Vingt-neuf ans après le premier film, Amour et magie 2 marque le retour de Sandra Bullock (Sally) et Nicole Kidman (Gillian) dans la peau des sœurs Owens. Réalisé par Susanne Bier, ce deuxième volet est, comme le premier, une adaptation de l’univers créé par la romancière Alice Hoffman – cette fois d’après son roman The Book of Magic (2021). L’histoire se concentre principalement sur Kylie Owens, l’une des deux filles de Sally, qui découvre que les femmes de la famille sont maudites et que tout homme qui les aime finira par mourir.
C’est tout d’abord dans le retour des deux actrices que réside la grande force du film. En effet, leurs performances fluides et naturelles créent une alchimie qui est le véritable moteur de l’histoire. Leur relation fusionnelle où l’Amour avec un grand A se déploie entièrement touche aussi, par ricochet, les relations avec leurs tantes et les enfants. On n’avait d’ailleurs pas vu depuis longtemps ce genre de représentation de la proximité féminine à l’écran.
Cependant, il serait difficile d’affirmer que le film est révolutionnaire (et a‑t-il besoin de l’être?). Le drame des sorcières Owens reste celui d’un sort qui les empêche d’aimer et d’être aimées d’une façon romantique – un sort qui ramène tout aux hommes, mais qui les a nécessairement rapprochées entre elles. L’aspect communautaire et intergénérationnel, pourtant bien présent, ne prend jamais réellement le dessus sur cette mécanique romantique classique et la conclusion, particulièrement convenue, déçoit par son manque d’audace.
« L’aspect communautaire et intergénérationnel, pourtant bien présent, ne prend jamais réellement le dessus sur cette mécanique romantique classique et la conclusion déçoit par son manque d’audace »
Là où le film prend toute sa richesse, c’est du côté de Sally, dont le voyage pour s’autoriser à aimer de nouveau touche à quelque chose d’universel. On regrette cependant que la magie elle-même soit presque entièrement dépendante de l’amour romantique (et hétérosexuel), la sorcellerie se résumant trop souvent à un outil au service du cœur et accessoirement, à un moyen de préparer des margaritas. Le personnage de Gillian laisse entrevoir une piste plus large où la magie pourrait incarner autre chose que le désir amoureux, mais le film ne prend pas vraiment la peine de s’y aventurer. Une autre occasion manquée est le lien entre les deux jeunes sœurs, incarnées par Joey King et Maisie Williams, dont le personnage demeure quasi inexistant. Ce duo aurait pu faire écho à la relation entre Sally et Gillian – un parallèle intergénérationnel qui aurait enrichi le propos sans grand effort.
Malgré ces réserves, Amour et magie 2 propose un univers qui lui est propre, des personnages attachants et une alchimie indéniable entre ses interprètes.
Il faut aussi souligner l’intérêt de voir le parcours d’une femme dans la cinquantaine plutôt qu’un énième récit de passage à l’âge adulte – un choix qui tranche avec l’aspect « coming of age » du premier film et qui donne au récit une maturité bienvenue.
En somme, un film moderne dans sa forme, mais classique, voire conforme, dans son fond. On aurait souhaité que l’amour entre ces femmes, entre les générations, l’emporte sur le romantisme convenu qui encadre l’histoire. La magie était là ; on aurait aimé qu’elle prenne davantage son envol. Charmant, pétillant et nostalgique, mais cela s’arrête là.



