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	<title>Anna Klein - Le Délit</title>
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	<description>Le seul journal francophone de l&#039;Université McGill</description>
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		<title>Relier la terre et l’humanité</title>
		<link>https://www.delitfrancais.com/2023/09/20/relier-la-terre-et-lhumanite/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Anna Klein]]></dc:creator>
		<pubDate>Wed, 20 Sep 2023 11:00:00 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Culture]]></category>
		<category><![CDATA[Exposition]]></category>
		<category><![CDATA[Arts visuels]]></category>
		<category><![CDATA[exposition]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>Pensées et splendeurs de la Colombie autochtone : perdre la notion du temps au Musée des beaux-arts.</p>
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										<content:encoded><![CDATA[
<p>« Nous avons tous besoin les uns des autres. Aucun être n’est plus important qu’un autre : tous jouent leur rôle en synchronisation avec les autres. » Les mots de Jaison Pérez Villafaña, aîné de la communauté autochtone colombienne des Arhuacos, pourraient résumer l’exposition <em>Pensées et splendeurs de la Colombie autochtone – L’univers au creux des mains</em>, actuellement présentée au Musée des beaux-arts de Montréal (MBAM). Présentant quelque 400 œuvres datant d’environ 1500 AEC à nos jours, cette exposition se donne pour défi de faire découvrir au public une manière d’appréhender le monde qui remet en question la dichotomie occidentale entre nature et culture.</p>



<p><strong>Une approche inédite</strong></p>



<p>La colonisation de la Colombie par l’Espagne à partir du 16<em>e </em>siècle a effacé de l’histoire les modes de pensée et les pratiques autochtones au profit de l’idéologie occidentale, qui place la modernité et l’eurocentrisme au cœur de ses réflexions. Comme il était d’usage pour les colons de voler les œuvres autochtones et de les exposer dans leur propre pays comme des « curiosités », elles ont souvent été sorties de leur contexte d’origine et privées de leur dimension spirituelle. Les commissaires de l’exposition ont travaillé en collaboration avec la communauté des Arhuacos de la Sierra Nevada de Santa Marta (au nord de la Colombie), qui est activement impliquée dans le projet. Grâce à ce dialogue, le MBAM révèle aux visiteur·euse·s le sens des objets et réhabilite ainsi certains savoirs autochtones ancestraux. Les Arhuacos considèrent leurs œuvres comme des êtres encore vivants et porteurs de messages. Afin que les objets exposés ne se retrouvent pas figés dans l’inertie, les commissaires ont adopté une démarche muséologique originale : les dates de création des œuvres ne sont pas indiquées sur les écriteaux.</p>



<p><strong>Un travail d’orfèvre remarquable</strong></p>



<p>Les pendentifs, masques, ornements de pectoraux et de nez, constituent autant de petits objets empreints de délicatesse qui demandent l’attention des visiteur·euse·s. La plupart de ces bijoux sont fabriqués à partir d’un alliage d’or, associé au soleil et à l’essence masculine, et de cuivre, en lien avec la lune et l’essence féminine. Contrairement à la vision occidentale, les Autochtones de la Colombie accordent à l’or une valeur davantage spirituelle que monétaire. Cependant, en raison de l’exploitation des ressources naturelles par les colons, les techniques d’orfèvrerie ancestrales se sont peu à peu perdues. L’exposition permet également d’apprécier le travail des Arhuacos dans le domaine de la céramique. À partir de ce matériau, il·elle·s ciselaient un instrument de musique à vent appelé <em>ocarina</em>, dont la forme et le son sont similaires à ceux d’un oiseau. Le système de connaissances ancestrales arhuaco repose sur la loi des origines, une philosophie qui régit les relations entre les êtres humains, la nature et l’univers. Ces principes se concrétisent à travers les rituels de baptême, de mariage, de danses traditionnelles et d’offrandes aux puissances spirituelles. Comme la plupart des œuvres exposées, l’ocarina est utilisé lors de ces cérémonies. La musique, qui imite le son de la nature, est perçue par les Arhuacos comme un élément clé dans le processus de création. Au commencement du monde, la croyance arhuaco veut que la musique ait servi à transformer la pensée en matière. Le son particulier de l’ocarina accompagne d’ailleurs la visite de l’exposition.</p>



<blockquote class="wp-block-quote has-text-align-center is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow">
<p>« Les commissaires de l’exposition ont travaillé en collaboration avec la communauté des Arhuacos de la Sierra Nevada de Santa Marta (au nord de la Colombie), qui est activement impliquée dans le projet »</p>
</blockquote>



<p><strong>Des œuvres qui rappellent l’interdépendance entre notre planète et tous ses hôtes</strong></p>



<p>La conceptualisation par les Européen·ne·s de l’humanité et de la nature en tant qu’entités séparées a constitué un moyen de légitimer leurs pratiques extractivistes, qui conduisent à la destruction de l’environnement. À l’inverse, pour de nombreux peuples autochtones d’Amérique du Sud, l’être humain fait partie d’un ensemble harmonieux qui devrait être respecté et qui ne comprend pas de hiérarchie avec les autres êtres. Les sculptures présentées témoignent de cette fluidité. Elles représentent souvent des personnages hybrides, par exemple un pendentif qui mêle les traits du félin, de la grenouille et du serpent. Conformément à la volonté de la communauté des Arhuacos, les œuvres ont été regroupées dans les salles de manière à respecter le cycle continuel de la nature que constitue la chaîne alimentaire des animaux. Ainsi, par exemple, les insectes et les chauves-souris sont disposés dans une vitrine avec des fruits. L’exposition invite à l’introspection. À la manière des chefs spirituels, les <em>pensadores</em>, qui passent leurs journées assis sur des <em>banquitos </em>(petits bancs) afin de dialoguer avec l’univers, les visiteur·euse·s sont incité·e·s à réfléchir à la relation nécessaire qu’il·elle·s entretiennent avec les arbres, l’air, le vent, le soleil et leurs proches.</p>



<p><em>L’exposition </em>Pensées et splendeurs de la Colombie autochtone – L’univers au creux des mains <em>est présentée au MBAM jusqu’au 1er octobre 2023</em>.</p>
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		<title>«Rien n’est réel que je ne l’écrive»</title>
		<link>https://www.delitfrancais.com/2022/03/16/rien-nest-reel-que-je-ne-lecrive/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Anna Klein]]></dc:creator>
		<pubDate>Wed, 16 Mar 2022 13:00:00 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Philosophie]]></category>
		<category><![CDATA[Portraits de philosophe]]></category>
		<category><![CDATA[Slider]]></category>
		<category><![CDATA[écriture]]></category>
		<category><![CDATA[féminisme]]></category>
		<category><![CDATA[réel]]></category>
		<category><![CDATA[Virginia Woolf]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>Portrait de Virginia Woolf, icône de la lutte pour l'égalité des sexes.</p>
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										<content:encoded><![CDATA[
<p class="has-drop-cap">Virginia Woolf est l’une des figures féministes les plus importantes de l’histoire. Élevée dans une famille cultivée de la société victorienne, elle connaît dès le <mark style="background-color:rgba(0, 0, 0, 0)" class="has-inline-color has-grisfonce-color">plus</mark> jeune âge l’exclusion des femmes dans la société lorsque son père, diplômé de l’Université de Cambridge, ne lui offre pas l’entrée dans cette prestigieuse école. Il lui laisse cependant un accès illimité à la bibliothèque familiale, où elle passe beaucoup de temps à lire et à développer son talent pour les lettres. Son œuvre ne se fixera sur aucun genre: elle écrira des essais, des romans, des nouvelles et du théâtre.</p>



<p>En 1929, l’écrivaine publie son premier essai que l’on dirait féministe, <em>Une Chambre à soi</em>. Récemment retraduit par <em>Une pièce à soi </em>(ce nouveau titre permet de transcender l’assimilation traditionnelle des femmes à la sphère domestique), l’ouvrage relate une enquête semi-fictive teintée d’ironie où la narratrice arpente les bibliothèques à la recherche de livres consacrés aux femmes. Si elle trouve que beaucoup de livres sont dédiés aux femmes, quasiment tous sont écrits par des hommes. La narratrice s’interroge alors: pourquoi n’y a‑t-il pas davantage de femmes écrivaines? Écartant immédiatement le point de vue essentialiste, qui supposerait une différence naturelle entre les qualités d’écriture des hommes et celles des femmes, Woolf apporte une réponse matérialiste à la question: les racines de l’oppression des femmes se trouvent dans leurs conditions économiques subalternes. Selon l’autrice, une femme qui écrit a besoin d’un lieu où se retrouver seule et d’une quantité suffisante d’argent pour s’assurer une certaine autonomie. Or, au début du 20<em>e</em> siècle, très peu de femmes britanniques disposent de ces deux éléments indispensables – par exemple, ce n’est qu’en 1965 qu’elles obtiennent le droit de posséder un compte bancaire.</p>



<blockquote class="wp-block-quote has-text-align-center is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow"><p>«Une femme qui écrit a besoin d’un lieu où se retrouver seule et d’une quantité suffisante d’argent pour s’assurer une certaine autonomie»</p></blockquote>



<p>Au début du 20<em>e</em> siècle, sous l’ère édouardienne, le puritanisme victorien se dissipe: les femmes ont davantage accès à l’emploi et sont plus actives. Les femmes qui écrivent commencent à montrer qu’elles peuvent gagner leur vie. Pour Woolf, la femme moderne qui souhaite s’émanciper ne devrait pas continuer à écrire avec la rigidité d’une autrice du passé. Au contraire, rompre avec la tradition d’un monde littéraire dominé par les hommes nécessite de briser les phrases un peu trop agréables, rassurantes ou poétiques.</p>



<p>Puisque son œuvre n’est pas toujours facile à lire, Woolf a besoin de lecteurs et lectrices suffisamment motivées. L’écrivaine tient plusieurs conférences dans des usines afin de rencontrer les ouvrières et de les convaincre qu’il est indispensable d’étudier et de lire. Woolf assume le fait qu’il relève de son intérêt personnel en tant qu’autrice que tout le monde sache lire et écrire mais, par-dessus tout, elle est certaine que la démocratie exige que le peuple soit éduqué. C’est d’ailleurs une des convictions du <em>Bloomsbury Group</em>, cercle composé d’écrivains, d’intellectuels, de philosophes et de peintres que Virginia Woolf fonde avec sa sœur Vanessa Bell et son frère Thoby Stephen. Se retrouvant au cœur de l’effervescence intellectuelle de l’époque, le <em>Bloomsbury Group</em> prône la liberté de parole, le non-conformisme, la critique du pouvoir établi et l’égalité entre les femmes et les hommes. Dans le recueil d’articles <em>Les livres tiennent tout seuls sur leurs pieds</em>, Woolf montre, à travers un chapitre intitulé «L’artiste et la politique», la nécessité pour les artistes de prendre des positions politiques. Selon elle, l’art n’existe pas en dehors de la politique car l’artiste fait partie de la société.</p>



<blockquote class="wp-block-quote has-text-align-center is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow"><p>«La femme moderne qui souhaite s’émanciper ne devrait pas continuer à écrire avec la rigidité d’une autrice du passé»</p></blockquote>



<p>Woolf croit à l’efficacité des mots. À la manière du psychiatre et psychanalyste Jacques Lacan pour qui «un fait n’existe que d’être dit», l’écrivaine confie dans le journal intime qu’elle tient depuis l’âge de 15 ans: «Je suis faite de telle sorte que rien n’est réel que je ne l’écrive». Woolf emploie le «courant de conscience», une technique d’écriture qui vise à retranscrire sans interruption le processus de la pensée. Elle couche sur le papier ses impressions, ses sentiments et ses sensations pour leur donner une réalité, et surtout pour que celle-ci lui soit plus douce et supportable. C’est notamment à travers l’écriture de son roman <em>La Promenade au phare</em> (1927) qu’elle parvient à apaiser la douleur du deuil de sa mère.</p>



<p>→ Voir aussi: <a href="https://www.delitfrancais.com/2021/01/12/le-delire-de-la-biographie/" target="_blank" rel="noreferrer noopener" data-wpel-link="internal">Le délire de la biographie</a> </p>



<p>L’œuvre de Woolf s’inscrit dans la littérature féministe comme une œuvre visionnaire et intemporelle. À chaque grande vague féministe, Woolf se retrouve à nouveau sous le feu des projecteurs. Dans <em>Une Pièce à soi</em>, par exemple, l’écrivaine fait preuve d’une très grande audace vis-à-vis des hommes. Elle y illustre la vanité de certains d’entre eux à travers le récit d’un homme expliquant à une femme le livre dont elle est elle-même l’autrice – une attitude aujourd’hui connue sous le nom de mecsplication (ou <em>mansplaining</em>) et souvent dénoncée par les féministes.&nbsp;</p>



<p>Woolf est résolument en avance sur son temps. Ses textes ainsi que sa biographie témoignent de la difficulté qu’elle éprouve à vivre en harmonie avec son époque. Elle met fin à ses jours en 1941, alors qu’elle est tiraillée à la fois par la crainte d’un retour de sa maladie mentale et par les raids aériens de l’armée allemande qui survolent l’Angleterre et hantent son esprit. Aujourd’hui, la personnalité complexe de Woolf reste un objet de fascination, comme en témoigne le nombre incalculable de romans, de pièces de théâtre et de films qui mettent en scène sa vie.</p>
<p>L’article <a href="https://www.delitfrancais.com/2022/03/16/rien-nest-reel-que-je-ne-lecrive/" data-wpel-link="internal">«Rien n’est réel que je ne l’écrive»</a> est apparu en premier sur <a href="https://www.delitfrancais.com" data-wpel-link="internal">Le Délit</a>.</p>
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