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	<title>Eva Lancelin - Le Délit</title>
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	<description>Le seul journal francophone de l&#039;Université McGill</description>
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		<title>Pour la reconnaissance des femmes noires</title>
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		<dc:creator><![CDATA[Eva Lancelin]]></dc:creator>
		<pubDate>Tue, 09 Feb 2016 03:19:55 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Culture]]></category>
		<category><![CDATA[Entrevues]]></category>
		<category><![CDATA[Slider]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>Le Délit a rencontré la réalisatrice afro-féministe Amandine Gay, qui travaille à son documentaire, Ouvrir la Voix. </p>
<p>L’article <a href="https://www.delitfrancais.com/2016/02/08/pour-la-reconnaissance-des-femmes-noires/" data-wpel-link="internal">Pour la reconnaissance des femmes noires</a> est apparu en premier sur <a href="https://www.delitfrancais.com" data-wpel-link="internal">Le Délit</a>.</p>
]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<p class="p1">Amandine Gay est une réalisatrice et comédienne française afro-féministe. Elle est installée à Montréal depuis quelques mois et participe à nombres de conférences faites pour et par des femmes noires.</p>
<hr>
<p class="p2"><b>Le Délit (LD): </b><i>Un de vos projets les plus connus est </i>Ouvrir la Voix<i>, un documentaire sur l’expérience des femmes noires francophones. Qu’est-ce qui a motivé ce projet?</i></p>
<p class="p2"><b>Amandine Gay (AG):</b> L’idée du film, c’est d’avoir des témoignages de femmes noires francophones qui sont des expertes de leur vie, plutôt que ça vienne toujours de l’extérieur. Je voulais avoir une construction féministe un peu classique, au sens de «le privé est politique». Je suis partie d’histoires personnelles comme le rapport aux cheveux, le rapport au corps, afin d’arriver à la dimension politique du racisme systémique en France et en Belgique. Cela m’a permis de montrer comment ces histoires s’articulent dans l’histoire coloniale de l’esclavage, et ce qui reste de cette histoire dans le fait de nous toucher, de vouloir toucher nos cheveux. Je voulais aussi montrer qu’il n’y a pas besoin d’avoir un vocabulaire de militante, de journaliste ou de femme politique pour être néanmoins consciente de ce que l’on vit.</p>
<p class="p2">Je suis partie de mon parcours pour réaliser ce documentaire: du moment où l’on découvre qu’on est noire, ce que ça veut dire dans les yeux des blancs et ce que révèle notre expérience minoritaire. Parce qu’on parle, en effet, d’une expérience minoritaire. Dans le film, il y a des filles qui ne sont pas nées en France, qui n’ont pas grandi en France. On fait commencer le film au moment où on arrive en France et où on est construites en noires pour le regard majoritaire. Le film se termine sur la question: «est-ce qu’on quitte la France ou pas?»</p>
<p class="p2">Moi, je suis partie, je me suis installée à Montréal, et on est beaucoup de non-blancs et non-blanches aujourd’hui à quitter la France à cause du racisme et des discriminations en règle générale. L’idée du film c’est aussi de parler de qui part, qui reste, qui a les moyens de partir et pourquoi est-ce qu’on en vient à lutter.</p>
<blockquote>
<p class="p1"><span class="s1">«On est beaucoup de non-blancs et non-blanches aujourd’hui à quitter la France»</span></p>
</blockquote>
<p class="p2"><b>LD:</b> <i>À ce sujet, vous êtes à Montréal depuis juillet 2015. Est-ce qu’il y a eu un élément déclencheur qui a provoqué ce départ?</i></p>
<p class="p2"><span class="s1"><b>AG:</b> Ça fait plusieurs fois que je pars. La première fois, j’avais 21 ans, je suis partie un an en Australie, à Melbourne. J’ai été en Nouvelle-Zélande, en Thaïlande, je suis rentrée en France quelques mois et je n’ai vraiment pas supporté, je suis allée vivre à Londres six mois. Au total, j’ai passé environ deux ans et demi à l’étranger entre mes 21 et mes 23 ans. Et puis, à 23 ans, quand je suis rentrée, j’ai commencé mes études dans le monde du théâtre et je suis allée au Conservatoire National d’Art Dramatique. À 27–28 ans, comme je m’étais lancée dans de nouveaux projets, mon désir de partir s’était un peu émoussé. Et puis le monde du spectacle a été un grand moment de confrontation au racisme français. Comme j’avais beaucoup aimé Melbourne, et que j’avais des amis à Montréal, j’ai à nouveau considéré le départ. Il y a deux ans et demi j’ai donc commencé à faire des allers-retours à Montréal et je m’y suis installée cet été. </span></p>
<p class="p2">Le moment où j’ai décidé que je n’en pouvais plus et qu’il fallait partir, c’était particulier. Il a aussi été question du fait que je voulais travailler maintenant. Le film (<i>Ouvrir la Voix</i>, <i>ndlr</i>), je le réalise avec mes propres moyens. Le Centre National du Cinéma<span class="Apple-converted-space">&nbsp; </span>français m’a refusé les subventions parce que c’est un film communautaire. En France, il y a cette question du communautarisme qui revient beaucoup pour les non-blancs. Je me disais «la France va pas changer avant quelques temps» et moi, c’est maintenant que je veux travailler. Rachid Djaïdani, par exemple, a réalisé un très beau film, <i>Rengaine</i>, en 2010. Il a gagné à la semaine de la critique à Cannes.<span class="Apple-converted-space">&nbsp; </span>Il a mis neuf ans à faire son film. Je ne trouve pas ça normal de mettre neuf ans à faire un long-métrage. Dès qu’on veut raconter des histoires de non-blancs par nous-mêmes, on n’a pas de financement.</p>
<p class="p2">Je n’ai pas envie d’attendre dix ans pour réaliser des films, et je sais déjà que je mettrai dix fois moins de temps à le faire au Québec. La question, ce n’est pas de dire qu’au Québec c’est parfait. Oui, il y a des problèmes. Mais au niveau systémique, c’est moins violent.</p>
<p class="p2">Ça fait un moment que j’avais envie de partir, et finalement c’était plutôt une question pragmatique, celle de recommencer une nouvelle vie et de tout quitter, qui a été difficile. Mais pour moi, c’est clair que ça fait 4 ou 5 ans que je sais que je ne vivrai pas en France, ou du moins que je ne ferai pas ma carrière en France.</p>
<blockquote>
<p class="p1"><span class="s1">«Le plus gros incendie dans ma vie est lié au fait que je sois noire plus qu’au fait que je sois pansexuelle»</span></p>
</blockquote>
<p class="p2"><b>LD: </b><i>Vous êtes centrée sur la lutte des femmes noires. Quelles autres luttes vous intéressent, ou du moins dans quelles autres luttes vous êtes-vous investie (la lutte LGBT, par exemple)?</i></p>
<p class="p2"><b>AG: </b>Moi, le seul moment où j’ai été investie dans le militantisme LGBT, c’est quand je faisais partie d’Osez le féminisme (OLF), qui est plutôt une association couramment blanche. Je faisais partie de la commission LGBT. Une des raisons pour lesquelles j’ai quitté OLF c’est justement parce qu’on avait de l’éducation à faire sur la lesbophobie au sein de l’association. On a dû informer et éduquer et ça m’a un peu découragée. De plus, un des problèmes du militantisme c’est qu’il repose sur une logique d’éteindre l’incendie. Le plus gros incendie dans ma vie est lié au fait que je sois noire plus qu’au fait que je sois pansexuelle. Les modalités de la discussion LGBT en France ne me conviennent pas du tout. L’aspect racial n’y est pas du tout abordé et quand il l’est, c’est sous un prisme paternaliste. L’année dernière, l’Inter-LGBT a proposé une affiche raciste, par exemple.</p>
<p class="p2"><span class="s1">On a aussi du mal à se rencontrer. Une fois que je suis devenue visible sur les questions d’afro-féminisme, j’ai été contactée par les <i>Lesbians of Color</i>, qui est un groupe de lesbiennes noires et arabes radicales basé à Paris. Sauf que, quand j’ai fait mon entrée dans le militantisme féministe, je n’en ai jamais entendu parler. Peut-être que si j’étais passée par les <i>Lesbians of Color</i> au début de mon féminisme, je militerais encore parmi elles. Mais j’ai fait mon entrée via OLF et ça a changé mon rapport au militantisme. </span></p>
<p class="p2">Il y a aussi la question de la domination des questions cis <i>gay</i> blanches dans les modalités de discussion LGBT. Moi, par exemple, j’ai été adoptée. Je m’intéresse à la question de l’adoption interraciale et la dimension néo-coloniale de ce type d’adoption. Ces conversations sur les mères porteuses et l’adoption pour les couples homosexuels ou les couples trans fait très peu de place à la question raciale, ainsi qu’à la dimension politique et économique de l’adoption d’enfants non-blancs de pays du Sud. La question est la suivante: est-ce que les Blancs de classe moyenne supérieure des pays du Nord sont prêts à accepter la dimension politique contenue dans l’acte d’adopter des enfants racisés des pays du Sud économique? C’est une conversation qu’on n’entend pas dans les milieux LGBT. Et il est difficile de l’avoir, par ailleurs, parce que les adversaires de l’adoption ou de la PMA dans la société civile utilisent l’argument racial pour justifier leur homophobie. Mais nous, au sein de la communauté, on doit avoir ces conversations. Alors pourquoi n’ont-elles pas lieu?</p>
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			<span class="media-credit">Enrico Bartolucci</span>		</figcaption>
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<p>L’article <a href="https://www.delitfrancais.com/2016/02/08/pour-la-reconnaissance-des-femmes-noires/" data-wpel-link="internal">Pour la reconnaissance des femmes noires</a> est apparu en premier sur <a href="https://www.delitfrancais.com" data-wpel-link="internal">Le Délit</a>.</p>
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		<title>Traduire le Black Feminism: indispensable?</title>
		<link>https://www.delitfrancais.com/2016/02/02/traduire-le-black-feminism-indispensable/</link>
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		<dc:creator><![CDATA[Eva Lancelin]]></dc:creator>
		<pubDate>Tue, 02 Feb 2016 15:47:05 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Actualités]]></category>
		<category><![CDATA[Montréal]]></category>
		<category><![CDATA[bell hooks]]></category>
		<category><![CDATA[Black Feminism]]></category>
		<category><![CDATA[Conférence]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>Une conférence centrée sur l’expérience des femmes noires francophones.</p>
<p>L’article <a href="https://www.delitfrancais.com/2016/02/02/traduire-le-black-feminism-indispensable/" data-wpel-link="internal">Traduire le Black Feminism: indispensable?</a> est apparu en premier sur <a href="https://www.delitfrancais.com" data-wpel-link="internal">Le Délit</a>.</p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p class="p1"><span class="s1">D</span><span class="s1">ans le cadre de la publication de la traduction francophone de <i>Ne suis-je pas une femme</i> -— de bell hooks, intellectuelle, féministe et militante américaine —, Dre Stéphane Martelly, Leïla Benhadjoudja et Amandine Gay ont mis en place une table ronde intitulée «La traduction du <i>Black Feminism</i> dans les contextes francophones», ce samedi 30 janvier à la Centrale.</span></p>
<p class="p3"><span class="s1">La discussion a eu pour but de questionner la pertinence du <i>black feminism </i>(<i>féminisme noir</i>, <i>ndlr</i>) des États-Unis dans les milieux francophones, que ce soit en France, au Canada ou à Haïti. Amandine Gay, comédienne française arrivée au Québec en juillet 2015, anime et introduit la conférence. Tout en retraçant son parcours en tant que femme noire en France, elle détaille l’importance qu’ont pu avoir les œuvres d’auteurs comme bell hooks (dont le nom s’écrit sans majuscule selon sa propre volonté, <i>ndlr</i>) dans sa vie et celles d’autres femmes noires. Or, cette littérature est presque exclusivement anglophone et seuls les textes les moins politiques sont traduits en français. Ainsi, en citant bell hooks, Amandine Gay raconte pourquoi les traduire est d’une importance primordiale, pour des questions d’accessibilité et d’émancipation.</span></p>
<figure class="wp-caption aligncenter" style="max-width: 1305px">
			<img decoding="async" class="size-full wp-image-24616" src="https://www.delitfrancais.com/wp-content/uploads/2016/02/A-BlackFeminism.jpg" alt width="1305" height="1383" srcset="https://www.delitfrancais.com/wp-content/uploads/2016/02/A-BlackFeminism.jpg 1305w, https://www.delitfrancais.com/wp-content/uploads/2016/02/A-BlackFeminism-330x350.jpg 330w, https://www.delitfrancais.com/wp-content/uploads/2016/02/A-BlackFeminism-768x814.jpg 768w, https://www.delitfrancais.com/wp-content/uploads/2016/02/A-BlackFeminism-944x1000.jpg 944w, https://www.delitfrancais.com/wp-content/uploads/2016/02/A-BlackFeminism-850x901.jpg 850w" sizes="(max-width: 1305px) 100vw, 1305px">		<figcaption class="wp-caption-text">
			<span class="media-credit">Mahaut Engérant</span>		</figcaption>
	</figure>

<p class="p5"><span class="s2"><b>Réappropriation de la parole et des vécus</b></span></p>
<p class="p3"><span class="s1">Dre Stéphane Martelly, originaire de Haïti, raconte son contact tardif avec le <i>black feminism</i>. Son discours s’articule principalement autour de la nécessité de se réapproprier la parole et les espaces. En effet, trop souvent les expériences des femmes noires (si elles sont mentionnées) sont analysées et rendues visibles par des individus extérieurs à leurs communautés (ex: universitaires, politiques). Ils projettent ainsi une vision de leurs vécus qui se veut «objective» mais est en réalité biaisée, erronée, voire même nuisible quand ces visions sont imprégnées de représentations racistes et sexistes. Dès lors, Dre Martelly trouve en bell hooks une juste articulation de deux phénomènes qui, séparés l’un de l’autre, ne lui parlaient pas: le racisme et le féminisme. </span></p>
<p class="p3"><span class="s1">De plus, elle estime qu’un féminisme noir haïtien est nécessaire et n’a pas à s’adresser à une majorité blanche, mais plutôt à articuler la conception d’une communauté noire qui doit construire la nation. Cette conception passe également par la réappropriation de la parole et la nécessité de rester propriétaire de son récit. C’est une réappropriation qui se fait en continu. Le terme de «mouvance» ressort beaucoup dans son propos: mouvance continue du travail de bell hooks, mouvance au sein de la communauté, mouvance perpétuée par la préface d’Amandine Gay.</span></p>
<p class="p3"><span class="s1">Leïla Benhadjoudja, de son côté, arrivée d’Algérie au Québec à l’âge de quinze ans, évoque plus particulièrement l’amour de soi, l’amour de sa communauté, sujets qu’elle retrouve évoqués chez bell hooks. Ce qu’elle mentionne aussi du travail de l’auteure, c’est son accessibilité: comment bell hooks est allée au-delà de l’intellectualisme et de l’universitaire pour s’adresser à tous. Au-delà de cela, Leïla Benhadjoudja questionne l’usage de la langue. Venant d’un pays colonisé, elle reconnaît qu’il est difficile de se réapproprier une langue d’oppression. Mais elle précise, citant Kateb Yacine, écrivain algérien, que cette langue devient un butin de guerre et qu’elle lui permet de lancer un appel de sororité et de solidarité.</span></p>
<p class="p5"><span class="s2"><b>Une conférence conclue dans la solidarité</b></span></p>
<p class="p3"><span class="s1">Le débat avec la salle, qui clôt la conférence, permet une ouverture de la parole. Amandine Gay propose que ce débat soit avant tout pour ceux et celles dont la parole est la plus invisible dans l’espace public. Elle suggère ainsi à l’auditoire de réfléchir à sa position sociale avant de venir poser une question. S’ensuit un florilège de femmes noires qui montrent leur travail, questionnent leurs identités et s’interrogent sur le travail intracommunautaire qui peut être accompli. Ces questions de l’auditoire apportent la conclusion désirée par les panélistes de la conférence: la nécessité qu’il y a pour ces femmes noires francophones d’être solidaires et de se créer des espaces sécurisés.&nbsp;</span></p>
<p>L’article <a href="https://www.delitfrancais.com/2016/02/02/traduire-le-black-feminism-indispensable/" data-wpel-link="internal">Traduire le Black Feminism: indispensable?</a> est apparu en premier sur <a href="https://www.delitfrancais.com" data-wpel-link="internal">Le Délit</a>.</p>
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