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Il faut tuer Kate Bush

Le Festival du nouveau cinéma présentait After Blue (Paradis sale).

Alexandre Gontier | Le Délit

Dans le cadre de sa portion en ligne, le Festival du nouveau cinéma présentait After Blue (Paradis sale), un long-métrage de science-fiction réalisé par Bertrand Mandico. L’œuvre suit le périple de Roxy et sa mère Zora, mandatées de trouver et tuer Kate Bush, une criminelle condamnée à mort, après que Roxy l’ait délivrée de son châtiment.

Rencontres et exagérations

Dans le futur mis en scène par Mandico, la terre a « pourri » et les survivantes habitent maintenant sur la planète After Blue, où seules les femmes peuvent survivre, où la reproduction se fait par insémination et où les cous des habitantes sont recouverts de poils. 

La rencontre occupe une place primordiale dans After Blue (Paradis sale) ; le montage superpose fréquemment les corps de plusieurs personnages, tandis que les rencontres vers les autres et vers soi, à travers le toucher et la masturbation, se multiplient dans l’intrigue. À maintes reprises, le rythme de l’action est ralenti par des scènes de caresses subites qui renforcent l’ambiance onirique du « paradis » futuriste de After Blue en brusquant les liens logiques entre les actions des personnages. Cette absence de liens causaux, qui résulte en une trame narrative décousue, contribue à renforcer l’ambiance onirique de After Blue, une planète dont les habitantes font appel au rêve afin de donner un sens à l’imprévisibilité de la nature.

« After Blue (Paradis sale) présente un futur déstabilisant et original où le toucher et le corps façonnent la perception du monde des personnages »

Un dialogue très simple accompagné d’intonations fluctuant parfois trop rapidement du chuchotement au cri désespéré contribue cependant à créer une impression de surexagération qui peut devenir lourde par moments. Ainsi, il peut être difficile d’éprouver de la compassion envers les personnages ; la rencontre entre Zora, Roxy et deux habitantes de la forêt d’After Blue au début de leur périple tourne notamment au ridicule en raison du contraste créé entre l’interprétation exagérée des comédiennes et les répliques plutôt banales, qui consistent entre autres en une discussion sur la malpropreté de la selle de cheval sur laquelle est assise Roxy.

Trame sonore réussie

La trame sonore du film, composée par Pierre Desprats, évite cependant que la démesure dans le long-métrage ne supplante la qualité générale de l’œuvre. Grâce à la musique, plusieurs scènes sont bonifiées d’un rythme entraînant assuré par une trame sonore originale composée de plusieurs morceaux aux styles différents. Ce rythme propulse l’intensité de l’ambiance sonore du long-métrage à un niveau comparable à celui du jeu des interprètes. En conséquent, la trame sonore a pour effet de diminuer le contraste entre l’intensité du jeu et la banalité de certaines répliques en renforçant l’ambiance onirique de After Blue (Paradis sale). La musique permet au moment où Zora crie avec une grande intensité physique à son cheval « avale, avale » d’atteindre une absurdité qui ne détonne pas avec l’ambiance sonore et visuelle de la scène. 

Dans l’ensemble, After Blue (Paradis sale) présente un futur déstabilisant et original où le toucher et le corps façonnent la perception du monde des personnages, qui se retrouvent sans repères dans un univers dépourvu de normes et de tabous sociaux.


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