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	<title>Marek Ahnee - Le Délit</title>
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	<description>Le seul journal francophone de l&#039;Université McGill</description>
	<lastBuildDate>Tue, 03 Apr 2012 13:12:20 +0000</lastBuildDate>
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		<title>Joyeux tropiques</title>
		<link>https://www.delitfrancais.com/2012/04/03/joyeux-tropiques/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Marek Ahnee]]></dc:creator>
		<pubDate>Tue, 03 Apr 2012 13:12:20 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Chroniques]]></category>
		<category><![CDATA[Société]]></category>
		<category><![CDATA[Chronique]]></category>
		<category><![CDATA[Littérature]]></category>
		<category><![CDATA[Maurice]]></category>
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		<category><![CDATA[Mordecai RIchler]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>Prêt à prendre l’avion, il y a toujours un moment d’introspection sur le siège du terminal. Le monde s’arrête.</p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p>Comme dans cette dernière chronique, à l’heure ou le semestre touche à sa fin, dans un Montréal en pleine effervescence. Ma ville de trois ans que je m’apprête à laisser pour des contrées lointaines, le temps d’un été.</p>
<p>Mon père m’a souvent parlé de cette photo de mon oncle, au début de ses études, dans le Londres de la fin des années 50. Arrêt sur image dans la jungle de Picadilly, avec au milieu un jeune Mauricien levant la tête, se protégeant du froid dans un manteau trop grand pour lui. Le noir et blanc accentuait sur son visage ce sentiment où semblait se mêler égarement et fascination. Combien de fois ai-je eu l’impression d’être comme l’oncle Robert, sans fil d’Ariane sur&nbsp;la rue Sainte-Catherine. Tant d’exemples peuvent être cités.</p>
<p>À Maurice, j’avais passé toute mon adolescence à sauter d’un roman à l’autre. Chacun ouvrait la porte d’un univers plein de couleurs. Il y avait toujours un livre impossible à trouver. Je retombais de plein fouet dans le lilliputisme ennuyeux de Quatre-Bornes, Ile Maurice. J’en étais venu à redouter le moment rageant où le libraire ou la bibliothécaire retire ses lunettes et secoue la tête. Le verdict était aussi dur qu’un haut-parleur d’aéroport qui annonce l’annulation d’un voyage, vers le Chicago de Saul Bellow ou la Saint-Domingue d’Alejo Carpentier. Dans une librairie ou à McLennan, j’errais heureux entre les rayons sans fin. J’empilais dans mes bras tous ces amis manqués, enfin prêt à décoller. Et je me trouvais moi-même dans le gigantisme d’une ville&nbsp;lointaine, pleine de neige et de briques. Au fil des mois, s’était effacé le sentiment de distance et de grandeur. Le manteau de la photo avait fini par être aux bonnes mesures, dans le décor d’un roman de Mordecai Richler.</p>
<p>Les mots suffisent-il pour voyager? Mais les Boeings et les transatlantiques sont-ils mieux préparés aux traversées? Montréal semblait rassembler tant de chemins de traverses vers d’autres mondes; tant d’occasions de jouer à l’apprenti ethnologue, aussi bien par l’exploration de la faune plurielle que par l’incroyable chance de se retrouver sur un campus international. Qui m’aurait prédit que j’aurais été invité par un ami finlandais à célébrer sa fête nationale? Entouré de vieilles dames à coiffe lappone, je m’étais laissé bercer par les vers du Kaleva et la musique hypnotique du Kantele. En sortant de l’église luthérienne, j’avais l’impression d’avoir traversé un océan en arrière.</p>
<p>Retour dans le terminal. Quel heureux temps passé à Montréal. Pour un étranger, quel cadre superbe pour l’apprentissage d’un continent, pour la découverte du monde offerte à un insulaire! Une belle symphonie où il y a un peu de Brassens, de Sinatra, de Bollywood, sans oublier Leonard Cohen et Malajube. Les études sont susceptibles de me mener vers d’autres lieux, où d’autres curiosités provoqueront encore cette soif de découvertes marquée en moi depuis l’enfance.</p>
<p>Où que j’aille, j’aurai sur mon ordinateur portable le timbre déraillé mais si chaud de Gilles Vigneault. Et je garde toujours à l’esprit le petit monde de la rue Notre-Dame.</p>
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		<title>D’une crosse à l’autre</title>
		<link>https://www.delitfrancais.com/2012/03/20/dune-crosse-a-lautre/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Marek Ahnee]]></dc:creator>
		<pubDate>Tue, 20 Mar 2012 15:28:50 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Chroniques]]></category>
		<category><![CDATA[Société]]></category>
		<category><![CDATA[canadiens]]></category>
		<category><![CDATA[habs]]></category>
		<category><![CDATA[Hockey]]></category>
		<category><![CDATA[Montréal]]></category>
		<category><![CDATA[religion]]></category>
		<category><![CDATA[Sport]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>«À Montréal, le hockey est l’opium du people», pourrait lancer un sombre moraliste.</p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p>Le voltairien, quant à lui, remettrait en cause le hockey montréalais car, comme tout sport organisé, il est violent, diviseur, anti-intellectuel, prônant le grégarisme tribal. Le fidèle du Centre Bell peut se lasser de la corruption des décideurs du hockey mais, quelles que soient les critiques et les scandales, la Foi demeure intacte et vibrante. Au-delà du lieu commun, le Hockey est bien la religion officielle de Montréal, malgré le libre-exercice des autres sports.</p>
<p>Élevé sur une île africaine, j’ai été bercé depuis l’enfance par la sempiternelle rivalité entre Manchester et Liverpool, assez forte pour diviser tout un pays, à l’exception de quelques esprits forts qui optent pour Arsenal ou le Real Madrid. Étant moi-même un footballistique spirituel mais non pratiquant, je découvrais le hockey sur glace comme un ethnologue des années 20 se heurtant aux fétiches d’une contrée lointaine. C’est grâce aux Habs que le Sacré demeure dans Montréal. Maillots et posters ont remplacé scapulaires et ostensoirs. Et pourtant, on raconte que Montréal fut, à une époque pas si lointaine, la Rome des Amériques. Au néophyte urbain de se plonger dans les archives pour comprendre.</p>
<p>D’abord, il y a l’image d’Épinal: le bon curé aux joues roses qui bénit les filles du Roi, ou même Céline Dion chantant pour Jean-Paul II. Et puis la descente aux enfers, une histoire coup de poing dont on ne sort pas indemne. Une série de perfidies en soutane, sous couvert de paternalisme, une violence symbolique et manipulatrice au son de l’angélus et au rythme des processions. Le Montréal de Monseigneur Bourget ressemble à une théocratie shiite, le Québec de Duplessis à un film de Coppola. Tractations frauduleuses, sanctification d’alliances douteuses, abus en tout genre, enchaînement des esprits et des corps, la liste est longue.</p>
<p>Le livre d’histoire se referme sur un haut-le-cœur. Encore une fois, au bout de mon voyage à travers deux océans, le gris et le noir s’effacent. Même pour un esprit mécréant, le souvenir du catholicisme mauricien a le goût d’une Madeleine de Proust et des couleurs de réalisme magique. Alors qu’encore aujourd’hui, Ouellet et Turcotte sont les aboyeurs de la dictature vaticane, face à une métropole sourde. Les églises semblent vides lorsqu’elles ne sont pas transformées en immeubles. C’est en gentils que les quêteurs d’absolu peuvent aller chercher refuge dans les synagogues et les Mandirs. Mais le catholicisme n’a pas disparu de la jungle citadine où il semble avoir laissé quelques signatures taguées sur les murs.</p>
<p>Si Montréal reste Rome face à Toronto, c’est aussi par la force d’une langue que les braves curés préservèrent à coups de goupillon et de bâtons de craie. Enfin, pour celui habitué à la gifle parisienne, une ville conviviale où le sourire tient bon, ou un système social fort règne. À force d’avoir entendu si souvent que les hommes sont frères, le message a dû finir par passer. Peut-être est-ce l’Éternel lui-même, avec le sentiment du devoir accompli, qui décida un jour de s’envoler vers d’autres cieux, tandis que son Esprit-Saint souffle encore sur les patinoires de hockey.</p>
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		<title>All men are islands</title>
		<link>https://www.delitfrancais.com/2012/03/06/all-men-are-islands/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Marek Ahnee]]></dc:creator>
		<pubDate>Tue, 06 Mar 2012 14:41:54 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Chroniques]]></category>
		<category><![CDATA[Société]]></category>
		<category><![CDATA[créole]]></category>
		<category><![CDATA[ile maurice]]></category>
		<category><![CDATA[insularité]]></category>
		<category><![CDATA[métissage]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>L’île Maurice fêtera bientôt ses quarante-quatre ans d’indépendance.</p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p>Le disque rayé va bientôt ressortir: sornettes hagiographiques sur le Père de la Nation, grands débats de collégiens sur le mauricianisme, toits patriotes arboreront le quadricolore flottant au vent. Être mauricien, vaste programme. Où est la différence face à un Japonais ou un Marocain? Quels sont les liens partagés avec quelques milliers de compatriotes? Deux points communs résistent aux ratures et aux hésitations, le métissage et l’insularité sont les deux mots-clefs de cette identité.</p>
<p>Le métissage est une idée à la mode depuis les années 80 du côté français, des pubs audacieuses de Benetton aux chansons sirupeuses de Yannick Noah. On peut ajouter les danseuses brésiliennes, les surfeurs jamaïcains,&nbsp; Barack Obama et Shakira, le concept a presque une connotation érotique. La réalité mauricienne est avant tout historique: nobliaux normands, esclaves mozambicains et malgaches, artisans tamouls, commerçants gujaratis, matelots bretons, engagés bhojpuris, pour ne citer que les archétypes de la population mauricienne. Aujourd’hui, cela donne une société compartimentée où cinq communautés officielles se tolèrent plus ou moins. Beau paradoxe, le métissage est partout, narguant en silence le communalisme. Langue, cuisine, religion… Bhojpuri teinté de kréol, kréol francisé, cassoulet au safran, Vierge Marie dans les oratoires tamouls, l’énumération peut être longue. Catapulté à Montréal pour mes études, je découvre des rues où se mêlent joual, français anglicisé et anglais yiddishisé. La créolité est aussi Montréalaise.</p>
<p>Être insulaire, c’est le sentiment partagé par 1,2 million de Mauriciens se bousculant sur 1 860 kilomètres carrés. Rares sont les transats, les chemises à fleurs et les <em>sex on the beach</em>. L’insularité commence quand l’esprit s’y sent à l’étroit et qu’il prend vite la mesure du territoire. On s’y épie et on s’y ennuie. Il y a le souvenir romanesque d’un passé entre château du gouverneur et champs de cannes. Et les promesses scintillantes d’un futur entre centres d’appels et discothèques. Les touristes qui viennent de si loin pour vivre leurs fantasmes exotiques ignorent qu’au quotidien la mer est une geôlière et le soleil un bourreau. La condition insulaire est une gueule de bois permanente. Heureux qui comme Icare a pu faire un bel envol. À Montréal, l’air est léger et les rues sont larges. Tout semble grand le jour et lumineux la nuit. Et pourtant, la ville s’étale sur une île, on y rêve de Paris et de New York, dans ce Québec d’Amérique et de France, d’octobre et d’espérance. Et même le compositeur Félix Leclerc regardait la lointaine Saskatchewan comme une Golconde magnétique. L’insularité est aussi montréalaise.</p>
<p>Albert Cohen a rendu éternelle Corfou, île lilliputienne et ennuyeuse. Pour noyer son ennui, le fou Mangeclous a créé un monde où il est Pair à la Chambre des Lords, et où la Reine d’Angleterre est amoureuse de lui. Lorsqu’il atterrit à Londres, il se heurte aux grilles de Buckingham Palace. Sans couronne ni blason, il aurait peut-être trouvé son bonheur entre la rue Jean-Talon et le Chemin de la Côte-des-Neiges.</p>
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		<item>
		<title>Le syndrome de Drapeau Canto II</title>
		<link>https://www.delitfrancais.com/2012/02/07/le-syndrome-de-drapeau-canto-ii/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Marek Ahnee]]></dc:creator>
		<pubDate>Tue, 07 Feb 2012 14:38:22 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Chroniques]]></category>
		<category><![CDATA[Société]]></category>
		<category><![CDATA[canadiens]]></category>
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		<category><![CDATA[toronto]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>Un maire de la Ville-aux-mille-clochers lança un jour: «Que Toronto devienne Milan, Montréal restera toujours Rome».</p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p>Cependant, lorsqu’on est happé par les univers de Woody Allen ou de Paul Auster, ce n’est pas être Elvis Gratton que de penser que Montréal est à New York ce que Byzance est à Rome. Mais la future Constantinople, à défaut d’être éternelle, ne manqua ni de charme ni de grandeur.</p>
<p>J’étais heureux d’être de retour à Montréal après mon <em>road trip</em> ontarien ponctué d’escales urbaines décevantes. J’effaçais l’épuisante descente torontoise en chorégraphiant un retour complet aux sources montréalaises, du petit restaurant tamoul de Côte-des-Neiges aux librairies de seconde main du Quartier Latin. Ce n’est pas sans tristesse que j’ai eu l’impression d’avoir été un témoin métèque de la défaite de Toronto dans sa bataille contre Montréal, au cœur de la triste guerre des Deux Solitudes.</p>
<p>Relativisons. Deux siècles plus tôt, les escarmouches de crosses entre les évêques de Montréal et de Québec furent bien plus féroces que celles entre le Canadien et les Maple Leafs. Qu’importe, Toronto restait trop carrée, trop grise. Ses enclaves «ethniques» notoires faisaient d’elle la métaphore en briques Lego de ce multiculturalisme officiel qui compartimente et commercialise la diversité culturelle. À Outremont, malgré les guerres de clocher, hassidim et députés péquistes sont voisins; plus au Sud, la Pointe St-Charles réunit à elle seule un temple sikh, une église ukrainienne, une chapelle de style jésuite et un lieu de culte méthodiste. Cependant, cette image de rêve post-moderne n’a pas toujours garanti la convivialité. Dans l’ombre d’un Lavomatic ou à la lumière d’un café de quartier, si l’on tend bien l’oreille, les dents grincent lorsqu’on entend: «<em>Damn french</em>», «Maudit anglo», «Criss de nègre»… La situation devait être bien pire au temps de la Grande Noirceur, et Montréal a aujourd’hui comme chantres Sugar Sammy et Dany Laferrière, tout comme Toronto a Russel Peters et Neil Bissoondath. Mais si la première ville n’entend plus vociférer Pierre Falardeau, la seconde doit tristement subir ses Don Cherry et Rob Ford.</p>
<p>À la fin de l’été, une amie torontoise me confiait: «Les gens sont durs avec ma ville, il faut savoir dénicher le bon quartier, il faut savoir lui donner sa chance, trouver la bonne rue. J’ai réussi à faire aimer Toronto à des New-Yorkais. Et puis tu sais, Montréal Nord n’est pas Manhattan non plus, quant à Laval, c’est aussi animé que Mississauga». Elle avait tellement raison mais, il fallait m’y résoudre, j’étais devenu un incorrigible Montréalais après une année seulement à McGill. Dans un café du Vieux-Port vers décembre, je me retrouvais avec K, le généreux poète qui m’avait pris sous son aile à mon arrivée. Nous sommes de la même ville à l’île Maurice, Rose Hill. Lui l’avait quittée quarante ans plus tôt. «Beaucoup sont partis de Montréal vers Toronto dans les années 80, moi je suis resté, c’était hors de question. Ici c’est chez moi, je ne pouvais partir». Je souriais. <em>Go Habs, Go</em>.</p>
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		<item>
		<title>Le Syndrome de Drapeau – Canto I</title>
		<link>https://www.delitfrancais.com/2012/01/24/le-syndrome-de-drapeau-canto-i/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Marek Ahnee]]></dc:creator>
		<pubDate>Tue, 24 Jan 2012 13:27:32 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Chroniques]]></category>
		<category><![CDATA[Culture]]></category>
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		<category><![CDATA[tour du cn]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>En mai 2010, mon père m’a appelé. «T. est à Montréal, il rend visite à sa fille, il a pris ton adresse». Je n’aurais jamais pensé rencontrer T. ici, je ne savais même pas qu’il avait une fille à Westmount. </p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p>Cela faisait dix ans que je ne l’avais pas vu et j’avais même sans doute oublié son visage. Tout ce que je savais, c’est qu’il était un camarade de collège de mon père, et qu’il était connu dans le microcosme mauricien comme l’excentrique héritier d’une famille aristocratique hindoue, qui avait préféré le yoga aux affaires. Je redécouvris un personnage haut en couleur, mêlant malice sanskritique et gaillardise créole.</p>
<p>«On part tous pour un petit voyage cette semaine, Niagara, Toronto, Tousala… Juste deux ou trois jours. Tu sais bêta, tu fais partie de la famille, on t’emmène». Généreux T. Un vendredi après-midi j’embarque dans un 4×4 de location avec T., son épouse, sa fille, son gendre et son fils de dix ans. C’était l’occasion de sortir enfin de Montréal après une première année épuisante d’amphithéâtres bondés et de dortoirs empestant l’herbe.</p>
<p>Le périple commence mal. Nous manquons de rentrer illégalement aux USA car le GPS nous mène à Niagara New York, au lieu de nous conduire à Niagara Ontario. Une fois la route balisée, on commence un road movie pittoresque sur un long styx jalonné de Tim Horton’s. Premier arrêt: les chutes. Un lieu mythique imprimé sur tant de calendriers mauriciens, rêve et fantasme de tout Livingston du Nord. À cette première étape du voyage, c’est la fin d’un rêve, les chutes sont le dernier carré de nature d’un espace envahi par un parc d’attraction tentaculaire combinant nationalisme à fleur d’érable et consumérisme bien amerloque. T. peste, lui, après le temps: «Ayo mamao, il y a plus de vent que sur un bateau ici…»</p>
<p>Deuxième escale et noyau du voyage: Toronto. Le deuxième cercle de l’enfer. Tout semble gris. Les pancakes de l’hôtel sont fades. Chinatown ressemble à une ville de western. Les gens se bousculent à la parisienne. Un vendeur de camelote m’assaille chaque cinq minutes. Downtown Toronto est une caricature de New York. Leur Centre Eaton est à celui de Montréal ce qu’un oratoire calviniste est à une basilique baroque. Je n’arrive pas à savoir si la Tour CN est un bolet géant ou un mégalithe phallique. C’est dans ce grand tintamarre de stress et de klaxons que je retrouve une amie en stage dans la ville. «God, Toronto really sucks» conclut-elle après m’avoir fait une visite guidée de Gerrard Street.</p>
<p>Troisième escale: Ottawa. Le premier cercle du Purgatoire. Une capitale fédérale coquette et proprette. Les maisons et les magasins ont le charme de la ville de province normande où vit mon grand-père français. Un bon endroit pour passer sa retraite, en quelque sorte. Tout est propre. Et puis soudain, l’horreur! une araignée géante qui se dresse devant la cathédrale, comme pour vous rappeler que le Royaume des Cieux est encore loin.</p>
<p><em>(Fin et nuance au prochain épisode)</em></p>
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			</item>
		<item>
		<title>Pour quelques flocons de plus</title>
		<link>https://www.delitfrancais.com/2011/11/27/pour-quelques-flocons-de-plus/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Marek Ahnee]]></dc:creator>
		<pubDate>Mon, 28 Nov 2011 03:23:32 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Chroniques]]></category>
		<category><![CDATA[Société]]></category>
		<category><![CDATA[ÉTÉ]]></category>
		<category><![CDATA[froid]]></category>
		<category><![CDATA[hiver]]></category>
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		<category><![CDATA[Montréal]]></category>
		<category><![CDATA[neige]]></category>
		<category><![CDATA[Noel]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>C’est par des temps pareils que les alcools forts sont inventés. Montréal glisse lentement dans un long hiver.</p>
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]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<p>À la même période, un hémisphère plus bas, l’océan Indien sombre dans un lourd été. Entre soleil brûlant et grosses pluies chaudes, le Noël mauricien rime avec le charme mascarin d’un sonnet baudelairien. Les flamboyants rougeoient et les litchis ploient sous le poids de leurs fruits. La messe de minuit se chante à la musique des éventails. Le 25 décembre, les enfants lancent des pétards dans le jardin familial. Puis la magie des fêtes s’efface pour laisser place à un été moite, véritable empire des moustiques. La vie quotidienne de la petite république sucrière reprend, aux couleurs estivales ternies par la corruption, le communalisme et l’ennui. Les étendues blanches du Nord étaient des terres d’évasion que littérature, cinéma et télévision avaient nourrie dès l’enfance.</p>
<p>Je vis la neige pour la première fois en octobre 2009, d’une fenêtre du sixième étage de Leacock. Un ami me tira subitement la manche pour que je regarde dehors. Ce fut un coup de foudre qui perdura malgré le revers du flocon: Noël boueux, sloche et nombreuses chutes d’albatros. Et lorsqu’un blanc immaculé recouvrait la ville de nouveau, les chasse-neige, manticores d’un univers inconnu, déblayaient devant moi toute ambition de rejouer le Docteur Jivago.</p>
<p>La neige n’est pas seulement la formule hivernale de l’H20, ni même une ressource poétique; elle est avant tout un mode de vie. Depuis cinq siècles, un monde s’est formé autour d’elle, sur elle, par elle. Maisons, fenêtres, chauffage, tunnels, la neige a taillé une cité à sa mesure. Du vêtement à la nourriture, l’étranger à cette société doit apprendre les règles dictées par le froid. Adieu mangues confites et ananas au piment, les étals du marché Jean-Talon recèlent de fabuleux mystères: cidre de glace, canneberges séchées, pacanes, fudge aux noix, bleuets et tous ces fameux drinks… C’est dans ce décor de Nouveau Monde qu’en première année un ami kenyan ismaélien m’invita pour célébrer la fête de Kushali. Faute d’halwas et de rasgoulas, ce fut par une glace à l’érable que nous rendîmes hommage à l’Aga Khan.</p>
<p>Le froid a offert à Montréal fierté et légendes sportives. La vieille Québec fut terrassée. Le hockey donna à la cité une nouvelle religion, en remplaçant par une crosse profane celle des archevêques. De Montréal à St-Dilon, la neige a aussi engendré une culture festive, entre violon et bière, à l’abri des flocons. Et si la nuit tombe aussi vite qu’à Gotham City, la sécurité règne dans les rues éclairées, du moins plus qu’à Washington. Malgré le tempérament latin imputé aux Québécois, Montréal semble le centre d’une société nordique. De la Scandinavie à la rue Sherbrooke, il faut croire que la neige prédestine à des univers urbains conviviaux.<br>
À l’heure où on se lasse déjà d’écouter en boucle les Carols des supermarchés, les vers du grand monsieur Gilles s’imposent. Il commence ainsi: «Dans la blanche cérémonie Où la neige au vent se marie Dans ce pays de poudrerie…»; plus loin il conclut: «La chambre d’amis sera telle qu’on viendra des autres saisons».</p>
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		<title>Cujus regio, ejus laicitas</title>
		<link>https://www.delitfrancais.com/2011/11/15/cujus-regio-ejus-laicitas/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Marek Ahnee]]></dc:creator>
		<pubDate>Tue, 15 Nov 2011 13:54:54 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Chroniques]]></category>
		<category><![CDATA[Société]]></category>
		<category><![CDATA[charles taylor]]></category>
		<category><![CDATA[ile maurice]]></category>
		<category><![CDATA[laicite]]></category>
		<category><![CDATA[Montréal]]></category>
		<category><![CDATA[pauline marois]]></category>
		<category><![CDATA[politique nationale]]></category>
		<category><![CDATA[religion]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>En suivant un débat entre Charles Taylor et Pauline Marois sur la laïcité au Québec, quelques échanges me rappelèrent d’autres…</p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p>À l’île Maurice, petite&nbsp; et vieille société plurielle, trois grandes religions se croisent au quotidien: l’hindouisme, le christianisme et l’islam. Ces crédos sont toujours un facteur fort d’identité et d’appartenance. La constitution garantit la liberté de conscience, de pensée, de conversion et punit toute discrimination. Autrement, la loi est muette quant au rapport des religions, tout comme le rapport aux religions, au sein de l’espace public.</p>
<p>Dans l’aire d’influence de la République d’Inde, Maurice aurait pu se laisser guider par le /Secular State/ résolument indifférent à la religion de ses citoyens. À cause des dimensions étroites de l’île, ou en raison du diviser pour mieux régner colonial, le communautarisme eut finalement le dernier mot. On en vint à un tribalisme religieux, à un clientélisme clérical pervers. Au final, le tableau peut paraître inquiétant: discours sectaires de prêtres catholiques créoles, montée d’un radicalisme hindou mi-mafieux mi-religieux, percée d’un salafisme wahhabite chez les musulmans… Voilà un beau désordre de valeurs et d’identités, avec l’accord tacite de l’État. C’est dans ce climat social que j’ai grandi, issu d’une famille créole et chrétienne. À travers le microcosme mauricien, c’est une image assez sombre et pessimiste des religions qui se dessine, de même qu’un plaidoyer pour la nécessité de laïcité, libérée de faiblesse et de complaisance. En fréquentant un lycée français à Maurice et découvrant une autre approche, j’en conclus que la solution se trouvait dans l’Hexagone: une laïcité catégorique, tranchante et intransigeante. Tout en étant noble héritière des Lumières.</p>
<p>Arrivé à Montréal, mes convictions s’évanouirent comme un mirage. Lire la constitution d’ici aurait été inutile; il n’y avait qu’à regarder autour de soi et écouter pour percevoir qu’au Québec, les minorités et la majorité religieuses cohabitent dans une relative harmonie. Tout au long des promenades urbaines, l’islam pratiqué dans la rue combine hijab et jeans-slim, l’identité catholique se revendique malgré les perfidies passées du pouvoir clérical, un petit garçon arbore un Spiderman brodé sur sa kippa. Peu importe à quel point les accommodements raisonnables ont été décriés, la laïcité au Québec semblait utopique comparée à celle de la France.</p>
<p>Outre-Atlantique, la privatisation forcée de la foi a conduit au repli des catholiques dans des communautés souvent fermées, les plus isolées étant exposées au conservatisme, à l’intégrisme, parfois à l’antisémitisme. Concernant le rapport à l’islam, les élites se sont souvent enfoncées dans un discours alarmiste, borné et radical. La laïcité à la française, du moins dans ses dérives les plus pernicieuses, a été un nouveau masque pour la haine de l’Autre.</p>
<p>Au-delà de l’émerveillement initial, il faut reconnaître que la laïcité québécoise est encore un champ en friche. Mais celle-ci devrait se méfier du trompe‑l’œil français.</p>
<p>Après les pestes rouges et brunes du XXe siècle, notre époque souffre entre autres de la peste grise, celle de l’intégrisme et de l’enfermement religieux. En polarisant religieusement la société, une laïcité dogmatique pourrait être responsable d’une prolifération des soutanes sombres et des barbes noires à Montréal. Ce serait bien la faute à Voltaire.</p>
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		<title>Du côté de chez Schwartz</title>
		<link>https://www.delitfrancais.com/2011/11/01/du-cote-de-chez-schwartz/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Marek Ahnee]]></dc:creator>
		<pubDate>Tue, 01 Nov 2011 18:44:45 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Chroniques]]></category>
		<category><![CDATA[Société]]></category>
		<category><![CDATA[Ahnee]]></category>
		<category><![CDATA[friperie]]></category>
		<category><![CDATA[Marek]]></category>
		<category><![CDATA[Montréal]]></category>
		<category><![CDATA[plateau mont-royal]]></category>
		<category><![CDATA[Schwartz]]></category>
		<category><![CDATA[Tremblay]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>Un lavomatique niché au cœur du Plateau. Les murs sont ornés d’icônes orthodoxes et de cartes postales des îles égéennes. </p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p>Madame K, l’excentrique patronne au fort accent hellénique, va et vient entre les machines, tout en conversant avec une connaissance.&nbsp; «You know, my son always tells me, Mama, you should come live with us in Westmount, but ey, I’m too well in the Plateau». Coquetterie d’immigrée de longue date, teintée de sincérité. Pourquoi quitter ce flamboyant quartier de riche mémoire?</p>
<p>Chaque matin, le boulevard Saint-Laurent semble émerger d’une lourde gueule de bois. Des chiens errent d’un trottoir à l’autre. Une vieille dame portugaise se rend à l’église. Quelques hipsters hantent les ruelles comme des conjurés. Quelques heures plus tard, le passant découvre un monde plus quotidien, loin des sirènes de Sainte-Catherine. On y trouve une ethnographie assez colorée d’un univers post-global, où tous les styles se croisent au long des larges trottoirs. À l’abri des klaxons, entre Saint-Laurent et Saint-Denis, quelques mouettes survolent des allées de maisons au charme discret. On avance sans le savoir dans un quartier fantôme, chaque mur dissimulant un émouvant spectre. Au Sud, ce sont les vestiges du monde de Michel Tremblay. Sur leur balcon, des fantômes de matrones attendent le retour du mari de l’usine, tricotant une écharpe ou égrenant un chapelet, s’apostrophant en joual d’une fenêtre à l’autre. Vers le Mile End, l’esprit de Mordecai Richler rôde encore et toujours. Dans le silence d’une vieille épicerie fermée, quelques ombres chantonnent en yiddish. Tout ce petit monde ne peut reprendre vie qu’entre les pages poussiéreuses d’un livre feuilleté, pour retomber dans l’oubli et la pénombre d’une librairie de seconde main.</p>
<p>Retour sur le Plateau du XXI<sup>e</sup> siècle après un voyage dans le temps. Le vieux bouquiniste et son camarade se remémorent le temps du Front de libération du Québec. Entre deux piles de reliures, Saint-Denis enneigé agit comme un aimant. Le marcheur sorti, la nuit tombe et les lumières se lèvent. Les enseignes s’allument et brillent. De tous les points cardinaux, le Plateau est un monde splendide, village au sein de la ville, où le temps semble arrêté. Pourtant, tout est en mouvement depuis une trentaine d’années.</p>
<p>Les lieux changent. Le Plateau semble pris dans un mécanisme de changement effréné. Chaque friperie qui meurt se transforme en bar à tapas, les tavernes sont abandonnées aux succursales de marques américaines. Les vitrines se dorent petit à petit, et les loyers montent comme la marée. Les familles les plus ancrées émigrent, laissant derrière elles quelques aïeux condamnés à devenir aussi des fantômes de leur propre vivant, dans un monde qui va trop vite. La traditionnelle pluralité ethnique et linguistique du quartier ne se révélera bientôt plus que dans des restaurants dignes d’une grande capitale. L’ancien quartier ouvrier coloré se métamorphose en un bastion bobo où va bon train un consumérisme décontracté, néanmoins intense. Les fantômes ont aussi des droits. Ceux du Plateau pourraient peut-être sortir de leur grenier, brandir une pancarte et joindre les indignés du Square Victoria.</p>
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		<title>Ésotérisme urbain</title>
		<link>https://www.delitfrancais.com/2011/10/18/esoterisme-urbain/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Marek Ahnee]]></dc:creator>
		<pubDate>Tue, 18 Oct 2011 14:48:45 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Chroniques]]></category>
		<category><![CDATA[Société]]></category>
		<category><![CDATA[bilinguisme]]></category>
		<category><![CDATA[Carnets métèques]]></category>
		<category><![CDATA[Chronique]]></category>
		<category><![CDATA[culture]]></category>
		<category><![CDATA[Montréal]]></category>
		<category><![CDATA[Québec]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>Les citrouilles envahissent les marchés, squelettes et zombies s’étalent dans les vitrines, bonbons et autres gommes règnent partout. Halloween donne à la ville une nouvelle allure. </p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p>Dès l’Action de grâce, une vive ambiance anglo-saxonne s’installe, atteignant son apogée lors de la grande fête pagano-amerloque. La ville se pare de cette tradition nord-américaine comme d’un masque, terme lourd de sens. Qui dit masque, dit mascarade; qui dit masque dit peau, qui dit peau, dit vraie nature. Où est l’authentique, où est l’apparence? Quelle est l’essence de Montréal? Aussi dense qu’un grimoire. Il revient au promeneur d’engager sa quête de symboles sur la piste des feuilles mortes. Quel sens se cache entre deux stations de métro? «Ne demande jamais ton chemin à quelqu’un qui le connaît car tu ne pourrais pas t’égarer» recommande le maître cabaliste Nahman de Bratslav.</p>
<p>Commençons. Pour beaucoup de torontois et de new-yorkais, Montréal est: «<em>so French… so European, very old world</em>». Dans son ensemble, la cité a un épiderme très francophone, c’est indéniable. Mais «française», Montréal? Il faut en finir avec ce bête réductionnisme à la South Park, qui dépeint les Québécois en grenouilles à béret. D’ailleurs, on peut sans mal ni faute qualifier Montréal de québécoise. Le lien semble évident.</p>
<p>L’ouïe et le regard apportent des preuves: sacres, tuques, poutine, fleur de lys… Hélas, le cliché rôde comme le Malin. Quelques sages comme Marius Barbeau ou Gilles Vigneault pourraient éclairer la voie, mais c’est trop tard, l’incertitude s’immisce. Quelle est la vraie nature de Montréal? Dans le doute, le regard allogène se tourne vers le masque. Montréal est-elle anglo-saxonne? Outre le folklore enraciné des <em>dinners</em> ou des pubs, l’architecture et la société paraissent fortement imprégnées d’un héritage britannique corpulent. Voilà de quoi hérisser la momie de Pierre Falardeau. Encore et toujours cette dualité.</p>
<p>D’après un conteur kéralais, il ne faut jamais geler d’un seul sens ce qui est par la taille et l’essence multiple. Au fil du temps, Montréal porte un masque différent, selon l’endroit où on se trouve. Prenons un Kenyan mcgillois vivant à East Westmount. Il étudie dans le centre-ville et partage ses sorties entre Saint-Laurent et Crescent. Sa vision de la ville est différente de celle d’un étudiant mexicain à l’UQAM dont l’univers pivote entre Beaudry et Pie IX. Sans tenter de noyer la binarité francophone-anglophone en brandissant les couleurs du multiculturalisme, rajoutons un Libanais qui zigzague entre Côte-des-Neiges, la Petite Italie et Outremont. Les spéculations gnostiques aboutissent parfois aux lapalissades les plus évidentes: une ville est plurielle. Son essence, c’est à dire sa culture, se renouvelle sans cesse en plus d’être diverse. Comme dans un poème hindou, l’apparente dualité s’efface et se fond dans un grand tout. Les masques tombent.</p>
<p>À chaque Montréalais son Montréal. Qu’il continue à flâner librement d’un quartier à l’autre tandis que les arbres rougeoient, en regardant alentour, avec en tête le talmudiste philosophe Emmanuel Lévinas, qui rappelle que l’Autre –avant tout un visage– est le miroir de Soi.</p>
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		<title>Langues et démons</title>
		<link>https://www.delitfrancais.com/2011/10/04/langues-et-demons/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Marek Ahnee]]></dc:creator>
		<pubDate>Tue, 04 Oct 2011 13:01:36 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Chroniques]]></category>
		<category><![CDATA[Culture]]></category>
		<category><![CDATA[anglais]]></category>
		<category><![CDATA[bilinguisme]]></category>
		<category><![CDATA[Chronique]]></category>
		<category><![CDATA[Français]]></category>
		<category><![CDATA[je me souviens]]></category>
		<category><![CDATA[mauricie]]></category>
		<category><![CDATA[Montréal]]></category>
		<category><![CDATA[Pierre Curzi]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>Mo rapel… Je me souviens, en créole mauricien. Je me souviens, entre autres, de la découverte, voici deux ans, du «fait français» à Montréal.</p>
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]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<p>Il était inutile de tendre l’oreille pour entendre la langue de Vigneault. L’accent y est chantant et chaleureux. Non seulement peut-on lire «ARRÊT» sur les panneaux, mais on peut n’importe où manger des hambourgeois et des chiens chauds. Le dictionnaire est un puits de merveilleuses pépites: clavardage, magasiner, traversier… Les anglicismes ici courent bien moins les rues qu’à Paris. Sur la chaîne parlementaire, cela paraît surréaliste: des débats en français dans un décor à la mode de Westminster. Dans les amphithéâtres, je rencontre des New-Yorkais et des Pakistanais ayant choisi McGill pour apprendre ma langue!</p>
<p>Mais Montréal est aussi une cité anglophone.</p>
<p>En lisant les journaux, les inquiétudes de Madame Marois sont palpables. Néanmoins, le français est encore ancré à Montréal, bien assumé, inévitable. Bien révolue la sombre période où les ladies de Westmount lançaient «Speak White» aux vieux attendants pure laine de La Baie. Hors Québec, il est émouvant d’entendre un Fransaskois ou un Acadien défendre sa langue avec passion.</p>
<p>De mère française et de père mauricien, j’ai été élevé en français. Ma famille paternelle fait partie de la minorité francophone de Maurice. Quel bonheur donc de se retrouver dans une ville où sa langue maternelle est objet de fierté…</p>
<p>Mo rapel. Décembre 1810. George III arrache Maurice à Napoléon. Comme ils l’avaient fait ailleurs en 1755, les Anglais garantirent aux colons français le libre exercice de leur culte et la libre expression de leur langue. Cette dernière devint un étendard toujours prêt à défier l’Union Jack. Politiquement, mais surtout culturellement. Pendant des années, pour nombre de métis, un vers de Corneille était un sésame social plus utile que l’argent.</p>
<p>1968, Maurice est indépendante. Donne changée. Le français est la langue de la minorité blanche possédante et de la bourgeoisie de couleur, derniers soutiens du monde colonial. Les autres, rêvant de liberté, perçoivent le français comme une langue dominante. La francophilie s’en trouve réactionnaire. Si l’anglais était la langue de l’État, l’âme du peuple parlait kreol. Ce dernier devint à son tour un étendard pour les marxisants et tiers-mondistes, symbole de l’unité des classes opprimées. L’impérialiste langue de Molière devait être éradiquée de la vie sociale. Le camarade Tout-le-Monde applaudissait. Les années ont passé. La mondialisation a rendu plus vive la nécessité du français. Utile, souhaité mais pas forcement aimé, toujours épinglé d’étiquettes: bourgeois, élitiste, pédant, efféminé… Que tout cela semble loin de Montréal la francophone, où ma langue a trouvé asile. Alors pourquoi peut-on être pris d’un certain malaise quand on voit «On ne sert qu’en français» sur une enseigne fleurdelisée? Le ventre se serre lorsque Monsieur Curzi braille à la radio. Comme quoi, les neiges du Nord dissimulent aussi les blessures postcoloniales et leurs guéguerres identitaires. Et comme partout dans le monde, la langue y est à la fois lance et bouclier.</p>
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		<item>
		<title>Des écureuils et des hommes</title>
		<link>https://www.delitfrancais.com/2011/09/20/des-ecureuils-et-des-hommes/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Marek Ahnee]]></dc:creator>
		<pubDate>Tue, 20 Sep 2011 13:30:37 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Chroniques]]></category>
		<category><![CDATA[Société]]></category>
		<category><![CDATA[Campus]]></category>
		<category><![CDATA[McGill]]></category>
		<category><![CDATA[Montréal]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>Vingt heures de vol. Provenance: l’île Maurice. À l’Est de Madagascar, le pays est un confetti dans l’océan Indien, une société créole postcoloniale complexe, fort éloignée du Vieux Continent et du Nouveau Monde.</p>
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]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<p>Destination: Montréal. Type de visa: Études. À part quelques visites familiales en France, j’ai à peine quitté mon île natale lilliputienne et sa société étriquée.</p>
<p>De Montréal, je n’ai aucune image, à part quelques rues entrevues dans Juste pour Rire, ou quelques plans des Invasions Barbares. Le vol est épuisant, l’escale à Dubaï est déroutante, celle de New York, effrayante. Je tombe de sommeil, je suis enfin à Montréal. Voilà un lit, un vrai.</p>
<p>Je me réveille dans un appartement du ghetto McGill. Je sors au petit matin, rue Durocher, et me voici dans cet autre univers. Est-ce la planète des écureuils? C’est la première fois que j’en vois. Ils sont les premiers curieux à venir m’accueillir. Le quartier et ses vieilles maisons semblent sortis d’un film anglais. Je tombe sur une enseigne: Dépanneur. Un garage en plein quartier résidentiel? Je continue et voilà McGill qui se dessine. Ces vieux bâtiments ressemblent tant à ceux de mes rêves universitaires anglo-saxons et, qui plus est, au cœur d’une ville francophone. Toutefois, bien que je suis persuadé être effectivement au Québec, je n’ai toujours pas entendu de français.</p>
<p>Je me dirige vers le centre-ville et entre dans un film américain. J’oublie tout de suite les quelques prétentieux immeubles de Port-Louis, la capitale de l’île Maurice. Cette fois, c’est authentique. Trois pas vers le Sud et la rue Sainte-Catherine s’offre à moi comme la grande Babylone. Le français fuse dans un grand feu d’artifice auquel se mêlent l’anglais, l’arabe, le mandarin… Chaque vitrine est un aimant. C’est l’été, les filles montrent leurs jambes librement et joyeusement, des femmes casquées lancent des ordres à des hommes sur un chantier. Du jamais vu. Il n’y a plus de doute, les petites îles de l’océan Indien sont à des années lumières.</p>
<p>Pourtant, tout reste à découvrir. Au fil des semaines, des mois et des années. Car Montréal est un beau et déroutant labyrinthe pour les yeux métèques. Elle cache mille facettes inconnues comme un psaume recèle plusieurs sens. Pour l’étudiant en anthropologie, Montréal est un terrain de découverte et de réflexion, la ville ne cessant de se métamorphoser d’un quartier à l’autre. Sa société kaléidoscope est un reflet du Québec pluriel et de la complexe Amérique du Nord. Mais aussi d’un monde multiple.</p>
<p>C’est une peinture de Montréal aux tons urbains, aux couleurs et accents du quotidien, que propose cette chronique, palette d’impressions perçues par un regard venu de loin. Cette «ethnographie amoureuse» sera aussi un chant-hommage à la culture d’une ville magique. Une si riche découverte d’une (autre) Amérique.</p>
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