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Récapitulatif du cas de Lindsay Clancy

Responsabilité criminelle et santé mentale postpartum

Ana Camila Torchia l Le Délit

En mai 2022, les Clancy accueillaient Callan, un nouveau membre dans leur famille. Ayant déjà accouché de deux autres enfants – Cora, cinq ans, et Dawson, trois ans au moment de la nouvelle naissance – Lindsay Clancy, la nouvelle maman, pensait pouvoir s’occuper de son dernier comme de son premier.

Clancy semblait être une femme accomplie : elle avait une carrière en tant qu’infirmière obstétricienne depuis plusieurs années, était mère et avait le soutien de sa famille. Toutefois, comme une femme sur huit aux États-Unis, Clancy commençait à présenter des symptômes de dépression et d’anxiété postpartum. Des notes retrouvées dans son téléphone témoignent de ses peurs et de sa tristesse. « Je ne me sens plus aussi connectée avec Cal (tldr) », en relate une. « Je pense que j’en veux à mes autres enfants de m’empêcher de m’occuper de Cal comme s’il était mon premier bébé. Et je sais que ce n’est pas juste pour eux que je ressente ça ».

Clancy avait souffert de maux similaires après la naissance de Dawson, mais avait refusé l’option de prendre du Zoloft, un médicament contre l’anxiété, et avait réussi à s’en remettre avec quelques sessions de thérapie et des améliorations à son mode de vie. 

Introduction des médicaments 

En octobre 2022, elle a cependant commencé à prendre le Zoloft qui lui avait été prescrit. L’origine exacte de cette prescription est toutefois floue. Selon CNN, Clancy, voyant qu’elle ne s’en sortait plus seule, aurait elle-même demandé ce médicament afin d’être une meilleure mère pour ses enfants : « J’ai fait ce qu’on fait d’habitude… J’ai demandé à un psychiatre de me prescrire du Zoloft ». La docteure Jennifer Tufts lui aurait alors prescrit ce composant et en aurait augmenté la dose peu après. Cependant, les documents de poursuite civile que les avocats de Lindsay Clancy et Patrick Clancy, son mari, ont remplis à l’encontre des professionnels de santé qui ont traité Lindsay disent plutôt que la Dre Tufts aurait convaincu cette dernière de prendre du Zoloft malgré ses hésitations.

Quoi qu’il en soit, la suite des évènements est la même dans les deux cas. Après que Lindsay ait commencé à prendre le traitement, elle a rapporté à la Dre Tufts qu’elle ne dormait plus. En se basant sur ce que Lindsay Clancy a partagé avec cette dernière, elle atteignait en moyenne trois heures de sommeil par nuit et aurait une fois été éveillée pendant 48 heures. La psychiatre lui aurait alors dit de prendre de l’Ativan, un tranquillisant de courte durée pour l’anxiété, et de l’associer avec du Benadryl afin qu’elle puisse dormir. Cela n’a pas été efficace. 

Dégradation de l’état mental de Clancy 

Pendant les mois d’octobre à décembre, Clancy a essayé pas moins de treize médicaments, dont notamment du Trazodone pour le sommeil, du Prozac pour la dépression, un mélange d’Ambien, de Remeron et de Klonopin pour le sommeil, la dépression et l’anxiété et du Seroquel pour un soupçon de trouble bipolaire. Les essais se multiplient jusqu’à ce que Clancy développe des idées suicidaires et une dépression handicapante. 

Vers la fin décembre 2022, Lindsay Clancy est admise de son plein gré dans un centre d’hospitalisation spécialisé dans le traitement des mères en difficulté postpartum. « J’ai besoin de tout l’effort du monde juste pour respirer », avait-elle confié aux médecins. Le centre l’a renvoyée chez elle après une journée, jugeant l’état de Clancy inadéquat pour leur programme et lui suggérant de baisser la dose de Seroquel qu’elle prenait.

La veille du jour de l’an, Clancy s’est de nouveau volontairement internée à l’hôpital McLean, spécialisé en santé mentale. Elle y est restée cinq jours avant de rentrer chez elle le 5 janvier 2023. Tout au long de son traitement, Clancy a rapporté à son mari qu’elle avait des hallucinations épuisantes et terrifiantes, lui ordonnant de tuer ses enfants avant de se suicider. Les voix insistaient qu’il n’y avait aucune autre issue, car Clancy ne pourrait plus jamais redevenir elle-même.

Le 24 janvier 2023, moins de 20 jours après son retour de l’hôpital McLean, Lindsay Clancy a étranglé ses trois enfants alors que son mari était sorti faire des courses. Elle s’est ensuite ouvert les poignets et la gorge avant de se jeter par la fenêtre du deuxième étage de la maison. Aucun des enfants n’a survécu et les blessures de Clancy l’ont paralysée à partir du sternum. 

« J’étais la maman la plus heureuse et la plus saine. Je faisais du sport tous les matins, je méditais et je prenais soin de moi pour être à mon meilleur pour mes enfants. Puis, les médicaments qui m’ont été prescrits m’ont volé mon propre corps », avait écrit Clancy dans les notes de son téléphone en décembre 2022.

Le procès

Le procès de Lindsay Clancy pour le meurtre de ses enfants a débuté le 20 juillet 2026 et a pris fin le 4 septembre 2026. Le but de celui-ci n’était pas de déterminer si elle avait ou non commis ces actes – la défense et la voie pénale étaient d’accord sur le fait que les enfants Clancy étaient morts de la main de leur mère. La question portait plutôt sur la responsabilité que Lindsay Clancy porte pour ces morts, étant donné son état mental.

La défense de Clancy n’a donc pas nié le fait qu’elle ait tué ses enfants. En raison du diagnostic de trouble bipolaire et de psychose postpartum que Lindsay Clancy a obtenu après l’incident, son équipe a plaidé la non-responsabilité criminelle pour cause de troubles mentaux. La voie pénale, en revanche, a accusé Clancy de trois chefs de meurtre au premier degré, la suspectant d’avoir comploté l’éloignement de son mari pour tuer les enfants.

Il en revenait donc aux douze jurés de décider si la voie pénale avait prouvé hors de tout doute raisonnable que Lindsay Clancy était saine d’esprit au moment des faits. Si, après l’entièreté du procès, les jurés sentaient qu’il était suffisamment plausible que Clancy n’était pas en pleine possession de ses moyens, il en était de leur obligation légale de trancher en faveur de la défense. 

Les jurés ont délibéré sur l’affaire pendant six jours sans arriver à une entente. Pour qu’une décision soit prise, les douze jurés devaient être unanimes sur la culpabilité ou la non responsabilité criminelle de Lindsay Clancy. 

Onze des jurés étaient en faveur de la défense. Or, le douzième aurait, selon les dires du porte-parole du jury, refusé de déclarer Lindsay Clancy comme non criminellement responsable, malgré son incapacité à nier la plausibilité de la plaidoirie de la défense. Ce raisonnement va à l’encontre de l’obligation légale d’un juré de prouver la culpabilité d’une personne hors de tout doute raisonnable. Ce juré se dédouanera quelques semaines plus tard sur les réseaux sociaux, affirmant qu’il n’avait aucun doute quant à la culpabilité de Clancy.

« Les jurés ont délibéré sur l’affaire pendant six jours sans arriver à une entente. »

Étant donnée l’incapacité des jurés à trancher, le procès a été déclaré nul. Dans ce cas, deux options se présentent : acquitter la personne ou avoir recours à un second procès. Au cours de la dernière semaine, la défense de Clancy a demandé au juge présidant le procès de ne pas pencher vers cette deuxième option, arguant que la voie pénale n’aurait pas présenté suffisamment de preuves de la culpabilité de Clancy. Cette demande détonne avec la stratégie initiale de l’équipe de Lindsay Clancy qui, au début, ne niait pas que celle-ci avait en effet tué ses enfants. 

Le juge a refusé cette demande. Aucune décision par rapport à un second procès n’a encore été prononcée, mais l’avocat de Clancy note qu’il n’est pas disponible pour continuer sa défense devant la cour avant juin 2027. Entre-temps, Lindsay Clancy est détenue sans possibilité de libération à l’hôpital psychiatrique Tweksbury.


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