur lui bat dans la poitrine. Elle doit être encore ébranlée par sa rencontre avec son directeur… Mais, arrivée aux portes Roddick, elle lève la tête et est saisie par ce qu’elle aperçoit. C’est Lui!

Le coup de klaxon d’un automobiliste frustré lui fait reprendre ses esprits: ce panneau géant où elle a cru le reconnaître, plaqué contre le flanc d’un autobus, n’est qu’une annonce de film… mettant en vedette le dreamy Roy Dupuis. Depuis que son professeur en French Immersion leur avait fait écouter des épisodes des Filles de Caleb, elle n’avait jamais pu oublier ce plan net du postérieur d’Ovila… Elle commençait à s’expliquer son nouveau crush

 
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