Au square Phillips, ce 17 octobre, un groupe de passants s’arrête pour observer le rassemblement autour de la fontaine.
Tout autour de la place, des policiers en uniforme surveillent en silence le déroulement de l’événement : plusieurs centaines de personnes sont rassemblées, portant des pancartes avec des « Generation 6–7 is the new Mai 68 » et « C’est le système entier qui nous pisse dessus ! ».
Debout au milieu du square, on peine à s’entendre parler au-dessus des slogans scandés par la foule : « So-So-So, solidarité avec les lycéens ! Même crise, même combat, la France montre la voie ! »
La manifestation était organisée par l’Union étudiante du Québec (UEQ) et la Fédération des associations étudiantes du campus de l’Université de Montréal (FAÉCUM), aux côtés de France Insoumise Montréal (une antenne locale du parti français La France Insoumise (LFI)) et du Parti communiste révolutionnaire.
Elle avait pour objectif d’exprimer un soutien aux manifestations en France et de porter des revendications similaires pour le Québec.
Frédéric Beaudet, secrétaire général de la FAÉCUM, a précisé les revendications propres au Québec lors d’un entretien avec Le Délit. « On se mobilise autour de quatre grands thèmes depuis le début de l’année, raconte-t-il. C’est pour ça justement qu’on a trouvé un certain écho avec ce qui se passe en France. »
Il enchaîne en déroulant leurs quatre revendications : l’augmentation du nombre de prêts et de bourses, la rémunération des stages, la lutte contre l’insécurité alimentaire et l’accès au logement.
« C’est l’austérité, puis c’est un manque d’investissement dans la relève, dans l’enseignement supérieur », dénonce- t‑il. Selon lui, si le mouvement d’ici prenait l’envergure de celui en France, ce serait idéal, mais il sait que cela n’arrivera probablement pas. Beaudet dit vouloir profiter de l’élan des manifestations françaises pour mettre en avant les revendications québécoises. « Pour nous, c’est surtout pour faire réaliser au nouveau gouvernement [de Paul Pierre Plamondon] qu’il y a ces enjeux-là au sein de la communauté québécoise. »
« Beaudet dit vouloir profiter de l’élan des manifestations françaises pour mettre en avant les revendications québécoises »
Un autre enjeu est au cœur des préoccupations des manifestants : les violences policières.
Nombreux sont ceux qui portent des pancartes faisant référence aux interventions jugées disproportionnées des forces de l’ordre françaises contre les lycéens, ou encore des références à l’agent du SPVM ayant uriné sur un sans-abri quelques jours plus tôt. Présente aux côtés des associations étudiantes, il est impossible d’ignorer la présence de la Ligue marxiste révolutionnaire québécoise avec leur stand et leurs nombreuses pancartes, ou encore la France Insoumise Montréal, dont les drapeaux roses et violets flottent au-dessus du cortège.
Un représentant de la Ligue marxiste explique que « c’est dans ces moments que les masses regardent autour », et que la Ligue y voit l’occasion de se présenter comme une alternative à d’autres partis de gauche, moins radicaux. Selon lui, il faudrait, « prendre cette colère et la rediriger vers un changement de société, vers le communisme. »
LFI, de son côté, use de sa présence pour souligner son soutien aux lycéens français.
Le parti dénonce également la forte répression policière en France, sans pourtant formuler de revendication propre au Québec.
Le cortège est ensuite parti du square Phillips, a bifurqué vers la rue Sherbrooke et s’est achevé devant le consulat général de France.
Selon Radio-Canada, les manifestants y ont déposé une toilette devant les policiers antiémeute, en référence au policier du poste 21 qui se serait filmé en train d’uriner sur des personnes en situation d’itinérance. Une manifestation contre la brutalité policière a d’ailleurs été organisée le samedi 24 octobre.




